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La prophétie de Barintown de George Arion

Editeur : Ex-Aequo éditions

Traducteur : Sylvain Audet-Gainar

La bonne nouvelle de cet été est le retour sur nos étals de George Arion, auteur Roumain qui nous a enchanté avec les (més) aventures d’Andreï Mladin, en particulier dans Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? et La Vodka du Diable. Ici, George Arion, avec l’humour ironique qui le caractérise, nous invite dans une ville imaginaire, Barintown.

A Barintown, petite ville des États-Unis, un homme entre dans un restaurant, s’installe à une table puis ort en passant par les cuisines. Le bilan est lourd : 3 morts et une quinzaine de blessés. Fred Brown, policier qui a toujours rêvé d’intégrer la brigade criminelle, et a assisté au drame, y voit là une opportunité unique. Mais quand la brigade anti-terroriste arrive, il se fait écarter comme un malpropre.

L’église catholique de Barintown ne tient debout que miraculeusement, malgré tous les efforts déployés par le Père Pascal. Mais il doit bien se rendre à l’évidence que l’audience se vide, et les dons aussi. Un soir, un jeune garçon se présente à sa porte. N’écoutant que sa bonté, il lui offre le diner et le souper. Le jeune garçon dit s’appeler Emmanuel mais reste muet sur ses origines.

Plus tard, alors qu’Emmanuel jouait dans un terrain vague, il tombe en butant sur une aspérité. Il s’agit en réalité d’une main qui dépasse du sol. Demandant l’aide du Père Pascal, ils se précipitent au commissariat. Fred Brown les reçoit et se décide à aller voir sur place. Il s’agit bien de la main d’une jeune femme. Emmanuel leur dit alors que ce corps n’est pas le seul à être enterré là. Effectivement les fouilles mettront à jour vingt-quatre cadavres.

Pendant ce temps, toujours à Barintown, la découverte d’un vieil ouvrage dans la bibliothèque du presbytère trouble au plus haut point le père Pascal. Les pages de ce livre renferment en effet le récit apocryphe et incroyable des premières années de la vie du Christ. Mais d’où peut bien provenir un texte aussi explosif ?

Alors que le commissaire James Warren prend en charge cette affaire avec le légiste Sid Thatcher, le père Pascal, remis de ses émotions, trouve dans son grenier un document apocryphe, racontant la vie de Jésus à travers des épisodes méconnus. Fortement ébranlé par l’histoire racontée dans ces feuillets, il continue malgré tout sa lecture.

Ses précédents polars étaient fort drôles. Ils avaient été écrits sous le règne immonde de Ceausescu, et avaient réussi à passer à travers la censure grâce à sa trop grande subtilité humoristique. Ce roman de 2015 est résolument plus moderne mais présente la même apparente légèreté et une ironie féroce envers le monde actuel. Au premier degré, cette histoire se révèle amusante, foisonnante. Au second degré, c’est hilarant. Décidément j’adore l’humour roumain.

Car tout le monde va en prendre pour son grade, mais gentiment, et tous les personnages sont montrés comme des gens ayant leur propre motivation mais surtout faisant preuve de bien peu de recul. Seul le père Pascal, impliqué dans sa foi, pourra se rendre compte de la futilité du quotidien face au futur incertain qui nous attend.

Du maire aux journalistes, des scientifiques à l’église, des policiers aux amoureux éconduits, des terroristes aux simples citoyens, sans oublier les conspirationnistes et les prophètes de malheur, tous vont avoir des tares qui, par la simplicité des situations et la subtilité de l’humour vont se révéler irrésistibles. George Arion semble vouloir nous décrire par le petit bout de la lorgnette notre vie qui peut s’appliquer à n’importe quel pays.

Chaque chapitre étant précédé d’une phrase qui introduit la scène ou propose une réflexion philosophique (par exemple : « il existe une seule vérité incontestable : le hasard tient une place essentielle dans la vie de chacun »), ce roman bâti autour d’un nombre incommensurable de personnages est construit comme une série télévisée auquel il apporte un aspect amusé et amusant supplémentaire souvent absente de la télévision. J’aime beaucoup ce roman original et je vous conseille de le découvrir.

Un jour viendra de Giulia Caminito

Editeur Gallmeister

Traductrice : Laura Brignon

Les éditions Gallmeister quittent le continent américain pour publier des romans issus d’autres endroits du monde. Ils débutent cette nouvelle aventure par l’Italie avec deux romans, Un jour viendra de Giulia Caminito à classer plutôt en littérature et L’Île des âmes de Piergiorgio Pulixi dont nous parlerons bientôt.

Le roman commence par un prologue terrible et donne le ton pour le reste de cette histoire. Nicola est présenté comme un garçon fragile, cherchant à se faire oublier des autres, préférant rester dans les ombres plutôt que d’affronter la lumière du jour. Lupo est tout son contraire, fort, imposant ; par sa stature, il se considère comme responsable de son petit frère, si frêle, et s’est donné comme mission de le protéger. Sur les bords du Misa, Nicola fait face à Lupo, armé d’un fusil et lui tire dessus.

