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Les infâmes de Jax Miller

Editeur : Ombres Noires en grand format – J’ai lu en format poche

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Ce roman a reçu de nombreux éloges lors de la sortie, et comme je lis beaucoup de blogs, je l’avais mis sur ma liste de lecture. C’est sa sélection en finale des trophées 813 qui m’a décidé à le lire. Je dois dire que pour un premier roman, c’est assez impressionnant de maitrise, même s’il y a quelques petits défauts à noter.

Au fin fond de l’Oregon, dans une petite ville nommée Painter, Freedom Oliver est serveuse dans un bar miteux, le Whammy Bar. Faisant preuve d’un caractère d’acier, surtout quand les clients avinés cherchent à la peloter, elle finit en général ses journées, ronde comme une queue de pelle. Ce soir là, Deux flics débarquent dans le bar. Assurément, ce n’est pas pour annoncer de bonnes nouvelles.

Gumm et Howe, les deux flics viennent lui annoncer que Matthew Delaney vient d’être relâché après 18 ans de prison. Freedom Oliver, qui s’appelle en réalité Vanessa Delaney, bénéficie du Programme de Traitement et d’Information pour la Protection des Témoins Exceptionnels. Vanessa était mariée à Mark Delaney flic et Matthew a été accusé du meurtre.

Vanessa ne craint pas pour sa vie, mais plutôt pour celle de ses enfants, qui sont au nombre de deux : Ethan et Layla. Ils ont été adoptés par le Révérend Virgil Paul et sa femme Carol, qui dirigent une église. Quand elle apprend que sa fille, renommée Rebekah par le couple Paul, a disparu, Freedom décide de prendre la route pour la retrouver. Le début de sa quête commence.

Pour un premier roman, je dois dire que j’ai été bluffé par la maitrise, à la fois de l’intrigue mais aussi du style direct et même de la forme employée. Car c’est un roman complexe, faisant intervenir de nombreux personnages, appartenant à différents camps, qui vont intervenir dans cette histoire à tour de rôle. A coté de Vanessa qui va se faire aider de Mattley, le policier de Painter, on trouve la famille de cinglés, les flics chargés de protéger Vanessa, la famille Paul qui est aussi cinglée, et Ethan, qui s’appelle maintenant Mason Paul, avocat talentueux.

Ces courses poursuites, dans différents lieux, font avancer cette intrigue dans une ambiance noire, mais surtout décalée et carrément cinglée. Car tout va aboutir à une fin apocalyptique dans l’église du Révérend Paul, au bout des 340 pages qui nous auront fait frémir par la force des personnages décrits.

Si la forme est impressionnante, avec cette maitrise de passer d’un personnage à l’autre sans que l’on s’y perde, le sujet du livre se concentre vers la moitié du livre sur cette « église », sorte de secte qui devient le véritable but du livre, à mon avis. Dans un monde sans limite, Jax Miller nous montre ce que l’homme peut engendrer de pire sur cette terre. Et c’est aussi le petit reproche que je ferai à ce livre : celui de nous avoir fait attendre si longtemps pour aborder le véritable sujet. Il n’empêche que l’on a droit à une sacrée galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres, et que, rien que pour ça, ce livre vaut sacrément le détour. Et Jax Miller en devient une auteure à suivre.

Le verger de marbre de Alex Taylor

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Une nouvelle fois, la collection NéoNoir des éditions Gallmeister fait fort, en dénichant le premier roman d’un auteur à la plume si rare que je n’ai pas honte à la comparer à celle de Donald ray Pollock. D’ailleurs, celui-ci écrit en exergue sur ce roman : « L’une des proses les plus belles et brillantes que j’ai jamais lues. Ce livre est un incroyable tour de force. »

Dans le Kentucky, Clem Sheetmire conduit une embarcation permettant de faire traverser la Gasping River à ses passagers. Cela lui permet de faire vivre sa famille, Derna sa femme et Beam son fils. Depuis qu’il était adolescent, Beam assurait la relève de son père pour les traversées de nuit. Ce matin là, un homme l’appela de l’autre coté de la rivière. Beam négocia la traversée à 5 dollars.

« Des spasmes de clair de lune traversaient la cime des arbres. La lune elle-même se reflétait dans la rivière, son double tremblant dans les eaux noires, et partout flottait une sérénité qui semblait permanente, un calme qui donnait forme à l’immensité de la nuit. »

Au milieu de la rivière, l’homme de forte corpulence annonça à Beam qu’il n’avait pas 5 dollars à lui donner. Alors qu’il faisait demi-tour, l’autre lui dit qu’il plaisantait. La discussion s’engagea. L’autre semblait connaitre le coin et ses gens, il trouvait que Beam ne ressemblait pas à un Sheetmire. Puis l’autre le menaça de prendre la caisse. Alors, Beam le frappa au front avec une clé à griffe. L’autre tomba, mort. Au port, le bateau emboutit l’embarcadère car Beam n’avait plus sa tête à lui.

Beam alla chercher Clem. En voyant le corps, Clem lui demanda de fouiller le corps. Beam trouva 20 dollars dans le portefeuille. Clem regarda l’homme, annonça à Beam qu’ils n’appelleraient pas la police, mais que Beam devait faire ses bagages et partir, sans plus d’explications. Car Clem avait reconnu en l’homme le fils de Loat Duncan, le plus grand truand du coin.

