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L’apparence de la chair de Gilles Caillot (Toucan noir)

En fait, il arrive que l’on craque dès la quatrième de couverture. Bien que le sujet, tel qu’il est présenté soit plutôt connu, j’étais curieux de voir comment il serait traité. Je dois dire que je n’étais pas au bout de mes surprises !
Quinze ans que le capitaine de police Sylvie Branetti souffre. Sa dernière affaire date de 15 ans, elle était à la poursuite du tueur en série que tout le monde appelait le Tanneur. Celui-ci enlevait la peau de ses victimes avant de leur recoudre et d’abandonner les corps. Il y a quinze ans, Sylvie a été prisonnière du Tanneur, avec sa neuvième victime. Les flics arrivèrent trop tard pour intercepter l’assassin, et seule Sylvie en sortit indemne.
Le Tanneur, avant de disparaître, a kidnappé la fille de Sylvie. Cela fait quinze ans que Sylvie n’a pas de nouvelles de sa fille, quinze ans qu’elle cherche, qu’elle veut comprendre, qu’elle veut savoir ce qu’il est advenu de sa fille. Elle a passé une longue période de dépression en asile psychiatrique et est obligée maintenant de faire des séances d’hypnose chez son psychiatre.
La découverte d’un nouveau cadavre, quinze ans après, relance l’affaire. Sur un article de journal laissé par le tueur, il laisse entendre qu’il veut que Sylvie s’implique dans cette traque. Aidé de son collègue et ancien amant Paul Benito, lui aussi capitaine de police, Sylvie va s’impliquer dans cette enquête qui va mettre en danger sa santé mentale, mais peut-être lui permettre de savoir ce qui est arrivé à sa fille.
Comme je le disais en introduction, c’est le sujet qui m’a attiré pour ce bouquin. Outre l’hommage de Frank Thilliez en couverture, je n’aime rien moins que ces personnages brisés, au fond du trou, errant au milieu des autres avec leurs cicatrices, la plaie ouverte. Ce fut donc un peu une surprise de lire les premières pages du roman. Car je n’y ai pas vu une femme brisée, mais une femme battante, une quêteuse de la vérité. Sa vie est devenue une course contre la seule chose qui puisse lui servir d’objectif : Qu’est devenue sa fille ? Que lui est-il arrivé ?
Du roman noir que je m’imaginais, on passait à un roman sur-vitaminé, ou du moins un roman rapide, pressé, stressé avec de petits paragraphes, de petites phrases, pour montrer cette femme qui court pour savoir et qui a chaque fois se prend un mur. Jusqu’à cette scène chez son psychiatre, où l’histoire commence à dérailler. Et tout d’un coup, l’histoire devient toute autre.
Petit à petit, Sylvie va être harcelée par des cauchemars, aussi bien en pleine nuit que lors de ses petites siestes en pleine journée. Parfois, elle s’endort sans même s’en rendre compte. Et puis, il y a des quartiers qui changent, qui ne sont pas tout à fait comme elle les a vus ou imaginés. D’ailleurs, où est la part de vérité dans ce qu’elle vit ? Peut elle faire confiance à ce qu’elle voit, à ce qu’elle entend, à ce qu’elle sent ou ressent ? Est-elle tout simplement malade, victime de son cerveau aux abois ?
Le lecteur, donc moi, se retrouve ballotté d’une scène à une autre, sans forcément comprendre, si ce n’est que c’est un jeu. Ce roman est un jeu orchestré par l’auteur, tout en sachant que de toutes façons, on aura perdu. Comme c’est remarquablement écrit, on se laisse prendre au jeu, on se pose des questions, on échafaude des hypothèses et puis on avance. Et puis, la bonne trouvaille, c’est de conjuguer les verbes au présent dans toutes les scènes, ce qui fait que même le lecteur y perd tous ses repères.
Bon, c’est bien joli, tout ça, mais ça peut paraître lassant. A partir du milieu du livre, le rythme s’accélère, les interrogations se font multiples, le coupable semble se dessiner, mais c’est sans compter sur l’imagination de l’auteur, qui nous concocte une fin aux petits oignons. Sur la première page du livre, est écrit : « Bluffant ». C’est exactement ça : ce roman est bluffant … de bout en bout.

