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L’été tous les chats s’ennuient de Philippe Georget (Jigal – Polar)

Ce roman aura donc été le dernier que j’aurais lu pour la sélection 2010, pour laquelle il est sélectionné pour la finale. Bien que je l’ai acheté tôt, je n’avais pas trouvé le temps de le lire. Et c’est un bon polar un peu particulier et original dans le traitement de son intrigue.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, c’est le début du mois de juillet, il fait chaud et les touristes vont bientôt débarquer en masse. Robert est un ancien ouvrier à la retraite, qui vient toujours au même camping en vacances à Argelès. Comme tous les matins, il se lève à 4 heures du matin, pour uriner puis aller se promener sur la plage. Ce matin là, il découvre le corps d’une jeune femme assassinée. Au même moment, une autre jeune femme, néerlandaise aussi est portée disparue.

Au commissariat de Perpignan, les affaires ronronnent avec une régularité et une routine exemplaire. Les deux personnages principaux, Gilles Sebag et Jacques Molina gèrent les affaires courantes de vols de motos en petits larcins. Le cœur n’y est plus, et la priorité est clairement donnée à la vie personnelle, même si Molina est divorcé et Sebag heureux en ménage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Sebag n’a jamais eu d’avancement et n’en attend plus.

Ce matin-là, Sylvie Lopez vient pour signaler la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi. Cela fait deux jours qu’il n’est pas apparu, et même s’il lui arrive de découcher, cela fait suffisamment longtemps pour que sa femme s’inquiète. Sebag, poussé par son instinct, va mener l’enquête. Il s’avère que José a été vu en compagnie d’une jeune hollandaise avec un tatouage d’oiseau sur l’épaule droite deux jours avant de disparaître. Or, cette jeune fille n’a pas donné signe de vie à ses parents. Les coïncidences ne font que commencer et le mystère va s’épaissir.

Ce roman est épatant, d’autant plus que c’est un premier roman. Le style est fait de belles phrases explicites, d’une fluidité qui méritent le respect. C’est très agréable de lire un roman où le contexte (lété, la pression sur les policiers due aux touristes qui vont débarquer) est bien décrit, où les paysages (Perpignan et ses environs, les Pyrénées et ses montagnes à l’horizon) sont bien peints, où les personnages ont une vraie profondeur et où l’enquête est bien menée.

J’ai pris un vrai plaisir à me balader en compagnie de nos deux inspecteurs dans les environs de Perpignan, à arpenter les rues de cette petite ville où se trament de petits trafics à cause de la proximité de la frontière avec l’Espagne, d’entendre les habitants parler catalan. Et malgré une structure faite de petits chapitres, le rythme est assez lent, comme écrasé par la chaleur de l’été.

Et le gros point fort de ce roman, et son originalité réside dans la vie privée de ses personnages et en particulier de Sebag. Il me semble que c’est la première fois que je lis un personnage avec autant de détails sur sa vie privée, ses relations avec sa femme malgré le cynisme de son collègue Molina, ses sentiments envers ses enfants, de leur naissance jusqu’à l’adolescence d’aujourd’hui. Cela permet de suivre la philosophie de la vie, somme toute simple, d’un homme qui considère son travail comme alimentaire et qui a placé sa vie familiale au premier plan.

Alors, oui, le rythme est lent, l’enquête avance doucement mais n’est ce pas plus réaliste, et puis, les auteurs nordistes le font aussi. Certaines situations et dialogues sont un peu longs, mais au global, j’aurai passé un bon moment au soleil en compagnie d’une personne profondément humaine, qui veut vivre tranquillement et sereinement sa vie de famille. Je voudrais en lire beaucoup des premiers romans comme ça, et j’espère en lire beaucoup des romans de Philippe Georget.

Leviatemps de Maxime Chattam (Albin Michel)

Je ne suis pas un fan de Maxime Chattam, ayant essayé plusieurs fois ses romans sans avoir été convaincu. C’est sur la recommandation de Dup de Book en stock que je me suis attaqué au dernier en date : Léviatemps.