Le lendemain, le sheriff Elvis Dunne se dirigeait avec ses deux adjoints vers la Gasping River. Un corps a été retrouvé dans les chaines de bucheron. Le coroner annonça qu’il avait été jeté à l’eau hier. Les bucherons le reconnurent, il s’agissait de Paul Duncan, le fils de Loat. Ne restait plus qu’à Elvis à aller voir le père …

Les auteurs américains ne cesseront pas de me surprendre. Il faut dire que ce pays regorge de paysages qui donnent des possibilités infinies pour des intrigues les plus noires dans des décors les plus enchanteurs. Dès les premières lignes de ce premier roman, hormis le prologue qui m’a paru de trop, la plume d’Alex Taylor remplit les yeux, éclate de beauté devant l’évocation de cette nature à la fois belle et mystérieuse, enchanteresse et menaçante. Dans ce décor sauvage, l’auteur y a placé des personnages, tous forts et impressionnants et ayant autant d’importance les uns que les autres.

Clem est un homme effacé, un dur au mal, un pauvre gars qui veut faire vivre sa famille. Derna est une ancienne prostituée qui a travaillé pour Loat Duncan, un tueur implacable. Beam dans sa fuite rencontrera un homme qui vit dans les bois, un propriétaire de bar sans bras. Dans cette galerie, on peut y rajouter un sheriff qui essaie de ménager tout le monde pour rendre la justice la plus équitable possible et un curieux homme toujours habillé en costume.

Le clou de cette intrigue est que Paul Duncan s’avère être le frère de Beam, alors que celui-ci ne le sait pas. Et les relations entre les différents personnages vont nous être dévoilées petit à petit, entrecoupées de scènes très violentes mais jamais démonstratives. Si l’on ajoute à cela des dialogues formidables, des digressions basées sur des histoires du cru racontées par les personnages eux-mêmes qui sont toutes plus géniales les unes que les autres, on tient là un grand livre, de ceux qu’on n’oublie pas. Même si j’ai trouvé sur la fin (surtout après la scène de bataille dans la maison perdue au fond des bois) que ça tournait un peu en rond, le dernier chapitre est tout simplement génial !

Dans cette histoire en forme de métaphore, on devine l’intention de l’auteur de faire revivre le mythe d’Abel et Caïn, mais aussi celui de Sisyphe, avec Beam dans le rôle titre ; sauf qu’au lieu de pousser un rocher, il cherche à partir mais se retrouve toujours dans le même coin. On peut aussi voir dans le personnage de l’homme au costume l’image du Diable, avec qui chacun va passer un pacte pour leur plus grand malheur.

C’est donc un roman avec plusieurs lectures que nous propose Alex Taylor, un roman d’une noirceur infinie dans un paysage à la fois idyllique et mystérieux, écrit avec un style imagé et presque poétique. C’est un grand et beau premier roman, l’une des lectures à ne pas rater pour cette rentrée littéraire 2016. Et je tire mon chapeau au traducteur !

 

Hostis Corpus de Christophe Reydi-Gramond

Editeur : Piranha

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Un mensonge explosif, qui partait de l’explosion AZF pour nous emmener dans les coulisses du pouvoir. Il y avait du style et du rythme. Hostis Corpus a les mêmes qualités avec un coté philosophique qui en fait un livre très intéressant à lire.

Italie, 2000. La religion catholique est en effervescence. Les préparations du jubilé de l’an 2000, ajoutées aux JMJ créent une énorme activité mais aussi une certaine inquiétude quant à l’organisation de ces événements au retentissement mondial. A Rome, les évêques sont nerveux à l’idée de l’ostension du Saint Suaire. Il faut dire que ce morceau de tissu ayant été apposé sur Jésus Christ a failli faire l’objet d’un attentat trois ans plus tôt quand un incendie s’est déclaré dans l’église où il est conservé. Depuis, il est conservé au secret, dans un lieu connu de seulement six personnes. En fait, il a été emmuré dans un sous-sol.

D’un coté, la ville de Turin souhaite que la sécurité de cette icône soit assurée par la police. Le maire impose donc son directeur de la police, Antonio Rocci. De l’autre, l’église veut aussi être présente. Monseigneur Diouf pense à l’abbé Dumoulin. C’est un ancien mercenaire belge qui a été blessé au Sénégal et que Mgr Diouf a sauvé. Depuis, Pierre Dumoulin est entré dans l’église pour servir Dieu.

Tout ce petit monde se retrouve donc dans les sous-sols de la basilique de la Consolata. Le mur n’a pas bougé, l’inscription Hic Jacet Homo, que Mgr Diouf a écrite de sa main le 15 juin 1998 est bien présente. Les maçons commencent à entamer le mu. Quand un trou se fait, ils doivent sortir … et ils s’aperçoivent que le sarcophage de verre qui doit contenir le Saint Suaire est vide.

Ne croyez pas lire un sous Da Vinci Code, oh que non ! Ce roman est bien plus instruit, bien plus documenté et bien plus complexe que cela. Evidemment, on en apprend beaucoup sur la religion catholique, mais l’auteur se contente de nous instruire sans prendre parti, et je dois dire que j’ai appris plein de choses. Ce n’est jamais pontifiant, et c’est toujours bien inséré dans l’intrigue.