Echo de Ingrid Desjours (Pocket)

Je n’avais pas entendu parler de Ingrid Desjours jusqu’à ce que sorte Potens, son deuxième roman. A partir de ce moment là, mes amis n’ont pas arrêté de me vanter les mérites de ce jeune auteur qui avait commencé par Echo. Il est sorti aux éditions Pocket et c’est un thriller très sympathique, un premier roman très réussi.

Les deux nouvelles stars du PAF sont retrouvées assassinées chez elles, un gigantesque appartement luxueux de Paris. Lukas et Klaus Vaillant sont deux jumeaux qui en cinq ans sont devenus des incontournables du petit écran grâce à une émission où ils interviewent des invités, le principe étant de littéralement démolir ceux-ci par des insultes et blagues de mauvais goût, quitte à ressortir en public des faits plus ou moins avouables de leur vie privée. Ceux qui s’en sortent bien sont assurés d’un succès immédiat, les autres pouvant passer à l’abandon de leurs fans.

Les deux présentateurs jumeaux ont été retrouvés massacrés, assis à leur table, empoisonnés à la strychnine, nus, et leur visage tailladé comme le Joker de Batman. Ils sont positionnés face à face comme s’ils se regardaient dans un miroir, ayant en face d’eux leur propre image, celle de leur frère. A cause de leur émission, le nombre de leurs ennemis est aussi élevé que le nombre des invités de leur émission. Il s’avère qu’en plus d’être des personnages détestables en public, ils l’étaient aussi en privé avec une tendance perverse très prononcée.

Le commandant Patrik Vivier est chargé de l’enquête. C’est un cinquantenaire débonnaire qui n’aime pas qu’on lui marche sur les pieds. Son age et son expérience font qu’il est la bonne personne pour mener cette enquête, où il va avoir affaire aux gens su show business. Débarque alors sur la scène du crime une psychologue experte en profilage criminel, Garance Hermosa. Elle a été appelée en renfort pour faire le profilage de l’assassin. C’est une jeune femme frivole et légère, mais malgré tout très compétente et impliquée. C’est une battante qui gère sa vie privée comme sa vie professionnelle : beaucoup de charme, besoin d’être aimée, mais sans attaches, la liberté avant tout. C’est donc un « couple » un peu particulier qui va enquêter sur ces frères jumeaux adeptes de sado masochisme et autres perversités.

Avant tout, je tiens à dire que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Et cela est du essentiellement à l’auteur, qui a elle aussi pris énormément de plaisir à l’écrire. Et cela se sent tout au long du livre. Il y a une sorte d’euphorie, de légèreté, de fluidité, d’optimisme dans le style qui se sent.

Ingrid Desjours a d’énormes qualités pour mener une intrigue, certes, mais surtout pour bâtir des personnages et pour les faire vivre devant nos yeux. Elle nous montre Patrik et Garance dans leur vie de tous les jours, avec chacun leurs petites failles, dont ils se satisfont. Le personnage de Garance est surtout très fouillé, avec ses qualités, ses défauts, ses contradictions, ses erreurs, sa sympathie.

Alors, bon, ce n’est pas un livre parfait. Je l’ai trouvé parfois trop bavard, parfois trop démonstratif, parfois trop facile dans les explications pas toujours utiles de la psychologie des personnages. Mais, si on se rappelle que Ingrid Desjours est née en 1976 et que c’est son premier roman, moi je dis : Chapeau ! Ce livre m’a fait sourire, m’a passionné, m’a étonné, m’a pris quelques heures de sommeil. J’ai le deuxième tome dans ma bibliothèque, il s’appelle Potens et je vais bientôt le lire … en espérant qu’il confirme tout le bien que j’espère à cet auteure.