Nous sommes en plein Paris, en 1900, alors que l’exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes. Guy de Timée est un journaliste reconnu, devenu romancier à succès, qui connaît le drame de la page blanche. Son inspiration s’est tarie, et pourtant sa volonté est de pouvoir écrire un livre à l’égal de Arthur Conan Doyle, qui représente tout ce vers quoi il veut tendre.

Pour retrouver son inspiration, il va falloir qu’il se plonge dans les bas-fonds de Paris, pour se mettre en danger, mais aussi pour rencontrer la matière même de sa future œuvre. Du jour au lendemain, il abandonne sa femme et sa famille et loge dans le grenier d’une maison close, chez Julie de Sailly. C’est une maison de bonne réputation où une partie des bourgeois viennent pour assouvir leurs besoins sexuels, ou pour faire bonne figure en société en bonne compagnie.

Un soir, l’une des jeunes prostituées Milaine est retrouvée assassinée. Son corps est tendu en arc de cercle, sa peau sue du sang et ses yeux sont complètement noirs. Quand la police débarque, l’interrogatoire montre que les deux policiers n’en ont rien à faire de cette affaire. Par contre, le sens de leurs questions montre qu’ils ont connu un ou des cas similaires vers la rue Monjol, dans un quartier situé derrière Ménilmontant où tous les pauvres habitent dans des conditions déplorables.

Guy va alors prendre en charge l’enquête, aidé par Faustine, l’une des pensionnaires de la maison close et de l’inspecteur Perroti secrètement amoureux de Milaine. Ils vont se rendre compte que le cas de Milaine n’est pas le seul, qu’il y a au moins trois meurtres horribles qui sont survenus dans les deux derniers mois. La traque du mal peut donc commencer dans le Paris du début du siècle dernier.

Maxime Chattam est reconnu pour être un auteur dont l’obsession est le mal et qui sait raconter des histoires avec des personnages à la psychologie complète (à défaut d’être complexe, mais c’est mon avis). J’ai commencé par l’âme du mal, que je n’ai jamais fini car c’était trop sanguinolent pour moi, j’ai lu avec plaisir Les arcanes du chaos même si c’était très loin de l’extraordinaire Le bibliothécaire de Larry Beinhart (sur un sujet similaire) et j’ai détesté Prédateurs que j’ai trouvé trop gratuitement démonstratif. Dup m’avait assuré que celui-ci n’était pas sanguinolent, et son article m’a convaincu de me jeter à l’eau.

Eh bien, ce roman est le meilleur que j’ai lu de lui. Je me suis laissé prendre par l’intrigue, bien menée grâce à un personnage principal dont les qualités d’auteur ont permis à Maxime Chattam de construire son livre. Guy a une façon d’approcher la psychologie du tueur en s’appropriant ses faits. Avec son esprit de déduction, il arrive ainsi à avancer, grâce aussi à son double féminin Faustine. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces aventures, car je dois reconnaître que le style est fluide, facile à lire, avec des dialogues toujours justes.

Ce roman est aussi un hommage aux romans populaires avec un héros qui se cherche, en suivant une ligne qui le mènera au pire. Avec un héros profondément bon attiré par le mal, aidé de deux acolytes qui le soutiennent et le poussent, on retrouve tous les ingrédients pour passionner le lecteur dans un cadre magistral : celui du Paris du début du vingtième siècle et ses innovations qui vont bouleverser le monde moderne tel que nous le connaissons.

Maintenant que j’ai listé les arguments positifs, voici ceux pour lesquels je mets un bémol pour ce roman. Le contexte justement me parait esquissé, j’aurais aimé plus de descriptions de ce Paris de l’exposition universelle, plus que ces quelques touches par ci, par là. On est loin d’un roman comme l’Aliéniste de Caleb Carr par exemple, qui nous plonge dans le monde du début du vingtième siècle. Ensuite, la technique de Maxime Chattam pour faire avancer son intrigue est ce que j’appellerai celle du Petit Poucet. Je trouve une pierre blanche (un indice ou une idée) donc j’avance, puis je m’arrête, je réfléchis, je fais la synthèse de ce que j’ai trouvé, puis je trouve une nouvelle pierre blanche, et ainsi de suite. Je ne vais pas dire que cela m’a gâché ma lecture, mais le principe est parfois trop voyant.

