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Le fils des brulés de Laurent Brard (Plon)

Alors, voilà donc le deuxième volume de la série Nuit Blanche de Plon. Celui là, je le guettais pour le sujet qui me plaisait bien. Et puis c’est l’occasion de découvrir un nouvel auteur français.

Oscar Bellem n’a pas eu une enfance facile. Mais il s’est acharné à travailler pour nourrir sa sœur, et lui permettre de faire des études. Et, par miracle, il est reçu au concours de l’administration pour entrer dans la police. Comme tous les jeunes, il a un rêve : celui de devenir scénariste pour le cinéma. C’est ce rêve qui va le perdre.

Un week-end, alors qu’il est de permanence au commissariat de Talernes, une jeune fille de 14 ans disparait. Ses parents ne croient pas à la fugue, mais lui les éconduit poliment pour avancer sur son scénario. Le lendemain, la petite Cecilia est retrouvée éventrée, avec une croix gravée sur le front. C’est la fin de Bellem. Il est montré du doigt par tout le monde, de sa hiérarchie aux média. Alors, on le met dans un placard. Un placard qui va durer douze ans. Le coupable ne sera jamais découvert.

Douze ans après, il obtient sa mutation à Sarole, une petite bourgade située à 100 km de Talernes. Il envisage de donner sa démission, pour se rapprocher de sa sœur et pour monter un camp de vacances pour pêcheurs, avec des pédalos, des jeux. C’est alors qu’il reçoit un mail au commissariat citant des anecdotes privées, lui parlant à demi-mot du dramatique assassinat de Cecilia et lui demandant : « Que feriez vous si l’histoire recommençait ? »

Ce que Bellem a toujours essayé de nier, ce qu’il a toujours essayé d’oublier, lui revient directement dans la figure. Alors que la police croit à un canular, Bellem se demande ce que tout cela veut dire. Une allusion du mail dit que tout a commencé ici, à Sarole. Bellem apprend alors qu’une famille a été massacrée à la même date que la mort de Cecilia. C’est ce que tout le monde appelle l’affaire du Fils des brûlés. Bellem se doit de comprendre.

Ce résumé rend bien peu hommage à la façon dont Laurent Brard a mené son intrigue. J’en ai fait un résumé chronologique, alors qu’en réalité, au milieu de l’histoire de Bellem viennent s’insérer des chapitres concernant Antoine, le fils des brûlés. Le procédé est classique, mais permet d’une part d’ajouter au mystère de l’ensemble, et d’autre part de manipuler le lecteur sur de nombreuses pistes, forcément fausses.

Je m’attendais à un bouquin avec un superbe personnage de flic en plein naufrage. C’est vrai et faux à la fois. Certes, il est marqué par le meurtre inexpliqué de Cecilia dont il se sent coupable, mais il a avant tout pour objectif de quitter cette vie de flic où il se sent inutile. Douze ans passés dans un placard, c’est long !

L’autre aspect de ce personnage est qu’il est incompétent. Il n’a pas eu l’occasion de faire ses preuves en tant que policier qu’on le mettait déjà au placard. Le résultat est qu’il n’a aucune idée sur la méthodologie à employer pour mener son enquête, qu’il ne sait pas comment agir avec les gens, qu’il ne sait pas quelles questions poser. C’est un paumé sympathique, qu’on aime bien, qu’on imagine bien en grand dadais, et on sent bien l’amour de l’auteur pour son personnage.Mais il n’y a pas que le personnage qui est intéressant dans ce roman.

Il y a cette ambiance village ou petite ville. Sarole, un endroit où il ne se passe jamais rien, un endroit où les gens savent tout sur tout, un endroit où les gens ne disent rien sur rien. Remarquablement traité car non seriné à toutes les pages, Laurent Brard arrive à nous faire ressentir cette ambiance de surveillance perpétuelle. On a l’impression que les gens sont cachés derrière leurs rideaux à épier ce qui se passe dans la rue, pour mieux répéter au bar du coin ce qu’ils ont vu. D’ailleurs, je me demande si Sarole existe ou si il l’a inventé de toutes pièces.

Alors, bien sur, ce livre n’est pas un chef d’œuvre. Il y a parfois des redites et à mon goût trop peu de dialogues Mais il y a une vraie qualité pour la description des ambiances et des gens ruraux, de ces habitudes que j’appellerais ancestrales d’avoir de bonnes relations envers ses voisins tout en essayant de savoir un maximum de choses sur eux, de cette curiosité qui peut s’avérer malsaine. De quoi aiguiser ma curiosité pour le prochain livre de Laurent Brard.

