Archives du mot-clé Roland Sadaune

Ska cru 2020 :

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Canon de Max Obione :

Après la représentation du Karnas Circus, Monsieur Zompani se précipite dans la loge de Rosa, la femme canon avec du champagne pour la féliciter. Il profite surtout du fait que l’amant de Rosa Wladimir est en train de démonter les gradins pour obtenir ses faveurs. Les enfants sont les témoins de ce drame pendant lequel Zamponi va perdre un œil. Ce sont des jumeaux siamois attachés par le dos qui partagent les organes et ne peuvent donc être séparés par une opération chirurgicale.

Max Obione est au meilleur de sa forme en évoquant les petits cirques dans une époque non déterminée. Cette nouvelle qui évoque les freaks chers à Harry Crews ont plus de sentiments et sont plus émouvants que les gens normaux. Il aborde aussi le drame que j’appellerai le « With or Without you », en référence à la superbe chanson de U2, pour déboucher sur une fin qui m’a fait pleurer. Juste magnifique.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Deux heures à tuer de Gaëtan Brixtel :

Ce jeune auteur bigrement doué nous propose de passer, le temps d’une nouvelle, deux heures dans un esprit malade, entre paranoïa et schizophrénie. Les deux heures représentent le laps de temps entre le sandwich du midi et l’ouverture de la médiathèque. Entre temps, il imagine des scènes sanglantes où il se débarrasse de ses nuisibles à lui, jusqu’à ce que ses pilules d’anxiolytiques ne fassent leur travail. Une nouvelle tout simplement hallucinante dont Paul Maugendre a dit aussi tant de bien ici :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2020/04/gaetan-brixtel-deux-heures-a-tuer.html

Eva de Roland Sadaune :

Samo et Willys vivent la belle vie en tant que petits dealers, roulant dans de belles voitures, évoquant les grands auteurs de hard-boiled américains. Samo, le narrateur, aime emmener Eva dans ses balades mais ce qu’il nous raconte est loin de la vérité.

Roland Sadaune joue sur les registres rêve / réalité, nous projetant dans de grands espaces avant de rétrécir violemment l’horizon possible. La chute comme tout bonne nouvelle, est brutale et cruelle, donnant une bien belle lecture.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Rabbit run de Gaëtan Brixtel :

Vincent est un chômeur solitaire qui garde un contact social grâce à son amie Adélie. Elle lui propose de prendre un animal de compagnie, pas un chien, ni un chat mais plutôt un lapin. Il l’appellera Gustave. Et bientôt Vincent va reporter son inquiétude sur l’animal, oubliant son mal-être.

Hasard de la vie, nous avons aussi pris un lapin pour animal domestique. Et quand j’ai lu le début de cette nouvelle, j’ai retrouvé les premiers instants de l’arrivée de notre lapin, puis sa progression au fur et à mesure qu’il grandissait. Je me suis forcément identifié à Vincent, même si je suis moins gaga que lui de la bête. Et je ébahi par la justesse et la façon de raconter cette histoire. Gaëtan Brixtel a un vrai talent : celui de vous glisser et cajoler dans un cocon tout doux et chaud avant de vous allonger d’une belle claque. C’est encore le cas ici : la chute est aussi brutale que cruelle.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Dragon noir de Stéphane Kirchacker :

Roro a pris l’ascenseur social pour échapper à la cité des Lilas, et obtenir un diplôme d’architecte. Roro et Juliette, c’est le coup de foudre depuis quelque temps, et il voudrait bien l’épouser. Mais son père, le Comte, issu d’une lignée royale s’oppose à cette union contre nature. Quand Juliette se fait enlever, poussée de force dans une BMW, le comte fait appel au prétendant puisque les ravisseurs viennent de cette cité maudite.

