Archives du mot-clé Policier

Lieutenant Versiga de Raphaël Malkin

Editeur : Marchialy

Je n’aurais probablement pas lu ce roman sans le billet de BMR & MAM et leur coup de cœur bigrement tentant. Ils avaient raison de conseiller ce portrait attachant d’un flic loin des clichés, avec un vrai pas dans la réalité.

Le 27 décembre 1977, les chasseurs s’enfoncent dans les bois. L’air étouffant et les odeurs de moisissure leur confirment qu’ils s’approchent du bayou. Au détour d’un bosquet, ils ne peuvent que constater qu’on a abandonné là un corps humain. L’inspecteur en chef Jackie Walker Jr se rend sur place et récupère les ossements qu’il va envoyer à un illustre médecin légiste, Clyde Snow. Ce dernier va lui détailler ses analyses : la jeune femme a été étranglée et elle portait une perruque. Elle avait une dent en or. Grâce à une reconstitution faciale en plâtre, il peut donner vie à ce cadavre abandonné. Après plusieurs mois de recherche, l’enquête est stoppée.

Quand Darren Versiga s’engage dans un défi, il y va généralement pour gagner. C’est ainsi qu’il est devenu l’un des meilleurs tireurs du comté. Il a bourlingué, a fait des conneries étant jeune, est entré dans la police, puis a ouvert une agence de détective privé avant de revenir à la police de Pascagoula après la crise financière de 2008. Il arbore le meilleur taux d’élucidation et s’ennuie entre les bagarres de pochetrons à la sortie des bars et les maris jaloux.

Sur la demande du Biloxi Sun Herald, il décide donc de se pencher sur les cold cases, ces affaires jamais résolues, qui laissent des familles dans la peine et l’incertitude. Il tombe sur le cas de Melinda LaPree, une prostituée dont on a retrouvé le corps dans un fossé en septembre 1982. En cherchant les cas similaires, il tombe sur le dossier d’ossements trouvés en 1977, que l’on a nommé Jane Doe. Cette affaire va l’occuper pendant plus de douze années.

Faisant suite à un long reportage pour le magazine Society sur la vie d’un flic dans le Mississippi, l’auteur s’est rendu compte qu’il avait beaucoup d’autres choses à dire. Alors il a construit ce livre comme un roman policier, l’histoire de la chasse d’un serial killer, par un lieutenant de police qui a connu tous les honneurs mais aussi tous les déboires.

Construisant sa vie comme une compétition permanente, Darren Versiga a pour philosophie que tout ce qu’il engage doit être fait et bien fait, et en toutes circonstances il doit être le meilleur. On s’éloigne des personnages de polar brisés, Darren Versiga est méticuleux, persévérant, méthodique et doué d’un certain sens de la déduction. L’auteur nous montre que dans la vraie vie, tous les flics ne sont pas tous alcooliques et / ou drogués. Et au-delà de l’identité du meurtrier, c’est le nom de la victime qui va l’obséder.

Malgré cela, il a tendance à manquer d’humilité face aux événements qu’il ne peut contrôler. On trouve des passages passionnants, psychologiquement parlant, quand il est obligé de fermer son agence de détective privés ou quand il va subir de plein fouet l’ouragan Katrina, mettant en danger toute sa famille. Il échappe ainsi à la caricature du bon flic bien gentil, bien sous tous rapports.

Mi reportage, mi biographie, mi roman policier, ce roman écrit sobrement joue avec les genres avec une réussite surprenante. Bien que l’on n’y trouve aucun dialogue, on se prend à suivre ce lieutenant, on se passionne pour son enquête, pour sa vie et on se retrouve curieux de connaitre la fin. Voilà un roman qui m’a surpris et qui m’a changé de mes lectures habituelles.

A sang et à mort de Sandrine Durochat

Editeur : Jigal

Parmi les dernières sorties de début 2022 chez Jigal, il y a ce roman d’une auteure que je ne connais pas. La curiosité a donc guidé mon choix et comme d’habitude, je n’ai même pas lu la quatrième de couverture. Accrochez-vous, ce roman ne respecte pas les limitations de vitesse !

Dans les alentours de Grenoble, une AUDI A3 et un 4×4 s’enfoncent dans une forêt. Trois hommes sortent de véhicule tout-terrain, puis dégottent deux jerricans pleins d’essence pour  asperger l’AUDI. A ce moment, on entend des bruits dans le coffre, quelqu’un qui tape. Aziz, l’homme des basses besognes du clan Malik Chenouf, sort du coffre Zito, un adolescent déjà bien abimé par un passage à tabac et lui demande de servir à passer un message à Precious, son chef. Le message est simple, le gamin retourne dans les vapeurs d’essence et la voiture est enflammée.

Olivier Gimenez attend la retraite avec impatience. Il effectue un de ses derniers convois d’argent dans le fourgon blindé. Jean-Luc et Antoine, ses deux collègues, sont inquiets quand il leur annonce qu’une voiture les suit. Ils se font bloquer dans une rue à sens unique et des braqueurs les menacent. Parce que le jeune Antoine se fait tabasser, Olivier Gimenez se fait flinguer à l’AK47.   

