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Le dernier sycomore de Laurent Rivière

Editeur : Toucan Noir

Le hasard fait parfois bien les choses. J’avais envie d’un livre divertissant et de découverte. Quand j’ai reçu ce livre, je n’ai pas lu la quatrième de couverture pour conserver la surprise et je me suis lancé.

Franck Bostik a été radié de la police suite à un profond désaccord avec sa hiérarchie. Pourtant on le considérait doué et son métier était devenu une passion depuis qu’il avait rencontré Lew Griffin (le personnage récurrent de James Sallis) quand il était enfant et était surnommé Petit Chicouine. Depuis, il vit en ménage avec Lyly, une superbe jeune femme.

En ce premier mai, alors que le couple se prélasse au lit, le cousin de Bostik Mathieu Groseiller (Le couz’) l’appelle pour lui annoncer qu’on a encore volé la tête de la statue de Miss Evelyn Frost, une célèbre aviatrice américaine. Ce monument, érigé après la deuxième guerre mondiale, subit des exactions depuis sa création et le couz’ s’est donné comme mission de retrouver les fauteurs de trouble.

Quand Bostik arrive sur la place de Vauzelles pour retrouver le couz’, celui-ci n’est pas dans les environs, pas plus que la tête de l’aviatrice. Bostik va donc vérifier chez lui et il découvre la police en bas de l’immeuble. On lui raconte qu’on a découvert son cousin pendu. Pour la police, il ne fait aucun doute qu’il s’est suicidé. Pour Bostik, cela n’a aucun sens. Il va partir en croisade et découvrir la vraie vie de son cousin.

Dès le début de ce roman, l’écriture simple nous tient, nous emporte dans l’histoire d’un quarantenaire en mal de repères, exilé loin de sa passion, mais qui a la chance de vivre avec son amour. Son problème va donc être de tout faire pour garder Lyly. Et on le retrouve à s’embarquer dans une nouvelle affaire passionnante comme s’il n’attendait que cela. Cette simplicité de style n’est que façade : les descriptions sont minutieuses, le déroulement fort plaisant. Le seul bémol pour moi réside dans des paragraphes trop longs, ce que je n’aime pas particulièrement.

On n’y trouvera pas de scènes d’action mais un rythme certain insufflé par le personnage de Bostik. On prend un vrai plaisir à le suivre dans son rythme. Et grâce au talent de l’auteur, on va tout de suite croire à ce personnage et on va être prêt à courir à ses cotés. Bostik nous entraine, à la recherche de l’assassin de son cousin, et on le fait avec grand plaisir tant on apprécie ses réparties, son humour et son coté immature, inconscient, irréfléchi.

J’ai aussi particulièrement apprécié la mention de Lew Griffin, le héros de James Sallis, qui apparait dans le livre, au début et à la fin. Outre le grand respect montré par Laurent Rivière, on y trouve un Griffin vieillissant qui remet Bostik dans les rails, comme un père naturel pour le domaine professionnel. Ce Dernier Sycomore s’avère donc une belle surprise, un bon divertissement dont on appréciera son personnage, ses dialogues et la minutie de la plume de l’auteur. Et c’est déjà beaucoup.

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre

Editeur : Rivages/Noir

Acheté dès sa sortie en début d’année, je m’étais mis ce roman de coté pour mes ultimes lectures de 2021. Annoncé comme un roman noir, c’est effectivement une lecture qu’il vaut mieux entamer avec un bon moral, tant le ton y est sombre.

Un homme est retrouvé à un arrêt de tramway, vraisemblablement ivre. Les flics le ramènent au poste de police et se rendent compte que son tee-shirt est ensanglanté. Pour récupérer l’habit, ils lui enlèvent les menottes mais le prisonnier en profite pour prendre un pistolet. Mis en joue, l’homme ne sait quoi faire, puis se jette par la fenêtre. Quelques étages plus bas, sur le trottoir, la flaque de sang s’agrandit.

Louise a pris la bonne décision ; elle a pris son fils Sam et a quitté le domicile conjugal. Elle n’en pouvait plus qu’il la roue de coups chaque fois qu’il avait trop bu. Après avoir conduit son fils à l’école, elle va faire le ménage chez des petits vieux et faire leurs courses, avec cette menace pesante que son mari pourrait bien la retrouver.

Le commandant Jourdan entre dans l’appartement. La voisine a entendu les coups de feu, cinq ou six. La femme a été abattue dans la salle de bains, les corps des trois enfants parsemés dans la salle de séjour et le couloir, tués froidement. Le forcené s’est réfugié dans sa belle famille pour les descendre. Quand Jourdan arrive, la maison est bouclée et il décide d’y aller seul.

Christian vit seul et rend souvent visite à sa mère. Il doit subir les différentes humeurs, en général mauvaises, de ses clients à qui il livre des matériaux de construction. Depuis son retour du Tchad, il est pris de bouffée de haine, qu’il assouvit en poignardant de jeunes femmes rencontrées au hasard. Justement, il vient d’en repérer une à la sortie d’un bar. Cela lui donne comme une bouffée, une pulsion incontrôlable.

