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Gymnopédie pour une disparue de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Découvert avec Le Français de Roseville, je dois dire que cet auteur m’interpelle par sa façon de construire ses intrigues et par son style très personnel. Avec ce roman, il confirme qu’il est un auteur à part et surtout un auteur à ne pas rater.

Boualem est un jeune homme qui veut faire business man pour s’en sortir. Sa première affaire, c’était la vente d’une paire de basket qu’il avait trouvée dans le hall d’un immeuble. Alors que l’Algérie s’enfonce dans les émeutes, le quartier d’Oran où il habite reste encore calme. Mais il se rend bien compte qu’il va devoir rejoindre la France pour pourquivre sa carrière.

Boris habite un petit appartement à Paris qu’il a hérité de Tante Rose, une amie de sa mère. Laure Sieger, sa mère, l’a abandonné alors qu’il avait 8 ans, et aujourd’hui en 2013, il s’en sort grâce à son emploi à la mairie. Il n’a pas de contacts avec les autres, si ce n’est une liaison avec Gino, le fils de la gardienne. Par hasard, il rencontre Oussama, qui lui montre une photographie de jeunes gens djihadistes, partis s’entrainer en Syrie. Sur la Photo, l’un des jeunes semble être le sosie de Boris. Serait-il son frère caché ?

Aujourd’hui, Kemal Fadil est chef de la police d’un quartier d’Oran. Son affaire en cours porte sur une série de meurtres dont les corps sont étrangement disposés. Quand on découvre le cadavre d’une femme supposée d’adonner à la sorcellerie, il suit la piste de rituels ancestraux, depuis longtemps abandonnés dans cette société qui s’est donnée toute entière à la modernité.

Indéniablement, Ahmed Tiab fait partie de ces tous nouveaux auteurs dont il faut suivre la trace. Car tout, dans ses romans, est fait avec originalité. Il y apporte sa propre touche aussi bien dans la construction que dans le style. Et il nous permet aussi d’approcher les difficultés de l’Algérie balancée entre modernité et histoire, entre politique et terrorisme. Mais tout cela n’est pas fait avec de gros sabots, et n’a pas pour but d’écrire des brulots. Ahmed Tiab préfère prendre les faits et exposer une situation comme le ferait le meilleur des journalistes. S’il aborde le sujet du Djihadisme, ce n’est pas le sujet principal du livre, qui nous parle plutôt de la recherche de ses racines et des questions que tout un chacun se pose sur ses origines.

Ce que j’aime c’est Ahmed Tiab, c’est cette façon, l’air de rien, de construire ses personnages, et de ne jamais les juger. Il les présente dans leurs faits de tous les jours et avec une telle tendresse que l’on finit par non seulement adhérer, mais aussi s’attacher à eux. Ces trois personnages vont former une histoire qui va se culminer vers une fin non pas dramatique mais qui va répondre à bien des questions.

D’ailleurs, la construction aussi est originale. D’autres auteurs auraient alterné les chapitres passant de l’un à l’autre. Ici, Boualem aura droit à une première partie, Boris à deux parties puis nous finirons par Kemal avant d’aboutir à la conclusion. On peut avoir l’impression de lire trois histoires différentes, trois nouvelles accolées. Mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur qui réunit le tout dans un ensemble parfaitement cohérent.

Quand je vous dis que cet auteur, vraiment à part, est à suivre, c’est aussi avec ce rythme de la narration, qui pourrait laisser penser à de la nonchalance. Mais après quelques pages, cela en devient hypnotique et on devient accroché à cette plume réellement unique et d’une simplicité que beaucoup peuvent lui envier. Je suis sur qu’après ce roman, Ahmed Tiab va nous sortir un grand livre et qu’il sera enfin reconnu. Je ne suis pas pressé, je suis patient !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude.