Le commandant Franck Hirsch et ses lieutenants Zerguit et Combe arrivent très vite sur le lieu du casse, accueillis par Gabriel Farge. Gabriel Farge est marqué par une affaire lors de laquelle il a tué une personne. Puis Hirsch et ses sbires font le point dans la voiture : ils ont sorti l’AK47 des scellés contre quelques liasses. Il va falloir gérer l’affaire et peut-être même s’arranger pour récupérer les neuf millions d’euros dérobés.

On reconnait tout de suite l’influence de Sandrine Derochat, celle des meilleures séries policières (pour moi en tous cas) dont bien entendu, The Shield. On a affaire à un groupe de flics pourris qui profitent de chaque cas pour se faire du fric. Autour d’eux, on y trouve deux clans qui se font la guerre. Tout ceci donne un décor de la ville de Grenoble bien peu enviable.

Ce roman est en fait un roman de personnages. Dans mon petit résumé, j’en fais apparaitre une petite dizaine. On en trouvera au total une vingtaine, qui vont se rencontrer, se séparer, se croiser, pour faire avancer l’intrigue vers une fin violente. Mais Sandrine Durochat préfère insister sur la vitesse de l’action, sur la brutalité des personnages et du contexte, plutôt que sur des descriptions sanguinolentes. Elle décoche ses phrases comme des uppercuts.

Cela donne un roman résolument moderne, écrit comme on regarderait une série policière. Les scènes s’amoncellent, les cadavres aussi et chacun dans cette histoire cherche à s’en sortir en n’ayant pas toutes les cartes en main. Ce roman ressemble à une voiture lancée à vive allure dont on aurait oublié les freins. Et à la fin, on ressent le besoin de souffler un peu, après ce sprint de presque 250 pages.

Adieu Poulet ! de Raf Vallet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Quelle judicieuse idée de rééditer les polars de Raf Vallet, depuis longtemps épuisés. Je ne suis pas sûr que grand monde connaisse ce roman ; par contre ils n’auront pas oublié le fil de Pierre Granier-Deferre, avec Lino Ventura et Patrick Dewaere. En lisant ce roman, on a l’impression de revoir le film devant nos yeux.

Le roman s’ouvre par la scène finale du film. Un homme s’est retranché dans son appartement, en compagnie de ses deux enfants, armé d’un fusil de chasse. Le procureur n’aime pas le commissaire Verjeat et le met au défi de résoudre cette affaire en moins de deux heures, sans quoi, il lancera l’assaut.

La seule chance de Verjeat réside dans le lien téléphonique qu’il a avec le forcené, qui ne veut rien d’autre que récupérer ses gosses et être entendu. Et pour être entendu, il va être entendu ! Verjeat branche la ligne téléphonique sur le haut parleur de la voiture et tout le voisinage peut entendre ses récriminations … et tout le monde en prend pour son grade. Puis Verjeat monte à l’appartement et désarme facilement le père.

Malgré ses faits d’armes reconnus par tous, Verjeat est sur la sellette. Son collègue et ami, l’inspecteur Maurat lui annonce que Madame Claude a déposé un témoignage qui le charge en tant que policier corrompu. Le chef de la sureté mais aussi le procureur, tous aussi corrompus, préféreraient sacrifier un des leurs, quitte à ce qu’il soit un bon élément, pour sauver leur peau. Verjeat va alors concocter un plan incontournable pour se mettre à l’abri.

Ce roman confirme tout le bien que je pense des polars anciens. Certes, certaines expressions sont datées, mais le style est vif et va à l’essentiel. Les personnages sont dignes de ce que l’on trouvait dans les polars des années 70, un peu macho, musclé, indéboulonnable, mais toujours franc, direct et humain. Et l’intrigue ne va pas souffrir du format obligé de l’époque qui limitait les polars à 250 pages maximum.

Si dans le roman, le personnage de Maurat est placé au second plan par rapport au film, il n’en reste pas moins qu’on les reconnait tout de suite derrière ces mots, et qu’on se rappelle combien Ventura et Dewaere nous manquent. Et finalement, on se rend compte que la situation d’aujourd’hui est semblable à celle d’avant, que rien ne change et qu’il est bon, par moments de lire des romans où des « petits » arrivent à s’en sortir. Quelle bonne bouffée de nostalgie !

La cour des mirages de Benjamin Dierstein

Editeur : Les Arènes – Equinox

Attention, Coup de cœur !

Après La sirène qui fume, après La défaite des idoles, voici donc le troisième tome de cette trilogie consacrée à la fin du Sarkozysme sur fond d’enquête policière au long cours sur la prostitution enfantine et les réseaux pédophiles. Le premier était très bon, le deuxième excellent, le troisième est fantastique, un véritable feu d’artifice. Autant vous prévenir tout de suite : par certaines scènes explicites, ce roman est dur et est à réserver à des lecteurs avertis.

Jeudi 13 juillet 2006. La foule se masse dans le métro de Rennes, après le feu d’artifice. Un homme arrive à séparer une jeune fille de 8 ans de son père, et lui fait rater l’arrêt où elle aurait pu rejoindre son père. Au terminus, il lui fait croire qu’elle pourra téléphoner à son père, dans la camionnette blanche là-bas. On ne l’a plus revue. Le capitaine Gabriel Prigent ne s’est jamais remis de la disparition de sa fille Juliette.