Stéphane Kirchaker réussit le tour de force d’écrire un polar en forme de conte des Mille et une nuits, aussi romantique que chevaleresque. Vous trouverez au détour d’une cité malfamée, des fées, des trolls, des nains et des elfes. Vous y trouverez aussi de l’action, et surtout de l’humour. Tout ça en 12 pages sur ma liseuse. Quand je vous dis que c’est un tour de force, c’est une formidable réussite.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

La viande hurle de Jeanne Desaubry :

Martine travaille dans une usine du Nord de la France. Elle n’est pas gréviste, contrairement aux ouvriers qui bloquent l’entrée, ou même son père qui a passé sa vie sur les chaines. Elle veut juste passer inaperçue, que personne ne voit son ventre qui grossit. Elle veut oublier celui qui lui a fait subir ça.

Avec une économie de mots remarquable, Jeanne Desaubry présente un drame, malheureusement commun, entre viol et harcèlement sexuel, d’autant plus horrible que l’on est plongé dans ce quotidien des ouvriers de façon réaliste. Et la chute de cette nouvelle est conforme à la noirceur de l’histoire.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

En mon cœur ces racines de Valérie Allam :

Sous son hangar de tôle, ce vieillard aveugle raconte sa vie, ses souvenirs, ses regrets au petit Kouakou, si sage, si patient. Il se rappelle Khadija, son amour de jeunesse qu’il a perdu le jour où il est parti rejoindre la France.

D’une tendresse et d’une sensibilité rare, Valérie Allam raconte une vie, deux vies, des vies en une dizaine de pages. Plantant son décor sous un abri au toit de tôle, la pauvreté du lieu fait ressortir la puissance des sentiments et des rendez-vous ratés.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Ciel rouge de Jean-Hugues Oppel :

Maurice G. brûle le bitume sur l’autoroute de nuit. A bord de sa Fuego, Max une peluche pleine de drogue et un corps dans le coffre. En musique de fond, du rock, du hard, à fond la caisse. Max doit se vider et faire le plein. Pause pipi caca dans une station habitée. Pour son malheur.

Quel plaisir de retrouver Jean-Hugues Oppel et son style haché. De morceaux de phrases, des mots mis bout à bout pour mieux faire ressentir le mouvement, l’action, le rythme et le stress. Cette nouvelle est digne des meilleurs films d’action. Un must !

Je suis un génie de Stanislas Petrosky :

Doté d’un quotient intellectuel hors-norme, avec un coefficient de 170 sur l’échelle de Wechsler, le narrateur n’a jamais connu l’amour. Il est malheureusement atteint de déformation congénitale, comme Elephant Man. Alors il se consacre à la mise au point de prothèses commandées par le cerveau. Mais la désillusion est au bout de la route.

Cette nouvelle est juste incroyable : être capable de faire de la vulgarisation scientifique comme si un génie vous parle. Et la lecture en devient tellement simple que l’on entre dans le jeu, jusqu’à arriver à une chute mémorable, pleine de hargne et de haine.

Soudain partir de Frédérique Trigodet :

Caroline, jeune femme quarantenaire, a vu grandir ses enfants, les a vus quitter la maison et se retrouve avec son mari qu’elle nomme monmari. Passionné de Formule 1, il s’assomme de télévision avant de se coucher tôt, alors qu’elle est insomniaque. Alors, sur le balcon, elle regarde les bateaux partir …

Cette nouvelle aurait plus sa place dans une collection littéraire que chez Noire Sœur. Car nous nous trouvons là en face d’un texte toute en émotion, subtil et introspectif sur une femme qui, à un tournant de sa vie, se pose des questions quant à son avenir. Elle a été une bonne mère ? Soit. Mais après ? Avec une plume descriptive et magnifique, l’auteure nous prend dans ses serres et nous immerge dans les questionnements d’une mère à la recherche de questions et de la figure de son père.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Super N de Jeanne Desaubry :

Léa et Sandrine sont deux sœurs. Elles ont une idée pour se payer leurs courses au Super N. Emprunter le gosse de la voisine et planquer dans la poussette leurs emplettes. Mais le vigile du Super N veille au grain. Et il est prêt à profiter de la situation.

