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Le meurtre d’O’Doul Bridge de Florent Marotta

Editeur : Taurnada

Je n’avais plus lu de romans de Florent Marotta depuis L’échiquier d’Howard Gray, surtout parce que je n’avais pas vu, ou fait attention à ses parutions. C’est donc avec grand plaisir que je me suis plongé dans l’univers de ce faiseur d’histoires.

San Francisco, de nos jours. Calvin sort dans la rue, fermant la porte sur le brouhaha ambiant. Il prit sa voiture de location et se lacha dans les rues désertes, pestant contre sa lacheté. Soudain une voiture déboule derrière lui, le forçant à accélérer. Coincé au pont amovible Lefty O’Doul, il sort de sa voiture mais des gros balèzes armés arrivent. Courant à perdre haleine, il arrive à un parking, sort son portable et compose un numéro au hasard. L’un des hommes tire une balle dans le portable, broyant sa main par la même occasion, avant de lui tirer une balle dans la tête.

Michael Ballanger est français et s’est installé ici pour fuir la France où il a vécu un drame familial. Il est devenu coach, et ce qui est différent d’un psychologue, puisqu’il écoute ses patients et leur prodigue des conseils pour les remonter psychologiquement, que ce soit dans leur vie professionnelle ou personnelle. Ce matin-là, il termine une consultation avant d’apprendre qu’un de ses clients a annulé sa séance et qu’il est donc en week-end.

Après un rendez vous dans un bar avec son vieil ami, le professeur Neal Brown, il a l’idée d’inviter son amie Kimberly dans un chalet perdu au fond des bois. Kim fut une ancienne escort-girl pour payer ses études de psychologie, et ces deux là sont devenus des amis, Kim jouant le rôle de psychologue de Michael. Ils vont s’isoler dans un chalet perdu en pleine montagne. Le lendemain, ils sont brutalement réveillés par la police de San Francisco : Ballanger est leur suspect dans le meurtre de Calvin, le mari de Teagan Robbins-Tennesson, qui est à la tête de la célèbre entreprise pharmaceutique.

Accrochez vous ! Pour vous imager le rythme de ce livre, sachez que ce résumé ne représente en fait que les 30 premières pages. Si on pourrait le classer dans les polars classiques, avec tout ce qu’il faut de gentils, de méchants, de belles femmes, je dois avouer qu’il regorge de qualités, pour être un très bon divertissement.

Le héros se trouve plongé dans une affaire qu’il ne comprend pas, et c’est le genre de sujet qui me plait, quand l’aspect psychologique est bien fait : voir comment il réagit. Eh bien, justement, outre que l’auteur dirige de main de maitre son intrigue, il se permet de construire un personnage complexe, à la fois marqué par son passé (il a laissé sa famille en France suite à un drame que vous découvrirez vers la fin), mais il a une relation avec les gens particulière au sens où il les analyse et comprend leurs motivations. Il se permet même de penser à leur donner des conseils en tant que coach (penser seulement, car il vend ses conseils à ses clients ! Il faut bien vivre !), conseils d’ailleurs qu’il a du mal à s’appliquer à lui-même dans les situations de stress.

Du rythme, de l’action, il y en a donc à foison, des visites dans des bars louches ou stylés, des rencontres avec des balèzes qui parlent avec leurs poings ou des femmes intraitables, avec par moments, quand Michael cauchemarde, des retours vers son passé et ses regrets. Si ce roman ne révolutionnera pas le genre, et ce n’est pas son ambition, il vous fera passer un très bon moment de lecture car l’auteur a bien appliqué les règles du genre et a su créer un personnage … que l’on devrait retrouver dans une prochaine aventure si j’en crois le dernier chapitre. Et je peux vous dire que je serai au rendez-vous.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

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Il coule aussi dans tes veines de Chevy Stevens (Archipel)

J’avais beaucoup aimé Séquestrée, et cette façon de présenter une intrigue au travers de séances chez une psychologue. Voici donc le deuxième roman de Chevy Stevens, qui reprend le même principe de narration.

Sara Gallagher travaille chez elle à la restauration de meubles. Elle a été adoptée à sa naissance, et ses parents ne le lui ont jamais caché. Bien qu’ayant connu une vie pas facile, elle a eu une fille Ally avec un homme, et est fiancée avec un autre, Evan, avec qui elle envisage de se marier. C’est lors de la préparation de son mariage que son obsession de connaître ses vrais parents ressurgit.

Le fait que les services sociaux ouvrent leurs archives au public va la motiver à commencer sa recherche. Elle découvre rapidement que sa vraie mère s’appelle Julia Laroche. Après quelques coups de téléphone, elle retrouve la trace de sa vraie mère, qui est professeur dans une université. Mais elle refuse de répondre à ses appels voire même de la rencontrer. Alors elle décide de faire appel à un détective privé.