Dimanche 17 juin 2012. Les élections législatives donnent une majorité confortable au nouveau président de la république François Hollande. Même Claude Guéant est battu à Boulogne-Billancourt. La commandante Laurence Verhaegen se moque de ce cirque. Elle attend Michel Morroni, son ancien chef à la Brigade criminelle, qui est à la retraite. Elle veut faire payer à ce pourri les menaces qu’il a fait peser sur sa fille Océane. Après une courte promenade, il s’assoit sur un banc public. Elle s’approche et lui tire une balle dans la tête.

Lundi 25 juin 2012. Prigent a pris trente kilos lors de son séjour en hôpital psychiatrique et les dizaines de pilules qu’il devait ingurgiter par jour. Il est accueilli par Nadia Châtel, la commissaire, et ses collègues n’oublient pas son passé de collabo, quand il a donné ses collègues à l’IGPN. Si on lui autorise un poste, c’est parce qu’il apparait aux yeux du public comme un héros suite à l’affaire de la Sirène qui fume.

Lundi 2 juillet 2012. Séparée de son mari Fab, Verhaegen subit les humeurs d’Océane qui entre dans l’adolescence et lui mène la vie dure. Océane préférerait aller vivre avec son père et Nadine sa belle-mère. Du coté professionnel, Verhaegen est virée de la DCRI et obligée d’intégrer la Police Judiciaire car elle a été suivie quand elle a tué Morroni. Les policiers à la charge de Manuel Valls veulent une taupe à la Préfecture de Paris, pour être surs que rien ne se trame contre les nouveaux hommes au pouvoir. Verhaegen intègre le service de Nadia Châtel.

Samedi 7 juillet 2012. Jacques Guillot, un ancien cadre politique est retrouvé pendu chez lui. Stéphanie, sa femme a été tuée dans la chambre de la propriété, un sac en plastique sur la tête. On a massacré la tête de Valentin, le fils, avec un jouet métallique. Seule manque à l’appel Zoé, la fille de Guillot. Le groupe de la brigade criminelle est sous haute pression. Prigent va suivre la piste de l’argent car Guillot avait des difficultés d’argent ; Verhaegen quant à elle prend celle des réseaux pédophiles.

Sur un pavé de plus de 800 pages, je peux me permettre de faire un résumé un peu long, mais il est nécessaire de bien planter le décor. Il s’agit du troisième tome de la trilogie sur la chute du Sarkozysme et Benjamin Dierstein va prendre une cinquantaine de pages pour présenter le contexte et les personnages principaux, Gabriel Prigent rencontré dans La sirène qui fume et Laurence Verhaegen qui était présente dans La défaite des idoles. Si l’on peut lire ce roman indépendamment des autres, je vous conseille de commencer par les autres tant ces trois romans forment une unité rare.

Si le premier tome abordait la prostitution d’adolescentes et le lien avec des hommes politiques, et le deuxième les magouilles politiques pour détenir le pouvoir policier entre ses mains, ce roman relie ces deux thèmes en y ajoutant l’évasion fiscale et les transferts d’argent vers des paradis fiscaux et les réseaux pédophiles internationaux. Et si de nombreux personnages connus apparaissent dans ces romans, l’auteur assure que cette intrigue est totalement inventée. Aux premières places de ce monument, on trouve deux personnages de flics fissurés, cassés, en passe d’être broyés par la machine que représente l’Etat.

Deux flics nous racontent cette histoire en alternance. D’un côté, Gabriel Prigent qui sort d’une énième cure en hôpital psychiatrique, bourré de médicaments. Hanté par la disparition de sa fille dont il refuse la funeste issue, il poursuit son enquête en douce et se lance à corps perdu dans les liens financiers de Jacques Guillot, quand il découvre ses liens avec Marchand, un spécialiste de finance internationale. On a droit à une démonstration du travail génial de ce flic, entrecoupé de visions hallucinées, de voix qui le hantent dans des paragraphes longs où son obsession devient la nôtre.

De l’autre, Laurence Verhaegen, sous pression de toutes part, membre du syndicat Synergie-Officiers ancré à droite et obligée de travailler en tant que taupe pour le SNOP (Syndicat National des Officiers de Police) qui défend le nouveau pouvoir en place. Deux flics en perdition, deux tons dans la narration, deux fils d’enquête, deux pans sur l’horreur de notre société moderne. Quand elle est sur le devant de la scène, le style est plus haché, en particulier dans les scènes d’interrogatoires géniales et l’auteur arrive à nous imprégner du stress ressenti par cette flic.

Car outre les magouilles politicardes pour protéger les gens en place, Benjamin Dierstein nous dévoile l’horreur inimaginable que représentent les réseaux pédophiles et leur façon de manipuler des enfants dès le plus jeune âge. Il est juste impossible de ne pas réagir devant la façon dont il démontre ces organisations ignobles, impliquant des familles, des enfants rabatteurs et des hommes riches de tous bords profitant des enfants. Il utilise des images tenant en une phrase, souvent hachée, pour mieux nous faire ressentir l’infamie d’un polaroïd. Le cœur au bord des lèvres, la rage monte avec une envie de meurtre.

