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Au pas des raquettes de Luc Baranger (Suite Noire n°31)

Vladimir Pichon est un militant communiste à la retraite. Il avait juré sur le lit de mort de son père qu’il ferait la peau des neuf professeurs qui lui ont mené la vie dure en 1965. En 2008, il en reste cinq, et il va tous les éliminer un par un. Alors qu’il vient d’apprendre qu’un de ses fils, trader, vient d’être poussé au suicide par un magnat de la finance, lui qui a toujours eu horreur du capitalisme décide que le chef de son fils doit mourir.

Encore un volume de cette collection Suite Noire qui vient de se faire connaitre via France 2. En effet, cet été, 8 romans ont été adaptés au format télévisuel. Je dois avouer que je n’en ai vu aucun … à cause de l’horaire tardif. Il n’empêche que je les ai tous, tous lus et donc voici l’avant dernier en date.

Je ne connais pas Luc Baranger mais je dois dire que ce livre m’a pris aux tripes, tant le rythme est rapide et l’humour omniprésent et corrosif. Faisant toujours appel à la culture, générale et contemporaine, le roman foisonne de bons mots ou d’excellentes phrases. Le personnage est bien décrit, mais un peu superficiel, et cela est seulement du au format obligé de l’exercice : 95 pages. Difficile de raconter une vie entière en si peu de pages !

La construction est faite de flash backs, mais il manque des liens (explicites ou pas) avec le moment présent. En bref, un bon petit livre qui n’est pas le meilleur de cette Suite Noire mais qui est bien agréable à lire. Et puis, la couverture est cartonnée et, franchement, j’ai vraiment l’impression de lire un vrai livre.

Chasseurs de têtes de Jo Nesbo (Gallimard Folio)

Jo Nesbo fait partie de ces auteurs dont j’achète chaque nouveauté dès qu’elle sort. Pas forcément pour la lire dès que je l’ai, mais juste pour avoir le livre … en stock. Je l’avais découvert avec l’étoile du diable, fantastique enquête du cycle Harry Hole. Puis, Le sauveur, qui est une super course contre la montre. Et j’avais été un peu déçu par le bonhomme de neige car il donnait l’impression de multiplier les fausses pistes et j’avais trouvé cela un peu lassant. Voici donc Chasseurs de têtes, où Jo Nesbo met de coté son personnage fétiche.

Roger Brown est un chasseur de têtes, le meilleur dans son domaine. Il n’a pas son pareil pour dénicher le bon candidat à un futur poste de direction. Il est marié à Diana, dont il est amoureux, et ne lésine pas à céder à tous ses caprices onéreux, et va même jusqu ‘à lui offrir une galerie de peinture. Pour se sortir de sa faillite, il a une méthode originale : il vole les œuvres détenues par les candidats qu’il reçoit en entretien. Sa petite mécanique déraille quand il tombe sur Clas Greve qui a chez lui un Rubens, et que Clas est un ancien commando qui ne va pas se laisser faire … si l’on peut dire.

Jo Nesbo abandonne donc provisoirement ( ?) son personnage fétiche de Harry Hole pour un chasseur de têtes détestable au possible. Cet homme n’a aucune morale autre que son propre plaisir. Jamais il ne remet en cause, ni ses actes, ni son mode de vie. Et son travail est finalement à l’image de son caractère qui est de vouloir manipuler les gens. Dans un monde sans humanité, on devient inhumain.

Jo Nesbo déroule son histoire avec une redoutable efficacité, avec un style un peu plus direct que dans ses précédents volumes, pour le plaisir du lecteur. Cela pourrait en faire un livre comme les autres sans l’humour de certaines scènes, qui sont très bien amenées, pour finir par des scènes dantesques à la limite du burlesque. Je me suis cru par moment dans les meilleurs romans de Westlake, c’est dire ! Et il ne faut pas rater l’interview de l’inspecteur de police à la fin qui est obligé de trouver des explications à toutes ces situations abracadabrantes.

Certes, ce n’est pas un chef d’œuvre, ni le meilleur Nesbo, mais j’y ai pris beaucoup de plaisir. Les fans de Harry Hole seront peut-être déçus, les fans de Jo Nesbo découvriront une autre facette de cet auteur, les autres passeront un bon moment.

