Archives du mot-clé religion

Un moindre mal de Joe Flanagan

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je vais vous donner le même conseil : ne lisez pas le bandeau qui est sensé vendre le roman. Dire de ce roman qu’il est l’équivalent du L.A. Confidential de James Ellroy transposé à Cape Cod est exagéré. Certes, c’est vendeur mais c’est faux. Et je vous détaillerai tout cela juste après mon petit résumé.

Cape Cod, 1957. Un corps de jeune enfant vient d’être découvert, tué et violé. Alors que les élections approchent, la pression se fait forte sur les épaules de la police pour résoudre ce crime, que l’on espère isolé. Hélas, d’autres corps vont suivre …

Au premier rang de ceux qui vont subir la pression, il y a Warren, qui fait partie de la police locale. Il a un fils légèrement attardé, et la disparition de sa femme, vraisemblablement partie sous d’autres cieux l’oblige à gérer difficilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme son fils fait figure de bouc émissaire, Warren est bien obligé de le placer dans une institution spécialisée.

Dans cette école, des ecclésiastiques viennent aider les institutrices. C’est le cas du Père Boyle, trituré entre sa foi et ses envies. D’un naturel solitaire, il passe beaucoup de temps à se balader seul dans les bois, et considère de son devoir de visiter les malades et d’aider les enfants.

Quand d’autres corps apparaissent, le procureur Elliott Yost fait appel à la police d’Etat. On leur dépêche Dale Stasiak, un policier à la réputation sulfureuse. Celui-ci a le vent en poupe, puisqu’il vient de faire tomber un caïd de la pègre de Boston, dans l’affaire Attanasio. Par contre ses méthodes violentes et son non respect des règles font de lui quelqu’un d’honni dans la police.

Ce n’est pas parce que l’on a affaire à trois personnages que l’on est en droit de comparer ce roman avec ceux de James Ellroy. Et c’est la même remarque pour le fonctionnement de la police, la corruption, les religieux ou les politiciens. Et ce n’est pas non plus le style de l’auteur, plutôt littéraire et imagé qui va rappeler James Ellroy. Bref, déchirez le bandeau, afin de mieux apprécier ce roman.

Car on ne va tout de même pas juger un roman sur son bandeau de publicité !  Et pour un premier roman, c’est une vraie réussite. On a droit à un scenario très bien mené, des personnages tous très typés, représentant chacun leur confrérie, et une illustration de ce que les Etats Unis sont capables de nous sortir quand ils parlent de leur système et de son dysfonctionnement.

Sans forcément vouloir dénoncer quoi que ce soit, ce roman nous montre beaucoup de choses, de la corruption généralisée à l’impunité des religieux, de la lutte entre le bien et le mal et des liens familiaux. De ces thèmes abordés, on retiendra évidemment le combat entre deux façons de rendre la justice : l’honnête (Warren) et la violente (Stasiak). Même si les confrontations sont rares, la tension entre les deux monstres (entendez personnages) est constante et grimpe au fur et à mesure des pages.

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, tout en retenue, ne s’encombrant pas de sentiments, laissant la part belle à l’intrigue, qui elle est fantastique. Se contentant de décrire les paysages, les personnages par leurs actions, on est plongé dans un film de façon très classique, très académique mais bigrement efficace. Et sans en rajouter plus que cela, on est transporté dans une autre époque, les années 50 et les positions de la pègre pour s’octroyer plus de pouvoir dans la reconstruction.

C’est donc un premier roman impressionnant, de ceux qui font plaisir à lire, de ce genre de polar costaud que l’on est heureux d’avoir ouvert, de ceux qui nous remplissent de satisfaction. Et pour finir de vous convaincre, je vous joins un certain nombre d’avis de collègues, plus ou moins d’accord avec le mien, dont Nyctalopes, Lecturissime, K-Libre, Unwalkers, La Belette et Jean-Marc.

 

 

 

Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky

Editeur : Editions Lajouanie

J’avais rencontré (littérairement parlant) Stanislas Pétrosky avec Ravensbrück, mon amour, un roman sur les camps de concentration très dur. Avec ce roman, changement d’histoire, de style, avec autant de réussite. Cela doit s’appeler le talent !

