Archives du mot-clé Romain Slocombe

Sadorski et l’ange du péché de Romain Slocombe

Editeur : Robert Laffont (Grand format) ; Points (Format poche)

Je m’étais fixé un objectif de lire, en cette année 2020, la première trilogie consacrée à Léon Sadorski (L’affaire Léon Sadorski, L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, Sadorski et l’ange du péché) et donc voici mon avis sur le troisième tome. Pourquoi je parle de première trilogie ? Parce qu’il y aura une deuxième trilogie. La première se nomme La trilogie des collabos. La deuxième s’appelle La trilogie de la guerre civile et comprendra La Gestapo Sadorski (qui vient de sortir aux éditions Robert Laffont), L’inspecteur Sadorski libère Paris (à venir en 2021) et J’étais le collabo Léon Sadorski (prévu en 2023).

L’inspecteur principal adjoint Léon Sadorski, chef du Rayon juif à la 3ème section des Renseignements généraux et des jeux, n’en est pas à sa première bassesse. Dans son métier, traquer les juifs pour les arrêter est son quotidien. Et quand il tombe sur une vendeuse de lingerie fine à la Samaritaine, il en profite pour lui faire un chantage et lui demander de voler des dessous pour sa femme adorée Yvette.

Sauf que tout semble dérailler pour lui. Alors qu’au travail, il est chargé de trouver une jeune femme juive qui a passé la ligne de démarcation avec de l’or, il intercepte une lettre anonyme pleine de menaces envoyée à sa femme qui lui montre que Paris est en train de changer en cette année 1943. Une bonne raison pour lui de serrer la vis et de se donner à fond, tout en faisant très attention aux policiers véreux de son service.

Alors que les lettres de dénonciation se multiplient, la Gestapo montre à Léon une lettre demandant de saisir les biens des parents de Julie Odwak, la petite juive qu’il loge chez lui dans l’espoir de la séduire. Il s’arrange pour être présent lors de la perquisition et arrive à mettre la main sur le journal intime de Julie avant que les Allemands ne le prennent. Heureusement, ils ne s’intéressent qu’aux toiles peintes. Ce qu’il va y lire va le sidérer.

Troisième tome et le plus volumineux de la trilogie, ce Sadorski et l’ange du péché comporte toutes les qualités qui m’ont fait adorer les deux précédents tomes :

Le personnage tout d’abord, immonde salaud raciste qui, tel une bête traquant sa proie, n’hésite à user de toutes les bassesses et les violences pour arrêter les juifs. Plus aveuglé que jamais dans son travail, il apparait comme un combattant du Mal lancé dans une croisade personnelle aveugle, mis à mal voire dépassé par un extrémisme antisémite qui va plus loin que ses convictions. Et malgré ses contradictions, on le retrouve concerné par l’extermination des juifs, mais il faut bien dire qu’il place son bien-être et sa survie au dessus de toute autre considération. Car Sadorski est avant tout un égoïste. La complexité de ce personnage ignoble en devient fascinante.

Le contexte du Paris occupé qui est toujours reconstitué avec minutie, force détails et des descriptions d’une réalité confondante. L’immersion dans un autre temps (pourtant pas si lointain) est insérée à l’intrigue et donne un rendu véridique, d’autant plus que peu de romans ont décrit avec autant d’acuité frontale la vie des Parisiens à cette époque et leurs pensées, leurs penchants en faveur d’un écrémage contre les juifs.

Le contexte historique de cette année 1943 y joue un rôle primordial. Alors que la famine et les restrictions font rage, la vie quotidienne devient une course à la survie. Comme devant tout événement majeur, on y trouve des victimes et des profiteurs. Une des trames du roman tourne donc autour du marché noir et de toute une mafia qui se monte et qui profite de la situation. Et 1943 constitue aussi le tournant de la guerre, l’année où les Allemands subissent leurs premières défaites. Dans la tête des Parisiens, commence à s’allumer une lueur d’espoir. Enfin, ils sont persuadés que les Allemands ne sont pas là pour toujours.

L’inspecteur adjoint Sadorski, aveuglé par sa chasse aux juifs, va être confronté à plus fort que lui. Tout d’abord les tenants du marché noir, mais aussi la vérité sur la déportation des juifs. Il va recevoir des témoignages lors d’interrogatoires ou de discussions qui vont lui ouvrir les yeux et le placer face à un choix impossible à faire pour lui. Les conséquences vont engendrer une tension dans le roman et des passages violents, très violents, d’autant plus violents qu’ils sonnent justes.