Julia Laroche s’appelle en réalité Karen Christianson. Karen est la seule victime du Tueur des campings qui s’en est sortie. Le tueur a tué ses parents, l’a violée et elle a réussi à s’échapper. Quand Sara compare les dates, elle serait la fille du tueur. Sa situation va très vite se compliquer quand l’affaire apparaît sur un blog, relayé bientôt par de nombreux autres. Puis, son père naturel la contacte …

Le procédé de Chevy Stevens est exactement le même que celui utilisé pour son précédent roman, à savoir que l’intrigue nous est dévoilée au travers de séances chez sa psychologue. C’est donc Sara qui raconte sa vie, par épisodes tout au long de ces 24 séances. Cela a plusieurs avantages pour l’auteur et pour le lecteur : L’auteur ne nous dit que ce qu’elle veut bien nous dire puisqu’il y a beaucoup de subjectivité dans ce qui est raconté. De même, la psychologie du personnage de Sara est très fouillée, très détaillée et réaliste. Enfin, pour le lecteur, c’est un régal de suivre un personnage comme si on l’écoutait nous raconter sa vie par petits morceaux au fur et à mesure de quelques rencontres.

Seulement, la forme ne m’a pas paru judicieuse, au sens où Sara raconte son histoire et que sa psychologue y a un rôle secondaire (sauf vers la fin, mais je ne vais pas tout vous dire). En fait, ce roman raconte la relation entre Sara et son père au travers des différents coups de téléphone et l’impact que cela peut avoir sur sa vie privée. Et c’est suffisamment bien fait pour que cela ne soit ni répétitif, ni barbant. Par moments, j’ai même ressenti une forme de stress dans ces conversations qui tournent aux menaces. Et si je trouve que c’est un bon polar, il m’a manqué justement cette tension qui monte, ce stress permanent venant de la menace d’un serial killer.

C’est clair, Chevy Stevens sait écrire, sait construire une histoire, et nous livre avec Il coule aussi dans tes veines un bon polar. Et même si j’ai préféré Séquestrée, celui-ci se révèle un polar agréable qui confirme que Chevy Stevens est une bonne auteure de thriller, que j’aurais plaisir à retrouver.

Thérapie en sourdine de Jean François Thiery (Ex-Aequo éditions)

Voici un roman policier qui flirte avec le thriller qui va me donner l’occasion de découvrir un nouvel auteur français. Pour un premier roman, j’ai trouvé le résultat très intéressant, car les qualités essentielles sont là : l’art de conduire une intrigue et de créer des personnages vivants.

Aphrodite Pandora est une psychologue, qui petit à petit, s’est spécialisée dans le traitement des violences conjugales. Ce jour là, elle reçoit un dénommé Sofiane Mansouri, un propriétaire d’une entreprise de BTP. Après une petite discussion, il s’avère qu’il est déçu des relations avec sa femme et qu’il lui arrive de la frapper. Ils conviennent d’un prochain rendez-vous, et de son coté, Aphrodite va essayer de sauver Ingrid Mansouri.

Seulement, à la clinique débarque un flic, nommé Wolf. Grand, d’origine allemande, séduisant, il demande à Aphrodite de l’aider dans une affaire un peu spéciale : l’un de ses précédents patients, M.Stein, s’est suicidé. Il lui demande de rechercher dans ses anciens dossiers, sans qu’il ait besoin de demander un mandat. L’histoire se complique quand le médecin légiste annonce que Stein ne s’est pas suicidé mais qu’il a été tué, et que Mansouri connaissait en fait très bien Stein.

Le gros point fort de ce roman est indéniablement ses deux personnages. De Wolf, flic au passé mystérieux, ayant obtenu la nationalité française pour avoir fait l’armée dans les bérets verts à Aphrodite la psychologue passionnée par son métier et profondément humaniste, on ne peut que s’attacher à ce qui leur arrive. D’autant plus que leur vie privée est bien décrite et plutôt compliquée. Wolf a vu sa femme le quitter, le laissant avec un petit garçon craquant, qu’il est obligé de confier à une nounou, qui le voit plus que lui. Aphrodite, elle, est mariée à un pompier qui est donc souvent absent, ou pris dans ses réflexions, et elle a des doutes sur le fait qu’il ait une aventure extraconjugale. Bref, tous les ingrédients sont là pour que, humainement parlant, cela soit passionnant.