La vie est un sale boulot de Janis Otsiemi (Editions Jigal)

L’occasion fait le larron. Une grande chaîne de distribution (commençant par FN et finissant par AC) a décidé de faire une thématique polar africain. J’ai trouvé cela original, et je me suis rappelé que j’avais un livre caché au fond d’une de mes bibliothèques. D’où ce très bon roman noir (sans jeu de mot) de Janis Otsiemi. Ceci fait partie de mon défi sur la littérature policière des 5 continents dont voici le lien.

La vie est un sale boulot raconte l’histoire de Ondo Mba Alex, dit Chicano et de sa bande. Chicano, Ozone et Lebegue prévoient de faire un casse chez Farrad, un Arabe qui tient un magasin de luxe. Farrad doit être intercepté alors qu’il va déposer sa valise d’argent à la banque. Le coup est bien prévu : Lebegue teint en joue la femme de Farrad et les deux vendeurs, Chicano reste au volant de la voiture pour prendre la fuite, et Ozone doit récupérer l’argent.

Mais alors que Ozone file un coup de poing à Farrad, celui-ci ne se laisse pas faire et Ozone lui tire une balle dessus. « L’Arabe avait attrapé le pruneau sur le front comme on attrape un rhume. Ozone s’enfuit en courant, Lebegue s’éclipse et Chicano se fait serrer par des agents de la Société Gabonaise de Sécurité.

Après quatre années passées en prison, Chicano va sortir. En effet, il bénéficie de la grâce présidentielle. C’est inespéré, car cela n’arrive qu’à ceux qui sont condamnés à de faibles peines. Une fois dehors, il est plein de bonne volonté, veut trouver un travail, retrouver Mira, celle qu’il aime. Mais, il est bien difficile de trouver un travail quand on n’a pas de certificat, et Mira est enceinte d’un autre.

En introduction du livre, on trouve un extrait de L’instinct de mort de Jacques Mesrine. Il y est dit : « Un ex-condamné ne sera jamais quitte de sa dette, même après l’avoir payée. » Et voilà tout le drame qui se joue dans ce petit roman de 130 pages. Avec une intrigue classique, Otsiemi nous offre un voyage à Libreville, Gabon. Les personnages sont bien dessinés, et après nous avoir décrit le parcours de Chicano, il nous plonge dans les méandres de la corruption de la police judicière.

Car la grande qualité de ce roman est bien là : grâce à sa grande faculté à raconter des histoires, Otsiemi nous fait voyager. Son style est empreint du langage de là-bas, les dialogues viennent de ces contrées lointaines, les ambiances sont alourdies par le soleil, les expressions viennent du parler local. Tout au long du bouquin, je n’ai pas arrêté de m’extasier devant ce Français adapté. Et n’ayez crainte, on comprend parfaitement l’histoire.

Par ce voyage sur ce grand continent que je n’ai pas encore visité, je vous conseille vivement de lire ce livre, qui restera dans ma mémoire comme une carte postale colorée. Une très bonne découverte.

Hiver de Mons Kallentoft (Le serpent à plumes)

Sorti en novembre 2009, dans une indifférence quasi générale, il aura fallu des émissions télévisées pour mettre en évidence ce polar d’ambiance. Il est aussi sélectionné pour le prix Polar SNCF pour la sélection du printemps 2010.

La Suède connaît un de ses hivers les plus froids, il fait -40°C. Un homme de 150 kilogrammes est découvert au milieu de la campagne, pendu à un chêne, complètement nu. Il a été défiguré, poignardé et laissé à l’abandon, au bout de sa corde.

La brigade criminelle est chargée de l’enquête. Parmi eux, Malin Fors et Zackarias « Zeke » Martinsson font équipe pour résoudre ce mystère. Le visage du mort est vite reconstitué, et des témoins reconnaissent en lui Bengt Andersson dit Bengt le Ballon. C’est un marginal qui adore regarder les matches de football de l’équipe locale, seul derrière le grillage, en espérant que la balle lui parvienne et qu’il puisse la renvoyer.