Dans cette thématique, il va découvrir le Journal Intime de Julie Odwak, sa petite protégée juive. Il a réussi à le conserver en prétendant l’utiliser pour trouver des pistes sur des juifs. En réalité, alors qu’il espère des sentiments de sa protégée, il lit le calvaire, la torture que les Nazis font subir aux juifs tous les jours. Sorte de continuité du journal d’Anne Franck (en version romancée), ces longs passages sont passionnants mais ont tendance à être plus des parenthèses dans l’intrigue que des éléments la faisant avancer.

Et c’est un peu ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Elle est passionnante, prenante, intéressante, instructive, inédite, impressionnante mais il m’a manqué un fil directeur. A chaque tome de la trilogie, on a droit à toujours plus de pages, et je dois dire que j’y ai trouvé des longueurs, des pages qui n’apportaient rien de plus. Pas décevant, loin de là, mais trop bavard par moment.

L’étoile jaune de L’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe

Editeur : Robert Laffont (Grand Format) ; Points (Format poche)

Après L’affaire Léon Sadorski, Romain Slocombe revient avec ce deuxième tome de la vie de cet Inspecteur Principal Adjoint affecté aux affaires juives. Ce deuxième tome m’a paru encore plus fascinant que le premier.

Depuis le 6 juin 1942, les juifs doivent arborer une étoile jaune, solidement cousue sur leur vêtement. L’inspecteur Sadorski, qui n’oublie jamais un visage, suit une jeune fille qu’il a déjà aperçue lors de l’attentat dans un café du Boulevard du Palais. Il est en arrêt maladie pour quelques jours encore, suite à sa blessure lors de cette explosion. Mais ce qui l’importe aujourd’hui n’est pas de suivre des juifs.

Attablé à une terrasse dans un accoutrement de plombier, il attend sa protégée, Julie Odwak, sa jeune voisine juive pour qui il a ressent une affection malsaine. Il a déjà fait arrêter sa mère, a ajouté la mention communiste sur son dossier, et continue à avancer ses pions pour la séduire, en lui faisant croire qu’il est un espion pour Londres. Aujourd’hui, le 8 juin, c’est son anniversaire et Léon Sadorski lui offre un magnifique stylo.

Le lendemain, il prévoit une balade en vélo avec Yvette, sa femme. Ils font une pause dans un café en bord de Marne, discutent avec le patron qui affectionne les émissions émises par Radio Londres. Léon Sadorski en profite pour écrire une lettre anonyme le dénonçant. Puis ils repartent et s’installent pour le pique-nique. Là Léon Sadorski découvre le corps d’une femme assassinée. Après son retour au bureau, c’est lui qui sera chargé de l’enquête.

Plus ignoble que jamais, le personnage de Léon Sadorski prend de l’ampleur dans cette intrigue aux multiples facettes qui fait suite à la fin du premier tome. On le découvre nationaliste jusqu’au bout des ongles, et apprécie l’occupation allemande en ce qu’elle apporte une rigueur et une sécurité face aux terroristes. Il abonde dans les théories contre les juifs, et n’hésite pas à faire son travail proprement, dénoncer ceux qui ne sont pas de bons français ou ceux qui ne portent pas leur étoile jaune.

Pour autant, il n’est pas sans de nombreuses contradictions, ce qui le rend encore plus réaliste. Il est amoureux de sa voisine juive alors qu’il est sensé les traquer. Il fait preuve d’une pitié étonnante quand il découvre les conditions d’enfermement, mais peut être d’une haine et d’une implacable férocité. Et il s’arrange toujours pour utiliser les événements à son avantage quitte à travestir la vérité et franchir la ligne jaune de la légalité, ce que sa carte d’Inspecteur lui permet.

Comme dans le premier tome, l’immersion dans la vie de tous les jours sous l’occupation allemande est énorme, parsemée de petits détails, ou même décrite par le détail dans des scènes énormes. J’en veux pour exemple cette séance de cinéma où Léon Sadorski invite Julie et où l’auteur nous décrit le reportage qui est projeté avant le film et qui se révèle une propagande ignoble pour justifier la traque des juifs.