Les jardins de la mort de George Pelecanos (Points Seuil)

Je vous ai déjà parlé de Vincent ? Nous étions en train de boire une seize (la pub est interdite !), à discuter de nos dernières lectures. A propos de l’une d’elles, je ne me rappelle plus laquelle (ça doit être l’age), il a fini par me dire (excusez son langage) :

– Pourquoi tu te fais chier avec ce genre d’auteurs ? Lis donc du Pelecanos !

Cet été, donc, je venais de finir mon stock de livres que j’avais emmené (voir les articles précédents), et il me fallait un livre. Notez, j’achète toujours un livre en vacances, cela me permet de ramener un souvenir … utile.

Je me pointe donc chez un marchand de journaux, qui fait aussi soit disant office de libraire. Dans les stations balnéaires, vous ne trouvez que rarement de vrais libraires. Et me voilà donc obligé d’arpenter les 2,50 mètres de linéaires à chercher quelque chose d’intéressant, que je n’ai pas encore lu. En gros et pour résumer, tout sauf Millenium. Et je suis tombé sur Les jardins de la mort de Pelecanos.

L’histoire : en 1985, sévit un serial killer à Washington, appelé le tueur aux palindromes, car il ne tue que les enfants dont les prénoms peuvent se lire de gauche à droite et de droite à gauche. Cook, Holiday et Ramone ont travaillé sur cette affaire, mais ne l’ont jamais résolue. Vingt ans plus tard, le petit Asa est retrouvé mort, tué et violé de la même façon. Nos trois policiers vont reprendre l’enquête chacun de leur coté car Cook est à la retraite et Holiday a quitté la police avant d’être accusé à tort de corruption.

Autant le dire tout de suite, Les jardins de la mort (le titre français est un peu trop racoleur à mon goût) est un super roman policier car il y a tout ce qu’on attend d’un bon polar :

1- Les personnages principaux sont superbement décrits, et leur psychologie n’est pas triviale. Ils sont sympathiques, passionnés par leur métier, et Pelecanos arrive à leur donner du corps. Cook , le retraité qui est obsédé par cette affaire non résolue. Holiday, ancien flic, mais qui est resté flic dans l’âme, probablement le plus doué des trois. Enfin, Ramone, celui qui me touche le plus, qui est flic car à son niveau il veut améliorer le monde pour ses enfants : il passe ses journées dans le département des crimes violents, et cherche à protéger sa famille de la réalité, par sa présence, sa communication, son attention vis-à-vis de ses enfants et de sa femme. Beau !

2- Le roman foisonne de personnages secondaires qui vont et qui viennent. Tout est tellement bien fait, qu’on arrive tout de suite à les replacer dans l’histoire.

3- L’intrigue est très bien menée et se suit sans problèmes. Cela se lit bien, super vite, les chapitres sont courts (une dizaine de pages). Le petit reproche que je ferais à la limite est que ça sent le livre bien calibré par moments.

4- Le contexte est à mon avis le point fort du roman. La description de Washington, l’évolution de la vie des quartiers, la vie des habitants, tout cela est placé de façon subtile dans l’histoire. Et là, on touche à la grosse qualité de Pelecanos. Et les sujets évoqués dans le livre sont nombreux de la vie des ghettos au racisme ambiant, de la politique de la ville à ses transformations qui vont expulser les pauvres à la périphérie des quartiers aisés ou appelés à devenir aisés. Jamais l’auteur ne se permet de juger, il montre ce qui est fait depuis 1985, et les conséquences que cela a eu sur le quotidien des habitants de Washington.

La semaine dernière, j’ai revu Vincent pour lui dire tout ça. Sa réponse a été :

– Ah ouais. Il est bien celui-là. Mais c’est un policier classique. T’aurais du lire le cycle Strange et Quinn. C’est super quand il décrit la vie des quartiers.

Voilà ! Les jardins de la mort, c’est un très bon roman policier, mais il parait qu’il y a mieux.. Donc, je vais devoir en lire d’autres.