Bâti autour de trois piliers, des personnages plus vrais que nature, inoubliables, Hervé Le Corre construit un roman noir implacable, d’une noirceur et d’une violence brutale. Que ce soit Louise, Jourdan ou Christian, il nous présente trois âmes en peine, en souffrance : Louise obligée de s’en sortir seule et sous la menace constante de son ex-compagnon, Jourdan plongé dans les pires horreurs des drames familiaux et Christian obligé de tuer pour calmer ses pulsions.

Toutes ces scènes mises bout à bout vont passer en revue leur vie somme toute banale, dans une société que l’auteur nous montre sans pitié, ayant perdu toute humanité, où on est capable de frapper, de tuer sans raison. Il est par conséquent difficile de retenir son souffle, d’autant plus qu’on s’empêche de respirer devant tant de noirceur, grâce à la minutie apportée à la psychologie des personnages principaux et secondaires.

Si on sait qu’Hervé Le Corre fait partie des meilleurs auteurs de romans noirs français, il confirme ici sa capacité à nous plonger dans une réalité d’une noirceur infinie grâce à sa plume capable de décrire l’horreur et de décrire poétiquement une ville en automne, où derrière les ombres se cachent les monstres. Comme je vous le disais, il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce livre fantastiquement noir, sans nuances, et ce n’est pas la fin qui va vous soulager. Malgré cela, le monde doit continuer à tourner …

Les rêves qui nous restent de Boris Quercia

Editeur : Asphalte

Traducteurs : Isabel Siklodi et Gilles Marie

Attention, coup de cœur !

Ayant tourné le dos à son inspecteur récurrent Santiago Quinones (3 romans et 3 coups de cœur pour moi), Boris Quercia rend hommage dans son nouveau romans aux grands thèmes de la science fiction.

Ce jour-là, Natalio doit remplir une mission périlleuse avec son électroquant : débusquer un nid de dissidents. Entré dans la maison, il a vite débusqué une trappe. Quand il a ouvert la trappe, les dissidents ont balancé une bombe magnétique artisanale, létale pour son robot. Natalio a riposté avec une grenade suffocante et bloqué la trappe. Malgré son niveau de classe 5, il sait qu’il ne sera pas inquiété pour ces morts.

Les attentats ravagent la City, le centre de la ville habité par les riches dominants. La médecine permettait d’adapter les médicaments à l’aide de l’analyse des ADN, jusqu’aux événements d’Oslo. Personne n’a compris pourquoi les gens soi-disant soignés sont devenus paranoïaques et ultra-violents. Alors les riches se sont enfermés. Tous les matins, les travailleurs font la queue pour entrer à la city.

Tout le monde souffre de l’amnésie des rêves. Les revendications des dissidents luttent contre ça : « Nous avons droit à de vrais rêves ». Disculpé suite à l’enquête sur la mort des dissidents, Natalio se retrouve tout de même en disponibilité pour quatre jours. Il accepte alors une mission de sécurité pour la société Rêves Différents. Cette société propose aux travailleurs de la vieille ville de rêver pendant deux ans gratuitement.

Pendant ce temps, elle cultive des ADN modifiés pris sur les rêveurs. Ces ADN sont revendus à Recycladen et permettent aux gens des Hautes Sphères de vivre éternellement. Aucune loi n’est arrivée à empêcher Rêves Différents de fonctionner. Accompagné de son nouvel electroquant aux mimiques humaines, Natalio se voir confier sa mission : découvrir qui a usurpé une identité pour aller chez Rêves Différents.

Je sors tout juste du futur, je suis revenu meurtri en mon âme. Boris Quercia nous dépeint une société divisée entre riches et pauvres, qui a succombé au confort de la possession d’androïdes. La situation, bien que relativement compliquée, est expliquée au fur et à mesure et le talent de l’auteur fait le reste : une fois entré dans ce monde futuriste, on ne peut plus en sortir.

Avec une intrigue d’usurpation d’identité pour lier le tout, ce roman est écrit comme un roman noir : style sec, direct, avec des descriptions minimalistes, passant plus de temps à peindre le contexte que le décor. Mais ce qu’il sous-entend fait bigrement froid dans le dos. Car le propos de l’auteur va bien plus loin et nous interpelle sur les chemins que nous sommes en train d’emprunter.

A confier nos vies aux machines, à se complaire de leur laisser faire de plus en plus de choses, à se laisser séduire par le confort que cela apporte et se laisser embringuer dans un espace de jeux inutiles, nous perdons petit à petit pied, nous oublions le goût de l’effort, l’envie de réfléchir, de progresser, d’aider les autres, de vivre en société. Nous laissons même des algorithmes gérer nos opinions et à qui on veut les partager sur les réseaux « sociaux ». Il rappelle ainsi Blade Runner (le film), Philip K. Dick, Brazil (le film) ou même les robots d’Isaac Asimov.

L’auteur se permet des parallèles entre la situation actuelle et l’avenir qu’il a imaginé. Son décor se révèle alors d’une lucidité remarquable et impose une réflexion salvatrice : Les robots seraient ils plus humains que les Hommes ?

