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Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre

Editeur : Rivages

Précédé d’une réputation d’excellent roman noir, je me devais de le lire rapidement. Enfin, rapidement, à mon rythme … et je regretterais presque de ne pas l’avoir lu plus tôt. Noir, c’est noir ; il n’y a plus d’espoir …

« C’était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d’épaule

La pièce était-elle ou non drôle

Moi si j’y tenais mal mon rôle

C’était de n’y comprendre rien».

« Est-ce ainsi que les hommes vivent » Aragon

Il fait chaud, étouffant en cet été. Franck vient d’être libéré après cinq années de prison. Ils l’ont libéré avec une heure d’avance sur l’horaire prévu. Du coup, il est obligé d’attendre en face de la prison, s’efforçant à ne pas regarder les portes maudites. La voiture qui vient le chercher est conduite par une femme qu’il ne connait pas. Son frère Fabien aurait pu venir, mais il est en Espagne pour quelques semaines.

Le trajet s’avère étouffant, à cause de la chaleur mais aussi de la présence de cette jeune femme qui dégage une animalité brutale. Elle s’appelle Jessica et vit avec son frère. Le trajet se passe dans un silence lourd de sous-entendus. Surtout, Franck imagine les désirs dont il a été privé derrière les barreaux. Pendant quelque temps, Franck sera logé chez les parents de Jessica, qui les appelle les Vieux. Arrivé dans une masure éloignée de tout, Franck fait connaissance avec la mauvaise humeur des vieux. Il est surtout accueilli par le chien, une sorte de bête proche du loup qui ferait peur à quiconque rencontre son regard agressif. Seule la petite Rachel, la fille de Jessica détonne dans ce paysage aux allures d’enfer.

Franck va loger dans une caravane montée sur des parpaings. Il a plongé pour un casse minable, pour 60 000 euros volés, mais il n’a jamais cafté. Depuis qu’il a sorti, il faut qu’il retrouve ses repères dans une vie qu’il a oubliée. Le lendemain, le Vieux lui demande de l’accompagner pour apporter une voiture de luxe qu’il a maquillée. Mais le Vieux n’est pas le seul à avoir une attitude bizarre …

Si après un début aussi cauchemardesque, on peut penser à un huis-clos, la suite se passant dans divers endroits du sud-ouest va certes nous faire changer de décor, mais on va retrouver la même ambiance étouffante que dans la masure des Vieux. Car Hervé Le Corre nous plonge dans un monde de petits arnaqueurs, que l’on pourrait croire méchants, mais ce n’est rien par rapport à ceux avec lesquels ils sont en affaire. Si l’atmosphère y est lourde, le ton est définitivement violent, que ce soit explicite ou suggéré dans les dialogues.

De dialogues, il y en aura peu, puisque le roman se déroule en présence de Franck, personnage principal, et formidable icône de quelqu’un complètement perdu dans un monde qu’il n’a pas quitté depuis longtemps mais qui lui est inconnu. On commence par voir quelqu’un de perdu, ne voulant pas trop s’imposer, puis on passe à une personnage qui se retrouve confronter à des événements qu’il voudrait éviter mais qu’il est obligé de subir, pour enfin voir un Franck qui prend des décisions qu’il a du mal à supporter.

Le deuxième personnage d’importance de ce roman, c’est Jessica, cette mère instable, qui ne sait qu’attirer le malheur, avide de drogues, de sexe et d’alcool pour oublier son existence misérable. Consciente de son irrésistible pouvoir de séduction, elle s’acharne sur les mâles pour son propre plaisir et son propre bien. A la limite, Rachel sa fille est une erreur de parcours qu’elle aimerait bien effacer mais qu’elle aime aussi comme une mère.

Incontestablement, hervé Le Corre rend hommage aux grands du roman noir, en transplantant cette intrigue en France, une intrigue digne du Grand Jim Thompson. On y retrouve le « héros », la femme fatale, des cinglés, des violents, des dangereux, et un univers si oppressants, si violent, si glauque que l’on a plaisir à se plonger la tête dans cette noirceur.

Et puis il y a la plume magique de Hervé Le Corre, et j’aurais pu commencer mon billet par cela. Rarement sa plume aura été aussi belle, lumineuse dans cette noirceur. Si la tension est omniprésente du début à la fin, les phrases en deviennent hypnotiques, et on prend plaisir à se laisser mener dans cette moiteur néfaste. On ne va pas s’attendrir devant le destin de chacun mais bien se laisser mener par une intrigue vénéneuse. Et c’est probablement, à mon avis, le meilleur roman de la part d’un des meilleurs auteurs de romans noirs français.