D’un fait divers, l’auteure en tire une nouvelle bien noire qui dégénère vers la fin. Ecrite avec beaucoup de recul, voire de froideur, c’est une plongée ignoble dans le quotidien des pauvres gens.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Chez les petits éditeurs …

Je vous propose un petit coup de projecteur sur deux polars sortis chez de petits éditeurs, qui n’ont pas la chance d’avoir de la visibilité. Voici donc mes avis sur Haine à la personne de Roland Sadaune (Le Lys Bleu) et Noir de Marc Falvo (Faute de frappe)

Haine à la personne de Roland Sadaune

Editeur : Le Lys Bleu

Omar Ling a rendez-vous avec un de ses indics ce matin-là, à la gare de Cergy. Malheureusement, Maxime Morgon, un SDF, n’est pas là. Il apprend par un autre SDF Paulo que Max a été amené par deux hommes sur une civière, en sale état. Il a probablement été tabassé et laissé pour mort. C’est le troisième SDF à être assassiné dans le département. Le commissaire Santi, son chef, charge donc Omar Ling des trois meurtres. Il sera aidé pour cela d’un nouvel équipier, le brigadier-chef Duroy.

A première vue, on peut penser avoir affaire à un roman policier classique, porté par son personnage principal Omar Ling. Le personnage est un flic solitaire, indépendant et plutôt taiseux, faisant le tour des lieux en discutant avec les passants, les SDF. Il s’attire donc les foudres de sa hiérarchie à force de d’être absent du bureau. Et puis, il se permet de pénétrer sur des scènes liées aux crimes en dépit des règles élémentaires.

Et il y a dans ce roman, outre la visite du département du Val d’Oise, une description de la vie des gens sans logis, de ceux que l’on ne voit même plus, comme s’ils faisaient partie du décor. Et puis, petit à petit, Omar Ling franchit de plus en plus la ligne blanche et le roman débouche sur une fin totalement inattendue. Je vous laisse méditer cette phrase présente en quatrième de couverture :

« On combat pas la précarité en supprimant les pauvres… Pour moi, c’est quelqu’un qui hait les exclus ».

Ce roman est à rapprocher d’autres romans traitant de ce sujet :

Après les chiens de Michèle Pedinielli (Editions de l’Aube)

Les chemins de la haine d’Eva Dolan (Liana Levi)

Dans la dèche à Los Angeles de Larry Fondation (Fayard)

Le crépuscule des gueux d’Hervé Sard (La Gidouille)

Putain de pauvres de Maurice Gouiran (Jigal) qu’il faut que je lise …

Noir de Marc Falvo

Editeur : Faute de frappe

Franck Rigetti se prépare, met au point son scénario et roule sa voiture sans aucun remords. Il ne s’intéresse que peu au monde qui l’entoure, refuse même l’invitation à manger qu’on lui fait. Il est hors de question que quoi que ce soit ou qui que ce soit ne le détourne de son objectif.

Leonard Krieg va sortir de prison après quatre années de souffrance. En sortant, son ami de toujours Vince lui prévoit une soirée avec Lucie, suivi d’une nuit mémorable. Mais quand elle rappelle Leonard, il ne lui répond.

Franck et Léonard vont se rencontrer … pour le pire.

Ce roman est divisé en trois parties toutes très différentes les unes des autres. Et la quatrième de couverture ne va pas vous aider dans ce sens. Dans la première partie, les chapitres vont alterner entre Franck et Leonard, entre avant et après la libération de Léonard. Cette partie est assez déconcertante, non pas pour le déroulement de l’intrigue, mais parce qu’on se demande où l’auteur veut en venir.

A partir de la deuxième partie, on comprend que Franck a enlevé Leonard pour se venger. Si tout est écrit en forme de duel entre les deux personnes, l’accent est tout de mis sur le passé de Franck et pourquoi il en est arrivé là. C’est donc un aspect psychologique que nous propose l’auteur, qui est plus passionnant que la première partie, car cela m’a semblé moins bavard. Mais à la fin de la deuxième partie, on ne sait toujours pas pourquoi Franck a fait cela.