TOUT EST SOUS CONTROLE de Hugh LAURIE (Points)

Génial Desperate Housewives ! Pourquoi ? Ben, parce que je peux disposer de l’ordinateur ! Voici donc le bouquin de M. Docteur House. Après avoir lu plein de critiques positives et appréciant le docteur en question, il fallait que je teste la chose.

Thomas Lang est détective privé à Londres. Alors qu’on lui propose de tuer un riche homme d’affaires, Mr Woolf, pour la modique somme de 100 000 dollars, il décide non seulement de ne pas le faire mais en plus de prévenir sa future présumée victime. C’est là qu’il tombe sur sa fille Sarah Woolf et en tombe amoureux. Mais l’histoire serait trop simple si Thomas Lang ne se retrouvait pas entre les mains de terroristes tchèques, du ministère de la défense britannique et d’espions américains.

Autant vous dire qu’il se passe plein de choses dans ce livre et que le rythme va vite, aussi vite que l’esprit et le sens de la répartie du personnage principal. Car de situations rocambolesques en quiproquos absurdes, cela se lit assez bien. Surtout les 150 premières pages, où on ne comprend rien à ce qui arrive au personnage, ballotté qu’il est entre les uns et les autres, mais où on rie bien grâce à ses réflexions et ses dialogues.

Ne cherchons pas le style, assez quelconque, ce livre est écrit avec de l’humour pour l’humour. Donc les dialogues sont assez bien trouvés, et souvent très drôles. Pas de phrases extraordinaires, pas de descriptions exacerbées, pas de psychologies compliquées. Tout cela n’est que du divertissement pour le plaisir comique du lecteur.

Mais là où le roman pêche, c’est qu’on ne se mesure pas aux maîtres du genre (Donald Westlake ou PG Wodehouse) aussi facilement. En particulier, le plus dur est de tenir la distance. Et effectivement, à la moitié du livre, les événements se transforment en histoire compliquée à suivre, la narration s’essouffle, les remarques sont moins cyniques, les dialogues plus rares. Et à force d’en rajouter dans ce petit monde absurde, Hugh Laurie finit par s’étrangler dans cette histoire politico-historico-espionno-compliquée.

Bref, si vous êtes un fan du Docteur House, comme moi, oubliez ce livre et refaites vous une saison en DVD. Ou alors, pointez vous deux heures dans une grande surface et lisez les 100 premières pages. Si vous cherchez un roman bourré d’humour, allez plutôt prendre un Donald Westlake.

LE DERNIER BAISER de James CRUMLEY (Folio Policier)

Si vous ne connaissez pas ce roman, alors courez l’acheter.

C.W. Sughrue est un détective privé qui vit de petites enquêtes, essentiellement des recherches de personnes disparues, mais aussi des enquêtes pour des divorces. Tout commence quand il est engagé pour retrouver un écrivain célèbre Abraham Trahearne, par sa femme Catherine. Il le retrouve dans un bar en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique (vous avez bien lu !) nommé Fireball. La propriétaire du bar, Rosie, lui demande de retrouver sa fille Betty Sue Flowers, dont le charme fait tomber les hommes … à la renverse. Elle a disparu depuis dix ans.

Que dire d’un chef d’œuvre, d’une des pierres fondatrices du roman noir moderne ? Imaginez ! A part l’absence de téléphones portables, cette histoire n’a pas pris une ride. Et elle a été éditée en 1978 ! Tout y est évident :

–         l’histoire qui se lit d’une traite, tellement brillante, sur un sujet somme toute classique.

–         les personnages tellement vrais, tellement humains dans leurs blessures, pas du tout caricaturaux

–         la description de ce monde (dois-je dire univers ?) si glauque , si impitoyable, si déshumanisé

–         les personnages secondaires, qui ne le sont pas, tant ils ont la part belle, tant l’auteur efface son héros face à leurs personnalités

–         les dialogues si évidents, si réalistes. Une centaine de phrases ou répliques mériteraient une place dans un dictionnaire de citations

–         le style, enfin, si décalé, si romantique sans pathos , si poétique, si direct sans concession, si humoristique sans ridicule (et même dans sa traduction française)

Je n’aime pas citer de passages de livres mais je vous en livre un seul : « Le ciel bleu régnait comme un idiot, les montagnes vertes scintillaient comme des mirages et le soleil se levait tous les matins pour me regarder sous le nez avec les yeux vides mais touchants d’un débile mental. » ; ça se passe de commentaires.