Ne ratez pas les avis de Yan, Arutha, Jean-Marc, Sebastien chez Geneviève

 

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Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Demarty

N’étant que peu féru de romans post-apocalyptiques, j’avais laissé passer le premier roman de Michael Farris Smith, Une pluie sans fin. Et quand j’ai ouvert ce roman, j’avais certes un petit a priori, et c’est le billet de Claude Le Nocher qui m’a décidé.

Un vieil homme roule sur cette route quand il aperçoit au loin une femme et une jeune enfant qui marche sur le bas-côté. Pris de pitié, il les prend en stop, essaie en vain de lancer une conversation et finit par les déposer dans un motel, en leur donnant un peu de liquide. Maben marche depuis plusieurs jours avec sa fille Annalee pour rejoindre le centre d’accueil de McComb, ville qu’elle connait bien pour l’avoir quittée quelques années auparavant. La petite étant fatiguée, Maben prend une chambre. Quand la petite s’est endormie, elle se dit qu’elle pourrait sucer un conducteur routier pour se faire un peu d’argent. Elle l’a déjà fait … mais elle se fait embarquer par un flic qui veut en profiter gratuitement. Poussée à bout, elle met la main sur le révolver du flic et le descend. Sa fuite semble ne jamais prendre fin.

Russell Gaines vient de sortir de prison, après 11 années de détention. Comme il ne sait pas où aller, il retourne en bus dans sa ville natale, McComb, qui est aussi la ville de ses malheurs. En prison, on lui explique que 90% des ex-taulards reviennent. Dès qu’il arrive, il subit un passage à tabac par Larry et Walt, les deux frères de l’homme qu’il a tué et pour lequel il a été arrêté. Avant de retourner chez lui, il passe chez son père Mitchell, qui vit avec Consuela, une Mexicaine qui entretient la maison (et plus si affinités). Le monde a continué de tourner sans lui pendant ces 11 années. Il doit donc choisir de ce qu’il va faire de sa vie, maintenant qu’il a purgé sa peine.

Il vaut mieux avoir le moral pour attaquer ce roman. Car le roman débute fort dans le glauque, nous montrant l’un après l’autre le quotidien des deux personnages. Maben et Russell sont les deux piliers qui vont illustrer le propos de ce roman, deux personnages forts qui vont essayer de mener leur vie, voire de survivre dans un contexte qui leur est défavorable. Que ce soit Maben ou Russell, ils sont obligés de se prendre en charge, de se démener pour avancer. Mais il faut bien dire que la destinée ne leur est guère favorable. En effet, le hasard les place face à des situations qui les obligent à prendre des décisions dont ils ne verront les conséquences que plus tard.

La rencontre de ces deux personnages dans la deuxième moitié du livre ne va pas arranger les choses, voire poser des problèmes supplémentaires quant aux décisions à prendre pour chacun d’eux. Mais le message qui ressort de ce roman est que quelle que soit la volonté que vous mettiez à vous sortir de la mouise aux Etats Unis, vous serez balayé par la vague à partir du moment où au départ, vous avez fait le mauvais choix, celui qui va vous poursuivre toute votre vie. Russell et Maben sont comme deux boules de flipper qui ne maitrisent pas tout de leur itinéraire.

Pour autant, tous les personnages qui gravitent autour d’eux ne sont pas tous méchants mais ont tous un impact sur leur destinée. Jamais l’auteur ne va juger leurs opinions ou leurs actes, et juste se contenter de faire avancer son intrigue. Tous sans exception ont leur rôle à jouer dans ce drame, et tous sont impeccablement présents et impeccablement décrits. Tout ceci confère à ce roman un plongée dans la campagne américaine, celle qui vit quasiment en autarcie et où la vie se résume à se démerder pour s’en sortir.

Avant que vous vous jetiez sur votre libraire pour acquérir ce roman, il faut que vous sachiez que le style de l’auteur est du genre détaillé. Il va en effet décrire avec minutie chaque petit geste, chaque petite réaction, à l’aide de petite phrase, parfois sans sujet. Si cela n’est pas déconcertant à la lecture et permet de se plonger dans une scène, cela peut en rebuter certains qui trouveront ce roman un peu bavard. Bref essayez le, vous devriez l’adopter.

Ne ratez pas les avis de Yvan, Claude, Yan et Jean Marc

Le diable en personne de Peter Farris

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

N’ayant pas lu Dernier appel pour les vivants, le précédent roman de Peter Farris, paru aussi chez Gallmeister, ce roman est donc pour moi une découverte. Et comme tous les étés, Gallmeister a le don de nous dégotter d’excellents romans noirs.