Il faudra attendre la troisième partie,pour entrer réellement dans le duel, à distance puisque la structure narrative va évoluer. Chaque personnage a droit à un chapitre par alternance écrit à la première personne. C’est rapide, efficace et passionnant après le renversement de situation en fin de deuxième partie. Et en termes de duels, c’est plutôt une course poursuite, qui aboutit à une conclusion tout à fait originale.

Encore une fois, Marc Salvo nous offre un polar à l’intrigue simple, abordant le thème de la vengeance et la justice, avec une construction toute personnelle. Et si on peut être surpris au fur et à mesure de la lecture, il n’en reste pas moins que l’originalité du roman l’emporte dans cette histoire terrible et noire … comme son titre.

Rebonds de Roland Sadaune

Editeur : Editions Sydney Laurent

J’avais plutôt l’habitude, depuis quelques années, de lire de la part de Roland Sadaune, des romans noirs et sociaux, montrant des facettes de la société des aspects peu montrés et peu montrables. Il nous revient cette fois ci avec un pur roman policier.

La finale de l’Euro 2016 vient de se terminer. La France a été battue chez elle, par le Portugal. A la sortie du stade, les supporters sortent du stade, les uns heureux, fous de joie, les autres déçus. Il y a bien quelques échauffourées, mais il y a toujours dans ces cas-là des gens qui cherchent la bagarre.

Quelques jours plus tard, on découvre dans le canal de Saint Denis un filet de ballons de football, dans lequel est emprisonnée une tête d’homme. Marie Layne, qui est journaliste culturelle, est d’un journal régional à un journal local. Elle doit aussi faire face aux congés de ses collègues et se retrouve missionnée pour faire un article sur le sujet. Elle apprend par un collègue Philippe Myros que c’est un SDF Yvon qui a fait cette macabre découverte. Elle va donc partir à sa recherche et tombe sur un autre SDF, avec un surnom amusant : La Barbouille.

De son coté, le lieutenant Frédéric Lacoste est confronté à un sacré problème : trouver l’identité du mort et trouver le reste du corps. A part la tête, la brigade fluviale n’a rien trouvé d’autre. Apparemment, la décapitation a eu lieu ailleurs, c’est tout ce qu’il peut en déduire. Le légiste lui annonce que la tête est restée une dizain d’heures dans l’eau. Alors qu’il rentre chez lui, il trouve sur sa voiture un flyer avec un portrait annonçant la disparition d’un homme.

Comme je le disais, Roland Sadaune change de registre, du moins pour ce que je connais de ses romans, et nous livre un roman policier classique dans la forme et dans les portraits des personnages. Nous avons deux personnages principaux, une journaliste et un lieutenant de police, entourés par pléthore de personnages secondaires. On y trouve aussi des chapitres, en italique, mettant en scène un personnage étrange dont on devine qu’il va être impliqué dans cette affaire. De même, le style se fait moins violent, moins direct et plus fluide, comme s’il fallait se fondre dans l’enquête.

On a droit tout de même à quelques visites de quartiers du 9-3, qui une nouvelle fois s’avère dans leur approche d’une réalité criante. On y voit les SDF coucher dans des maisons en carton (heureusement, nous sommes en juillet et ils ne souffrent pas du froid), on y voit des parents délaisser leur rôle de parents, et nombre de trafiquants faisant leur commerce sans être inquiétés. Mais cela ne reste qu’un décor.

Par contre, le scénario est très bien fait, nous plongeant dans un sacré brouillard, à tel point que je me suis demandé qui pouvait être le coupable. Et pendant ce temps là, les cadavres continuaient à s’accumuler. Même s’il y a un ou deux indices voyants, on passe un bon moment. Et je rassure les futurs lecteurs : non, ce roman n’est pas un roman anti-supporter de foot … quoique. Ce sera à vous de le découvrir.

Au même moment, je tiens à vous informer que Roland Sadaune est un peintre de talent et qu’il sort un recueil de ses œuvres, ciblées sur le polar. Un bien beau petit livre avec de superbes toiles. Cela s’appelle Seul dans la nuit, et c’est édité par Val d’Oise Editions.

Ne ratez pas l’avis de L’oncle Paul

Gisants-Les-Rouen de Roland Sadaune

Editeur : Val d’Oise éditions

J’ai la chance depuis quelques années de pouvoir chroniquer les romans de Roland Sadaune. Et j’adore cet auteur, car il fait la place belle à ses personnages, des gens comme vous et moi, dans des intrigues qui mélangent le roman noir, le roman à suspense et le thriller. En tous cas, le contexte est toujours d’actualité et intéressant. Ce roman ne fait pas exception à la règle, jugez en plutôt :

La ville de Rouen a décidé de placer en priorité le tourisme. La mairie a donc fait paraitre un arrêté qui exige de sortir les Sans Domicile Fixe du centre ville, car cela risque d’altérer la bonne image que pourraient avoir les touristes de cette belle ville de Normandie. Les SDF se retrouvent donc embarqués dans des cars, et emmenés … ailleurs. D’aucuns disent qu’on ne les revoit plus …

Mathieu Lancaster est un jeune auteur qui a écrit un premier roman, Si tu savais … qui a reçu un accueil favorable. Son deuxième roman, L’amour sans toi est, aux dires de son éditeur promis à un grand avenir. D’ailleurs, il vient d’être sélectionné pour le prestigieux prix Jeanne d’Arc. Tout le monde s’accorde d’ailleurs à dire que son roman est le meilleur des 6 en lice. Mais, c’est la grande désillusion quand c’est un autre roman qui gagne le prix. Mathieu, dégoutté, désespéré, va s’exiler dans la maison de campagne familiale pour se ressourcer et retrouver l’inspiration.

Elise Verdoux est capitaine de police à Rouen. Elle a affaire avec une série de meurtres mystérieux : 2 policiers territoriaux et un SDF ont été retrouvés morts, avec la copie d’une photographie d’une vieille grille rouillée d’un portail dans la poche. Son adjoint le lieutenant Franck Person est sur d’une chose : la série va continuer tant qu’ils ne trouveront pas un cadavre avec l’original de la photo en question. Effectivement, un quatrième corps est bientôt retrouvé …

Avec un sujet comme ça, on se dit que l’on va avoir droit à un roman social qui va dénoncer des arrêtés municipaux aussi idiots que racistes. Certes, mais pas que …

Avec les corps que l’on retrouve, on se dit que l’on va avoir droit à une enquête policière épineuse et pleine de mystères. Certes, mais pas que …

Avec ses chapitres courts, son style fait de phrases courtes, on se dit que l’on va courir à perdre haleine dans un roman à la limite du thriller. Certes mais pas que …

Car on se retrouve bien avec un roman à la croisée des genres, dont l’une des qualités est de camper des personnages plus vrais que nature. C’est aussi une sorte de ballet, de jeu de cache-cache auxquels jouent nos personnages. Elise et Mathieu ont chacun leurs chapitres, jusqu’à ce qu’intervienne un troisième personnage, Keller, ancien amant d’Elise ; A ce moment, le duo devient trio avant de redevenir duo, dans un final sanglant et noir.

C’est donc un roman plein de surprises, plein de rebondissements, auquel nous convie Roland Sadaune. Et tout ceci est mené de main de maitre. Il faut dire que Roland Sadaune a écrit plus d’une trentaine de polars, donc tout est maitrisé à la perfection. Et puis, je retrouve dans ce polar toutes les raisons pour lesquelles j’aime cet auteur : ces personnages que l’on rencontre le temps de 300 pages, mais qui resteront longtemps cachés dans un petit coin de mon cœur. Une nouvelle fois, Roland Sadaune nous écrit un roman humaniste avec un peu plus de noir que d’habitude.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et l’Oncle Paul

Un caddie nommé désir de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

Le dernier roman en date de Roland Sadaune fait une nouvelle fois la part belle à des personnages comme vous et moi et démarre de façon classique pour se terminer dans le noir … le plus complet.

