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Fucking Melody de Noël Sisinni

Editeur :Jigal

Avant d’ouvrir ce roman, je n’avais aucune idée d’où je mettais les pieds, enfin, les yeux. Je n’avais pas lu la quatrième de couverture, et ai juste été attiré par les différents avis sortis sur la toile.

Alors qu’elle a été abandonnée, elle a été transférée dans un hôpital pour de redoutables douleurs dans le dos, à l’âge de 15 ans. Elle se fait appeler Fiorella, s’invente des personnages et rejette les autres. La seule personne avec qui elle a des discussions, c’est Soline, une infirmière qui propose des spectacles pour les enfants, de morceaux de musique à des scènes de clown.

Soline possède un don pour la musique, mais trouve son bonheur dans sa relation avec ces enfants meurtris et malades. Le professeur Marsac la convoque dans son bureau. Parce qu’elle a une relation particulière avec Fiorella, il préfère lui annoncer la vérité : la petite est atteinte d’un cancer des os, et il va falloir recourir à la chimiothérapie. Marsac lui propose de lui couper les cheveux avant qu’elle les perde.

Alors que son frère lui propose un enregistrement en studio de sa dernière pépite musicale nommée Fucking Melody, Soline propose à Fiorella de passer un week-end avec Boris, son compagnon. Fiorella qui veut découvrir le monde va tomber amoureuse du jeune homme. Et comme elle n’est pas prête à faire des compromis, la situation ne peut virer au drame.

S’appuyant essentiellement sur deux personnages, Fiorella et Soline, on ne peut que voir dans leur relation une fusion comparable à celle du froid et du chaud, de la glace et du feu. Soline veut faire le bien, aider les enfants malades et s’en persuade jusqu’à introduire Fiorella dans sa sphère personnelle. Fiorella n’est pas prête au compromis, et ira au bout de ses envies, de ses désirs, sans aucune limite.

Se sachant condamnée, Fiorella répète qu’elle est pourrie de l’intérieur. Mais l’auteur évite les effets larmoyants en décrivant une jeune fille prête à tout, pressée de tout vivre avant la fin. On y trouve dès lors l’image d’une société enfermée dans ses carcans, appliquant les règles établies sans même chercher à comprendre les réactions et / ou la psychologie des malades. Pour autant, l’auteur fait en sorte que l’on ne ressente aucune compassion pour cette jeune fille qui brave tous les interdits. Il nous place devant une situation extrême, et nous laisse seul juge.

Si le roman est court, il regorge tout de même d’une multitude de scènes rapides aux dialogues percutants, comme si l’auteur avait tracé une ligne droite et ne s’en écartait jamais. Le style rapide évite de nous poser trop de questions et les personnages suivent leur trajectoire rectiligne jusqu’au bout du monde dans une fin digne d’une peinture de maître, une chute poétique mélangeant les couleurs froides et chaudes. Ce roman est une superbe découverte pour moi.

Hommage : Le gène du perce-neige de Jacques Bullot

Editeur : Edition du bout de la rue

L’association 813 nous a appris le décès de Jacques Bullot le 14 juin 2021. Dans l’une de mes bibliothèques, j’avais Le gêne du perce-neige et c’est l’occasion de rendre hommage à cet auteur engagé.

L’auteur :

Après une école d’ingénieur et le doctorat-ès-sciences, il entre en 1962 en tant que chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique.

Après deux ans passés aux Etats-Unis, au Baker Laboratory, il fonde un groupe de recherches où il infléchira ses travaux vers l’étude des semiconducteurs appliqués à l’énergie solaire et coordonnera pendant deux ans les travaux d’un groupe de laboratoires européens pour la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Il travaillera ensuite à Nantes où il poursuivra des recherches sur les polymères conducteurs.

Ces travaux ont donné naissance à plusieurs thèses de doctorat et à un grand nombre de publications, en anglais surtout, dans des revues spécialisées à comité de lecture comme Physical Review, Journal of Chemical Physics, Philosophical Magazine.

À partir de la fin 1997, Jacques Bullot qui, de tout temps s’est intéressé à la littérature policière et plus particulièrement au roman noir entame l’écriture de son premier roman. Celui-ci est publié en 2001 aux éditions Noir Délire sous le titre La gueule de l’emploi. Suivent la publication d’un recueil de nouvelles, La Couleur du temps et, en 2002, du roman Les Liquidateurs, toujours chez Noir Délire. Le quatrième roman : Du nitrate dans le cassoulet sort aux éditions E-Dite en 2005.

Le gène du perce-neige est publié en 2007 par Edition du Bout de la Rue. L’ouvrage est sélectionné pour le prix Intramuros 2008 au Festival de Cognac (6 retenus sur 200). Il publie en 2008 Amour, Raspail, Vavin… décrivant les dessous du métro parisien. Il sort son dernier polar en 2012, Le souffle glacé du Djurdjura où il parle, au travers de son expérience personnelle, des conditions de vie des jeunes du contigent en Algérie au cours de la période 1959-1961.

