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Karst de David Humbert

Editeur : Liana Levi

Premier roman, premier coup de maître !

De nombreux auteurs de polars aimeraient avoir un sujet en or comme celui-là, une facilité à créer un personnage tel que Paul Kubler et un talent pour déployer une intrigue en béton. Après la lecture de ce roman, je persuadé d’avoir découvert un futur grand auteur de polars. Avis aux amateurs !

Paul Kubler est un lieutenant de la police qui vient d’être muté de Paris à Rouen, sa ville natale, suite à une sanction. Il est du genre pressé, voulant toujours être occupé à faire quelque chose. C’est pour cela qu’il travaille beaucoup, énormément, quasiment 7 jours sur 7. Ce matin-là, une grande réunion a lieu avec la Brigade Anti-Criminalité pour préparer la surveillance de la manifestation qui va intervenir dans la journée. Le but est évidemment d’éviter tout débordement.

Les ouvriers d’EuroGaz débarquent pour protester contre les licenciements massifs qui ont été annoncés. Kubler s’ennuie et va boire un café dans un bar, quand il remarque une Porsche Cayenne garée dans une impasse. La manifestation se passe calmement, signe que les ouvriers attendent le ministre qui doit venir dans quelques jours. Kluber rentre chez lui prendre une douche, mais ne peut se rincer car l’eau est d’une couleur rose.

Quelques jours plus tard, c’est le jeudi de l’Ascension et Kubler va manger chez ses parents, qui habitent dans le coin. Son frère n’est pas là, et Kubler a toujours fait montre d’indépendance, ce qui est mal vu dans la famille. Quand sa mère veut laver sa salade, l’eau du robinet coule verte. Comme Kubler a le don de mettre son nez là où il ne faut pas, le voilà chargé d’enquêter sur ceux qui polluent l’eau de l’agglomération de Rouen. Et il n’est pas au bout de ses peines.

Voilà exactement pourquoi j’aime lire les premiers romans : les auteurs prennent un sujet qui leur tient à cœur, se lancent dans l’aventure, et nous concoctent des intrigues en respectant les codes du genre, et en prenant des libertés que beaucoup de cadors n’osent plus faire. Je vous le dis tout de suite, et sans ambages : ce roman est génial, inlâchable dès qu’on l’a commencé car tout y est simple et passionnant.

C’est le cas ici. David Humbert choisit un personnage de flic simple, et pour qu’il soit omniprésent dans l’histoire, en fait un jeune homme qui se fait chier … alors quoi de mieux que de travailler. Comme c’est écrit à la première personne, on entre tout de suite dans la psychologie du personnage, mais l’auteur a le don de ne pas trop en faire, de donner les informations juste quand il le faut. Et pour un premier roman, c’est carrément un coup de force, à tel point que j’en ai été impressionné par moments.

Les chapitres sont rythmés par les jours qui passent. Donc chaque chapitre narre une journée de Paul Kubler. Si le procédé n’est pas nouveau, il donne un ton de véracité et un certain rythme au livre. Cela participe aussi au plaisir de suivre Kubler car on vit réellement à ses cotés. Encore une fois, c’est simple, mais ça fait du bien et surtout c’est extrêmement plaisant de suivre un flic au jour le jour.

Enfin, David Humbert va nous expliquer tout ce qui concerne l’eau, les nappes phréatiques, les bétoires, les karsts, le traitement et la distribution de l’eau. Ayant pris comme personnage principal quelqu’un qui n’y connait rien, les scientifiques qu’interroge Kubler vont être très explicites et didactiques. Certains passages valent leur pesant d’or et devraient être utilisés dans les écoles ou dans certains reportages. J’ai appris plein de choses, parce que c’est très bien fait, passionnant.

Je ne peux que vous conseiller ce premier roman qui m’a carrément bluffé par toutes ses qualités, de la narration à la psychologie, du sujet à sa pédagogie. Tous ces points en font un roman attachant à ne pas rater, et j’espère lire bientôt les futurs romans de ce jeune auteur qui nous laisse entrevoir tant de promesses pour l’avenir.

Ne ratez pas l’excellent billet sur le site Appuyezsurlatouchelecture, ainsi que celui de l’ami Bob Polar

Les courants fourbes du lac Tai de Qiu Xiaolong (Points seuil)

Voici une lecture dans le cadre du prix du meilleur polar organisé par les éditions Points, et une retrouvailles avec l’inspecteur Chen dont j’avais beaucoup aimé Le très corruptible mandarin.