Tout commence avec une pièce de 1 euro. C’est bête, ça ne vaut pas grand-chose, et pourtant cela va changer le destin de Raphaël Darmont. Ancien lieutenant de police, Darmont a fait les frais d’une affaire mal embarquée, et a fait office de bouc émissaire. Tout juste a-t-il pu récupérer un poste chez Sécuritex, une entreprise de vigiles privés qui lui permet à la fois de contrôler les clients chez Mamouth, à la fois de s’occuper du recrutement de ses futurs collègues.

1 euro, c’est ce qui manque à la superbe brune pour prendre un caddie et faire ses courses. Ebloui par sa beauté, Darmont lui propose une pièce et, à force de discussions, ils proposent de se revoir. Malgré sa petite cinquantaine, Darmont a un coté rassurant et Malika a le charme des beautés orientales. Le premier rendez-vous se fera dans un restaurant, puis il ira chez elle, puis ils coucheront ensemble. Ce ne sera pas une réussite, mais il y aura une suite … comme des cailloux parsemés sur le chemin de l’enfer.

On peut diviser ce roman en deux parties. Le premier présente les personnages, sur la base de chapitres courts, avec des allers retours entre le moment présent et le passé, passant des uns aux autres avec une facilité enivrante pour le lecteur. Petit à petit, les pièces du jeu d’échecs se mettent en place et le drame peut avoir lieu : alors que Darmont ne voit plus Malika depuis quelques jours, il va chez elle, crochète sa serrure et la trouve morte dans sa douche.

La deuxième partie est plus linéaire, plus classique aussi au sens où elle déroule l’enquête de Darmont, mais plus noire, où il est impliqué de près dans cette histoire de meurtre, où son attitude est suspecte pour les autres mais aussi pour ses collègues policiers, où il se retrouve forcé et contraint de trouver la vérité car il sait plus de choses que les autres. Même sa femme, qui occupait déjà un rôle secondaire dans savie n’est plus considérée comme un canot de sauvetage.

Avec un style remarquable d’efficacité et de brutalité, ne prenant pas de gant envers ses personnages, Roland Sadaune nous concocte un roman noir avec une histoire qui s’avère bien plus surprenante que l’on aurait pu croire au tout départ. Si vous aimez les polars aux scenarii implacables, alors ce roman là est pour vous.

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et l’Oncle Paul.

Minna de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

J’avais déjà eu l’occasion de parler de Facteurs d’ombres, cet excellent livre fait de portraits peints d’auteurs de polars et de chroniques élaborées par les blogueurs et Claude Mesplede. Roland Sadaune est aussi auteur de polars. J’ai la chance de vous présenter son dernier roman en date, Minna, dont la force principale est la qualité de ses personnages.

L’auteur :

Né à Montmorency de mère polonaise, Roland Sadaune se passionne très tôt de cinéma et littérature policière. Sa carrière d’artiste peintre ne l’empêche pas d’avoir à son actif une trentaine de romans policiers et une cinquantaine de nouvelles noires. Pour lui, le Polar, c’est l’évasion par les chemins de traverse défoncés par le destin, avec des phénomènes de société dissimulés derrière les haies.

Il en est à sa 90ème exposition particulière, en 2006, intitulée Peintre de Polars.

Son joker préféré est le cinéma : en salle, car l’été on y est au frais et l’hiver on s’y sent bien.

(Source Babelio)

Quatrième de couverture :

… De toute façon je ne peux pas disparaître du secteur, se dit Minna, quand un bruit la fit se retourner. Elle repéra un individu posté au bas de l’escalier et s’immobilisa entre deux volées de marches, sous un lampadaire. L’homme la suivait-il ?…

… Minna était en sécurité pour combien de temps ?

Les autres ne la lâcheraient jamais ! Elle rejoignit l’immeuble. Un inconnu pénétrait dans son meublé.

Furieuse, elle s’élança et…

… N’y tenant plus, Léopold regarda vers Minna. Ces pleins et ces déliés. Quand elle passa des bracelets, il se sentit englouti par une chape de solitude…

… La rue arborait les tons rompus de la détresse.

Même les rats étaient confrontés à la morosité des poubelles…

Quand la ville mord.