A partir de là, sachant que le Saint Suaire a été passé au Carbone 14 et daté du Moyen Age, cela permet à l’auteur de montrer les dessous de la religion catholique, les luttes pour le pouvoir, et même de fouiller les croyances (ou non) des plus hauts dignitaires. Il y a ceux qui croient, ceux qui veulent croire, ceux qui font semblant de croire, et ceux qui s’en moquent pourvu qu’ils puissent assouvir leurs ambitions. C’est extrêmement bien fait, et cela nous pousse même à nous poser la question sur ce à quoi nous croyons. A travers tous ces personnages qui ont une position différente par rapport à cette question, on se positionne forcément par rapport à l’un d’eux. C’est cette intelligence dans la façon de mener l’intrigue qui est impressionnante et qui en fait un livre passionnant.

Et puis, il y a aussi le gouvernement d’Italie qui aimerait bien mettre la main sur tous ces trésors. Ayant promulgué une loi qui leur donne la propriété de tout ce qui est hors du Vatican, l’occasion est bonne de tout faire pour être les premiers à retrouver le Saint Suaire. Et puis, il y a les ennemis de la religion, ceux qui font tout pour dégoutter les gens des croyances et qui hésitent entre dire que le Saint Suaire est vrai, ou que c’est une vaste supercherie.

Il y a tout cela et même plus encore dans ce roman. C’est tout simplement passionnant, ou en tous cas, j’ai été impressionné par l’ambition de Christophe Reydi-Gramond et surtout par le fait que tout fonctionne à merveille. Et puis, j’ai beaucoup réfléchi en lisant ce livre, je me suis posé beaucoup de questions par rapport à tout cela, car l’un des grands mérites de ce roman, c’est bien de vous amener insidieusement à vous positionner. Une franche réussite !

 

Antonia de Gildas Girodeau

Editeur : Au-delà du raisonnable

Attention, coup de cœur !

Par moments, je me dis que, pour ne pas se tromper dans les choix de lecture, il est très utile de suivre les conseils des amis. Pour être totalement honnête, je n’aurais jamais lu ce livre sans mon ami Richard, de son nom de scène Le Concierge Masqué, et je ne l’aurais jamais vu car il est rangé dans le rayon littérature, que je n’arpente jamais. Ce roman est un roman épique, presque une biographie, un roman qui aborde des sujets importants à travers un personnage féminin extraordinaire, et cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle flamme pour un personnage de fiction. Fantastique !

Le roman commence en 1974, en Italie. La situation devient de plus en plus explosive et les attentats se multiplient contre le gouvernement. La cible des forces de l’ordre est le groupuscule d’extrême gauche. Antonia est une jeune femme recherchée par toutes les polices. Son surnom de La Pistolera est sur toutes les lèvres. C’est une passionnée, obnubilée par son combat contre les fascistes, quitte à commettre des attentats meurtriers.

Quand deux de ses acolytes sont arrêtés par la police, elle n’a d’autre choix que de fuir, pour survivre, pour combattre. Avec un peu d’argent et un déguisement, elle se retrouve à faire du stop pour rejoindre la France, et tombe sur Robert, un homme riche qui se dirige vers la Suisse. Elle va se laisser séduire par l’homme et par le luxe attenant. Devenant son amante puis sa compagne, elle va rester quelque temps avec lui, avant de le quitter.

Elle a pris une nouvelle identité et se nommera désormais Astrid. Grâce à son cousin Anselme, qui travaille au Vatican, elle arrive à avoir un entretien avec la Mère Supérieure en charge d’une congrégation qui aide les pays en voie de développement. Bien qu’elle ne soit pas catholique, elle accepte un poste d’enseignante en Ethiopie. Une nouvelle vie commence pour elle.

Rassurez-vous, mon résumé ne couvre qu’une petite partie des tribulations d’Antonia. Car ce roman de seulement 250 pages va parcourir presque vingt années de la vie de cette jeune femme. Il est intéressant de savoir que l’auteur, en faisant des recherches pour un roman, a découvert ce personnage de jeune italienne qui a alerté sur les massacres du Rwanda bien avant qu’ils ne soient perpétrés. Alors, il a décidé de lui rendre hommage en lui inventant un passé, une vie.

En fait, j’ai été totalement pris, enchanté par ce roman. Et en premier, j’ai été époustouflé par l’écriture d’une limpidité rare, qui nous emmène dans différents lieux, dans différentes périodes de temps, sans jamais en faire trop. En fait, tout est dans la simplicité, dans la magie de transporter le lecteur ailleurs, par la force des mots, des phrases.

Bien que je ne sois pas spécialement féru de biographie, et que ce roman peut sembler en être une, je dois dire que j’ai été transporté par ce personnage de Antonia. Pour autant, il ne m’a pas inspiré de sympathie ni de pitié. Nous avons tout de même à faire avec une terroriste. Mais l’auteur est d’une remarquable intelligence, quand il se contente de jouer aux témoins et de ne jamais prendre parti.

Et cela lui permet de nous montrer un personnage féminin fort dans sa vie, dans ses amours, dans ses convictions. C’est un personnage qui, voulant faire passer ses messages de combat par la violence, va se découvrir dans la sauvegarde et la protection des autres. Antonia, c’est la portrait d’un enfant qui nait pour une deuxième fois, c’est une rose qui éclot sous nos yeux, sans jamais montrer un seul aspect de faiblesse.

