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Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi

Editeur : Plon – Sang Neuf

Voilà un auteur dont je lis tous les romans, que je défends ardemment, autant pour ses intrigues, ses messages que son style inimitable. Alors que ses précédents romans étaient édités chez Jigal, le voici qui débarque dans la nouvelle collection de Plon, consacrée au polar, Sang Neuf. Janis Otsiemi nous invite dans son pays, le Gabon, plus précisément à Libreville.

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police dans la brigade de la Sûreté Urbaine. A l’âge de 10 ans, il avait perdu sa mère et sa sœur, fauchées par un chauffard que l’on n’a jamais retrouvé. Cet esprit de vengeance l’a amené à entrer dans la Police Judiciaire, et lui a donné cette envie, ce besoin de rendre la justice. Lassé des mœurs de la PJ, il a préféré être muté à la Sûreté Urbaine où les flics sont moins corrompus. Son poste lui permet d’appliquer sa propre justice.

Si Jean-Marc vit maritalement avec Marie mais n’habite pas la même demeure, il lui arrive de draguer des femmes. Au sortir du bar Chez Maxime, il voit une jeune femme qui attend sur le trottoir. Il lui propose de la remmener chez elle, à Awendjé. Elle lui dit s’appeler Svetlana, et travailler comme serveuse au casino La Roulette. Il la dépose devant un portail noir, enfermant une baraque blanche.

Le lendemain, il retourne à la maison pour revoir Svetlana. Il rencontre sa mère, éplorée quand il prononce son nom. Georgette lui explique que Svetlana est morte, deux auparavant, assassiné. On n’a jamais retrouvé son assassin. Jean-Marc, sur d’avoir rencontré un fantôme, se croit investi d’une mission : Trouver le coupable du meurtre de Svetlana.

Les fans de Janis Otsiemi vont être agréablement surpris par ce nouveau roman. On y retrouve bien cette langue si particulière, si poétique et imagée, faite d’expression gabonaises, et qui sont suffisamment explicites pour un Français moyen. Par contre, on avait droit en tête de chapitres à des proverbes que l’on a perdus en route, même si certains sont inclus dans le texte.

Dans ce nouvel opus, on retrouve avec plaisir cette écriture fluide et cette façon très logique de construire son intrigue. Au lieu d’avoir deux ou trois intrigues entremêlées,  nous allons suivre l’itinéraire d’un policier de la brigade de sureté urbaine. Du coup, j’ai trouvé que le style se faisait plus simple, et que Janis Otsiemi prenait son temps pour développer son intrigue, qu’il avait écrit son polar avec beaucoup de rigueur et d’application.

Dans sa façon de décrire ses personnages, dans sa façon d’amener les scènes, et dans le déroulement de l’intrigue, on est très proche des polars américains. On y trouve peu de sentiments et la psychologie se déduit surtout des actions des uns et des autres. Le détail amené dans les scènes fait que le rythme est moins élevé que pour ses précédents romans. En fait, j’ai surtout l’impression que l’auteur a grandi, en prenant comme exemple ses prédécesseurs, mais en y apportant sa patte, en gardant son identité.

Car le but de Janis Otsiemi est bien rempli : A travers le polar, il nous montre comment les gens vivent à Libreville, il nous décrit les quartiers pauvres, et les quartiers riches, les croyances ancestrales qui sont toujours en vigueur aujourd’hui, et la corruption qui gangrène la société. Et je trouve que, par rapport à ses précédents romans, on peut y lire un espoir puisqu’il y a des policiers qui font leur boulot en refusant l’argent facilement gagné. Ce roman vient s’inscrire dans une œuvre qui compte, et sa lecture vous est fortement conseillée.

Un dernier petit message personnel : Le titre de ce roman me rappelle une expression que ma mère utilisait souvent quand j’avais fait une connerie. Ce n’en est pas une d’avoir lu ce livre.

Les précédents romans chroniqués sur Black Novel sont :

La vie est un sale boulot ;

La bouche qui mange ne parle pas ;

Le chasseur de lucioles ;

African Tabloid ;

Les voleurs de sexe ;

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Sa vie dans les yeux d’une poupée de Ingrid Desjours (Plon)

Je sortais d’une lecture noire et marquante, et je me demandais ce que j’allais bien pouvoir lire ensuite. Alors, emporté par mon enthousiasme, je me suis dit : Pourquoi ne pas prendre un thriller. A coté de mon bureau, se trouvait le dernier roman en date de Ingrid Desjours. J’avais déjà lu et beaucoup apprécié ses deux premiers, Potens et Echo, alors pourquoi pas attaquer un livre qui serait à coup sur un bon divertissement ? Erreur ! ce roman est à la fois un thriller mais aussi un roman noir et très dur !

