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C’est dans la boite de Frederic Ernotte (Avant-propos)

Bingo ! Voilà un premier roman épatant, rempli de qualités et à propos duquel j’ai bien du mal à identifier des défauts. Ce serait un roman à classer du coté des romans policiers, même si on y trouve des aspects bien stressants et un début bien noir. Mais trêve de palabres et entrons dans le vif du sujet.

Tout commence donc avec un personnage de flic, seul, séparé de sa femme, obsédé par son boulot et alcoolique, accroché qu’il est à sa bouteille de vodka. Il patauge dans une enquête sur un tueur en série qui s’amuse à ajouter des piercings sur ses victimes. Aucun indice ne permet d’avancer. Alors Jeff déprime, et s’enferme le soir chez lui, pour naviguer sur Internet.

Il tombe alors sur un site étrange qui ressemble à une boite noire, qui s’appelle la boite noire. Le code d’entrée de ce site confidentiel est son matricule de flic. Poussé par la curiosité, il entre et, sous pseudo, participe à des forums où des collègues flics comme lui partagent leurs affaires. L’addiction au site est immédiate et intense. Si cela ne l’aide pas dans son affaire en cours, il devient un des participants des plus actifs.

Un nouveau tueur fait son apparition, un tueur de flics. Sa première victime, Catherine, une collègue de Jeff, avec qui il aurait pu avoir une aventure. Ce nouveau coup dur dans la vie de Jeff arrive au moment où le site propose une nuit dans un manoir à huit de ses membres, dont le thème sera de partager leurs enquêtes. Jeff est choisi et rejoint un manoir perdu dans les Ardennes belges. Chaque participant devra amener une boite avec cinq indices concernant une affaire sur laquelle ils travaillent. Le jeu peut commencer …

Ce qui m’a immédiatement attiré dans ce roman, c’est le talent qu’a l’auteur de vous accrocher à une intrigue, cette façon de vous impliquer, de vous plonger dans un lieu, une ambiance, un personnage. Et si la biographie succincte de l’auteur dit qu’il est un touche-à-tout, c’est aussi ce qui transparait dans ce roman. Nous allons en effet avoir droit successivement à du roman noir, du roman policier, du huis clos stressant, des périodes intenses comme un thriller, et tout cela fonctionne à fond.

On débute donc avec ce personnage désespéré de flic solitaire et alcoolique. Rien de bien nouveau, sauf que, magie du style, de l’évocation, on court, on s’imprègne de la noirceur, du désespoir de Jeff. Puis vient l’horreur et un attentat à la bombe visant le plus de flics possibles. Le style devient alerte, l’horreur non décrite mais suggérée. C’est très fort ! Et puis, on entre dans ce manoir et l’intrigue se transforme en huis clos à la Agatha Christie.

Chaque flic, à tour de rôle, va donner des indices qui évoquent une affaire qu’ils ont connue, ou qui les a passionné. Et chaque flic va raconter à sa façon son affaire, dans un chapitre dédié. Si l’auteur n’en rajoute pas dans la psychologie des huit flics, leur façon de raconter leur affaire en dit beaucoup plus, de ceux qui prennent du recul à ceux qui sont impliqués, compatissants, passionnés. Toutes ces affaires, qui ressemblent à des nouvelles, auraient pu faire l’objet d’un roman à elles seules tant les détails de lieux, de personnage, et l’inventivité des intrigues sont grandes. Et même quand on aurait pu penser que cela aurait pu être un point faible du roman, l’auteur le transforme en point fort.

Une fois le principe assimilé par le lecteur, le livre nous regorge une belle surprise, une belle péripétie. Il s’avère que le tueur de flics est parmi eux. Comme ils ne se connaissent que par forum interposé, le stress s’empare de nous, qui du gentil au désagréable, qui de l’effacé à l’extraverti, qui de l’excitante à l’ancien peut donc être le coupable. On entre dans une autre dimension, car on se dit (je me dit) que Madame Agatha Christie n’aurait pas renié ce roman. Le compliment est-il trop grand ? Que nenni ! Lisez ce roman, vous allez être bluffé, emporté, passionné. Et que vous soyez amateurs de thrillers, de romans policiers, ou de romans noirs, C’est dans la boite joue avec tous les genres, et le fait redoutablement bien.

Je ne serai pas juste si je ne parlais pas de la fin. Car elle est aussi réussie que le reste du roman, et se permet même de terminer avec de l’humour noir, bien noir, comme je l’aime. Ce livre est une excellente surprise, un livre mutant qui flirte avec tous les genres, une lecture jouissive qui se termine en apothéose. Et quand je pense que c’est un premier roman, je n’ose imaginer le prochain, même si je l’attends avec impatience. D’ailleurs, j’ai bien envie de le relire, juste pour y déceler les indices parsemés ça et là. En tous cas, ne ratez pas ce roman, c’est du pur plaisir garanti.