Réquiem, c’est évidemment un surnom ! Il s’appelle Estéban Lehydeux, et va nous conter une de ses aventures. Pourtant, en tant que curé exorciste, on aurait pu imaginer que sa vie était plutôt tranquille. Sauf qu’en terme d’exorcisme, Requiem a une façon toute personnelle de chasser le démon ou le diable, ou tout ce que vous voulez. Disons qu’il règle définitivement le cas pour des personnages qui sont au-delà de la malhonnêteté, et disons le carrément, qui sont de pures ordures, des enfoirés, la pire engeance de l’humanité.

Alors qu’il assure les confessions qui font partie de sa mission divine, une jeune femme vient le voir parce qu’elle a reçu un message inquiétant. Martine Rutebeuf est une jeune femme fort belle, qui occupe son temps libre à réaliser des vidéos pornographiques pour les poster sur Internet. Tout le monde dans le quartier est au courant et s’est accommodé de ce passe-temps. Martine, donc, reçoit un mail lui proposant une forte somme d’argent pour participer à un tournage de film pédophile, photos des gamins à l’appui.

Le sang de Requiem ne fait qu’un tour. Il va décider de piéger ces suppôts de Satan, et mener l’enquête avec l’aide de Martine. Il lui demande ses mots de passe, et lui dit de répondre positivement à la demande. La réponse ne se fait pas attendre : Martine recevra un acompte dès le lendemain. Pendant ce temps là, Requiem plonge dans les abimes du Darknet, où on y rencontre toutes sortes de fêlés de tous genres. Hélas, quelques jours plus tard, Martine est découverte atrocement mutilée chez elle. Alors qu’il avait été son amant, Requiem trouve une nouvelle motivation pour exercer un exorcisme en profondeur.

Il suffit de lire la préface de ce livre, écrite par Madame Nadine Monfils pour savoir à quoi s’attendre et surtout la qualité du roman. Car La Grande Nadine ne fait pas de compliments si facilement que cela. Et je plussoie tout ce qu’elle dit : Ce roman est politiquement incorrect. Et alors ? Ce roman te prend à parti. Et alors ? Ce roman est foutrement drôle. Oh que oui ! Ce roman, c’est un antidote à la morosité, que certains liront sous le manteau. Eh bien non, soyez fier qu’il y ait des auteurs comme ça qui osent et qui réussissent, et soyez fier de ce que vous lisez !

Car ce roman fonctionne du début à la fin, sans aucun temps mort. Alors, certes, Requiem interpelle le lecteur, lui montre ce qu’il fait, parle vrai, cru, comme les gens de tous les jours, sans détours. Il n’hésite même pas à parler de nos travers (enfin ceux de certains) et à s’en moquer, car rien de tel que l’autodérision. Ceci dit, le sujet est bien grave, lui, et parle des frappés, des malades du sexe, des pédophiles qui profitent du Darknet pour donner cours à leurs envies les plus dégueulasses.

Heureusement, il y a Requiem, qui à son niveau (local, dirai-je) va faire le ménage dans son quartier. C’est un personnage peu commun, qui officie comme un vrai curé, mais qui s’octroie quelques légèretés et autres adaptations par rapport à sa fonction. Ce qui m’a amusé, c’est cette façon qu’il a de rappeler qu’il doit obéir aux désirs de son Patron, son Fils passant au deuxième plan, car pour Requiem, si on le tape sur la joue gauche, il ne tend pas la joue droite !

Alors, je vais être clair : Vous allez courir chez votre libraire et lire ce putain de bouquin, parce que, si par moment, il va vous secouer, il va surtout vous amuser, vous faire rire et vous faire passer un excellent moment. Vous y trouverez des références à Nadine Monfils, à Michel Audiard, à San Antonio et ce sont des compliments. Moi, ça m’a fait penser à Ben Orton aussi, avec cette façon de plonger le lecteur dans l’action et de l’interpeler aussi directement. Bref, que du bon !