Pour l’auteur, le roman noir n’est pas un roman policier mais au contraire, comme le proclamait Jean-Patrick Manchette : un roman d’intervention sociale très violent. Jean Pons l’a caractérisé ainsi : L’intrigue n’est que le squelette du roman noir, sa chair est l’histoire sociale.

Dans cette optique les romans et nouvelles de Jacques Bullot abordent des thèmes comme : la spoliation des biens juifs pendant la guerre, le sort des liquidateurs qui ont déblayé les déchets radioactifs après l’explosion de Tchernobyl ou encore les négligences industrielles qui ont engendré l’explosion du site d’AZF à Toulouse en 2001.

Parallèlement plusieurs nouvelles sont publiées dans des recueils collectifs (Polar, cinéma et star, Ed. Le Marque-Page, 2002 ; La France d’après, Ed. Privé, 2007 ; Polar & CO, Douzième, Le Salon, Cognac, 2007), des revues (Coup de Plume en 2000, 813 en 2002) ou des journaux (La Page du 14ème en 2003). Et enfin, il a participé à la collection DETECTIVARIUM avec deux polars pour ados, L’énigme des gouttes de pluie et dernièrement Le secret de la roue bras de fer.

Tout au long de ces années, son engagement politique au sein d’associations est une donnée essentielle. Ainsi ces dix dernières années Jacques Bullot a collaboré à La Page, journal de quartier rayonnant sur le 14e arrondissement de Paris. Tiré à 2000 exemplaires, quatre fois par an, ce titre qui aborde des thèmes politiques et culturels, lutte contre la spéculation immobilière et la destruction du tissu social et se veut effronté et impertinent.

(Source : Site Dectivarium) http://detectivarium.fr/auteurs/jacques_bullot.php

Vous pouvez également visiter le site de l’auteur : http://jacques-bullot.over-blog.com/

Quatrième de couverture :

Pays de Brenne : son calme, sa nature, son Centre de Recherches, son cadavre…

Charles Germont, généticien spécialisé dans la recherche sur les OGM, veut alerter l’opinion publique : les résultats des tests toxicologiques qu’il a obtenus sont inquiétants. Ses supérieurs américains, nient leur véracité et lancent un processus d’intimidation.

Contacté par le chercheur, Sullivan, grand reporter, se lance dans la bagarre en clamant :

Si on court le moindre risque en bouffant ces trucs-là, il faut sonner le tocsin.

Les cloches sonnent à toute volée et la course poursuite commence.

Une milice privée est dépêchée avec pour cible : éliminer le chercheur.

Menaces en tous genres, interventions musclées, attentat en plein Paris, personne n’est épargné dans ce roman noir aux actions haletantes.

Plus jamais les informations sur les expériences transgéniques ne vous laisseront insensibles !

Mon avis :

On en parle moins aujourd’hui, mais le sujet des OGM a occupé le devant de la scène au début des années 2000. Et il reste toujours d’actualité. Il n’est pas étonnant de voir le polar aborder ce sujet, puisqu’il a aussi un rôle d’alerter l’opinion derrière une forme de divertissement. Et en termes de polar, Jacques Bullot respecte tous les ingrédients inhérents au genre en s’appuyant sur un démarrage simple et des personnages plus vrais que nature.

A la suite de résultats alarmants, Charles Germont envisage de publier un article scientifique pour alerter la communauté scientifique sur les dangers des OGM sur un élevage de rats. Mais son entreprise ne l’entend pas de cette oreille, pour ne pas faire de vagues et ainsi condamner un chiffre d’affaires futur faramineux.

Germont, en tant que personnage central, ne sera pas la seule personne impactée dans cette intrigue et l’auteur va grossir le trait (ou pas ?) en nous montrant les moyens qu’une entreprise internationale est capable de déployer pour taire la vérité. Maitrisant tous les canaux d’information, ils utiliseront même des malfrats pour impressionner et faire taire les protagonistes. Les chapitres courts, le rythme insufflé et les dialogues efficaces confèrent à ce roman une force pour porter son message auprès du plus grand nombre.

Ne ratez pas un article que l’auteur avait publié sur son blog sur le sujet des OGM, où il nous explique que la situation est encore plus consternante que ce qu’il raconte dans son roman :

http://jacques-bullot.over-blog.com/article-les-ogm-les-multinationales-et-le-roman-noir-99108338.html

Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo

Editeur : H&O éditions

Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur pourtant prolifique, qui œuvre dans des domaines aussi variés que les romans pour la jeunesse, les romans fantastiques, de science-fiction ou romans policiers. C’est plutôt dans le genre fantastique qu’il faut classer ce Cavalier du septième jour.