Bengt est seul et personne dans la population ne s’intéresse à lui. Un vieil homme se rappelle de lui. Sa mère est morte du cancer, son père était un homme violent qui frappait sa femme, Bengt et sa sœur, Lotta. Un jour, n’en pouvant plus, Bengt donne un coup de hache sur la tête de son père, lui coupe l’oreille, mais cela suffit pour le mettre en fuite. Sa sœur, elle, est adoptée et change de nom : elle devient Rebecka Stenlundh et travaille aujourd’hui dans un supermarché, cherchant à oublier ce passé horrible.

Toutes les hypothèses portent sur une secte, qui pratique le culte des Ases. Ils rencontrent Richard Skoglôf, qui leur explique qu’ils effectuent bien des sacrifices d’animaux, qu’ils possèdent l’esprit de Sjed, cette faculté de voir et de modifier le cours des choses. Ils rencontrent leurs adeptes via Internet, et semblent avoir un alibi. Et je pourrais continuer comme cela bien longtemps tellement cette enquête est très bien menée et passionnante.

Et, comme j’ai plein de choses à dire, cela va être un article un peu plus long que d’habitude. Tout d’abord, je ne me suis pas pressé pour lire ce livre, à cause de la couverture. Ces pieds d’un pendu, à moitié décomposé ne me disaient rien qui vaille, ayant peur de tomber sur un roman gore. C’est parce qu’il a été sélectionné par Polar SNCF que je me suis décidé. Mais parlons un peu de ce bouquin.

C’est l’histoire d’un homme qui ne respecte pas les standards de beauté que l’on nous fait avaler à longueur de journée. C’est un marginal qui se marginalise. C’est un malchanceux, né dans une famille violente, au milieu d’un monde violent, rempli de haine envers tout ce qui est différent. C’est l’histoire d’un pendu, abandonné au milieu de nulle part, dans une campagne balayée par le vent glacial du nord de la Suède.

C’est l’histoire d’une commissaire, Malin Fors, qui a eu une fille très jeune, trop jeune. Une femme mal à l’aise dans sa vie, dans son coeur, qui s’abandonne dans son métier pour ne pas s’abandonner à autre chose. Elle est confrontée aux difficultés de l’adolescence de sa fille et à une enquête d’un homme abandonné comme elle.

C’est l’histoire d’une région, d’un pays piégé par un froid extraordinaire. C’est l’hiver et la météo influence les attitudes de ses habitants. Les gens vivent chez eux, repliés sur eux mêmes. La violence nait là, quand on n’a plus de respect envers son prochain, quand les relations sociales se distendent jusqu’à ne plus exister. Ceux qui se regroupent en clans survivent, ceux qui s’isolent sont destinés à mourir. Quel peinture que celle de ce pays dont on vante tant les qualités sociales.

C’est avant tout un auteur doué. Un auteur jeune, capable de créer un personnage attachant, une ambiance glacée, un rythme soutenu. Tout cela grâce à son style et non avec des artifices. On court tout au long du bouquin, grâce à des mots courts, des phrases courtes, des paragraphes courts, des chapitres courts. L’intrigue est impeccablement menée, on marche, on court, on ne làche plus ce livre avant le dénouement final. Une grande réussite sans aucun doute et, pour une fois, on se dit qu’on aura droit à une suite, et on est impatient de lire les autres tomes. Au début, il faut s’habituer au choix de la narration, mélangeant première et troisième personne, entrecoupé par la voix du mort. Passé cette initiation, ce livre n’est qu’un pur moment de plaisir que j’ai avalé avec l’appétit d’un affamé. A ne pas rater.

Le diable de verre de Helene Tursten (Michel Lafon)

J’avais découvert Helene Tursten et son personnage principal Irene Huss lors de la sélection Polar SNCF de l’année dernière. C’était Un torse dans les rochers. Voici donc une nouvelle enquête de notre inspecteur, une enquête bien complexe et fort bien menée.

Le proviseur d’un lycée prévient son ami Andersson, le chef de la police criminelle de Göteborg, qu’un de ses enseignants, le professeur Jacob Schyttelius, manque à l’appel. Andersson part avec l’inspecteur Irene Huss dans un cottage situé au sud de la Suède, perdu au fond des bois à côté d’un lac. Le professeur est retrouvé assassiné de deux balles dans la poitrine et dans la tête. Quand Irene va annoncer la nouvelle aux parents du professeur, le pasteur Sten Schyttelius et sa femme, sont découverts assassinés, couchés dans leur lit au presbytère avec chacun une balle entre les deux yeux.