N’hésitez pas à aller voir ces quelques articles glanés sur la toile :

http://passion-romans.over-blog.com/article-c-est-dans-la-boite-de-frederic-ernotte-noir-c-est-noir-112446574.html

http://www.fannylebez.com/polar/c-est-dans-la-bo%C3%AEte-fr%C3%A9d%C3%A9ric-ernotte/

http://www.concierge-masque.com/2012/12/22/frederic-ernotte-cest-dans-la-boite/

Cauchemar périphérique de Karim Madani (Editions Philippe Rey)

Sélectionné pour la sélection automnale 2010 de Polar SNCF, ce roman fvient de recevoir le Prix Polar en plein coeur de Paris 2011. C’est un roman très intéressant qui nous montre la vie des gangs de l’intérieur.

Nous sommes en 1991 en banlieue sud de Paris. Les frères Berkowitz règnent sur les trafics en tous genres de la drogue à la prostitution en passant par le racket. Leur commerce a connu son age d’or et commence à être en déclin. Ils se trouvent en effet en concurrence avec Tony le Kabyle, le nouveau caïd, et les Arméniens qui blanchissent leur argent grâce à leurs sociétés de pompes funèbres.

Les Berkowitz se reposent sur leur garde rapprochée qui comportent essentiellement trois hommes : Les nettoyeurs Georges le Gitan et Jo l’Antillais et leur chauffeur Samy. Celui-ci a purgé deux ans de prison pour un braquage pour lequel on l’a balancé aux flics. Il rêve de faire quelque chose de sa vie mais a surtout pour but d’aider son frère Ismaël à réussir à l’école. Le soir, Samy rend visite à ses parents qui ne savent rien de ses activités, et retrouve son frère, dont il sait qu’il est amoureux de Linda, une jeune fille qui se prostitue pour Mario, et qui est impliquée dans un chantage auprès d’un député.

De l’autre coté de la ligne blanche, il y a Prado, un vieux flic véreux et corrompu, qui touche des enveloppes des frères Berkowitz pour éponger ses dettes de jeu colossales. Prado va être obligé de s’occuper du chantage du député sous peine d’être sous les feux d’une enquête de la police des polices, dirigée par un homme sans pitié nommé Froissart.

Karim Madani a beaucoup de courage pour avoir réussi un tel pavé, en faisant une description d’un petit microcosme qui remplit les pages de faits divers de nos journaux. Les personnages sont nombreux du grand caïd à celui qui monte, des tueurs professionnels sans sentiment au député amateur de sado-maso, des trafiquants de drogue aux proxénètes. C’est une belle galerie de personnages fort bien dessinés, que l’on suit au travers de leurs déboires.

Car le ton y est noir, gris, sans espoir, sans sentiment, sans avenir, à croire que toute la société tourne autour de ces truands. La morale y est inexistante, bafouée à chaque page tournée, les sentiments abandonnés au coin de la rue, l’humanité enterrée au fond de la cave. C’est une guerre perpétuelle pour la survie, une guerre de tranchée, comme on peut le lire dans les romans américains, sauf que l’ambiance, les décors, les gens, les quartiers, on les rencontre tous les jours.

Roman impressionnant par son volume mais aussi par son style, sachant varier de la description minutieuse aux scènes de violence, de la mise en situation aux dialogues parfaits, c’est un sacré pavé qui s’avale bien vite, parsemé d’expressions du cru pour ajouter à la véracité. Par moments, il y a des longueurs qui m’ont paru inutiles dans le déroulement du livre, et cela aurait pu être un coup de coeur.

Alors avant de vous lancer dans ce roman, qui en est un car c’est une fiction, vous devez savoir que l’on nage dans le pessimisme noir, que l’atmosphère est lourde, qu’il vous faudra oublier toute idée d’humanisme, ou d’espoir. C’est un roman noir brut, cru, dense, violent, impressionnant, dont vous ne sortirez pas indemne, comme un cauchemar, comme un voyage en enfer.

Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki (Moisson Rouge)

Voici un roman dont on va parler, un roman qui va faire du bruit. Car le sujet est brûlant, ça touche ce que l’on appelle dans les médias la petite délinquance. Au passage, je remercie les éditions Moisson Rouge pour la découverte d’un nouvel auteur et pour ce très bon moment de lecture.

Ce roman est basé sur une histoire vraie, mais c’est un roman. Ilyès est un voleur à la ruse (un terme que je ne connaissais pas), probablement le meilleur que l’on ait connu. Il a commencé en 1998, alors qu’il avait 13 ans et a perpétré ses larcins à Saint Denis. Accompagné de deux complices, il volait les sacs à main dans les voitures arrêtées au feu rouge, avant de passer au vol à la tire.

En 2008, Ilyès, que l’on surnomme le Marseillais, sort de la prison de Villepinte. Il vient de purger 18 mois. Son cousin l’attend à la sortie. Il retrouve alors les gens qui peuplent son microcosme et apprend que c’est Hervé qui l’a donné aux flics. Il demande alors à l’ancien de retrouver Hervé. Un peu plus tard, dans une cave, les Serbes amènent Hervé et Ilyès le descend de cinq balles.

Ilyès vient de franchir une nouvelle étape dans la spirale infernale de la délinquance. Pourtant, il a toujours refusé le vol avec violence. Quand il était mineur, il ne risquait rien avec le vol à la tire. Puis il a rencontré Many qui officie à Paris. Il apprend d’autres méthodes comme le vol de carte bleue mais Many utilise la torture pour obtenir la carte et son code. Ilyès finit par faire bande à part en s’arrangeant à noter les codes confidentiels et à voler les cartes sans violence. Il amasse l’argent et en profite, devenant un habitué des sorties nocturnes parisiennes. C’est là qu’il rencontre Hervé, qu’il considère comme son pote.

Ce roman aurait pu être un vrai casse gueule, un hymne à la petite délinquance, avec le risque de faire de Ilyès un héros. C’est un sujet très sensible, traité à la façon d’un équilibriste sur un fil distendu. Ce roman aurait pu être un total échec, un roman apportant un scandale de plus. Et finalement, c’est une totale réussite. Et le meilleur moyen de vous faire lire ce livre, c’est de vous conseiller d’aller dans une librairie, d’ouvrir ce livre, de lire la préface écrite par Oxmo Puccino (que je ne connais pas) qui parle de Rachid Santaki et de sa volonté d’aider et d’occuper les jeunes, de lire aussi l’Avant propos écrit par Rachid Santaki lui-même qui parle du contexte et de son choix d’auteur. Après cela, vous achèterez le livre.

J’ai suivi le parcours de Ilyès, avec la peur au ventre. Avec la quatrième de couverture, j’étais inquiet du sujet, et surtout de son traitement. Il aurait été facile et dangereux de faire un mode d’emploi du parfait petit voleur, de donner vie à un personnage auquel on se serait identifié. Grâce aux choix littéraires et au style de Rachid Santaki, les pièges ont été évités et le roman en devient passionnant, par le fait qu’il ne prend pas position, qu’il ne juge personne, qu’il ne justifie pas les actes mais se contente de placer quelques traits qui sonnent justes.

Les passages écrits à la première personne sont tout bonnement impressionnants, on a l’impression d’avoir Ilyès en face de nous, en train de nous conter son parcours, nous expliquant qu’il est conscient que ce qu’il fait est mal, mais que d’un autre coté, cela permet à ses parents de retourner au bled chaque été. Toujours, Ilyès oscille sur cette balance avec une lucidité et est prêt à assumer ses actes. Tout est une question de risques. Et dire qu’il a commencé comme ça pour passer le temps, presque s’amuser.

Le roman regorge de personnages, tellement vrais, esquissés par de simples phrases, dont les frères, cousins, parents, flics pourris (ce sont les passages que j’ai le moins aimé). Tous parlent leur langage, entre le verlan et l’arabe, et cela aide à nous plonger dans ce monde, si proche de nous mais si lointain aussi. On y sent le décalage entre les parents qui travaillent et ces jeunes attirés par tant de facilité, par l’accès au luxe qu’ils n’auraient aucune chance de connaître autrement. Je ne cautionne en aucun cas ni ces actes, ni ces choix de vie, mais j’ai eu l’impression de comprendre un peu mieux, même si Ilyès n’est probablement qu’un cas. Pour finir, je citerai le dernier paragraphe de Oxmo :

Malgré tout ce que l’on peut voir et entendre des grands médias, j’ai la chance de rencontrer des personnes animées par un vrai désir politique et d’autres sont sur le terrain, porteurs d’espoir. Donc, je deviens optimiste et … oui, je suis convaincu que tout ira mieux lorsque tous donneront à bon escient ce qu’ils ont de plus cher : un peu de leur temps.

Ce livre est à lire, pour mieux comprendre, pour mieux aider, pour être plus tolérant, pour être positif, pour être moteur. D’aucun verront dans ce livre des exemples, des situations dont ils se doutent ou qu’ils imaginent au travers du miroir déformé des medias. On va en parler de ce livre, parce qu’il parle vrai, parce que le ton est réaliste et qu’il vaut mieux le lire que se boucher les yeux.

Moi comme les chiens de Sophie Di Ricci (Moisson Rouge)

Attention coup de coeur ! J’avais besoin d’un roman noir, allez savoir pourquoi ? Après avoir lu quelques best sellers très formatés mais néanmoins intéressants, le premier roman de Sophie Di Ricci me tendait les bras … les pages. En voici le début :

Willy est un jeune homme qui vit chez ses parents. Il déteste ce prénom et préfère se faire appeler Alan. Le jour où son père lui propose d’aller vivre dans un mobile home près de la dune de Pilat, il s’enfuit de chez lui pour débarquer dans la grande ville. C’est un garçon très beau, sur qui tout le monde se retourne, passionné de musique et dont le rêve est d’aller au Canada. Ne trouvant pas de boulot, il s’arrange pour trouver de bons samaritains qui, contre quelques faveurs, vont lui payer une chambre d’hôtel ou à manger ou quelques disques.

Alan va se rendre compte qu’il peut gagner plus d’argent en se prostituant, ce qui lui permettrait de se payer des habits, de la drogue, des disques, et de mettre de l’argent de coté pour son billet pour le Canada. Sa rencontre avec deux prostitués drogués, Mickey et Bouboule, va l’initier au monde de la nuit. Alors qu’il peut se permettre d’être arrogant avec les clients grâce à son coté androgyne, eux prennent tous les clients qui s’arrêtent devant leur abribus.

Hibou est un homme d’une quarantaine d’années mystérieux. Tout le monde dit le connaître mais en fait, ce sont plus des bruits véhiculés par la rumeur. On dit de lui que c’est un ancien bandit sorti de prison, riche et violent. Tous les soirs, il vient regarder les prostitués sous l’abribus du boulevard dans sa vieille 306. Il hait les homosexuels, et pense sans cesse à les tuer avec le revolver dont il ne se sépare jamais. Il passe ses journées à traîner dans les bars, à observer les gens et entretenir sa haine.

Un soir, un de ses fidèles clients ne se satisfait pas de ses séances de masturbation. Il demande plus, et devant le refus d’Alan, le tabasse. C’est alors que Hibou le sauve, alors qu’initialement il voulait le frapper à mort. Hibou emmène Alan chez lui, pour le soigner de ses plaies, En remerciement, Alan le suce, puis ils finissent par faire l’amour. Hibou voudrait se débarrasser d’Alan mais il revient sans cesse et Alan s’imagine qu’Hibou est amoureux de lui.

La moindre des choses que je puisse dire, c’est que j’ai été bluffé par cette auteure. Car j’ai déjà lu pas mal de romans sur le monde des prostitués (masculins ou féminins), mais celui-ci est vraiment particulier par le fait que Sophie Di Ricci a décidé de s’attacher aux personnages. Car, après une cinquantaine de pages décrivant le quotidien de ces pauvres hères drogués, on passe à une analyse psychologique fouillée minutieusement par ce style neutre mais extrèmement détaillé et imagé.

D’un coté, on a Alan, un jeune homme dont la malédiction est d’être beau et d’avoir des rêves. Sa beauté lui permet une certaine arrogance et une immaturité, car rien ne peut lui arriver. Mais il est aussi à la recherche des autres, de leur contact, d’une affection qui se situe entre l’amour et l’amitié. Et puis, il y a cette absence de père, sa famille qu’il a laissé derrière lui mais dont il a besoin inconsciemment. Sans illusion sur ce monde et cette société, il vit sa vie avec un but, un objectif, qui est de partir, de s’enfuir ailleurs, car il n’a plus d’illusion.

De l’autre coté, il y a Hibou. C’est tout le contraire de Alan. Il ne cherche pas de contact ou d’amitié, car il ne veut pas ou ne peut pas s’attacher, se faire des amis. Il vit comme un blaireau (je précise : l’animal), sauvegardant le mystère de sa vie privée. Mais on n’échappe pas à son destin, et son malheur va être de tomber amoureux de Alan, bien qu’il fasse tout pour le rejeter. Il vit dans une relation Amour / Haine sans être maître de son destin. Mais peut on encore aimer dans ce monde inhumain ?

Mais dans ce milieu interlope ultra violent, rien ne se passe comme il faudrait. Car, nous avons droit ici à un roman noir, un vrai de vrai. Sophie Di Ricci nous refait le coup de Roméo et Juliette version année 2010. Et elle garde toute la distance, toute la pudeur qui font mal dans les scènes fortes de ce livre, avec un style très agréable à lire, tout en descriptions neutres, presque cliniques. Et puis, elle nous brosse là des portraits de personnages haut en couleurs, même si le ton est noir, avec beaucoup de dialogues très bien faits.

Ce livre m’a envoûté, m’a remué, m’a emporté, m’a ému, m’a secoué. Vous vous doutez que le sujet m’impose de vous avertir que certaines scènes sont explicites et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Mais Sophie Di Ricci fait preuve d’une maîtrise impressionnante tout au long de son histoire. Je viens de découvrir un nouvel auteur, son livre est grand, son livre est fort, son livre est à lire, et il mérite un grand coup de cœur.

L’information du mardi : Un nouveau personnage à l’Aube

Les éditions de l’Aube sortent en ce mois de septembre une nouvelle série, avec un personnage récurrent féminin. Il y a plusieurs raisons pour s’intéresser à cette série. Tout d’abord, le personnage principal est un personnage féminin. Ensuite, c’est un roman policier allemand. Enfin, les 4èmes de couvertures sont bigrement alléchantes. Jugez en par vous-même :

L’été des meurtriers de Oliver Bottini

Eté des meurtriers

Publié dans une dizaine de pays. 3e prix du Polar allemand 2007 (90 000 exemplaires vendus)

Présentation du livre :

Kirchzarten, un paisible village au milieu des forêts, une quiétude que rien jamais ne vient troubler… jusqu’au jour où une grange prend feu. Cet incendie on ne peut plus banal dégénère soudain en une catastrophe d’une ampleur insoupçonnée : le sous-sol de la grange recelait une importante cache d’armes de guerre. Quand Louise Boni, commissaire de police à Fribourg, commence l’enquête, elle n’imagine pas où elle met les pieds. Terrorisme venu de l’ex-Yougoslavie ? Terroristes pakistanais ? L’enquête piétine quand un homme fait irruption dans son appartement et prétend être membre des services secrets. Il exige qu’elle oublie la piste pakistanaise et rentre gentiment à Fribourg… Un rythme à perdre haleine et une enquête digne des plus grands !

Presse : «Bottini s’exprime à travers des images recherchées, dans un langage clair et exempt de toute banalité, de tous clichés. Il signe une synthèse du roman littéraire et policier. » Mechtild Blum, Badische Zeitung

Meurtre sous le signe du zen de Oliver Bottini Meurtre sous le signe du zen

Publié dans une dizaine de pays.

Présentation du livre :

Louise Boni, détective à la section d’intervention de la criminelle de Fribourg, 42 ans, divorcée, vit un samedi comme tous les autres : elle travaille. Il neige et elle déteste la neige, qui lui rappelle le jour où un accident a tué son frère, le jour où son mari l’a quittée et le jour où elle a tué un homme. Elle est donc plongée dans la contemplation des flocons qui ravivent chez elle de mauvais souvenirs quand elle reçoit l’appel le plus étonnant de sa carrière : son supérieur l’envoie à la recherche d’un moine bouddhiste errant dans les rues de Breisgau, vêtu d’une simple toge et de sandales.

Presse : « Il y a longtemps que personne n’avait écrit ainsi, avec une telle force, une telle puissance dans les images. » Die Zeit

Présentation de l’auteur :

Oliver Bottini est né à Nuremberg en 1965. Il grandit à Munich, où il étudiera la littérature moderne et l’italien. Installé à Berlin, il décide de se lancer dans l’écriture d’une série policière mettant en scène un personnage féminin, Louise Boni

Matriochka de Claude Iconomou (Points de vue)

Lors de mes vacances d’été, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur et de discuter une petite demi heure avec lui. Je lui avais promis de lire son livre et de le chroniquer ici même, donc voici Matriochka, livre auto édité très sympathique qui sent bon le témoignage vrai d’une région gangrenée par les affaires.

Saintes-Mers est une petite ville du sud-est de la France. Avec ses petites entreprises et ses agriculteurs, la vie y était paisible. Puis, dans les années 90, les entreprises disparaissant, le chômage augmente, et le prix du m² explose. Cela a modifié la vie de cette petite ville dont les élus ont vite compris qu’ils avaient intérêt à rendre les terrains habitables, ce qui permettrait aussi aux agriculteurs de vendre leurs terrains plus cher.

En 1991, la guerre fait rage pour récupérer la moindre parcelle de terrain. Les Linelli, un couple sans histoire, subissent des pressions pour vendre à bas prix leur maison. L’argument est que l’acte notarié fait lors de leur héritage a été mal fait et qu’ils ne sont en réalité pas propriétaires de leur bien. La police ne les aidant pas, ils vendent à des gens qu’ils ne connaissent pas, qui meurent le jour même dans un accident de voiture provoqué par un mystérieux tueur motard masqué.

Deux ans plus tard, Dans la cité nord de Saintes-Mers, deux dealers, Samir Smalah et Eric Dumas, sont tués d’une balle dans la tête. Leur chef, André Lo Bianco dit le gitan, est aussi assassiné de la même façon à Nice. Peu de temps après, c’est le conseiller municipal en charge de l’urbanisme, le docteur Lejay, qui est tué. Cette accumulation de morts dans cette petite ville paisible pousse les politiques à demander à la Police Judiciaire d’enquêter pour trouver les coupables.

Les inspecteurs Revelli et Bonnaud sont donc dépêchés sur place, sous la gouverne du juge d’instruction Baltard. Mais pour autant les meurtres ne s’arrêtent pas. C’est au tour de la femme d’un homme a priori tranquille, Mme Torrez puis à un policier d’être assassinés. Et nous allons suivre cette enquête au travers des inspecteurs mais aussi d’un conseiller municipal et d’un journaliste.

Ce roman sent bon le Var, avec tout le vécu de l’auteur. On a plus l’impression de lire une enquête qu’un roman, et c’est probablement ce qu’il ne faut pas faire. Il faut se dire que ce n’est qu’une fiction. L’auteur a bâti une intrigue complexe à plusieurs personnages, et le tout, même si tout n’est pas parfait, est très intéressant. On est baladé entre mafia, police, politique, journalistes et simples citoyens. Avec une intrigue pour le moins mystérieuse, avec des dialogues très bien faits, le roman se suit et se lit bien.

Malgré tous ces aspects qui rendent ce roman plaisant et sympathique, le style de l’auteur oblige à quelques réserves. Le fait de dérouler l’intrigue de façon chronologique n’est pas gênant en soi, mais mélanger plusieurs personnages dans un même chapitre sans parfois être totalement explicite m’a obligé à chercher de qui on parlait. Il aurait mieux valu dédier un chapitre par personnage, ajouter plus de détails sur la vie privée de chacun pour qu’on arrive à mieux les identifier, à mieux les suivre, et ne pas faire un chapitre par jour, mais un chapitre par personnage par mois.

De plus, les cinquante premières pages sont difficiles à suivre, et c’est quand la PJ entre en jeu et qu’on a affaire à une vraie enquête qu’on commence à s’attacher à l’histoire, et à comprendre la complexité de l’histoire. Il y a un décalage de style entre le début, très direct, presque télégraphique, et la deuxième moitié du livre plus détaillée, plus diserte. Et cette deuxième partie m’a plus intéressé, on est pris dans un tourbillon de pistes, on cherche à dénouer les nœuds, et l’auteur nous maintient bien dans le brouillard.

Avec un sujet ambitieux, cette chronique d’une petite ville du Var m’a permis de rester un peu plus en vancances. Au global, j’ai trouvé ce livre plutot bon, attachant et intéressant malgré ses petits défauts. Si vous saviez ce qui se passe dans le Var …

Vous pouvez faire l’acquisition de ce roman auprès de l’auteur ici ou en contactant directement l’auteur par mail à klean.oiko@aliceadsl.fr. Cela coûte 12 euros et c’est un bon rapport qualité / prix.

Echo de Ingrid Desjours (Pocket)

Je n’avais pas entendu parler de Ingrid Desjours jusqu’à ce que sorte Potens, son deuxième roman. A partir de ce moment là, mes amis n’ont pas arrêté de me vanter les mérites de ce jeune auteur qui avait commencé par Echo. Il est sorti aux éditions Pocket et c’est un thriller très sympathique, un premier roman très réussi.

Les deux nouvelles stars du PAF sont retrouvées assassinées chez elles, un gigantesque appartement luxueux de Paris. Lukas et Klaus Vaillant sont deux jumeaux qui en cinq ans sont devenus des incontournables du petit écran grâce à une émission où ils interviewent des invités, le principe étant de littéralement démolir ceux-ci par des insultes et blagues de mauvais goût, quitte à ressortir en public des faits plus ou moins avouables de leur vie privée. Ceux qui s’en sortent bien sont assurés d’un succès immédiat, les autres pouvant passer à l’abandon de leurs fans.

Les deux présentateurs jumeaux ont été retrouvés massacrés, assis à leur table, empoisonnés à la strychnine, nus, et leur visage tailladé comme le Joker de Batman. Ils sont positionnés face à face comme s’ils se regardaient dans un miroir, ayant en face d’eux leur propre image, celle de leur frère. A cause de leur émission, le nombre de leurs ennemis est aussi élevé que le nombre des invités de leur émission. Il s’avère qu’en plus d’être des personnages détestables en public, ils l’étaient aussi en privé avec une tendance perverse très prononcée.

Le commandant Patrik Vivier est chargé de l’enquête. C’est un cinquantenaire débonnaire qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Son age et son expérience font qu’il est la bonne personne pour mener cette enquête, où il va avoir affaire aux gens su show business. Débarque alors sur la scène du crime une psychologue experte en profilage criminel, Garance Hermosa. Elle a été appelée en renfort pour faire le profilage de l’assassin. C’est une jeune femme frivole et légère, mais malgré tout très compétente et impliquée. C’est une battante qui gère sa vie privée comme sa vie professionnelle : beaucoup de charme, besoin d’être aimée, mais sans attaches, la liberté avant tout. C’est donc un « couple » un peu particulier qui va enquêter sur ces frères jumeaux adeptes de sado masochisme et autres perversités.

Avant tout, je tiens à dire que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Et cela est du essentiellement à l’auteur, qui a elle aussi pris énormément de plaisir à l’écrire. Et cela se sent tout au long du livre. Il y a une sorte d’euphorie, de légèreté, de fluidité, d’optimisme dans le style qui se sent.

Ingrid Desjours a d’énormes qualités pour mener une intrigue, certes, mais surtout pour bâtir des personnages et pour les faire vivre devant nos yeux. Elle nous montre Patrik et Garance dans leur vie de tous les jours, avec chacun leurs petites failles, dont ils se satisfont. Le personnage de Garance est surtout très fouillé, avec ses qualités, ses défauts, ses contradictions, ses erreurs, sa sympathie.

Alors, bon, ce n’est pas un livre parfait. Je l’ai trouvé parfois trop bavard, parfois trop démonstratif, parfois trop facile dans les explications pas toujours utiles de la psychologie des personnages. Mais, si on se rappelle que Ingrid Desjours est née en 1976 et que c’est son premier roman, moi je dis : Chapeau ! Ce livre m’a fait sourire, m’a passionné, m’a étonné, m’a pris quelques heures de sommeil. J’ai le deuxième tome dans ma bibliothèque, il s’appelle Potens et je vais bientôt le lire … en espérant qu’il confirme tout le bien que j’espère à cet auteure.

Salt River de James Sallis (Gallimard)

Voici le dernier tome en date des enquêtes de Turner. Après Bois mort, puis Cripple Creek, voici Salt River, tout petit roman de James Sallis par le nombre de pages mais grand par le talent.

Deux ans après la disparition de Val, John Turner continue d’appliquer ses dernières paroles : ‘Parfois, on n’a plus qu’à essayer de voir ce qu’on peut encore faire comme musique avec ce qu’il nous reste.’ Shérif adjoint de la petite ville où il s’est réfugié pour fuir ses démons, il essaie d’avancer. Mais on ne fuit pas son passé ni la fureur du monde environnant.

Le fils du shérif réapparaît après des années d’absence au volant d’une voiture volée qu’il encastre dans la mairie. Plus tard, c’est Eldon Brown, le vieil ami guitariste de Turner, qui refait surface et l’attend sur le perron de sa cabane. Venu pour trouver de l’aide, Eldon lui confie qu’on le recherche pour un meurtre qu’il pourrait avoir commis. Il ne sait plus trop bien, sa mémoire flanche…

Pour finir, Turner découvre le cadavre d’une vieille femme dans une maison abandonnée aux environs de la ville. Trois histoires entremêlées que Turner tente d’élucider au sein de sa nouvelle communauté, au fin fond du Tennessee, là où le temps semble s’être arrêté…

Pour une fois, le résumé est issu de la quatrième de couverture car il est très bien fait. C’est donc à un roman ultra court que nous avons entre les mains. J’avais fait la connaissance de James Sallis (en tant que lecteur) avec cette (désormais) trilogie. Et c’était grâce à une revue qui s’appelait Shanghai Express. C’était une revue consacrée au polar et il y avait dans un numéro une interview de James Sallis.

James Sallis y annonçait un changement de style, cherchant à atteindre la simplicité, la pureté de l’écriture. Son but : arriver à décrire une situation d’un mot. Voilà ce à quoi vous devez vous attendre. Pas de descriptions, beaucoup de retours en arrière car Turner est un homme hanté par son passé, et des phrases écrites au cordeau, coupées au scalpel, jusqu’à n’en laisser que la trame la plus simple, mais toujours avec les mots justes, tantôt poétiques, tantôt violents.

Alors, ça va en dérouter plus d’un. Ça va en décourager plusieurs. Mais ne croyez pas que ces 145 pages pour ces 15 euros sont un vol. Car ce livre ne se lit pas vite, il se déguste comme un bon verre de vin. Les personnages sont vivants, les dialogues réduits comme peau de chagrin (Turner n’est pas bavard), mais l’ensemble est un formidable plaisir pour les mots, les phrases, les images, la simplicité de la langue. D’ailleurs, il faut rendre hommage à la traductrice, Isabelle Maillet, qui a su traduire ce que l’auteur a voulu écrire.

Alors, d’où vient cette sensation désagréable, à la fin du livre ? Dans les précédents, on avait l’impression que Turner se défendait quand il était attaqué directement, lui ou ses proches. Dans celui là, l’intrigue se résume à plusieurs enquêtes emberlificotées ce qui donne parfois une impression de brouillon. Du coup, au lieu d’être 100% positif, j’en ressors avec une impression de déception. Et vous ?

Aime moi Casanova de Antoine Chainas (Folio Policier)

Dans la série des invités de Black Novel, voici Benjamin. C’est un petit jeune qui a  été apprenti avant de travailler avec moi. Ce n’est pas un gros lecteur, mais je lui ai prêté quelques livres pour « l’initier » au roman noir. Il avait adoré Versus, alors je lui ai passé Aime moi Casanova à la condition qu’il me fasse un article, et voici donc sa prose :

« Vous avez 2 jours pour me trouver le fin mot de l’histoire! » 2 jours pour retrouver un coéquipier évanoui dans la nature, dont il ne sait pratiquement rien et avec cette satanée libido à rassasier… La partie s’annonce serrée!

Surtout reprendre les choses dans l’ordre…Sur quoi enquêtait-il déjà, Giovanni ?… Ah oui, « la macchabée zoophile du XXème »… Quand l’avait-on vu pour la dernière fois ?…Hum, vendredi dernier sur le parking du bercail… Il discutait avec ce tordu de Gus… Mais qu’est ce qu’il pouvait bien lui vouloir à celui là?

Voilà donc Casanova, inspecteur de police à ses heures perdues et grand séducteur devant l’éternel, lancé malgré lui à la recherche du K d’or du commissariat. Mais sa quête de vérité le conduira bien au-delà de l’enquête officielle, à la rencontre de sa vraie nature, sur le sentier de sa guérison…

Bienvenue en « CHAINASSIE », une province où sévissent violence, sexe, faux-semblants, personnages atypiques et j’en passe. Tous les ingrédients du monde que nous connaissons, mais sous un jour que nous ignorons, ou tentons d’ignorer. Bien sûr, comme toute contrée hostile, ce pays des cauchemars n’est pas à visiter par tout le monde…

On voit déjà apparaître dans ce premier opus des thèmes récurrents dans l’œuvre de CHAINAS, telle la quête personnelle du héros, de l’antihéros pardon, tiraillé entre son devoir et ses démons intérieurs. Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec une galerie de tarés hauts en couleurs, torturés et tortionnaires.

J’aime particulièrement l’atmosphère du bouquin, bien que certaines situations me semblent exagérées, ainsi que les différentes réflexions, distillées par CHAINAS tout au long du texte, sur notre rapport à la douleur, à l’amour, sur nos obsessions ou sur le jeu des apparences et les vérités innommables qui se cachent derrière le masque de la couverture.

La fin du livre, quant à elle, m’a un peu déçue, trop brutale et pas forcement maîtrisée, à moins que ce ne soit pas celle que j’attendais.

Enfin, j’ai dévoré l’ensemble avec plaisir et je recommande ce livre aux personnes pas trop sensibles qui recherchent une vision hors normes de notre société. Bonne lecture et souvenez vous : « Toute ressemblance avec des personnages ou des faits réels est fortuite et ne saurait engager la responsabilité de l’auteur »

Pour conclure ce très bon article (ce n’est que mon avis), c’est un livre que j’ai lu il y a fort longtemps et qui, malgré ses (quelques) défauts, m’a plongé dans la noire vision de Chainas. Depuis, je ne rate plus aucun de ses livres. Je dirais juste que ce livre est pour moi une pierre fondatrice de son œuvre, et que si vous vous lancez dans un livre de Chainas, ne le prenez surtout pas au premier degré.

Le fils des brulés de Laurent Brard (Plon)

Alors, voilà donc le deuxième volume de la série Nuit Blanche de Plon. Celui là, je le guettais pour le sujet qui me plaisait bien. Et puis c’est l’occasion de découvrir un nouvel auteur français.

Oscar Bellem n’a pas eu une enfance facile. Mais il s’est acharné à travailler pour nourrir sa sœur, et lui permettre de faire des études. Et, par miracle, il est reçu au concours de l’administration pour entrer dans la police. Comme tous les jeunes, il a un rêve : celui de devenir scénariste pour le cinéma. C’est ce rêve qui va le perdre.

Un week-end, alors qu’il est de permanence au commissariat de Talernes, une jeune fille de 14 ans disparait. Ses parents ne croient pas à la fugue, mais lui les éconduit poliment pour avancer sur son scénario. Le lendemain, la petite Cecilia est retrouvée éventrée, avec une croix gravée sur le front. C’est la fin de Bellem. Il est montré du doigt par tout le monde, de sa hiérarchie aux média. Alors, on le met dans un placard. Un placard qui va durer douze ans. Le coupable ne sera jamais découvert.

Douze ans après, il obtient sa mutation à Sarole, une petite bourgade située à 100 km de Talernes. Il envisage de donner sa démission, pour se rapprocher de sa sœur et pour monter un camp de vacances pour pêcheurs, avec des pédalos, des jeux. C’est alors qu’il reçoit un mail au commissariat citant des anecdotes privées, lui parlant à demi-mot du dramatique assassinat de Cecilia et lui demandant : « Que feriez vous si l’histoire recommençait ? »

Ce que Bellem a toujours essayé de nier, ce qu’il a toujours essayé d’oublier, lui revient directement dans la figure. Alors que la police croit à un canular, Bellem se demande ce que tout cela veut dire. Une allusion du mail dit que tout a commencé ici, à Sarole. Bellem apprend alors qu’une famille a été massacrée à la même date que la mort de Cecilia. C’est ce que tout le monde appelle l’affaire du Fils des brûlés. Bellem se doit de comprendre.

Ce résumé rend bien peu hommage à la façon dont Laurent Brard a mené son intrigue. J’en ai fait un résumé chronologique, alors qu’en réalité, au milieu de l’histoire de Bellem viennent s’insérer des chapitres concernant Antoine, le fils des brûlés. Le procédé est classique, mais permet d’une part d’ajouter au mystère de l’ensemble, et d’autre part de manipuler le lecteur sur de nombreuses pistes, forcément fausses.

Je m’attendais à un bouquin avec un superbe personnage de flic en plein naufrage. C’est vrai et faux à la fois. Certes, il est marqué par le meurtre inexpliqué de Cecilia dont il se sent coupable, mais il a avant tout pour objectif de quitter cette vie de flic où il se sent inutile. Douze ans passés dans un placard, c’est long !

L’autre aspect de ce personnage est qu’il est incompétent. Il n’a pas eu l’occasion de faire ses preuves en tant que policier qu’on le mettait déjà au placard. Le résultat est qu’il n’a aucune idée sur la méthodologie à employer pour mener son enquête, qu’il ne sait pas comment agir avec les gens, qu’il ne sait pas quelles questions poser. C’est un paumé sympathique, qu’on aime bien, qu’on imagine bien en grand dadais, et on sent bien l’amour de l’auteur pour son personnage.Mais il n’y a pas que le personnage qui est intéressant dans ce roman.

Il y a cette ambiance village ou petite ville. Sarole, un endroit où il ne se passe jamais rien, un endroit où les gens savent tout sur tout, un endroit où les gens ne disent rien sur rien. Remarquablement traité car non seriné à toutes les pages, Laurent Brard arrive à nous faire ressentir cette ambiance de surveillance perpétuelle. On a l’impression que les gens sont cachés derrière leurs rideaux à épier ce qui se passe dans la rue, pour mieux répéter au bar du coin ce qu’ils ont vu. D’ailleurs, je me demande si Sarole existe ou si il l’a inventé de toutes pièces.

Alors, bien sur, ce livre n’est pas un chef d’œuvre. Il y a parfois des redites et à mon goût trop peu de dialogues Mais il y a une vraie qualité pour la description des ambiances et des gens ruraux, de ces habitudes que j’appellerais ancestrales d’avoir de bonnes relations envers ses voisins tout en essayant de savoir un maximum de choses sur eux, de cette curiosité qui peut s’avérer malsaine. De quoi aiguiser ma curiosité pour le prochain livre de Laurent Brard.