Archives du mot-clé Roman historique

Glaise de Franck Bouysse

Editeur : Manufacture de livres

Franck Bouysse est unique dans le paysage littéraire français. Il inscrit ses histoires dans la campagne française, et possède une plume faite de violence, de poésie et de couleur noire, comme la terre qu’il dessine si bien. Glaise est une nouvelle fois un excellent roman.

Aout 1914. A Chantegril, petite bourgade proche de Salers, la guerre vient s’imposer dans le quotidien des fermiers brutalement. Chez les Landry, la ferme est tenue par la grand-mère Marie puisque son mari a été foudroyé huit ans auparavant. Mathilde et son mari y habitent avec leur fils Joseph, âgé de 15 ans. Le père s’apprête à partir à la guerre, confiant la famille au dernier homme de la famille. Heureusement, Joseph pourra compter sur le vieux Leonard, qui habite à coté et qui vit avec sa femme Lucie.

Un peu plus loin, on trouve la ferme de Valette dont tout le monde a peur, tant c’est un violent de nature. Son physique aide aussi à ce qu’on le déteste avec une main réduite en bouillie. Sa femme Irène le supporte, subit ses colères, encaisse ses coups, surtout depuis que leur fils Eugène est parti à la guerre. L’équilibre de la petite bourgade va basculer quand la belle-sœur de Valette débarque avec sa fille Anna. Et l’histoire devenir un drame dont personne ne sortira indemne.

La plume de Franck Bouysse est magique. Les premiers chapitres décrivent le départ du père de Joseph pour la guerre et dès les premières pages, je peux vous dire qu’on en a la gorge serrée. Il ressort de ces mots une puissance émotionnelle qui s’avère universelle et plonge immédiatement le lecteur dans le contexte et dans ces décors campagnards. Ces pages sont tout simplement impressionnantes.

Dans cette histoire aux allures intemporelles, Franck Bouysse se place loin de front de la guerre et la vie continue son chemin en ayant bien peu d’informations sur ce qui se passe réellement. L’auteur va donc décrire un village, comme un huis-clos, et placer en pleine nature des familles avec leur histoire, leur rancune, leurs activités quotidiennes et leurs préoccupations minées par la menace d’un conflit qui leur parait empreint de mystère.

Franck Bouysse va dérouler une intrigue qui se situe entre drame familial, ressentiments passés, amours impossibles et émancipation d’un adolescent. Le personnage central va petit à petit découvrir les liens entre les différents fermiers et découvrir l’amour charnel avec Anna, entraînant des événements dramatiques en chaîne.

Même si le rythme est lent et suit celui des éleveurs de bêtes, c’est bien la force d’évocation de l’auteur qui en fait un roman fascinant et passionnant à suivre. Franck Bouysse arrive à insuffler dans sa prose des phrases d’une poésie envoûtante, des images incroyablement fortes, et il possède une capacité d’évocation des paysages qui font de ce roman exceptionnel en ce qu’il a su créer son propre univers avec son propre style. Franck Bouysse est énorme aussi bien dans le fond que dans la forme et il est unique. Glaise en est une nouvelle fois une excellente démonstration.

Ne ratez pas les avis de mon ami Bruno, de la Belette et de Bob tous unanimes.

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Gueule de fer de Pierre Hanot

Editeur : Manufacture de livres

Si j’aime bien les romans qui ont un fond historique, je ne lis que très rarement des romans biographiques. Alors pourquoi avoir choisi ce roman là ? En premier lieu, je dirai que c’est le billet de Claude qui m’a décidé. Ensuite, je suis fan de boxe. Enfin, la période évoquée (la première guerre mondiale) est une période qui restera pour moi un point d’interrogation, ne comprenant pas comment on a pu faire durer ce conflit avec toutes les horreurs qui ont été perpétrées. Et puis je suis tombé sur ce roman, court mais si intense … L’émotion qui se dégage de ce roman est tout simplement incroyable.

