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Manaus de Dominique Forma

Editeur : Manufacture de livres

L’année dernière, est paru un petit roman aux éditions manufacture de livres, de la part d’un auteur qui sait tirer partie des formats courts, grâce à une plume efficace et imagée. Il nous convie à un retour dans les années 60 …

Plus exactement en 1964, lors du voyage présidentiel du Général de Gaulle en Amérique du Sud. En trois semaines, le convoi présidentiel visitera dix pays, pour renforcer la grandeur de la France et contrer la mainmise des Etats-Unis. Or, l’Amérique du Sud est réputé pour être un continent qui abrite nombre d’anciens nazis, de trafiquants de drogue et d’anciens généraux de l’OAS ayant fui l’Algérie.

Au milieu des officiels et des gardes du corps qui accompagnent le Général, François, un espion des Services Secrets, se cache avec une mission bien précise. Dès l’atterrissage en Argentine, il devra s’esquiver pour éliminer un traitre au Paraguay, avant de rejoindre le cortège officiel au Brésil, juste avant son retour en France. Mais il va devoir faire un petit détour non prévu dans sa mission.

Ecrire une histoire complète et complexe peut s’avérer un vrai casse-tête. Mais pour Dominique Forma, cela semble d’une facilité déconcertante, qui offre au lecteur une totale immersion dans un monde qu’il n’a jamais côtoyé. Quelques phrases pour parler du contexte, une phrase formidablement évocatrice pour dessiner les décors et des dialogues ne dépassant que rarement trois ou quatre phrases, voici les ingrédients qu’utilise l’auteur pour nous parler de cette histoire glauque.

Car on plonge dans un monde de barbouzes, où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun rêve de tuer son prochain car c’est un gage de survie, où chaque personnage ment, ou arrange la vérité pour vivre. Car la période des années 60 fut un tel brouillamini, que tous les pays cherchaient à avancer leurs pions pour être les mieux placés possibles, au nom de la géopolitique.

Les petites mains, ce sont des tueurs, comme le personnage principal de cette histoire, un soldat à qui on confie une mission, à qui on demande surtout de ne pas réfléchir, juste obéir. Au milieu de ce miasme, il va réaliser sa mission, mais aussi ne dire que le strict nécessaire pour sauver sa peau. Va-t-il réussir ? je vous laisse le découvrir en lisant ce petit roman par la taille, grand par le talent de son auteur, qui nous concocte un polar rapide et efficace.

Francis Rissin de Martin Mongin

Editeur : Editions Tusitala

J’ai entendu parler de ce roman grâce à l’Association 813 qui en parlait dans son forum de discussion. Puis est arrivé l’article de Yan et cela m’a décidé de l’acquérir pour le lire. Ce fut un vrai chemin de croix, puisqu’on a du mal à trouver les livres des petits éditeurs et je ne commande pas sur Internet. Bref, j’avais l’objet, plus de 600 pages pour m’expliquer qui est Francis Rissin.

Le roman s’ouvre sur un avertissement : ce qui va suivre n’est pas une œuvre littéraire mais un recueil de témoignages à propos de ce nom. 11 chapitres vont donc nous éclairer sur ce nom énigmatique.

Le premier chapitre est le cours d’une professeur de la Sorbonne, Catherine Joule, intitulé Approche centrée sur la personne. L’objet de son cours est de parler des œuvres citées dans des romans et n’existant pas. Pendant une petite soixantaine de pages, elle va nous expliquer comment elle est tombée sur une bibliographie parlant de « Approche de Francis Rissin » de Pierre Tarrent, et comment elle est partie à sa recherche. Si cela peut sembler rébarbatif comme un cours de fac, avec le recul, c’est fascinant car tant dans la forme que dans le fond, l’auteur arrive à rendre ce passage véridique, et il sème des mystères à la limite de la science fiction.

Puis le deuxième chapitre présente un rapport de l’inspection générale des polices qui va synthétiser les événements qui ont débuté dans de petits villages de l’Ain : Des affiches bleues et blanches portant le nom de Francis Rissin ont été sauvagement collées. Le troisième chapitre va relater l’enquête visant à chercher Francis Rissin que personne n’a jamais vu. Il va s’apercevoir que ses réunions publiques sont annoncées par des tracts et va essayer de suivre ce mouvement.

Et cela continue comme cela pendant onze chapitres, représentant une histoire qui, à force de rigueur et d’intelligence, est non seulement hallucinante mais totalement effrayante et donc par là-même géniale. Flirtant parfois avec le fantastique, cette dystopie s’avère un véritable joyau de littérature, une perle de style à la fois épuré et descriptif, totalement juste durant les onze témoignages qui vont construire cette histoire comme onze tableaux formant un tout cohérent.