Je commence le livre, et je m’aperçois que j’ai affaire à deux destinées, deux personnages qui, d’emblée sont deux écorchés vifs. Ils ne devraient pas se rencontrer et pourtant, leur rencontre semble inéluctable en même temps qu’elle va les entrainer dans les abimes de leur cerveau atteint.

D’un coté il y a Barbara, jeune fille de vingt quatre ans, qui n’a connu que des drames dans sa vie. Elle vit avec sa mère aveugle, dont elle s’occupe, et son père est parti du foyer familial. Sa passion, c’est de s’occuper de ses poupées. Elle est esthéticienne dans un centre de beauté et un soir, elle se fait violer dans un parc par un homme moustachu. Ce drame va être comme la goutte qui fait déborder le vase, et l’entrainer dans un enfer dont vous n’avez pas idée.

De l’autre coté, il y a le capitaine Percolès qui revient au travail après un arrêt maladie, pour convalescence. Marié malheureux puisqu’il a découvert que sa femme le trompait, il a connu un accident de la route dramatique qui l’a vu perdre sa femme brulée vive. Dans cet accident, il y a aussi perdu une jambe. Alors qu’il fait preuve d’une agressivité rare envers ses collègues, son chef lui trouve une mutation à la brigade des mœurs.

En deux chapitres courts, Ingrid Desjours va nous présenter ses deux personnages, avec une efficacité telle que j’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus. Plongé dans l’intrigue, je me suis laissé emporter par ce style direct, entre Barbara qui va subir un viol dont la scène m’a paru d’une dureté incroyable tant Ingrid Desjours reste spectatrice et nous assène des phrases insoutenables, et Percolès avec son humour noir, misogyne et méchamment cynique. Le décor est planté, et la psychologie des personnages implantée, et le livre décidément et implacablement impossible à lâcher.

Ce roman oscille entre thriller et roman noir, avec une construction implacable. Et je ne peux même pas vous en dire plus sur l’intrigue, de peur de vous en dévoiler le dénouement. Alors, sachez juste que la grande qualité de Ingrid Desjours est de faire vivre ses personnages au travers d’une psychologie très réaliste, et forcer le lecteur à s’imprégner de leurs actes, de plonger dans des esprits fragiles, malades, écorchés vifs, et cachés derrière une apparence trompeuse qui va même tromper le lecteur.

La différence avec ses deux précédents romans, Echo et Potens, est impressionnante tant on sent que Ingrid Desjours s’est amusée à écrire et manipuler le lecteur. Le style est devenu dur, âpre, direct, à un tel point que je suis content d’avoir su décerner une grande auteure de thriller et que ce roman, mi-thriller mi-roman noir est excellent. Et malgré cela, on sent que Ingrid Desjours peut nous concocter un roman encore plus fort pour notre plus grand plaisir. En tous cas, le scenario est implacable, redoutable, vicieux dans sa mise en place et la rigueur de son déroulement.

Clairement, c’est un excellent thriller et probablement le meilleur thriller français que j’aurais lu en 2013. Je ne dirai qu’une chose, en fait deux : lisez ce livre, vous n’en reviendrez pas ! et merci Mme Ingrid Desjours pour cet excellent moment de lecture !

Un grand merci aussi aux copines de Bookenstock grâce à qui j’ai pu lire rapidement ce livre.

Vous prendrez bien une tasse de thé ? de Claude Keller (Plon) et Au pays des kangourous de Gilles Paris (Don Quichotte)

Je continue mon petit voyage dans le wagon de la littérature blanche, dans le cadre du meilleur roman français de http://www.confidentielles.com avec deux romans qui ont beaucoup de choses en commun, dont les personnages principaux qui sont des enfants ou des adolescents.

Vous prendrez bien une tasse de thé ?de  Claude Keller (Plon)

tasse de thé

4ème de couverture : Les beaux quartiers de Lyon, immeubles de pierre de taille, appartements sombres où l’on rencontre des choses bizarres, des familles à secrets : Francine Kennedy, une gentille grand-mère qui peine à refréner ses pulsions meurtrières ; Isabelle Vital-Ronget, la dame catéchiste qui entretient une liaison clandestine ; Aurélie, seize ans, qui couche avec Etienne de la Salle, l’écrivain raté du grenier ; et Marie-Cécile, la mère d’Aurélie, qui ignore tant de choses.