Pour être honnête, j’ai bien aimé ce roman, qui me réconcilie avec Maxime Chattam. J’ai apprécié de suivre les aventures de Guy et Faustine, j’ai aimé être mené vers de nombreuses fausses pistes. Je regrette juste qu’avec un tel sujet, l’auteur n’en ait pas fait un chef d’œuvre. Cela n’empêche pas que ce roman m’aura fait passer un bon moment et j’en remercie encore ma copine Dup.

Potens de Ingrid Desjours (Plon – Nuit Blanche)

Retour sur une lecture qui date un peu. Après Echo que j’avais pris beaucoup de plaisir à lire, il me tardait de lire la deuxième aventure du couple Patrik Vivier / Garance Hermosa. Ingrid Desjours semble être quelqu’un de doué pour batir des intrigues tordues et complexes avec une psychologie des personnages fouillée.

Charlotte Delaumait est mère de cinq enfants, a 35 ans, et vient de se faire assassinée chez elle dans sa cuisine.  Elle a été ébouillantée puis poignardée à de multiples reprises. C’est son fils Quentin qui la découvre et est naturellement sous le choc. Il s’avère que Charlotte faisait partie d’un club, Potens, regroupant des individus ayant un Quotient Intellectuel très élevé. Le policier Patrik Vivier mène l’enquête avec l’assistance de la psychologue Garance Hermosa. Celle-ci va s’inscrire dans ce club un peu particulier, pour essayer de découvrir l’identité de cet assassin.

Garance est rapidement persuadée que c’est dans ce club qu’elle doit chercher le tueur. Charlotte était une personne dépravée, passant d’un amant à l’autre, faisant un enfant avec certains de ses membres, et accumulant des détails dérangeants sur chaque membre qui pouvaient servir pour un éventuel chantage. Au nombre de ces potentiels suspects, on trouve le compagnon actuel de la victime, Jérémie Taudel, qui n’a pas d’alibi, le bavard Deplavat, l’omniprésent Vasili, Boisseau le patron de Charlotte, ou bien Albin Pomeni qui brigue la présidence de Potens. Alors que Potens ressemble plus à des réunions de salon de thé, Garance découvre qu’il pourrait cacher un groupe nommé Alpha Pi, dont le but serait de réunir une élite visant à obtenir de plus en plus de pouvoir et d’influence.

Garance, elle, n’est pas au mieux depuis la mort de sa sœur Felicia. Elle se plonge dans cette enquête, pour oublier, pour ne pas se retrouver seule, pour se donner un objectif. Elle se renferme sur elle-même et refuse toute aide de Patrik. Alors que les pistes se multiplient, les petits secrets de chacun se dévoilent sans que l’identité du tueur n’apparaisse. Garance est elle apte à résoudre cette affaire, ou bien se fait elle simplement manipuler par un esprit machiavélique ?

On retrouve dans ce roman toute la facilité de Ingrid Desjours à dérouler une intrigue complexe, basée essentiellement sur la psychologie des personnages. Et, par rapport au précédent opus, Echo, Potens a permis à Ingrid de franchir un pas : C’est tout aussi passionnant, mais moins bavard, moins démonstratif. Et comme c’est remarquablement écrit, sans grandes descriptions mais avec beaucoup de fluidité, le plaisir du lecteur est au rendez vous.

Le premier aspect qui m’a plu, c’est l’évolution du personnage de Garance, qui n’est plus aussi sure d’elle-même, mais qui est une personne qui souffre, qui doit surmonter un drame personnel. Par contre, le personnage de Patrik passe un peu au second plan, ce qui est dommage.