Maya est une jeune prostituée, enfermée dans un coffre de voiture. Deux hommes sont au volant, deux brutes épaisses dont le boulot est de faire disparaitre Maya. Elle est attachée mais arrive à se défaire de ses liens. Elle entend leur conversation, est secouée dans tous les sens quand la voiture s’arrête. Elle va tout faire pour se défendre, et va dans un premier temps faire semblant d’être inanimée.

Quand ils sortent Maya de la voiture, ils veulent en profiter un peu avant de la tuer. Mais elle réussit à leur échapper et s’enfuit dans les bois. Malheureusement, ils la rattrapent. Alors qu’elle est assommée, un homme vient la sauver in extremis, tue le premier et laisse partir le deuxième homme. Puis il ramène Maya chez lui, une petite cabane perdue en plein milieu des bois. Cet homme s’appelle Leonard Moye.

Leonard Moye est connu dans la ville de Trickum pour être un marginal. Bien qu’il vive seul, il a un mannequin en plastique dans sa cuisine, élégamment habillé, qu’il appelle Marjean, et qu’il considère comme sa femme. Il explique à Maya que personne ne vient fouler ses terres sans son autorisation. D’ailleurs, son premier travail consiste à faire disparaitre les traces du mort. Maya lui explique qu’elle travaille pour un proxénète nommé Mexico, et qu’elle connait des secrets compromettant le Maire.

Voilà un roman de petite taille dont l’intrigue est relativement simple. L’auteur aurait pu entrer plus dans les détails en ce qui concerne la corruption du Maire, ou les développements des différents trafics. Il va en fait se contenter de rester dans la bonne tradition du roman américain, en faisant de son roman presque un western classique, où Leonard Moye jouerait le rôle de la diligence encerclée par les Indiens. Car les mafieux vont tenter de pénétrer sur les terres de Leonard pour éliminer Maya.

Dans ce roman noir, on n’y trouve aucun personnage « bon », au sens où tous sont des cinglés, des pourris, et où la morale n’existe plus. Tous les coups sont permis, ce qui donne une image pessimiste des Etats Unis, ce que l’on a l’habitude de lire dans les romans américains actuels. Tout le monde s’octroie le droit d’avoir une arme et de l’utiliser. Et comme les trafiquants corrompent ceux qui sont censés faire la loi ou la faire respecter, tout y est permis.

Malgré le ton désespérant du livre, certaines scènes humoristiques viennent soulager l’ensemble, comme quand Leonard Moye descend en ville pour acheter des tampons hygiéniques, accompagné de sa femme mannequin Marjean. Mais c’est surtout le style ébouriffant qui frappe dans ce livre. La plume de Peter Farris est tout bonnement fascinante, tant elle est simple, concise, et imagée. On a vraiment l’impression d’être plongé dans un décor de petite ville sans qu’il y ait de descriptions bavarde.

Le seul bémol que je mettrais concernant ce roman, c’est qu’à force de lire ces nouveaux auteurs américains, j’ai l’impression de lire la même intrigue traitée différemment. Dans le cas présent, ce roman m’a beaucoup fait penser à En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth. Et si certaines pages de ce roman m’ont tout simplement époustouflé, si sa fin est extraordinaire, je dois bien avouer que la lassitude de lire des romans sur le même sujet est proche.

Claude a mis un coup de coeur à ce roman. Yan et Jean-Marc ont beaucoup aimé, entre autres.

Compte à rebours de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Marina Heide

On avait fait connaissance avec Harry Kvist dans le premier tome de ce qui est annoncé comme une trilogie, Corps-à-corps. Dans ce roman glauque et noir, nous étions transporté dans le Stockholm des années 30, en pleine crise économique, avec toute la pauvreté que cela a engendré. Après 1932, voici 1935.

Depuis que nous l’avons laissé, Harry Kvist est en train de terminer un séjour de 18 mois en prison. Et il a rencontré là-bas un jeune homme dont il est tombé amoureux. Il se nomme Gusten et il a réussi à attendrir notre boxeur aux poings d’acier. Harry doit sortir aujourd’hui, et Gusten dans une semaine. Alors, il l’attendra … d’où le compte à rebours du titre, chaque chapitre rythmant les jours qui le séparent de ses retrouvailles avec Gusten.

Harry doit donc attendre une semaine, avant de changer de vie, et se ranger des affaires louches dans lesquelles il était impliqué. Il retrouve évidemment son ami croque-mort, dont les activités sont toujours florissantes. C’est lui qui l’informe que Beda, une vieille dame qu’Harry aimait beaucoup, est morte. Or beda lui avait écrit en prison, lui demandant de prendre soin de son fils Petrus, sourd et muet.