Les infâmes de Jax Miller

Editeur : Ombres Noires en grand format – J’ai lu en format poche

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Ce roman a reçu de nombreux éloges lors de la sortie, et comme je lis beaucoup de blogs, je l’avais mis sur ma liste de lecture. C’est sa sélection en finale des trophées 813 qui m’a décidé à le lire. Je dois dire que pour un premier roman, c’est assez impressionnant de maitrise, même s’il y a quelques petits défauts à noter.

Au fin fond de l’Oregon, dans une petite ville nommée Painter, Freedom Oliver est serveuse dans un bar miteux, le Whammy Bar. Faisant preuve d’un caractère d’acier, surtout quand les clients avinés cherchent à la peloter, elle finit en général ses journées, ronde comme une queue de pelle. Ce soir là, Deux flics débarquent dans le bar. Assurément, ce n’est pas pour annoncer de bonnes nouvelles.

Gumm et Howe, les deux flics viennent lui annoncer que Matthew Delaney vient d’être relâché après 18 ans de prison. Freedom Oliver, qui s’appelle en réalité Vanessa Delaney, bénéficie du Programme de Traitement et d’Information pour la Protection des Témoins Exceptionnels. Vanessa était mariée à Mark Delaney flic et Matthew a été accusé du meurtre.

Vanessa ne craint pas pour sa vie, mais plutôt pour celle de ses enfants, qui sont au nombre de deux : Ethan et Layla. Ils ont été adoptés par le Révérend Virgil Paul et sa femme Carol, qui dirigent une église. Quand elle apprend que sa fille, renommée Rebekah par le couple Paul, a disparu, Freedom décide de prendre la route pour la retrouver. Le début de sa quête commence.

Pour un premier roman, je dois dire que j’ai été bluffé par la maitrise, à la fois de l’intrigue mais aussi du style direct et même de la forme employée. Car c’est un roman complexe, faisant intervenir de nombreux personnages, appartenant à différents camps, qui vont intervenir dans cette histoire à tour de rôle. A coté de Vanessa qui va se faire aider de Mattley, le policier de Painter, on trouve la famille de cinglés, les flics chargés de protéger Vanessa, la famille Paul qui est aussi cinglée, et Ethan, qui s’appelle maintenant Mason Paul, avocat talentueux.

Ces courses poursuites, dans différents lieux, font avancer cette intrigue dans une ambiance noire, mais surtout décalée et carrément cinglée. Car tout va aboutir à une fin apocalyptique dans l’église du Révérend Paul, au bout des 340 pages qui nous auront fait frémir par la force des personnages décrits.

Si la forme est impressionnante, avec cette maitrise de passer d’un personnage à l’autre sans que l’on s’y perde, le sujet du livre se concentre vers la moitié du livre sur cette « église », sorte de secte qui devient le véritable but du livre, à mon avis. Dans un monde sans limite, Jax Miller nous montre ce que l’homme peut engendrer de pire sur cette terre. Et c’est aussi le petit reproche que je ferai à ce livre : celui de nous avoir fait attendre si longtemps pour aborder le véritable sujet. Il n’empêche que l’on a droit à une sacrée galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres, et que, rien que pour ça, ce livre vaut sacrément le détour. Et Jax Miller en devient une auteure à suivre.

Le verger de marbre de Alex Taylor

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Une nouvelle fois, la collection NéoNoir des éditions Gallmeister fait fort, en dénichant le premier roman d’un auteur à la plume si rare que je n’ai pas honte à la comparer à celle de Donald ray Pollock. D’ailleurs, celui-ci écrit en exergue sur ce roman : « L’une des proses les plus belles et brillantes que j’ai jamais lues. Ce livre est un incroyable tour de force. »

Dans le Kentucky, Clem Sheetmire conduit une embarcation permettant de faire traverser la Gasping River à ses passagers. Cela lui permet de faire vivre sa famille, Derna sa femme et Beam son fils. Depuis qu’il était adolescent, Beam assurait la relève de son père pour les traversées de nuit. Ce matin là, un homme l’appela de l’autre coté de la rivière. Beam négocia la traversée à 5 dollars.