Quant à la fin, elle ne peut pas être définitive car l’humanité continue à vivre. Mais elle se révèle ouverte et surprenante comme rarement j’aurais eu l’occasion de la lire. Vous l’avez deviné, ce roman est un coup de cœur, un énorme coup de cœur.

Une affaire italienne de Carlo Lucarelli

Editeur : Métailié

Traducteur : Serge Quadruppani

L’un des maîtres du polar italien revient avec un nouveau personnage fantastique de mystères et de sous-entendus dans une étrange enquête policière. N’hésitez plus, courez acheter ce formidable roman policier !

Lundi 21 décembre 1953. De Luca entre dans une boutique qui ressemble plus à une pâtisserie qu’à un bar, pour y rejoindre un jeune homme, Giannino avec qui il a rendez-vous. De Luca, policier de grande valeur, a résolu nombre d’enquêtes sous le régime fasciste et à ce titre, a été placardisé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, étant considéré comme un collaborateur des fascistes. Giannino, pendant toute l’enquête, l’appellera Ingénieur pour marquer son grand respect.

Le temps tourne à la neige et au froid. Pendant son trajet de Rome à Bologne, il a potassé le dossier, celui du meurtre de Stefania Mantovani épouse Cresca, retrouvée noyée dans la baignoire de la garçonnière de son mari. Son mari, Mario Cresca avait trouvé la mort dans un accident de voiture deux mois plus tôt.

Quand ils entrent dans la mansarde, ils perçoivent une pièce en total désordre. Des traces de sang tapissent le sol dans la pièce principale, les objets ont été balancés comme si l’on avait cherché quelque chose. Giannino lit alors le compte-rendu de l’enquête : le corps a été retrouvé immergé, portant la trace de coups ainsi que de traces sur le cou. Dans la corbeille, De Luca déniche un morceau d’enveloppe déchiré, Avant de partir, il emporte le rouleau de la machine à écrire.

Quelle joie de retrouver Carlo Lucarelli au meilleur de sa forme ! Dès le démarrage du roman, on a droit à une scène où De Luca et Giannino roulent à vive allure sur une petite route, avant d’avoir un grave accident. Puis retour en arrière, au début de l’enquête, dans un chapitre parfait, qu’il s’agisse de la description des personnages, des lieux du meurtre ou même des indices qui vont lancer l’enquête.

Carlo Lucarelli étant passionné d’histoire italienne, il a créé un personnage trouble, qui a œuvré sous le règne des fascistes, et qui doit subir les réactions des gens qu’il rencontre. D’ailleurs, il passera de longues heures dans sa chambre d’hôtel, préférant rester seul plutôt que rencontrer un membre d’une famille qu’il a maltraité. Mais, en grand maître du roman policier, l’auteur ne nous en dira que le strict minimum.

Il abordera cette période trouble tout en douceur, par petits traits, nous montrant une nation voulant chasser les communistes par tous les moyens, pendant que la population s’occupe des anciens fascistes. Et surtout, il introduit une notion géniale pour tout fana de mystères policiers : l’imperfection gérable. Alors, on se laisse mener, tranquillement, transi de froid en cette période de fêtes de fin d’année, et on s’approche du dénouement sans que l’on s’en rende compte ; Alors que tous les indices étaient répandus là, sous nos yeux. A ce niveau, c’est de l’art, du grand art ! Et la traduction est juste parfaite !

Le jour du chien noir de Song Si-woo

Editeur : Matin Calme

Traducteurs : Lee Hyonhee et Isabelle Ribadeau Dumas

Ce roman va être l’occasion de deux découvertes, celle des polars coréens et une toute nouvelle maison d’éditions dédiée à la littérature de ce pays de l’Asie du Sud-est. Ce roman s’avère une excellente surprise, une lecture intelligente et instructive.

Contre toute attente, Jeon Hak-soo devient un assassin. Tout commence avec une bousculade dans un escalier avec son voisin, Ra Sang-pyo. Puis, la voiture de Ra Sang-pyo étant mal garée, Jeon Hak-soo lui envoie un coup de poing. Déséquilibré, la tête de Ra Sang-pyo cogne contre une marche. La suite devient plus confuse et incompréhensible puisque Jeon Hak-soo s’acharne sur l’homme à terre jusqu’à en faire de la bouillie.

Dong-choon promène son chien dans une forêt quand ce dernier s’enfonce dans les fourrés. Il l’appelle mais l’animal ne répond rien, jusqu’à ce qu’il entende un aboiement. Quand il rejoint enfin son animal, ce dernier remue la queue, tout content de montrer à son maître sa trouvaille : un corps enterré.

Effectuant son stage chez son oncle, Park Shim est reconnaissable à cause de ses épais sourcils qui barrent son front. Son oncle Park Gap-yeong le charge d’enquêter sur Jeon Hak-soo dont il doit assurer la défense, et en particulier de déterminer si sa dépression a pu jouer un rôle dans le meurtre.

Lee Pyeong-so, commandant de la brigade criminelle de Suwon est chargé de l’enquête sur le corps que l’on a retrouvé dans la forêt du mont Paldal. Grâce aux empreintes digitales, l’identité du corps ne fait aucun doute : Sol Lisa, jeune étudiante. La perquisition à son domicile ne montre qu’un oiseau mort de faim, enfermé dans sa cage.