Quand il va aux nouvelles au commissariat, il apprend que Petrus a été accusé du meurtre de sa mère. Cela parait bien peu réaliste. Comme il a été jugé arriéré, il est envoyé dans un asile. Pour rendre justice et respecter la promesse qu’il a faite à Beda, Harry va enquêter …

Alors que le premier tome de cette trilogie nous envoyait en 1932, nous voici en 1935 quand Harry Kvist sort de prison. La vie à Stockholm a un peu évolué et le sujet du roman aussi. Alors que dans Corps-à-corps, Martin Holmén nous décrivait l’état de délabrement de la société suédoise, dans une ambiance glauque où tout le monde cherchait à survivre, vendant ce qu’ils pouvaient pour manger, la situation en 1935 s’est un peu améliorée.

Si les pauvres sont toujours à arpenter les rues, le sujet du roman se recentre sur le personnage de Harry Kvist à propos duquel nous allons en apprendre un peu plus. On découvre un homme amoureux, prêt à se ranger des recouvrements de dettes. Il s’apprête donc à tourner la page, et songe même à se caser en rachetant un marchand de tabac. On le découvre plus humain, on le découvre loyal, cherchant à respecter la parole qu’il a donnée à Beda, une vieille dame qu’il aime beaucoup.

La deuxième évolution de ce roman est la montée du nationalisme. On sent bien dans la rue, la montée des idées nauséabondes, et on sent bien la présence du voisin qui infuse ses théories. Le fait d’avoir choisi un héros homosexuel est aussi une bonne façon d’illustrer cette période, puisque Harry est touché au premier plan. Et une nouvelle fois, le propos n’alourdit pas le roman, mais est abordé par petites touches. C’est vraiment très bien fait.

Enfin, c’est un épisode violent, très violent. Déjà dans le précédent roman, l’ambiance était glauque. Dans celui-ci, la violence est omniprésente et Harry Kvist va prendre cher. L’auteur semble montrer un personnage qui veut s’assagir et qui est malmené par la société. Et pour le coup, il va en prendre, des coups. Quant à la fin, elle est à la fois triste, poétique et cruelle. Voilà de quoi vous décider à lire cette trilogie !

Les murmures de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa dixième enquête. Après deux épisodes dédiés à Louis et Angel, puis au père de Charlie Parker, voici un roman plus classique. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Dans le Maine, à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis, ont lieu des trafics en tous genres ? Armes, drogue, êtres humains. C’est dans cette zone de non-droit que des vétérans désabusés, rentrés d’Irak il y a peu, se livrent à la contrebande d’œuvres dérobées au musée de Bagdad pendant la guerre.

Chargé d’enquêter sur les agissements de l’un de ces soldats, le détective Charlie Parker découvre que plusieurs membres de son unité ont été retrouvés morts après avoir été rendus à moitié fous par des voix qui leur chuchotaient à l’oreille dans une langue inconnue. D’après la thèse officielle, ces hommes souffraient du syndrome de stress post-traumatique, ce qui les aurait poussés au suicide. Mais cette explication ne satisfait guère Charlie Parker, qui ne peut s’empêcher de soupçonner l’existence d’un lien entre les décès et la marchandise transportée illégalement par les vétérans.

John Connolly mêle habilement le fantastique au réalisme le plus cru dans ce roman hypnotique, qui flirte parfois avec l’horreur.

Mon avis :

Charlie Parker a retrouvé sa licence de détective privé. Et comme il faut bien vivre, il vient de passer quelques affaires pas très réjouissantes. Jusqu’à ce qu’un propriétaire de bar lui parle du suicide de son fils, récemment revenu de la deuxième guerre d’Irak. Petit à petit, il se rend compte que beaucoup de vétérans de guerre se sont suicidés, que la frontière avec le Canada n’est pas loin … et que le monde des trafiquants en tous genres n’est pas le monde des Bisounours …

On peut reprocher à ce roman de dérouler la recette qui a fait le succès de quelques épisodes précédents. Mais je dois dire que je m’incline quant à l’efficacité du roman. J’y ai retrouvé toutes les raisons pour lesquelles j’aime les romans de John Connoly : une intrigue complexe à multiples facettes, des scènes angoissantes ancrées dans notre quotidien, des passages très drôles en particulier dans les dialogues, l’imagination de l’auteur pour imaginer  la vie complète d’un personnages, des paysages grandioses, des méchants fantastiques entre morts et vivants, le retour du Collectionneur et un final explosif.