Les points communs entre les deux meurtres sont qu’un pentagramme inversé (une étoile à cinq branches) a été dessiné sur l’écran de les écrans de leur ordinateur avec le sang des victimes et que le contenu des disques durs des ordinateurs a été soigneusement effacé. Très vite, la piste des satanistes semble évidente, d’autant plus que peu de temps auparavant, une chapelle a été brûlée par eux et que le pasteur était à leur recherche. De la famille, ne reste plus que Rebecka qui travaille à Londres. C’est une informaticienne de génie et Irene va devoir aller à Londres pour l’interroger, sachant qu’elle est en dépression, et qu’elle est entourée de deux personnages intrigants : son collègue de travail et son médecin psychiatre.

Que de mystère dans ce livre ! L’enquête se déroule lentement ,au rythme des interrogatoires fort bien écrits, et petit à petit, les langues se délient, les intrigues se nouent, les pistes se multiplient pour au final mieux nous perdre en conjectures et suppositions. Helene Tursten a un sacré talent pour nous mener par le bout du nez, et ce roman là est meilleur encore que le précédent. Car les dialogues sont mieux faits, les pistes plus nombreuses, l’intrigue mieux construite qui oscille entre église, satanisme et ambitions de chacun.

Le personnage de Irene Huss occupe clairement le devant de la scène. C’était moins évident dans le précédent. Elle a un don pour démêler les fils d’une pelote de laine bigrement compliquée. Et on retrouve ce que j’aime dans cette série, c’est le partage entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Irene est confrontée à des horreurs dans son métier mais elle retrouve une certaine tranquillité avec sa famille. J’attends avec impatience le moment où son petit monde personnel va dérailler. Là, le personnage de notre inspecteur deviendrait l’égal d’un Wallander. Attention, je ne compare pas Helene Tursten à Hennig Mankell, mais si le personnage de Helene Tursten évolue dans un registre un peu plus noir, alors nous aurons droit à de grands moments de littérature policière.

Car c’est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse lui faire. Les enquêtes sont fouillées, bien construites, les dialogues font avancer l’enquête, et la simplicité de l’écriture nous donne beaucoup de plaisir à la lecture. Dans ce genre de roman policier, on cherche le coupable en avalant les pages, on reste à l’affût d’une incohérence ou d’un indice tombé du ciel pour trouver un reproche à faire au roman. Mais non ! C’est du très bon roman policier élaboré avec minutie. De la belle ouvrage ! Et il ne reste plus qu’à attendre la prochaine enquête pour voir l’évolution du personnage féminin sympathique qu’est Irene Huss.

Trafic sordide de Simon Lewis (Actes Sud)

Première de mes lectures pour Polar SNCF 2010, voici donc ce Trafic sordide. Si le titre me parait un peu bizarre, c’est surtout le sujet qui me l’a fait choisir.

L’inspecteur Jian est chinois. Il reçoit un appel au secours de sa fille, qui fait ses études en Angleterre. Il décide de partir à sa recherche à titre privé, dans un pays dont il ne connaît rien. En effet, il ne parle pas Anglais. Il est issu d’une famille aisée. Ding Ming est un clandestin. Il débarque en Angleterre pour travailler dans le ramassage des coquillages. On le sépare de sa femme, dont on lui dit qu’elle va travailler au ramassage des fleurs. Il parle un peu Anglais, et est issu d’une famille pauvre. Son but est de ramasser de l’argent pour ensuite retourner au pays. Les deux hommes vont se rencontrer et s’allier dans leur recherche d’un membre de leur famille.

Comme je le disais plus haut, le sujet m’a plu. Il est dit sur la quatrième de couverture que l’auteur lève le voile sur un commerce sordide, plus lucratif que celui de la drogue : l’exploitation des migrants. Si le sujet est bien traité, j’ai surtout été surpris par la forme : Des chapitres ultra courts (entre deux et quatre pages), un style passe partout mais qui a l’avantage de se lire vite, et des sujets tout juste abordés, parsemés par ci par là.

Je m’explique : Jian débarque en Angleterre. Il ne connaît ni la langue, ni le pays. Il y a de quoi montrer son étonnement face à la ville occidentale, face au mode de vie qu’il croit comprendre. Là, Simon Lewis se contente de donner quelques détails, comme des publicités affichées dans la rue. Mais même là, les publicités comportent des jeunes femmes asiatiques.

De même, lorsqu’il prend le bus, il se pose des questions sur la façon d’acheter un billet, mais rien sur les stations. Rien non plus sur la façon de traverser la rue, alors qu’ils roulent à gauche.