Enfin, le gros du sujet revient sur la rafle du Vélodrome d’hiver. Là encore, la nouveauté est de nous montrer comment elle a été orchestrée et les conditions de vie (de survie plutôt) que les femmes et les enfants ont subi en attendant d’être déportés. Ces scènes glauques sont dégoûtantes et d’une vérité saisissante, et elles apportent un éclairage inédit, je crois, sur cette horreur.

A la fin du roman, l’auteur nous décrit ses nombreuses sources d’information, mais il nous explique aussi que son personnage principal a vraiment existé. Avec cette conclusion, on comprend mieux le travail de mémoire qu’a entamé Romain Slocombe, en nous rappelant en introduction du roman : Ni l’auteur, ni l’éditeur ne cautionnent les propos tenus par le personnage principal de ce livre. Mais ils sont le reflet de son époque, tout comme ils peuvent présager celles qui nous attendent. Car « le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».  A ce titre, ces romans sont évidemment à lire, à ne pas rater.

L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe

Editeur : Robert Laffont (Grand Format) ; Points (Format Poche)

L’un de mes challenges de cette année 2020 est de lire la trilogie consacrée à l’inspecteur Sadorski. Après le génialissime Monsieur le Commandant, Romain Slocombe revient à une période noire de notre histoire, à savoir l’occupation pendant la seconde guerre mondiale, à Paris, avec un personnage fantastique.

Léon Sadorski est un vrai nationaliste, fidèle et œuvrant pour la grandeur de la nation, décoré de la Croix de Guerre 1914-1918. Âgé de 44 ans, marié à Yvette, il est Inspecteur Principal Adjoint à la 3ème section des Renseignements Généraux depuis 1941. Sa mission est de trouver des juifs en situation irrégulière et les communistes et de les transférer à Drancy, d’où ils seront envoyés en camp de travail ou camp de concentration.

Chaque jour, ce sont lectures des procès verbaux, descente sur le terrain pour enquête et écriture de rapports qui iront grossir les collectes d’information demandées par l’occupant. En ce 1er avril 1942, Sadorski lit un rapport sur 2 sœurs, Yolande et Marguerite Metzger qui semblent fricoter avec les Allemands. Leur nom suggère qu’elles soient juives. Il faudrait aller vérifier cela de plus près.

Puis, après déjeuner, leur tombe une nouvelle mission : aller contrôler un dénommé Rozinsky qui habite rue Mozart, au n°159. Sauf que ce numéro n’existe pas. Sadorski y voit une ruse et impose à son collègue Magne d’aller au n°59. C’est à cette adresse qu’ils trouvent le bonhomme, et le menacent. Rozinsky leur annonce être un diplomate, et Sadorski, en bon négociateur, récupère 5000 Francs en échange de son silence. Au passage il s’assure du silence de Magne en lui filant 1000 Francs.

En rentrant au bureau, Sadorski est convoqué par son chef, l’inspecteur principal Cury-Nodon. Ce dernier lui annonce qu’il est convoqué dès le lendemain chez le capitaine Voss, qui dirige les Affaires Juives à Paris, autrement dit la Gestapo. Sadorski s’y rend après une nuit agitée, ne comprenant pas ce qu’il a fait de travers.

Ce roman choisit délibérément de nous plonger dans cette époque trouble en nous mettant au premier un personnage nationaliste qui œuvre ou pense œuvrer pour le bien de la France. A force de la suivre, on s’aperçoit qu’il se contente surtout de suivre le plus fort et qu’il se persuade rapidement et facilement qu’il fait le bien. C’est surtout un homme faible qui se retrouve avec du pouvoir, un homme qui suit aveuglément les ordres et n’hésite pas à dire qu’il n’a rien fait de mal puisqu’il n’a fait que ce qu’on lui a demandé. Un bon soldat, en somme, comme il y en eut tant.

Au-delà de cette psychologie remarquable, j’ai adoré cette immersion dans le Paris de cette époque. L’auteur a su reproduire les ambiances et la vie d’alors avec une réelle justesse en parsemant de là des détails qui participent à notre voyage temporel. L’intrigue quant à elle est essentiellement composée de trois grandes parties qui sont la présentation du personnage, l’interrogatoire par la Gestapo à Berlin et enfin la résolution du meurtre de  Marguerite Metzger.