Il faut dire que la famille Ceresa traine une mauvaise réputation, comme si elle attirait le mauvais sort. Luigi est le boulanger du village, sa femme Violante est aveugle, et sa famille a vu plusieurs de ses enfants mourir. Leur vie est rude, et laisse peu de place à l’amour familial. Les troubles qui secouent l’Italie en ce début du vingtième siècle vont être exacerbés par l’arrivée de la première guerre mondiale.

Par chapitres alternés, l’auteure nous plonge dans la vie d’un couvent dirigé par Sœur Adélaïde qui vient de se suicider par pendaison. Par tirage au sort, Sœur Clara va être désignée pour prendre sa place et dévoiler aux autres sœurs son caractère dur, lié à ses origines. Ce monde de silence et de foi cache en réalité un terrible secret qui va toucher le village et la famille Ceresa.

Il est surprenant de lire que ce roman n’est que le deuxième de cette jeune auteure italienne, tant l’intrigue est complexe et maitrisée. Situé dans un pays que je connais peu, parlant d’une période trouble de l’histoire italienne, il vaut mieux lire les notes de l’auteur et de l’éditeur situées à la fin du roman. Cela permet de nous éclairer sur le contexte et les positions prises par tous les personnages.

Car Un jour viendra est un roman qui nécessite des efforts pour se resituer dans le temps et dans l’espace. Ne précisant jamais quand les chapitres si situent dans le temps, il est parfois difficile de se raccrocher à l’intrigue. La façon de mener cette histoire est aussi originale puisque les secrets se dévoilent au hasard des scènes, sans qu’il n’y ait de logique dans la construction. Les lecteurs cartésiens, comme moi, se retrouveront désarçonnés.

Reste que la plume de Giulia Caminito se révèle à la fois originale et magnifique. L’écriture se montre descriptive et poétique, noire quand il le faut, quand il s’agit de décrire un décor ou la nature environnante. Elle se met en retrait et devient factuelle quand elle montre les actions des personnages, ne donnant aucune information sur les émotions. Enfin, les dialogues sont insérés dans la narration sans indication, et peut surprendre.

Malgré la beauté du texte, la noirceur du contexte, mon impression est tout de même en dents de scie. J’ai été ébahi par certains passages et regretté que le roman se révèle si difficile à suivre, par manque de visibilité. Il aurait été intéressant d’indiquer quand les scènes se déroulent et donner un peu plus de détail sur le contexte historique. Le roman creuse tout de même beaucoup de thèmes, de la loyauté fraternelle à la destinée, la religion, l’anarchie, les décisions politiques et on en ressort avec l’impression que cette période du début du vingtième siècle a été déterminante pour l’histoire de l’Italie et que le peuple, qui avait les cartes de son avenir entre les mains, s’est trompé.

Les somnambules de Chuck Wendig

Editeur : Sonatine

Traducteur : Paul Simon Bouffartigue

Se lancer dans un roman de plus de 1000 pages, ici 1160 exactement, demande du temps, du souffle, et des muscles. Croyez-moi, si ce roman s’était avéré moyen, je ne l’aurais pas fini. Et je l’ai commencé en espérant lui décerner un coup de cœur. Ce n’est pas le cas bien que ce roman soit bien fait.

Quand elle se réveille, sous le soleil de Pennsylvanie, Shana aperçoit le lit de Nessie, sa sœur vide. A tous les coups, elle a encore fugué ! Elle fouille alors la maison, mais chaque pièce est vide. Elle ne va sûrement pas prévenir leur père, qui est à la ferme, sinon, Nessie risque de se faire méchamment gronder. Puis, par la fenêtre, elle aperçoit quelqu’un qui marche. Elle se précipite dehors et rejoins Nessie, qui avance d’un pas mécanique, le regard fixe, les yeux morts. Nessie est la première somnambule recensée.

Shana appelle le père, qui débarque avec sa vieille Chevy. L’idée même d’essayer de bloquer Nessie est effrayante, cette dernière commençant à crier et monter en température, comme si elle bouillait de l’intérieur. Remuer les mains devant les yeux ne change rien. Puis un deuxième somnambule apparut et vient s’aligner sur la trajectoire de Nessie : M.Blamire, son professeur de géométrie.

En provenance de Kailua-Kona, l’avion atterit à Atlanta avec à son bord Benjamin Ray. Il est attendu par Sadie Emeka, qui lui annonce avoir mis au point une intelligence artificielle nommée Black Swan. Black Swan a demandé que Benji participe aux recherches concernant les somnambules.

Alors que la campagne pour les élections présidentielles fait rage, Ed Creel, de la branche extrémiste du parti républicain obtient l’investiture de son parti. Il affrontera donc la présidente Hunt.

Pendant ce temps-là, le nombre de somnambules augmente, les gens qui les accompagnent aussi. On dirait un troupeau, accompagné de bergers.

Il faut avoir une sacrée endurance pour envisager d’entamer ce pavé de plus de 1160 pages. Et ce volume est bien le premier argument qui m’a fait me pencher sur cette histoire, en prévision de mes vacances. Honnêtement, je ne serai pas allé jusqu’au bout si ce roman avait été, ne serait-ce que moyen. Il m’aura fallu huit jours pour avaler ce récit, porté principalement par ses personnages formidablement bien construits.