La vieille Maggie, ancienne artiste sculpteuse de totems, que tout le monde croit folle, regarde dans l’eau du lac pour apercevoir un visage, celui d’une noyée. Puis elle se rend compte que c’est son visage qu’elle observe, ridée par les ondulations de l’eau. Elle rentre chez elle, regardant derrière son dos si elle est suivie. Elle cherche à protéger Ichika, jeune fille qu’elle a recueillie, presque adoptée, après la mort de ses parents. Maggie est persuadée qu’Ichika peut les protéger du Cavalier du septième jour.

Maggie voue une haine féroce contre Daryl, jeune orphelin aussi, qui est tombé amoureux de Ichika. Daryl a réussi à intégrer une université, se passionnant pour des cours de psychologie. Son professeur le convie à une expérience de mentalisme et se découvre des dons, un instinct lui permettant de voir, sentir quand une personne est malfaisante. Une agence gouvernementale l’engage alors pour dénoncer de futurs potentiels terroristes.

Tout ce petit monde vit à Pueblo Quinto en Amérique latine, où les croyances des indiens Wataphas font craindre la malédiction du Cheval Nocturne. Manito Caldéron y dirige un haras et croit dur comme fer à cette légende. Il recueille Ichika et veille à ce qu’elle reste vierge pour conserver son pouvoir de protection. La bluette entre Ichika et Daryl risque de mettre en danger le village mais peut-être aussi la Terre entière.

Ce roman est constitué de trois parties différentes et sa construction peut paraitre surprenante. Dans la première partie, l’auteur nous décrit les personnages principaux, insistant sur leur passé. Dans cette moitié de livre, l’auteur n’entre pas dans les détails mais décrit factuellement le parcours des protagonistes dans un style fluide, passant en revue les événements qui les ont faits se rencontrer.

Puis, ce que nous avions considéré comme situation établie va être modifié par des révélations sur les relations entre les personnages. Nous prenant à revers, nous sommes évidemment en proie à des doutes, nous demandant si ce qui nous est raconté est véridique ou pas. Si cela apparait comme des nouveautés et remet en cause nos certitudes, le style toujours aussi rapide nous fait déboucher sur une fin explosive.

D’une lecture agréable, ce roman se veut un pur divertissement et remplit sa fonction de nous procurer quelques heures de plaisir. Plaisir qui tient surtout à l’imagination folle de l’auteur, capable de nous faire accepter des personnages totalement dingues, quitte à créer des créatures irréalistes mais bigrement impressionnantes voire effrayantes. Ce cavalier du septième jour propose une lecture fort distrayante.

Hommage à Frédéric Dard : San Antonio

Cela fait déjà vingt ans que Frédéric Dard nous a quittés. Avant de faire ce billet, je me suis posé la question sur la forme que j’allais donner à ce billet. Je ne suis pas un spécialiste de Frédéric Dard, mais il me semblait important de rappeler ce grand auteur, si décrié avant que Bernard Pivot ne l’invite à la télévision.

A l’époque, à la fin des années 80, je prenais les transports en commun pour poursuivre mes études. On trouvait souvent, posés sur les poubelles, des San Antonio, qu’un lecteur offrait à un futur volontaire passager, don gentillet qui a débouché à notre époque sur les « boites à lire » que l’on trouve dans certaines gares. Eh oui ! À l’époque, on savait partager. C’est comme cela que j’en ai lu beaucoup, entre deux livres de mathématiques supérieures. Et donc, j’ai choisi de lire/relire quelques San Antonio en balayant les décennies une par une :

Messieurs les hommes (1955)

San Antonio pousse la porte du troquet Fifi les Belles Noix. Il cherche clairement la bagarre et cela ne tarde pas. Quand les flics débarquent, San Antonio se fait coffrer en compagnie de Paul le Pourri, surnom lié à son exéma et non son métier de truand. Après une ruse classique, les deux énergumènes s’évadent, San Antonio flingant un gardien, et Paul le Pourri propose de se cacher chez sa nièce, l’espiègle Sofia. La mission d’infiltration de San Antonio a bien commencé.

Collant à son histoire, Frédéric Dard adapte son langage à celui que l’on accolait aux truands après la guerre. On y trouve donc un florilège d’expressions auxquelles l’auteur ajoute son grain de sel, avec des images humoristiques hilarantes. D’un point de vue inventivité, ce roman se situe dans le haut du panier ce qui n’est pas le cas de l’intrigue. Simpliste, elle se révèle aussi mal équilibrée, la fin étant bigrement rapide. Ceci dit, ce roman qui se lit d’une traite est un vrai cadeau à l’intérieur duquel on trouve nombre de citations à conserver et réutiliser et des descriptions d’une drôlerie jamais égalée.

En avant la moujik (1969)

Le roman s’ouvre sur la mariage de San Antonio avec la russe Natacha, qui ressemble plus à un 48 tonnes qu’à Claudia Schiffer. Heureusement, elle est accompagnée de son amie d’enfance Anastasia qui est tout son contraire. La raison de cette union en est simple : San Antonio doit récupérer en Russie une mystérieuse formule mise au point par un Français et le père de Natacha. Cette mission ne va pas être de tout repos pour San Antonio.