En même temps, ce mélange des genres fait naitre une sensation de révolte, où on s’aperçoit que pour protéger des gens immensément riches, au-dessus des lois, on se permet de laisser filer d’immondes assassins. Des flics, des juges, des procureurs, tout le monde est impliqué et fait passer avant tout la nécessité de détenir le pouvoir par le contrôle de la police et de la justice. On ressent la peur de la Gauche de se trouver déstabilisée par des enquêtes, en même temps qu’ils veulent faire tomber les sympathisants de la Droite. Un portrait effarant, édifiant, scandaleux de notre société corrompue jusqu’à la moelle. Et au bout de ce roman, à la toute fin, avec toute la tension accumulée, Benjamin Dierstein a réussi à me faire pleurer.

Mêlant la politique, la police, la justice à des affaires d’évasion fiscale et de réseaux pédophiles, le portrait que nous offre apparait édifiant et bien noir. Autant dans la forme que dans le fond, ce pavé de plus de 800 pages s’avale aussi facilement que la pilule est difficile à avaler. Il apparait effectivement bien difficile à distinguer le vrai du faux, tant Benjamin Dierstein nous dévoile des affaires qui ne peuvent que nous faire réagir et nous dégouter. Ce roman ressemble à un pavé dans la mare, un sacré monument, un grand roman noir sur notre époque, dont il ne faut pas avoir peur.

Coup de cœur, je vous dis !

Le dernier sycomore de Laurent Rivière

Editeur : Toucan Noir

Le hasard fait parfois bien les choses. J’avais envie d’un livre divertissant et de découverte. Quand j’ai reçu ce livre, je n’ai pas lu la quatrième de couverture pour conserver la surprise et je me suis lancé.

Franck Bostik a été radié de la police suite à un profond désaccord avec sa hiérarchie. Pourtant on le considérait doué et son métier était devenu une passion depuis qu’il avait rencontré Lew Griffin (le personnage récurrent de James Sallis) quand il était enfant et était surnommé Petit Chicouine. Depuis, il vit en ménage avec Lyly, une superbe jeune femme.

En ce premier mai, alors que le couple se prélasse au lit, le cousin de Bostik Mathieu Groseiller (Le couz’) l’appelle pour lui annoncer qu’on a encore volé la tête de la statue de Miss Evelyn Frost, une célèbre aviatrice américaine. Ce monument, érigé après la deuxième guerre mondiale, subit des exactions depuis sa création et le couz’ s’est donné comme mission de retrouver les fauteurs de trouble.

Quand Bostik arrive sur la place de Vauzelles pour retrouver le couz’, celui-ci n’est pas dans les environs, pas plus que la tête de l’aviatrice. Bostik va donc vérifier chez lui et il découvre la police en bas de l’immeuble. On lui raconte qu’on a découvert son cousin pendu. Pour la police, il ne fait aucun doute qu’il s’est suicidé. Pour Bostik, cela n’a aucun sens. Il va partir en croisade et découvrir la vraie vie de son cousin.

Dès le début de ce roman, l’écriture simple nous tient, nous emporte dans l’histoire d’un quarantenaire en mal de repères, exilé loin de sa passion, mais qui a la chance de vivre avec son amour. Son problème va donc être de tout faire pour garder Lyly. Et on le retrouve à s’embarquer dans une nouvelle affaire passionnante comme s’il n’attendait que cela. Cette simplicité de style n’est que façade : les descriptions sont minutieuses, le déroulement fort plaisant. Le seul bémol pour moi réside dans des paragraphes trop longs, ce que je n’aime pas particulièrement.

On n’y trouvera pas de scènes d’action mais un rythme certain insufflé par le personnage de Bostik. On prend un vrai plaisir à le suivre dans son rythme. Et grâce au talent de l’auteur, on va tout de suite croire à ce personnage et on va être prêt à courir à ses cotés. Bostik nous entraine, à la recherche de l’assassin de son cousin, et on le fait avec grand plaisir tant on apprécie ses réparties, son humour et son coté immature, inconscient, irréfléchi.

J’ai aussi particulièrement apprécié la mention de Lew Griffin, le héros de James Sallis, qui apparait dans le livre, au début et à la fin. Outre le grand respect montré par Laurent Rivière, on y trouve un Griffin vieillissant qui remet Bostik dans les rails, comme un père naturel pour le domaine professionnel. Ce Dernier Sycomore s’avère donc une belle surprise, un bon divertissement dont on appréciera son personnage, ses dialogues et la minutie de la plume de l’auteur. Et c’est déjà beaucoup.

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre

Editeur : Rivages/Noir

Acheté dès sa sortie en début d’année, je m’étais mis ce roman de coté pour mes ultimes lectures de 2021. Annoncé comme un roman noir, c’est effectivement une lecture qu’il vaut mieux entamer avec un bon moral, tant le ton y est sombre.