Chuck Wendig a pris son temps pour les installer, et il a fait preuve d’une remarquable intelligence pour y aller doucement, et présenter différentes facettes de la société américaine. Il aborde évidemment la question de la technologie, de cette science qui rend certaines personnes folles et d’autres méfiantes. Et quand on ne comprend pas quelque chose, souvent, cela se transforme en violence …

Shana et son père vont donc représenter les citoyens moyens qui subissent une situation inextricable et incompréhensible. A côté, Benji est la pierre angulaire de la science, aidé en cela par une intelligence artificielle omnipotente mais communiquant par des lumières verte ou rouge. L’aspect politique est abordé par le duel Creel / Hunt, illustré par les factions que l’on observe aujourd’hui, démocrates contre républicains, hommes contre femmes, modérés contre extrémistes.

Chuck Wendig aborde aussi l’aspect religieux via son formidable personnage de pasteur Matthew Bird et même les réseaux sociaux dont il invente des messages en chaque début de chapitre. S’il dénonce beaucoup de travers, Chuck Wendig ne se fait pas revendicateur mais plutôt témoin de cette société sans en rajouter une miette. Certes, on y trouve des méchants et des gentils mais il les présente naturellement dans le récit.

Chuck Wendig se révèle donc un sacré conteur menant son intrigue comme il le veut, nous surprenant au détour d’un chapitre par un rebondissement totalement inattendu (et certains sont d’une extrême violence), à l’image de cette société abreuvée d’images sanglantes, qui s’en plaint mais qui en demande toujours plus. Il conduit son récit sans un style fluide, que j’ai trouvé parfois plat (et c’est pour cela que je ne lui mats pas un coup de cœur) et abusant de comparaisons commençant par « comme … » qui m’ont agacé.

Malgré cela, ce roman, écrit avant la pandémie, montre tout le talent et l’imagination d’un auteur, capable de partir d’une situation inimaginable pour autopsier les maux de la société moderne. Tout le monde en prend pour son grade et rien que pour cela, il vous faut lire ce roman, maintenant ou pendant vos vacances à venir, car il a l’art de pointer des aspects importants et le mérite de nous rendre un peu moins con.

Un conseil : ne comparez pas Le Fléau de Stephen King avec ce roman.

Deuxième conseil : appréciez à leur juste valeur ces quelques phrases piochées au gré du livre. C’est écrit simplement, mais ça fait du bien de les voir écrites.

« Personne dans le monde ne fabrique un vaccin universel contre la grippe parce que derrière, il n’y a pas d’argent. Personne ne fabrique de nouveaux antibiotiques parce que … on ne se fait pas d’argent avec un comprimé bon marché qu’on ne prescrit pas longtemps. »

« Il y a des gens qui ne sont que des déchets, alors ils rencontrent d’autres déchets et commencent à constituer une décharge. Et c’est encore plus facile avec Internet. »

« Je pense que ce que nous regardons en ce moment même doit être notre pré carré et que c’est à nous de régler le problème. C’est pas des mecs avec des flingues qui vont le régler. Les mecs avec des flingues, ça ne règle jamais rien. »

« Reste qu’il existait quantité d’armes dont l’utilisation n’exigeait pas des facultés mentales particulièrement développées. Presser une détente ne nécessitait qu’une minuscule impulsion électrique née des profondeurs du cerveau reptilien. »

« Les humains étaient une maladie.

La Terre était le corps.

Le changement climatique était la fièvre. »

Cinquante-trois présages de Cloé Mehdi

Editeur : Seuil / Cadre Noir

J’avais tellement adoré Rien ne se perd, et quand j’avais rencontré Cloé au salon de Saint-Maur en Poche, elle m’avait dit travailler sur un roman totalement différent, plutôt futuriste. Je ne m’attendais pas à un roman comme ça !

Dans un futur proche, la population occidentale a délaissé l’aspect spirituel de leur vie, et abandonné toute religion. Les rumeurs ou la légende disent que Dieu a alors explosé et donné naissance à une trentaine de divinités. Ces divinités sont réunies et connues sous le nom de La Multitude, et elles choisissent un être humain pour être leur interprète, une Désignée. Outre l’accueil des nouveaux croyants, les Désignés doivent aussi porter la bonne parole et répondre aux sollicitations des médias.

Raylee Mirre est la Désignée du Dieu Dix-Neuf. Quand Raylee Mirre se lève, ce matin-là, elle manque de se prendre les pieds dans le corps de Kyle, allongé mort au milieu de la cuisine. Ses deux colocataires jumeaux, Hector et Adrian, auraient dû faire le ménage avant qu’elle descende. Si Raylee est une Désignée, les jumeaux sont à la fois ses gardes du corps et des Bourreaux au service des Dieux Rouges, les plus violents envers l’Humanité.

A côté de cette permanence de Hondatte, le gouvernement, inquiet de cette mouvance, a mis en place une organisation spéciale pour surveiller la Multitude, l’Observatoire des Divinités. Le lieutenant Hassan Bechry doit en particulier comprendre les disparitions inexpliquées de jeunes gens liés à la Multitude. Pour ce faire, il charge Jérémie Perreira de se faire embaucher pour infiltrer cette mystérieuse organisation de plus en plus influente.

Je pourrais comparer Cloé Mehdi à une équilibriste, avançant sur son câble tendu, quel que soit le décor qui s’étend sous elle, quelle que soit la force du vent qui balaie l’atmosphère. Que ce soit dans le genre de Roman Noir (Rien ne se perd) ou dans le Roman d’Anticipation ici, elle présente notre société avec une franchise et une acuité remarquables, que l’on soit d’accord ou pas avec le propos.

Encore une fois, l’intrigue telle qu’elle est présentée en quatrième de couverture peut faire penser à une charge contre les religions monothéistes. Ce qui n’est pas le cas, loin de là. Avec cette histoire, Cloé Mehdi nous parle de notre société, de ceux qui galèrent avec quelques centaines d’euros par mois et qui n’ont même plus de Dieu pour apercevoir un peu d’espoir. Elle nous parle aussi de racisme, de rejet envers ceux qui ont décidé de vivre autrement, les homosexuels, les transgenres, de la violence sous-jacente, du manque d’humanité grandissante.

Tout le roman repose sur le personnage de Raylee Mirre, jeune femme frêle qui subit son statut de désignée plutôt que d’en tirer une fierté ou un pouvoir. Quand elle reçoit des messages, des visions, elle devient malade, atteinte d’une forte fièvre. Elle ne maitrise pas les éléments ni les événements, ce qui, pour quelqu’un de si sensible devient un véritable arrache-cœur pour elle. Etant noire et homosexuelle, elle subit aussi le rejet, la haine des autres ce qui donne un personnage sans attaches, émotif mais sans rien pour libérer son trop plein de sentiments. Son apparence n’attire pas non plus la sympathie, avec son crâne rasé. Et elle va se retrouver au cœur d’une guerre entre les divinités.

Le scénario peut sembler partir dans tous les sens, mais au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, on se rend compte qu’il est savamment dosé, et qu’il montre une société en pleine déliquescence et qui perd ses repères. Cloé Mehdi reste fidèle à sa conduite, elle veut parler d’aujourd’hui, des gens qui veulent y vivre et choisir de traiter le sujet de la religion en partant d’une dystopie est une preuve d’intelligence et de lucidité. Ces cinquante-trois présages est un roman inclassable, vrai, lucide, intelligent, philosophique et écrit avec un recul nécessaire et bienvenu.

L’ange rouge de François Médéline

Editeur : Manufacture de livres

L’incursion dans le monde du thriller de François Médéline peut étonner ses fans de romans noirs et politiques. Pour autant, il a conservé sa ligne de conduite et nous offre une histoire noire et violente centrée autour de son personnage principal.

Un radeau dérive sur le Rhône au gré du courant et bute sur un pilier de pont. Le commandant Alain Dubak et son adjointe la capitaine Piroli, dite Mamy prennent place sur un hors-bord pour rejoindre l’endroit entouré par les flots. Un homme mort repose sur l’embarcation en bois, crucifié. En y regardant de plus près, ses organes génitaux ont été découpés, et une orchidée a été dessinée sur le corps.

Le commissaire divisionnaire Paul Giroux leur annonce la mauvaise nouvelle : le procureur a décidé de confier l’enquête au groupe Dubak. Comme la découverte a été faite en pleine nuit, peu de témoins ont vu la scène. Ils vont pouvoir garder le silence pendant quelques jours. Alain Dubak appelle ses collaborateurs par des numéros. Abdel, numéro 6 et Thierry, numéro 7 sont chargés d’emmener le corps à l’IML.

Le lendemain, la conférence de presse annonce le strict minimum : un corps a été retrouvé sur un radeau. Toute l’équipe Dubak y assiste, Mamy, Joseph numéro 5, Abdel, et Thierry. Véronique, la procédurière du groupe et numéro 3 assiste à l’autopsie. Laquelle autopsie montre que le corps n’a pas subi de violence sexuelle mais a été minutieusement nettoyé. Rapidement, l’équipe met un nom sur le mort : Thomas Abbe.

« Le crucifié était là, en moi. Il voulait que je l’aime. »

Indéniablement, ce polar respecte tous les codes du genre Polar / Thriller tout en ayant sa propre personnalité. L’intrigue se pose assez rapidement, et on comprend vite que ce meurtre rituel va en appeler d’autres et qu’on va tranquillement verser dans une chasse au serial killer. Les descriptions des événements respectent aussi les formalités liées à une enquête policière ce qui donne une impression de réalisme poussé.

Le mystère de ce meurtre (et des suivants) va vite se complexifier, et les pistes se multiplier entre école artistique, groupe mystique, crime homophobe ou blacks blocks pour nous embrouiller mais dans les cent dernières pages, le lecteur va mettre en place les pièces du puzzle, accompagné par François Médéline qui nous livre les pièces manquantes. Et ce n’est pas Alain Dubak qui va nous y aider.

Car ce roman est porté de bout en bout par le commandant Dubak, son histoire, ses échecs et ses faiblesses. Sa compagne Alexandra l’a quitté cinq ans auparavant pour un courtier en assurance, et cette cicatrice saigne encore pour lui. Ayant une tendance marquée pour les stupéfiants afin d’oublier son présent, il est hanté par son passé et souffre d’hallucinations. Ce qui donne des passages hallucinants, hallucinés où tout se mélange pour Dubak, ce qu’il voit, ce qu’il pense, ce qu’il rêve, ce qu’il pressent.

Si par moments, la lecture est difficile à suivre, son ton très original est rehaussé par un style haché, qui ne donne pas du rythme mais illustre la personnalité complexe du personnage principal. D’ailleurs, Dubak est tellement présent qu’il fait de l’ombre aux autres personnages, quitte à ce qu’on ait du mal à les voir (sur) vivre. C’est d’autant plus frustrant que certains d’entre eux auraient mérité plus de lumière. Cela donne aussi une impression de distance par rapport à la narration, ce qui en gomme toute l’émotion qui devrait en découler.

Cet Ange Rouge est tout de même un bel objet littéraire, un thriller avec sa propre identité mais le rythme et les passages obscurs font que je l’ai plutôt aimé en dents de scie : j’ai adoré les passages hallucinés, quand Dubak fantasme (succession de J’ai vu …») et regretté l’absence de l’équipe trop en retrait. Mais en aucun cas, je n’ai regretté ma lecture, et je garde en mémoire des scènes marquantes, énormes.

Oldies : Du sang sur l’autel de Thomas H. Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Madeleine Charvet

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède

Quand j’ai créé cette rubrique, j’avais aussi dans l’idée de lire les premiers romans de mes auteurs favoris. C’est une façon de voir le chemin parcouru et pour moi, la possibilité de me rassurer sur mes gouts. Je n’ai pas trouvé le premier roman de cet auteur que j’adore tant alors voici son deuxième paru en France.

Merci infiniment à Spider Bruno pour le cadeau !

L’auteur :

Thomas H. Cook est né à Fort Payne le 19 septembre 1947.

Originaire de l’Alabama, Thomas H. Cook a fait ses études au Georgia State College puis au Hunter College d’où il est ressorti avec un Master en Histoire américaine. À la Columbia University, il obtient également un Master de philosophie.

Ainsi armé, Thomas H. Cook enseigne l’Anglais et l’Histoire, de 1978 à 1981, au Dekalb Community College de Géorgie et devient rédacteur et critique de livres pour l’Atlanta Magazine (19878-1982). À la même époque, Thomas H. Cook commence à écrire et à être publié. Au rythme d’un roman annuel à peu près. Unanimement reconnu, il a reçu un Edgar Allan Poe Award de la Mystery Writers of America en 1997 pour The Chattam School Affair. La même année, Andrew Mondshein a adapté au grand écran Evidence of Blood.

Thomas H. Cook se partage actuellement entre Cap Code et New York City avec sa petite famille.

(Source Klibre)

Quatrième de couverture :

Dans Salt Lake City, capitale économique et religieuse des Mormons, un dément, qui se prend pour un Illuminé, tue, pour régler de vieux comptes qui remontent à l’époque des premiers Mormons, des personnalités de la ville. Tandis qu’un flic romanesque et cafardeux, qui a quitté New-York par dégoût, ne réussit pas à s’acclimater. Ce sera cependant lui qui démasquera le dément.

Mon avis :

Un homme arrive au Paradise Hotel de Salt Lake City et passe un coup de fil. Il demande une prostituée, une négresse. Quand Rayette Jones arrive, elle se déshabille, il se place derrière elle et l’étrangle. Tom Jackson est inspecteur de police, en provenance de New York. Il est rare d’avoir des cas de meurtres dans cette petite bourgade tranquille. Le médecin légiste lui indique que le corps de Rayette a été lavé puis habillé. Tom trouve rapidement le souteneur qui a organisé cette passe et comme tout a été géré pat téléphone, il va être difficile de trouver le coupable. Quelques jours après, c’est un célèbre journaliste du coin, Lester Fielding qui est abattu d’une balle dans la tête.

Si ce pur roman policier respecte tous les codes du polar, il a aussi la forme des romans que l’on pouvait lire dans les années 80, fait à base d’interrogatoires. On y trouve donc beaucoup de dialogues qui vont nous lancer sur beaucoup de pistes qui vont s’avérer très loin de la résolution finale. Mais ils vont nous en apprendre beaucoup sur la psychologie de chacun et c’est un des points essentiels de ce roman.

Car en tant qu’un des premiers romans de Thomas H. Cook, c’est bien la psychologie des personnages qui domine et en particulier celle de Tom Jackson, présenté comme un « étranger » qui débarque dans une ville détenue et gérée par les Mormons. D’une nature discrète mais redoutablement tenace, c’est un personnage solitaire qui souffre de cette solitude et de ce sentiment de ne rien faire de sa vie.

Tout le monde va lui rappeler de ne pas faire de vagues, de ne pas ébranler la communauté qui fait vivre la ville. Et ce roman va s’avérer bien plus subtil qu’il n’en a l’air, avec comme Tom Jackson, cette sensation de ne pas vouloir appuyer là où ça fait mal. Et pourtant, ce roman, dans son dénouement s’avérera non pas une dénonciation mais un plaidoyer humaniste envers des gens qui sont sensés véhiculer un message d’amour. Du sang sur l’autel s’avère un très bon roman policier de la part de cet immense auteur.

Ne ratez pas l’avis de Yan (lors de la réédition chez Points) et de l’Oncle Paul

Au nom du bien de Jake Hinkson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Sophie Aslanides

Après L’enfer de Church Street, L’homme posthume et Sans lendemain, voici donc le quatrième roman de celui que l’on annonce comme l’héritier légitime de Jim Thompson. Et ce roman-là, croyez-moi, n’a jamais été aussi proche des œuvres du Maître du Noir.