Et puis, cachés quelque part, il y a ces deux amoureux en rupture de ban. Fille de psy, Dora, quinze ans, vient de fuguer sur un coup de tête. Enfant de personne, Ben est un petit voyou qui croit en l’impossible. Ils s’aiment mais autour d’eux le monde s’agite férocement et les bouscule.

Mon avis : Si les deux personnages principaux sont bien Dora et Ben, ils sont entourés d’une pléiade de caractères tous aussi vivants les uns que les autres. Et si Claude Keller nous donne l’impression d’une intrigue un peu décousue, elle s’avère vite débridée et anarchique, à l’image du bordel (excusez la grossièreté) qu’ils vont mettre dans un petit immeuble de la rue d’Auvergne. Le livre pourrait perdre le lecteur, mais le plaisir de la lecture est au rendez vous avec un style sautillant, léger et débridé, fait de petite phrases, de mots et de bons mots qui donnent le sourire. Car finalement, le but n’est pas de passer un message, mais bien de divertir. Et en l’occurrence, la mission est remplie.

Au pays des kangourous de Gilles Paris (Don Quichotte)

Au pays des kangourous

4ème de couverture : « Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »

Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n’en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l’accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d’affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé. L’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l’hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide. Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité que l’on croyait indicible.

Mon avis : Ce roman est une vraie découverte pour moi, un roman empli de tendresse qui va rejoindre les livres dont je relis souvent des passages. Le parti-pris de l’auteur est de raconter par la voix de Simon sa vie alors que son père subit une dépression. Gilles Paris utilise le vocabulaire d’un enfant de 9 ans, et surtout, face aux petits moments de la vie quotidienne, nous glisse sa logique. Le coup de force de l’auteur, c’est bien de tenir la distance, d’en faire un roman passionnant au long duquel on rit, on sourit, et surtout on fond d’amour pour ce gamin. C’est un roman rempli de tendresse, d’humour, d’optimisme, pour lequel on peut que craquer. N’hésitez plus, lisez ce roman qui est une vraie réussite.

Oldies : Noel au chaud de Georges Jean Arnaud (Plon-Noir Rétro)

Voici donc le premier billet de cette nouvelle rubrique Oldies, où je vais découvrir d’anciens romans. C’est une façon aussi de fouiller dans la malle de l’histoire du polar, et de remettre en lumière des romans que l’on a tendance à oublier avec les sommes de nouveautés qui sortent chaque année.

Le premier auteur que je vous propose de découvrir est Georges Jean Arnaud, un auteur très prolifique, puisqu’il a écrit sous son propre nom et sous des pseudonymes plus de 400 romans. né le 3 juillet 1928 à Saint-Gilles-du-Gard, et est l’auteur de La compagnie des glaces, d’une centaine de polars et de romans d’espionnage ainsi que de quelques dizaines de romans érotiques. Il a reçu de nombreux prix littéraires depuis ses débuts dont :
le prix du Quai des Orfèvres 1952 pour Ne tirez pas sur l’inspecteur

la Palme d’Or du roman d’espionnage 1966 pour Les égarés

le prix Mystère de la critique 1977 pour Enfantasme

le prix Apollo 1988 pour La Compagnie des glaces

le prix RTL grand public 1988 pour Les moulins à nuages (Source Wikipedia)

Noel au chaud, paru initialement au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police, a été réédité en 2010 chez Plon dans la regrettée collection Noir Rétro. Voici le sujet de ce polar passionnant par la description d’un petit village provençal.

Région de Toulon. Raymonde Mallet, veuve de 76 ans, vit seule dans une grande maison. Tout le village a les yeux braqués sur elle et aimerait bien qu’elle vende sa propriété pour que le gigantesque projet immobilier voit le jour. Entre sa voisine et amie Augusta Pesenti, qui se montre envahissante et Mme Hauser l’assistante sociale qui veut l’envoyer trois semaines en vacances dans une résidence de personnes âgées, Mme Mallet tient bon envers et contre tous.