Un homme est retrouvé à un arrêt de tramway, vraisemblablement ivre. Les flics le ramènent au poste de police et se rendent compte que son tee-shirt est ensanglanté. Pour récupérer l’habit, ils lui enlèvent les menottes mais le prisonnier en profite pour prendre un pistolet. Mis en joue, l’homme ne sait quoi faire, puis se jette par la fenêtre. Quelques étages plus bas, sur le trottoir, la flaque de sang s’agrandit.

Louise a pris la bonne décision ; elle a pris son fils Sam et a quitté le domicile conjugal. Elle n’en pouvait plus qu’il la roue de coups chaque fois qu’il avait trop bu. Après avoir conduit son fils à l’école, elle va faire le ménage chez des petits vieux et faire leurs courses, avec cette menace pesante que son mari pourrait bien la retrouver.

Le commandant Jourdan entre dans l’appartement. La voisine a entendu les coups de feu, cinq ou six. La femme a été abattue dans la salle de bains, les corps des trois enfants parsemés dans la salle de séjour et le couloir, tués froidement. Le forcené s’est réfugié dans sa belle famille pour les descendre. Quand Jourdan arrive, la maison est bouclée et il décide d’y aller seul.

Christian vit seul et rend souvent visite à sa mère. Il doit subir les différentes humeurs, en général mauvaises, de ses clients à qui il livre des matériaux de construction. Depuis son retour du Tchad, il est pris de bouffée de haine, qu’il assouvit en poignardant de jeunes femmes rencontrées au hasard. Justement, il vient d’en repérer une à la sortie d’un bar. Cela lui donne comme une bouffée, une pulsion incontrôlable.

Bâti autour de trois piliers, des personnages plus vrais que nature, inoubliables, Hervé Le Corre construit un roman noir implacable, d’une noirceur et d’une violence brutale. Que ce soit Louise, Jourdan ou Christian, il nous présente trois âmes en peine, en souffrance : Louise obligée de s’en sortir seule et sous la menace constante de son ex-compagnon, Jourdan plongé dans les pires horreurs des drames familiaux et Christian obligé de tuer pour calmer ses pulsions.

Toutes ces scènes mises bout à bout vont passer en revue leur vie somme toute banale, dans une société que l’auteur nous montre sans pitié, ayant perdu toute humanité, où on est capable de frapper, de tuer sans raison. Il est par conséquent difficile de retenir son souffle, d’autant plus qu’on s’empêche de respirer devant tant de noirceur, grâce à la minutie apportée à la psychologie des personnages principaux et secondaires.

Si on sait qu’Hervé Le Corre fait partie des meilleurs auteurs de romans noirs français, il confirme ici sa capacité à nous plonger dans une réalité d’une noirceur infinie grâce à sa plume capable de décrire l’horreur et de décrire poétiquement une ville en automne, où derrière les ombres se cachent les monstres. Comme je vous le disais, il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer ce livre fantastiquement noir, sans nuances, et ce n’est pas la fin qui va vous soulager. Malgré cela, le monde doit continuer à tourner …

Les rêves qui nous restent de Boris Quercia

Editeur : Asphalte

Traducteurs : Isabel Siklodi et Gilles Marie

Attention, coup de cœur !

Ayant tourné le dos à son inspecteur récurrent Santiago Quinones (3 romans et 3 coups de cœur pour moi), Boris Quercia rend hommage dans son nouveau romans aux grands thèmes de la science fiction.

Ce jour-là, Natalio doit remplir une mission périlleuse avec son électroquant : débusquer un nid de dissidents. Entré dans la maison, il a vite débusqué une trappe. Quand il a ouvert la trappe, les dissidents ont balancé une bombe magnétique artisanale, létale pour son robot. Natalio a riposté avec une grenade suffocante et bloqué la trappe. Malgré son niveau de classe 5, il sait qu’il ne sera pas inquiété pour ces morts.

Les attentats ravagent la City, le centre de la ville habité par les riches dominants. La médecine permettait d’adapter les médicaments à l’aide de l’analyse des ADN, jusqu’aux événements d’Oslo. Personne n’a compris pourquoi les gens soi-disant soignés sont devenus paranoïaques et ultra-violents. Alors les riches se sont enfermés. Tous les matins, les travailleurs font la queue pour entrer à la city.

Tout le monde souffre de l’amnésie des rêves. Les revendications des dissidents luttent contre ça : « Nous avons droit à de vrais rêves ». Disculpé suite à l’enquête sur la mort des dissidents, Natalio se retrouve tout de même en disponibilité pour quatre jours. Il accepte alors une mission de sécurité pour la société Rêves Différents. Cette société propose aux travailleurs de la vieille ville de rêver pendant deux ans gratuitement.

Pendant ce temps, elle cultive des ADN modifiés pris sur les rêveurs. Ces ADN sont revendus à Recycladen et permettent aux gens des Hautes Sphères de vivre éternellement. Aucune loi n’est arrivée à empêcher Rêves Différents de fonctionner. Accompagné de son nouvel electroquant aux mimiques humaines, Natalio se voir confier sa mission : découvrir qui a usurpé une identité pour aller chez Rêves Différents.