Enfin, il y a la contexte historique, celui de l’Italie dans un premier temps, et le combat contre les brigades rouges. Celui de l’Éthiopie ensuite, embringué dans ses luttes politiciennes au détriment du peuple. Celui du Rwanda enfin où toute l’horreur des compromissions devient un argument pour laisser faire des massacres, qui trouveront leur apogée en 1994. L’auteur, en même temps que son héroïne, nous montre comment l’horreur devait arriver, comment elle aurait pu être évitée si les grands pays industrialisés (dont la France) avaient décidé de ne pas soutenir l’un des camps, si on n’avait pas fermé les yeux, si on n’avait pas été sourds aux appels au secours, si même la religion catholique avait fait passer un message de paix et d’harmonie. La plupart de ces aspects m’étaient connus, mais je ne les avais jamais lus dans un roman. Je vous le dis, ce roman est magnifique ! Coup de cœur !

Un grand, un énorme, un gigantesque merci à Richard pour cette découverte. Ne ratez pas les billets de Garoupe et l’oncle Paul.

L’homme posthume de Jake Hinkson (Gallmeister)

Traduit par Sophie Aslanides

Editieur : Gallmeister Collection NeoNoir

Jake Hinkson m’avait fortement impressionné avec son premier roman, L’enfer de Church Street pour lequel je lui avais décerné un coup de cœur Black Novel. Ce roman a par ailleurs été distingué par le Prix Mystère de la critique 2016. Voici donc le deuxième roman de Jake Hinkson, qui s’avère être un auteur de grand talent.

Elliott Stilling se réveille à l’hôpital, les murs blancs l’éblouissent. Petit à petit, il se rappelle pourquoi il est allongé sur ce brancard. Il vient de faire une tentative de suicide, a avalé des dizaines de pilules. Le docteur annonce à haute voix qu’il est mort pendant trois minutes, mais ils ont réussi à le sauver. Avant de replonger dans l’inconscience, un visage d’ange lui apparaît, celui d’une infirmière.

Le lendemain, il se réveille dans une chambre. L’infirmière qui lui a donné l’envie de se battre est là. Elle s’appelle Felicia Vogan. Elle travaille aux urgences et est juste venue prendre de ses nouvelles. Ils discutent, se trouvent des affinités mais elle est obligée de partir travailler. Elliott ne veut pas rester là, partir avec que sa femme Carrie ne débarque. Il se lève péniblement, s’habille difficilement, et sort de l’hôpital.

Il s’assoit dans le square d’en face, au soleil. Il attend Felicia et quand elle sort, il la rejoint. Il lui propose d’aller boire un verre. Elle accepte mais elle doit rentrer chez elle pour se changer, car elle porte encore sa blouse d’infirmière. Sur le chemin, elle se fait arrêter par un flic, bedonnant, menaçant, un peu barré. Au lieu d’une amende pour excès de vitesse, DB, le flic, les accompagne jusque chez Felicia. Là bas, dans une petite maison charmante de banlieue, les attend la copie conforme de DB : le frère sosie de DB se nomme Tom et est muet. Il semblerait que les deux hommes attendent un troisième larron, Stan The Man. Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir …

Il y a tant de choses à dire sur ce roman qui pourtant ne fait même pas 200 pages ! On y retrouve toutes les qualités rencontrées dans le premier roman, et en particulier ce style si simple, si efficace que j’avais apprécié. Le sujet, en relation avec des bouseux, avec en arrière plan la religion, est aussi présent. Elliott est un ancien pasteur, marié puis divorcé … mais on en saura pas beaucoup plus avant d’avoir bien avancé dans le livre.

Car nous avons bien à faire avec un personnage mystérieux qui a eu un passé trouble et dramatique et qui veut tourner la page. Non seulement, il veut oublier son passé, mais il veut aussi changer de personnalité. De religieux il passe de l’autre coté de la ligne jaune, en étant embringuer dans un vol avec les autres cinglés DB, Tom et Stan. En fait, c’est un personnage tout en contradiction, qui à la fois cherche à s’oublier, mais aussi cherche une présence ; qui veut se punir et à la fois se venger ; c’est un personnage en colère contre la vie, contre l’injustice de la vie, contre les limites de la vie.

Ce qui est impressionnant dans ce court roman, c’est la façon qu’a l’auteur de construire ses personnages et l’ambiance, donnant autant d’importance aux personnages principaux qu’aux personnages secondaires. Et dans ce domaine là, on flirte avec des ambiances telles que l’on en rencontre dans Blue Velvet de David Lynch, dans lequel on peut rajouter des énergumènes complètement barrés que l’on pourrait rencontrer chez les frères Coen.

Bref, ce nouveau roman de Jake Hinkson confirme tout le bien que j’avais pu penser de cet auteur, un auteur à part qui sait construire ses propres intrigues et ses propres univers en empruntant avec beaucoup d’intelligence et de sagesse ce que l’on peut trouver chez les meilleurs du polar noir. Une réussite

Corrosion de Jon Bassoff (Gallmeister-Neonoir)

Décidément, cette nouvelle collection Néonoir a le don de dénicher des auteurs différents, pas comme les autres. Avec Jon Bassoff, dont Gallmeister nous présente le premier roman, vous allez plonger dans un cauchemar, celui de la vie, celui d’aujourd’hui.