Le sujet du dépaysement aurait pu être mieux abordé et donc nous immerger mieux dans cette histoire. Je ne peux pas dire que j’ai été déçu. J’ai lu ce livre très vite, car au final il se révèle très court, mais j’ai surtout une impression d’inachevé, ou plutôt que l’auteur est passé à côté d’un livre qui aurait pu être plus marquant que cela.

Cela en fait un bon roman mais seulement un bon roman. Son roman avait un potentiel pour en faire un livre génial : Un sujet original avec plein de sujets annexes. Mais il en ressort à mon goût un bon roman agréable à lire mais qui risque d’être aussi vite oublié qu’il a été lu.

Dark Tiger de William G. Tapply (Gallmeister)

Voici donc le dernier tome des aventures de Stoney Calhoun, après Dérive sanglante et Casco Bay, dernières en date et dernières tout court, puisque M.Tapply a eu la mauvaise idée de mourir l’année dernière. Cela clôt la trilogie d’une façon remarquable.

Deux mauvaises nouvelles tombent sur Stoney Calhoun dans la même journée : tout d’abord, il apprend que la boutique d’articles de pêche qu’il loue avec Kate Balaban va être vendue, et que par conséquent son bail ne va pas être renouvelé et qu’il va devoir déménager ; ensuite, Kate lui apprend que son mari, Walter, atteint de sclérose en plaques et dont l’état se dégrade, ne va plus être pris en charge par sa compagnie d’assurance et que par conséquent, ils ne vont plus se permettre de payer les frais de la clinique dans lequel il est soigné.

Stoney Calhoun reçoit alors la visite de l’homme au costume qui lui annonce qu’il a une mission à lui confier et qu’il peut arranger ses problèmes (pour la bonne et simple raison que c’est son organisation qui les a créés). Calhoun accepte de rencontrer M.Brescia qui l’informe qu’il va être embauché en tant que guide de pêche dans un hôtel de luxe du nord du Maine, au Loon Lake Lodge,  pendant 6 semaines, afin de découvrir l’assassin d’un agent du gouvernement nommé McNulty.

Il s’avère que cet agent, McNulty a été retrouvé mort dans une voiture en compagnie d’une jeune fille de 16 ans. Tous les deux ont une balle dans la tête, mais elle leur a été tirée alors qu’ils étaient déjà morts. Calhoun va devoir démêler ce mystère dans un environnement qui n’est pas le sien alors que les coupables potentiels sont nombreux, entre les guides, le personnel, les directeurs et les clients.

On retrouve une nouvelle fois ce formidable personnages de Calhoun, amnésique suite à un coup de foudre, qui cette fois-ci est obligé de quitter sa ville de Dublin dans le Maine pour découvrir le meurtrier d’un agent du gouvernement. Et on espère en apprendre un peu plus sur son passé, puisque sa vie privée va être mise entre parenthèses pendant cette enquête.

Pas de surprises dans ce volume, on retrouve à nouveau tout l’art de Tapply à mener une intrigue au cordeau avec son style si fluide et ses dialogues extrêmement bien écrits. Il doit y avoir beaucoup de travail pour arriver à une telle pureté, une telle simplicité, pour notre plus grand plaisir, sans que le lecteur ne le ressente.Et j’en profite pour saluer l’excellent travail du traducteur, François Happe, qui a su retranscrire cette fluidité.

Ici, on laisse de coté la petite vie bien rangée de Calhoun pour le plonger dans un environnement différent. Calhoun est plus directif dans l’enquête, ce qui change par rapport aux précédents romans, et cela le rend plus professionnel, plus impliqué dans l’enquête. Ensuite, les paysages sont toujours aussi bien décrits. Et on passe encore une fois un sacré moment dans cette nature que l’on a envie de visiter. Les descriptions des environs de Loon Lake m’ont laissé ébahi et j’avais l’impression de voir une photographie, d’entendre les animaux, de sentir les odeurs de la forêt.

Et puis arrivent les trente dernières pages. Et là tout s’accélère, pas tellement dans l’action mais dans le style. Et on a vraiment l’impression qu’il manque une cinquantaine de pages. Le décalage est si brutal que l’on ne comprend pas, et que rien dans l’histoire ne le nécessite. Il en ressort une impression de roman inachevé, fini dans l’urgence, peut-être du à la leucémie de Tapply. Au global, c’est un roman extrêmement plaisant qui sait placer une enquête policière au milieu de la nature, mais ce n’est pas le meilleur. Alors je lance un appel aux auteurs américains (on a le droit de rêver) : Messieurs, l’un d’entre vous aurait-il l’obligeance de continuer le cycle Calhoun en respectant les bases de l’œuvre de Tapply ?

