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Naïri Nahapetian aux éditions de l’Aube

Cela faisait un moment que j’avais entassé les romans de Naïri Nahapetian alors que j’avais bien aimé ceux qu’elle avait publiés chez Liana Levi. Son nouveau cycle tourne autour de deux personnages :

Parviz est un agent secret à la vie très secrète. On le dit mort, tué par les Iraniens. On dit qu’il travaillait pour la CIA. Aujourd’hui, il est ce que j’appellerai un agent secret free lance, et c’est ce qui fait l’attrait pour ce personnage singulier. Il est au courant de tout, n’est jamais là où on le croit, et dénoue en sous-main des intrigues complexes.

Florence Nakash est d’origine iranienne et actuellement employée par la DGSE française. Elle est en charge de toute affaire qui peut être liée de près ou de loin avec l’Iran. Amie de Parviz, celui l’aide dans ses affaires, et elle a l’art et la subtilité de servir de lien entre la culture occidentale et la culture orientale.

Les trois romans que je vous propose ont des points communs, que ce soit dans la forme ou le fond. Du fait de l’embargo imposé à l’Iran, les gouvernements occidentaux sont à l’affut de toute technologie devenant accessible à un régime extrémiste. Dans les trois affaires dont parlent ces romans, la DGSE diligente Florence puisqu’elles concernent l’Iran, de près ou de loin. A chaque fois, on part d’une affaire simple, et petit à petit, l’intrigue se déploie comme un éventail mortel.

Si nous avons donc affaire à des romans d’espionnage, ce ne sont pas pour autant des romans d’action, mais plutôt des romans d’enquêtes. Les intrigues vont donc avancer avec des événements totalement logiques, et faisant preuve de beaucoup de créativité, mais aussi sur la base de discussions ou d’interrogatoires. Les dialogues sont d’une redoutables efficacité, ne dépassant pas une demi page, et faisant la place à des non-dits ou des sous-entendus, ce qui en fait une des qualités de l’écriture.

Les trois romans sont courts (moins de 200 pages) découpés en une quarantaine de chapitres. C’est une autre qualité de Naïri Nahapetian, cette faculté de dire en peu de mots ce que d’autres mettent quelques pages à exprimer. Chaque phrase est parfaitement pesée, très efficace et veut parfois dire plusieurs choses à la fois. De même, les personnages sont présentés en très peu de phrases et sont malgré cela parfaitement crédibles et vivants. C’est tout simplement du grand art dans l’efficacité, et je me disais à la lecture qu’il y a du Dominique Manotti dans cette écriture. Et quand vous savez mon adoration pour cette auteure, je n’ai pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Je ne peux donc que vous conseiller d’acquérir rapidement un des romans de cette série, sachant qu’ils sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans l’ordre que vous voulez. Je vous joins les quatrièmes de couverture pour avoir les sujets abordés.

Un agent nommé Parviz

Parviz est un être mystérieux. Les Iraniens le disent mort ; lui se plaît à raconter les circonstances dans lesquelles des hommes aux ordres de Khomeyni l’ont assassiné. Il travaillait alors pour la CIA, mais vend désormais son savoir-faire aux services secrets français. C’est ainsi que Kiana se retrouve à écouter sa confession dans un pavillon impersonnel de banlieue parisienne : il semblerait que son mari, Nasser, un scientifique iranien, ait des choses à cacher. Peu après, Florence Nakash, jeune recrue de la DGSE, est chargée d’une nouvelle enquête : son ami Parviz, celui-là même que l’on disait mort en 1979, a disparu…

Un roman subtil et efficace qui nous entraîne au cœur des secrets nucléaires iraniens et des manipulations des services secrets occidentaux pour ralentir l’avènement d’une « bombe islamique ».

Le mage de l’hôtel Royal

Un prestidigitateur iranien, le mage Farzadi, est assassiné dans un grand hôtel au bord du lac Léman.

Il a, peu avant sa mort, reçu dans sa chambre un mystérieux journaliste persan ainsi qu’une jeune Irano-Américaine aux très érotiques cuissardes…

Farzadi a-t-il été victime de dissensions internes au régime islamique ? Ou bien a-t-il été liquidé par la CIA ?

L’enquête est confiée à la DGSE et Florence Nakash, persuadée qu’une partie de la réponse se trouve dans un traité d’alchimie, aura besoin de l’aide d’un vieil ami nommé Parviz.