Le roman démarre en 1914. Champion de France Poids Mouche, Eugène Criqui vient de passer Poids Coq et commence par une défaite face à Ledoux. Cette défaite est dure à avaler, c’est comme s’il était passé sous un train. Le moral est en berne, il songe à arrêter. Mais son entraineur lui répète que c’est dans la défaite qu’on forge les champions. Alors, il va remettre les gants et repartir au combat.

Mais le conflit de la Grande Guerre approche et Eugène va être mobilisé. D’abord placé à l’arrière des lignes, parce qu’un gradé est un de ses fans, il demande de passer sur le front, car il veut se battre. Il connaitra tout, l’automne et son vent glacial, l’hiver et son froid paralysant, les assauts, les petites victoires, les grandes morts. Il découvrira l’amitié, la loyauté. Et il retiendra cette envie de se battre, de ne rien lâcher … jusqu’à cette balle qui lui traversera la mâchoire. On lui posera une plaque en fer pour soutenir tout le bas du visage.

Il reprendra la boxe dès 1917, ne cédant rien devant ce besoin d’avancer, fera des tournées en Australie, aux Etats Unis, jusqu’à obtenir sa chance au championnat du monde. Et il deviendra champion du monde, le deuxième champion français après Georges Carpentier. Et Eugène Criqui est tombé dans l’oubli, ce qui est une flagrante injustice.

Construit sur la base de chapitres courts, eux même découpés en scènes, Pierre Hanot choisit minutieusement ses passages pour nous montrer la vie de cet homme, qui si elle n’a pas été spectaculaire, a fait montre de succès à force de travail, de courage et d’amour, à la fois de son sport et de sa future femme.

C’est aussi le style très direct qui m’a époustouflé. J’ai rarement lu un livre qui disait autant de choses avec si peu de mots ; qui faisait passer autant d’émotions avec autant d’économie de phrases. Par moments, j’ai ouvert la bouche d’étonnement, j’ai détourné la tête devant certaines horreurs, j’ai eu la gorge serrée dans les moments tristes et j’ai crié de joie pour sa victoire au championnat du monde alors que cela tient dans un minuscule chapitre.

Tout cela est fait avec beaucoup de simplicité, et avec un choix minutieux des mots, une construction talentueuse des phrases si bien qu’il est difficile de ne pas être touché par la vie de cet homme. L’auteur montre aussi simplement la trajectoire de cet homme exceptionnel de courage et de ténacité, en nous évitant une morale qui aurait terni le propos. Ce roman est en fait un formidable hommage envers un homme injustement oublié et c’est une formidable réussite, un roman qui m’a réellement ému et impressionné.

Danser dans la poussière de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Defranc

Franchement, vous pensiez peut-être que j’allais laisser passer le dernier roman de Thomas H.Cook, cet auteur qui arrive à me surprendre à chacun de ses livres, et que je vénère depuis Les feuilles mortes ? Eh bien vous vous trompez. Voici donc mon avis sur son dernier roman en date, qui change de ses précédents, tout en gardant le même style de narration. Ça ne vous aide pas ? Lisez donc la suite …

De nos jours, Ray Campbell atterrit à Rupala, capitale du Lubanda, alors qu’il n’y a plus mis les pieds depuis une dizaine d’années. Au poste des douanes, on le fait passer par une porte où est affiché Passage Diplomatique. Puis, une Mercedes de luxe le conduit dans les rues envahies d’orphelins. Ray se rappelle qu’il est venu ici il y a plus de 30 ans, et qu’il y a rencontré et connu une jeune femme blonde, Martine Aubert. Elle était de naissance belge mais avait tenu à acquérir la nationalité lubandaise et travailler dans la ferme que son père tenait là-bas, à Tamusi, perdue en plein milieu de la savane.