Et effectivement, nous sommes en présence d’un feu d’artifice, d’une explosion de rires, car du début à la fin, nous courons avec S.A. dans l’espoir de démêler les fils de cette pelote russe. Quand Frédéric Dard se lâche, cela donne une excellente aventure. De jeux de mots en détournements de noms, de digressions en situations hilarantes, cette aventure comporte en outre de nombreux mystères, des femmes irrésistibles, et des scènes d’action haletantes. En avant la moujik est un roman plein, complet, drôle, un sommet de l’art du maître et un des meilleurs que j’ai lus. Enorme !

Un os dans la noce (1974)

Rencontrée dans sa précédente aventure, J’ai essayé, on peut !, Zoé Robinsoncru va devenir l’épouse de San Antonio. On dirait qu’on nous a changé notre enquêteur tant il paraît heureux. Juste avant l’échange des vœux, on lui passe un mot le prévenant qu’une bombe explosera s’il dit OUI. San Antonio est donc obligé de dire non, mais quand le maire lui demande de confirmer, il dit le mot interdit. Zoé est gravement blessée et le maire n’en réchappe pas. Qui a voulu tuer notre enquêteur favori ? Il va vérifier auprès du gardien qui a eu accès à la salle des mariages, puis lui vient l’idée qu’il n’était peut-être pas la cible …

Le début peut en surprendre un grand nombre, tant le roman commence par des pensées de San Antonio et sa joie de se marier sans hésiter. Après la dramatique explosion, l’intrigue démarre et c’est un vrai bijou avec moult rebondissements et retournements de situation. A cela, il faut ajouter cette langue unique, où Frédéric Dard s’amuse à recréer le dictionnaire, détournant des expressions, imposant des jeux de mots (pour certains passés dans le langage courant), inventant des noms dans l’unique objectif de nous faire rire. De l’action, une très bonne intrigue et un style toujours plus inventif, cet opus est un excellentissime numéro.

Kasso de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil

Jacky Schwartzmann fait partie des auteurs que j’aime beaucoup pour ses intrigues bien trouvées mais aussi et surtout pour son style cynique qui fait preuve d’une belle lucidité. Il y ajoute ici une remarquable fluidité d’écriture.

Débarquant de Marseille, Jacky Toudic revient dans sa ville natale, Besançon, qu’il déteste presqu’autant que les gens. Car Jacky possède un don, arnaquer les gens, et un outil, sa ressemblance avec Matthieu Kassovitz. Depuis Regarde les hommes tomber, tout le monde rêve de côtoyer cet immense acteur et lui en profite pour leur emprunter (de façon définitive) des enveloppes pleines de liquide pour, soi-disant, alimenter les consommations de café lors de la réalisation d’un film imaginaire.

Son retour à Besançon est lié à sa famille : sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et s’est retrouvée à insulter des jeunes en robe de chambre à deux heures du matin en pleine rue. Le docteur Paul Jeune lui annonce l’ampleur de la maladie et qu’une place en Ehpad va se libérer bientôt. Malgré le ressentiment qu’il ressent envers son prochain, il se retrouve bien obligé de régler cette affaire, ne serait-ce que pour signer les papiers.

Ses parents furent professeurs de philosophie ce qui forge un caractère pour un garçon doué en rien. Quand il se rend à l’Ehpad, il s’aperçoit que sa mère prend Nagui, en train d’animer un jeu de chanteurs, pour son fils et Jacky pour son docteur. Il retrouve son ami d’enfance, Yann, qui fait l’homme automate devant l’église Saint-Pierre. Lors d’une soirée au bar Le Gibus, il retrouve sa bande, Yann, Parrain, et Elder. Comme il doit continuer à faire tourner sa baraque, il va sur Tinder et prend rendez-vous avec une dénommée Zoé …

Jacky Schwartzmann va prendre le temps de quelques chapitres pour nous placer les décors, les personnages et son intrigue. Une fois cela fait, il peut dérouler son histoire d’arnaqueur à la petite semaine … mais attention, il y aura moult rebondissements et, pour certains bien surprenants voire renversants.

De la situation du départ, dramatique, l’auteur annonce le ton : Jacky Toudic préférerait que sa mère soit morte plutôt qu’elle subisse et fasse subir sa maladie. On entre directement dans son ton cynique noir. Comme je l’ai dit au dessus, l’avantage des auteurs comiques, c’est de voir le monde différemment et de faire preuve d’une belle lucidité ; bref, de nous faire prendre du recul par rapport à ce que nous vivons tous les jours, et arrêter de se prendre au sérieux.