De Paris, il lui faudra aller jusqu’à Téhéran pour démêler le vrai du faux et retracer le parcours de cet étonnant mage aux multiples existences.

Une enquête rondement menée, efficace et subtile.

Jadis, Romina Wagner

Romina Wagner a toujours fait l’objet de rumeurs plus ou moins farfelues. Aussi, quand elle évoque auprès de son psychanalyste une drôle d’ambiance sur son lieu de travail, celui-ci n’y prête que peu d’attention.

« Qui pourrait en vouloir à cette belle femme d’origine roumaine, ingénieure au sein de Microreva, une entreprise de haute technologie ? » se dit Moïni, un Iranien qui pratique des thérapies alternatives pour la clientèle huppée du quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris.

Jusqu’à ce que l’étrange Parviz lui dérobe le dossier de sa patiente. Romina, bientôt accusée d’espionnage industriel pour le compte de puissances étrangères, plonge dans un cauchemar paranoïaque et ne peut plus faire confiance à personne, et surtout pas à son mari…

C’est Florence Nakash, de la DGSE, qui a pour mission de tirer cette affaire au clair.

Eros, Héros, Sept de Grégoire Lacroix (Flamant noir)

Arrêtons de nous prendre au sérieux. Parfois, il faut juste prendre un livre pour rire. C’est le pari de ce roman, écrit par Grégoire Lacroix, réputé pour ses Euphorismes. Le personnage principal de ce roman se nomme Jazz Band, parce qu’il est guitariste de jazz, et est espion de la dernière chance. Quand le monde n’a plus de solution, il a jazz Band.

Quatrième de couverture :

Nous Autres les Surdoués sommes des guerriers redoutables lorsque les cibles sont clairement désignées. Et elles le sont :  les sectes et mafias de toute nature.

Cette lutte est ma seule raison de vivre, que dis-je, de survivre…

Mon arsenal :

 –  Mon étonnante super-efficience mentale.

 –  La précision diabolique de mes tirs.

 –  Mon imparable pouvoir de séduction.

Trois atouts sublimés par mon talent reconnu de guitariste.

Mon adjoint, Basile Duglandier, souffre un peu de l’ombre que je lui porte mais je le rassure en lui disant, en toute modestie, que « l’ombre d’un génie c’est encore du soleil ».

Nous formons donc, à nous deux, une équipe d’une stupéfiante efficacité comme le prouvent les deux incroyables enquêtes que je relate dans ce livre…

Mon avis :

Que l’on soit dans le domaine de l’humour ou pas, un roman bien écrit est toujours un plaisir pour le lecteur. Ce roman est franchement bien écrit et je dois dire que l’intrigue est aussi fort bien menée. Ce livre comporte deux aventures de notre nouvel espion national et je n’ai pour le moment lu que la première. Je ne dirai qu’une chose : pour 15 euros, les éditions du Flamant noir nous proposent un sacré rapport Qualité / Prix, car on s’amuse beaucoup à lire les (més) aventures de Jazz Band, dit Gibson Greg.

Ce héros se prend pour un surdoué, et c’est là le comique de la situation. Mais son génie tient plus dans ses bons mots, ses aphorismes et ses citations (et elles sont nombreuses) plus qu’à son instinct logique de résolution de problème. Jazz Band doit retrouver le docteur Dhozone (qui a donné son nom à la célèbre couche) avec quasiment aucun indice. Il y aura des femmes fatales, de l’action, des personnages délirants, des lieux insolites, et un personnage surdoué d’une connerie affligeante mais tellement drôle.

Alors, je dois dire que l’humour est toujours en dessous de la ceinture. Je dois dire que l’auteur s’amuse à tourner en ridicule son personnage, tout en restant sérieux. Je dois dire que certaines scènes sont « too much » … Et alors ? Le but, c’est de s’amuser et c’est tout. Quoique ! Car le dernier chapitre nous réserve un beau retournement de situation qui montre que Grégoire Lacroix nous a bien mené par le bout du nez. Bref, c’est une belle surprise que je ne peux que vous conseiller fortement !