Je sors tout juste du futur, je suis revenu meurtri en mon âme. Boris Quercia nous dépeint une société divisée entre riches et pauvres, qui a succombé au confort de la possession d’androïdes. La situation, bien que relativement compliquée, est expliquée au fur et à mesure et le talent de l’auteur fait le reste : une fois entré dans ce monde futuriste, on ne peut plus en sortir.

Avec une intrigue d’usurpation d’identité pour lier le tout, ce roman est écrit comme un roman noir : style sec, direct, avec des descriptions minimalistes, passant plus de temps à peindre le contexte que le décor. Mais ce qu’il sous-entend fait bigrement froid dans le dos. Car le propos de l’auteur va bien plus loin et nous interpelle sur les chemins que nous sommes en train d’emprunter.

A confier nos vies aux machines, à se complaire de leur laisser faire de plus en plus de choses, à se laisser séduire par le confort que cela apporte et se laisser embringuer dans un espace de jeux inutiles, nous perdons petit à petit pied, nous oublions le goût de l’effort, l’envie de réfléchir, de progresser, d’aider les autres, de vivre en société. Nous laissons même des algorithmes gérer nos opinions et à qui on veut les partager sur les réseaux « sociaux ». Il rappelle ainsi Blade Runner (le film), Philip K. Dick, Brazil (le film) ou même les robots d’Isaac Asimov.

L’auteur se permet des parallèles entre la situation actuelle et l’avenir qu’il a imaginé. Son décor se révèle alors d’une lucidité remarquable et impose une réflexion salvatrice : Les robots seraient ils plus humains que les Hommes ?

Quant à la fin, elle ne peut pas être définitive car l’humanité continue à vivre. Mais elle se révèle ouverte et surprenante comme rarement j’aurais eu l’occasion de la lire. Vous l’avez deviné, ce roman est un coup de cœur, un énorme coup de cœur.

Une affaire italienne de Carlo Lucarelli

Editeur : Métailié

Traducteur : Serge Quadruppani

L’un des maîtres du polar italien revient avec un nouveau personnage fantastique de mystères et de sous-entendus dans une étrange enquête policière. N’hésitez plus, courez acheter ce formidable roman policier !

Lundi 21 décembre 1953. De Luca entre dans une boutique qui ressemble plus à une pâtisserie qu’à un bar, pour y rejoindre un jeune homme, Giannino avec qui il a rendez-vous. De Luca, policier de grande valeur, a résolu nombre d’enquêtes sous le régime fasciste et à ce titre, a été placardisé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, étant considéré comme un collaborateur des fascistes. Giannino, pendant toute l’enquête, l’appellera Ingénieur pour marquer son grand respect.

Le temps tourne à la neige et au froid. Pendant son trajet de Rome à Bologne, il a potassé le dossier, celui du meurtre de Stefania Mantovani épouse Cresca, retrouvée noyée dans la baignoire de la garçonnière de son mari. Son mari, Mario Cresca avait trouvé la mort dans un accident de voiture deux mois plus tôt.

Quand ils entrent dans la mansarde, ils perçoivent une pièce en total désordre. Des traces de sang tapissent le sol dans la pièce principale, les objets ont été balancés comme si l’on avait cherché quelque chose. Giannino lit alors le compte-rendu de l’enquête : le corps a été retrouvé immergé, portant la trace de coups ainsi que de traces sur le cou. Dans la corbeille, De Luca déniche un morceau d’enveloppe déchiré, Avant de partir, il emporte le rouleau de la machine à écrire.

Quelle joie de retrouver Carlo Lucarelli au meilleur de sa forme ! Dès le démarrage du roman, on a droit à une scène où De Luca et Giannino roulent à vive allure sur une petite route, avant d’avoir un grave accident. Puis retour en arrière, au début de l’enquête, dans un chapitre parfait, qu’il s’agisse de la description des personnages, des lieux du meurtre ou même des indices qui vont lancer l’enquête.

Carlo Lucarelli étant passionné d’histoire italienne, il a créé un personnage trouble, qui a œuvré sous le règne des fascistes, et qui doit subir les réactions des gens qu’il rencontre. D’ailleurs, il passera de longues heures dans sa chambre d’hôtel, préférant rester seul plutôt que rencontrer un membre d’une famille qu’il a maltraité. Mais, en grand maître du roman policier, l’auteur ne nous en dira que le strict minimum.

Il abordera cette période trouble tout en douceur, par petits traits, nous montrant une nation voulant chasser les communistes par tous les moyens, pendant que la population s’occupe des anciens fascistes. Et surtout, il introduit une notion géniale pour tout fana de mystères policiers : l’imperfection gérable. Alors, on se laisse mener, tranquillement, transi de froid en cette période de fêtes de fin d’année, et on s’approche du dénouement sans que l’on s’en rende compte ; Alors que tous les indices étaient répandus là, sous nos yeux. A ce niveau, c’est de l’art, du grand art ! Et la traduction est juste parfaite !

Le jour du chien noir de Song Si-woo

Editeur : Matin Calme

Traducteurs : Lee Hyonhee et Isabelle Ribadeau Dumas

Ce roman va être l’occasion de deux découvertes, celle des polars coréens et une toute nouvelle maison d’éditions dédiée à la littérature de ce pays de l’Asie du Sud-est. Ce roman s’avère une excellente surprise, une lecture intelligente et instructive.