L’influence de ce roman / polar est si évidente dans les romans actuels (les bons je veux dire) que je ne peux / veux pas les citer. GENIAL je vous dis, FONDATEUR.

Sur la quatrième de couverture il est dit que c’est « ce livre culte de James Crumley qui fit entendre pour la première fois en France la voix de l’un des plus grands auteurs contemporains de polar ». Pour une fois, c’est vrai.

GENIAL ! Jetez vous sur ce roman, il va vous changer la vie, votre vision du Noir et même votre philosophie du quotidien.

Nota Bene : James Crumley est mort en 2009, mais tous ses livres étant édités en France, cela me promet du plaisir en perspective. Enfin, merci à Jean Marc Lahérrère de Actu du Noir pour ce conseil avisé.

Gilles Legardinier : L’exil des anges (Pocket)

Valeria, Peter et Stefan sont trois étudiants de vingt ans venant respectivement d’Espagne, Hollande et Allemagne. Ils ne se connaissent pas, mais ont un point commun : ils rêvent tous les trois d’une chapelle située en Ecosse, alors qu’ils ne sont jamais allés là-bas. Ces rêves s’avèrent rapidement avoir un lien avec un couple de deux scientifiques qui se sont suicidés vingt ans plus tôt. Les services secrets américains, qui étaient à la poursuite des deux scientifiques, pourchassent aussi nos trois étudiants pour découvrir leur secret.

Autant le dire tout de suite, j’ai été déçu, et donc je ne vais pas m’étendre sur ce roman. Le sujet semblait intéressant, mais j’ai trouvé que l’auteur lui avait coupé l’herbe sous les pieds en dévoilant avant le milieu du livre tout le suspense et le mystère qu’il pouvait tirer de ce sujet. Et donc le livre se résume à une course-poursuite.

Cela se lit bien, très vite avec de courts chapitres, il y a des invraisemblances mais ça va tellement vite qu’on passe dessus. A mon avis, il manque de la psychologie des personnages pour qu’on puisse s’y attacher. J’aurais aimé tomber amoureux de Valeria, m’identifier à Stefan, agir avec Peter. Au final, reste un roman « très grand public », ce qui ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là, mais que l’on va l’oublier aussi vite qu’on l’a lu. Et qu’on a l’impression qu’il existe des centaines de livres de ce genre.

Voilà ! J’ai trouvé ce que je reproche à ce livre : A partir d’un sujet si puissant, n’en reste finalement qu’un roman lisse comme beaucoup d’autres. A noter, que l’auteur m’a fait vibrer dans les dernières pages : il s’agit des remerciements. Et là, on voit l’ampleur du sujet qu’il n’a, à mon goût, qu’évoqué. Dommage !

DOA : Le serpent aux mille coupures (Gallimard Folio)

J’ai plein de copains qui n’arrêtent pas de me dire que DOA, c’est génial. Alors, l’année dernière, je m’étais essayé à Citoyens clandestins, dont j’adorais le titre. Ca tombait bien, c’était pendant les vacances, et je me réserve toujours le lourd pour ces périodes de repos. Au final, c’était bien, mais c’était tout. Je trouvais que les copains exagéraient un peu. Pas dégoutté pour un sou, je récidive, pour ne pas rester sur une impression mitigée.

Moissac, Sud Ouest de la France. En plein milieu des vignes, un règlement de comptes entre trafiquants de drogue et un mystérieux motard donne lieu à une déferlante de meurtres. Dont la torture dite du « Serpent aux mille coupures » qui vient de Chine. La police évidemment entre en jeu, toujours en retard et un peu dépassée. Seul le lieutenant colonel Massé du Réaux arrive à comprendre et à suivre le rythme.