Comme je le disais, je crois bien que ce roman est ma première incursion dans le polar coréen. Pour avoir vu quelques films coréens, j’ai commencé ma lecture avec de l’appréhension en regard de la potentielle violence. En fait, ce roman est un vrai polar psychologique qui ne comporte aucune scène sanguinolente puisque l’intrigue va suivre l’enquête en parallèle de Lee le commissaire et Park le stagiaire avocat. Par leur fonction, ces deux personnages vont adopter une démarche et un raisonnement différents. Et en tant que roman policier, l’histoire va surtout avancer à l’aide d’entretiens avec les personnages qui gravitent autour de ces deux affaires criminelles étranges.

D’un côté on a une personne d’apparence totalement normale qui péter un câble et frapper un homme à terre, uniquement parce qu’il l’a bousculé dans l’escalier. De l’autre, le corps d’une jeune femme enterré est retrouvé dans une forêt. Le seul point commun que les enquêteurs vont trouver est de souffrir de dépression, le chien noir du titre, repris par une expression de Winston Churchill quand il décrivait sa maladie.

Comme à chaque fois que l’on lit un roman étranger, il faut s’habituer aux noms afin de s’y retrouver entre les différents personnages. Par exemple, le nom vient avant le prénom. De même certaines façons de réagir sont liées à la culture du pays. Contrairement à certains pays asiatiques, les dialogues et les façons de s’exprimer peuvent paraitre brutales, sans prendre de gants.

Et l’auteur va, au travers de certains entretiens, nous décrire des scènes de la vie quotidienne et nous expliquer ou tenter de trouver une explication au fait que la Corée est le pays où il y a le plus de suicides au monde. Entre manque de considération, pression sociale et obligation de résultat, nous découvrons un pays où les gens sont en constante compétition les uns contre les autres et où l’échec ne peut pas exister. Ces passages, bien introduits, sont très intéressants et pas du tout lénifiants.

L’autre aspect que l’auteure aborde concerne la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur cette maladie, et le désintérêt qu’ils affichent face à des médicaments aux effets secondaires graves pouvant mener les malades à un suicide. Le sujet est très documenté et présenté de façon tout à fait didactique, en appuyant sur des points scandaleux quand, par exemple, des psychiatres donnent ce genre de pilules à des enfants de 12 ans ou quand les laboratoires se gardent d’avertir des dangers d’arrêter le traitement brutalement.

Réellement surprenant et totalement bluffant, ce roman nous invite à un voyage dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture et rend donc le discours passionnant. Si l’enquête est bien faite, et le dénouement bien trouvé, ce sont bien les aspects sur le traitement pharmaceutique de la dépression qui rendent ce livre intelligent et instructif. Je ne peux que vous encourager de plonger dans la vie coréenne au travers de cette enquête policière.

Oldies : La bête de miséricorde de Fredric Brown

Editeur : Moisson rouge (Grand format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Emmanuel Pailler

Nouvelle année, nouveau défi. Après avoir consacré mon année Oldies à Rivages en 2018, à la Série Noire de Gallimard en 2019, c’est au tour des éditions Points pour 2020. C’est aussi l’occasion de fêter les 50 années d’existence de cette collection, et les 40 ans de Points Policier.

L’auteur :

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati en Ohio et mort le 11 mars 1972 à Tucson en Arizona, est un écrivain américain de science-fiction célèbre pour ses nouvelles au parfum humoristique. Il a également publié des romans policiers ou de science-fiction, souvent dans un registre burlesque, comme dans son roman Martiens, Go Home !

Il commence à travailler à l’âge de seize ans, exerçant divers métiers (employé de cirque, plongeur, détective privé, bibliothécaire, correcteur pour des journaux, etc), après avoir perdu sa mère et son père, respectivement un et deux ans plus tôt. En 1926, il tente d’entrer à l’université de Hanover dans l’Indiana, mais il abandonne rapidement.

Brown a été édité toute sa vie dans des pulps, ces magazines populaires et bon marché qui regroupent des histoires policières ou de science-fiction. Il commence sa carrière d’écrivain en 1937, à l’âge de 31 ans, alors qu’il travaille comme correcteur pour le Milwaukee Journal. Sa première fiction, The Moon for a Nickel a été publiée dans la revue Detective Story en mars 1938.

Il écrit par la suite beaucoup de nouvelles, notamment des short-shorts, nouvelles de quelques centaines de mots se concluant par une chute époustouflante, comique ou tragique. Dans les années 1960, il fut publié dans Playboy et d’autres magazines pour hommes, où ses histoires très courtes et souvent drôles avec une chute inattendue faisaient merveille. Il est même considéré comme le maître de la micro-nouvelle (short short-story) et de la nouvelle brève, dont le recueil en français, Fantômes et Farfafouilles (traduit de l’américain par Jean Sendy : Denoël, « Présence du futur » n°65) donne un saisissant aperçu. Il est d’ailleurs principalement connu en France pour ses nouvelles de science fiction, alors qu’il a surtout offert beaucoup à la littérature policière, par ses innombrables nouvelles ou ses romans, où, de son style percutant et épuré, il propose des intrigues à la fois simples et originales, dans un décor reflétant les réflexes, les modes et les angoisses de l’Amérique des années 1960.