Les sentiers de la nuit de Gilles Vidal (Jasmin noir)

Le dernier roman en date de Gilles Vidal a un titre qui peut étonner, et une couverture qui ne reflète pas tout à fait ce qu’il contient. Mais qu’importe, ne vous arrêtez pas à vos a priori. Je vous propose de plonger dans l’aventure de Harry Pitman et Paul Massat.

Harry Pirman est un américain d’une trentaine d’années habitant Santa Barbara. Il a créé une start-up à la sortie de l’université et est devenu riche en millions quand il l’a revendu. A priori, il n’avait aucune raison de faire cela, si ce n’est la mort de sa mère, si ce n’est la remise en cause de ses certitudes. Sa mère lui apprend, en effet, que son père n’est pas son père … mais elle meurt avant de lui donner son nom. Il demande une analyse ADN qui vient confirmer la sentence. A la recherche de ses racines, comme à la recherche de sa vie, Harry va se jeter à corps perdu dans son enquête.

Paul Massat est lieutenant de police à Solieu. Devenu responsable du commissariat pour cause de vacances, on l’appelle pour une affaire classique. Le corps d’un homme vient d’être retrouvé, vraisemblablement mort d’une crise cardiaque. Le problème est qu’on retrouve le malheureux dans un squat où on y trouve des trafics de drogue, et que le bonhomme n’a pas l’air d’être un client … trop bien habillé. Paul Massat va quand même creuser cette affaire, surtout pour oublier sa vie personnelle, sa séparation avec sa femme Carla et le fait qu’elle veuille s’éloigner pour qu’il ne voit plus son fils Armand.

Si le début du roman saute de personnages en personnages, ce qui peut un petit peu déstabiliser, on en vient rapidement aux deux piliers principaux : Harry et Paul. Ils vont suivre le cours de leur vie, avec chacun leur motivation, chacun leurs problèmes, chacun leurs objectifs. Et ces objectifs vont être particulièrement personnels puisqu’ils vont chacun être chahutés dans leurs croyances, dans leur stabilité familiale.

Harry est le plus emblématique de cet état de fait, puisque sur son lit de mort, sa mère lui annonce que son père n’est pas son père. Lui qui a eu une vie emplie d’illusions et de divertissements faciles depuis le succès de sa Start-up, il se retrouve obligé de remettre en cause sa famille. Paul, de son coté, s’obstine dans cette enquête qui n’en est pas une, comme une sorte d’exutoire pour oublier l’absence de son fils et l’agressivité de son ex-femme. Il doit aussi gérer sa liaison avec son père, auteur de romans de Science Fiction qui vit seul dans une maison isolée. Son père est d’ailleurs le troisième personnage d’importance dans ce roman, même s’il arrive tardivement dans l’intrigue. Il nous offre des scènes intimistes d’une grande sensibilité.

Et c’est d’ailleurs le point fort de ce roman, et la raison pour laquelle je l’adore. On n’a pas l’impression de suivre une histoire, mais plutôt d’être plongé dans plusieurs histoires, dans plusieurs vies. On ne suit pas ces personnages, on vit avec eux. Et comme dans la vraie vie, il n’y a pas de grands moments, mais plusieurs petits moments qui construisent nos vies. On n’y trouvera pas de grands moments d’action, mais plein de petites scènes toutes formidablement réussies. Gilles Vidal nous offre là un roman écrit au fil de l’eau, comme une improvisation, sans esbroufe, mais avec talent et éclat, tout en subtilité et en sensibilité, un roman empli d’émotions.

Et si la fin du roman laisse autant de question, et donne bien peu de réponses, c’est bien parce que la vie est rarement comme dans les romans. Et de ces expériences rencontrées dans les itinéraires de ces personnages, on cherchera un sens de la vie, on se posera bien des questions sur nos actes et leurs conséquences. Et ce roman m’aura un peu plus éclairé sur ce qui est important dans la vie … Merci Monsieur Vidal.

Ne ratez pas le mot de l’auteur sur l’excellent site Livresque du Noir

Ne ratez pas aussi les avis des amis Claude et Oncle Paul