Ce que j’ai adoré, ce sont les dialogues, qui sont remarquablement bien faits. Jean François Thiery, dans les scènes d’analyse d’Aphrodite avec ses clients, ou plus tard entre les flics, sait rendre des dialogues longs mais passionnants, sans en dire trop, en étant très efficace. J’adore quand quelques mots dans un dialogue en disent plus que de longs paragraphes descriptifs.

Et c’est là où je veux en venir : De ces qualités, il ressort tout de même des paragraphes trop longs, trop explicites, trop démonstratifs, alors qu’il me semblait qu’il suffisait d’en faire moins pour en faire un excellent polar. Un exemple : pourquoi vouloir nous décrire l’histoire passée de Wolf, dès le début du livre alors qu’il suffisait d’en parsemer le livre par petites touches et d’en laisser pour le prochain ? C’est un premier roman, c’est aussi une première enquête d’un couple bigrement attachant, donc c’est un roman prometteur, sur un sujet extrêmement difficile que sont les violences conjugales. Et rien que pour ça, cela donne un excellent argument pour le lire.

Ne ratez pas l’article de Jean François Thiery sur Livresque du noir : http://www.livresque-du-noir.fr/2012/09/therapie-en-sourdine-par-jean-francois-thiery/

De même que vous pouvez trouver la suite des aventures de Wolf et Aphrodite dans L’affaire Cirrus, dont vous pouvez lire un article ici : http://www.livresque-du-noir.fr/2012/11/laffaire-cirrus-par-jean-francois-thiery/

Enfin, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le blog de l’auteur à cette adresse-ci :
http://thieryjft.canalblog.com/

Séquestrée de Chevy Stevens (L’Archipel)

Lors de mes pérégrinations webesques pour cette rentrée littéraires, ce roman m’avait intrigué par son sujet : comment une femme peut-elle se remettre d’un kidnapping qui aura duré presque un an ? Je peux vous dire que ce livre a pleinement répondu à mes attentes.

Annie O’Sullivan est agent immobilier à Clayton Falls, sur l’île de Vancouver. Elle vient de récupérer un gros marché d’appartements et s’apprête à faire une opération Portes Ouvertes. Ce soir là, elle est un peu pressée, elle doit récupérer la cafetière chez sa mère, Lorraine, et préparer son dîner avec Luc, son petit ami du moment, sans oublier de s’occuper de sa chienne Emma. Alors qu’elle s’apprête à fermer boutique, un jeune homme blond aux yeux bleus, qui s’appelle David, demande à faire une visite.

Charmant au premier abord, David s’en prend violemment à Annie, avant de l’emmener dans sa camionnette blanche. Alors qu’elle est endormie, elle ne va pas émerger avant son entrée dans une maison de rondins de bois. La maison semble confortable, mais David va vite lui imposer des règles inédites, telles que le ménage, les repas, le bain, l’épilation quotidienne, les horaires fixes pour aller aux toilettes.

Dès le début, elle subit les violences physiques de celui qu’elle va surnommer Le Monstre. Il la tape dès qu’elle fait quelque chose qu’il ne veut pas, essaie de la violer après le bain sans succès, l’insulte. Petit à petit, Annie et Le Monstre vont trouver un mode de communication, se faisant des confidences sur leur enfance, leurs parents, leurs amis. Et …

Je ne peux pas vous en dire plus ! Il y a mille façons de mener une intrigue avec ce sujet, cela aurait pu être effrayant, gore, comique, plein de rebondissements. Chevy Stevens a choisi de raconter son histoire au travers des séances de Annie chez sa psychiatre, qui devraient lui servir à se soigner, extérioriser cette année de torture. Donc, Annie raconte ce qu’elle veut, d’elle-même et cela évite les scènes pénibles ou insoutenables. Je vous rassure donc, ce livre peut être mis entre toutes les mains.

De plus, sous couvert d’un roman psychologique, car on nous fait entrer dans la tête, les pensées et les émotions de Annie, il y a un vrai suspense, celui de savoir pourquoi elle a été enlevée et dans quel but. Et la construction est redoutable pour le lecteur : on attend avec impatience de savoir ce que Annie va vouloir raconter à son psy, car c’est elle qui choisit les sujets, tantôt présents, tantôt passés.

C’est un roman passionnant, un véritable coup de maître, assurément l’une des excellentes surprises de cette rentrée. La fluidité de la narration et la justesse de la psychologie font de ce roman un excellent moment de lecture, diablement efficace et bigrement passionnant. Je suis curieux voire impatient de lire son prochain roman. A noter que ce roman a été publié aux éditions France Loisirs sous le titre La cabane de l’enfer.

De nombreux avis sont disponibles sur le net, dont ceux d’Oncle Paul, l’ami Claude, Corinne ou l’incontournable Dup.