La vérité sur Anna Klein de Thomas H.Cook (Points)

Ceux qui suivent mes avis sur Black Novel savent que je vous un culte à Thomas H.Cook, parce que sa plume est d’une finesse rare et qu’il a trouvé une bonne façon de raconter une histoire : Il s’agit dans beaucoup de cas de gens qui remontent dans le passé à coups de flashbacks. Cette façon de faire lui a permis de fouiller des thèmes importants tels que la famille, le poids du passé, le regret, l’éducation, la confiance, le doute, la loyauté, les souvenirs, …

Depuis quelque temps, Thomas H.Cook prend la même « recette » et regarde notre histoire contemporaine et notre vision vis-à-vis de ce passé. C’est le cas ici puisque l’on y aborde la deuxième guerre mondiale en nous plongeant dans le royaume des espions.

Le prétexte, ou plutôt devrais-je dire la colonne vertébrale de cette histoire, est la rencontre entre deux hommes, peu après le 11 septembre 2001. Le premier est tout jeune, presque un jeunot, et est sensé être journaliste. Paul Crane vient écrire un billet sur la vie de l’homme qu’il vient rencontrer, en la personne de Thomas Danforth. C’est le deuxième homme de notre histoire, un homme qui a connu les soubresauts de la Grande Guerre.

Tout débute en 1939. La guerre n’a pas encore été déclarée, mais tout le monde le sait qu’elle va arriver parce que c’est inéluctable. De même, tout le monde sait que les Etats Unis vont être obligés d’intervenir. A l’époque, la situation était complexe, Danforth était un jeune espion, innocent, naïf. Robert Clayton, un collègue et ami, le contacte afin de rencontrer une nouvelle recrue, Anna Klein, pour dans un premier temps, l’évaluer.

Anna Klein est redoutablement belle, mais elle est aussi remarquablement décidée quant à accomplir sa mission : mener à bien Le Projet. Danforth ne sachant pas de quoi il s’agit, accepte malgré tout de prêter sa demeure afin d’entrainer Anna à la création de bombes, à l’utilisation d’armes … Après plusieurs semaines, c’est le départ vers l’Europe. Anna sera chargée de réaliser sa mission et Thomas la suivra durant son périple.

Comme d’habitude, j’ai envie de dire, Thomas H.Cook joue sur les flash-backs pour raconter cette aventure. Au travers de cette interview, entre un jeune homme innocent et un « vieux de la vieille, Thomas H.Cook décide de nous plonger dans le brouillard. Pendant presque un quart du roman, nous ne saurons pas plus de choses que ce que l’on veut bien dire au jeune Danforth. On y suit bien la rencontre puis l’entrainement d’une jeune femme, mais on ne sait guère où cela va nous mener. Par contre, on apprécie la subtilité de la plume qui s’amuse à inverser les rôles, le vieux Danforth devenant le jeune homme innocent de l’histoire.

Puis, après le départ pour l’Europe, les rôles s’affirment, et surtout la passion s’en mêle. Thomas et Anna vont bel et bien tomber amoureux et accomplir une mission dangereuse dans le sud de la France. C’est à partir de ce moment là que la situation devient trouble : certes depuis le début, nous savons qu’Anna était dès le départ condamnée, mais plus on s’enfonce dans le livre, plus on se demande qui est qui, qui joue avec qui, et qui manipule qui. Et cet auteur a l’art de nous poser des petites phrases qui, sans cesse, arrivent à semer le doute au fur et à mesure de la lecture.

En nous faisant traverser plus de cinquante ans de l’histoire mondiale, avant, pendant et après la deuxième guerre mondiale, Thomas H.Cook nous dessine à la fois le monde trouble et sous-jacent de l’espionnage, leur rôle dans les conflits, mais aussi et surtout la difficulté pour les hommes qui sont derrière de comprendre les grands desseins. Car c’est bien un portrait d’homme que nous offre Thomas H .Cook avec ce roman, qui a perdu son innocence, mais qui, pour autant, ne sait pas pourquoi et comment il doit prendre sa propre histoire, perdue au milieu de la Grande Histoire.

Au cours de ce roman, nous aurons droit à la sécheresse du climat espagnol, à la crainte des Londonniens, à l’insouciance des parisiens, à la terreur des Allemands, mais aussi à la folie des soldats, à la fureur des tortures ou au désespoir d’un amoureux ayant perdu son amour. C’est un roman plein d’aventures et de romantisme, embelli par une écriture magnifique et en même temps intime. Un grand roman d’espionnage.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude