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Les assassins de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Pour un fan de Roger Jon Ellory, avoir la chance de lire deux romans de cet auteur à quelques mois d’intervalle est une chance, voire même un véritable cadeau. Il y a quelques mois, j’avais mis un coup de cœur pour Papillon de nuit, un roman d’initiation qui fouille et revisite l’histoire contemporaine des Etats Unis. Celui-ci est un roman sur les tueurs en série, qui part d’une idée géniale …

Jersey city, 1984. John Costello a 16 ans. Il travaille dans la boulangerie de son père, et fait en parallèle des études. Sa mère est morte, et son père, alcoolique, essaie de faire au mieux pour parfaire l’éducation de son fils. Un matin, une jeune fille à l’accent russe lui demande du pain irlandais. Elle s’appelle Nadia. Elle sera son premier amour. Ils se reverront, ils s’embrasseront, ils feront l’amour pour la première fois.

Puis, lors d’un rendez vous dans un parc, un homme surgit avec quelque chose dans la main. Il leur dit « Je suis le marteau de Dieu », avant de frapper Nadia et de la tuer. Il tente de tuer aussi John mais le blesse. Quelques temps après, la police arrête Robert Melvyn Clare, auteur de cinq assassinats de jeunes adolescents. Sa culpabilité ne fait aucun doute, il a avoué. 3 semaines plus tard, Robert Melvyn Clare se pend avec des draps à l’hopital psychiatrique d’Elizabeth.

Juin 2006. Il y a tellement d’assassinats à New York que personne ne fait le lien entre eux, surtout quand ils ont lieu dans des arrondissements différents. Et pourtant, Ray Irving va être confronté à un meurtre de Mia Grant, 15 ans. D’après ses parents, elle avait trouvé un petit boulot par une petite annonce.

Au New York City Herald, Karen Langley, responsable des faits divers, écoute son enquêteur-documentaliste lui parler de ce meurtre qui ressemble en tous points à un meurtre précédent, perpétré par un tueur en série. Le documentaliste veut écrire un article mais demande que Karen le signe : Un tueur imite à la perfection les plus grands tueurs en série en réalisant une mise en scène strictement identique. Karen préfère attendre. Mais quand deux autres meurtres font leur apparition, elle contacte Ray Irving. Son enquêteur ne peut pas se tromper, il connait tout par cœur, il s’appelle John Costello.

Quelle idée géniale que ce tueur qui copie à chaque meurtre le scenario d’un meurtre précédent perpétré par un tueur en série ! Mais avoir une excellente idée ne suffit pas pour faire un bon roman. Et tout le talent de Roger Jon Ellory est bien de mettre en avant ses personnages, laissant le tueur œuvrer dans l’ombre. En ce sens, ce roman apparait comme un formidable roman psychologique, mâtiné d’une tension permanente.

Car les trois personnages ressemblent comme trois gouttes d’eau à ce qu’est une grande ville comme New York aujourd’hui : une fantastique mégalopole où tous les quartiers sont isolés les uns des autres. Ray Irving, vit reclus, seul depuis la mort de sa femme. Karen Langley, à la tête de la rubrique faits divers, donne tout à son travail et n’a pas le temps pour autre chose. Quant à John Costello, depuis la mort de Nadia, ressemble à un expert des tueurs en série, mémorisant tous les assassinats et ne fréquentant personne à part Karen. Ces trois personnages vont évoluer dans une horreur, un mystère insoluble.

Si certains passages peuvent paraitre un peu longs, Roger Jon Ellory arrive à faire monter le stress et je peux vous dire que les deux cents dernières pages, qui concernent le meurtre d’une famille complète comme cela a été fait dans l’affaire d’Amityville sont un pur chef d’œuvre de littérature à suspense, passant d’un personnage à l’autre, décrivant par petites phrases l’action, et tenant le lecteur en haleine.

Quant à la fin, elle est d’une logique implacable, même si on ne sait pas jusqu’au dénouement l’identité du coupable, même si on ne connait pas les motivations du coupable. Mais peut-on réellement donner une explication rationnelle à quelque chose d’irrationnel ? Ce roman est un livre marquant, éprouvant, inoubliable, un nouveau grand roman écrit par cet auteur qui n’arrête pas de me surprendre à chaque lecture.