La solution serait de louer un grand garage situé à droite du parc au fils de Augusta, Laurent, qui va perdre son emploi de mécanicien automobile et de loger toute la famille Pesenti. Ainsi, elle ne serait plus seule et pourrait rester chez elle. Le seul inconvénient serait la cohabitation avec ses voisins et en particulier la petite Léonie. Mais les choses ne vont pas exactement se passer comme Raymonde l’avait prévu.

C’est un sacré portrait de mamie (même si elle n’a jamais eu d’enfants) auquel on a droit ici, une mamie déterminée, butée et imaginative, prête à tout pour arriver à ses fins, à savoir rester dans sa maison. Elle va utiliser son entourage, manipuler ses voisins pour résister au harcèlement venant des autres, avides d’argent, pressés de faire bâtir le nouveau complexe immobilier qui rapportera tant d’argent au maire et toute sa clique.

Sans jamais juger ni les uns ni les autres, en se contentant de décrire les actes des personnages et en les agrémentant de dialogues savoureux, GJ. Arnaud construit son intrigue avec beaucoup d’ingéniosité, et sans que le lecteur n’ait la moindre idée du dénouement qu’il nous réserve. Et si le style est bien loin de ce que l’on trouve actuellement, le plaisir de la lecture, quand on se fait mener par le bout du nez, est là.

Du duel par dialogues interposés avec Augusta, de la résistance envers l’assistante sociale, des tentatives de séduction pour attirer la petite Léonie, de l’ambiance des petits villages où tout se sait, où tout se raconte, ce roman, qui est à classer dans les très bons polars français, vous fera passer un excellent moment et il serait dommage de le négliger. D’ailleurs, je compte sur les érudits du polar pour m’indiquer les meilleurs polars de GJ.Arnaud. Si ce n’est pas un appel du pied …

Rictus de Jean Pierre Ferrière (Plon – Noir Retro)

Je persiste dans la découverte du roman noir français des années 50 à 70 avec cet excellent roman noir signé Jean Pierre Ferrière, toujours édité par Plon dans leur décidément excellente collection Noir Rétro.

Que faire quand on est père de famille et que l’on se sait condamné à court terme pour mettre sa famille à l’abri du besoin ? C’est la situation à laquelle est confronté Mathieu Collard, marié à Jeanne, père d’un petit François de deux ans, et ouvrier aux Cartonneries du Loiret. Depuis quelques temps, il a des douleurs à l’estomac et dort très mal. Son docteur généraliste Jean Louis Tristan l’ausculte, lui fait passer des radios et en arrive à la terrible conclusion qu’il lui reste entre six et huit mois à vivre. Comme il doit payer sa maison et assumer la vie future de sa famille, Collard cherche une solution rapide pour gagner de l’argent : gagner au loto ou commettre un acte illégal.

Alors, Collard erre dans les rues, ne laissant rien transparaître de ses problèmes de santé, ni à sa femme, ni à son travail. Il rencontre Sandra, une prostituée, à qui il se confie, puis Mlle Simone, la secrétaire du docteur Tristan qui va lui apporter une solution : en l’échange de 150 000 francs, il devra tuer Alexandre Chassagne. Après négociation, il touchera 100 000 francs avant le meurtre, et 50 000 francs après. Une nuit, il intercepte la voiture de Chassagne et l’étrangle.

Il ne verra jamais la deuxième partie de la somme, mais cela lui permet de payer sa maison et de s’offrir une voiture. Lors d’un accident de la route, sa femme et son enfant meurent, et il se retrouve à l’hôpital, seul rescapé, seul. Il apprend alors par le docteur Brunel qu’il n’est pas condamné, qu’il n’a qu’une simple gastrite. Commence alors pour Collard sa quête de vengeance.

Ce roman est l’exemple type d’une histoire simple racontée avec logique. Outre le fait que le roman soit court (170 pages), il se lit vite grâce aux grandes qualités littéraires de la narration. Si l’intrigue est positionnée dans les années 60-70, la psychologie des personnages n’a pas d’age. Car nous suivons Collard dans toute sa logique de père de famille responsable, dont l’obsession est de sauver sa famille d’une vie pénible, sans argent, sans avenir. Puis, après son drame, il se retrouve sans attache, sans but, sans avenir. La logique de Collard est effrayante, la talent de Jean Pierre ferrière pour nous le faire ressentir énorme.