Le deuxième aspect qui m’a plu, c’est cette description de ce petit monde des génies, qui sont forcément à part, mais qui par voie de conséquence se replient sur eux-mêmes. Ces gens d’une intelligence supérieure deviennent sous la plume d’Ingrid Desjours des névrosés, avec chacun des déviances, des défauts, voire des maladies mentales. C’est un bien triste paysage.

Le troisième aspect de ce livre, c’est le nombre de personnages important et je dois dire que j’ai mis un peu de temps à mettre un nom sur un personnage. Si les profils des personnages sont très fouillés, la façon de nourrir l’intrigue au fur et à mesure, par petits dénouements, par petites révélations m’a donné un peu de mal. J’ai l’impression que, par rapport à Echo, on y perd en enthousiasme et en spontanéité mais on y gagne en efficacité de la narration. Mais, encore une fois, la fin du livre mérite que l’on lise ce livre.

Ingrid Desjours a quand même l’art de trouver des intrigues tordues et de nous mener par le bout du nez de façon assez incroyable. Dans ce livre très recommandable, je vous assure de passer un bon moment pour peu que vous soyez adepte de romans policiers avec des profils psychologiques poussés.

Echo de Ingrid Desjours (Pocket)

Je n’avais pas entendu parler de Ingrid Desjours jusqu’à ce que sorte Potens, son deuxième roman. A partir de ce moment là, mes amis n’ont pas arrêté de me vanter les mérites de ce jeune auteur qui avait commencé par Echo. Il est sorti aux éditions Pocket et c’est un thriller très sympathique, un premier roman très réussi.

Les deux nouvelles stars du PAF sont retrouvées assassinées chez elles, un gigantesque appartement luxueux de Paris. Lukas et Klaus Vaillant sont deux jumeaux qui en cinq ans sont devenus des incontournables du petit écran grâce à une émission où ils interviewent des invités, le principe étant de littéralement démolir ceux-ci par des insultes et blagues de mauvais goût, quitte à ressortir en public des faits plus ou moins avouables de leur vie privée. Ceux qui s’en sortent bien sont assurés d’un succès immédiat, les autres pouvant passer à l’abandon de leurs fans.

Les deux présentateurs jumeaux ont été retrouvés massacrés, assis à leur table, empoisonnés à la strychnine, nus, et leur visage tailladé comme le Joker de Batman. Ils sont positionnés face à face comme s’ils se regardaient dans un miroir, ayant en face d’eux leur propre image, celle de leur frère. A cause de leur émission, le nombre de leurs ennemis est aussi élevé que le nombre des invités de leur émission. Il s’avère qu’en plus d’être des personnages détestables en public, ils l’étaient aussi en privé avec une tendance perverse très prononcée.

Le commandant Patrik Vivier est chargé de l’enquête. C’est un cinquantenaire débonnaire qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Son age et son expérience font qu’il est la bonne personne pour mener cette enquête, où il va avoir affaire aux gens su show business. Débarque alors sur la scène du crime une psychologue experte en profilage criminel, Garance Hermosa. Elle a été appelée en renfort pour faire le profilage de l’assassin. C’est une jeune femme frivole et légère, mais malgré tout très compétente et impliquée. C’est une battante qui gère sa vie privée comme sa vie professionnelle : beaucoup de charme, besoin d’être aimée, mais sans attaches, la liberté avant tout. C’est donc un « couple » un peu particulier qui va enquêter sur ces frères jumeaux adeptes de sado masochisme et autres perversités.

Avant tout, je tiens à dire que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Et cela est du essentiellement à l’auteur, qui a elle aussi pris énormément de plaisir à l’écrire. Et cela se sent tout au long du livre. Il y a une sorte d’euphorie, de légèreté, de fluidité, d’optimisme dans le style qui se sent.

Ingrid Desjours a d’énormes qualités pour mener une intrigue, certes, mais surtout pour bâtir des personnages et pour les faire vivre devant nos yeux. Elle nous montre Patrik et Garance dans leur vie de tous les jours, avec chacun leurs petites failles, dont ils se satisfont. Le personnage de Garance est surtout très fouillé, avec ses qualités, ses défauts, ses contradictions, ses erreurs, sa sympathie.