Ne ratez pas les avis de Yvan, Stelphique et Mimipinson

Papillon de nuit de Roger Jon Ellory (Sonatine+)

Attention, coup de cœur !

Premier roman de Roger Jon Ellory, Papillon de nuit vient d’être édité dans la nouvelle collection de Sonatine. Pour l’occasion, le nom de cette collection s’agrémente d’un + et se propose d’éditer ou rééditer des livres un peu plus anciens.

Daniel Ford est en prison. Enfermé dans sa cellule ridiculement petite, il attend son exécution. Daniel Ford est en effet condamné à mort. Il est accusé d’avoir tué Nathan Verney, un jeune homme noir de son âge. Cela fait plus de dix ans qu’il est enfermé et sa mort est programmée pour bientôt. Daniel Ford est blanc, Nathan Verney était noir. Daniel va revenir sur son passé, expliquer sa vie à son confesseur, le père John Rousseau.

Pourtant, Daniel et Nathan étaient amis. Vers l’âge de 6 ans, dans les années 60, ils se sont rencontrés par hasard. Daniel mangeait un sandwich au jambon. Sa mère faisait le meilleur sandwich du coin. Nathan s’approche et lui en demande un morceau. Au début Daniel refuse et Nathan s’impose en lui en prenant un morceau. Puis, ils discutent, puis ils plaisantent, puis ils deviennent amis. Comme peuvent le devenir deux enfants de 6 ans.

De petites scènes en anecdotes, l’amitié des deux jeunes gens s’affermit. S’ils ne ressentent pas la haine entre les blancs et les noirs, car ils sont trop jeunes, les événements finissent tout de même par les toucher. Les discours officiels apporte la bonne parole, prônent l’égalité pour tous ; Mais les faits divers locaux ou nationaux démontrent tout le contraire. Ce sont des meurtres d’hommes noirs tout d’abord, cela continue par le développement de l’influence du Ku Klux Klan et cela aboutit à l’assassinat de Martin Luther King.

J’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’aime dans Roger Jon Ellory. Il a un talent inimitable pour dépeindre un personnage simple, et pour avec son style hypnotique, décrire sa psychologie, sa vie de tous les jours tout en abordant des thèmes historiques importants, sans faire une leçon d’histoire rébarbative. Il nous montre ainsi comment la guerre d’Indochine et du Vietnam va avoir un impact énorme sur les populations locales, comment le gouvernement préfère y envoyer d’abord les noirs, comment la propagande laisse espérer au peuple la possibilité de devenir un héros …

De cette trajectoire de jeune homme qui n’est ni un héros ni un anti-héros, Roger Jon Ellory nous montre comme un jeune garçon innocent va évoluer, grandir, et perdre sa naïveté comme d’ailleurs son pays va la perdre à la suite de l’assassinat de John Kennedy ou même de l’affaire du Watergate. Roger Jon Ellroy nous montre non seulement l’impact de ces événements aux répercussions mondiales sur la population, mais aussi l’interprétation qu’en fait a posteriori Daniel quand sa situation personnelle l’oblige à prendre du recul et à analyser ce qui s’est passé.

Et les messages de Roger Jon Ellory frappent d’autant plus que l’on est hypnotisé par le témoignage de Daniel. De la perte de l’innocence, de l’éducation forcée et de la propagande assénée sur les gens, ce roman montre tant de choses que nous ne pouvons qu’être fascinés par ce qui est dit et par la forme employée. C’est le terme que je cherchais pour décrire mon avis : ce livre est fascinant et marquant.

Pour autant, ce roman n’est pas un réquisitoire, plutôt une magnifique histoire, un formidable récit d’un petit homme emporté par la tornade de l’Histoire. C’est aussi une leçon de philosophie, où Daniel apparait comme un jeune homme qui laisse les autres faire les choix de sa vie à sa place … sauf une fois ; c’est une illustration de la difficulté de prendre des décisions, et d’en accepter les conséquences, quelles qu’elles soient.

