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Le carnaval des ombres de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Roger Jon Ellory fait partie des auteurs incontournables dans le paysage du polar, situant ses intrigues aux Etats-Unis et présentant à chaque fois des personnages complexes et des sujets toujours très intéressants. Ce dernier roman en date risque de surprendre son lectorat, par son aura mystérieuse.

1958. Le corps d’un homme a été découvert sous le manège d’un cirque ambulant à Seneca Falls. L’agent spécial superviseur du FBI Tom Bishop confie cette enquête à Michael Travis, et le nomme pour l’occasion agent spécial sénior. Il devra se rendre sur place en solo, ce qui est inhabituel, et déterminer s’il s’agit d’un meurtre local donc de la responsabilité du shérif ou d’un crime fédéral.

Arrivé sur place, Travis fait la connaissance du shérif Charles Rourke. Ce dernier lui assure qu’il fera tout ce qui est en pouvoir pour l’aider, ce qui veut dire qu’il veut se débarrasser d’une enquête qui vient troubler la quiétude de cette petite ville. Rourke ne lui cache pas que l’arrivée du Carnaval Diablo, mené par Edgar Doyle, avec ses magiciens, ses géants et ses membres difformes gêne la tranquillité des habitants.

A la morgue, l’examen du corps ne lui apprend rien de plus : l’homme a été tué ailleurs et son corps glissé sous un manège tournant. Une lame l’a poignardé à l’arrière de la tête. Le corps comporte un nombre impressionnant de vieilles blessures ce qui laisse penser à un membre de gangs ou un soldat. Sur l’arrière du genou, Travis remarque un tatouage en forme de point d’interrogation inversé.

On pourrait penser à un simple roman policier, à la lecture de ce bref résumé qui parcourt les premières dizaines de pages. Puis, quand on entend parler de monstres exhibés dans un cirque, on se dit qu’on va avoir droit à un défilé de Freaks. En fait, le roman aborde plusieurs thèmes, beaucoup de thèmes qui vont bien au-delà du rejet de la population envers des gens différents.

Le personnage principal est remarquablement bien construit. Son passé montre un enfant issu d’une famille violente, son père alcoolique battant sa mère. Un jour, celle-ci tue le père et se livre aux autorités. Travis va alors aller dans une maison de correction avant d’être adopté par sa tante. Il recevra une éducation lui inculquant de suivre les règles, de ne pas sortir des limites qu’on lui a fixées.

Et le Carnaval Diablo va faire voler en éclats ce qu’il considère comme acquis et ce que lui demande son travail au FBI. Sortir des règles et dénicher ce qui se cache derrière les apparences lui permettra de découvrir l’identité du mort mais aussi des exactions du FBI et de la CIA, en particulier l’Opération Paperclip, à la fin de la 2ème guerre mondiale, consistant à récupérer les scientifiques nazis. J’ai trouvé remarquable la façon dont l’auteur nous oppose un esprit matérialiste et cartésien avec l’irrationnel des membres du cirque.

A tout cela, il faut rajouter, et c’est ce que j’ai préféré, une ambiance mystérieuse, où on voit Travis perdu dans ses convictions, dans une affaire, qui, au fur et à mesure de son avancement, va devenir obscure. Les artistes bizarres du cirque vont ajouter une aura brouillardeuse à des événements étranges tels que la disparition du corps et l’accumulation de mystères ou même la possibilité de lire les pensées d’autrui.

La plume de Roger Jon Ellory s’avère toujours aussi hypnotique (et la traduction lui rend un formidable hommage), même si j’y ai trouvé des moments longuets où l’auteur en rajoute. Et le fait qu’il multiplie les thèmes donne une impression qu’il ne sait pas où il veut nous emmener. Décidément, ce roman détonne par rapport aux précédents opus de l’auteur et on passe un bon moment à parcourir ce pavé de plus de 600 pages.

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Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J.Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Le dernier roman en date de Roger Jon Ellory ne fait pas exception à la règle : il nous parle des Etats-Unis. Et pourtant, il s’avère être un roman surprenant à bien des égards, et en particulier vis-à-vis de l’histoire puisqu’il s’agit d’une uchronie. Et si John Fitzgerald Kennedy n’était pas mort le 22 novembre 1963 ?

23 novembre 1963. Ed Dempster et Larry Furness fouillent un immeuble au coin de Houston et Elm Street. Ils découvrirent des cartons empilés de façon à faire un mur entre les escaliers et la fenêtre. Et derrière le mur de cartons, juste a coté de la fenêtre, une balle de 6mm toute neuve, inutilisée. Malheureusement, elle tombe entre deux lames de parquet. Impossible d’en faire plus.

Mitch Newman est journaliste photographe. Il a connu Jean Boyd le samedi 19 avril 1947, lors de l’anniversaire de celle-ci et est tombé immédiatement amoureux d’elle. Ils ont fait tous les deux les mêmes études, ne se sont plus quittés, jusqu’en juillet 1950 où il s’engagea comme photographe de guerre en Corée. C’était comme un appel pour lui, une déchirure pour elle. Mitch a passé 4 mois d’horreurs en Corée avant de revenir à jamais marqué et Jean a refusé de le voir, et même de répondre à ses lettres.

Chacun a fait son chemin, lui devenant photographe très porté sur la boisson, elle reporter au Washington Tribune jusqu’à ce que le 5 juillet 1964, Mitch apprenne que Jean s’était suicidée, en avalant des somnifères. Ne comprenant pas son geste, Mitch se rend dans sa maison, récupère son chat et va voir la mère de Jean, Alice. Elle non plus ne comprend pas ce geste. Mitch, pour rendre hommage à l’amour de sa vie, va reprendre l’enquête sur laquelle elle était et qui lui a occasionné d’être virée du Tribune. Mais plusieurs événements lui montrent que quelque chose de louche se trame.

Roger Jon Ellory avait déjà abordé la famille Kennedy dans une nouvelle, sortie hors commerce Le Texas en automne, dans laquelle il se mettait dans la tête du président assassiné. Il revient sur cet événement, en bon passionné des Etats-Unis pour une uchronie, ce qui lui donne une originalité par rapport à tout ce qui a pu être fait, écrit, édité sur cet événement incroyable du vingtième siècle.

Roger Jon Ellory est un écrivain doué pour raconter des histoires, et ce roman le démontre une nouvelle fois. Il a cette art de créer des personnages plus vrais que nature, de les positionner dans des situations réelles ou imaginées, mais en tous cas de nous immerger dans une histoire forte. C’est ici le personnage de Mitch qui va porter le scénario, un personnage attachant cherchant à réparer ses erreurs du passé, et qui va, à la fin du roman, se prendre une belle claque en apprenant qui il est réellement.

Entre les chapitres consacrés à l’enquête, qui avance comme dans un brouillard, nous allons naviguer en eaux troubles dans les services secrets, l’intimité du président et de sa famille et toutes les magouilles mises en place pour faire réélire Kennedy. L’auteur insiste beaucoup sur les trucages des votes pour placer JFK à la tête du pays, sur les financements de sa campagne par la mafia.

Pour autant, on ne trouvera pas de révélations sur la mort du président ; j’ai même trouvé qu’il y allait avec des pincettes, préférant mettre l’accent sur son personnage principal, se croyant investi d’une mission en mémoire de son amour perdu. Mais le roman est moins fort émotionnellement. Le déroulement de l’intrigue est remarquablement bien fait, prenant, passionnant, jouant avec les personnages réels comme avec des pions. Et c’est ce que je retiendrai de ce roman, un excellent polar jouissif en forme de jeu de piste.

Le chant de l’assassin de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Depuis sa première parution avec Seul le silence, je dois dire que je prends un plaisir à lire les histoires que cet auteur nous invente, avec toujours comme décor les Etats Unis, pas celui clinquant tout beau tout propre mais celui des campagnes.

Henry Quinn a été élevé seul par sa mère, secrétaire dans une bibliothèque, et n’a donc jamais connu son père. Juste avant sa majorité, ayant bu trop d’alcool, il s’amuse à tirer avec une arme à feu sur un tonneau. Pour son malheur, une balle rebondit et va parcourir plusieurs centaines de mètres avant de tuer une jeune femme, en train de préparer son petit déjeuner dans sa cuisine.

Accusé puis condamné juste après ses 18 ans, il en prend pour 5 ans au pénitencier de Reeves, sort au bout de 3 ans pour bonne conduite. S’il s’en sort en un morceau, c’est grâce à Evan Riggs, son compagnon de cellule. Condamné à la prison à vie, Evan lui demande de retrouver sa fille qu’il n’a jamais connue, pour lui donner une lettre. Henri ne peut qu’accepter ce service envers celui qui l’a sauvé et qu’il considère comme un père naturel.

Après une visite éclair auprès de sa mère, toujours aussi alcoolique, Henri prend la route de Calvary, où il devrait pouvoir retrouver la trace du frère d’Evan, Carson, qui en est le shérif. Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil est froid, aussi bien de la part du shérif que des habitants de Calvary. Il semblerait même que tout le monde veuille oublier Evan et sa fille. Mais quel est le secret qui est enfermé dans cette petite ville ?

Je ne vais pas vous redire tout le bien que je pense du style hypnotique de Roger Jon Ellory, ce talent à créer des personnages forts, cette faculté à nous plonger dans un autre lieu et un autre espace-temps. Pour ce roman-là, il va mener en parallèle deux histoires : l’une contemporaine sur la recherche de la fille d’Evan, l’autre concernant la vie d’Evan, son crime et comment il en est arrivé là.