Ce roman est construit en deux parties de 100 pages environ. La première se passe en 2010, la deuxième en 2003. Deux parties, deux personnages qui vont se rencontrer jusqu ‘à la conclusion apocalyptique.

Joseph Downs est un ancien Marines qui est revenu d’Irak défiguré. Il arrive aux abords de Stratton, petite ville entourée de derricks et de silos en perdition. Le moteur de son pick-up vient de lâcher. Il parcourt les quelques centaines de mètres qu’il lui reste à faire, et entre dans un bar pour boire un coup. Un couple entre, une jeune femme belle et un vieux bonhomme. Le vieux l’insulte, la malmène et lui tire violemment les cheveux. Joseph intervient et tabasse le vieux. Puis il décide de se trouver un hôtel. La jeune femme décide de le suivre. Elle s’appelle Lilith et le vieux est son mari. Elle a bien tort de jouer avec le Diable.

Benton Faulk a 16 ans. Ses parents sont quelque peu perturbés car la mère se meurt d’un cancer. Le père élève des rats dans la cave en espérant trouver le Rat-Christ qui sauvera sa femme. Alors Benton s’invente des histoires avec un personnage nommé le Soldat. Quand sa mère meurt, son père décide de garder le corps de sa femme dans leur chambre. Son beau-frère s’en aperçoit, et fait enfermer le père. Il récupère aussi la garde de Benton. Mais on ne joue pas avec le Diable.

La première partie est plutôt classique avec tout ce que j’aime dans les polars américains : cette efficacité, cette économie de mots qui font que l’action coule en fonction des événements et que l’univers de cette partie désolée des Etats Unis est si noire et si stressante. Mais ce roman ne s’arrête pas là. On passe à une deuxième partie où tout change : le personnage principal devient un jeune adolescent marqué par son éducation et son environnement familial. Il passe de passages délirants en passages violents, se fait sa propre vie en s’alimentant de ses propres histoires imaginaires.

Les deux parties sont écrites à la première personne mais malgré cela, nous avons à faire avec deux styles bien différents, deux univers différents. Dans les deux cas, on y rencontre des gens paumés, des gens simples qui se retrouvent face à quelqu’un qui va bouleverser leur vie. Dans les deux cas, la vie n’a pas de but, la religion est bien présente mais ce coin paumé des Etats Unis a perdu toute notion de morale.

Et c’est bien là que le roman fait mal, très mal. L’écriture de Jon Bassoff est prenante, incroyablement hypnotique, à tel point que l’on n’a plus l’impression de lire une histoire, mais bien de plonger dans des psychologies de grands malades ; c’est extrêmement violent dans le propos, sans être sanguinolent, et c’est surtout incroyablement addictif. Je me suis aperçu avoir ressenti du plaisir de plonger dans une psychologie de malade, de plonger dans le Mal, et j’ai aimé ça. Clairement, ce roman va en déranger plus d’un et est amené à devenir un livre culte. C’est en tous cas un premier roman d’une force rare, un premier roman impressionnant.

Un grand merci à Coco pour le prêt et sans qui ce blog n’existerait probablement pas.

Ne ratez pas les avis de Jean Marc, Yan, L’avis tel qu’il est, Unwalkers et Leatouchbook

Le pacte des innocentes de Valérie Saubade (Anne Carrière)

J’ai la chance de pouvoir lire des polars de tous horizons et tout style. Comme je ne cantonne pas à un genre, cela me permet d’alterner et de découvrir des auteurs que je n’aurais jamais eu l’idée de lire. A l’origine de cette envie d’ouvrir ce livre, il y a tout d’abord la couverture … magnifique. Ensuite, il y a le billet de l’ami Claude grâce auquel je me suis dit : « Chiche, chouette, un pur roman policier ». Enfin, il faut que je remercie Olivia qui a pensé à moi … et qui se reconnaitra.

Ce roman si situe dans la campagne anglaise, plus exactement à Blewbury, un petit village tranquille de l’Oxfordshire. C’est pour cette raison que l’on peut se demander pourquoi, tout d’un coup, des événements vont secouer cette vie paisible et faire office de cataclysme.

Tout d’abord, ce sont des lettres de menace, presque de chantage, qui sont envoyées au maire et à ses adjoints. Ces lettres citent, pour chacune d’entre elles, une date et une citation religieuse, qu’elle soit issue de la bible, des évangiles ou bien de l’Apocalypse. Ensuite, c’est un meurtre que l’on déplore au domaine de Key Fields, la luxueuse maison de retraite du village. D’ailleurs, pour y entrer, il faut montrer patte blanche, entendez par là être doté d’une certaine richesse et d’une santé convenable, de façon à ce que la propriétaire du domaine ne soit pas embêtée.

Au poste de police local, bien peu équipé pour ce genre d’enquêtes, c’est l’inspecteur Reeves qui dirige les affaires, secondé par McHaggis. D’ailleurs, c’est une petite jeune qui débarque dans ce capharnaüm, en la personne de Karen Stanner. Cette dernière essaie d’ailleurs de faire bonne figure, mais manque sérieusement de confiance en elle.