« Des spasmes de clair de lune traversaient la cime des arbres. La lune elle-même se reflétait dans la rivière, son double tremblant dans les eaux noires, et partout flottait une sérénité qui semblait permanente, un calme qui donnait forme à l’immensité de la nuit. »

Au milieu de la rivière, l’homme de forte corpulence annonça à Beam qu’il n’avait pas 5 dollars à lui donner. Alors qu’il faisait demi-tour, l’autre lui dit qu’il plaisantait. La discussion s’engagea. L’autre semblait connaitre le coin et ses gens, il trouvait que Beam ne ressemblait pas à un Sheetmire. Puis l’autre le menaça de prendre la caisse. Alors, Beam le frappa au front avec une clé à griffe. L’autre tomba, mort. Au port, le bateau emboutit l’embarcadère car Beam n’avait plus sa tête à lui.

Beam alla chercher Clem. En voyant le corps, Clem lui demanda de fouiller le corps. Beam trouva 20 dollars dans le portefeuille. Clem regarda l’homme, annonça à Beam qu’ils n’appelleraient pas la police, mais que Beam devait faire ses bagages et partir, sans plus d’explications. Car Clem avait reconnu en l’homme le fils de Loat Duncan, le plus grand truand du coin.

Le lendemain, le sheriff Elvis Dunne se dirigeait avec ses deux adjoints vers la Gasping River. Un corps a été retrouvé dans les chaines de bucheron. Le coroner annonça qu’il avait été jeté à l’eau hier. Les bucherons le reconnurent, il s’agissait de Paul Duncan, le fils de Loat. Ne restait plus qu’à Elvis à aller voir le père …

Les auteurs américains ne cesseront pas de me surprendre. Il faut dire que ce pays regorge de paysages qui donnent des possibilités infinies pour des intrigues les plus noires dans des décors les plus enchanteurs. Dès les premières lignes de ce premier roman, hormis le prologue qui m’a paru de trop, la plume d’Alex Taylor remplit les yeux, éclate de beauté devant l’évocation de cette nature à la fois belle et mystérieuse, enchanteresse et menaçante. Dans ce décor sauvage, l’auteur y a placé des personnages, tous forts et impressionnants et ayant autant d’importance les uns que les autres.

Clem est un homme effacé, un dur au mal, un pauvre gars qui veut faire vivre sa famille. Derna est une ancienne prostituée qui a travaillé pour Loat Duncan, un tueur implacable. Beam dans sa fuite rencontrera un homme qui vit dans les bois, un propriétaire de bar sans bras. Dans cette galerie, on peut y rajouter un sheriff qui essaie de ménager tout le monde pour rendre la justice la plus équitable possible et un curieux homme toujours habillé en costume.

Le clou de cette intrigue est que Paul Duncan s’avère être le frère de Beam, alors que celui-ci ne le sait pas. Et les relations entre les différents personnages vont nous être dévoilées petit à petit, entrecoupées de scènes très violentes mais jamais démonstratives. Si l’on ajoute à cela des dialogues formidables, des digressions basées sur des histoires du cru racontées par les personnages eux-mêmes qui sont toutes plus géniales les unes que les autres, on tient là un grand livre, de ceux qu’on n’oublie pas. Même si j’ai trouvé sur la fin (surtout après la scène de bataille dans la maison perdue au fond des bois) que ça tournait un peu en rond, le dernier chapitre est tout simplement génial !

Dans cette histoire en forme de métaphore, on devine l’intention de l’auteur de faire revivre le mythe d’Abel et Caïn, mais aussi celui de Sisyphe, avec Beam dans le rôle titre ; sauf qu’au lieu de pousser un rocher, il cherche à partir mais se retrouve toujours dans le même coin. On peut aussi voir dans le personnage de l’homme au costume l’image du Diable, avec qui chacun va passer un pacte pour leur plus grand malheur.

C’est donc un roman avec plusieurs lectures que nous propose Alex Taylor, un roman d’une noirceur infinie dans un paysage à la fois idyllique et mystérieux, écrit avec un style imagé et presque poétique. C’est un grand et beau premier roman, l’une des lectures à ne pas rater pour cette rentrée littéraire 2016. Et je tire mon chapeau au traducteur !