Pour la première fois, Roger Jon Ellory lier ses deux passions dans un seul roman : écrire une histoire simple et la musique. Evan est en effet un musicien maudit, créateur des Whiskey Poets (comme par hasard le nom du groupe réel de Ellory) et Henry un musicien doué. En entourant le tout de plusieurs questionnements et mystères bien épais, vous avez les ingrédients de ce roman une nouvelle fois réussi.

Les deux histoires vont alternativement se dérouler, tranquillement, pour nous amener à lever le voile sur la vérité, les vérités. D’un côté, l’enquête d’Henry qui montre une ville renfermée sur elle-même et qui veut éviter les étrangers. De l’autre, la vie d’Evan faite d’erreurs, de mauvais choix, d’hésitations, de moments de joie mais aussi de moments dramatiques. Ellory nous raconte une vie plongée dans l’Histoire américaine.

Comme à chaque fois, n se retrouve emporté dans un roman plein, complet, dans lequel on a beaucoup de plaisir à plonger parce qu’on a l’impression de côtoyer des personnages ordinaires au destin ordinaire qu’Ellory nous transforme en extraordinaire. Si on ressent beaucoup de maitrise et de retenue, dans les scènes émouvantes par exemple, c’est probablement parce qu’il a écrit là son roman le plus personnel, qui le touche le plus dans ses passions. Et avec ce roman-là, il n’a jamais été aussi proche de la littérature blanche. C’est encore un grand roman très réussi de la part de cet auteur dont je ne me lasse pas.

Les fantômes de Manhattan de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Claude et Jean Demanuelli

Sachez que je suis un fan de la plume de Roger Jon Ellory, depuis son premier roman paru en France, Seul le silence. Dès qu’un de ses romans sort, je suis assuré de me balader avec un personnage hors norme, avec une histoire racontée par un maître quand il s’agit de nous faire voyager.

Annie O’Neill a perdu son père à l’âge de 7 ans, et a vécu avec sa mère. A la mort de celle-ci, elle a décidé d’investir dans une petite librairie en plein cœur de Manhattan, ce qui lui permet tout juste de vivre. Âgée de 30 ans, son activité professionnelle ne lui laisse que peu de temps et sa vie personnelle et amoureuse s’en ressent. Alors, elle passe ses soirées libres avec son voisin, Sullivan, cinquantenaire débonnaire, philosophe et alcoolique.

Un lundi soir, un étrange vieillard débarque dans sa boutique. Il lui indique avoir connu son père, et détenir certaines de ses lettres. Il lui propose de créer aussi un club de lecture, ou plutôt une sorte de contrat où elle s’engage à lire un manuscrit narrant l’histoire d’un certain Haim Kruszwika, tzigane dans les années 30 en Europe, qui va être déporté à Dachau, avant d’être rescapé à la libération.

Quelques jours plus tard, un jeune homme se présente à la boutique. Sans avoir un but, il flâne dans les rayonnages et se présente : David Quinn. Il est à la recherche d’un ou plusieurs livres pour ses voyages. Annie le sentant réservé, elle lui propose trois livres. Elle ne peut pas se douter à ce moment-là, qu’ils vont se revoir très bientôt.

Cela peut sembler étrange d’éditer aujourd’hui le deuxième roman de RJ.Ellory, surtout en grand format. J’aurais plutôt imaginé qu’il serait sorti sur Sonatine +, leur collection où sortent des romans plus anciens. Ceci dit, ce roman détonne par rapport à ses autres productions par son aspect psychologique d’une part et par son personnage féminin d’autre part.

Le roman tient sur les épaules d’Annie 0’Neill, qui arrive à un tournant de sa vie, à l’approche de la trentaine. Clairement, elle est à la croisée des chemins, se demandant ce qu’elle va faire de sa vie, comment elle va envisager, elle qui n’a pas de passé. D’ailleurs, les trois hommes qui l’entourent dans ce roman représentent chacun une génération, de David le jeune, Sullivan le cinquantenaire et Forrester le plus âgé. Elle se retrouve face à un choix difficile à prendre, essayant de gérer les trois relations en parallèle.

Ce roman pose effectivement la question du poids du passé, et l’influence qu’il peut avoir dans nos choix de vie. Mais c’est aussi un roman mystérieux où tout au long du roman, on se pose la question de la chute finale. La question que l’on se pose est alors de savoir qui est le gentil de l’histoire et qui est le méchant. Et comme Roger Jon Ellory nous distille les informations au compte goutte, on est contraint d’accepter de jouer les règles du jeu fixées par l’auteur : le roman avancera à son rythme.

Alors, le rythme se révèle lent, décrivant les états d’âme d’Annie, et cela pourrait paraître long à lire. C’est sans compter le fabuleux talent de conteur de Roger Jon Ellory, qui arrive à nous passionner avec, finalement, peu de rebondissements. On se laisse bercer par ce faux rythme, fasciné par l’acuité de la description de la vie de cette jeune femme, jusqu’à un dénouement que l’on peut avoir senti venir, mais qui est empli d’émotions fortes. Je l’ai déjà dit, Ellory est fascinant et ce roman le démontre une nouvelle fois.

Les assassins de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Pour un fan de Roger Jon Ellory, avoir la chance de lire deux romans de cet auteur à quelques mois d’intervalle est une chance, voire même un véritable cadeau. Il y a quelques mois, j’avais mis un coup de cœur pour Papillon de nuit, un roman d’initiation qui fouille et revisite l’histoire contemporaine des Etats Unis. Celui-ci est un roman sur les tueurs en série, qui part d’une idée géniale …

Jersey city, 1984. John Costello a 16 ans. Il travaille dans la boulangerie de son père, et fait en parallèle des études. Sa mère est morte, et son père, alcoolique, essaie de faire au mieux pour parfaire l’éducation de son fils. Un matin, une jeune fille à l’accent russe lui demande du pain irlandais. Elle s’appelle Nadia. Elle sera son premier amour. Ils se reverront, ils s’embrasseront, ils feront l’amour pour la première fois.

Puis, lors d’un rendez vous dans un parc, un homme surgit avec quelque chose dans la main. Il leur dit « Je suis le marteau de Dieu », avant de frapper Nadia et de la tuer. Il tente de tuer aussi John mais le blesse. Quelques temps après, la police arrête Robert Melvyn Clare, auteur de cinq assassinats de jeunes adolescents. Sa culpabilité ne fait aucun doute, il a avoué. 3 semaines plus tard, Robert Melvyn Clare se pend avec des draps à l’hopital psychiatrique d’Elizabeth.

Juin 2006. Il y a tellement d’assassinats à New York que personne ne fait le lien entre eux, surtout quand ils ont lieu dans des arrondissements différents. Et pourtant, Ray Irving va être confronté à un meurtre de Mia Grant, 15 ans. D’après ses parents, elle avait trouvé un petit boulot par une petite annonce.

Au New York City Herald, Karen Langley, responsable des faits divers, écoute son enquêteur-documentaliste lui parler de ce meurtre qui ressemble en tous points à un meurtre précédent, perpétré par un tueur en série. Le documentaliste veut écrire un article mais demande que Karen le signe : Un tueur imite à la perfection les plus grands tueurs en série en réalisant une mise en scène strictement identique. Karen préfère attendre. Mais quand deux autres meurtres font leur apparition, elle contacte Ray Irving. Son enquêteur ne peut pas se tromper, il connait tout par cœur, il s’appelle John Costello.

Quelle idée géniale que ce tueur qui copie à chaque meurtre le scenario d’un meurtre précédent perpétré par un tueur en série ! Mais avoir une excellente idée ne suffit pas pour faire un bon roman. Et tout le talent de Roger Jon Ellory est bien de mettre en avant ses personnages, laissant le tueur œuvrer dans l’ombre. En ce sens, ce roman apparait comme un formidable roman psychologique, mâtiné d’une tension permanente.

Car les trois personnages ressemblent comme trois gouttes d’eau à ce qu’est une grande ville comme New York aujourd’hui : une fantastique mégalopole où tous les quartiers sont isolés les uns des autres. Ray Irving, vit reclus, seul depuis la mort de sa femme. Karen Langley, à la tête de la rubrique faits divers, donne tout à son travail et n’a pas le temps pour autre chose. Quant à John Costello, depuis la mort de Nadia, ressemble à un expert des tueurs en série, mémorisant tous les assassinats et ne fréquentant personne à part Karen. Ces trois personnages vont évoluer dans une horreur, un mystère insoluble.

Si certains passages peuvent paraitre un peu longs, Roger Jon Ellory arrive à faire monter le stress et je peux vous dire que les deux cents dernières pages, qui concernent le meurtre d’une famille complète comme cela a été fait dans l’affaire d’Amityville sont un pur chef d’œuvre de littérature à suspense, passant d’un personnage à l’autre, décrivant par petites phrases l’action, et tenant le lecteur en haleine.

Quant à la fin, elle est d’une logique implacable, même si on ne sait pas jusqu’au dénouement l’identité du coupable, même si on ne connait pas les motivations du coupable. Mais peut-on réellement donner une explication rationnelle à quelque chose d’irrationnel ? Ce roman est un livre marquant, éprouvant, inoubliable, un nouveau grand roman écrit par cet auteur qui n’arrête pas de me surprendre à chaque lecture.

Ne ratez pas les avis de Yvan, Stelphique et Mimipinson

Papillon de nuit de Roger Jon Ellory (Sonatine+)

Attention, coup de cœur !

Premier roman de Roger Jon Ellory, Papillon de nuit vient d’être édité dans la nouvelle collection de Sonatine. Pour l’occasion, le nom de cette collection s’agrémente d’un + et se propose d’éditer ou rééditer des livres un peu plus anciens.