C’est tout de même un réquisitoire contre l’hypocrisie de la société, par ce combat pour l’égalité Blanc / Noir que tout le monde demande et défend alors que, dans la vie de tous les jours, rien n’avance jamais. C’est aussi à travers des personnages secondaires formidables une fantastique épopée qui balaie plus de vingt années de l’histoire des Etats Unis et leur impact sur la population.

Papillon de nuit est un roman inoubliable. Coup de cœur !

 Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan et l’interview du Concierge Masqué

Les neuf cercles de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Depuis son premier roman publié en France, Seul le silence, je suis fan de Roger Jon Ellory. Je suis fan de ses personnages, je suis fan de ses décors, je suis fan de ses thèmes, avec plus ou moins de plaisir. Mais un auteur ne peut réellement pas être tout le temps au top, et au global, seul un de ses romans m’a déçu. Avec Les neuf cercles, Roger Jon Ellory renoue avec la veine que j’aime, celle qui consiste à fouiller le quotidien d’un personnage.

« Quand la pluie arriva, elle rencontra le visage de la jeune fille. »

Juillet 1974, dans la ville de Whytesburg, Mississipi. Le corps d’une jeune fille est retrouvé, ressortant de la vase d’une rivière. Le shérif John Gaines, vétéran du Vietnam, se retrouve avec un corps dont il ne connait pas l’identité. Quand son adjoint le rejoint, il est fortement troublé. Il lui semble reconnaitre Nancy Denton, une jeune fille qui a disparu vingt ans auparavant.

John Gaines est un personnage fortement marqué par ce qu’il a connu au Vietnam. Il pensait être revenu de l’enfer, mais il n’a jamais réellement pu tourner la page, étant obsédé par des images de massacre, harcelé par des cauchemars récurrents. Surtout, il se pose des questions sur la chance qu’il a eu de revenir vivant, voyant ses compagnons tomber un à un dans un conflit qui ne le regardait pas, se rendant compte après coup qu’ils n’avaient aucune chance de vaincre sur un terrain hostile et inconnu.

L’autopsie est réalisée par le médecin de la petite ville, qui a mis au monde tous les enfants. Il reconnait, en effet, le visage de Nancy Denton, incroyablement conservé par la boue. Il annonce aussi à Gaines que le corps a été ouvert au niveau du thorax, le cœur de la jeune fille a été prélevé et remplacé par une boite dans laquelle git un serpent qui se mord la queue.

Roger Jon Ellory aborde cette histoire très particulière de la façon dont il aime le faire : Il pose rapidement les faits, détaille rapidement les personnages principaux et ensuite, prend son temps pour détailler à la fois les décors, les psychologies. Et je retrouve dans ces moments là ce qui me fait aimer la plume de Roger Jon Ellory : Sans être lourdingue, il prend le temps de regarder évoluer ses personnages, ne nous assomme pas de considérations psychologiques bas de gamme, mais brosse ses personnages par leurs petits gestes du quotidien, par des dialogues formidablement ciselés.

Le personnage de Gaines, dans cette optique, est emblématique de la façon dont Ellory arrive à nous emmener dans son monde. Il nous décrit un personnage marqué à vie, qui se pose des questions sur le pourquoi et le comment il a réussi à sortir de l’enfer de la guerre du Vietnam, et cette intrigue va le replonger dans un enfer encore pire. Si ces considérations occupent une bonne moitié du roman, l’autre moitié s’oriente plus vers l’enquête, à propos de laquelle les adeptes de rebondissements pourraient être déçus.

En effet, le rythme est lent, comme peut l’être celui de la vie des habitants d’une petite ville des Etats Unis. Certes les pistes sont nombreuses, du racisme ambiant à un potentiel serial killer, mais le livre est plus centré sur les personnages et leurs réactions, leur façon de réagir au travers de leurs phrases.

En prenant un peu de recul, je trouve que le scenario tient sur un post-it ou deux, mais ce n’est pas ce qui m’a fasciné dans ce livre. De même, il y a des passages concernant l’histoire des Etats Unis et la guerre du Vietnam qui m’ont semblé de trop par rapport au reste du livre. Il n’en reste pas moins que Roger Jon Ellory a une écriture hypnotique, que j’y ai retrouvé tout le plaisir de lecture au j’avais trouvé avec Seul le silence. Et quand il écrit comme ça, Ellory est un grand auteur, qui est capable de nous passionner pour une histoire et ses personnages sans que l’on s’en rende compte.