Avec ce roman, Jacky Schwartzmann abandonne sa méchanceté, y insère même une dose de sentiments en créant ce personnage de sosie de Kassovitz. Malgré ce qu’il raconte, on ressent de la peine pour lui et sa situation. Mais ne vous y trompez pas, l’auteur va régler son compte à beaucoup de gens, et passer en revue nombre de professions et comportements. Des fans de stars de cinéma prêts à faire n’importe quoi pour les côtoyer, aux médecins, les notaires, le monde du cinéma, les artisans, les gilets jaunes, … tout le monde en prend pour son grade et ça flingue pas mal !

Il n’en reste pas moins que Jacky Schwartzmann fait montre d’une belle fluidité dans le style, se montre moins méchant que d’habitude ce qui donne de la force à son propos, et qu’il démontre une réelle assurance dans le déroulement de son intrigue, ce qui fait de son roman, probablement le meilleur qu’il ait écrit à ce jour … du moins c’est mon avis. Je vous garantis de passer un excellent moment avec cet auteur et avec son roman fort drôle, au second degré

Tarmac blues de Gérard Carré

Editeur : Jigal

Auréolé d’articles élogieux des collègues blogueurs, je me suis lancé dans la lecture de ce polar avec envie, ayant besoin d’un polar costaud. J’ai été surpris par le rythme, la maitrise et la construction implacable. Bonne pioche !

Premier chapitre – Salomé : Chez son gynécologue, elle observe les deux formes qui se portent à merveille sur l’écran de l’échographie. Quand le docteur lui demande si elle a choisi les prénoms, elle lui répond naturellement Igor et Grichka. En sortant elle prend un taxi et appelle son mari, Léonard Delevigne, à la tête de la brigade des stupéfiants de Paris. Mais le chauffeur se trompe de route et Léonard assiste en direct à l’enlèvement de sa femme. Il a trente minutes pour leur donner le nom de la balance au sein du réseau Viking de Villiers sur Marne.

Deuxième chapitre – Léonard : Il se branche sur l’application lui permettant de tracer le portable de Salomé. Le signal le dirige vers un entrepôt dans lequel il pénètre rapidement. Il y découvre un taxi en train de brûler. Le corps à l’intérieur a été abattu d’une balle dans la tête et finit de se consumer. Léonard cherche alors sur son ordinateur de bord le réseau Viking, et tombe sur le nom de l’indic : Omar Faraoui. Le flic en contact avec Omar n’est autre que Milovan Milosevic, son presque frère.

Troisième chapitre – les deux orphelins : Léonard vit débarquer Milo dans sa classe de quatrième. Issu de la DDASS car abandonné à la naissance, Milo avait un caractère violent mais était beau comme un apollon. Ils firent connaissance lors d’un vol de la recette de la cantine où Léonard et ses parents innocentèrent Milo. Milo fut accepté dans la famille Delevigne, jusqu’à cet accident de voiture qui tua les deux parents. Léonard et Milo se retrouvèrent orphelins, frères pour la vie dans leur malheur.

Quatrième chapitre – Léonard : Quand Milo appelle Léonard, il lui propose de débarquer pour fêter les deux bébés à venir. Mais Léonard ne veut pas dire la vérité à son ami et frère, il invente une histoire où Salomé est partie se reposer chez ses parents. Car Léonard a pris sa décision : pour sauver sa femme et ses deux enfants à venir, il va trahir Milo et donner Omar aux ravisseurs.

Les chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, le résumé que je vous ai concocté donne une image de la construction du roman et de sa célérité. Nous allons rencontrer plus d’une dizaine de personnages, chacun ayant droit à un chapitre dédié et les scènes vont s’amonceler à une vitesse folle pour construire une intrigue passionnante. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs d’imaginer cette histoire adaptée en film ou en série tant le découpage fait penser à un scénario … et quel scénario !

Car, outre les chapitres qui donnent un rythme élevé à la lecture, le style se veut direct et efficace, ne laissant que peu de temps au lecteur pour reprendre sa respiration. Soutenu par des dialogues qui sonnent tous justes (c’est assez rare pour être signalé), il est bien difficile de s’arrêter de tourner les pages tant on veut à tout prix savoir la suite pour connaitre enfin le fin mot de l’histoire.

L’air de rien, ce roman est un sacré pavé, car s’il affiche 365 pages au compteur, la fonte utilisée est petite et d’autres éditeurs auraient sortis ce livre en 500 pages. Mais que cela ne vous arrête pas, le scénario est en béton, et on n’y voit aucune fissure, les personnages sont passionnants et on se prend rapidement de d’affection pour eux, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les morts vont s’amonceler au fil de l’histoire.

Avec son style efficace, ses personnages attachants, son scenario de trafic de drogue alimentant les réseaux terroristes et sa forme qui apporte une célérité à l’ensemble et une célérité à sa lecture, ce roman se classe d’emblée parmi les excellentes lectures et s’avère un divertissement très haut de gamme. Avant de l’entamer, je vous conseille tout de même de vous munir de provisions et de reprendre votre souffle. Car une fois commencé, vous ne pourrez plus vous arrêter.