Mon avis :

Ce n’est pas en lisant la quatrième de couverture que vous allez savoir de quoi parle ce roman. De même, si vous regardez la couverture, vous y verrez Thriller, alors que, si je devais lui donner une étiquette, j’hésiterais entre roman policier et roman noir. Mais je n’aime pas les étiquettes. Sachez donc que ce roman est fort, noir, et qu’il va vous obliger à regarder la rue, les gens, le trottoir et le caniveau. Par contre, cela va vous donner une idée du style de l’auteur.

Ce roman est porté par deux personnages forts, Léopold et Minna. Leopold est un SDF, qui depuis qu’il a été licencié, a divorcé. Il n’a plus de contact, ni avec sa femme, ni avec sa fille. Il s’est volontairement marginalisé, faisant la manche devant les Grands Magasins. La seule personne avec qui il a gardé contact est sa sœur, qu’il va voir de temps en temps. Sinon, il habite en colocation au Hurlevent, en compagnie d’autres laissés pour compte comme lui.

Minna est une immigrée clandestine nigériane, qui fait des ménages dans les hôtels de luxe et qui se prostitue pour le compte du « chef » dans ces mêmes hôtels. Le « chef », c’est madame Sokoto, une nigériane aussi, qui profite de la naïveté des jeunes immigrées pour faire fonctionner son commerce.

Un soir d’octobre, une jeune femme s’enfuit d’un hôtel de luxe, en jetant sa culotte dans une poubelle. Plus tard, son corps est retrouvé chez elle, égorgée. Or Léopold, intrigué par l’attitude de la jeune femme, a récupéré la culotte, sur laquelle il y a des traces de sang. Léopold, après avoir vu les informations à la télévision, est persuadé qu’il a la culotte de la victime.

Le grand mérite de Roland Sadaune, c’est bien de positionner au centre de son intrigue deux personnages formidables, attachants. D’ailleurs, on ne va quasiment pas suivre d’autres personnages que Léopold et Minna, à part BDR et sa femme. Cela donne l’impression que ces deux marginaux de la vie sont réellement séparés de la vie sociale « standard. Car c’est une histoire hors standard, hors du commun, hors des sentiers battus que l’on suit.Et on ne peut qu’aimer Léopold et Minna, car dans le fond, ils sont bons, humains. Le paysage est peuplé de fauves, de robots et seuls les délaissés paraissent humains.

Oui, j’ai aimé Léopold. Oui, j’ai aimé Minna. Et j’ai aussi adoré le Paris peint par Roland Sadaune. Je connais parfaitement les coins du 18ème, 19ème et 2àème que l’on voit dans ce roman. Les petites touches ajoutées ici et là, comme sur un tableau, m’ont fait revenir dans des quartiers que j’ai largement arpentés durant ma jeunesse. Roland Sadaune effectivement construit ses décors comme des tableaux de peinture, qui est aussi un de ses métiers.

De ce tableau multicolore, l’auteur nous livre une histoire bien noire, presque désespérée, un brin désabusée sur les gens que l’on ne voit plus, dont tout le monde se fout. Pour autant, c’est raconté sans pathos, mais il nous force tout de même à voir ce qu’on ne regarde plus. Et le style, dans ces moments là peut devenir très dur, très franc, très direct, là où les rues au coucher du soleil deviennent si poétiques. Evidemment, Léopold et Minna vont se rencontrer, et il ne s’agira pas de bluette à l’eau de rose. Le monde est plus dur, plus impitoyable que ça. On aura droit à des courses poursuites jusqu’à épuisement des participants.

Je sais, c’est un billet bordélique, et je le revendique. Ce roman a fait passer beaucoup d’émotions différentes, contrastées en moi. J’ai vécu avec eux pendant 350 pages, j’ai partagé une partie de leur vie, j’ai rencontré des gens, des vrais, j’ai vu des salauds, j’ai hurlé vers la fin, comme une envie de meurtre.