L’humour est très présent chez Fredric Brown, au point parfois d’être le point de départ, sinon la raison, de ses textes. L’Univers en folie (What Mad Universe) écrit en 1949 joue avec les clichés du genre, racontant l’histoire d’un éditeur de magazine envoyé dans un monde parallèle et reprenant une vision enfantine des récits publiés dans la revue. Martiens, Go Home! (écrit en 1954) décrit une invasion martienne vue à travers les yeux d’un auteur de science-fiction, par d’insupportables petits hommes verts caricaturaux, sans gêne, malicieux et tourmenteurs d’une humanité qui va peut-être se ressouder contre eux.

L’une de ses nouvelles les plus connues, Arena, a servi pour un épisode de la série Star Trek.

Il meurt en 1972, alors que, alcoolique et atteint d’un emphysème pulmonaire, il avait arrêté d’écrire depuis neuf ans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Est-ce un suicide ? Le mort, Kurt Stiffler, avait de bonnes raisons de vouloir en finir : rescapé d’Auschwitz, il venait de perdre toute sa famille dans un accident de voiture. Mais l’arme qui l’a tué reste introuvable, et l’unique témoin semble en savoir plus qu’il ne veut bien l’avouer. Pour l’inspecteur Frank Ramos, pas de doute : il s’agit d’un meurtre.

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati, Ohio, est un écrivain américain de science fiction et de roman noir, célèbre pour ses nouvelles humoristiques, fantastiques et policières. Il est décédé en 1972. La bête de miséricorde a été publié en 1956 aux Etats-Unis.

Mon avis :

C’est un roman que je m’étais mis de coté, suite à un coup de cœur de Claude Le Nocher. Je ne savais pas de quoi il retournait ; cela s’appelle la confiance aveugle. Datant de 1956, ce roman policier pourrait aussi bien être écrit aujourd’hui, tant il est moderne dans son écriture et dans son analyse psychologique des personnages. Ce roman frise la perfection, menant son intrigue avec une force peu commune, et avec des dialogues parfaits.

John Medley va, un beau matin, faire ses courses. En revenant, il découvre un cadavre dans son jardin et appelle la police. Frank Ramos et Fern « Red » Cahan sont les deux inspecteurs qui vont s’occuper de l’affaire. L’homme a été abattu d’une balle par l’arrière du crâne et aucune arme n’est trouvée dans la jardin. Ils vont fouiller dans le passé de la victime mais aussi dans celui de Medley.

Si on ne lira pas ce roman pour son suspense, car on sait très vite qui a tué, par son attitude réservée et mystérieuse, on le lire indéniablement pour son approche psychologique. Fredric Brown choisit pour cela la forme d’un roman choral, adoptant le point de vue de chaque inspecteur, mais aussi de Medley, du capitaine de police Walter Pettijohn ou de la femme de Frank, Alice Ramos. Il va autant dérouler l’enquête que les vies personnelles des protagonistes, et démontrer sans en rajouter la vie d’une petite ville des Etats Unis.

On se retrouve donc avec un roman qui ressemble beaucoup à une enquête de Colombo, que j’adore, avec l’intervention de chaque personnage. Il est difficile de faire plus simple en étant génial, surtout avec cette fin qui montre la monotonie des vies et ses difficultés. Un petit joyau à ne pas oublier.

Laisse le monde tomber de Jacques Olivier Bosco

Editeur : French Pulp

Jacques Olivier Bosco, dit JOB, est un des meilleurs dans la littérature française en termes de polars d’action. Il est capable de vous construire des scènes visuelles telles que l’on se trouve plongé en plein milieu d’un champ de bataille. On en baisserait presque la tête pour éviter de se prendre un projectile. Son petit dernier rajoute une corde à son arc.

Budapest, au début de l’hiver. Deux flics ramassent une jeune fille mineure pour la ramener au poste. Il faut dire qu’il fait froid et qu’elle est mignonne, elle pourrait rassasier des collègues frustrés. Alors qu’ils la laissent dans une pièce chauffée, elle va ouvrir une porte de secours pour faire entrer un commando de choc. Armés de couteaux et de mitraillettes, ils assassinent tout l’effectif policier.

Meudun, banlieue de Paris. Dans un terrain vague, au milieu de barres logeant des milliers de gens pauvres, un corps est retrouvé atrocement mutilé. Découpé, le visage arraché, il semblerait que le jeune garçon a été attaqué par un fauve. On se croirait dans un roman, Le chien des Baskerville pour ne pas le nommer. Après l’autopsie, il semblerait que quelques morceaux du visage aient été découpés avec un instrument tranchant.

La substitut du procureur est bien tentée de confier cette affaire à la Police Judiciaire. Mais pour faire une fleur à JEF, elle laisse l’affaire à la police locale. JEF, c’est Jean-François Lenantais, alcoolique notoire. Il est affublé d’Hélène Lartigue, dite La Trique pour son physique de petite femme costaude. Bientôt ils vont faire la connaissance de Tracy de la brigade des stupéfiants.

Ces trois-là ont bien des points communs. Ils ont tous des cicatrices, de celles qui vous marquent à vie, pire que des tatouages, qui eux ne font mal qu’en surface. Mais ils ont tous la même rage qui les habite et la même volonté d’agir devant une société et une hiérarchie qui ont baissé les bras. Le titre est d’ailleurs tiré d’un dialogue : « Que veux-tu que l’on fasse ? Qu’on laisse le monde tomber ? »

JOB ajoute donc une corde à son arc, celle d’une plongée dans un quotidien noir, sale, glauque. En prenant comme décor la banlieue parisienne, JOB nous propose presque un document, une enquête journalistique sur la réalité qu’on ne voit pas. Il y ajoute aussi un scénario rondement mené. Si les personnages sont un peu caricaturaux, la démonstration de leur motivation est exemplaire sans être balourde, et est aussi passionnante que ce que nous montre un Didier Fossey, par exemple.

Avec son style toujours aussi efficace, avec sa science de montrer des scènes d’action fantastiques, avec son sens du rythme, JOB nous emmène dans les bas-fond des banlieues, ceux des trafiquants, des tueurs, mais aussi des gens normaux qui doivent subir cette situation au quotidien. Et au milieu de ce décor de guerre latente, il y a les flics, pour qui plus personne n’a de respect, puisqu’ils sont plus gênants qu’autre chose. D’ailleurs, JOB évite le poncif du flic corrompu, et c’est tant mieux !

Tout cela donne un roman policier fort, noir et dérangeant. Dérangeant par ce qu’il montre, dérangeant par ce qu’il nous assène, dérangeant aussi par sa violence crue. Ne voulant pas prendre parti, il ne nous épargne rien ce qui nous amène à éprouver du respect pour ces flics dans un monde sans espoir. Ce n’est pas un roman militant, mais un roman vrai qui soufre à mon avis d’une violence débridée, explicite qui m’a personnellement gêné. Ce sera mon seul bémol, vous êtes prévenus.

 

Je ne suis pas un monstre de Carme Chaparro

Editeur : Plon

Traductrice : Judith Vernant

J’ai bien hésité avant de lire ce livre, faute à la quatrième de couverture qui donne l’impression que l’on va lire un énième roman sur une disparition d’enfant. Il aura fallu l’avis de Jeanne Desaubry (http://jeanne.desaubry.over-blog.com/2019/10/vous-avez-dit-monstrueux.html) pour que je me décide. En fait de thriller bas de gamme, j’ai eu entre les mains un excellentissime roman choral. Et c’est un premier roman !

Inès est une journaliste pour une chaîne de télévision Canal Onze. Elle a un vrai don pour présenter des événements dramatiques et faire naître des émotions incroyables chez ses spectateurs. C’est pour cela qu’elle a eu un succès phénoménal quand elle a écrit son premier thriller, premier et unique pour le moment. Alors, son éditeur la pousse à se lancer dans l’écriture de son deuxième roman, mais elle ne tient pas le sujet. C’est lui qui lui propose d’assister à une réunion de thérapie de groupe. Là, elle entend un témoignage d’une femme prise dans une inondation avec ses enfants, obligée de sacrifier l’un de ses petits pour sauver les autres.

Ana Arén est inspectrice-chef à la brigade des mineurs de Madrid avec un dossier plus que parfait. Comme elle est physiquement superbe, elle attire forcément les convoitises. Ce matin-là, le commissaire Luis Bermudez convoque tout le monde : il leur annonce qu’il va y avoir du changement ; la direction lui demande de partir pour laisser la place à David Ruipérez, un homme à la réputation impitoyable. Au même moment, des appels téléphoniques font état de la disparition d’un petit garçon, Kike. Ana veut réussir cette enquête à tout prix. En effet, deux ans auparavant, un petit Nicolas a disparu au même endroit. On ne l’a jamais retrouvé, et c’est le seul échec d’Ana. La légende créée par les médias dit qu’il a été enlevé par Slender man.

Quand on commence la découverte d’un nouvel auteur (en l’occurrence une nouvelle auteure), il y a toujours une adaptation à faire quant au style ou à la construction du roman. C’est ce que j’ai ressenti lors des 2 premiers chapitres (soit 12 pages), étant surpris par le punch et la brutalité de l’écriture. Les phrases claquent, il n’y a pas de temps mort et je n’ai pas l’habitude de lire ça dans un roman psychologique.

Car si la quatrième de couverture peut nous faire croire à un thriller, c’est bien un roman psychologique que nous propose Carme Chaparro, avec un scénario d’enfer et une fin que je qualifierai d’anthologie. Si la construction est classique, proche d’un roman choral, ce roman se détache par son acuité à présenter les réactions des différents protagonistes aux événements dramatiques auxquels ils vont être confrontés.

Ana et Inès vont constituer le fil conducteur de cette histoire et donner l’occasion de présenter des problématiques telles que la guerre des polices, les influences des politiques dans une enquête, les relations conflictuelles avec les chefs, ou même le rôle des médias dans les résolutions des enquêtes. Dans chacun de ces thèmes, Carme Chaparro excelle car elle y place au centre un être humain avec ses sentiments, ses problèmes, ses réactions humaines (ou non).

Et je dois dire que j’ai été totalement bluffé par les émotions qui déferlent de ces pages malgré un style brut, la justesse des réactions et cette capacité à trouver les mots justes au bon moment. Je peux vous assurer qu’à certains moments, votre gorge va se serrer, ou vos yeux vont s’ouvrir devant l’horreur. Quant à la chute de ce roman, et chute est le bon terme, elle ouvre sur une dénonciation des monstres de notre société (et ce ne sont pas ceux que vous croyez, mais je ne peux vous en dire plus).

Je ne suis pas un monstre s’avère au final une belle dénonciation de cette société avide de sensations, avide d’opportunités au nom de l’argent, avide de sang et surtout celui des autres. C’est aussi et surtout un premier roman impressionnant, époustouflant, émotionnellement très fort et qui ne peut que vous faire réagir. J’espère sincèrement que mon avis vous donnera envie de lire le livre et qu’il n’en a pas trop dit quant à l’intrigue …

Corruption de Don Winslow

Editeur : Harper & Collins

Traducteur : Jean Esch

Attendu comme un monument en cette fin d’année 2018, Corruption est la dernière parution en date de l’auteur des géniaux La griffe du chien et Cartel. On reste dans le domaine du trafic de drogue, mais vu du coté de la police, au travers de la Task Force de New York.

Devant la recrudescence du trafic de drogue à New-York, la mairie et le New-York Police Department se sont mis d’accord pour créer une force d’intervention de terrain, la Task-Force. Cette équipe comporte quatre personnes chevronnées, Denny Malone, Bill Montague dit Big Monty, Phil Russo et le jeune Billy O’Neill. Malone a presque 20 années de service, et il a choisi ses hommes pour faire régner l’ordre dans son quartier, Manhattan North, sa ville, son fief, son royaume.

La devise de la Task-Force est simple : pas de bordel chez nous. Ils font donc en sorte de maîtriser les dealers et d’éviter les guerres entre gangs. Ce matin-là, ils font une descente chez Diego Pena, le Dominicain, le boss de New-York qui doit recevoir un chargement de 100kg d’héroïne. Cette opération n’est pas forcément un succès mais au moins Pena est tué et la drogue saisie. Mais le jeune Billy n’y survit pas.

Billy n’était même pas marié, sa petite amie était enceinte. Elle n’aura droit à aucune aide de la part de la police. Mais la Task-Force met de l’argent de coté pour ses hommes. Denny Malone décide de prélever 50 kg d’héroïne afin d’assurer un avenir à ses hommes. C’est la première fois qu’il se permet un vol de cette ampleur. Toucher des commissions, ça lui arrive, mais jouer avec des millions de dollars, jamais ! Cet acte va l’entraîner dans une spirale infernale …

Don Winslow est probablement le plus doué et le plus moderne des auteurs américains actuels. Il a adapté son style à un rythme fou, et a allié cette qualité à des dialogues géniaux parce qu’évidents. Quand on lit un roman de Don Winslow, on a donc l’impression de voir un film, de suivre des scènes qui se suivent sans temps mort, et de vivre avec des personnages plus vrais que nature.

Si ce roman n’atteint pas la force de ses deux grands romans (chef d’œuvre est un terme que je n’utilise jamais), à savoir La griffe du chien et Cartel, il n’en reste pas moins un roman puissant, prenant, passionnant et édifiant par ce qu’il montre et dénonce. Il est donc à ranger juste à coté des romans sus-nommés, et un cran au dessus de Savages, qui était déjà génial mais plus simple dans sa construction.

Personnage central de l’intrigue, Denny Malone est un personnage puissant, imposant, qui impose sa présence. Fils de pompier, il est devenu orphelin tôt avec dans l’idée d’aider les gens. Son entrée dans la police était une évidence, et il a gravi tous les échelons, jusqu’à sa position centrale dans la Task-Force. En instance de divorce et père de deux enfants, il voit souvent Claudette, une infirmière en pleine désintoxication.

Faire régner le calme plus que la loi dans la rue, cela veut dire flirter avec la ligne jaune. Malone la chevauche, un pied à gauche, l’autre à droite. Il n’hésite pas payer ses indics, user de chantage, faciliter certaines affaires passant en justice. Avec l’affaire Diego Pena, c’est la première fois que Malone franchit allègrement la ligne jaune. Et le FBI va lui tomber dessus, ce qui va révéler l’ampleur de la corruption aux Etats Unis, à tous les niveaux.

Et c’est bien ce que veut démontrer ce roman, et constituer une véritable charge contre un système policier, politique, judiciaire vérolé du bas de l’échelle jusqu’aux plus hauts sommets. Chacun va œuvrer pour son propre bien, et va avancer ses pions en fonction de celui ou celle qui les paie. Le tableau décrit là est d’une noirceur terrible, tant on en vient à penser qu’il vaut mieux couper l’arbre que d’essayer de sauver quelques branches.