Pleine balle de James Holin

Editeur : Editions du Caïman

De cet auteur, j’aurais lu avec plaisir tous ses polars pour ses intrigues bien construites mais aussi pour son ton sarcastique. On rit beaucoup à la lecture de ses histoires pleines de créativité et c’est encore le cas ici.

Camerone, commissaire de la Police Judiciaire de Creil, se rend à une réunion du directeur de cabinet du préfet, qui s’appelle Pisse-Vinaigre. Perdre son temps dans des beaux bureaux l’énerve au plus haut point, surtout un vendredi soir, à quelques jours de Noël. Camerone leur annonce avoir arrêté la meurtrière qui a tué le docteur à coups de marteau. Puis la discussion dérive sur des plaintes sans intérêt, du shebagging (les femmes qui mettent leur sac sur une place vide dans les transports en commun) au mansplanning (les hommes qui coupent la parole aux femmes) en passant par le manspreading (les hommes qui s’assoient les jambes trop écartées). Hilarant !

En rentrant chez lui, il aperçoit une équipe de gendarmes afférés sur une voiture brûlée, une Clio, en pleine campagne picarde. Camerone s’arrête un peu plus loin et leur demande de vérifier la plaque d’immatriculation. La radio leur confirme une plaque volée. Camerone est persuadé qu’un casse se prépare, ce qui serait cohérent avec l’attaque au gaz récente de deux guichets de distribution de billets.

Camerone apprend qu’un casse d’une concession automobile BMW a eu lieu dans la nuit. Il est persuadé que la Clio a été utilisée à cette fin. Effectivement, les truands ont emprunté une X6. Après avoir pris des informations auprès d’un de ses indics manouche, il va embarquer son équipe dans une folle équipée à la poursuite de la BMW, conduite à n’en pas douter par son ennemi personnel, le Blond.

James Holin va prendre le temps de nous présenter son personnage principal, Camerone, kabyle d’origine, entouré d’une aura de héros, suite à des événements passés que tout le monde a monté en épingle. Camerone donne l’impression, dès les premières pages, de se battre contre tout le monde. Peut-être est-ce dû au fait qu’il a perdu sa main droite, qu’il a remplacé par une prothèse en résine noire ? Ou bien à sa stature imposante ? Ou à son attitude toujours rentre-dedans qui laisse envisager qu’il n’a peur de rien ?

Camerone est obsédé par le Blond, qu’il a rencontré par le passé, et qu’il n’a pas réussi à arrêter. Son flair lui indique que le Blond prépare des casses de distributeurs automatiques. En totale autonomie, Camerone emmène toute son équipe : Leïla avec qui il a une relation et qui a demandé sa mutation, Bernard, Martoche et Testo le jeunot de l’équipe. Nos cinq comparses vont se partager entre deux voitures et commencer la course poursuite à travers la Picardie.

Et là, c’est tout simplement génial ! James Holin profite de cet huis-clos pour détailler les psychologies des flics et leurs relations entre eux. C’est d’autant mieux fait que par moments, cela tourne au Vaudeville, et le ton sarcastique et foncièrement cynique emporte l’adhésion. Et les événements sont suffisamment bien construits pour faire évoluer les cinq flics et notre perception de la réalité, bien différente de ce que l’on aurait pu imaginer de prime abord.

Finalement, James Holin fait encore plus fort que Bullitt, vous savez, le film avec Steve McQueen qui comportait une course-poursuite en voiture de plus de vingt minutes. James Holin fait plus fort car son intrigue tient sur 260 pages, et jamais on ne ressent de lassitude. Au contraire, plus on avance dans le livre, plus on se passionne pour cette histoire, pour ces personnages et la fin, totalement logique, fait tomber le rideau de grande et belle façon.

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul et Jeanne Desaubry

Micmac à Bucarest de Sylvain Audet-Gainar

Editeur : Ex-Aequo éditions

Faisant suite à Du rififi à Bucarest, ce deuxième roman de Sylvain Audet-Gainar, traducteur entre autres des polars de Georges Arion, reprend les mêmes personnages dans une intrigue située deux ans après, en 2018.

De bon matin, M.Ion Ionescu va faire son tour et prend l’ascenseur afin de rejoindre le rez-de-chaussée. On ne peut pas dire que la journée s’annonce bien, qu’il va s’envoyer en l’air, puisque, dès qu’il appuie sur le bouton sensé l’emmener en bas, le câble de la cabine se casse et ce brave retraité se retrouve éclaté comme une pastèque, mort sur le coup.

Arthur Weber essaie de trouver où est la tête dans l’image qu’on lui présente. A la limite de tomber dans les pommes, il observe l’échographie de sa compagne Iulia, et doit se persuader de sa future situation de père. Une nouvelle n’arrivant pas seule, le gynécologue lui annonce qu’il sera doublement père, puisque Iulia attend des jumeaux. C’en est trop pour sa petite nature et il s’évanouit, s’ouvrant le front sur le coin de la table d’examen.