Casco bay de William G. Tapply (Gallmeister)

Vite, il fallait que je lise le deuxième tome des aventures de Stoney Calhoun (après Dérive sanglante), avant la sortie du troisième opus. Et quelle enquête, mes amis !

Cela fait maintenant sept ans que Stoney Calhoun est sorti de l’hôpital suite à son coup de foudre (à comprendre au premier degré), qui l’a rendu amnésique. Il est toujours guide de pêche dans le Maine, et doit passer la journée à accompagner M. Vecchio, un professeur d’université. La partie de pêche se déroule à merveille au milieu des Calendar Islands. Pour soulager ce que j’appellerai un besoin naturel, Calhoun dépose M. Vecchio sur une île, Quarantine Island et ils découvrent un corps calciné dont on a découpé les mains. Le Shérif Dickman demande alors à Calhoun de devenir son adjoint pour résoudre cette enquête. Il refuse à nouveau car il juge que ce n’est pas son rôle. Quand M. Vecchio est découvert assassiné chez Calhoun, celui-ci accepte la proposition du Shérif et ils commencent l’enquête.

Ce qui est extraordinaire chez Tapply, c’est cette facilité à faire avancer une intrigue lentement, tout en étant génial dans sa façon de l’écrire. Le style est fluide, les dialogues très bien écrits. Cela se lit très vite et on ne veut plus lâcher le livre. (Demandez à ma femme !) On a toujours droit à des descriptions superbes du Maine et de cette nature luxuriante. On a toujours cette envie d’aller visiter ce petit coin de quiétude. Et quand on ajoute une intrigue et une enquête menée au cordeau, alors on tient assurément un fantastique roman.

Si le mystère entourant Calhoun n’évolue pas beaucoup dans ce volume, on retrouve avec plaisir ce bonhomme sans passé qui a décidé de vivre au jour le jour. Il vit en marge des autres, sans aucune volonté de les heurter. Il ne veut pas forcer les gens, ne veut pas les influencer. Il les laisse les prendre leurs décisions, et même durant l’enquête, il n’en prend pas la direction, mais se contente de poser des questions pertinentes. Cela donne des dialogues truculents et parfois un peu décalés, mais très intéressants à suivre, et, dans tous les cas, psychologiquement, c’est passionnant.

Alors, si dans ce deuxième tome, l’enquête prend le pas sur le mystère Calhoun, si on n’en sait pas plus sur son passé, Casco Bay se révèle un excellent roman policier qui se dévore très vite avec énormément de plaisir. Vous auriez bien tort de ne pas faire un petit voyage dans le Maine, dans ce petit coin des Etats-Unis pas aussi calme et paisible qu’il n’y parait.

A noter que le troisième tome (et dernier puisque M.Tapply a eu la mauvaise idée de nous quitter en juillet 2009) s’appelle Dark Tiger et est sorti le 4 mars 2010.

Aux malheurs des dames de Lalie Walker (Noir 7.5 Parigramme)

Pour cette deuxième lecture de la sélection printemps de Polar SNCF, je dois dire que celle-ci est une découverte. Je ne connaissais ni l’auteur, ni la maison d’édition. Seul le sujet me l’a fait choisir, et c’était une bonne pioche.

Tout débute avec Violette Margelin qui a disparu depuis quelques jours. Elle est caissière au marché Saint Pierre, ce grand magasin situé sur la butte Montmartre qui est spécialisé dans la vente de tissus de tous types.Au bout de six jours de captivité, elle est rejointe en captivité par une autre caissière, Marianne.

Pour remplacer Violette, Rebecca Levasseur se fait embaucher au marché Saint Pierre. Elle est étudiante en sociologie, et obtient le droit « d’aller sur le terrain » par son chef. Ses capacités de sociologue lui permettent de se lier facilement avec les autres. En plus, elle est passionnée par les mystères et les enquêtes. Elle va essayer de comprendre ce qui se passe. Elle s’aperçoit que le marché Saint Pierre est miné par des actes criminels, tels des poupées percées d’aiguilles, de fausses alertes incendie ou des lettres de menace.