Contre toute attente, Jeon Hak-soo devient un assassin. Tout commence avec une bousculade dans un escalier avec son voisin, Ra Sang-pyo. Puis, la voiture de Ra Sang-pyo étant mal garée, Jeon Hak-soo lui envoie un coup de poing. Déséquilibré, la tête de Ra Sang-pyo cogne contre une marche. La suite devient plus confuse et incompréhensible puisque Jeon Hak-soo s’acharne sur l’homme à terre jusqu’à en faire de la bouillie.

Dong-choon promène son chien dans une forêt quand ce dernier s’enfonce dans les fourrés. Il l’appelle mais l’animal ne répond rien, jusqu’à ce qu’il entende un aboiement. Quand il rejoint enfin son animal, ce dernier remue la queue, tout content de montrer à son maître sa trouvaille : un corps enterré.

Effectuant son stage chez son oncle, Park Shim est reconnaissable à cause de ses épais sourcils qui barrent son front. Son oncle Park Gap-yeong le charge d’enquêter sur Jeon Hak-soo dont il doit assurer la défense, et en particulier de déterminer si sa dépression a pu jouer un rôle dans le meurtre.

Lee Pyeong-so, commandant de la brigade criminelle de Suwon est chargé de l’enquête sur le corps que l’on a retrouvé dans la forêt du mont Paldal. Grâce aux empreintes digitales, l’identité du corps ne fait aucun doute : Sol Lisa, jeune étudiante. La perquisition à son domicile ne montre qu’un oiseau mort de faim, enfermé dans sa cage.

Comme je le disais, je crois bien que ce roman est ma première incursion dans le polar coréen. Pour avoir vu quelques films coréens, j’ai commencé ma lecture avec de l’appréhension en regard de la potentielle violence. En fait, ce roman est un vrai polar psychologique qui ne comporte aucune scène sanguinolente puisque l’intrigue va suivre l’enquête en parallèle de Lee le commissaire et Park le stagiaire avocat. Par leur fonction, ces deux personnages vont adopter une démarche et un raisonnement différents. Et en tant que roman policier, l’histoire va surtout avancer à l’aide d’entretiens avec les personnages qui gravitent autour de ces deux affaires criminelles étranges.

D’un côté on a une personne d’apparence totalement normale qui péter un câble et frapper un homme à terre, uniquement parce qu’il l’a bousculé dans l’escalier. De l’autre, le corps d’une jeune femme enterré est retrouvé dans une forêt. Le seul point commun que les enquêteurs vont trouver est de souffrir de dépression, le chien noir du titre, repris par une expression de Winston Churchill quand il décrivait sa maladie.

Comme à chaque fois que l’on lit un roman étranger, il faut s’habituer aux noms afin de s’y retrouver entre les différents personnages. Par exemple, le nom vient avant le prénom. De même certaines façons de réagir sont liées à la culture du pays. Contrairement à certains pays asiatiques, les dialogues et les façons de s’exprimer peuvent paraitre brutales, sans prendre de gants.

Et l’auteur va, au travers de certains entretiens, nous décrire des scènes de la vie quotidienne et nous expliquer ou tenter de trouver une explication au fait que la Corée est le pays où il y a le plus de suicides au monde. Entre manque de considération, pression sociale et obligation de résultat, nous découvrons un pays où les gens sont en constante compétition les uns contre les autres et où l’échec ne peut pas exister. Ces passages, bien introduits, sont très intéressants et pas du tout lénifiants.

L’autre aspect que l’auteure aborde concerne la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur cette maladie, et le désintérêt qu’ils affichent face à des médicaments aux effets secondaires graves pouvant mener les malades à un suicide. Le sujet est très documenté et présenté de façon tout à fait didactique, en appuyant sur des points scandaleux quand, par exemple, des psychiatres donnent ce genre de pilules à des enfants de 12 ans ou quand les laboratoires se gardent d’avertir des dangers d’arrêter le traitement brutalement.

Réellement surprenant et totalement bluffant, ce roman nous invite à un voyage dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture et rend donc le discours passionnant. Si l’enquête est bien faite, et le dénouement bien trouvé, ce sont bien les aspects sur le traitement pharmaceutique de la dépression qui rendent ce livre intelligent et instructif. Je ne peux que vous encourager de plonger dans la vie coréenne au travers de cette enquête policière.

Oldies : La bête de miséricorde de Fredric Brown

Editeur : Moisson rouge (Grand format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Emmanuel Pailler

Nouvelle année, nouveau défi. Après avoir consacré mon année Oldies à Rivages en 2018, à la Série Noire de Gallimard en 2019, c’est au tour des éditions Points pour 2020. C’est aussi l’occasion de fêter les 50 années d’existence de cette collection, et les 40 ans de Points Policier.

L’auteur :

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati en Ohio et mort le 11 mars 1972 à Tucson en Arizona, est un écrivain américain de science-fiction célèbre pour ses nouvelles au parfum humoristique. Il a également publié des romans policiers ou de science-fiction, souvent dans un registre burlesque, comme dans son roman Martiens, Go Home !