A peine sorti de l’hôpital, le chemin est bloqué par des véhicules de police. L’inspecteur Radulescu l’aperçoit et demande à ce que l’on arrête Arthur, car sa scie à métaux a servi à couper le câble de l’ascenseur, tuant son voisin. Heureusement que son alibi tient la route : il ne pouvait être aux urgences et couper en même temps le câble !

Les événements se succèdent, quand il part, peu de temps après à Paris pour œuvrer en tant qu’interprète dans un colloque. Dans sa chambre, on vient tout juste d’y poignarder un homme, qu’il ne connait pas. L’arme utilisée est son couteau de cuisine. Là encore, il est innocenté et renvoyé illico presto en Roumanie. Vraisemblablement, quelqu’un lui en veut et veut lui faire porter le chapeau.

Quand on a lu le premier roman de Sylvain Audet-Gainar, l’effet de surprise n’est plus au rendez-vous. Et on retrouve le plaisir de parcourir cette intrigue en compagnie d’Arthur Weber, jeune homme à la bonne humeur communicative, qui a l’art de s’attirer les pires problèmes de la création. Et même quand ce sont de petits problèmes, ils lui paraissent insurmontables. Plus que l’envie de lui coller quelques baffes, c’est plutôt le sourire qui s’accroche à nos lèvres de lecteur.

Par rapport au précédent roman, le rythme y est moins soutenu, mais les situations toujours imaginatives, drôles et décalées. La plume se fait toujours fluide et le ton léger. Il n’est pas question ici de faire autre chose que du divertissement, du bon divertissement. Pour autant, nous allons retrouver le fond de l’intrigue précédente avec une intrigue mouvementée, parsemée de morts sans rapport les uns avec les autres.

Pour certains chapitres, je me demande où l’auteur va les chercher. L’exemple du chapitre 12 est éloquent : il nous créé un groupe d’enquêteurs octogénaires qui vont creuser cette affaire par loyauté envers son beau-père et les dialogues sont truculents. Au passage, il nous montre aussi comment l’ancien régime dictatorial avait la main mise sur ses citoyens, allant jusqu’à influer (pour le pire) sur leur vie privée. Micmac à Bucarest s’avère être un roman à la fois instructif et distrayant.

Ange de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Dès qu’un nouveau roman de Philippe Hauret sort, je saute dessus. J’adore ses histoires simples, ses personnages si réels et son style d’apparence évidente mais si expressif. Le petit dernier en date est encore une fois une belle réussite.

Ayant des attraits féminins irrésistibles, Ange a vite compris le bénéfice qu’elle pouvait en tirer auprès de la gent masculine. Elle a rendez-vous au Georges Five avec le PDG d’une start-up pour une soirée tarifée. Après le repas, ils prennent la direction de la suite de monsieur et Ange verse un somnifère apte à endormir un éléphant dans la coupe de champagne. Comme il se montre pressé avec un ton violent, elle lui ordonne de s’allonger sur le lit et le menotte. Il finit par rejoindre les bras de Morphée et en profite pour lui faire les poches consciencieusement.

Quand elle rentre chez elle, son colocataire Elton s’est endormi dans le canapé. Elton remplit ses journées à ne rien faire, scotché devant la télévision ou à jouer. Elton annonce la bonne nouvelle du jour : il doit se présenter pour un entretien d’embauche chez LIDL. Ce poste lui permettra de lui procurer de l’argent pour assouvir sa procrastination. L’entretien est un succès, Elton doit commencer dès le lendemain.

Ange se rend à un vernissage et est surprise de sentir dans son dos Thierry Tomasson, le présentateur vedette provocateur de la télévision. N’étant pas dupe, elle l’écoute attentivement, surtout quand il lui annonce chercher des chroniqueurs qui attirent la caméra par leur regard pour sa nouvelle émission. Comme elle ne couche pas le premier soir, ils se retrouvent quelques jours plus tard, mais Tomasson fait trainer sa décision.

Une nouvelle fois, Philippe Hauret s’intéresse à des gens communs dont le seul espoir réside dans le moyen de trouver de l’argent. Et à chaque fois qu’ils ont l’impression de décrocher la timbale, ils vont tomber sur un os (c’est de l’humour noir, et quand vous lirez le livre, vous comprendrez). Philippe Hauret ne montre pas des personnages entamant une descente aux enfers, mais plutôt comment le destin malmène ceux qui n’ont rien demandé à personne.

Muni d’un scénario en béton, rempli d’imagination, ce roman est un pur plaisir de lecture par la volonté de l’auteur de flinguer les images des vedettes du petit écran. On s’aperçoit vite que leur statut de « star » cache en fait de bien sombres secrets que l’on est loin d’imaginer. Sans en rajouter plus que ça, Philippe Hauret adore se moquer de ces personnes intouchables avec un plaisir communicatif et vicieux.