Trois mois plus tôt, Ray n’aurait jamais imaginé qu’il reprendrait contact avec ce pays qu’il a tant aimé et tant défendu. Trahi aussi ? Il reçoit un coup de fil de Bill Hammond, un ancien ami qu’il a connu là-bas, à Rupala. Bill lui apprend que son ancien guide, Seso Alaya, s’est fait tuer à New York. Ray le considérait comme son ami. Seso s’est fait torturer comme on l’a fait dans la période sombre du Lubanda. Le numéro de téléphone de Bill a été retrouvé dans la chambre d’hôtel de Seso.

Bill demande à Ray de trouver pourquoi Seso a été assassiné. Bill étant à la tête de la banque Mansfield Trust, il voudrait s’assurer qu’il peut encourager des investissements en faveur de ce petit pays sans risques. Comme le travail de Ray est justement d’évaluer les risques financiers, il n’hésite pas longtemps à aider son ami. Mais il le fait aussi en mémoire de Martine Aubert …

La marque de fabrique de Thomas H.Cook est de démarrer une intrigue de nos jours, et de construire son histoire à l’aide de flash-backs dans le passé, ce qui permet de positionner des retournements de situation au moment où il le juge opportun. Et comme Thomas H.Cook est un grand, un immense auteur, ses romans sont tout simplement irrésistibles, géniaux. Celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et on retrouve aussi ce formidable talent pour créer des personnages, qui par leur action ou leur vie, sont hors du commun. Ici, il s’agit évidemment de Martine Aubert, qui a décidé de vivre au Lusamba, qui a adopté leur nationalité et qui malgré tout, sera rejetée par ses habitants. Thomas H.Cook nous présente cela comme une histoire d’amour déçue, à sens unique, avec beaucoup de romantisme, mais cela lui permet aussi de creuser le thème central de son roman.

Car au travers de ce roman, Thomas H.Cook évoque un thème original : le rôle des ONG et l’influence des pays industrialisés sur les pays en voie de développement. Comme il le dit, souvent, on fait le mal en voulant faire le bien. Thomas H.Cook ne se positionne pas en juge, mais présente grace à son intrigue une situation qui permet de montrer comment les « grands » pays influent sur la destinée des petits. D’une grande lucidité, il montre comment on donne de la nourriture à ces pays uniquement s’ils acceptent certaines conditions, qui évidemment vont à l’avantage de leurs donateurs. Si personne n’est pointé du doigt, le lecteur est bien amené à réfléchir plus loin que le chèque qu’il rédige chaque fin d’année.

Et puis, Si ces arguments ne vous suffisent pas, sachez que, en seulement 350 pages, Thomas H.Cook invente tout un pays, son histoire, sa vie et ses coutumes, sa politique et son rôle dans la géopolitique, ses soubresauts, ses révolutions, son peuple. Tout cela au travers de l’itinéraire de quelques personnages rencontrés au fil de ces pages. Je vous le dis, Thomas H.Cook est décidément trop fort.

Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

Editeur : Editions du Caïman

Parfois, quand je choisis des romans à lire, j’en laisse de coté sans aucune raison. Et puis, arrive alors le conseil d’un ami, en l’occurrence Richard le concierge masqué, qui insiste pour que je le lise. A tel point que ce cher monsieur amateur devant l’éternel de polar stylé l’a ajouté sur la présélection pour le Prix du Balai d’Or 2018. Ne ratez pas ce roman qui démontre une nouvelle fois la pertinence du choix des éditions du Caïman.

Alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite amie après une année de vie commune, Grégorio Valmy, détective privé poitevin, décide d’accepter l’invitation de son ami Jean-Paul Sitruc à passer une semaine à Périgueux. D’autant plus que la ville va être en fait pour accueillir le Festival International du Mime. Logé chaleureusement par Gaëlle Sitruc, la femme de Jean-Paul, et les deux enfants bruyants Jacques et Rodolphe, il s’apprête à se changer les idées au calme.

Le lendemain, Valmy accompagne son ami journaliste au centre culturel de la visitation, pour un cocktail inaugural. A cette occasion, Valmy rencontre une superbe jeune femme, et lui fait un numéro de charme, avant d’apprendre qu’il s’agit du capitaine Saint-Martin, qui est arrivée à Périgueux un mois plus tôt. Puis Sitruc emmène son ami chez Laval Palindrome, un ami qui lui expliquera mieux que personne l’histoire de leur ville. Puis en fin de journée, ce fut le vernissage des photographies de Marc Sbolth à la terrasse du café du théâtre.