 

Hostis Corpus de Christophe Reydi-Gramond

Editeur : Piranha

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Un mensonge explosif, qui partait de l’explosion AZF pour nous emmener dans les coulisses du pouvoir. Il y avait du style et du rythme. Hostis Corpus a les mêmes qualités avec un coté philosophique qui en fait un livre très intéressant à lire.

Italie, 2000. La religion catholique est en effervescence. Les préparations du jubilé de l’an 2000, ajoutées aux JMJ créent une énorme activité mais aussi une certaine inquiétude quant à l’organisation de ces événements au retentissement mondial. A Rome, les évêques sont nerveux à l’idée de l’ostension du Saint Suaire. Il faut dire que ce morceau de tissu ayant été apposé sur Jésus Christ a failli faire l’objet d’un attentat trois ans plus tôt quand un incendie s’est déclaré dans l’église où il est conservé. Depuis, il est conservé au secret, dans un lieu connu de seulement six personnes. En fait, il a été emmuré dans un sous-sol.

D’un coté, la ville de Turin souhaite que la sécurité de cette icône soit assurée par la police. Le maire impose donc son directeur de la police, Antonio Rocci. De l’autre, l’église veut aussi être présente. Monseigneur Diouf pense à l’abbé Dumoulin. C’est un ancien mercenaire belge qui a été blessé au Sénégal et que Mgr Diouf a sauvé. Depuis, Pierre Dumoulin est entré dans l’église pour servir Dieu.

Tout ce petit monde se retrouve donc dans les sous-sols de la basilique de la Consolata. Le mur n’a pas bougé, l’inscription Hic Jacet Homo, que Mgr Diouf a écrite de sa main le 15 juin 1998 est bien présente. Les maçons commencent à entamer le mu. Quand un trou se fait, ils doivent sortir … et ils s’aperçoivent que le sarcophage de verre qui doit contenir le Saint Suaire est vide.

Ne croyez pas lire un sous Da Vinci Code, oh que non ! Ce roman est bien plus instruit, bien plus documenté et bien plus complexe que cela. Evidemment, on en apprend beaucoup sur la religion catholique, mais l’auteur se contente de nous instruire sans prendre parti, et je dois dire que j’ai appris plein de choses. Ce n’est jamais pontifiant, et c’est toujours bien inséré dans l’intrigue.

A partir de là, sachant que le Saint Suaire a été passé au Carbone 14 et daté du Moyen Age, cela permet à l’auteur de montrer les dessous de la religion catholique, les luttes pour le pouvoir, et même de fouiller les croyances (ou non) des plus hauts dignitaires. Il y a ceux qui croient, ceux qui veulent croire, ceux qui font semblant de croire, et ceux qui s’en moquent pourvu qu’ils puissent assouvir leurs ambitions. C’est extrêmement bien fait, et cela nous pousse même à nous poser la question sur ce à quoi nous croyons. A travers tous ces personnages qui ont une position différente par rapport à cette question, on se positionne forcément par rapport à l’un d’eux. C’est cette intelligence dans la façon de mener l’intrigue qui est impressionnante et qui en fait un livre passionnant.

Et puis, il y a aussi le gouvernement d’Italie qui aimerait bien mettre la main sur tous ces trésors. Ayant promulgué une loi qui leur donne la propriété de tout ce qui est hors du Vatican, l’occasion est bonne de tout faire pour être les premiers à retrouver le Saint Suaire. Et puis, il y a les ennemis de la religion, ceux qui font tout pour dégoutter les gens des croyances et qui hésitent entre dire que le Saint Suaire est vrai, ou que c’est une vaste supercherie.

Il y a tout cela et même plus encore dans ce roman. C’est tout simplement passionnant, ou en tous cas, j’ai été impressionné par l’ambition de Christophe Reydi-Gramond et surtout par le fait que tout fonctionne à merveille. Et puis, j’ai beaucoup réfléchi en lisant ce livre, je me suis posé beaucoup de questions par rapport à tout cela, car l’un des grands mérites de ce roman, c’est bien de vous amener insidieusement à vous positionner. Une franche réussite !

 

Antonia de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Attention, coup de cœur !