Par moments, cela fait du bien de changer de type de lecture, de se sortir la tête des thrillers, d’éviter les romans noirs pour revenir à une lecture plus simple telle qu’un roman policier. C’est le genre qu’a choisi Valérie Saubade, en respectant à la lettre les codes et en ajoutant sa patte à une histoire qui aurait pu se limiter à la résolution d’un meurtre.

Valérie Saubade a choisi de situer son intrigue en Grande Bretagne, et en particulier en pleine campagne. Et pour cela, elle a mis au diapason son style, qui est très propre, très british, à un tel point qu’à un moment je suis allé voir la biographie de l’auteure. Je dois avouer que se laisser bercer au rythme d’une campagne éloignée de toute ville et de bruits des routes, cela fait un bien fou. Et je n’ai pas honte à dire que j’ai eu le même plaisir avec cette lecture que quand je lisais des romans d’Agatha Christie.

Car outre une intrigue fort bien construite, les personnages qui font vivre ces pages sont vivants et ont chacun leurs problèmes personnels. D’ailleurs, Valérie Saubade a choisi une forme certes simple mais efficace, puisqu’elle passe en revue à chaque fin de chapitre la vie personnelle de chacun d’eux. Cela nous permet aussi de les comprendre au-delà de leurs réactions professionnelles et de les apprécier. On suivra donc l’inspecteur Reeves qui doit accueillir son père chez lui, puisqu’il est atteint de sénilité douce ; On adorera les affres de McHaggis dont la femme vient de partir avec les enfants et qui demande conseil à un ancien collègue divorcé. On aura de la compassion pour la jeune Karen enfermée dans sa timidité et être obligée de se répéter qu’elle va y arriver.

Vous l’aurez compris, sous sa couverture fantastiquement subtile aux tons verts fleurant bon la nostalgie, vous trouverez un excellent roman policier qui n’a rien à envier aux grands auteurs du genre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Jour de colère de Diego Arrabal (Arcane 17)

Alors que cela fait 40 ans que Franco est mort, de nombreux polars reviennent sur l’histoire de l’Espagne, et ses moments les plus noirs. Ce roman revient sur les enfants volés du franquisme, et j’ai eu l’occasion de lire deux romans à ce sujet, et si le fond et le contexte étaient les mêmes, la forme en était bien différente. Il y a eu L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran (Jigal) qui était un polar dur. Il y eut Mala Vida de Marc Fernandez (Préludes) qui était un polar rythmé. Voici Jour de colère de Diego Arrabal (Arcane 17) qui est un pur roman policier.

Nancy, novembre 2003. L’assemblée générale de la congrégation religieuse Les Filles de la Charité de Saint Lazare a lieu l’hôtel Park Inn. Au petit déjeuner, le père Eduardo Carril s’inquiète de l’absence de sor Lucía de Fatima et sor María del Carmen. Il demande à sor Juana d’aller voir dans leur chambre si elles ne sont pas souffrantes. Dix minutes plus tard, la nouvelle tombe : les deux sœurs sont mortes dans leur lit.

Le commissaire Ney débarque peu après. Connu et apprécié de ses collègues, c’est un policier foncièrement honnête et doté d’un sens de la logique remarquable. Quand il entre dans la chambre des deux sœurs, il les découvre allongées dans leur lit et une poupée dont on a détruit le visage dort à coté de chacune d’elles. Le fait qu’elles aient été étranglées confirme la thèse du meurtre.

Le commissaire Ney, à cause de la nationalité des deux sœurs, va fouiller la psychologie des deux sœurs, qui s’avéraient extrêmement sévères envers tout manquement. Il pense tout de suite à des relations avec leur passé en Espagne. Il s’avère d’ailleurs que les deux sœurs ont été infirmières par le passé. A-t-on affaire à une vengeance ? Le mystère à résoudre si tue bien au niveau du mobile du meurtrier.

Comme je l’ai dit en introduction, la forme de ce roman policier est bien différente des deux précédents romans que j’ai pu lire sur le même sujet. Et dès les premières lignes, ce qui frappe, c’est la beauté de la langue employée. On a affaire ici à une écriture inspirée, simple mais remarquable. Les pages présentant la ville de Nancy sont, de ce point-de-vue là, très imagées et très justes.

La deuxième chose que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce personnage de policier. C’est un enquêteur à l’ancienne, qui est très brillant dans ses interrogatoires, et qui est capable de déduire la psychologie de la personne qu’il a en face de lui. Par conséquent, l’enquête avance beaucoup grâce aux nombreux dialogues, qui sont fort bien faits et qui laissent la part belle au lecteur quant aux réactions des gens interrogés.

La troisième chose que je voulais signaler, c’est l’extrême rigueur de l’intrigue. On se rend compte en avançant dans le livre, que l’auteur a mis beaucoup d’application dans le cheminement de son histoire. C’est le genre de roman où l’on ne trouvera pas d’incohérence ou d’indice tombé du ciel. Et c’est extrêmement plaisant de se laisser guider, mais aussi d’avancer au même rythme que le commissaire Ney sans que l’on ait l’impression que l’auteur nous cache des choses.