Les autres personnages ne sont pas là en tant que faire valoir. Ils sont aussi importants dans le déroulement de l’histoire que peut l’être Collard. Faire vivre six ou sept caractères en aussi peu de pages, c’est aussi une épreuve de force réalisée par ce livre. Du docteur à la prostituée, tous ont leur motivation, leurs objectifs, leur petite vie, leurs amours, leurs soucis. Parfait dans sa description, subtil dans son style simple et imagé, ce roman est un régal dans une collection qui s’affirme de plus en plus comme une mine de petits trésors.

Potens de Ingrid Desjours (Plon – Nuit Blanche)

Retour sur une lecture qui date un peu. Après Echo que j’avais pris beaucoup de plaisir à lire, il me tardait de lire la deuxième aventure du couple Patrik Vivier / Garance Hermosa. Ingrid Desjours semble être quelqu’un de doué pour batir des intrigues tordues et complexes avec une psychologie des personnages fouillée.

Charlotte Delaumait est mère de cinq enfants, a 35 ans, et vient de se faire assassinée chez elle dans sa cuisine.  Elle a été ébouillantée puis poignardée à de multiples reprises. C’est son fils Quentin qui la découvre et est naturellement sous le choc. Il s’avère que Charlotte faisait partie d’un club, Potens, regroupant des individus ayant un Quotient Intellectuel très élevé. Le policier Patrik Vivier mène l’enquête avec l’assistance de la psychologue Garance Hermosa. Celle-ci va s’inscrire dans ce club un peu particulier, pour essayer de découvrir l’identité de cet assassin.

Garance est rapidement persuadée que c’est dans ce club qu’elle doit chercher le tueur. Charlotte était une personne dépravée, passant d’un amant à l’autre, faisant un enfant avec certains de ses membres, et accumulant des détails dérangeants sur chaque membre qui pouvaient servir pour un éventuel chantage. Au nombre de ces potentiels suspects, on trouve le compagnon actuel de la victime, Jérémie Taudel, qui n’a pas d’alibi, le bavard Deplavat, l’omniprésent Vasili, Boisseau le patron de Charlotte, ou bien Albin Pomeni qui brigue la présidence de Potens. Alors que Potens ressemble plus à des réunions de salon de thé, Garance découvre qu’il pourrait cacher un groupe nommé Alpha Pi, dont le but serait de réunir une élite visant à obtenir de plus en plus de pouvoir et d’influence.

Garance, elle, n’est pas au mieux depuis la mort de sa sœur Felicia. Elle se plonge dans cette enquête, pour oublier, pour ne pas se retrouver seule, pour se donner un objectif. Elle se renferme sur elle-même et refuse toute aide de Patrik. Alors que les pistes se multiplient, les petits secrets de chacun se dévoilent sans que l’identité du tueur n’apparaisse. Garance est elle apte à résoudre cette affaire, ou bien se fait elle simplement manipuler par un esprit machiavélique ?

On retrouve dans ce roman toute la facilité de Ingrid Desjours à dérouler une intrigue complexe, basée essentiellement sur la psychologie des personnages. Et, par rapport au précédent opus, Echo, Potens a permis à Ingrid de franchir un pas : C’est tout aussi passionnant, mais moins bavard, moins démonstratif. Et comme c’est remarquablement écrit, sans grandes descriptions mais avec beaucoup de fluidité, le plaisir du lecteur est au rendez vous.

Le premier aspect qui m’a plu, c’est l’évolution du personnage de Garance, qui n’est plus aussi sure d’elle-même, mais qui est une personne qui souffre, qui doit surmonter un drame personnel. Par contre, le personnage de Patrik passe un peu au second plan, ce qui est dommage.

Le deuxième aspect qui m’a plu, c’est cette description de ce petit monde des génies, qui sont forcément à part, mais qui par voie de conséquence se replient sur eux-mêmes. Ces gens d’une intelligence supérieure deviennent sous la plume d’Ingrid Desjours des névrosés, avec chacun des déviances, des défauts, voire des maladies mentales. C’est un bien triste paysage.

Le troisième aspect de ce livre, c’est le nombre de personnages important et je dois dire que j’ai mis un peu de temps à mettre un nom sur un personnage. Si les profils des personnages sont très fouillés, la façon de nourrir l’intrigue au fur et à mesure, par petits dénouements, par petites révélations m’a donné un peu de mal. J’ai l’impression que, par rapport à Echo, on y perd en enthousiasme et en spontanéité mais on y gagne en efficacité de la narration. Mais, encore une fois, la fin du livre mérite que l’on lise ce livre.