Il y a aussi Thomas Klein, lieutenant de police qui est chargé de cette enquête, car elle n’intéresse personne. C’est un provincial qui a pris ce poste, car c’est le premier concours administratif qu’il a réussit. Mais, au fond de lui, il n’aime ni son métier, ni Paris. Et il a du mal à comprendre ce qui se passe tant les pistes et les hypothèses peuvent être nombreuses.

Ce roman de Lalie Walker est très attachant à plusieurs égards. D’un point de vue personnel, il se passe dans le quartier de mon enfance, et de par la qualité de l’écriture, on a l’impression de voir, sentir et vivre au milieu de ce microcosme qu’est le quartier de la Butte Montmartre. Ce roman est bigrement bien écrit, et il doit avoir fait l’objet d’un sacré travail pour arriver à cette fluidité. Et ce n’est pas la seule qualité du livre, loin de là.

Ce livre regorge de personnages, ni gentils, ni méchants, juste humains. J’en ai cité quatre ou cinq dans mon résumé, mais j’aurais pu rajouter les frères Michel, propriétaires du marché Saint Pierre, ou Léon, l’amoureux de Violette, ou les joueurs de poker comme Lucas, ou bien Ange, le bellatre et ami d’un des frères Michel. C’est un vrai tour de force de faire vivre tant de personnages en seulement 270 pages.

Enfin, les codes du roman « policier » ou d’enquête sont explosés. La structure du roman ne suit pas une enquête mais passe d’un personnage à l’autre. On n’est jamais perdu, car lalie Walker nous mène par le bout du nez, nous manipule pour avancer sans qu’il y ait réellement un héros qui sorte de l’histoire, juste en suivant les aventures de notre dizaine de protagonistes. L’ensemble est très agréable à lire, passionnant et surtout impressionnant de maîtrise.

Alors qui veut s’en prendre au marché Saint Pierre ? Vous ne le saurez que dans les toutes dernières pages. Car, une fois encore, Polar SNCF m’aura fait découvrir un auteur qui a d’énormes qualités de conteuse, et qui a écrit un superbe livre que vous vous devez de lire.

Hypothermie d’Analdur Indridason (Métallié)

Chouette ! Voici venir la livraison annuelle des aventures de Erlendur. Oui, je les ai tous lus … et dans l’ordre s’il vous plait. Oui, je les ai tous aimés sauf  Hiver Arctique. Celui là est excellent, alors n’hésitez plus.

Maria est retrouvée pendue dans son chalet au bord d’un lac par sa meilleure amie Karen. La police conclut très rapidement à un suicide. Maria est une femme perturbée qui a connu des drames dans sa vie, entre la mort par noyade de son père et la mort de sa mère, avec qui elle était très proche. Karen refuse de croire que Maria s’est donnée la mort et demande à Erlendur d’enquêter, en lui confiant une cassette. Sur cette cassette, Maria participe à une séance avec un médium qui la met en contact avec l’esprit de son père. Erlendur, qui a du temps libre, cherche à comprendre ce geste et creuse dans le passé de cette famille.

On retrouve avec plaisir Erlendur, après une aventure (Hiver arctique) que j’avais moins appréciée car moins intimiste, moins bien maîtrisée.

On retrouve l’art de Indridason de mener ses intrigues doucement, sans heurts, centré sur la psychologie des personnages et sur ses dialogues ciselés.

On retrouve enfin cette ambiance si particulière où, sans réelle esbroufe, il nous emmène dans ce pays si froid (par le climat, mais aussi par ses habitants méfiants, un peu renfermés).

On retrouve ce plaisir de lecture si intense, cette sensation de suivre ce bon camarade de Erlendur, avec ses problèmes familiaux, ses maladresses quand il doit s’adresser aux gens, mais aussi ses failles intérieures, ses blessures si profondes et qui font si mal.

Car ce livre est centré avant tout sur le personnage de Erlendur. Il se retrouve face à une femme qui a cru qu’avec l’aide de médiums, elle pouvait entrer en contact avec sa mère défunte. Ce que Erlendur aimerait tant faire lui-même avec son frère. Il s’obstine sur cette enquête car il tient à démontrer que l’irrationnel n’est pas une solution à son problème personnel. Ce livre est la superbe démonstration d’un homme blessé, qui ne veut pas guérir, pour garder un souvenir, pour garder un but dans la vie. Ce livre est la superbe démonstration que Indridason aime profondément ses personnages. Ce livre est la superbe démonstration que Indridason est un personnage à part dans le monde du roman noir.