Ne croyez pas pour autant que ce roman est dépourvu d’action. Le commissaire Ney va être amené à aller en Espagne pour résoudre son enquête et nous aurons droit à quelques scènes qui, si elles ne sont pas impressionnantes, sont d’une belle efficacité. Et puis, il a ce chapitre 9, pierre angulaire du roman, qui détaille tout ce trafic d’enfants horrible, qui se fait sous forme de dialogue, et qui est écrit sans émotions, de façon très journalistique et qui n’en est que plus révoltant. Rien que pour ce passage là, il faut lire ce livre, remarquable à bien des égards.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

L’enfer de Church Street de Jake Hinkson (Gallmeister)

Attention, coup de cœur !

Gallmeister vient de lancer une nouvelle collection depuis le mois de mars 2015. Son nom est Neo Noir. Trois romans sont sortis en un mois : Pike de Benjamin Whitmer, Exécutions à Victory, de S. Craig Zahler et L’enfer de Church Street de Jake Hinkson. C’est par ce dernier que j’ai commencé et pour moi, c’est un pur joyau noir. Le narrateur du premier chapitre est un repris de justice. Puis la narration passe la main à Geoffrey Webb.

Un ancien repris de justice travaille dans une usine de plastique, quand le contremaitre le traite de connard fainéant. Le mot de trop. Une bagarre éclate et le contremaitre finit avec la tête en bouillie. Alors le meurtrier décide de fuir. Sauf que pour cela, il faut de l’argent. Il décide alors de braquer le premier venu, qui viendra chercher de l’essence à la station toute proche. Il récupérera alors une voiture et de l’argent. Sauf qu’il tombe sur Geoffrey Webb.

De loin, Geoffrey Webb a tous les traits d’une victime. Il déplace difficilement son quintal, et marche la tête baissée comme s’il attend des coups. Sauf que quand on le braque, il accepte de donner l’argent qu’il a à une condition : que son ravisseur écoute son histoire, comme une sorte de confession au Dieu Revolver.

Geoffrey Webb est né au fin fond de l’Amérique, dans une famille où le père alcoolique battait sa femme et ses gosses. Quand il décide de partir de la maison, à 16 ans, il erre jusqu’à arriver à Little Rock. Il se découvre alors un talent : celui de parler aux autres, de leur dire ce qu’ils veulent entendre et ainsi d’obtenir ce qu’il veut sans que les gens s’en rendent compte. Et le meilleur domaine où il peut exceller est la religion.

« Cela me frappa de plein fouet, comme une inspiration divine. La religion est le boulot le plus génial jamais inventé, parce que personne ne perd jamais d’argent en prétendant parler à l’homme invisible installé là-haut. Les gens croient déjà en lui. Ils acceptent déjà le fait qu’ils lui doivent de l’argent, et ils pensent même qu’ils brûleront en enfer s’ils ne le paient pas. Celui qui n’arrive par à faire de l’argent dans le business de la religion n’a vraiment rien compris. »

Il devient alors aumônier pour les jeunes gens de l’église baptiste. Ses talents d’orateur font que tout le monde l’apprécie et en particulier le responsable local de l’église. Quand il rencontre la fille du pasteur, xxxx, il en tombe amoureux. Et sa soif de pouvoir et de manipulation s’en trouve mise à mal. Mais le destin veut que l’histoire se complique, surtout quand Geoffrey rencontre le sheriff local.

Ce roman est génial, et je vais essayer de vous le faire lire !

C’est un premier roman et la maitrise montrée aussi bien dans le style que dans la narration est tout simplement époustouflante. Chaque phrase est d’une justesse incroyable, chaque dialogue sonne juste, et les événements s’enchainent tant et si bien que quand vous avez ouvert le roman, vous ne pouvez pas le lâcher. Car dès le deuxième chapitre et le début de la confession, le lecteur est positionné en confident, voire même en pasteur écoutant le monologue d’une âme égarée.

Je peux vous dire que quand on lit une telle confession, il est difficile de ne pas endosser sa panoplie de juge. Et c’est là que le livre devient génial. On commence par découvrir un homme redoutablement intelligent, qui se découvre un talent qui va lui permettre d’assouvir son envie et son besoin de pouvoir. Il est inutile de vous dire que ce personnage de Geoffrey Webb ne nous est pas sympathique. On se demande même où l’auteur veut nous emmener, va-t-on avoir le droit à un homme qui va devenir un pédophile, un obsédé sexuel, un truand ? Les possibilités sont infinies.

C’est aussi là que Jake Hinkson est fort. Vous vous posez des questions sur ce qui va arriver ? Vous imaginez tous les scenarii possibles. Et Jake Hinkson prend son lecteur à contre-pied. A chaque fois, on est surpris par la créativité développée par l’auteur. Et je peux vous dire que cela va advenir tout au long du roman, jusqu’à la dernière page ! Donc, revirement de situation, Geoffrey Webb tombe amoureux.

Cet événement m’a mis bigrement mal à l’aise. Tout d’abord, la fille du pasteur est grosse et d’une mocheté qui ferait se retourner les passants. Mais tout le monde la respecte puisqu’elle est la fille du pasteur. D’un point de vue psychologique, je me suis retrouvé à me poser plein de questions. J’hésite entre plusieurs hypothèses : est-il réellement amoureux ? ou joue-t-il un jeu pour grimper plus vite dans la hiérarchie de l’église ? Comme nous écoutons un témoignage, la vérité restera toujours floue. Nous sommes en fait la proie de ce qu’il veut bien nous raconter.

La narration de Geoffrey Webb reste floue, et nous, en tant que lecteur, oscillons entre dégout du bonhomme et sympathie pour cet amour. Mais rien n’est jamais aussi simple que l’on pourrait le croire … car c’est bien un des autres points forts de ce roman, Jake Hinkson s’amuse à nous asséner des rebondissements et nous prend à chaque fois à revers. Vers le milieu du roman, on se retrouve au milieu d’une bande de tarés et on est à nouveau surpris et remis en cause dans nos certitudes.

C’est donc le lecteur que Jake Hinkson s’en prend. Il nous montre que nos croyances sont basées sur des apriori comme les croyances religieuses. Il nous réécrit un remake des fables de Jean de la Fontaine, entre La mouche qui voulait se faire plus grosse que le bœuf et Le corbeau et le renard, sans oublier la blague de l’arroseur arrosé. Et c’est avec de grosses claques dans la figure qu’il nous l’assène,    avec un cynisme jouissif, avec un humour décalé et une charge contre les hypocrisies de toutes sortes.

En ce sens, j’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’aime dans les romans de Jim Thompson. Sans vouloir comparer Jake Hinkson au Maître du roman noir, les thèmes abordés en sont proches, le style en est proche sans pour autant faire une copie ou une parodie. A croire que Jake Hinkson est une réincarnation de Jim Thompson. Pour un premier roman, c’est très fort, imparable, intemporel aussi, et on ne peut qu’attendre encore mieux à l’avenir.

Coup de cœur !

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Les chants de la mort de Nicole Gonthier (Pygmalion)

Je dois dire que les romans historiques, ce n’est pas trop mon genre de prédilection. J’ai toujours un peu peur que l’auteur étale son érudition en laissant le lecteur sur le bas-côté. Ce n’est pas le cas pour ce roman policier qui vous plonge dans la France de la fin du Moyen Age, en 1482.

En cette année là, la France connait une canicule, qui prend à revers les habitants et entraine une famine inquiétante. Quand, en plus, Louis XI, qui est sur sa fin de règne, exige toujours plus d’impôts, cela créé beaucoup de mécontents. La séparation entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi flagrante. C’est dans ce contexte que s’inscrit la dernière enquête en date d’Arthaud de Varey.

Pierre Chapuis est à la tête du groupe d’hommes chargés de creuser les fossés, près de Lyon. Il est réputé pour être intraitable, voire violent. Son rôle est de trouver de la main d’œuvre, mais aussi de mener les terrassiers pour faire le travail en temps et en heure. Soudain, on l’appelle. Au fond d’un ravin, les ouvriers déterrent un corps ; cela ressemble bien à un meurtre. En plus, le corps a été émasculé.

Arthaud de Varey, prévôt de la police de l’archevêque, est appelé sur les lieux. Il s’aperçoit que le corps comporte une croix chrétienne tatouée au dessus de son sexe. Rapidement, Arthaud veut connaitre l’identité du mort et se dirige vers une maison de prostituées, chez La Bourguignote. Là, il apprend que l’homme est plus intéressé par les petits garçons et qu’il a l’habitude de se rendre dans une maison non loin de là.

Nicole Gonthier nous conte une enquête policière qui n’a rien à envier à tous les auteurs du genre. Malgré l‘aspect sombre des meurtres, c’est bien une intrigue où il va s’agir de trouver le responsable de ces meurtres, car il va y en avoir bien d’autres. Ce qui m’a surpris, c’est que la première partie du roman consiste à trouver l’identité du mort, car à l’époque, les gens n’ont pas forcément de papiers. Et Arthaud n’a pas de recherche ADN à sa disposition pour l’aider dans sa quête.

Évidemment, cette partie de l’enquête participe à l’immersion dans cette époque lointaine, de même que le style très fluide, et parsemé d’expression que l’on n’utilise plus aujourd’hui. Et l’auteure ne nous encombre pas de son savoir, elle préfère décrire les habitudes des uns, la vie des autres, par petites touches, ou par des scènes qui nous montrent les croyances du peuple et les abus des riches.

Et puis, il y a des passages qui interpellent, rappelant que l’histoire doit nous aider à construire l’avenir, tel celui-ci extrait d’un dialogue (page 196) :

« Ne constatez-vous pas combien tout va à vau-l’eau actuellement ? Les anciens privilèges sont bafoués et les mœurs déshonnêtes s’affichent. Ce n’est partout que recherche du profit et du plaisir immédiat, énormes et exécrables vices pratiqués dans les étuves et les bordels, sans parler d’un orgueil immodéré qui poussent nos concitoyens à se parer de vêtements bien au dessus de leur statut et condition. Chacun veut paraitre plus riche qu’il n’est, La gloire règne même entre les consuls ! L’Antéchrist ! Maitre Maurin, l’Antéchrist est parmi nous ! »

Dans ma culture personnelle, je n’ai retenu des romans historiques que Le nom de la rose et Les rois maudits. Sans atteindre la classe du Nom de la rose, je dois dire que ce roman est une très bonne surprise et devrait plaire à tout amateur de roman policier historique.