Mauvaise étoile de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après son dernier roman Les anges de New York que je n’avais pas aimé, il me tardait de lire ce roman, car je suis et je reste un grand fan de cet auteur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a affaire à un changement radical, et dans le fond et la forme. Mauvaise étoile est un pur thriller passionnant.

Ils sont deux frères, deux demi frères par leur mère Carole Kempner, qui les a eu de deux pères différents. L’ainé Elliott « Digger » Danziger a toujours aidé et protégé son cadet d’un peu plus d’un an Clarence « Clay » Luckman, surtout après la mort de leur mère. Elle a été tuée par leur père et Elliott va assister au meurtre. Ils vont ensuite passer d’orphelinats en maisons de correction jusqu’à l’adolescence. Digger a toujours été le bagarreur, le maillon fort des deux enfants, alors que Clay est celui qui est plus fragile mais aussi le plus réfléchi.

Earl Sheridan est un psychopathe qui est en route pour son exécution. En route, le mauvais temps les oblige à faire une pause dans la maison de correction à Hesperia dans laquelle les deux frères sont enfermés. Earl arrive à s’enfuir en les prenant en otage. Commence alors une fuite éperdue sur les routes des Etats-Unis où Earl va élever Digger et où Clay va réussir à s’enfuir et rejoindre l’Eldorado, ce nom porteur de tous les espoirs.

On n’a pas le temps de reprendre son souffle pendant ce roman, tant on rentre rapidement dans le vif du sujet dès les premières pages pour suivre cette course effrénée vers nulle part, en suivant trois groupes séparés. D’un coté Earl et Digger qui vont perpétrer des meurtres dans le seul but d’avoir de l’argent pour poursuivre leur route sanglante. De l’autre, Clay et une jeune fille rencontrée en chemin qui essayent d’échapper à leur destin. En parallèle, Franck Cassidy, un simple flic essaie de comprendre qui est le tueur et qui va être leur prochaine victime.

On peut réellement parler d’un virage dans l’œuvre de Roger Jon Ellory, tant cet auteur ne nous a pas habitués à tant de noirceur et tant de violences dans ses précédents livres. Le style si littéraire et hypnotique fait place ici à plus d’efficacité, et on prend les phrases en pleine gueule. Les personnages qu’il nous montre sont tous des gens nés sous la mauvaise étoile, qui n’ont aucun espoir dans la vie si ce n’est celle d’essayer de survivre. Et la morale de cette histoire est que quand on nait du mauvais coté de la barrière, il y a bien peu de possibilités de s’en sortir.

Ce livre montre aussi toute la démesure des Etats-Unis, pays qui exerce une véritable fascination auprès de l’auteur, aussi bien par ses paysages gigantesques que sa violence incroyable, engendrant des monstres errant sans but sur les routes interminables qui parcourent les contrées infinies.

Si le parcours de Digger entaché de meurtres plus sanglants les uns que les autres m’a paru un peu répétitif, si la réflexion sur la maitrise du destin de chacun est probablement un des thèmes que l’auteur a voulu ébaucher, j’ai trouvé tout de même certains passages répétitifs et quelques longueurs. Il n’en reste pas moins que la tension est constante, que le stress monte au fur et à mesure des pages et que j’ai trouvé ce roman un très bon thriller qui culmine dans un final hallucinant, même si le chapitre final en forme de happy-end ne me parait pas forcément utile.

Vous l’aurez compris, je suis heureux de ce nouveau roman, car je l’ai trouvé bien plus passionnant que son précédent, et même si je le trouve inégal et un peu long, il n’en reste pas moins que je garderai longtemps en mémoire certaines scènes et ces personnages perdus aussi bien dans leur vie qu’au milieu de ces espaces gigantesques.

Les anges de New York de Roger Jon Ellory (Sonatine éditions)

Il fallait bien que cela arrive : le voilà le roman de Roger Jon Ellory qui m’a déçu. Après le formidable Seul le silence, le très bon Vendetta et sa fin inattendue, le très bon Les Anonymes dont l’intrigue rappelait quelques passages peu glorieux des activités de la CIA, Les anges de New York nous plongent dans l’histoire de la police de New York, le NYPD ou New York Police Department et ses relations avec la mafia.