Tous les livres de cette série sont très bons, voire très très bons, voire excellents. Ce sont des livres lents, avec une enquête qui suit finalement le rythme d’un pays si particulier. Si vous connaissez l’univers de Indridason, alors vous devez lire celui-ci. Si vous ne connaissez pas Indridason, il serait mieux de les lire dans l’ordre. Embarquez donc sur le bateau Indridason ! Le commandant de bord s’appelle Erlendur, et vous passerez un excellent moment de lecture. A mon avis, c’est indéniablement un des meilleurs de la série Erlendur, très différent mais excellent.

De nombreux avis trainent chez mes amis blogueurs, et ils sont tous positifs. Voici une sélection non exhaustive, loin de là. Allez voir chez Liberty Valence , Jean Marc , Lire lire lire , carnets de sel ou Hannibal .

Les chiens enterrés ne mordent pas de Gunnar Staalesen (Gaia polar)

Ce roman fait partie d’une série de 12 volumes mettant en scène Varg Veum, un détective privé ayant un passé dans des ervices contre la maltraitance des enfants. Celui-ci est le septième de la série. J’avais lu il y a quelque temps le premier de la série qui s’appelle Un loup dans la bergerie. Si j’avais apprécié la façon dont l’auteur déroulait son intrigue, cela restait un roman classique avec tous les ingrédients d’un polar « américain ». Et puis, l’article de Cynic63 m’a donné envie de le lire.
Mons Vassenden est un homme qui ne peut se passer des jeux de pari et miné par les dettes. Il débarque dans le bureau de Varg Veum, et lui propose une mission de garde du corps lors de son voyage à Oslo, où il est censé rembourser sa dette 0 Svein Grorud. L’atmosphère est tendue lors de l’entretien mais tout se passe bien. Varg remarque un homme Axel Hauger, qui semble être un truand ou l’homme qui dirige tout. De même, il assiste à des coups de fil qui semblent indiquer que plusieurs autres personnes doivent de l’argent à Grorud et Hauger. En sortant, Varg reconnait Marete, une jeune femme qu’il a connu presque trente ans plus tôt lors de ses études. Elle, par contre, refuse de le reconnaître. Il cherche à en savoir plus, et apprend que Marete est morte en 89. Et comme Varg est curieux, il va poursuivre son enquête jonchée de quelques cadavres.
Clairement, ce roman n’est pas écrit par un amateur du genre. Staalesen sait y faire pour créer une atmosphère, pour tisser une énigme, et contruire son intrigue petit à petit. Il sait parfaitement manipuler le lecteur, sans que cela ne se voit. Tout s’agence naturellement, et on n’arrive pas à deviner le dernier fil de la toile d’araignée avant les dernières pages. Et c’est d’autant mieux fait que l’auteur repose son livre sur des personnages forts, bien dessinés, très nombreux (plus d’une dizaine) et très intéressants. Mais on n’est pas perdu dans cette « pièce de théatre », les protagonistes sont immédiatement reconnaissables, et replacés intelligemment dans l’intrigue.
La construction du roman est pour beaucoup dans le plaisir de la lecture. Des chapitres courts, des descriptions claires et efficaces des dialogues très bien écrits et réalistes saupoudrés d’humour, m’ont donné envie d’aller vite pour comprendre ce qui se passait. D’ailleurs, un passage de ce livre se passe lors d’un marathon et le livre m’a fait penser à cela : Staalesen a créée un style qui fait penser à un coureur de fond. Varg court, comme nous, tout au long de l’intrigue, accélérant par moments, reprenant son souffle à d’autres, doublant certains concurrents ou les suivant à la trace.
Enfin, on perçoit très nettement la dénonciation de Staalesen envers les dérives de la société nordique. Par petites touches, on voit poindre les signes d’un modèle de société qui part à la dérive (je vous rappelle que ce roman a été écrit en 93). Il distille quelques petites remarques au travers de l’avis de plusieurs personnages et j’ai bien eu l’impression qu’ils se rendaient compte de l’état de leur société sans pour autant savoir quoi faire, comme des passagers d’un train lancé à grande vitesse sans possibilité de freiner.
Au final, une enquête de très bon niveau, très divertissante pour le lecteur, avec tous les ingrédients qu’il faut (meurtres, chantages, extorsion, sexe, politique, argent, …), menée de façon classique mais brillante. Et un petit merci à Cynic.