Par moments, je me dis que, pour ne pas se tromper dans les choix de lecture, il est très utile de suivre les conseils des amis. Pour être totalement honnête, je n’aurais jamais lu ce livre sans mon ami Richard, de son nom de scène Le Concierge Masqué, et je ne l’aurais jamais vu car il est rangé dans le rayon littérature, que je n’arpente jamais. Ce roman est un roman épique, presque une biographie, un roman qui aborde des sujets importants à travers un personnage féminin extraordinaire, et cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle flamme pour un personnage de fiction. Fantastique !

Le roman commence en 1974, en Italie. La situation devient de plus en plus explosive et les attentats se multiplient contre le gouvernement. La cible des forces de l’ordre est le groupuscule d’extrême gauche. Antonia est une jeune femme recherchée par toutes les polices. Son surnom de La Pistolera est sur toutes les lèvres. C’est une passionnée, obnubilée par son combat contre les fascistes, quitte à commettre des attentats meurtriers.

Quand deux de ses acolytes sont arrêtés par la police, elle n’a d’autre choix que de fuir, pour survivre, pour combattre. Avec un peu d’argent et un déguisement, elle se retrouve à faire du stop pour rejoindre la France, et tombe sur Robert, un homme riche qui se dirige vers la Suisse. Elle va se laisser séduire par l’homme et par le luxe attenant. Devenant son amante puis sa compagne, elle va rester quelque temps avec lui, avant de le quitter.

Elle a pris une nouvelle identité et se nommera désormais Astrid. Grâce à son cousin Anselme, qui travaille au Vatican, elle arrive à avoir un entretien avec la Mère Supérieure en charge d’une congrégation qui aide les pays en voie de développement. Bien qu’elle ne soit pas catholique, elle accepte un poste d’enseignante en Ethiopie. Une nouvelle vie commence pour elle.

Rassurez-vous, mon résumé ne couvre qu’une petite partie des tribulations d’Antonia. Car ce roman de seulement 250 pages va parcourir presque vingt années de la vie de cette jeune femme. Il est intéressant de savoir que l’auteur, en faisant des recherches pour un roman, a découvert ce personnage de jeune italienne qui a alerté sur les massacres du Rwanda bien avant qu’ils ne soient perpétrés. Alors, il a décidé de lui rendre hommage en lui inventant un passé, une vie.

En fait, j’ai été totalement pris, enchanté par ce roman. Et en premier, j’ai été époustouflé par l’écriture d’une limpidité rare, qui nous emmène dans différents lieux, dans différentes périodes de temps, sans jamais en faire trop. En fait, tout est dans la simplicité, dans la magie de transporter le lecteur ailleurs, par la force des mots, des phrases.

Bien que je ne sois pas spécialement féru de biographie, et que ce roman peut sembler en être une, je dois dire que j’ai été transporté par ce personnage de Antonia. Pour autant, il ne m’a pas inspiré de sympathie ni de pitié. Nous avons tout de même à faire avec une terroriste. Mais l’auteur est d’une remarquable intelligence, quand il se contente de jouer aux témoins et de ne jamais prendre parti.

Et cela lui permet de nous montrer un personnage féminin fort dans sa vie, dans ses amours, dans ses convictions. C’est un personnage qui, voulant faire passer ses messages de combat par la violence, va se découvrir dans la sauvegarde et la protection des autres. Antonia, c’est la portrait d’un enfant qui nait pour une deuxième fois, c’est une rose qui éclot sous nos yeux, sans jamais montrer un seul aspect de faiblesse.

Enfin, il y a la contexte historique, celui de l’Italie dans un premier temps, et le combat contre les brigades rouges. Celui de l’Éthiopie ensuite, embringué dans ses luttes politiciennes au détriment du peuple. Celui du Rwanda enfin où toute l’horreur des compromissions devient un argument pour laisser faire des massacres, qui trouveront leur apogée en 1994. L’auteur, en même temps que son héroïne, nous montre comment l’horreur devait arriver, comment elle aurait pu être évitée si les grands pays industrialisés (dont la France) avaient décidé de ne pas soutenir l’un des camps, si on n’avait pas fermé les yeux, si on n’avait pas été sourds aux appels au secours, si même la religion catholique avait fait passer un message de paix et d’harmonie. La plupart de ces aspects m’étaient connus, mais je ne les avais jamais lus dans un roman. Je vous le dis, ce roman est magnifique ! Coup de cœur !

Un grand, un énorme, un gigantesque merci à Richard pour cette découverte. Ne ratez pas les billets de Garoupe et l’oncle Paul.

L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister)

Traduit par Sophie Aslanides

Editieur : Gallmeister Collection NeoNoir

Jake Hinkson m’avait fortement impressionné avec son premier roman, L’enfer de Church Street pour lequel je lui avais décerné un coup de cœur Black Novel. Ce roman a par ailleurs été distingué par le Prix Mystère de la critique 2016. Voici donc le deuxième roman de Jake Hinkson, qui s’avère être un auteur de grand talent.

Elliott Stilling se réveille à l’hôpital, les murs blancs l’éblouissent. Petit à petit, il se rappelle pourquoi il est allongé sur ce brancard. Il vient de faire une tentative de suicide, a avalé des dizaines de pilules. Le docteur annonce à haute voix qu’il est mort pendant trois minutes, mais ils ont réussi à le sauver. Avant de replonger dans l’inconscience, un visage d’ange lui apparaît, celui d’une infirmière.

Le lendemain, il se réveille dans une chambre. L’infirmière qui lui a donné l’envie de se battre est là. Elle s’appelle Felicia Vogan. Elle travaille aux urgences et est juste venue prendre de ses nouvelles. Ils discutent, se trouvent des affinités mais elle est obligée de partir travailler. Elliott ne veut pas rester là, partir avec que sa femme Carrie ne débarque. Il se lève péniblement, s’habille difficilement, et sort de l’hôpital.

Il s’assoit dans le square d’en face, au soleil. Il attend Felicia et quand elle sort, il la rejoint. Il lui propose d’aller boire un verre. Elle accepte mais elle doit rentrer chez elle pour se changer, car elle porte encore sa blouse d’infirmière. Sur le chemin, elle se fait arrêter par un flic, bedonnant, menaçant, un peu barré. Au lieu d’une amende pour excès de vitesse, DB, le flic, les accompagne jusque chez Felicia. Là bas, dans une petite maison charmante de banlieue, les attend la copie conforme de DB : le frère sosie de DB se nomme Tom et est muet. Il semblerait que les deux hommes attendent un troisième larron, Stan The Man. Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir …

Il y a tant de choses à dire sur ce roman qui pourtant ne fait même pas 200 pages ! On y retrouve toutes les qualités rencontrées dans le premier roman, et en particulier ce style si simple, si efficace que j’avais apprécié. Le sujet, en relation avec des bouseux, avec en arrière plan la religion, est aussi présent. Elliott est un ancien pasteur, marié puis divorcé … mais on en saura pas beaucoup plus avant d’avoir bien avancé dans le livre.

Car nous avons bien à faire avec un personnage mystérieux qui a eu un passé trouble et dramatique et qui veut tourner la page. Non seulement, il veut oublier son passé, mais il veut aussi changer de personnalité. De religieux il passe de l’autre coté de la ligne jaune, en étant embringuer dans un vol avec les autres cinglés DB, Tom et Stan. En fait, c’est un personnage tout en contradiction, qui à la fois cherche à s’oublier, mais aussi cherche une présence ; qui veut se punir et à la fois se venger ; c’est un personnage en colère contre la vie, contre l’injustice de la vie, contre les limites de la vie.

Ce qui est impressionnant dans ce court roman, c’est la façon qu’a l’auteur de construire ses personnages et l’ambiance, donnant autant d’importance aux personnages principaux qu’aux personnages secondaires. Et dans ce domaine là, on flirte avec des ambiances telles que l’on en rencontre dans Blue Velvet de David Lynch, dans lequel on peut rajouter des énergumènes complètement barrés que l’on pourrait rencontrer chez les frères Coen.

Bref, ce nouveau roman de Jake Hinkson confirme tout le bien que j’avais pu penser de cet auteur, un auteur à part qui sait construire ses propres intrigues et ses propres univers en empruntant avec beaucoup d’intelligence et de sagesse ce que l’on peut trouver chez les meilleurs du polar noir. Une réussite