Si on peut regretter une intrigue faiblarde, on ne pourra que s’enthousiasmer devant ce personnage horrible et ignoble, tout en louant l’absence de scènes gore ainsi qu’une écriture d’une fluidité remarquable. D’ailleurs, la mise en garde en exergue de ce roman est suffisamment explicite pour montrer la raison de ce cycle : « Ni l’auteur, ni l’éditeur ne cautionnent les propos tenus par le personnage principal de ce livre. Mais ils sont le reflet de son époque, tout comme ils peuvent présager celles qui nous attendent. Car « le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». »

Ce roman est évidemment à lire, et à méditer dans nos temps troubles où on entend de plus en plus des propos inadmissibles, qui rappellent ceux d’une période noire que nous ne voudrions pas voir revenir. Le deuxième tome se nomme L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski et je vous en parle très bientôt.

Première station avant l’abattoir de Romain Slocombe (Points Seuil)

Après l’extraordinaire Monsieur le commandant, voici l’avant dernier roman de Romain Slocombe en date qui nous montre une autre de ses facettes mais qui par bien des aspects s’en rapproche. Voilà un roman d’espionnage en bonne et due forme. Avis aux amateurs !

Quatrième de couverture :

En avril 1922, Ralph Exeter, journaliste antifasciste anglais envoyé par le London Daily Herald, se rend à Gênes pour « couvrir » la première grande conférence internationale organisée afin de résoudre les problèmes de l’Europe d’après-guerre. Y siégeront, pour la première fois depuis la Révolution, des délégués de l’Union soviétique. L’un d’eux, « contact » d’Exeter, le charge de démasquer la taupe qui, dans leurs rangs, cherche à déstabiliser le pouvoir bolchévique. Quand peu après, le « contact » en question — un agent du Guépéou—, est assassiné, Exeter soupçonné ne doit son salut qu’à l’intervention d’un jeune leader fasciste dont l’ascension promet d’être fulgurante : Benito Mussolini … Jeunes et jolies espionnes russes et américaines, agents doubles, machinations des puissances occidentales pour s’approprier le pétrole russe, sans compter le trafic des bijoux du tsar, animent ce roman exotique et coloré sur fond sombre (les Chemises noires préparent leur marche sur Rome).

Entre roman atmosphérique et thriller historico-politique, Première station avant l’abattoir mêle avec habileté la réalité (situations et personnages authentiques, à commencer par Hemingway rebaptisé, ou Exeter qui est en réalité le grand-père de l’auteur) et la fiction — mémoires apocryphes.

Photographe, graphiste, dessinateur, auteur de B.D., traducteur, essayiste, auteur de romans pour la jeunesse et de plusieurs romans noirs (en particulier en Série Noire), Romain Slocombe a beaucoup écrit sur les séquelles de la Deuxième Guerre mondiale, l’extrême-droite et la culture bondage au Japon. Son dernier roman paru, Monsieur le Commandant, a figuré sur la liste du prix Goncourt 2011, et lui a valu le prix du livre de la Ville de Nice 2012.

Mon avis :

Tous les amateurs de Ian Fleming vont être enchantés par ce roman. L’auteur commence par une introduction où il présente un soi-disant manuscrit datant des années 20 et relatant les aventures de Ralph Exeter, journaliste de son état. En ce temps-là, les personnes qui voyageaient le plus et qui étaient introduites auprès des grands de ce monde étaient les journalistes. Et naturellement, on y trouvait beaucoup d’espions et autres agents doubles.

Avec un style qui s’adapte parfaitement à son propos, mais aussi à l’époque qu’il relate, Romain Slocombe nous narre la conférence de Gênes, où il va cotoyer de nombreux personnages, réels, adaptés ou imaginés. La documentation historique est tout simplement impressionnante, et nous donne à voir tous les futurs grands de ce monde.

Déjà à cette époque, tout le monde se bat pour sa doctrine, tout le monde sait que la guerre va revenir, dans dix ou vingt ans, comme il est écrit, et tout le monde se prépare dans le dos de l’autre, faisant passer de fausses informations pour mieux leurrer le voisin. Du jeu de dupes, le lecteur en ressort à la fois abasourdi et à la fois inquiet, car il ne peut que faire le parallèle avec la situation actuelle. Un bon moment de divertissement en ce qui me concerne, voire plus.