Dire que j’attends les romans de Roger Jon Ellory avec une impatience de gamin devant ses cadeaux de Noel est une évidence. Depuis Seul le silence, je trouve chez cet auteur un style hypnotique, allié à une profondeur psychologique de ses personnages qui fait que je suis emporté, emballé, pressé d’avancer dans ma lecture pour connaitre une fin que, rarement, j’arrive à deviner.

Et dans Les anges de New York, pas besoin d’attendre la fin pour m’apercevoir que la recette ne fonctionne pas. Dès le début, la présentation du personnage est banale, balourde, trop évidente, pleine de clichés (d’aucuns diraient des poncifs). Frank Parish est inspecteur au NYPD, malheureux en ménage car divorcé, alcoolique, écrasé par la réputation sans taches de son père, idole du NYPD dans les années 70.

Evidemment, il est malaimé de ses compatriotes, son dernier partenaire étant d’ailleurs mort en mission. Alors, son chef l’envoie chez une psychologue, Marie Griffin, qui va lui demander de parler de son père. Là, le lecteur que je suis se pose la question : alors qu’elle doit comprendre pourquoi il est agressif (et les dialogues sonnent faux comme j’en lis rarement !), pourquoi décide-t-elle de s’intéresser au père de Frank ?

Evidemment, il y a une affaire. Danny Lange, un de ses indics se tue chez lui. En enquêtant, Frank découvre que la sœur de Danny, Rebecca a été étranglée. Elle a eu un rapport sexuel mais n’a pas été violée et a des ongles impeccablement vernis. En poursuivant ses investigations, Frank découvre un autre meurtre identique, celui de Karen Pulaski. Il se persuade qu’un tueur en série est à l’action, et, affublé d’un nouveau partenaire, Jimmy Radick, va poursuivre son idée jusqu’au bout.

Le roman présente donc une alternance entre l’enquête sur les meurtres de jeunes filles et les entrevues de Frank avec sa psychologue. Et si l’enquête est bien faite, mais manque d’envolées par rapport à ce que Ellory nous a montré et démontré auparavant, les dialogues avec la psychologue sonnent redoutablement faux. D’une fausse agressivité en passant par une démonstration de la connaissance historique de la vérité sur Les Anges de New York, j’ai vraiment eu l’impression que l’auteur voulait justifier ses recherches historiques à la façon d’un cours magistral d’un professeur d’histoire, et que les deux parties n’avaient pas de relation et n’apportaient rien à la psychologie du personnage principal.

Et si, petit à petit, Ellory arrive encore à m’emporter dans certaines scènes, certains dialogues, le mal est fait. J’ai réussi à voir des ficelles trop grosses, à identifier des savoir-faire trop évidents. N’y voyez pas dans cet article une attaque en règle contre Roger Jon Ellory, mais plutôt celui d’un fan de cet auteur déçu, qui se dit qu’un auteur ne peut être au top tout le temps, et que ce roman ne m’a pas emballé, car je n’y ai pas trouvé le lyrisme, les envolées qui m’ont bercé lors de ses précédents romans.

Alors oui, je suis déçu, très déçu, mais j’attends le prochain avec impatience pour ne pas rester sur une note négative, avec un auteur qui m’a fait passer tant de bons moments par le passé. Allez, M.Ellory, à la prochaine ! Pour moi, Les anges de New York n’iront pas dans mon paradis. A la place, il vaut mieux lire Le dernier baiser de James Crumley, il n’y a pas photo.

Les anonymes de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après Seul le silence et Vendetta, il m’était difficile de ne pas lire le dernier opus de Roger Jon Ellory. Car c’est l’assurance de lire une bonne histoire, bien écrite avec des personnages vrais et une réflexion sous-jacente.

A Washington, une femme d’une cinquantaine d’années est retrouvée assassinée chez elle. Son corps est positionné à quatre pattes sur son lit ; elle a été battue à mort et étranglée. Autour du cou, on lui a mis un ruban blanc avec une étiquette vierge, de celles que l’on attache autour des cadavres dans les morgues. Dans sa maison, un parfum de lavande a été répandu. Aucune trace ne permet de remonter à l’assassin, ni poil ou cheveu, ni empreinte digitale, ni trace d’ADN. Un film, La vie est belle, passe sur son lecteur de DVD.