Daniel Ford est en prison. Enfermé dans sa cellule ridiculement petite, il attend son exécution. Daniel Ford est en effet condamné à mort. Il est accusé d’avoir tué Nathan Verney, un jeune homme noir de son âge. Cela fait plus de dix ans qu’il est enfermé et sa mort est programmée pour bientôt. Daniel Ford est blanc, Nathan Verney était noir. Daniel va revenir sur son passé, expliquer sa vie à son confesseur, le père John Rousseau.

Pourtant, Daniel et Nathan étaient amis. Vers l’âge de 6 ans, dans les années 60, ils se sont rencontrés par hasard. Daniel mangeait un sandwich au jambon. Sa mère faisait le meilleur sandwich du coin. Nathan s’approche et lui en demande un morceau. Au début Daniel refuse et Nathan s’impose en lui en prenant un morceau. Puis, ils discutent, puis ils plaisantent, puis ils deviennent amis. Comme peuvent le devenir deux enfants de 6 ans.

De petites scènes en anecdotes, l’amitié des deux jeunes gens s’affermit. S’ils ne ressentent pas la haine entre les blancs et les noirs, car ils sont trop jeunes, les événements finissent tout de même par les toucher. Les discours officiels apporte la bonne parole, prônent l’égalité pour tous ; Mais les faits divers locaux ou nationaux démontrent tout le contraire. Ce sont des meurtres d’hommes noirs tout d’abord, cela continue par le développement de l’influence du Ku Klux Klan et cela aboutit à l’assassinat de Martin Luther King.

J’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’aime dans Roger Jon Ellory. Il a un talent inimitable pour dépeindre un personnage simple, et pour avec son style hypnotique, décrire sa psychologie, sa vie de tous les jours tout en abordant des thèmes historiques importants, sans faire une leçon d’histoire rébarbative. Il nous montre ainsi comment la guerre d’Indochine et du Vietnam va avoir un impact énorme sur les populations locales, comment le gouvernement préfère y envoyer d’abord les noirs, comment la propagande laisse espérer au peuple la possibilité de devenir un héros …

De cette trajectoire de jeune homme qui n’est ni un héros ni un anti-héros, Roger Jon Ellory nous montre comme un jeune garçon innocent va évoluer, grandir, et perdre sa naïveté comme d’ailleurs son pays va la perdre à la suite de l’assassinat de John Kennedy ou même de l’affaire du Watergate. Roger Jon Ellroy nous montre non seulement l’impact de ces événements aux répercussions mondiales sur la population, mais aussi l’interprétation qu’en fait a posteriori Daniel quand sa situation personnelle l’oblige à prendre du recul et à analyser ce qui s’est passé.

Et les messages de Roger Jon Ellory frappent d’autant plus que l’on est hypnotisé par le témoignage de Daniel. De la perte de l’innocence, de l’éducation forcée et de la propagande assénée sur les gens, ce roman montre tant de choses que nous ne pouvons qu’être fascinés par ce qui est dit et par la forme employée. C’est le terme que je cherchais pour décrire mon avis : ce livre est fascinant et marquant.

Pour autant, ce roman n’est pas un réquisitoire, plutôt une magnifique histoire, un formidable récit d’un petit homme emporté par la tornade de l’Histoire. C’est aussi une leçon de philosophie, où Daniel apparait comme un jeune homme qui laisse les autres faire les choix de sa vie à sa place … sauf une fois ; c’est une illustration de la difficulté de prendre des décisions, et d’en accepter les conséquences, quelles qu’elles soient.

C’est tout de même un réquisitoire contre l’hypocrisie de la société, par ce combat pour l’égalité Blanc / Noir que tout le monde demande et défend alors que, dans la vie de tous les jours, rien n’avance jamais. C’est aussi à travers des personnages secondaires formidables une fantastique épopée qui balaie plus de vingt années de l’histoire des Etats Unis et leur impact sur la population.

Papillon de nuit est un roman inoubliable. Coup de cœur !

 Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan et l’interview du Concierge Masqué

Les neuf cercles de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Depuis son premier roman publié en France, Seul le silence, je suis fan de Roger Jon Ellory. Je suis fan de ses personnages, je suis fan de ses décors, je suis fan de ses thèmes, avec plus ou moins de plaisir. Mais un auteur ne peut réellement pas être tout le temps au top, et au global, seul un de ses romans m’a déçu. Avec Les neuf cercles, Roger Jon Ellory renoue avec la veine que j’aime, celle qui consiste à fouiller le quotidien d’un personnage.

« Quand la pluie arriva, elle rencontra le visage de la jeune fille. »

Juillet 1974, dans la ville de Whytesburg, Mississipi. Le corps d’une jeune fille est retrouvé, ressortant de la vase d’une rivière. Le shérif John Gaines, vétéran du Vietnam, se retrouve avec un corps dont il ne connait pas l’identité. Quand son adjoint le rejoint, il est fortement troublé. Il lui semble reconnaitre Nancy Denton, une jeune fille qui a disparu vingt ans auparavant.