Et malgré la complexité de l’intrigue, malgré le grand nombre d’intervenants, les scènes s’accumulent allègrement pour former un formidable polar passionnant de bout en bout. Et une fois commencé, on est vite emporté par la tornade déroulée par Don Winslow et son style coup de poing. Reste au bout du compte le personnage de Denny Malone, policier trouble, aux multiples visages, avec un fond d’humanité, une loyauté envers son rôle, mais qui n’en est pas moins un truand de grande envergure et un trafiquant qui s’assoit sur les lois, peut-être parce qu’elles ne veulent plus rien dire dans un pays qui est devenu une véritable jungle.

Mais, car il y a un mais, outre le fait que ce roman soit un polar génial, je ne peux m’empêcher d’y ajouter deux bémols. La Task-Force de Denny Malone ressemble à s’y méprendre à la Strike Team de Victor « Vic » Mackey, que j’ai adoré dans la série The Shield au début des années 2000. De nombreuses scènes sont semblables d’ailleurs. Enfin, le dernier chapitre vire au grand guignolesque, comme s’il fallait se débarrasser d’un personnage de façon spectaculaire. Je vous conseille donc d’éviter de le lire et de vous plonger dans l’enfer de New-York tout au long des 550 pages de ce formidable polar.

Dégradation de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Les éditions Seuil, dans leur collection Cadre Noir, nous proposent un nouvel auteur, dont c’est le premier polar mais pas le premier roman. Si le sujet est connu, l’ensemble s’avère noir, glauque et rappelle les meilleures pages du Noir.

Ray Muncy est un homme qui a de l’argent, beaucoup par rapport aux autres gens de cette petite ville du Nord de l’Angleterre. Avec sa femme June, il est heureux de recevoir sa fille Mélanie, qui est parmi eux pour les fêtes de Noël. Mais Mélanie n’en peut plus de cette ville, de ses parents, des sourires faux, de l’hypocrisie ambiante. La seule excuse qu’elle trouve est d’aller promener le chien Mungo. Elle se couvre bien et sort dans ce paysage envahi de neige. Elle décide de monter sur la colline pour aller fumer un pétard. Le soir venu, Mélanie n’est toujours pas rentrée.

Steven Rutter est un solitaire qui habite une maison délabrée à la sortie de la ville. Il est parti chasser et se réjouit de cette occupation, son fusil à la main. Quand il aperçoit au loin une jeune fille, il s’approche. Le chien l’a senti, l’attaque, alors il le frappe et le tue. La jeune fille s’apprête à crier, il se jette dessus, la gifle, la tape, la frappe. Quand il s’aperçoit qu’il a du sang sur les mains, c’est trop tard.

James Brindle est un inspecteur de la « Chambre froide », service de la police dédié aux cas les plus difficiles. Il sort d’une enquête qui s’est terminée en fiasco et a du mal à faire face. Son travail, ce sont les enquêtes atroces. Son chef débarque avec un nom, un lieu, une disparition : Mélanie Muncy, Acre Dale. Brindle ne va pas être seul pour découvrir l’horreur de cette affaire, Roddy Mace, journaliste opiniâtre, débarque aussi en ville.

Il faudra quelques dizaines de pages pour vous habituer au style de l’auteur, fait de phrases sèches, avec des dialogues non marqués de tirets et sans virgules. De même, les personnages ne sont pas mis en place dès le début du roman, mais complétés au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Toutes ces remarques préliminaires sont données pour que vous ne soyez pas déçus. Car il est marqué sur le bandeau : « Âmes sensibles, vous auriez tort de vous abstenir … ». Effectivement c’est le cas.

Car une fois que l’on a pénétré le paysage de l’auteur, sa façon de le peindre, on se retrouve avec un roman noir sans aucune lumière ni espoir. Certes, l’histoire a déjà été lue et relue, et c’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à démarrer cette lecture. Mais je dois reconnaître que l’univers de l’auteur est d’une noirceur sans commune mesure, nous décrivant une société de l’Angleterre du Nord faite de petits arrangements et d’utilisation des êtres humains pour servir les plus bas instincts.

On a effectivement déjà lu ce genre d’histoire, mais l’évocation des plaines vides et du temps désolants plonge le lecteur dans une sorte de torpeur fascinante, malgré quelques scènes particulièrement dures (et vous savez que je n’aime pas ça). Et puis, il y a le coupable désigné, dont on va suivre la vie par des chapitres insérés, qui donnent envie de l’excuser, ou du moins de le comprendre. Car on se rend compte que si c’est un être ignoble qui se laisse littéralement pourrir, les habitants de cette ville s’avèrent encore pires que lui.

Je ne suis pas sur que l’auteur ait voulu insérer un message dans ce roman, ou du moins il est soit évident soit confus. S’il a voulu montrer la « Dégradation » de la société et de ses valeurs morales, il aurait du être un peu plus explicite. Ce roman est donc pour moi une très belle découverte qui aurait pu devenir un coup de cœur pour sa force d’évocation, et que je ne peux que vous conseiller. D’autant que la fin est géniale ! Un nouvel auteur du Noir débarque !

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