Ingrid Desjours a quand même l’art de trouver des intrigues tordues et de nous mener par le bout du nez de façon assez incroyable. Dans ce livre très recommandable, je vous assure de passer un bon moment pour peu que vous soyez adepte de romans policiers avec des profils psychologiques poussés.

Le doulos de Pierre Lesou (Plon – Noir Rétro)

Depuis le mois de juin de cette année, les éditions Plon ont créé une nouvelle collection qui s’appelle Noir Rétro, dans laquelle els réédite les romans noirs français des années 50-60. Voici donc le Doulos de Pierre Lesou.

Dans les années 50, Maurice Faugel, dit Maur sort de prison après avoir purgé une peine de 5 années de prison. Maur est tombé suite à un cambriolage qui a mal tourné mais il n’a jamais balancé ses complices. Pendant sa détention, Maur apprend que sa femme Arlette a été assassinée. Depuis sa sortie de prison, il loge chez Gilbert, un receleur. Obnubilé par la vengeance, il tue Gilbert et lui dérobe des bijoux et de l’argent, sur qu’il est d’avoir supprimé l’assassin de sa femme.

Après avoir enterré son butin, il rentre chez Thérèse chez qui il habite provisoirement, pendant qu’il prépare son prochain coup. Maur reçoit la visite de Silien, son meilleur ami. Silien est soupçonné d’être un indic de l’inspecteur Salignari, mais Maur n’en croit rien. C’est son meilleur ami. Silien ne veut pas participer à ce nouveau coup et fait comme s’il n’était pas intéressé, alors qu’il ramène les outils pour percer le coffre fort d’une villa situé proche du bois de Boulogne.

Maur remercie Silien puis attend Remy, qui doit arriver juste après le départ de Silien. Silien, une fois dehors, se précipité dans une cabine téléphonique d’un petit bar pour appeler l’inspecteur Salignari. Puis, plus tard, Silien revient chez Thérèse, l’agresse puis obtient l’adresse du cambriolage. Lors de ce cambriolage, les flics débarquent. Maur et Remy s’enfuient à pied, pris en chasse par la police. Remy est atteint par une balle, et va mourir, Maur va descendre Salignari pendant sa fuite. Maur va-t-il pouvoir s’en sortir ? Quel est le rôle de Silien ? Qui est ou sont les traîtres ?

Si vous avez vu le film de Jean-Pierre Melville (1962) avec Serge Reggiani (Maur) et Jean-Paul Belmondo (Silien), vous devez lire ce livre. Si vous ne l’avez pas vu, lisez le avant d’aller acheter le film. Car c’est un roman avec un scénario implacable avec des personnages forts et une ambiance du tonnerre. Evidemment, des passages du film me sont revenus en tête pendant la lecture, et cela grâce à la force d’évocation du texte, qui joue beaucoup sur les contrastes : J’avais un souvenir d’un film aux couleurs sombres (c’est un film en noir et blanc) avec des éclairages peu nombreux mais violents. Et c’est ce qu’on retrouve dans ce roman. Il y a peu de descriptions, mais chacune d’entre elles met en place cette ambiance noire.

Outre le scénario, plus retors que ce que l’on peut croire, la galerie de personnages est parfaitement réussie. Vous ne trouverez pas de longues descriptions psychologies, juste quelques phrases par ci par là des pensées des protagonistes. Mais majoritairement, ce sont leurs actes qui décrivent le mieux les traits de caractère des personnages. Avec un Maur obnubilé par sa loyauté envers ses amis, avec un Silien trouble dont on ne sait jamais ce qu’il fait, l’intrigue se déroule avec une froideur tranquille. Ne cherchez ni bon, ni mauvais chez les truands ou chez les flics, il faut juste se laisser emmener par cette histoire.

Une nouvelle fois, les éditions Plon, via leur collection Noir rétro ont bien fait de ressortir ce roman noir, qui sent bon les années 50 à Paris, dans le milieu des petits truands d’après guerre. Avec des personnages forts et une intrigue solide, une ambiance sombre voire glauque, ce roman confirme que l’on peut acheter cette collection les yeux fermés. Celui ci est une très bonne histoire d’amitiés viriles avec son lot inévitable de loyautés et de trahisons. C’est du polar costaud, poisseux, presque un témoignage de cette époque.

En ce qui me concerne, il m’en retse deux à lire (Rictus et Rififi chez les femmes) et un à acheter (Le demi-sel). A bientôt donc.