John Gaines est un personnage fortement marqué par ce qu’il a connu au Vietnam. Il pensait être revenu de l’enfer, mais il n’a jamais réellement pu tourner la page, étant obsédé par des images de massacre, harcelé par des cauchemars récurrents. Surtout, il se pose des questions sur la chance qu’il a eu de revenir vivant, voyant ses compagnons tomber un à un dans un conflit qui ne le regardait pas, se rendant compte après coup qu’ils n’avaient aucune chance de vaincre sur un terrain hostile et inconnu.

L’autopsie est réalisée par le médecin de la petite ville, qui a mis au monde tous les enfants. Il reconnait, en effet, le visage de Nancy Denton, incroyablement conservé par la boue. Il annonce aussi à Gaines que le corps a été ouvert au niveau du thorax, le cœur de la jeune fille a été prélevé et remplacé par une boite dans laquelle git un serpent qui se mord la queue.

Roger Jon Ellory aborde cette histoire très particulière de la façon dont il aime le faire : Il pose rapidement les faits, détaille rapidement les personnages principaux et ensuite, prend son temps pour détailler à la fois les décors, les psychologies. Et je retrouve dans ces moments là ce qui me fait aimer la plume de Roger Jon Ellory : Sans être lourdingue, il prend le temps de regarder évoluer ses personnages, ne nous assomme pas de considérations psychologiques bas de gamme, mais brosse ses personnages par leurs petits gestes du quotidien, par des dialogues formidablement ciselés.

Le personnage de Gaines, dans cette optique, est emblématique de la façon dont Ellory arrive à nous emmener dans son monde. Il nous décrit un personnage marqué à vie, qui se pose des questions sur le pourquoi et le comment il a réussi à sortir de l’enfer de la guerre du Vietnam, et cette intrigue va le replonger dans un enfer encore pire. Si ces considérations occupent une bonne moitié du roman, l’autre moitié s’oriente plus vers l’enquête, à propos de laquelle les adeptes de rebondissements pourraient être déçus.

En effet, le rythme est lent, comme peut l’être celui de la vie des habitants d’une petite ville des Etats Unis. Certes les pistes sont nombreuses, du racisme ambiant à un potentiel serial killer, mais le livre est plus centré sur les personnages et leurs réactions, leur façon de réagir au travers de leurs phrases.

En prenant un peu de recul, je trouve que le scenario tient sur un post-it ou deux, mais ce n’est pas ce qui m’a fasciné dans ce livre. De même, il y a des passages concernant l’histoire des Etats Unis et la guerre du Vietnam qui m’ont semblé de trop par rapport au reste du livre. Il n’en reste pas moins que Roger Jon Ellory a une écriture hypnotique, que j’y ai retrouvé tout le plaisir de lecture au j’avais trouvé avec Seul le silence. Et quand il écrit comme ça, Ellory est un grand auteur, qui est capable de nous passionner pour une histoire et ses personnages sans que l’on s’en rende compte.

Mauvaise étoile de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après son dernier roman Les anges de New York que je n’avais pas aimé, il me tardait de lire ce roman, car je suis et je reste un grand fan de cet auteur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a affaire à un changement radical, et dans le fond et la forme. Mauvaise étoile est un pur thriller passionnant.

Ils sont deux frères, deux demi frères par leur mère Carole Kempner, qui les a eu de deux pères différents. L’ainé Elliott « Digger » Danziger a toujours aidé et protégé son cadet d’un peu plus d’un an Clarence « Clay » Luckman, surtout après la mort de leur mère. Elle a été tuée par leur père et Elliott va assister au meurtre. Ils vont ensuite passer d’orphelinats en maisons de correction jusqu’à l’adolescence. Digger a toujours été le bagarreur, le maillon fort des deux enfants, alors que Clay est celui qui est plus fragile mais aussi le plus réfléchi.

Earl Sheridan est un psychopathe qui est en route pour son exécution. En route, le mauvais temps les oblige à faire une pause dans la maison de correction à Hesperia dans laquelle les deux frères sont enfermés. Earl arrive à s’enfuir en les prenant en otage. Commence alors une fuite éperdue sur les routes des Etats-Unis où Earl va élever Digger et où Clay va réussir à s’enfuir et rejoindre l’Eldorado, ce nom porteur de tous les espoirs.

On n’a pas le temps de reprendre son souffle pendant ce roman, tant on rentre rapidement dans le vif du sujet dès les premières pages pour suivre cette course effrénée vers nulle part, en suivant trois groupes séparés. D’un coté Earl et Digger qui vont perpétrer des meurtres dans le seul but d’avoir de l’argent pour poursuivre leur route sanglante. De l’autre, Clay et une jeune fille rencontrée en chemin qui essayent d’échapper à leur destin. En parallèle, Franck Cassidy, un simple flic essaie de comprendre qui est le tueur et qui va être leur prochaine victime.

On peut réellement parler d’un virage dans l’œuvre de Roger Jon Ellory, tant cet auteur ne nous a pas habitués à tant de noirceur et tant de violences dans ses précédents livres. Le style si littéraire et hypnotique fait place ici à plus d’efficacité, et on prend les phrases en pleine gueule. Les personnages qu’il nous montre sont tous des gens nés sous la mauvaise étoile, qui n’ont aucun espoir dans la vie si ce n’est celle d’essayer de survivre. Et la morale de cette histoire est que quand on nait du mauvais coté de la barrière, il y a bien peu de possibilités de s’en sortir.

Ce livre montre aussi toute la démesure des Etats-Unis, pays qui exerce une véritable fascination auprès de l’auteur, aussi bien par ses paysages gigantesques que sa violence incroyable, engendrant des monstres errant sans but sur les routes interminables qui parcourent les contrées infinies.

Si le parcours de Digger entaché de meurtres plus sanglants les uns que les autres m’a paru un peu répétitif, si la réflexion sur la maitrise du destin de chacun est probablement un des thèmes que l’auteur a voulu ébaucher, j’ai trouvé tout de même certains passages répétitifs et quelques longueurs. Il n’en reste pas moins que la tension est constante, que le stress monte au fur et à mesure des pages et que j’ai trouvé ce roman un très bon thriller qui culmine dans un final hallucinant, même si le chapitre final en forme de happy-end ne me parait pas forcément utile.

Vous l’aurez compris, je suis heureux de ce nouveau roman, car je l’ai trouvé bien plus passionnant que son précédent, et même si je le trouve inégal et un peu long, il n’en reste pas moins que je garderai longtemps en mémoire certaines scènes et ces personnages perdus aussi bien dans leur vie qu’au milieu de ces espaces gigantesques.

Les anges de New York de Roger Jon Ellory (Sonatine éditions)

Il fallait bien que cela arrive : le voilà le roman de Roger Jon Ellory qui m’a déçu. Après le formidable Seul le silence, le très bon Vendetta et sa fin inattendue, le très bon Les Anonymes dont l’intrigue rappelait quelques passages peu glorieux des activités de la CIA, Les anges de New York nous plongent dans l’histoire de la police de New York, le NYPD ou New York Police Department et ses relations avec la mafia.

Dire que j’attends les romans de Roger Jon Ellory avec une impatience de gamin devant ses cadeaux de Noel est une évidence. Depuis Seul le silence, je trouve chez cet auteur un style hypnotique, allié à une profondeur psychologique de ses personnages qui fait que je suis emporté, emballé, pressé d’avancer dans ma lecture pour connaitre une fin que, rarement, j’arrive à deviner.

Et dans Les anges de New York, pas besoin d’attendre la fin pour m’apercevoir que la recette ne fonctionne pas. Dès le début, la présentation du personnage est banale, balourde, trop évidente, pleine de clichés (d’aucuns diraient des poncifs). Frank Parish est inspecteur au NYPD, malheureux en ménage car divorcé, alcoolique, écrasé par la réputation sans taches de son père, idole du NYPD dans les années 70.

Evidemment, il est malaimé de ses compatriotes, son dernier partenaire étant d’ailleurs mort en mission. Alors, son chef l’envoie chez une psychologue, Marie Griffin, qui va lui demander de parler de son père. Là, le lecteur que je suis se pose la question : alors qu’elle doit comprendre pourquoi il est agressif (et les dialogues sonnent faux comme j’en lis rarement !), pourquoi décide-t-elle de s’intéresser au père de Frank ?

Evidemment, il y a une affaire. Danny Lange, un de ses indics se tue chez lui. En enquêtant, Frank découvre que la sœur de Danny, Rebecca a été étranglée. Elle a eu un rapport sexuel mais n’a pas été violée et a des ongles impeccablement vernis. En poursuivant ses investigations, Frank découvre un autre meurtre identique, celui de Karen Pulaski. Il se persuade qu’un tueur en série est à l’action, et, affublé d’un nouveau partenaire, Jimmy Radick, va poursuivre son idée jusqu’au bout.

Le roman présente donc une alternance entre l’enquête sur les meurtres de jeunes filles et les entrevues de Frank avec sa psychologue. Et si l’enquête est bien faite, mais manque d’envolées par rapport à ce que Ellory nous a montré et démontré auparavant, les dialogues avec la psychologue sonnent redoutablement faux. D’une fausse agressivité en passant par une démonstration de la connaissance historique de la vérité sur Les Anges de New York, j’ai vraiment eu l’impression que l’auteur voulait justifier ses recherches historiques à la façon d’un cours magistral d’un professeur d’histoire, et que les deux parties n’avaient pas de relation et n’apportaient rien à la psychologie du personnage principal.

Et si, petit à petit, Ellory arrive encore à m’emporter dans certaines scènes, certains dialogues, le mal est fait. J’ai réussi à voir des ficelles trop grosses, à identifier des savoir-faire trop évidents. N’y voyez pas dans cet article une attaque en règle contre Roger Jon Ellory, mais plutôt celui d’un fan de cet auteur déçu, qui se dit qu’un auteur ne peut être au top tout le temps, et que ce roman ne m’a pas emballé, car je n’y ai pas trouvé le lyrisme, les envolées qui m’ont bercé lors de ses précédents romans.

Alors oui, je suis déçu, très déçu, mais j’attends le prochain avec impatience pour ne pas rester sur une note négative, avec un auteur qui m’a fait passer tant de bons moments par le passé. Allez, M.Ellory, à la prochaine ! Pour moi, Les anges de New York n’iront pas dans mon paradis. A la place, il vaut mieux lire Le dernier baiser de James Crumley, il n’y a pas photo.

Les anonymes de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après Seul le silence et Vendetta, il m’était difficile de ne pas lire le dernier opus de Roger Jon Ellory. Car c’est l’assurance de lire une bonne histoire, bien écrite avec des personnages vrais et une réflexion sous-jacente.

A Washington, une femme d’une cinquantaine d’années est retrouvée assassinée chez elle. Son corps est positionné à quatre pattes sur son lit ; elle a été battue à mort et étranglée. Autour du cou, on lui a mis un ruban blanc avec une étiquette vierge, de celles que l’on attache autour des cadavres dans les morgues. Dans sa maison, un parfum de lavande a été répandu. Aucune trace ne permet de remonter à l’assassin, ni poil ou cheveu, ni empreinte digitale, ni trace d’ADN. Un film, La vie est belle, passe sur son lecteur de DVD.

L’inspecteur Robert Miller est chargé de l’enquête, accompagné de l’inspecteur Albert Roth, tous deux du commissariat n°2. Dès qu’ils entrent dans la chambre, ils sont surs que cette femme est la quatrième victime d’un tueur que les média appellent le tueur au ruban. Toutes les victimes ont été tuées à Washington sur une période de 8 mois avec le même mode opératoire. L’autopsie montre tout de même des différences : Catherine a été étranglée avant d’être battue. Et son numéro de sécurité sociale donne un nom différent : Isabella Cordillera.

Robert Miller sort d’une enquête difficile où ses compétences et sa neutralité ont été mises à mal par les médias et les spéculations de ses collègues. Albert Roth est un jeune inspecteur marié heureux en ménage. Ce couple atypique va rencontrer Natasha Joyce, une jeune mère paumée qui a eu une enfant Chloé avec un drogué Darryl King qui connaissait Catherine sous un autre nom. Celui-ci est mort cinq ans auparavant dans une descente de police dans un entrepôt. Toutes les pistes montrent que les gens impliqués de près ou de loin n’ont aucune existence. Miller et Roth se retrouvent dans une impasse à chaque fois qu’ils ont une idée.

En parallèle, il y a les souvenirs d’un homme John Robey qui raconte: sa vie, son apprentissage, les rencontres qui ont changé sa vie. De son apprentissage avec un père autoritaire à l’université où il est enrôlé par la CIA, on découvre tout un pan de l’histoire de la politique étrangère des Etats-Unis. Les deux récits vont se rencontrer pour aboutir à un final inattendu.

Une nouvelle fois, Roger Jon Ellory est éblouissant. Et j’aime ce qu’il écrit pour une bonne raison : Les personnages sont vrais, vivants et passionnants. Comme dans les deux précédents livres publiés en France, Ellory s’appuie sur une psychologie sans faille avec une intrigue qui permet de passionner le lecteur jusqu’à la dernière page. Dire que cet auteur est doué est une évidence. Car au-delà d’un savoir faire qui n’est plus à démontrer, son art de raconter une histoire est tout bonnement impressionnant.

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi j’aimais tant ce qu’il écrit. Les seules réponses que j’ai trouvées en deux points : Ellory aime, ou plutot adore ses personnages. Qu’ils soient bons ou méchants, et ils ne sont jamais totalement l’un ou l’autre, il leur accorde la même attention, le même soin, et la même adoration. Ensuite, c’est un conteur hors pair. Par ses descriptions toujours simples et justes, par ses dialogues toujours bien placés et bien construits, l’ensemble se lit super bien et je me suis dit qu’il pourrait raconter n’importe quoi, ça deviendrait passionnant.

Par rapport aux deux précédents où une réflexion était évidente, j’ai l’impression qu’ici, Ellory a plus axé son livre sur la dénonciation des actes de la CIA, avec une documentation, certes connue pour la plupart, mais qu’il est toujours bon de rappeler. En gros, ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressé. J’ai préféré me laisser bercer par le rythme, par le style, par l’histoire, par les personnages. J’ai même été obligé de me limiter dans ma lecture pour ne pas le lire trop vite et pour me laisser un peu d’heures de sommeil. Franchement, que demander de mieux à un livre ?