Monsieur le commandant de Romain Slocombe (NIL éditions)

Coup de cœur ! La collection Les affranchis de chez NIL éditions publie des textes écrits sous la forme de lettres, le sujet étant libre. Romain Slocombe nous transporte sur une période d’une dizaine d’années de 1932 à 1942, pour un roman qui autant par le fond que par la forme est hallucinant. Ce roman fut présélectionné pour le prix Goncourt de l’année dernière, et c’est amplement mérité.

Cette longue lettre est écrite par Paul-Jean Husson, écrivain renommé, membre de l’Académie Française et héros de la grande guerre. Son passage sur le front, où il a perdu une main,  lui a démontré que l’avenir n’est pas dans les conflits, mais dans la création d’une grande Europe, en s’alliant avec l’Allemagne. L’avènement d’Adolph Hitler en Allemagne en 1933 le confirme dans ses opinions et qu’il est important pour la France de retrouver son aura d’antan en adoptant une politique visant à écarter les profiteurs tels que les juifs ou les étrangers.

Habitant à Andigny, en basse Normandie auprès d’une femme aimante, il voue une adoration à sa fille Jeanne, et est heureux que son fils Olivier réussisse en tant que musicien à l’Orchestre Symphonique de Paris. Quand Olivier revient d’Allemagne avec une superbe jeune fille, Ilse Wolffsohn, ancienne actrice de cinéma, Paul-Jean est au comble du bonheur, avant que le drame le touche.

Tout d’abord, sa fille Jeanne va se noyer dans le Seine. Puis sa femme, atteinte d’une tumeur au cerveau va lentement décliner vers une mort programmée. La naissance de sa petite fille Hermione ne va rien changer, d’autant plus qu’il apprend par une enquête d’un détective privé que sa belle fille est juive. Sa vie va se révéler plus compliquée avec ce secret lourd à porter qui va à l’encontre de ses convictions intimes.

Ce roman est tout simplement énorme. Dès les premières pages, on est happé par le style très érudit de Paul-Jean et on s’approprie très vite cette lettre en forme de confession. Chaque phrase, chaque paragraphe sont comme autant de coups de poings que l’on se prend au ventre, tant Paul-Jean, personnage lettré, arrive à justifier ses opinions, à démontrer son aversion pour les impurs, tout en déroulant son histoire personnelle, dont le déroulement est exceptionnellement maitrisé.

J’ai avalé ce roman, le dégout accroché aux bords des lèvres, l’horreur étalée devant mes yeux effarés. Romain Slocombe nous montre un homme pris dans ses contradictions, confronté à des choix entre famille, amour et conviction personnelle. Ce personnage que l’on déteste, pris en tenaille entre l’amour pour sa belle fille et la nécessité d’épuration du pays, est formidablement vivant, foncièrement pourri, allant jusqu’à écrire de violents articles de propagande appelant à l’extermination des juifs, tout cela au nom de la grandeur de la nation.

Il ne faut pas réduire ce roman à une longue lettre d’un personnage. Romain Slocombe déroule aussi une intrigue en forme de chronique familiale, une petite page d’histoire dans le grand livre de l’Histoire. La documentation sur le contexte, sur les dix années qui ont changé le monde est impressionnante et est subtilement insérée dans la lettre pour ne pas donner l’impression d’un cours magistral.

Ce roman sombre, noir, exemplaire, est aussi une leçon, une grande claque dans la figure à tous ceux qui pensent que les racistes sont des mous du bulbe. La démonstration est forcément touchante, et elle fait mal au ventre. Et plus on avance dans le roman, plus l’intrigue est sombre jusqu’à finir dans la plus ignoble des horreurs.

Ce roman est parfait, exemplaire par sa maitrise de la psychologie de son personnage principal. La motivation de Paul-Jean Husson est d’autant plus marquante qu’elle peut être actuelle. En refermant ce livre, je me suis dit : « Nom de dieu ! Mais ce livre devrait faire partie des programmes scolaires », tant il y a à dire, à analyser pour mieux comprendre les autres et éviter des débordements dramatiques ou des actions inacceptables. Extraordinaire !