L’inspecteur principal Chen Cao est en vacances. Son ami l’ancien secrétaire général du comité de discipline du parti Zhao, maintenant à la retraite, lui a proposé de passer une semaine dans un centre de luxe réservé aux cadres du parti à Wuxi, à proximité du lac Tai. Aucune affaire n’étant urgente à Shanghai, il avait accepté, en l’échange d’une étude manuscrite sur le coin.

Chen va vite apprécier ce coin idyllique et se promener aux abords du parc de la tête de tortue, pour atterrir dans une petite gargote, chez un dénommé Wang où il va déguster des spécialités locales. Puis, il va rencontrer Shanshan, belle comme le jour, qui travaille dans l’usine chimique toute proche. Elle lui présente la situation locale, bien peu reluisante, puisque l’amélioration de la rentabilité de l’usine a augmenté considérablement la pollution du lac Tai.

Le lendemain, le directeur de l’usine est assassiné. En tant que responsable de l’environnement, Shanshan est rapidement questionnée et arrêtée. Chen, qui ne veut pas prendre part à l’enquête, rencontre le policier Huang et va, en sous main, chercher à innocenter celle pour qui son cœur est en train de fondre.

Pour ceux qui cherchent un bon roman policier, il faut lire l’œuvre de Qiu Xiaolong et en particulier celui-ci qui est très bien construit et qui regorge de fausses pistes en tous genres. De la femme à l’amante (appelée petite secrétaire) en passant par les futurs successeurs ou ceux qui ont beaucoup à gagner de la privatisation de l’usine, les fils de l’intrigue sont difficiles à dénouer à souhait.

Pour ceux qui cherchent une vision de la Chine de l’intérieur, il faut lire Qiu Xiaolong, qui nous montre les rapports entre les différentes personnes, les coutumes, les repas, les dialogues, le respect entre les gens, les droits des cadres comparés aux petites gens, les conséquences d’un capitalisme sauvage au détriment de la nature au travers de personnages attachants.

Qiu Xiaolong, même s’il traite d’un sujet à la mode, nous montre avec sa poésie habituelle (Chen écrit des poèmes en parallèle de l’enquête) une situation locale, que l’on peut facilement généraliser au pays entier et avoir peur des conséquences pour le monde. Comme d’habitude, c’est très bien fait, et c’est un vrai plaisir à lire et ça donne bigrement à réfléchir.

Novella : Nouveau monde Inc de Caryl Ferey (La Tengo)

4ème de couverture :

Nouveau-monde-Inc.png

Marie croyait partir au ski avec Pierre, pas qu’elle boirait avec ses amis et participerait à leurs jeux imbéciles.
Marie croyait que les accidents de voiture n’arrivaient qu’aux autres, que la mort était abstraite.
Marie ne croyait pas qu’elle rencontrerait un jour un attaché culturel tchétchène, encore moins qu’il l’emmène sur la lune.
Marie ne savait pas que le monde était comme elle : à l’agonie…

Caryl Férey imagine un nouveau monde où les bruits sont en prison, les voitures roulent avec de la merde, la mer est une poubelle et où les gens inutiles sont exécutés. Un monde pas si éloigné du nôtre… L’auteur revisite de façon anarchique et amusée les dysfonctionnements et les aberrations de notre société : productivisme, consommation, racisme etc…

 

Mon avis :

Ce titre est le deuxième volume de la collection Pièces à conviction après Fractale de Marin Ledun, une collection à suivre de très près.

C’est à un voyage un peu particulier auquel nous convie Caryl Ferey. C’est une sorte d’extrapolation de notre monde actuel, bourré d’humour noir à forte dose. C’est comme une pièce de théâtre, donc avec uniquement des dialogues et pourtant, c’est extrêmement expressif. Alors, c’est délirant, on rit jaune puis noir, puis on ne rit plus du tout. C’est une projection de nos pires cauchemars, de ce que pourrait devenir notre société, pleine de racisme, avec des naissances programmées, des morts obligatoires, des déchets partout, des bruits entassés chez les gens pour ne pas gêner les riches. La lecture de ce livre va vous prendre 1 heure maximum, une heure de frissons … Pourvu que ça n’arrive jamais !