Au milieu de ces gens plein de fric, nos deux héros, Ange la forte et Elton le faible, vont subir mais toujours trouver des solutions (souvent mauvaises) et prendre des décisions (souvent mauvaises). J’ai aussi particulièrement apprécié les personnages secondaires, que ce soient les deux truands Ariel et Malo, mais aussi Melvil, le flic qui ressemble à s’y méprendre à Colombo.

J’ajouterai enfin que chaque chapitre porte le titre d’une chanson populaire, qu’elle soit française ou étrangère et illustre parfaitement le sujet. Cela donne une cohérence d’ensemble à ce roman qui se révèle un vibrant hommage à la culture populaire, où l’on ne juge pas les gens, où l’on rit beaucoup, une lecture jouissive et cynique. Ce roman est une nouvelle fois une belle réussite.

L’arbre aux morts de Greg Iles

Editeur : Actes Sud

Traductrice : Aurélie Tronchet

En tant que deuxième tome de la trilogie consacrée au Mississipi, L’arbre aux morts commence juste après les événements relatés dans Brasier noir et s’affiche comme un pavé presque aussi gros que son prédécesseur. Il est donc indispensable d’avoir lu Brasier noir avant de lire celui-ci.

Caitlin Masters et Penn Cage, qui doivent se marier, ont échappé à la mort après l’incendie de la résidence de Brody Royal, où ils étaient retenus prisonniers. Henri Sexton, le journaliste qui a enquêté sur les Aigles Bicéphales, groupuscule raciste anti-noir, s’est sacrifié pour les sauver et a emporté avec lui l’infâme Brody Royal dans les flammes. Mais Caitlin et Penn vont se séparer car la course poursuite n’est pas terminée.

Caitlin Masters veut à tout prix publier les recherches d’Henri Sexton dans le journal dont son père est le propriétaire, en forme d’hommage envers Henri qui lui a confié plus de trente années de documents. De son coté, Penn Cage doit retrouver son père, le vieux médecin Tom Cage, accusé du meurtre de l’infirmière noire Viola Turner, et déterminer une bonne fois pour toutes les zones d’ombre de son passé.

Tom Cage sait très bien qu’il ne peut compter sur personne, sauf Walt Garrity, un ancien Marines et son meilleur ami. Il se retrouve avec un tueur à gages, ligoté sur la baquette arrière, envoyé par Forrest Knox pour le tuer. Car Forrest, chef de la police d’état, veut se débarrasser du vieux docteur pour qu’il ne dise pas ce qu’il sait sur les rencontres qu’il a pu faire dans les années 60, suite aux meurtres de jeunes noirs.

Aussi imposant que le premier tome, ce pavé possède toutes les qualités qui ont fait le succès de Brasier Noir, à savoir une intrigue complexe basée sur un nombre important de personnages ayant chacun leurs chapitres, des rebondissements et des dialogues très bien faits. A la limite, ce deuxième tome, contrairement au premier, apparaît très calibré, et cela se ressent par moments, d’où une sensation de quelques longueurs.

Mais l’impression globale est très positive, et ce roman est à classer dans les polars historiques américains où des personnages fictifs côtoient les faits historiques pour expliquer des événements contemporains. Dans Brasier Noir, Greg Iles montrait comment les dirigeants politiques, économiques et policiers œuvraient contre les noirs, quitte à perpétrer des meurtres pour se débarrasser des personnes gênantes. Ici, Greg Iles décrit comment la mafia de la Nouvelle Orléans a mis la main sur l’économie et la politique, et tente de donner une explication de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Et il décrit aussi comment la mafia a renforcé sa position après l’ouragan Katrina.

Alors la construction est passionnante car faisant avancer les pions sur l’échiquier en fonction des différents événements, passant en revue les conséquences en décrivant les réactions des différents protagonistes. Et chacun va courir après un objectif qui lui est propre, Penn Cage après son père, Caitlin après son scoop, Tom pour sa survie, Forrest pour effacer les preuves et témoins l’incriminant à l’aide des membres des Aigles Bicéphales ; à cela, il faut ajouter John Kaiser du FBI et Walker Dennis le shérif qui représentent le coté de la loi.

Si ce deuxième tome m’a paru un ton en dessous de Brasier Noir, c’est parce qu’on arrive à voir la recette utilisée par Greg Iles pour construire son intrigue. J’ai eu l’impression qu’il en faisait trop, par moments. Pour autant, je l’ai lu avec un grand plaisir et je l’ai trouvé passionnant et convaincant dans sa démonstration des événements survenus en 1963 et j’ai beaucoup apprécié la fin, où certains personnages n’en sortent pas indemnes. Cela augure de belles heures de lecture pour la suite, car toutes les questions n’ont pas encore trouvé leurs réponses. A suivre … avec Le sang du Mississippi.