John Connoly aborde au travers de son intrigue fantastique le réel du retour des soldats, que l’on délaisse et que l’on laisse pourrir une fois qu’ils ont réalisé leur devoir pour la patrie. Il montre la difficulté de réinsertion, le déni des maladies mentales, la négation du stress sur le champ et enfin l’extrême cynisme de nos dirigeants qui s’en foutent des gens sacrifiés.

Peut-être plus engagé que ses précédents romans, mais tout autant divertissant, cet épisode est bien difficile à lâcher, et on louera sa logique de déroulement, de même que ses dialogues irrésistibles et ce plaisir sans cesse renouvelé de retrouver Charlie, Louis et Angel. Par contre, le divorce est bien entamé avec sa femme et de ce point de vue, Charlie Parker laisse de coté sa vie personnelle … dommage ! Les murmures, un des très bons épisodes de la série.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit28

L’empreinte des amants

Lagos Lady de Adenle Leye

Editeur : Métaillié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : David Fauquemberg

Si ce roman a fait l’objet du cadeau annuel aux abonnés de l’association 813 (Merci 813 !), il fait l’objet de la sélection pour les Balais d’or 2017 de mon ami le Concierge Masqué. D’ailleurs, c’est lui qui me l’avait conseillé l’année dernière. Et comme le résumé de l’éditeur est très bien fait, je vous le mets en guise de résumé :

Quatrième de couverture :

Mauvaise idée de sortir seul quand on est blanc et qu’on ne connaît rien ni personne à Lagos ; Guy Collins l’apprend à ses dépens, juste devant le Ronnie’s, où il découvre avec la foule effarée le corps d’une prostituée aux seins coupés. En bon journaliste, il aime les scoops, mais celui-là risque bien de lui coûter cher : la police l’embarque et le boucle dans une cellule surpeuplée, en attendant de statuer sur son sort.

Le sort, c’est Amaka, une splendide Nigériane, ange gardien des filles de la rue, qui, le prenant pour un reporter de la BBC, lui sauve la mise, à condition qu’il enquête sur cette vague d’assassinats. Entraîné dans une sombre histoire de Juju, la sorcellerie du cru, notre journaliste à la manque se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère, tandis qu’Amaka mène la danse en épatante femme d’action au milieu des notables pervers.

Hôtels chics, bars de seconde zone, jungle, bordels, embouteillages et planques en tout genre, Lagos bouillonne nuit et jour dans la frénésie highlife ; les riches font tinter des coupes de champagne sur Victoria Island pendant que les pauvres s’entretuent à l’arme lourde dans les bas quartiers.

Mon avis :

Sachez que ce roman est un premier roman, et à ce titre, je peux vous dire que l’avenir de cet auteur est tout tracé ! Prenant des personnages principaux auxquels on s’attache rapidement, mais laissant planer quelque doute au début du roman, nous allons suivre les tribulations d’un reporter anglais au Nigeria qui va se retrouver embringué dans des affaires criminelles qui vont le dépasser …

Que du classique, me direz-vous ? A la fois oui, à la fois non, ai-je envie de répondre. Les chapitres courts et l’efficacité du style en font un polar fort agréable à lire, voire même passionnant. Il se démarque des polars américains du même genre par le fait qu’il évite ce rythme préfabriqué, ce mélange d’action / pause / action en mettant au premier plan ses personnages.

De personnages, il y a certes Guy Collins, mais il y a surtout Amaka, jeune fille qui se bat pour la justice des femmes de son pays, mais pas de la façon dont vous pourrez l’imaginer (et je vous laisse le découvrir). On y trouvera aussi en alternance de nombreux chapitres mettant en scène les chefs de gangs, mais aussi les flingueurs et autres rabatteurs, dont la présence est surtout là pour montrer la situation catastrophique d’un pays où les femmes se prostituent (toutes ?) pour survivre.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ma lecture. Le fait de centrer son intrigue sur les prostituées en négligeant les autres aspects de la société nigériane, nous donne à croire qu’il n’y a que des prostituées au Nigeria. J’aurais aimé être plongé dans ce pays de façon plus réaliste. D’autre part, le roman est écrit pour moitié à la première personne par Guy et pour moitié à la troisième personne quand il s’agit des gangs de truands. Et ce passage de l’un à l’autre, cette hésitation (?) fait que cela m’a sorti de l’histoire par moments. Bref, j’aime moyennement.

Sinon, c’est un roman qui est très bien mené, bien écrit, qui va vite et qui nous apprend beaucoup de choses. Et la finalité de cette intrigue, même si elle m’a rappelé un autre roman, reste intéressante par le fait qu’elle tire un signal d’alarme. Et puis, rien que pour Amaka, une sacrée battante, ce roman vaut le coup d’être lu !

Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !