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Oldies : Le Grossium de Stanley G.Crawford

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Marcel Duhamel

Attention, Coup de cœur !

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Claude Mesplède écrivait des rubriques dans une revue consacrée au polar qui s’appelait Alibi, dans laquelle il proposait des polars édités par la Série Noire qui sortaient de l’ordinaire. C’est comme cela que je me suis procuré ce petit chef d’œuvre de comédie policière.

L’auteur :

Stanley G. Crawford, né le 2 octobre 1937 à San Diego en Californie, est un écrivain américain de roman policier.

Il fait ses études à l’université de Chicago, puis à la Sorbonne à Paris. Il devient professeur d’anglais au Northbranch College de Santa Cruz. Il rédige également plusieurs articles pour la presse (New York Times, Los Angeles Times, Country Living…) et est l’auteur de cinq romans et de deux mémoires.

Son premier titre, Le Grossium, publié à la Série noire en 1969, raconte les aventures de Gascogne, un magnat de l’alimentaire qui tient sous son emprise l’ensemble de la ville et dont la domination se voit remise en cause par un individu anonyme. Ce roman, un excellent pastiche du roman noir d’alors, offre une virulente critique de l’économie américaine et de sa notion de libre entreprise.

Les autres romans de Crawford n’appartiennent pas au genre policier. Carnet de bord (1971), par exemple, est le récit poétique et humoristique des mésaventures d’un couple qui met les voiles sur un chaland chargé d’ordures ménagères pour un périple de quarante ans sur toutes les mers du globe.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

« Le téléphone sans fil sonne : « Gascogne ? fait une voix pas du tout familière. – Qui voulez-vous que ce soit ? Et vous qui êtes-vous ? – Peu importe. Rufus Raffa vient de prendre une balle entre les deux yeux. – Pas possible ? Et pourquoi me le dire à moi ? – Je croyais que vous étiez… » Là-dessus, il raccroche. La mort de Raffa, en être le premier ou le dernier informé, c’est du kif, car personne n’ira se rincer le canal lacrymal à cette nouvelle. Surtout pas moi. »

Mon avis :

Attention, coup de cœur !

Comme je le disais, ce roman est un petit chef d’œuvre de comédie policière. Jugez-en plutôt avec ce bref résumé du début de l’intrigue :

Gascogne est dans sa voiture quand on l’informe par un coup de fil anonyme de la mort de Raffa, truand renommé du coin. Immédiatement, il appelle Raffa et celui-ci va bien, puisqu’il lui répond. Si on lui a annoncé la mort en avant-première, Gascogne y voit la chance de se faire du fric. En arrivant chez Raffa, il voit la voiture du commissaire O’Mallolloly, et son chauffeur qui fume la pipe. Quand il fait le tour de la maison, il voit Nadine, la femme de Raffa qui part suivie de Dimitri le chauffeur de Raffa. Puis c’est au tour de Nancy, la maîtresse de Raffa, de fuir le navire à poil ; soudain, un homme déguisé en Ours des Cocotiers Géants descend du balcon au bout d’un drap enroulé en forme de liane. Il repart, passe un coup de fil à son standardiste / homme à tout faire Chester. Celui-ci lui annonce qu’on vient de découvrir Raffa, mort d’une balle dans la tête. Décidément, il se passe des choses pas nettes dans sa ville …

Si vous croyez que mon bref résumé est fou, sachez que ce n’est rien à côté du reste du roman. Ce roman est d’une drôlerie irrésistible, burlesque d’un bout à l’autre, avec des dialogues savoureux et une intrigue énorme ! Et le gros attrait de ce roman est son rythme effréné, mené tambour battant par un Gascogne qui court (au volant de sa voiture) d’un endroit à l’autre.

Le personnage de Gascogne est clairement un pur joyau, empreint d’un mystère que l’on va voir se lever petit à petit au long de l’intrigue. Tout d’abord, on croit qu’il est détective privé, puis qu’il est au service de truands tels que Raffa. Puis on se rend compte qu’il tient beaucoup de gens au creux de sa main, par chantage ou prêt d’argent. On finit par se rendre compte qu’il est propriétaire (au moins en partie) d’un nombre incalculable de boutiques de sa ville et que le maire ne peut rien lui refuser. Finalement, il s’avère être le roi de cette ville, un roi caché qui gère en sous-main toutes ses affaires. Le roman se déroulant sur 2 jours, Gascogne vit une vie de fou, gérant ses affaires sur son téléphone sans fil (je vous rappelle que le roman a été écrit en 1965 !) et mène la vie dure à ses employés, ne leur laissant aucun répit.

Enfin, derrière son histoire foldingue, Stanley G. Crawford décrit une Amérique en proie à la consommation à outrance. Il y a des publicités partout pour forcer les gens à acheter, les noms des boutiques sont eux-mêmes de véritables pubs (hilarantes au passage) et on propose aux gens d’acheter n’importe quoi, même des souris miniatures qui se reproduisent à une vitesse phénoménale (ce qui démontre une nouvelle fois un côté visionnaire si on pense aux manipulations génétiques d’aujourd’hui).

Je vous le dis, je vous le répète, ce roman, c’est un chef d’œuvre d’humour, une comédie policière immanquable et pas seulement une parodie du genre ! Coup de cœur !

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La boussole d’Einstein de Gilles Vidal

Editeur : Zinedi

Chouette, voici le nouveau Gilles Vidal, une assurance de lire un polar emballant et surprenant. Je ressors de cette lecture une nouvelle fois emballé.

Félix Meyer revient dans sa ville natale pour une bien triste nouvelle. Sa sœur Carole vient de mourir. On a découvert son corps, renversé par une voiture alors qu’elle marchait vers chez elle en pleine nuit. On devrait plutôt dire qu’elle a été écrasée par une voiture, tant celle-ci s’est acharné sur elle, lui passant et repassant plusieurs fois dessus. D’ailleurs, Meyer n’arrive même pas à reconnaître sa sœur à la morgue.

Le lieutenant Aurélie Costa est en charge de cette affaire et reçoit Meyer, qu’elle ressent comme un personnage énigmatique et sans émotions. Elle est de la même façon étonnée de son absence de réactions devant le corps en charpie qu’elle lui présente à la morgue. Revenue dans son bureau, elle est bien obligée de lui avouer qu’elle n’a pas la moindre piste concernant ce qui doit être considéré comme un assassinat.

Apparemment, les habits du corps et les papiers correspondent bien à la sœur de Meyer. Meyer demande l’autorisation de visiter l’appartement de sa sœur. Et il n’y trouve là-bas aucun signe de personnalisation : il est quasiment vide, il n’y aucune photo, aucun ordinateur. De même, il n’y a rien dans la salle de bains, comme si personne n’y avait habité, ou que tout avait été soigneusement nettoyé.

Il y a un côté classique dans ce roman. Bien que l’intrigue suive deux personnages en parallèle, le roman démarre avec un mystère brouillardeux et continue comme cela jusqu’à son dénouement. Gilles Vidal n’étant pas un auteur débutant, ce roman est d’une maîtrise parfaite et l’auteur nous mène où il veut, en nous prenant par la main.

Il y a un côté fascinant dans l’écriture de Gilles Vidal, une façon remarquable de construire ses scènes sans être démonstratif, une manière particulière de bâtir la psychologie de ses personnages sans en dire trop. De cette écriture à la fois abstraite et visuelle, on a l’impression que le mystère de l’intrigue se complète par des personnages complexes, que l’on va chercher à comprendre sans jamais y arriver tout à fait.

Il y a un côté entêtant dans cette lecture, car Gilles Vidal nous oblige à continuer la lecture. Il nous donne au compte-gouttes les indices, nous assène parfois des scènes (dont une violente) que l’on a du mal à rattacher au reste avant de reconstruire petit à petit le panorama. Et même là, on ne découvre l’ensemble de l’histoire qu’à la toute fin du roman.

Il y a un côté hypnotique dans cette lecture, car le style, fait de légèreté et de simplicité est l’un de ses meilleurs atouts. C’est probablement un des romans de Gilles Vidal les plus abordables (par rapport à certains autres) mais c’est aussi le plus ludique comme un jeu de pistes et l’un des plus agréables à lire. Et enfin, quand on termine ce roman, on en sort heureux, heureux d’avoir lu un roman pas comme les autres et extraordinairement agencé.

No problemo d’Emmanuel Varle

Editeur : Lajouanie

Alors que j’avais adoré son précédent roman, Dernier virage avant l’enfer, j’étais passé au travers de la sortie de son dernier roman en date. Heureusement, l’auteur m’a gentiment signalé sa sortie et voici donc mon avis.

Ils sont deux et n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre. José et Romuald se rencontrent et décident de monter ensemble un casse.

Romuald a décidé de quitter le domicile familial très tôt, et tombe dans la drogue. Un psy le sauve et lui fait découvrir la boxe. Mais un jour, il rate un entrainement, puis refuse les sacrifices et les concessions demandés par ce sport. Retombant dans le drogue, il s’en sort avec de petits larcins, jusqu’à sa rencontre avec José et cette idée de larcin apportée comme sur un plateau par son nouvel ami.

José a suivi sensiblement le même trajet. Ses parents étaient employés pour s’occuper d’une belle résidence appartenant à un auteur de thrillers connu, James Blisdane. C’est parce qu’il a passé son enfance dans cette propriété qu’il envisage de la cambrioler. Il sait qu’il y a un coffre-fort plein de lingots d’or. Cela va donc être un casse facile. « No problemo », n’arrête-t-il pas de répéter. Ils investissent donc la propriété mais la première personne à se présenter à la porte n’est pas l’écrivain de renom … et les surprises ne font que commencer.

Même s’il est découpé en une vingtaine de chapitres, l’intrigue suit trois parties : la préparation du casse, le déroulement du casse et enfin la fuite après le casse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré un plan classique, ce roman bénéficie d’une plume simple et agréable à suivre. Ce qui veut dire qu’une fois que l’on a commencé à ouvrir le livre, on se dépêche de le finir pour savoir comment tout cela peut terminer.

Le style de narration de l’auteur se veut direct, très factuel, distant par rapport à ses personnages principaux. A la limite, José prend toute la place et Romuald se retrouve au second plan, bien que le premier chapitre lui soit consacré. Par contre, les autres personnages secondaires qui vont traverser cette histoire sont passionnants, voire caustiquement drôles, dans un roman où le ton se veut sérieux.

Car du casse initial qui doit se dérouler sans problème, de nombreux événements vont venir perturber la mécanique huilée prévue au départ. Et là où un Westlake en aurait fait un roman humoristique, Emmanuel Varle en fait un roman sérieux, et donc un polar plutôt classique. Et du coup, il m’a manqué un zeste de psychologie sur le passé de José et un meilleur équilibre entre les personnages. Mais rien que pour les autres personnages secondaires (le nègre, la femme de ménage et surtout l’institutrice de la fin), ce roman s’avère un bon divertissement.

La baleine scandaleuse de John Trinian

Editeur : Gallimard Série Noire

Traducteur : Philippe Marnhac

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

Claude Mesplède écrivait des rubriques dans une revue consacrée au polar qui s’appelait Alibi, dans laquelle il proposait des polars édités par la Série Noire qui sortait de l’ordinaire. C’est comme cela que je me suis procuré ce roman décidément pas comme les autres, dont il disait dans son Encyclopédie des littératures policières qu’il était le meilleur de son auteur.

L’auteur :

John Trinian, nom de plume de Zekial Marko, né en 1933 aux États-Unis et mort le 9 mai 2008 à Centralia (Washington), est un écrivain, scénariste et acteur américain.

Sous son nom il n’écrit qu’un seul roman, Scratch of Thief en 1961. Pour les autres, il utilise le pseudonyme de John Trinian, nom sous lequel sera traduit Scratch of Thief en français.

En 1960, il écrit The Big Grab qui sera traduit en français l’année suivante mais ne sera édité aux États-Unis qu’en 1963 avec pour titre Any Number Can Win. De même, The Whale Story sera publié aux États-Unis avec pour titre Scandal on the Sand. C’est un roman atypique, une étude des comportements d’individus ordinaires confrontés à des événements perturbants.

Il écrit également des scénarios pour des séries télévisées comme 200 dollars plus les frais ou Dossiers brûlants. Il joue quelques rôles dans trois films et séries télévisées dont celui de Luke dans Les Tueurs de San Francisco.

Quatrième de couverture :

«Y’a jamais un chat», lui avait assuré Willie. Joe s’était donc imaginé que ce bout de plage allait être complètement désert et il avait accepté le rendez-vous. Mais qu’est-ce qu’il voit ? Une putain de baleine grise échouée sur le sable, une bande de tordus en train d’admirer le phénomène et par-dessus le marché un flic ! Et à cheval, encore !

Si ça se trouve, il va demander du renfort, cette ordure. Ça va grouiller de poulets. Pour un tueur en cavale, c’est pas joice.

Mon avis :

Une baleine se baladait dans les ténèbres glacées des profondeurs marines quand elle se laissa surprendre par un courant qui la projeta sur une plage d’une petite ville des Etats-Unis.

Karen se réveille dans une chambre d’hôtel, ne se rappelant rien de la veille. Elle avait bu, avait dansé avec Hobart et apparemment, a fini la nuit avec lui. De méchante humeur, elle décide d’aller faire un tour sur la plage.

Joe Bonniano est un tueur à gages qui vient d’éliminer un caïd de la mafia, Herbert Betseka. Recherché par toutes les polices, il appelle un pote nommé Willie pour qu’il lui fournisse une planque. Ce dernier lui donne rendez vous sur la plage.

Karen demande à Hobart d’aller chercher un flic. Pas motivé plus que ça, il traine jusqu’à tomber sur un membre de la police montée, l’agent Mulford, connu pour sa violence inconsidérée et inutile.

A partir d’un fait divers insolite, John Trinian va décrire une journée à la plage et la réaction des estivants, autour des trois personnages principaux. Du comique d’une situation décalée, il va montrer ceux qui sont concernés, ceux qui n’en ont rien à faire et ceux qui veulent en profiter. Si les dialogues sont parfaits et enchaînement des situations d’une logique implacable, on avale ce roman avec un plaisir énorme en se délectant du déroulement de la situation, jusqu’au dénouement final finalement très noir et très moral. Ce roman pas comme les autres, subtile analyse psychologique, mériterait bien une réédition en format de poche, chez Folio par exemple, mais je dis ça, je ne dis rien.

Il est à noter que l’on retrouve une baleine échouée dans Le Mondologue d’Heinrich Steinfest (Carnets Nord) qui est une comédie délirante et qu’un sujet analogue a été traité dans Si belle mais si morte de Rosa Mogliaso (Points) mais avec le corps d’une femme abandonné.

Après les chiens de Michèle Pedinielli

Editeur : Editions de l’Aube

Après Boccanera, son premier roman, il me fallait absolument lire la suite, et retrouver Diou, cette formidable détective privée, faite en béton armé. Si Bocannera était très bon, celui-ci m’a paru encore meilleur.

Ghjulia « Diou » Boccanera est toujours détective privée à Nice, et elle a décidé de prendre un peu plus soin de sa santé. Fini l’alcool, bonjour le sport … enfin, un petit footing le matin. Elle a accepté de garder le chien de ses amies Dagmar et Klara qui sont parties pour des vacances en famille en Suède. Et Scorsese la réveille tous les matins à 6 heures pour la promenade matinale ! Après un café expéditif, direction le mont Boron pour une escapade forestière au calme.

Sauf que ce n’est pas le calme que Diou va trouver mais un cadavre au détour d’un chemin. A première vue, il s’agit de toute évidence d’un étranger, un SDF, qui a été méchamment tabassé à tel point que son visage ne ressemble plus à rien. Malgré sa première tentation, elle appelle son ami et ex-amant le commandant Jo Santucci. Santucci ne se fait pas trop d’illusions, Diou va vouloir mettre son grain de sel dans cette affaire.

Pourtant, Diou va être occupée par une autre affaire : Colette, la patronne du restaurant Aux Travailleurs lui annonce que quelqu’un a besoin de ses services. La fille de Marina, qui tient le salon de thé rue de la Boucherie a disparue depuis quatre jours. La police ne peut rien faire, la disparition de Mélodie Feuillant n’est pas prioritaire puisqu’elle est majeure. Les affaires reprennent pour Diou.

Même si Après les chiens constitue la deuxième enquête de Diou, on peut lire cette enquête indépendamment de la précédente. Jamais je n’ai ressenti le besoin de me rappeler ce qui s’était passé précédemment. Par contre, dès les premières pages, on est emporté par le rythme et la vivacité du personnage principal, Diou, qui tient cette intrigue à bout de bras. Cette femme forte, blindée, mène ses enquêtes et sa vie à un rythme d’enfer et ne s’en laisse pas conter. Et ce n’est pas parce qu’elle est d’apparence forte qu’elle n’a pas aussi ses faiblesses, ses cicatrices qu’elle trimbale comme un sac poubelle derrière elle.

Ce roman, s’il comporte tous les ingrédients d’un polar, va lorgner du coté des migrants et de ceux qui ont font la chasse, sous le prétexte de conserver un pays propre. Entre nazillons et racistes de tous poils, Michèle Pedinielli va aborder ce thème social fort sans être lourdingue, en positionnant ce thème en tant que contexte. C’est d’une remarquable intelligence. D’autant plus qu’elle fait un parallèle avec l’exode de juifs pendant la deuxième guerre mondiale, pour montrer que ces gens ne veulent rien d’autre qu’essayer de vivre un peu plus longtemps. Et qui est assez inhumains pour leur refuser ça ?

Mais il y aura aussi d’autres sujets qui vont parcourir ce roman comme ceux qui font les trafics d’animaux et leur maltraitance, comme des pistes qui peuvent sembler fausses mais qui vont chacune ajouter une pièce au puzzle d’ensemble. Et ce roman va devenir un roman foisonnant où on accepte de suivre Diou dans ses affaires pour son énergie inépuisable, mais aussi parce qu’on a l’impression de suivre une intrigue improvisée, de la même façon que Diou mène sa vie.

Encore une fois, on va se balader dans les quartiers de Nice, en évitant les quartiers touristiques pour s’attarder dans ces rues au charme du Sud. Encore une fois, on va avoir droit à des portraits de personnages secondaires formidables. Encore une fois, l’émotion va nous serrer la gorge alors que le style est plutôt « Rentre-Dedans ». Encore une fois, c’est une très grande réussite, et comme je l’ai déjà dit : Je suis prêt à suivre Diou au bout du monde !

Ne ratez pas l’avis de Psycho-Pat

Escalier B, Paris 12 de Pierre Lunère

Editeur : Harper & Collins

En été, certains cherchent de la lecture facile, de quoi se divertir sans se prendre la tête. Ce roman m’est arrivé entre les mains presque par hasard et je l’ai lu au bon moment, c’est-à-dire que je cherchais un livre drôle. Bonne pioche !

Pierre est concierge dans un immeuble du douzième arrondissement de Paris, près du boulevard Soult, qui comporte 2 bâtiments (entendez deux escaliers). Il est affublé d’un Pékinois albinos et vit en colocation avec Danny. En ce dimanche, une personne fait des allers-retours dans l’escalier en jogging et en faisant du bruit. Evidemment, tous les habitants viennent se plaindre auprès de Pierre, d’autant plus qu’après les montées et descentes  d’escaliers s’ajoute un bruit incessant.

Quand il sonne, il se retrouve face à la nouvelle locataire de l’immeuble, Marion-Lara. Il se propose de l’aider à monter ses meubles avant de découvrir qu’elle est lieutenant de police. Comme elle le trouve sympathique, elle lui propose de l’accompagner à un mariage. Mais pendant la fête qui suit la cérémonie, au petit matin, une petite fille a disparu : elle se nomme Myrtille, une nièce de Marion-Lara.

Or Pierre a un don pour arrondir ses fins de mois : il est voyant et tireur de cartes. Il est donc fin observateur, fin psychologue et il entend une petite voix qui lui susurre parfois des mots qui peuvent aider. Il accepte d’aider Marion-Lara et de regarder les photos du mariage, car le couple avait installé un photomaton derrière le château. En regardant les photos de poche, Pierre arrive à donner quelques pistes à Marion-Lara.

Et ce n’est que le début des aventures de nos deux comparses tant ils vont avoir à résoudre un grand nombre de mystères, de la présence de prostituées dans l’immeuble à la disparition de l’une d’elle, d’un envoûtement chinois à la prolifération de tuyaux de plomb, d’un mystérieux suicide à des enlèvements.

Ce roman est foisonnant d’intrigues, aidé en cela par des personnages hauts en couleurs. Entre les femmes qui entourent Pierre, de sa colocataire et l’actrice qui fait tout pour décrocher un rôle, entre les emmerdeurs (Madame Dijoub qui fait signer des pétitions à tout va) à ceux qui veulent faire déguerpir les étrangers, on s’amuse beaucoup.

Et puis, l’écriture, si elle n’est pas extraordinaire, est fluide et drôle. Le ton est virevoltant, pas cynique ou méchant pour un poil, juste distrayant et léger comme il faut. La quatrième de couverture fait un rapprochement avec la saga Malaussène de Daniel Pennac. J’y rajouterai Gilles Legardinier, période Demain j’arrête. Bref, comme je vous l’ai dit plus haut, il ne faut pas chercher dans ce roman un livre inoubliable mais juste une lecture distrayante qui remplit son rôle parfaitement.

Telstar de Stéphane Keller

Editeur : Toucan

J’avais été très impressionné par le premier roman de Stéphane Keller, l’année dernière, Rouge Parallèle, par son intrigue qui s’appuie sur trois personnages forts et par sa faculté à nous immerger dans une autre époque, les années 60. Telstar sort moins d’un an après et reprend les mêmes personnages.

Une suite ? Non, plutôt une explication du parcours des policiers et militaires rencontrés dans Rouge Parallèle. Les anglo-saxons appellent cela un pre-quel ; moi j’appelle ça un « Revenons en arrière » ! Original, non ? Et donc, pour bien appréhender les Lentz et Holliman, quoi de mieux que de les envoyer dans les années 50, plus précisément 1956, en Algérie.

Alger, 24 décembre 1956. Le corps d’une jeune fille est retrouvé. Elle a été violée puis étranglée ; il lui manque une socquette. Pour l’inspecteur principal Brochard, ce n’est qu’une horreur de plus dans un pays de plus en plus ensanglanté. Depuis le début du mois, ce sont plus de 120 attentats mortels qui ont déferlé, dont la responsabilité incombe au FLN, le Front de Libération Nationale. Son adjoint, Joanin ne s’est pas encore remis d’un massacre dans une petite ferme du coin. Sa mère leur donne son nom : la petite s’appelait Henriette Pellegrini. Quelques témoins font état d’une voiture américaine de couleur, avec à son bord un homme blond. Cela n’arrange pas Brochard qui viserait plutôt les fellaghas.

Chypre, 24 décembre 1956. L’armée franco-britannique a remporté la victoire du Canal de Suez face à Nasser mais a dû faire marche arrière sous la pression des Américains et des Russes. Alors l’état major leur ordonne de rallier Alger, pour sécuriser la situation. La 10ème DP, accompagnée du capitaine Jourdan allait s’atteler à cette mission. Ils avaient carte blanche. La chasse au FLN débutera dès le 26 décembre, date de leur arrivée sur place. Par contre, Jourdan devra se coltiner la colonel Stuart Hollyman, observateur américain sur place.

Sainte Marthe, 25 décembre 1956. Norbert Lentz est un simple soldat, dont l’objectif et la motivation tiennent en quelques mots : faire la chasse aux communistes. Et il est sur d’en trouver à la pelle en Algérie. Direction donc Marseille, pour embarquer vers cette colonie qui a la prétention de revendiquer son indépendance. Il va leur faire passer cette envie, aux communistes …

Que c’est dur de faire un résumé du contexte de ce roman, environ les 50 premières pages, alors que la situation est inextricable. Après Rouge parallèle, l’auteur m’avait indiqué qu’il envisageait de traiter cette période sanglante pour y placer quelques uns de ses personnages, et expliquer leur histoire. Alors, si je dois vous conseiller quelque chose, c’est de lire celui-ci avant Rouge parallèle … ou pas. En fait, je pense que l’on peut suivre un déroulement chronologique mais on peut aussi lire Telstar en premier. En aucun cas, vous ne serez gêné dans votre lecture.

Passé cette introduction, je retrouve la puissance d’évocation de cette période, la sensation de danger permanent alors que le style de l’auteur est plutôt descriptif. Stéphane Keller nous montre la difficulté de cette situation qui ne peut que dégénérer, où les différents camps en présence se livrent à une guerre mortelle sans aucun état d’âme. Aux attentats aveugles, la police française y répond par des meurtres sans enquête pour boucler ses dossiers et l’armée se livre à des tortures qu’on a du mal à imaginer.

En fait, Stéphane Keller arrive à atteindre le juste équilibre entre personnages et contexte, entre action décrite et dialogues réduits au strict minimum. Et surtout, il réussit la gageure, en s’appuyant sur une documentation sans faille mais pas lourdingue, à nous montrer toute l’inhumanité des hommes quand ils sont persuadés de leurs actes. Il n’est pas étonnant que l’on ait vu aussi peu de romans traitant ce sujet et il semble bien que les vannes de l’imagination littéraire s’ouvrent depuis peu. Et c’est finalement une bonne chose pour l’Histoire.

Quant à Stéphane Keller, il passe haut la main le risque du deuxième roman en gardant le même thème. Et ça, c’était un sacré pari, un pari qu’il a formidablement transformé. Enfin, le titre, il s’agit d’un titre des Tornadoes, sorte de musique désenchantée, qui tourne en rond comme si les hommes refaisaient tout le temps les mêmes erreurs.

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