L’inspecteur Robert Miller est chargé de l’enquête, accompagné de l’inspecteur Albert Roth, tous deux du commissariat n°2. Dès qu’ils entrent dans la chambre, ils sont surs que cette femme est la quatrième victime d’un tueur que les média appellent le tueur au ruban. Toutes les victimes ont été tuées à Washington sur une période de 8 mois avec le même mode opératoire. L’autopsie montre tout de même des différences : Catherine a été étranglée avant d’être battue. Et son numéro de sécurité sociale donne un nom différent : Isabella Cordillera.

Robert Miller sort d’une enquête difficile où ses compétences et sa neutralité ont été mises à mal par les médias et les spéculations de ses collègues. Albert Roth est un jeune inspecteur marié heureux en ménage. Ce couple atypique va rencontrer Natasha Joyce, une jeune mère paumée qui a eu une enfant Chloé avec un drogué Darryl King qui connaissait Catherine sous un autre nom. Celui-ci est mort cinq ans auparavant dans une descente de police dans un entrepôt. Toutes les pistes montrent que les gens impliqués de près ou de loin n’ont aucune existence. Miller et Roth se retrouvent dans une impasse à chaque fois qu’ils ont une idée.

En parallèle, il y a les souvenirs d’un homme John Robey qui raconte: sa vie, son apprentissage, les rencontres qui ont changé sa vie. De son apprentissage avec un père autoritaire à l’université où il est enrôlé par la CIA, on découvre tout un pan de l’histoire de la politique étrangère des Etats-Unis. Les deux récits vont se rencontrer pour aboutir à un final inattendu.

Une nouvelle fois, Roger Jon Ellory est éblouissant. Et j’aime ce qu’il écrit pour une bonne raison : Les personnages sont vrais, vivants et passionnants. Comme dans les deux précédents livres publiés en France, Ellory s’appuie sur une psychologie sans faille avec une intrigue qui permet de passionner le lecteur jusqu’à la dernière page. Dire que cet auteur est doué est une évidence. Car au-delà d’un savoir faire qui n’est plus à démontrer, son art de raconter une histoire est tout bonnement impressionnant.

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi j’aimais tant ce qu’il écrit. Les seules réponses que j’ai trouvées en deux points : Ellory aime, ou plutot adore ses personnages. Qu’ils soient bons ou méchants, et ils ne sont jamais totalement l’un ou l’autre, il leur accorde la même attention, le même soin, et la même adoration. Ensuite, c’est un conteur hors pair. Par ses descriptions toujours simples et justes, par ses dialogues toujours bien placés et bien construits, l’ensemble se lit super bien et je me suis dit qu’il pourrait raconter n’importe quoi, ça deviendrait passionnant.

Par rapport aux deux précédents où une réflexion était évidente, j’ai l’impression qu’ici, Ellory a plus axé son livre sur la dénonciation des actes de la CIA, avec une documentation, certes connue pour la plupart, mais qu’il est toujours bon de rappeler. En gros, ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressé. J’ai préféré me laisser bercer par le rythme, par le style, par l’histoire, par les personnages. J’ai même été obligé de me limiter dans ma lecture pour ne pas le lire trop vite et pour me laisser un peu d’heures de sommeil. Franchement, que demander de mieux à un livre ?

Vendetta de R.J.Ellory (Sonatine)

Vous savez tout le bien que je pense du premier roman édité en France de R.J.Ellory, Seul le silence, œuvre majestueuse et grandiose de cet auteur encore inconnu en France. Alors, forcément, je n’allais pas rater le deuxième roman toujours édité par Sonatine, alors que le premier sort au Livre de poche. Et je n’ai pas été déçu, loin de là.

La fille du gouverneur de la Lousiane, Catherine Ducane, a été enlevée. Le FBI est sur les dents pour la retrouver au plus vite. Le ravisseur contacte le FBI et accepte de se rendre à la seule condition qu’il puisse raconter sa vie à un petit fonctionnaire, alcoolique à ses heures, Ray Hartmann. Le ravisseur, Ernesto Perez va donc raconter sa vie au milieu de la mafia, des années 50 à nos jours, en tant que tueur à gages, étape par étape.

Le premier terme qui me vient à l’esprit pour parler de ce livre est : impressionnant. Quel souffle épique, quelle aventure, quel savoir faire de Ellory pour mener une telle histoire sans jamais ni se répéter, ni digresser, ni nous lasser. On connait maintenant sa facilité à raconter une histoire, à nous plonger dans une ambiance, on connait maintenant ses capacités d’historien. En prenant un sujet casse-gueule (excusez le terme), il raconte par le petit bout de la lorgnette l’histoire de la mafia, vue par un « petit », mêlant les grandes figures de l’après-guerre aux personnages de fiction. Il ne rentre pas dans les détails de ce qui peut se passer tout en haut de la pyramide car le narrateur n’en a pas tous les tenants et les aboutissants. Cela donne un vrai roman, et pas un livre enquête comme peut les écrire James Ellroy.

Ensuite, il faut rendre hommage au traducteur qui donne la pleine mesure de l’écriture de Ellory. C’est un livre que j’ai dévoré avec énormément de plaisir, malgré des 650 pages qu’il comporte. La construction du livre alterne entre un chapitre pour Perez et un chapitre pour Hartmann et même si cela n’est pas original, cela donne un certain rythme entre d’un coté  le récit du tueur qui prend son temps et de l’autre le FBI qui court après une enquête dont les tenants et les aboutissants sont maitrisés par Perez lui-même.

Ne vous attendez pas à un style direct, ici, comme dans le précédent roman, on a affaire à de vraies phrases, de vraies descriptions, de vraies ambiances et de vrais personnages. Et on s’y croit, à Cuba, à New York, à Las Vegas ou à Chicago. On visualise très bien les quartiers, les villes, la vie qui évolue. Car c’est aussi une chose que j’ai adoré : Perez nous décrit sa vie, et montre les changements de son environnement. Et on voit très bien comment le monde change, avec son âge qui avance, et le fait que le monde va de plus en plus vite pour un homme qui va de plus en plus lentement.

Que dois-je dire de plus pour que vous courriez acheter ce livre et le dévorer ? Evidemment, il y a le suspense, lié à la tension des flics, qui cherchent désespérément cette fille, qui savent qu’ils se font manipuler par ce tueur, mais qui ne peuvent rien faire d’autre que de l’écouter en espérant qu’il laissera le bon indice en route. Et le lecteur fait plein de suppositions, plein d’hypothèses, jusqu’au dénouement final … Quelle maitrise, quelle construction. R.J.Ellory est décidément très fort.Et on retrouve ce qui semble être l’obsession de l’auteur : est-on maître de son destin ? Dans Seul le silence, la vie du personnage principal était guidée par les meurtres ayant lieu dans son enfance. Là, la vie des protagonistes (Hartmann et Perez) est très liée à l’environnement, en l’occurence au lien qui les unit à leur père respectif. Mais peut-être ce thème n’est-il qu’un hasard étant donné les dates de parution originale. Attendons les prochains opus traduits en français pour savoir. Et je peux vous dire que je suis impatient.

Le seul petit reproche que je ferai, par rapport à son précédent roman, c’est que je l’ai trouvé moins émouvant que le premier. Mais, y a-t-il une once de sentiment chez les gens de la mafia ? Le personnage de Hartmann, censé donner le change à Perez est tout de même moins passionnant que le récit lui-même. Mais passez sur ces considérations de détail, car il faut vraiment lire ce roman, 650 pages d’histoire passionnantes, écrites par un auteur définitivement doué pour la littérature, capable de nous mener par le bout du nez, et de nous manipuler pour notre plus grand plaisir. J’attendais beaucoup de ce roman, et je n’ai pas été déçu, loin de là. Pour sur, je lirai le prochain.

Pour votre information, l’auteur a un site personnel en Anglais, dans lequel on apprend qu’il a écrit sept romans (un par an !), et sur lequel on peut lire sa biographie, écrite avec un humour très british. C’est là : link

Le livre existe en format poche au Livre de poche