Alors, bon, ce n’est pas un livre parfait. Je l’ai trouvé parfois trop bavard, parfois trop démonstratif, parfois trop facile dans les explications pas toujours utiles de la psychologie des personnages. Mais, si on se rappelle que Ingrid Desjours est née en 1976 et que c’est son premier roman, moi je dis : Chapeau ! Ce livre m’a fait sourire, m’a passionné, m’a étonné, m’a pris quelques heures de sommeil. J’ai le deuxième tome dans ma bibliothèque, il s’appelle Potens et je vais bientôt le lire … en espérant qu’il confirme tout le bien que j’espère à cet auteure.

L’issue de Olen Steinhauer (Liana Levi)

Du roman d’espionnage, genre que je n’ai pas bordé depuis plus d’une dizaine d’années, j’en retiens James Bond et John Le Carré. Quand, sur le net, je lis qu’Olen Steinhauer renouvelle le genre depuis la chute du mur de Berlin, forcément, ça interpelle. Voici donc L’Issue.

Le Tourisme, c’est l’un des plus impénétrables services secrets des départements de la CIA. Cette organisation est chargée de collecter des informations grâce à de nombreux agents de terrain appelés les Touristes. Ceux-ci sont chapeautés par des analystes dont la mission est d’analyser ces informations.

Milo Weaver reprend du service au sein du Tourisme,. Pour ce faire, il doit effectuer un certain nombre de missions dont une qui consiste à récupérer 20 millions de dollars pour financer le Tourisme. Il décide de voler quatre tableaux de grands maîtres dans un petit musée situé en Suisse. Alors que l’opération se déroule sans anicroches, on lui demande de se rendre à Berlin.

Ses nouveaux supérieurs lui demandent alors d’assassiner Adriana Stanescu, une jeune Moldave de quinze ans. Alors qu’il est père d’une jeune fille de 7 ans, Milo ne peut se résoudre à effectuer cet ordre. Milo se contente d’enlever Adiana et la confie à son père, Ièvguéni Primakov. Mais quelques jours plus tard, la jeune fille est retrouvée assassinée.

A cette mission, s’ajoute la suspicion de la présence d’une taupe qui menacerait l’existence même du Tourisme en transmettant des informations à la Chine. Milo est alors chargé d’interroger un Ukrainien nommé Dzubenko. Celui-ci semble connaître des détails importants sur une précédente mission de Milo, qu’il tient d’un colonel chinois Xin Zhu.

Mais une source ne permet pas d’établir un fait ou même de faire naître un doute. Or il s’avère que ce colonel chinois soit bavard avec sa secrétaire elle aussi. Or, les Chinois ne sont pas réputés pour avoir des agents doubles, ni pour avoir confiance en eux. Milo va donc enquêter avec un autre Touriste Einner avec qui il doit s’entendre, malgré un passé mouvementé et douloureux.

Vous croyez que j’en ai trop dit ? Détrompez vous ! Amis des intrigues bien touffues, des personnages passionnants, des voyages dans de multiples villes autour du monde, des dossiers noirs des gens influents, ce livre est pour vous. Il a toutes les qualités requises voire même plus. Car l’ensemble est super bien fait pour que l’on ne lâche pas le livre du début jusqu’à la fin.

En fait, j’avais deux livres d’espionnage à lire : celui ci et Traîtrises de Charles Cummings. J’ai choisi donc L’issue et, du coup, ça me donne envie de lire l’autre. L’issue est un roman d’espionnage un peu particulier au sens où tous les ingrédients de base (une intrigue touffue, des bons, des méchants, des doutes, de la paranoïa) sont là, avec le petit plus qui est le personnage de Milo Weaver.

Ce personnage est vraiment à part. Rien à voir avec James Bond qui est un personnage de BD ou avec John Le Carré où ils sont opaques et manipulateurs. Pas de gadgets extravagants ici, ni de surhomme blessé à l’épaule gauche. Là, on a affaire à quelqu’un d’implacable mais avant tout humain, qui se fait manipuler comme un pantin, à un homme tiraillé entre son désir de vivre avec sa famille et la volonté de bien réalisser sa mission. C’est un savant mélange qui pourrait le rendre irréaliste, mais qui fonctionne très bien ici, grâce à l’auteur qui est sacrément doué. Et, donc on s’identifie facilement à Milo, on tourne les pages dans le brouillard avec ce style hyper efficace et ces chapitres courts.

A la limite, j’ai regretté de ne pas avoir lu le premier tome. Au début, on est plongé dans des affaires dont on ne sait rien (d’ailleurs je ne sais même pas si c’est dans le premier tome), mais on n’est jamais perdu, juste dans le flou, comme Milo. Et on se laisse mener par l’intrigue, pour finalement se rendre compte que le livre est déjà fini. On devient nous-même paranoïaques, on passe par tous les sentiments, c’est vraiment divertissant et on se prend à espérer le prochain volume. C’est un très bon roman pour les vacances d’été qui approchent à grands pas. Pour ma part, je vais lire le premier tome, et ça tombe bien car il est sorti chez Pocket.

Darling Jim de Christian Mork (Pocket)

Ce livre là est l’un des sélectionnés pour Polar SNCF. A priori, je serais passé au travers, et cela aurait été bien dommage.Car il nous convie à un véritable conte pour adultes.

Castletownbere, Irlande, ‘il n’y a pas si longtemps’. Moira Hegarty et ses deux nièces, Fiona et Róisín sont retrouvées assassinées sauvagement. Dans un petit village tranquille, cela créé un choc. Mais comme tout cauchemar, tout le monde s’empêche d’oublier ce drame. Quelque temps plus tard, Niall, le jeune postier du village, récupère une enveloppe contenant le journal intime de Fiona. Il se retrouve envoûté par ce personnage et décide de comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres. Il découvre alors l’existence de Jim Quick : un ‘seanchai’, conteur de légendes irlandaises et cherche à comprendre toute l’histoire, aidé en cela par le journal intime de la deuxième nièce.

Il est bien difficile de parler simplement de ce roman foisonnant. Car l’imagination est au rendez vous dans ce livre. Bien que j’ai mis beaucoup de temps pour le lire, pour des raisons de santé, jamais je n’ai voulu le lâcher. Car sa lecture est envoûtante. Autant que le personnage de conteur. Christian Mork a une grande qualité, c’est qu’il vous prend par la main, et vous embarque dans son imaginaire. Il construit son histoire comme on construit un conte, ou un château, pierre par pierre, morceau par morceau. Et le mystère qui plane autour des personnages nous force à vouloir aller plus loin, à essayer de démêler les fils de ce drame.

La construction du livre y est pour beaucoup. Alternant entre l’enquête de Niall et les journaux intimes des deux nièces, cela devient vite passionnant, d’autant que c’est un très bon moyen de manipuler le lecteur. Car dans un journal intime, on ne fait apparaître qu’une partie de la vérité, on cache ou on omet certaines choses. Et il a le talent d’avoir agencé cela comme des poupées russes, mêlant une histoire dans une histoire dans une histoire. Et tout cela sans que le lecteur ne ressente aucune confusion. Très fort.

Alors oui, comme tous les auditeurs du conteur Jim Quick, je me suis laissé prendre à cette histoire, regrettant parfois certains effets de styles, certaines maladresses de style de description ou de faux suspense. J’ai trouvé que Christian Mork était beaucoup plus à l’aise dans les journaux intimes que dans l’avancée de l’enquête de Niall. Mais au bout du compte, j’en ai retiré énormément de plaisir à lire ce conte moderne. Sans oublier, bien sur, le suspense et l’explication finale qui n’intervient que dans les toutes dernières pages.

Comme pas mal de mes collègues blogueurs, j’ai été surpris, bluffé par le talent de conteur de Christian Mork, et je pense qu’il va falloir que je lise les prochains. D’ailleurs, Jim Quick n’est-il pas le double de Christian Mork ? En tous cas, ce conte moderne pour adultes vaut largement d’être lu et dévoré.

Les autres avis dont je vous parlais sont chez

Lecture sans frontières, yspaddaden, Cynic63, et  Pages d’écriture entre autres.

Sacrifice de Sharon Bolton (Pocket)

Tora Hamilton est une chirurgienne obstétricienne qui déménage dans une ile des shetlands, ile dont est originaire son mari. Ils ont une vieille ferme avec des chevaux. Alors qu’elle est en train de creuser la tourbe pour enterrer un de ses chevaux, elle découvre le cadavre d’une femme, qui a enfanté et été torturée avant de mourir. Tora se retrouve impliquée dans cette enquête et elle va découvrir rapidement que tout le monde a quelque chose à cacher, et que même ses proches semblent impliqués.

Comme je le disais, j’ai commencé ce livre en étant plutôt mitigé. Cela démarre assez vite, sans temps morts, mais je n’arrivais pas à être intéressé par ce qui se passait. Et puis, l’intrigue du roman se déplace : d’une simple enquête policière, on passe à une véritable paranoïa du personnage principal. La narration à la première personne y fait beaucoup. Et je dois dire que je me suis laissé prendre. Tous les personnages, observés sous un nouvel angle, semblent avoir un comportement suspect, des policiers aux collègues, de son chef à son propre mari. Je n’étais pas emballé par le rythme, mais par l’angoisse de Tora qui, devant ses découvertes, n’arrive pas à y croire, échafaude des hypothèses toutes plus horribles les unes que les autres.

Sharon Bolton est passionnée de cultures anciennes (c’est écrit sur la quatrième de couverture) et elle nous apprend quelques notions sur les runes. Mais ce sont les passages les moins réussis tant j’avais l’impression que le sujet du livre est tout autre : Connait-on vraiment les gens ou même nos proches ? Alors, certes, il y a des longueurs, les dialogues sont bons, sans plus. Mais les descriptions des paysages sont saisissantes et les personnages bien croqués. Pour un premier roman, on peut dire que dans l’ensemble c’est réussi. Ne vous attendez pas à un chef d’œuvre, Sacrifice est un bon roman qui se suit aisément, avec un sujet grave qui, comme on dit, pourrait être vrai.

Enfin, ce qui m’a épaté, c’est de lire la préface, où l’auteur nous dit qu’elle a inventé la plupart des villages et des paysages qu’elle décrit. Son sens du détail fait que j’y ai cru, je me suis senti imprégné de ces paysages, j’ai eu l’impression de côtoyer des personnages issu de ces iles nordiques. Pour ma part, je resterai aux aguets des prochains romans de Sharon Bolton, et si le sujet me plait, il n’est pas impossible que je le lise.

Un petit coup de gueule pour terminer : le livre a un nombre inacceptable de fautes d’orthographe, de mots oubliés, voire de fautes de frappe. Je trouve cela scandaleux que l’éditeur ait aussi peu de respect pour le lecteur et pour l’auteur. A 20,90 euros le livre, l’éditeur pourrait faire le strict minimum.

AU DELA DU MAL De Shane STEVENS (Pocket)

C’est l’histoire de Thomas Bishop dont il est question dans ce pavé (760 pages), l’un des plus incroyables et sanglants serial killer que l’Amérique ait connus. Tout commence par son enfance, puis son internement dans un asile psychiatrique expérimental dès l’age de dix ans, après qu’il eut assassiné sa propre mère. Quinze années plus tard, il s’évade et c’est donc son parcours que nous allons suivre dans un contexte social et politique explosif puisque cela se passe dans les années 1972 et 1973.

Car il serait injuste de limiter ce roman à un parcours de serial killer. C’est foisonnant de personnages, tous aussi bien croqués les uns que les autres, du simple shérif au président des Etats-Unis lui-même (ou du moins ses plus proches conseillers). Et la force de ce roman est bien de montrer comment en 1973, tout le monde finit par être impliqué dans la traque de ce tueur fou, mais génial. De la police locale et nationale, de la presse bien sur, des politiciens locaux à la pègre, tous ont un intérêt dans cette histoire.

Tout se déroule selon une narration chronologique, passant d’un personnage à l’autre, sans géométrie ou logique autre que le déroulement du temps. Il aura fallu un sacré travail à l’auteur (Shane Stevens, auteur inconnu, probablement un pseudonyme, lit-on sur la couverture) pour agencer les personnages dans cette gigantesque histoire.

Le style se lit très bien, avec des descriptions très détaillées, dans un style romanesque un peu daté à mon goût, pas très personnel, qui avoisine parfois avec une description clinique des caractères et des lieux. On sent bien que l’auteur privilégie son histoire au style, et il a raison tant elle est prenante et passionnante.

Mes quelques bémols sur ce roman sont liés à la psychologie des personnages, un peu trop simpliste, un peu trop évidente. Les bons sont gentils, les méchants sont mauvais, les politiciens sont corrompus, les policiers sont passionnés par leur métier ; et un seul personnage arrive à démêler cette histoire, un génial journaliste dont les doutes sont surtout là pour faire une histoire un peu moins lisse.

Le début de l’histoire aussi est un peu « téléphonée » : Pourquoi avoir fait de Thomas Bishop un garçon maltraité par sa mère ? Un peu trop facile, à mon goût, et inutile vis-à-vis de la puissance de l’histoire qui suit.

Evidemment, on pense aux autres auteurs de serial killer en lisant ce livre de Ellroy à Thomas Harris. Par son contexte politique associé, je le situerais entre les deux. Mais Ellroy reste pour moi un cran au dessus avec sa psychologie des personnages et le fait qu’il ne sacrifie jamais son style à son histoire.

Ceci dit, cela reste l’une des histoires de serial killer les plus intéressantes que j’ai lues et je vous le conseille fortement, si vous êtes du genre à lire des pavés en rentrant de vacances. Et puis, c’est une très bonne façons d’attendre le prochain Ellroy, qui va lui aussi se dérouler (si j’ai bien compris) pendant la présidence de Richard Nixon.

Gilles Legardinier : L’exil des anges (Pocket)

Valeria, Peter et Stefan sont trois étudiants de vingt ans venant respectivement d’Espagne, Hollande et Allemagne. Ils ne se connaissent pas, mais ont un point commun : ils rêvent tous les trois d’une chapelle située en Ecosse, alors qu’ils ne sont jamais allés là-bas. Ces rêves s’avèrent rapidement avoir un lien avec un couple de deux scientifiques qui se sont suicidés vingt ans plus tôt. Les services secrets américains, qui étaient à la poursuite des deux scientifiques, pourchassent aussi nos trois étudiants pour découvrir leur secret.

Autant le dire tout de suite, j’ai été déçu, et donc je ne vais pas m’étendre sur ce roman. Le sujet semblait intéressant, mais j’ai trouvé que l’auteur lui avait coupé l’herbe sous les pieds en dévoilant avant le milieu du livre tout le suspense et le mystère qu’il pouvait tirer de ce sujet. Et donc le livre se résume à une course-poursuite.

Cela se lit bien, très vite avec de courts chapitres, il y a des invraisemblances mais ça va tellement vite qu’on passe dessus. A mon avis, il manque de la psychologie des personnages pour qu’on puisse s’y attacher. J’aurais aimé tomber amoureux de Valeria, m’identifier à Stefan, agir avec Peter. Au final, reste un roman « très grand public », ce qui ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là, mais que l’on va l’oublier aussi vite qu’on l’a lu. Et qu’on a l’impression qu’il existe des centaines de livres de ce genre.

Voilà ! J’ai trouvé ce que je reproche à ce livre : A partir d’un sujet si puissant, n’en reste finalement qu’un roman lisse comme beaucoup d’autres. A noter, que l’auteur m’a fait vibrer dans les dernières pages : il s’agit des remerciements. Et là, on voit l’ampleur du sujet qu’il n’a, à mon goût, qu’évoqué. Dommage !