Il commence à travailler à l’âge de seize ans, exerçant divers métiers (employé de cirque, plongeur, détective privé, bibliothécaire, correcteur pour des journaux, etc), après avoir perdu sa mère et son père, respectivement un et deux ans plus tôt. En 1926, il tente d’entrer à l’université de Hanover dans l’Indiana, mais il abandonne rapidement.

Brown a été édité toute sa vie dans des pulps, ces magazines populaires et bon marché qui regroupent des histoires policières ou de science-fiction. Il commence sa carrière d’écrivain en 1937, à l’âge de 31 ans, alors qu’il travaille comme correcteur pour le Milwaukee Journal. Sa première fiction, The Moon for a Nickel a été publiée dans la revue Detective Story en mars 1938.

Il écrit par la suite beaucoup de nouvelles, notamment des short-shorts, nouvelles de quelques centaines de mots se concluant par une chute époustouflante, comique ou tragique. Dans les années 1960, il fut publié dans Playboy et d’autres magazines pour hommes, où ses histoires très courtes et souvent drôles avec une chute inattendue faisaient merveille. Il est même considéré comme le maître de la micro-nouvelle (short short-story) et de la nouvelle brève, dont le recueil en français, Fantômes et Farfafouilles (traduit de l’américain par Jean Sendy : Denoël, « Présence du futur » n°65) donne un saisissant aperçu. Il est d’ailleurs principalement connu en France pour ses nouvelles de science fiction, alors qu’il a surtout offert beaucoup à la littérature policière, par ses innombrables nouvelles ou ses romans, où, de son style percutant et épuré, il propose des intrigues à la fois simples et originales, dans un décor reflétant les réflexes, les modes et les angoisses de l’Amérique des années 1960.

L’humour est très présent chez Fredric Brown, au point parfois d’être le point de départ, sinon la raison, de ses textes. L’Univers en folie (What Mad Universe) écrit en 1949 joue avec les clichés du genre, racontant l’histoire d’un éditeur de magazine envoyé dans un monde parallèle et reprenant une vision enfantine des récits publiés dans la revue. Martiens, Go Home! (écrit en 1954) décrit une invasion martienne vue à travers les yeux d’un auteur de science-fiction, par d’insupportables petits hommes verts caricaturaux, sans gêne, malicieux et tourmenteurs d’une humanité qui va peut-être se ressouder contre eux.

L’une de ses nouvelles les plus connues, Arena, a servi pour un épisode de la série Star Trek.

Il meurt en 1972, alors que, alcoolique et atteint d’un emphysème pulmonaire, il avait arrêté d’écrire depuis neuf ans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Est-ce un suicide ? Le mort, Kurt Stiffler, avait de bonnes raisons de vouloir en finir : rescapé d’Auschwitz, il venait de perdre toute sa famille dans un accident de voiture. Mais l’arme qui l’a tué reste introuvable, et l’unique témoin semble en savoir plus qu’il ne veut bien l’avouer. Pour l’inspecteur Frank Ramos, pas de doute : il s’agit d’un meurtre.

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati, Ohio, est un écrivain américain de science fiction et de roman noir, célèbre pour ses nouvelles humoristiques, fantastiques et policières. Il est décédé en 1972. La bête de miséricorde a été publié en 1956 aux Etats-Unis.

Mon avis :

C’est un roman que je m’étais mis de coté, suite à un coup de cœur de Claude Le Nocher. Je ne savais pas de quoi il retournait ; cela s’appelle la confiance aveugle. Datant de 1956, ce roman policier pourrait aussi bien être écrit aujourd’hui, tant il est moderne dans son écriture et dans son analyse psychologique des personnages. Ce roman frise la perfection, menant son intrigue avec une force peu commune, et avec des dialogues parfaits.

John Medley va, un beau matin, faire ses courses. En revenant, il découvre un cadavre dans son jardin et appelle la police. Frank Ramos et Fern « Red » Cahan sont les deux inspecteurs qui vont s’occuper de l’affaire. L’homme a été abattu d’une balle par l’arrière du crâne et aucune arme n’est trouvée dans la jardin. Ils vont fouiller dans le passé de la victime mais aussi dans celui de Medley.

Si on ne lira pas ce roman pour son suspense, car on sait très vite qui a tué, par son attitude réservée et mystérieuse, on le lire indéniablement pour son approche psychologique. Fredric Brown choisit pour cela la forme d’un roman choral, adoptant le point de vue de chaque inspecteur, mais aussi de Medley, du capitaine de police Walter Pettijohn ou de la femme de Frank, Alice Ramos. Il va autant dérouler l’enquête que les vies personnelles des protagonistes, et démontrer sans en rajouter la vie d’une petite ville des Etats Unis.

On se retrouve donc avec un roman qui ressemble beaucoup à une enquête de Colombo, que j’adore, avec l’intervention de chaque personnage. Il est difficile de faire plus simple en étant génial, surtout avec cette fin qui montre la monotonie des vies et ses difficultés. Un petit joyau à ne pas oublier.