L’action de ce roman se situe le samedi de Pâques 2016, en Arkansas. En tant que pasteur, Richard Weatherford s’attend à être bien occupé pour organiser les célébrations de la fête religieuse. Il est réveillé à 5 heures du matin par un coup de fil de Gary. Ce jeune homme avec qui il a fauté, le menace de tout révéler s’il ne lui amène pas 30 000 dollars dans la journée.

Brian Harten subit un réveil mouvementé quand l’alarme de sa voiture se déclenche. La mauvaise nouvelle vient du camion de la fourrière qui embarque son seul moyen de locomotion. Brian n’a plus d’argent depuis qu’il a investi tout ce qu’il avait dans l’ouverture d’une boutique d’alcool avec Ray. Le problème est que la commission doit bientôt voter sur la levée de la prohibition d’alcool et donc, son avenir reste très incertain.

Sarabeth Simmons est serveuse chez Pickett’s et comme tous les matins, elle arrive avec une bonne heure de retard. Ne s’entendant pas à merveille avec la gérante, elle se fait remonter les bretelles. Quand elle prise en faute en train d’envoyer des SMS à Gary, la sanction est immédiate : elle est virée. Elle espère vivement que Gary va récupérer cet argent qui leur permettra de refaire leur vie ailleurs.

Penny Weatherford est mariée avec Richard depuis plus d’une dizaine d’années. En tant qu’épouse du pasteur de l’église baptiste, elle se doit de participer à l’organisation des cérémonies. Avec l’éducation de ses 5 enfants, le programme de ses journées est bien chargé. Mais l’absence à répétition de son mari l’inquiète. Elle se doute qu’il se trame quelque chose. Peut-être la trompe-t-il ?

On connaissait Jake Hinkson pour ses attaques frontales contre la religion ou sa défense de la cause féminine, le voici sur le terrain politique, sans occulter pour autant ses autres chevaux de bataille. Et c’est avec un roman choral dans un espace limité que Jake Hinkson pose sa démonstration avec beaucoup d’application et de simplicité. Car l’intrigue tient en quelques lignes et que ce n’est pas ce que veut nous montrer l’auteur.

De l’éducation des enfants à la vie familiale, de la gestion de la ville à la politique, la religion est partout. Par son implication dans les différentes manifestations, le pasteur Richard Weatherford arrive à mener son troupeau vers le bien, mais aussi à le guider vers le bon chemin, le sien. Cela va jusqu’à influencer le vote pour la prohibition de l’alcool ou même pousser les gens à voter pour Donald Trump.

D’ailleurs, c’est bien l’un des sujets abordés dans ce roman : comment la religion arrive à s’immiscer dans la ie des gens et influencer le vote des gens. Avec une apparente simplicité, Jake Hinkson dégomme les travers de la société américaine faite d’apparences et d’illusions. Ce qui est important, c’est l’air que vous montrez, pas ce que vous êtes. Ce que nous montre Jake Hinkson, ce n’est rien d’autre que de la manipulation de masse la plus insidieuse possible, celle qui se glisse dans votre vie privée.

Et ce roman s’avère être une formidable dénonciation, à l’instar d’un Callisto de Torsten Krol à propos du gouvernement Bush. Si on attribue à Jake Hinkson une filiation évidente avec Jim Thompson, il va falloir rajouter dans ses pères spirituels les noms de Iain Levison et même Ron Rash (pour la forme). Avec ce roman-là, Jake Hinkson se place comme une des voix incontournables du roman noir américain, une valeur sure.

Les incurables de Jon Bassoff

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Après une premier roman plus que prometteur, Corrosion, Jon Bassoff nous revient avec un roman qui nous plonge dans l’Amérique profonde des années 50 avec un roman tout simplement génial.

1953. Le Dr Walter Freeman est une des sommités de l’hôpital psychiatrique dans lequel il travaille. Il est un spécialiste de la lobotomie trans-orbitale, et a sauvé nombre de personnes. Ce matin-là, Edgar, son patient du jour, s’avère être un jeune homme extrêmement violent. Armé de son pic à glace et de son marteau, il lui enlève les zones du cerveau à l’origine de sa violence. Après l’opération, Edgar semble avoir oublié toute idée de meurtre. Pour le Dr Freeman, il vient de sauver une personne supplémentaire. C’est d’ailleurs tout ce qui lui reste, depuis qu’il n’a pas pu sauver son fils lors d’une randonnée dans les Rocheuses.

Sa situation est remise en cause par McCloud, le directeur de l’hôpital et par l’amélioration récente des médicaments. Il lui demande de cesser ces opérations inhumaines et vire le Dr Freeman, qui se retrouve face à sa femme alcoolique. Sa décision est prise : il partira sur les routes sauver de nouvelles âmes. Après avoir récupéré Edgar, les deux hommes partent arpenter les petites villes et leur marché.

Deux ans plus tard, Dans une petite ville de l’Oklahoma. Sur un podium, Stanton, un vieil homme exhorte les passants, leur annonçant la venue du messie. En effet, à coté de lui, Durango, son fils est assis sur un trône de fortune, une couronne d’épines sur la tête. La foule se moque d’eux jusqu’à ce qu’une femme apparemment aveugle affirme avoir retrouvé la vue après que Durango ait apposé ses mains sur sa tête.

Puis Durango rencontre Scent dans un bar, une jeune fille qui vit avec sa mère folle qui croit que son mari va revenir en jour. Scent ne rêve que d’une chose : récupérer l’argent de sa mère et partir de cet enfer. Le lendemain, le Dr Freeman et Edgar débarquent, proposant de faire une démonstration de leur solution ultime à tous les problèmes.

C’est dans les campagnes américaines que les auteurs américains ont trouvé l’inspiration et le don de décrire la nature humaine, celle qui nous rappelle que nous ne sommes rien d’autre que des animaux doués de réflexion. Bien qu’il situe son roman dans les années 50, probablement pour des raisons scénaristiques, Jon Bassoff nous livre là un roman intemporel, prenant, impressionnant, encore meilleur que Corrosion à mon avis.

Dès les premières lignes, dès les premières pages, on est plongé dans un décor surnaturel, dans une sorte de mélange de Vol au dessus d’un nid de coucou et Shutter Island. Et dans cette ambiance de folie, où les docteurs sont aussi fous que leurs patients, Jon Bassof nous place ses personnages dans une première partie qui va durer quatre chapitres. Puis on arrive deux ans plus tard dans un autre décor impressionnant, une place dans un village avec des marchands ambulants, qui collent parfaitement à l’idée que l’on peut se faire des badauds et des petits podiums, des hurleurs cherchant à vendre leurs solutions miracles.

Dans cette période et ce lieu qui ressemblent à la fin du monde, les personnages sont tous à la recherche de quelque chose, et plus particulièrement d’une possibilité de fuite, car, dit-on, l’herbe est plus verte ailleurs. Je ne sais pas si Jon Bassoff a voulu y insérer un message, mais tous ses personnages veulent être sauvés, et la solution n’est ni dans la médecine, ni la religion, ni le Diable qui fera son apparition vers la fin du livre. Toujours est-il que son livre, inoubliable et brillant à tous points de vue, évoque beaucoup de choses et nous amène vers une fin en forme d’apocalypse.

Avec son style minimaliste et bigrement évocateur, Jon Bassoff nous guide dans son cauchemar qu’il a patiemment dessinés avec juste quelques traits de fuseau, un fuseau comportant deux couleurs : le noir et le rouge. Et en seulement 200 pages, il nous aura parlé de plein de choses, sans jamais les imposer, juste pour nous faire grandir. Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que je n’avais jamais lu un roman aussi proche et aussi empreint d’humilité pour l’univers du grand Harry Crews. Les incurables est pour moi un des incontournables de cette année 2018

Ne ratez l’avis de Quatre Cent Quatre

Sans lendemain de Jake Hinkson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Sophie Aslanides

Attention, coup de cœur 

L’auteur de L’enfer de Church Street, coup de cœur black Novel, revient avec un polar une nouvelle fois formidable. De la première à la dernière ligne, le roman est prenant, parfait et put se classer sans conteste parmi les classiques du polar américain.

Eté 1947. Billie Dixon est une jeune femme qui est venue à Hollywood pour devenir scénariste. Mais elle a vite déchanté et a atterri dans Poverty Row, une rue regroupant les sociétés cinématographiques qui réalisent des films de série Z. Ayant trouvé un travail chez PRC, elle parcourt les routes des Etats Unis pour faire la promotion de leurs films dans les cinémas perdus au fin fond des campagnes américaines.

Billie arrive dans la petite bourgade de Stock Settlement, en Arkansas et se dirige vers le cinéma. Claude, le propriétaire, accepte quelques films en lui signalant que les habitants de ce village ne fréquentent guère les salles obscures, car le pasteur du village considère que les films sont néfastes à l’esprit du Bien. Elle décide donc d’aller rendre visite au pasteur, pour le faire changer d’avis.

Obadiah Henshaw est devenu pasteur après avoir fait la guerre du Pacifique. Là-bas, il a tué trois ennemis mais y a aussi perdu la vue. En revenant, il a rencontré la foi et a gardé une intransigeance envers le péché. Effectivement, le pasteur ne veut entendre les arguments de Billie quand elle vient. A la fin de l’entretien, Billie voit la femme du pasteur Amberly Henshaw et trouve qu’elle est la femme la plus belle qu’elle ait jamais vue. Le lendemain, Billie rend visite à Amberly pendant que le pasteur va faire sa tournée, et elles font l’amour. C’est le début d’une histoire d’amour …

Fascinant. Le début de ce roman est un véritable tour de force. En quelques pages, l’auteur nous présente les personnages, leur psychologie, le contexte, les décors, et finalement le drame qui va se dérouler. Pour moi, la première partie des trois qui constituent ce roman est tout simplement parfaite. Et les deux autres parties, qui déroulent l’intrigue, sont tout autant parfaites et maîtrisées.

A lire ce roman, on a l’impression de lire un roman classique, un roman noir intemporel. Jake Hinkson n’a jamais été aussi prêt des meilleurs romans de Jim Thompson, sans jamais le copier ni être ridicule. Il possède sa propre écriture, sa propre efficacité, et aborde des sujets proches. Car on y trouve une nouvelle fois un personnage de religieux, le pasteur Obadiah Henshaw qui, dans les quelques pages où il apparaît, est impressionnant tant il remplit les pages de sa présence.