Le lendemain, Valmy eut droit à un réveil en fanfare. Les deux terreurs viennent lui apprendre la mort violente d’Axel Blancart, le conseiller artistique du Festival. Le corps a été trouvé dans le jardin du Thouin, et présente des traces de violence, des coups de couteau et des marques de strangulation. Valmy n’a pas du tout l’intention de s’en mêler, mais il finit par apprendre que Blancart est le frère du candidat socialiste aux prochaines élections, et qu’il était le petit fils d’un célèbre résistant local de la dernière guerre.

Si ce polar commence de façon tout à fait classique, il devient très rapidement attachant par la suite. Car Valmy va mettre une bonne centaine de pages à plonger dans cette enquête, plus intéressé dans un premier temps par l’histoire du Périgord, et en particulier le passé de ses habitants. Puis en divaguant sur ces interrogations et les noyaux de la résistance, Valmy va faire la connaissance de Palindrome, de Turlan et Wlad. Et comme ce sont de joyeux drilles, ils vont se lancer dans des répliques toutes plus droles les unes que les autres, jouer avec la langue française, cherchant des palindromes ou des anagrammes avec les noms de résistants, et nous donner des moments savoureux et hilarants à lire.

Et ce roman va aller au-delà du simple amusement en nous parlant des exactions avant, pendant et après la guerre, des groupes armés licites ou non, sanguinaires ou non, armés jusqu’aux dents. L’auteur va insérer dans son intrigue des chapitres écrits comme des biographies, dotés d’une véracité faisant penser des extraits de romans d’époque. Et là, on se rend compte de la qualité de la documentation.

Alors, vrai ou pas vrai ? Je répondrai comme les Normands : Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. L’auteur se permet de nous offrir un roman mélangeant les personnages véridiques au milieu d’autres inventés, créant une histoire qui veut montrer voire dénoncer comment sous le prétexte de combat anti-communiste, certains se sont permis toutes les exactions, pendant la dernière guerre mais aussi après.

On avait l’habitude de lire et apprécier des romans de ce type, qui appuient là où ça fait mal, qui font le travail de mémoire, juste pour rappeler à certains que cela a existé. C’est une partie de l’histoire périgourdine qui nous est dévoilée, et au-delà, l’histoire de la terrible BNA (Brigade Nord Africaine) qui a participé à des répressions sanglantes. On peut dire que cela faisait partie des dommages collatéraux de la guerre, mais que dire quand cela a continué bien après ?

Si le ton de ce roman se veut léger et déconneur au début, c’est pour mieux nous faire passer la pilule ensuite. Car les vérités d’un pays sont loin d’être roses, et la France comme beaucoup d’autres a bien des secrets à cacher. La seule différence, c’est qu’on a du mal à se regarder dans un miroir, à avoir le courage d’assumer notre passé. Ce roman comme quelques autres s’avère important à lire. L’auteur en tous cas se range fièrement aux cotés de Maurice Gouiran. Ne le ratez pas !

Je vous joins quelques liens qui vont finir de vous décider :

http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-je-servirai-la-libert-en-silence-de-patrick-amand-1497796256

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2017/07/08/Patrick-Amand-invite-l-histoire-dans-ses-polars-3160885

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Fidèle je suis, fidèle je reste. En conséquence de quoi, je lis chaque nouvelle publication de Maurice Gouiran, car avec ses intrigues toujours bien construites, on y apprend toujours des faits historiques scandaleux et dont on ne parle pas assez. Ceux relatés ici sont tout simplement révoltants !

Jeudi 26 octobre 1967. Henri Marjencoules revient dans son village natal, Agnost-d’en-haut, pour l’enterrement de sa mère. Il avait bien pensé prendre une chambre d’hôtel, pour éviter d’avoir à faire face à son père, qui est genre mutique et qui ne s’épanche pas en démonstrations sentimentales. Malheureusement, tous les hôtels du coin ont été pris d’assaut. Henri travaille aux Etats-Unis en tant que mathématicien pour une entreprise privée et arrive bien fatigué. Il est par moments pris d’hallucinations mais c’est surement un effet secondaire du à ses abus de LSD.

Mardi 26 janvier 1943. Sigmund Rascher est à la tête de recherches au camp de Dachau. Il est vrai que le nazisme lui offre la possibilité de tester de nouvelles méthodes sur des cobayes vivants. Sigmund se moque bien de Nowitski et Plötner qui font des recherches de leur coté sur des substances hallucinogènes pour trouver un sérum de vérité, qui serait bien utile dans les interrogatoires. Lui cherche à améliorer les conditions des soldats dans des conditions froides intenses. Il arrive à la conclusion qu’il faut avant tout protéger la tête dans les prochaines combinaisons de vol des pilotes.

A Agnost-d’en-haut, Henri renoue avec ses copains, qu’il avait perdu de vue. Pascal et Norbert ont le même age que lui, mais en paraissent le double. Ils ont repris la ferme familaiale comme une sorte de malédiction. A l’auberge, Henri apprend que la famille Stokton a été assassinée : le père, la mère et l’enfant de 8 ans. Le père avait acheté la ferme des Granges brulées une dizaine d’années auparavant. La rencontre avec Antoine Camaro, journaliste qui suit l’enquête, va l’impliquer dans ces meurtres d’une famille américaine.

Révoltant ! Les faits relatés sont révoltants !

Après une mise en jambe plutôt lente, Maurice Gouiran va patiemment construire son intrigue, pour mieux frapper (et non juste appuyer) là où ça fait mal. Mais auparavant, il aura pris soin de bien construire son personnage principal, et placé ses personnages secondaires. Quand il le faut, il insère des chapitres remontant tout d’abord à la 2ème guerre mondiale puis plus tard juste après guerre.

A travers ces chapitres, qui couvrent une bonne moitié du livre, Maurice Gouiran va nous montrer la différence entre le nouveau monde et l’ancien. Aux Etats-Unis, on est en pleine période peace and love, drugs, sex and rock and roll. Alors qu’en Europe, l’avenir des jeunes est de rejoindre une grande ville pour espérer trouver du travail, la vie américaine s’est libérée et décomplexée, non sans inconvénients. Et c’est là que cela devient intéressant.

Car en 210 pages, Maitre Gouiran ne va pas insister sur l’horreur des camps, comme le titre peut le laisser penser. Il va nous montrer comment les Américains ont récupéré des scientifiques nazis pour profiter de leurs avancées technologiques. Il va nous montrer comment ces recherches financées par l’état mais officiellement commandées par des boites privées ont pour but la lutte contre les Rouges et l’obsession d’augmenter son armement. Et enfin, et surtout, il va nous montrer comment les Etats-Unis ont fait eux aussi des essais en grandeur réelle, sur leur sol et ailleurs, testant soit de nouvelles drogues synthétiques soit carrément des armes bactériologiques.

Et Maurice Gouiran nous assène ça en quelques chapitres à partir du chapitre 20. Et là, c’est l’horreur … c’est révoltant. On pourrait accuser les scientifiques de s’aveugler quant à leurs trouvailles, de ne pas chercher à savoir, de privilégier leur gloire. Mais tout est suffisamment cloisonné pour que très peu de personnes soient au courant. On pourrait dire que Maurice Gouiran affabule. C’est pour défendre son roman (et non sa thèse, qu’il met à la fin deux pages entières de références sur des rapports, des articles et des études. Après tout ça, je suis KO. Ce nouveau roman de Maurice Gouiran est indispensable parce qu’il est révoltant. Et une nouvelle fois, je dis : Merci M.Gouiran.

Brève histoire de sept meurtres de Marlon James

Editeur : Albin Michel

Traducteur : Valérie Malfoy

On a beaucoup parlé de ce roman, avec des termes superlatifs, surtout dans la presse écrite spécialisée. Le fait qu’on la compare à James Ellroy était forcément un argument pour que je le lise. Le fait que ce roman soit sélectionner pour le prix du Balai d’or, organisé par le Concierge Masqué en était un autre.

Quatrième de couverture :

Kingston, 3 décembre 1976. Deux jours avant un concert en faveur de la paix organisé par le parti au pouvoir, dans un climat d’extrême tension politique, sept hommes armés font irruption au domicile de Bob Marley. Le chanteur est touché à la poitrine et au bras. Pourtant, à la date prévue, il réunit 80 000 personnes lors d’un concert historique

Construit comme une vaste fresque épique abritant plusieurs voix et des dizaines de personnages, ce livre monumental, couronné par le Man Booker Prize 2015, nous entraîne en Jamaïque et aux États-Unis, des années 1970 à nos jours. Convoquant hommes politiques, journalistes, agents de la CIA, barons de la drogue et membres de gangs, il s’interroge avec force sur les éternelles questions du pouvoir, de l’argent, de la politique et de la violence du monde.

S’affirmant ici comme le fils spirituel de Toni Morrison et James Ellroy, Marlon James signe un livre hors normes, tour à tour sombre, drôle, cru, et toujours passionnant, signe d’une rare ambition littéraire et d’un talent prodigieux.

« Un roman à la fois terrifiant, lyrique et magnifique, écrit par l’un des jeunes auteurs les plus talentueux d’aujourd’hui. »

Russell Banks

Mon avis :

Avant d’ouvrir ce roman, j’ai forcément eu un peu d’appréhension, au vu de la masse du livre, qui avoisine le kilogramme. C’est le genre de pavé que je me réserve pour mes vacances d’été, quand je veux faire du sport ! Ensuite, la comparaison avec mon Maitre James Ellroy a suscité beaucoup d’espoir, à un tel point qu’avant de lire la première page, j’envisageais de mettre un coup de cœur.

Ce roman est assez particulier, et je ne pense pas avoir jamais lu un roman structuré (ou déstructuré) de cette façon. Et on n’a pas le temps de souffler que l’on entre dans le vif du sujet. Divisé en cinq parties, celles-ci vont être découpées en chapitres narrés chacun par un personnage. Ce qui fait que nous avons plus d’une dizaine de personnages qui vont se suivre pour nous raconter à la fois leur vie, leur vision de l’histoire et leur role dans cette histoire. Et cette histoire est celle de la Jamaïque.

Dans la première partie, des membres de gangs, des agents de la CIA, des parrains de la mafia locale, le manager du Chanteur (comprenez Bob Marley), vont nous décrire un pays en prise à une violence de tous instants. Le pays est aux mains des communistes, alors les Etats-Unis veulent faire un coup d’état et arment les gangs d’armes automatiques. Ils organisent en sous-main un attentat contre la principale vedette du concert à venir le lendemain. Et ces gamins ivres de violence et de mort, qui se droguent et veulent devenir grands, se retrouvent avec des mitrailleuses et sont prêts à tuer n’importe qui.

Ces chapitres ont une grande qualité : le style de la narration varie en fonction de la personne qui parle. D’un style littéraire quand il s’agit d’un Américain, d’une expression simple quand il s’agit d’une groupie, il devient musical, rythmé et sans ponctuation quand c’est un jeune des gangs qui parle. Et ces chapitres ont un défaut : l’auteur ne fait aucun effort pour accrocher le lecteur. On sait qui parle car le chapitre porte le nom de la personne qui raconte, mais on ne sait pas où commence son histoire ni où elle se termine. C’est au lecteur de faire les efforts pour suivre l’histoire. Et ce sera de même pour la suite du roman, quand il nous racontera la guerre de crack à New York ou la Jamaïque d’aujourd’hui.

C’est donc une lecture en demi teinte pour moi, avec des chapitres extraordinaires, d’une puissance infinie, et la scène de l’attentat contre le Chanteur, écrite comme un slam de rap en est une. Et puis, il y a des chapitres moins intéressants, qui ne font pas avancer l’histoire et qui m’ont ennuyé. Mais même si elle est en demi-teinte, cette lecture restera pour moi une sacrée expérience.

La voix secrète de Michaël Mention

Editeur original : La Fantascope

Réédition en format poche : 10/18

Ce roman tient une place particulière dans mes souvenirs littéraires, puisque c’est grâce à celui-ci que j’ai découvert le talent de Michaël Mention. A l’époque, c’était Unwalkers qui avait attiré mon attention sur les deux polars de cet auteur. Puis, j’ai rencontré plusieurs fois Michaël dans des salons, et j’ai découvert quelqu’un de profondément humain, qui a des choses à dire, et qui les dit bien, quelque soit le style ou le genre qu’il choisit.

Quand Michaël m’a parlé de cette réédition, c’était à Quais de Polar, l’année dernière. Il était tout heureux de m’annoncer cette réédition, en me disant qu’il avait repris tout le roman, y ajoutant des ambiances, des bruits, des odeurs pour mettre en valeur cette époque de la fin 1835, tout en en gardant la trame et l’intrigue. Je me rappelle que j’avais été dubitatif, car je considère qu’un livre doit vivre sa vie …

Puis, lors d’une rencontre à Paris, au début de cette année, Michaël m’a demandé si je l’avais lu. Je lui ai avoué que non, je ne l’avais pas ouvert, que je n’étais pas très chaud car je ne voulais pas entacher mes souvenirs de ma lecture précédente. Finalement, je me suis décidé à le relire, et je peux vous dire que le nombre de livres que je relis est très faible. Et je ne le regrette pas du tout. Car j’ai eu l’impression de lire un autre livre. Cette lecture m’a aussi confirmé que j’avais raison de faire une confiance aveugle dans ses écrits, tant Michaël est capable de passer du thriller au roman noir, du polar au roman historique avec toujours autant de talent et de passion.

Je ne vais pas paraphraser ce que j’ai écrit à propos de ce roman lors de mon premier billet que vous pourrez lire ici.

Nous sommes en décembre 1835. Pierre François Lacenaire, célèbre tueur en série et poète, attend sa mort prochaine dans sa cellule de la Conciergerie. Son exécution est prévue dans un mois, et il jouit de beaucoup d’égards : bons repas, visites d’amis et de connaissances, confort quant à la rédaction de ses mémoires. Durant ce mois de décembre, un tueur d’enfants sévit sur la capitale. Chaque corps porte des marques qui sont identiques à celles relevées sur des victimes de Lacenaire. Allard, le chef de la Sureté va être chargé de cette enquête qui va s’avérer explosive et destructrice pour ces deux personnages autant que pour le pouvoir en place.

Dans mon billet précédent, je parlais de ce charme qui ressortait du personnage de Lacenaire. Avec cette nouvelle lecture, j’ai eu l’impression qu’après avoir dessiné les personnages, Michaël Mention y a dessiné les décors. Et c’est un décor fait de désolations, de pourritures, de miséreux à tous les coins de rue. Les odeurs, les rues sombres et poussiéreuses viennent en opposition avec la cour du roi Louis-Philippe, qui est conscient de la misère de son peuple et ne lui propose que des apparitions luxueuses. On parcourt les rues au bruit des sabots des chevaux, on partage les quignons de pain des prisonniers.

Des personnages à l’ambiance de ce Paris du 19ème siècle, Michaël Mention nous en met plein les yeux, plein les oreilles, plein le nez, et en profite pour nous peindre une société qui a bien peu changé, où les pauvres vivent dans la misère et les riches au milieu de leurs ors. La voix secrète, version 2017, s’avère un polar historique certes, mais qui ravira tous les lecteurs avides de découvrir une nouvelle voix du polar, qui ne doit pas rester secrète.