Facteurs d’ombres de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

En ces temps de Noël, les idées de beaux cadeaux ne courent pas les rues. Pour les amateurs de polars, il ne faut pas hésiter, ce livre est exceptionnel, de par sa beauté, de par ses textes.

  sadaune

Né à Montmorency de mère polonaise, Roland Sadaune se passionne très tôt de cinéma et littérature policière. Sa carrière d’artiste peintre ne l’empêche pas d’avoir à son actif une trentaine de romans policiers et une cinquantaine de nouvelles noires. Pour lui, le Polar, c’est l’évasion par les chemins de traverse défoncés par le destin, avec des phénomènes de société dissimulés derrière les haies.

Il en est à sa 90ème exposition particulière, en 2006, intitulée Peintre de Polars.

Son joker préféré est le cinéma : en salle, car l’été on y est au frais et l’hiver on s’y sent bien.

Roland Sadaune est un auteur de polars mais aussi un peintre. Ne voulant pas choisir entre ces deux activités, il les réunit dans un livre regroupant 37 portraits d’auteurs d’hier et d’aujourdhui. Chacun est illustré par des textes émanant de passionnés mais aussi d’experts tels Claude Mesplede, Claude Le Nocher ou Paul Maugendre.

Avec une couverture cartonnée (comme on n’en fait plus), ses belles pages glacées rendent hommage à une œuvre que je ne connaissais pas et qui m’a tout simplement époustouflé. On y trouve aussi bien des auteurs étrangers (Mickael Connely, James Ellroy …) que des auteurs français (Christian Roux, Maurice Dantec, Jean Bernard Pouy …). Vous y trouverez d’autres esquisses ainsi que 7 nouvelles.

james-ellroy
michael-connelly

J’ai eu la chance de participer modestement à cette œuvre et donc je vous offre en exclusivité le texte que j’ai rédigé pour illustrer le portrait de Caryl Ferey :

Ma première rencontre (littéraire) avec Caryl Ferey, ce fut La jambe gauche de Joe Strummer. Je venais de découvrir Ken Bruen, et cette façon inimitable de créer une intimité avec un personnage. Ce roman fut une vraie découverte, en même temps qu’une envie de continuer à pénétrer dans l’univers d’un auteur. Alors je suis tombé sur Zulu, ou plutôt Zulu m’est tombé dessus. Car Zulu est un livre implacable, une démonstration en force de la cruauté des hommes, de leur imagination à faire souffrir son prochain, de l’inhumanité de l’homme.

Forcément, après une lecture pareille, on a envie de s’intéresser à l’auteur qui est derrière. Caryl Ferey est un globe-trotter qui va vivre dans un pays étranger pour s’imprégner d’une culture nouvelle, d’une histoire autre. Puis il va créer une intrigue intégrée à ce pays, pour nous dévoiler un pays et ses racines de l’intérieur. Mais il y a aussi cette maitrise de l’intrigue, cet art de surprendre le lecteur, de créer des scènes très visuelles et surprenantes sans que l’on s’y attende.

Mapuche est une poursuite dans cette veine que recherche Caryl Ferey. D’un pays qui a connu (et connait encore) une histoire forte et violente, il écrit un roman magnifique, une intrigue fantastiquement forte portée par deux personnages profondément humains. Il déploie dans ce roman tout son art pour montrer la lutte de l’amour contre la société, car l’amour est un sentiment profondément humain.

Lors de l’émission La grande librairie, on découvre une autre facette de cet auteur fascinant, sa volonté d’écrire le meilleur roman, son chef d’œuvre. Je me rappelle cette phrase, qui n’est peut-être pas de lui d’ailleurs : « Mon meilleur roman, c’est le prochain ». Et puis, il a parlé de ses personnages, de cette volonté de les placer au centre de son intrigue car ils sont et doivent rester au centre du monde. Caryl Ferey est un messager moderne dans une société numérique et inhumaine, une société qui se veut parfaite et qui oublie qu’elle doit être faite par les humains pour les humains. Il démontre que l’homme a une imagination sans limites pour créer la cruauté, pour inventer la violence. Il se pose ainsi comme un porte-parole de l’homme humain, un héraut humaniste.

Indéniablement, LE livre qu’il vous faut ou faut offrir en cette fin d’année 2013. Les images de ce billet ont été empruntées sur le Net à divers sites.