Ce roman est surtout d’une finesse incroyable pour un premier roman, un plaidoyer passionné pour une société qui s’enfonce et qui est capable de s’accrocher à n’importe quoi … pourvu qu’on lui vende quelque chose, un espoir, une petite lueur. L’auteur a choisi la voie des affiches. Cela parait idiot au premier abord, mais il arrive à créer à partir de ce morceau de papier un roman atteignant des hauteurs d’intelligence peu communes.

Yan a trouvé le bon terme : ce roman est vertigineux. Il est hypnotisant et effrayant par les scènes, les actes et les conséquences de l’apparition de ce nom. Il montre de façon éloquente une société en perte de repères, cherchant à se raccrocher à une lueur, juste un petit espoir pour aller plus loin, quitte à plonger dans l’horreur. C’est simple, je ne me rappelle pas avoir lu une intrigue aussi intelligente depuis Les Falsificateurs d’Antoine Bello. Sacrée référence !

Comme je le dis souvent, il vaut mieux lire un bon roman qui vous apprend quelque chose, qui vous place dans un situation et vous oblige à réfléchir à votre situation, à notre situation, plutôt que d’allumer la télévision et / ou écouter les journaux télévisés. Ce roman-là, lu in extremis en 2019, intègre d’office mon TOP 10 de l’année, pour sa dimension politique, sociale et sa justesse lucide. Car c’est un roman incroyable, hallucinant … un roman de fou avec une ambition de fou. Une réussite totale pour un premier roman indispensable.

Moi, président de Mathieu Janin

Editeur : Le serpent à plumes

Collection : Serpent noir

Oyez, braves gens ! Le serpent à plumes est de retour ! Cette collection qui nous a fait découvrir Mons Kallentoft (entre autres) revient et sort un polar, pur roman politique sur un candidat aux élections présidentielles. Avec ce premier roman, Mathieu Janin réalise un coup de force.

Mai 2017. Nous sommes dans l’entre-deux tours des élections présidentielles. Après avoir remporté les primaires de la Droite face aux ténors de la politique, Jean Jacques Vautier, Député-maire de la petite ville de la région parisienne Bezous-sur-Seine se retrouve face au président sortant, un certain François Hollande. Il faut dire que son discours ultra sécuritaire et ses méthodes musclées de gérer sa ville ont séduit les Français.

Joachim Marx est lieutenant de police et travaillait au 36 Quai des Orfèvres. Etant obsédé par deux choses dans la vie, le sexe et son travail, il a malheureusement baisé la fille d’un important personnage de la république et s’est retrouvé muté à Bezous-sur-Seine. Lors d’un interrogatoire d’un petit voleur soupçonné d’avoir participé à un vol d’un camion de cigarettes, Ben Kader se met à table contre sa libération et dénonce Vautier qui aurait commandité des agressions et des incendies de véhicules pour justifier sa politique musclée la création d’une milice de sécurité.

Il s’appelle Nikos Aliagas et pour lui, c’est plutôt une malédiction. Il n’a aucune parenté avec la vedette de la télé, et son homonymie ne l’a pas aidé à devenir un grand reporter. Il travaille d’ailleurs au Francilien et écrit des articles locaux. Forcément, il va couvrir ces élections présidentielles et son art d’interroger les gens va l’aider à mettre à jour ces magouilles.

Pour un premier roman, c’est une franche réussite. Car avec ces trois personnages principaux, on a l’occasion de fouiller et comprendre comment fonctionne le domaine de la politique, du journalisme et de la police et surtout leurs interactions. Certes, leur psychologie est décrite dans le détail dès leur apparition dans l’histoire, et on pourrait le regretter. Mais en réalité on est vite plongé dans une intrigue locale aux répercussions nationales. En parlant de personnages, de nombreux autres gravitent autour de Vautier, Marx et Aliagas, et il faut un peu s’accrocher au début. Par contre, tous sont très bien dessinés et ont leur propre vie et leur propre raison d’apparaitre dans le livre.

En ce qui concerne l’intrigue, même s’il ne se passe pas grand’ chose, il y a suffisamment de rebondissement, savamment distillés pour que l’on ait envie de plonger un peu plus avant dans la fange. Le roman est rythmé par les jours qui nous séparent de l’élection du deuxième tour, et les scènes sont courtes, quelques pages, ce qui donne un certain rythme à la lecture.

Enfin, en ce qui concerne le style, je dois dire qu’il alterne entre la dérision, le cynisme et le sérieux. Certaines remarques acerbes vont vous amener un petit sourire vicieux au bord des lèvres. Mais l’ensemble est plutôt sérieux et bien écrit, bien décrit. Personnellement, j’aurais aimé plus de mordant. Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et surtout, je note le nom de l’auteur pour son prochain roman, car il doit y en avoir un autre ! Tous les ingrédients du polar politique sont là, bien présents, bien faits, et cela mérite un autre roman, pas une suite, mais un autre sujet traité avec autant de sérieux et de respect envers les grands anciens du genre.