Dans ce petit roman (200 pages), il y a une multitude de personnages (une quinzaine) et une multitude de sujets (le trafic de drogue, le racisme, le fonctionnement de la police, la politique …) Bref, ça part dans tous les sens, ça bouge, ça tire, ça tue, ça va vite. Et je dois dire que la facilité de la lecture aide beaucoup. Le style de DAO se marie très bien avec l’action, c’est très imagé avec peu de dialogues mais il faut dire que les protagonistes tuent avant de parler et que dans les petits villages, on n’aime pas parler aux inconnus.

Mais à part ça, je dois reconnaître que je suis resté sur ma fin. Il y a tant de sujets abordés mais pas traités, entre le trafic de drogue des Colombiens qui veulent s’implanter en Europe, l’impuissance des moyens de la police face à ce fléau, ou le racisme des villageois envers les non-blancs. Pourquoi ne pas avoir fait un roman de 400 ou 500 pages, de prendre le temps de placer les personnages, et de parler de ces thèmes forts.

Alors, oui, je reste sur ma fin. En voulant faire court comme un coup de poing à l’estomac, la psychologie des personnages reste au second plan, laissant la place à l’action. Le sujet est au final trop complexe ou les thèmes trop nombreux pour être traités aussi vite. J’ai surtout l’impression que l’auteur a voulu écrire une petite histoire de film d’action (facilement scénarisable) alors que pour le coup, il pouvait faire quelque chose de monumental.

Voilà : je reste sur ma fin. D’ailleurs, c’est la fin de mon article … pour faire un peu d’humour. Je suis curieux d’avoir d’autres avis à ce sujet.

Christian Roux : La bannière était en noir (Suite Noire N°29) & Nadine Monfils : Le bar crade de Kaskouille (Suite Noire N°30)

Suite Noire est une collection dirigée par Jean Bernard Pouy, et rien que pour ça, ça vaut le coup d’acheter ces livres. Ce sont de petits livres à couverture cartonnée, superbes, comme les couvertures de la première célébrissime Série Noire. Le format imposé est de 95 pages, ce qui est assez difficile : on a affaire ni à un roman, ni à une nouvelle. La contrainte supplémentaire est de détourner un titre connu de la Série Noire. Enfin, les auteurs ont tous été publiés à la Série Noire. Un hommage qu’il faut saluer. Le prix est de 10 euros, donc voici une petite aide pour choisir les meilleurs de la série.

Le livre de Christian Roux raconte l’histoire d’un provincial qui monte à Paris. Il a une connaissance de la famille qui l’embauche « au noir » en tant que serveur. De fil en aiguille, il rencontre un groupe de nazillons et son manque de réflexion et de caractère va lui être fatal. Ce livre est exemplaire dans sa maîtrise de l’histoire sur un court format. C’est un véritable voyage au pays de la connerie. Comme dans tous ses livres, Christian Roux est passionnant. Il nous montre le quotidien de ce jeune homme, même pas raciste, juste mouton, irresponsable, dont la seule envie c’est de (sur) vivre. C’est un des meilleurs romans de la suite noire.

Le livre de Nadine Monfils raconte l’histoire d’un bar crasseux, avec ses habitudes et ses habitués. Un jour, un homme entre pour leur malheur à tous. Il s’avère que c’est un tueur à gages un peu particulier. Ce qui est frappant, ce sont les dialogues, hyper réalistes et toujours droles. Au travers de simples remarques, les personnages finissent par se découvrir. C’est tout simplement passionnant, de pouvoir fouiller la psychologie des personnages sur si peu de pages. On a l‘impression de lire (ou voir) une pièce de théâtre comico-policière. Je vous garantis un éclat de rire par page tellement les dialogues sont brillants. Une réussite.

Enfin, si cela vous tente, voici ma sélection personnelle de la suite noire :

La musique de papa de Jean Louis BOCQUET : une histoire touchante à vous tirer les larmes

Vitrage à la corde de Colin THIBERT : Comment un assassin se justifie avec logique

Sans mot dit de Patrick MOSCONI : Une histoire coup de poing bien menée

La sirène rousse de Mouloud AKKOUCHE : une histoire touchante

La reine des connes de Laurent MARTIN : Une histoire décalée

Raclée de vert de Caryl FEREY : Vous est il arrivé de ne pas lire Caryl Férey ?

