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Cabossé de Benoit Philippon

Editeur : Gallimard Série Noire

Auréolé d’avis dithyrambiques, sur la toile entre autres, je me devais de découvrir ce premier roman, écrit par un auteur qui touche à tout. Attendez vous à une belle claque dans la gueule …

Il s’appelle Raymond. Comme ce prénom est moche, il se fait appeler Roy. Comme son prénom, Roy est moche, abimé, cabossé. Il fut boxeur, mais on devrait plutôt dire punching ball amateur. Dur au mal, il encaissait les coups jusqu’à se faire démolir. Avec cette gueule-là, il a bourlingué, fait tous les boulots, même ceux qui consistent à démolir des têtes pour recouvrer de l’argent.

Roy s’essaie à un site de rencontres. Il tombe sur Guillemette, jeune femme frivole qui a de la répartie. Elle a un petit ami, Xavier qui la frappe. Roy n’accepte pas cette attitude et le corrige … définitivement. Guillemette trouve alors en Roy le gentil géant qui va la protéger, avant d’éprouver pour lui le Grand Amour avec un grand A.

Recherché par la police, mais surtout fuyant leur vie abimée, nos deux écorchés vifs vont étrenner les routes de la France profonde sans but ni espoir, si ce n’est celui de passer le plus de temps ensemble possible. Cela va être l’occasion de rencontrer de nombreux personnages hauts en couleurs.

Je comprends les différents avis que j’ai pu lire sur la Toile à propos de ce roman. Avec un parti pris revendiqué de parler vrai, voire d’utiliser un langage parlé, l’auteur nous conte une bluette, une sorte de conte de fée d’aujourd’hui, mais en regardant l’envers du décor. Le héros n’est pas beau mais moche à en faire une caricature. La belle est belle et aveuglée d’amour. Et le décor n’est pas une belle forêt mais des routes départementales boueuses ou des banlieues grises. Le tout est servi chaud, très chaud, à force de coups de poing, de coups de pied et de mandales dans la gueule.

Que ceux qui n’apprécient que peu le langage vulgaire, ou la véracité des mots crus passent leur chemin. Il suffit de lire les premières lignes pour s’en rendre compte. Que ceux qui veulent lire un roman pas tout à fait comme les autres, et qui va vous frapper derrière la carapace, à l’endroit du cœur se jettent dessus. Car derrière cette brutalité, se loge une sorte de petite lueur de poésie noire, une once de gentillesse, de bon sentiment, sur fond d’amoralité, de sang et de sueur.

Pour un premier roman, c’est bluffant, car cela marche du début à la fin. Le seul petit reproche que je ferai, c’est que cela ressemble à un amoncellement de scènes, sans véritable but ni fin. Mais rien que pour quelques personnages rencontrés au fil de ces pages, avec une mention particulière pour Mamie Luger, et pour cette fin en forme de début de tout, je vous conseille d’aller y jeter un coup d’œil pour vous prendre un coup de poing.

Ce roman est qualifié pour le prix du Balai de la découverte 2017, organisé par le Concierge Masqué, et dont vous pourrez lire l’interview ici

Ne ratez pas les avis des amis Yvan et Jean Marc, de Fan2polar et Quatresansquatre

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Accidents d’Olivier Bordaçarre

Editeur : Phébus

Découvert avec La France tranquille (en ce qui me concerne), j’avais été époustouflé par son Dernier désir. C’est donc avec une grande joie que j’ai lu son petit dernier, Accidents, dont j’ai eu la connaissance grâce à l’excellent blog Bob Polar, dont vous pourrez lire l’avis ici.

Avenue André Breton, Montrouge. Un accident vient d’avoir lieu. L’essence se déverse des carrosseries. Le drame va avoir lieu. Un passant a prévenu les secours mais elle sait qu’elle ne peut rien faire. Tout à coup, des mains la tire de la tôle. Elle se retrouve allongée, devant les visages des pompiers et s’évanouit.

Rue Boulanger, Paris. Sergi Velasquez est un peintre inconnu du grand public. Il habite le même immeuble que sa sœur, est même son voisin. Cela ne gêne pas Paul et Julia puisqu’ils passent du temps ensemble. Paul a choisi d’être père au foyer pour garder Anouk, leur fille. Julia quant à elle est psychanalyste. Alors que Anouk insiste pour regarder King Kong, Sergi annonce à Paul Qu’il a trouvé une galeriste qui accepte d’exposer ses toiles. Un jour, en rentrant chez lui, il rencontre dans l’ascenseur une superbe femme rousse, qui va au même étage que lui. Cela doit être une patiente de sa sœur.

Hôpital Cochin, Paris. Une jeune femme se réveille. L’infirmière insiste pour qu’elle se lève, fasse sa toilette. Devant le miroir, elle regarde ce visage moitié humain, moitié animal. Elle a du mal à accepter sa moitié de visage défiguré.

Sur un sujet casse-gueule, Olivier Bordaçarre s’en tire encore une fois admirablement. Deux jeunes femmes, dont on ne connait pas les liens, qui ne se rencontrent pas, c’est avec cette idée d’intrigue que l’auteur nous demande de regarder. Avec toute la subtilité qu’on lui connait, il fouille, dissèque les intimités des uns et des autres, avec pour trait d’union Sergi, un peintre hors norme, marginal, ballotté par des événements qui le dépassent.

Ne cherchez pas d’action, ou de mystère extraordinaire. Ici, on est dans les petits gestes du quotidien, dans les petits objets, dans les petites paroles anodines qui construisent les grandes histoires et amènent à se pencher sur nos propres réactions, à nos propres réflexions que l’on peut avoir sur les autres.

Car ce roman est bien une variation sur la beauté et sa représentation dans l’art (ici, la peinture). C’est aussi une belle illustration sur les cicatrices que chacun de nous porte en nous, celles que l’on voit et celles que l’on ne voit pas. Car chacun porte en soi des blessures, des regrets qui construisent notre vie, comme des pierres qui font nos fondations.

Olivier Bordaçarre est un auteur décidément à part, capable de nous faire croire en des personnages de la vie de tous les jours, et de nous montrer des axes de réflexion qui sont importants et si subtilement montrés. Il est aussi trop rare alors on déguste chaque phrase, chaque mot comme une offrande. Accidents est un beau livre, attachant, et entêtant, marquant et obsédant, du genre qui ne s’oublie pas.

Un caddie nommé désir de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

Le dernier roman en date de Roland Sadaune fait une nouvelle fois la part belle à des personnages comme vous et moi et démarre de façon classique pour se terminer dans le noir … le plus complet.

Tout commence avec une pièce de 1 euro. C’est bête, ça ne vaut pas grand-chose, et pourtant cela va changer le destin de Raphaël Darmont. Ancien lieutenant de police, Darmont a fait les frais d’une affaire mal embarquée, et a fait office de bouc émissaire. Tout juste a-t-il pu récupérer un poste chez Sécuritex, une entreprise de vigiles privés qui lui permet à la fois de contrôler les clients chez Mamouth, à la fois de s’occuper du recrutement de ses futurs collègues.

1 euro, c’est ce qui manque à la superbe brune pour prendre un caddie et faire ses courses. Ebloui par sa beauté, Darmont lui propose une pièce et, à force de discussions, ils proposent de se revoir. Malgré sa petite cinquantaine, Darmont a un coté rassurant et Malika a le charme des beautés orientales. Le premier rendez-vous se fera dans un restaurant, puis il ira chez elle, puis ils coucheront ensemble. Ce ne sera pas une réussite, mais il y aura une suite … comme des cailloux parsemés sur le chemin de l’enfer.

On peut diviser ce roman en deux parties. Le premier présente les personnages, sur la base de chapitres courts, avec des allers retours entre le moment présent et le passé, passant des uns aux autres avec une facilité enivrante pour le lecteur. Petit à petit, les pièces du jeu d’échecs se mettent en place et le drame peut avoir lieu : alors que Darmont ne voit plus Malika depuis quelques jours, il va chez elle, crochète sa serrure et la trouve morte dans sa douche.

La deuxième partie est plus linéaire, plus classique aussi au sens où elle déroule l’enquête de Darmont, mais plus noire, où il est impliqué de près dans cette histoire de meurtre, où son attitude est suspecte pour les autres mais aussi pour ses collègues policiers, où il se retrouve forcé et contraint de trouver la vérité car il sait plus de choses que les autres. Même sa femme, qui occupait déjà un rôle secondaire dans savie n’est plus considérée comme un canot de sauvetage.

Avec un style remarquable d’efficacité et de brutalité, ne prenant pas de gant envers ses personnages, Roland Sadaune nous concocte un roman noir avec une histoire qui s’avère bien plus surprenante que l’on aurait pu croire au tout départ. Si vous aimez les polars aux scenarii implacables, alors ce roman là est pour vous.

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et l’Oncle Paul.