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Novellas chez Ombres Noires

Depuis quelque temps, Ombres Noires publie des novellas, dont les thèmes sont centrés sur les livres, en général. En voici quelques uns :

 Mythe Isaac Becker

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman

Traducteur : Pierre Brévignon

Quatrième de couverture :

1944, camp de concentration de Birkenau. Les destins de Jacob et d’Isaac se trouvent scellés quand le carnet de ce dernier est confisqué par le sous-lieutenant Kleinmann. Chronique des activités criminelles du camp et des victimes des chambres à gaz, son Livre des Morts peut les conduire à leur perte. Les deux hommes tentent de récupérer le précieux objet mais, surpris par Kleinmann, Isaac est tué. Le carnet semble définitivement perdu.

Mais que sait-on réellement de Jacob et d’Isaac ? Sont-ils vraiment les héros que l’on croit ? Et si Le Livre des Morts venait à ressurgir, que dévoilerait-il ?

Mon avis :

Voilà une belle histoire, celle d’un homme déporté à Birkenau qui s’invente une histoire pour pourvoir émigrer aux Etats Unis. A travers des chapitres courts, nous allons voir comment cet homme va voir sa vie bouleversée par son premier mensonge, un soi-disant acte héroïque pour sauver un compagnon prisonnier qui avait écrit un mystérieux livre.

Cette illustration de l’histoire dans l’Histoire , des arrangements avec la vérité et la poids des mensonges est avant tout une belle histoire. Car si le style est, ou du moins m’a paru simple voire simpliste, le format court de cette nouvelle me laisse surtout sur ma faim, puisque j’aurais aimé que plusieurs situations et personnages soient développés. Du coup, c’est plutôt un sentiment de déception qui ressort de cette lecture.

Journal du parrain

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Quatrième de couverture :

Lorsque le vieux Don Nicholas Giraldi décède, c’est la panique à New York. Selon la rumeur, le Parrain tenait un registre de toutes ses manoeuvres et transactions crapuleuses, qu’il voulait léguer à une personne de confiance. Parce qu’il a travaillé à plusieurs reprises pour le Don, le célèbre détective privé Mike Hammer est approché par des personnes ayant tout intérêt à récupérer le précieux document.

Véritable arme de pouvoir, ce carnet pourrait mettre bien des carrières politiques en péril… Et être décisif dans l’implacable guerre des clans qui fait rage parmi les différentes familles de la mafia.

Mon avis :

C’est mon premier Mickey Spillane et je dois dire que ce polar pur jus est sympathique … sans plus. Même si cette histoire a été terminée après la mort de l’auteur par son meilleur ami, le style d’écriture semble avoir été respecté. C’est une bonne histoire, racontée grâce à six ou sept scènes, dans un style efficace où on décrit les personnages en une phrase. Il y a beaucoup de dialogue, droles avec de la répartie. Si le mode de narration a un peu vieilli, le format court permet de donner un bon rythme à l’ensemble. Pour moi, ce fut une bonne lecture, mais qui ne sera pas inoubliable. Cette novella aura au moins le mérite d’avoir suscité chez moi la curiosité de lire d’autres romans de cet auteur.

Soul Patch de Reed Farrel Coleman (Phébus)

Allez savoir pourquoi je me suis pris d’affection pour Moe Prager. Après ma précédente lecture de ses enquêtes avec redemption street, je replonge avec Soul Patch, aux éditions Phébus.

Soul Patch est un quartier Que Reed farrel Coleman a imaginé en plein New York. Soul patch, c’est le nom que l’on donne à la barbichette que certains se laissent pousser entre la lèvre inférieure et le menton. C’est aussi le quartier d’enfance de Moe Prager, ainsi que le lieu où il patrouillait quand il était flic. C’est dans ce quartier que va se dérouler ce roman.

Moe Prager et son frère inaugurent le troisième magasin de vins et spiritueux qu’ils ont appelé Red, White and you. Du coté professionnel, tout va bien pour Moe. Du coté de son mariage, les relations avec sa femme se délitent. Le poids de trop de secrets finit par les éloigner l’un de l’autre. Alors, Moe cherche une échappatoire, un peu d’action avant le désastre. Lors de cette inauguration, Larry MacDonald, un ancien collègue et ami de Moe lui donne une cassette, en lui demandant de l’écouter puis de l’appeler.

Il écoute donc l’enregistrement d’un interrogatoire entre deux flics et un dealer Malik. Il y est question de la mort d’un ancien caïd D Rex Mayweather. Il appelle Larry qui lui donne rendez vous un soir à Soul Patch. Là, Moe lui annonce qu’il refuse toute enquête qui pourrait mettre en cause un flic et met en cause l’honnêteté de Larry. Quelques jours plus tard, Malik est retrouvé assassiné et Larry suicidé. Moe va bien être contraint de faire la lumière dans cette affaire ténébreuse et dangereuse.

J’ai retrouvé tout le plaisir que j’avais éprouvé lors de la lecture de Redemption Street. Le personnage de Moe est extrêmement sympathique, et l’on sourit souvent, même si sa situation familiale ne va pas fort. On a droit à ses pensées, ses déductions, ses petits traits d’humour juif, et sa dérision. Si l’on ajoute à cela une intrigue menée de main de maître, avec une enquête menée avec sérieux et application, on a là un roman quasi classique qui procure toujours autant de plaisir.

Si on ajoute à cela l’obsession de l’auteur sur le passé, les conséquences de nos actes, les regrets de nos dires, ce roman nous pousse à nous identifier rapidement à Moe, et à nous poser des questions, dont Moe nous donne son avis d’ailleurs. On y voit aussi le décalage entre la vie d’aujourd’hui et celle d’il y a trente ans, quelques petites touches sur le téléphone portable, sur les relations humaines, sur l’attitude des gens.

Alors, qu’est ce qui fait la différence entre ce roman et les autres ? L’écriture bien sur. Elle est d’une assurance, d’une limpidité, d’une pureté, d’une facilité que cela devient prenant et qu’on ne peut plus lâcher le livre. Alors, n’hésitez pas, Moe est un excellent pote qui ne demande qu’à être votre ami. Vous n’avez qu’à dire que vous venez de ma part !

Une citation d’Oscar Wilde extraite du livre pour finir : « Quand les dieux veulent nous punir, ils exercent nos prières ». La mienne est que vous lisiez les enquêtes de Moe Prager. Un petit message pour Gridou : Moe n’est ni déviant, ni alcoolique, ni drogué; ça devrait te plaire !

Redemption street de Reed Farrel Coleman (Phébus-Rayon noir)

Voici l’exemple type de roman que j’achète suite à une critique dithyrambique, que je stocke dans une de mes bibliothèques, en attendant l’envie de l’ouvrir, mais en sachant que ça va me plaire. Il m’aura fallu 4 années avant de le lire. Et me voilà lancé dans un nouveau personnage récurrent.

Nous sommes à New York, dans les années 80. Moses dit Moe Prager, n’est plus flic depuis quatre ans. Une blessure au genou l’a obligé à prendre sa retraite et se reconvertir, d’abord en obtenant son diplôme de détective privé, ensuite en ouvrant une boutique de vins et spiritueux avec son frère dans Manhattan. Il a trouvé un certain équilibre entre sa femme Katy et sa fille Sarah.

Un matin juste avant Thanksgiving, un homme à la dégaine de loser le demande. Il s’appelle Arthur Rosen et lui demande de retrouver sa sœur Karen. Or, karen fait partie des dix-sept victimes d’un incendie qui a ravagé un hôtel des Catskill quinze ans plus tôt. Arthur insiste sur le fait qu’il a connu la sœur de Moe au Lycée. Moe s’est fait une réputation lors de son passage dans la police : il est capable de trouver n’importe qui. Sauf que c’était un coup de chance. Moe n’a pas l’intention de faire cette enquête, alors il décline l’offre.

Deux jours plus tard, un homme mystérieux demande à le voir dans sa gigantesque Lincoln. Son nom est R .B. Carter. C’est le frère de Andrea Cotter, une jeune fille qui est morte dans le fameux incendie. Il explique que la famille Rosen n’a jamais cru à la mort de Karen, et est allée jusqu’à attaquer en justice tous les éventuels responsables des pompiers aux compagnies d’assurance avant de se retourner vers la famille Cotter. Carter veut s’assurer que Moe ne s’occupera pas de l’enquête et lui propose de l’argent. Moe refuse à nouveau lui assurant qu’il ne fera rien.

Aiguillonné par tant de sollicitations, Moe apprend que Arthur est hébergé dans un institut psychiatrique, le Sunshine Manor. Moe s’y rend le jour même et découvre que Arthur s’est pendu dans sa chambre avec sa propre ceinture accrochée à l’armoire. Sur le mur, le défunt a gravé cinq mots : FAUX, HAMMERLING, INCENDIE, POEMES et JUDAS. En dessous, il a écrit avec son propre sang PRAGER. Décidément, Moe va devoir s’en occuper.

L’édition française est bien étrange. Ce livre, sorti en 2006, est en fait la deuxième enquête de Moe Prager, après Angle obscur qui sortira chez nous en 2007. Décidément, on ne fait rien comme les autres, en inversant les aventures. Reed Farrel Coleman est bien peu connu chez nous, et c’est bien dommage. Car c’est un super écrivain, capable de prendre une situation inextricable et inédite pour nous emmener dans une enquête qui va fouiller le passé.

Le gros point positif de ce roman est évidemment ses personnages. Ils sont fort bien décrits, et si on a tendance à s’identifier à ce détective privé juif un peu particulier, qui semble subir sa vie et les événements, on s’aperçoit bien vite que chez Coleman, les méchants sont méchants et les gentils pas trop gentils. L’ambiance est bizarre, Moe étant obligé de se faire accepter dans une région qui n’est pas la sienne à coup de blagues typiquement juives pleines de dérision et d’absurde.

« On ne se rend pas compte de la vitesse à laquelle on tombe, jusqu’au moment où l’on touche le sol ». Car c’est autant une descente aux enfers, qu’une plongée dans les souvenirs. On n’échappe pas à son passé, il faut juste accepter les conséquences de son destin (celle là est de moi). Ce roman est certes une enquête classique, mais l’histoire est bigrement attachante, celle d’un miroir que l’on vous oblige à regarder. Ce n’est pas toujours beau, mais c’est très agréable à lire. Et ne ratez pas le troisième tome des aventures de Moe Prager qui s’appelle Soul Patch, qui sort ces jours ci aux éditions Phébus, dont nous reparlerons bientôt.