L’autre personnage qui m’a marqué, c’est bien Billie Dixon. Placée au centre de l’intrigue, nous avons à faire avec une femme forte, sans concession, qui prend des décisions et qui les assume. Quitte à ne pas rester dans la légalité. Dans ce roman, Jake Hinkson montre aussi la difficulté d’être une femme en 1947, et l’impossibilité de faire sa vie quand on est femme et homosexuelle. Dans le roman, aucune femme n’a un poste d’importance (on peut citer le poste de shérif donné à un muet alors que c’est sa sœur qui fait tout le travail), ou les scénaristes qui sont tous masculins. C’est une vision de l’Amérique révoltante et je me demande si l’auteur n’a pas voulu pointer ce fait en faisant le parallèle avec la situation d’aujourd’hui. Sans être ouvertement un roman féministe, le portrait de Billie Dixon est suffisamment complexe pour ouvrir la discussion.

Franchement, un roman noir comme ça, écrit avec tant de talent d’évocation, avec cette volonté d’efficacité dans les descriptions, avec ses dialogues évidents et tout simplement brillants, cela devient un roman incontournable, proche de la perfection. On a l’impression de lire un classique de la littérature policière. C’est exactement la phrase que j’avais en tête en tournant la dernière page de ce roman : Jake Hinkson a écrit là un classique du roman noir.

Ne ratez pas les avis de Claude (Coup de cœur aussi !), Jean le Belge et Yan

Xangô de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Antonia, le précédent roman de Gildas Girodeau, Coup de cœur Black Novel, m’avait énormément impressionné par son portrait de femme qui se découvre. A tel point que je lui avais donné un coup de cœur ! Je ne pouvais décemment passer à coté de son petit dernier Xangô. Et quand je dis petit, c’est pour ses 200 pages, car je devrais plutôt dire grand !

1er juillet 2016, Perpignan. Laurence Guéguen rentre de courses dans son petit appartement. Après des études de doctorat de psychologie, qu’elle a brillamment terminées, elle est entrée dans la police judiciaire après avoir réussi le concours d’entrée. Le lendemain, elle allait débuter sa journée par une convocation chez son chef, le commandant Meyer.

C’est un coup de téléphone qui la réveille : son collègue lui annonce qu’une voiture va venir la chercher. On leur a signalé un meurtre sur la plage de Canet. Le corps trouvé par des amoureux a été décapité, juste au bord de la mer. A coté, d’étranges symboles ont été dessinés dans le sable. Sa thèse s’appelant Crimes et symboles, elle est toute désignée pour faire partie du groupe qui va enquêter sur cette affaire. Il faut faire vite, la DGSI va bientôt débarquer, puisque tout meurtre horrible est pris en charge en tant qu’acte terroriste potentiel.

Lors du briefing au commissariat, Laurence décrit à l’équipe la signification des symboles. Un peuple de l’Afrique de l’Ouest, les Yorubas, vénère un Dieu, Olodumare, qui a envoyé sur Terre des demi-dieux. Les signes dessinés sur le sable rappellent un demi-dieu Yoruba. Laurence conseille donc à l’équipe de se mettre en chasse de meurtres identiques, devant l’absence d’hésitations concernant le meurtre ou le dessin. Et son enquête va plutôt la mener en Amérique du Sud, en Argentine …

Après Antonia, Gildas Girodeau nous offre à nouveau un superbe portrait de femme. Laurence est une femme qui se cherche, aussi bien professionnellement que personnellement. Contrairement à beaucoup de polars, elle n’est pas malheureusement, mais elle doute. Quelque soient les événements, elle hésite sans arrêt entre aller de l’avant et se laisser mener par la vie. Et on s’aperçoit que quand elle fait des choix, quand elle donne sa confiance en quelqu’un, elle se prend une belle claque.

J’aurais tendance à dire que l’auteur respecte à la lettre les codes du polar. En réalité, il joue avec, alternant les genres avec une facilité déconcertante. Avec un début typé Thriller, avec un tueur en série, on oblique dans le roman policier avec une enquête excellemment menée, emplie d’indices et de fausses pistes. Puis, on lorgne du coté du polar pour finir dans un brûlot, mettant à jour de beaux faits historiques bien dégueulasses.

Car on va peu à peu plonger dans une affaire liée à la guerre des Malouines, en Argentine, mettant face à face l’Argentine et l’Angleterre de Margaret Thatcher. Au milieu de tout cela, la France et ses missiles Exocet. Au milieu de tout cela, la France qui enverra ses meilleurs experts en torture pour soutenir la dictature sud-américaine. Au milieu de tout cela, la France, avec ses airs de respect des droits de l’homme, qui en sous-main, va officiellement soutenir l’Angleterre mais vendre des missiles au nom de l’économie et au détriment des populations.

Tout cela est officiellement connu, et Gildas va nous dévoiler quelques aspects un peu moins connus. Et il le fait avec une facilité et une évidence qui rend ce livre un grand morceau du polar. J’ai rarement lu un roman aussi court qui en disait tant, un style si fluide que la lecture coule naturellement, une tension qui, l’air de rien, augmente au fil des pages, sans que jamais, je n’ai mis en cause une scène, un passage ou une phrase. Ce roman est tout simplement génial, exactement ce que je cherche.