Le futon de Malte de Michel EMBARECK : Agréable à lire

Les fans s’en balancent de François JOLY : Une histoire de saxo pour jazzmen

Le petit bluff de l’alcootest de Jean Bernard POUY : Du maître. C’est l’histoire d’un mec qui enquête, qui a raison, et qui finalement ne saura rien. Super.

Le débarcadère des anges de Patrick RAYNAL : De toutes façons, il faut lire tout Raynal

Quand la ville mord de Marc VILLARD : Un style direct sans concession

R.J. Ellory : Seul le silence (Livre de poche)

Joseph Vaughan a douze ans quand sa vie dérape : son père meurt et quelque temps plus tard, il découvre une fillette de son age massacrée, qui sera la première d’une effroyable série. Il va rester marqué à vie par cette macabre découverte à un point qu’il n’imagine pas, et cette spirale infernale va même s’étendre à sa vie … pendant trente années, il va traîner les conséquences d’un serial killer jusqu’au dénouement final.

Autant le dire tout de suite : il faut lire ce livre, pardon ce roman. Impressionnant dans sa construction et son style. Cela me rappelle Les Marécages de Joe Lansdale en moins brillant dans le style (Lansdale faisait évoluer son style avec la maturité de son personnage, là où Ellory fait plutôt dans la biographie narratrice) mais en plus impressionnant dans le traitement de l’histoire.

Jamais au cours de cette épopée, on ne s’ennuie. L’écriture est digne des plus grands auteurs américains. On s’attache facilement à ce personnage et aux malheurs qui s’abattent sur lui. On peut faire quelques reproches à ce roman : un sens du dramatique parfois un peu facile, un manque d’émotion dans certaines scènes et donc d’être passé à travers certains passages qui auraient dus nous tirer des larmes. Mais il y a des descriptions qui ne peuvent que vous faire fondre. Le personnage principal est attachant et on vit avec lui. Les dialogues aussi sont d’une pureté et d’une évidence fantastique.

Mais ce qui est remarquable, c’est que c’est un premier roman. Comment un type de 42 ans peut-il écrire un tel monument ? On a du mal à le lâcher, c’est vraiment prenant, les événements se suivent avec une logique, comme dans la vie.

Et puis, on se pose des questions : Est-on vraiment maîtres de notre vie ? Comment les éléments extérieurs influent sur notre vie ?

N’attendez pas de ce livre un thriller haletant : les pages s’écoulent au rythme des secondes et des minutes de la vie de Joseph Vaughan. La fin ne donne pas place à un super héros qui découvre le meurtrier dans la dernière ligne de la dernière page. Non. C’est du grand roman, du beau roman. En bref, de l’indispensable.

Hervé PRUDON : La langue chienne (Gallimard – Série Noire)

C’est l’histoire de Tintin et Gina, qui vivent dans le Nord de le France. Il l’aime à la folie et elle s’en moque. Il a beaucoup d’esprit, elle est passionnée par les séries aux scénarii plus improbables les uns que les autres que la télévision nous serine. Il est un poète des mots, et elle a pour tout vocabulaire : « dans mon cul ».

Et puis arrive Frank. Il a un don pour les activités sexuelles et comble Gina. Dans ce contexte morose (noir), cela ne peut que mal tourner.

Avec des personnages secondaires hauts en couleurs, malgré le gris du ciel, Prudon nous fait partager l’ordinaire des gens qui subissent Sangatte et la pauvreté de tout.

Avec Prudon, on ne peut que se réjouir de bons mots. Et là où il pêche, c’est dans l’histoire. Même si là, elle est bien construite et amenée, son obsession de jeux de mots et de phrases dignes du meilleur des dictionnaires de phrases célèbres fait qu’il est difficile de suivre cette histoire.

Je sais que Prudon a ses adeptes, et hélas je n’en suis pas. Par contre, je reprendrai quelques pages au hasard juste pour le plaisir de certaines phrases bien senties.