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Ombres et poussières d’Antonio Manzini

Editeur : Denoël

Traducteur : Samuel Sfez

Quand on tient un personnage de la trempe de Rocco Schiavone, sous-préfet d’Aoste, on ne le lâche plus et on se jette sur ses dernières enquêtes dès qu’elles sortent en librairie. Dans ce nouveau tome, Rocco poursuit sa descente aux enfers.

Marco attend devant le 12 via Brean, et hésite à monter la prostituée qu’on lui a conseillée. Avec cinquante-deux ans au compteur, il a du mal à accepter l’abstinence imposée par Barbara sa femme. Enfin, il se décide et profite de la sortie d’un livreur pour entrer dans l’immeuble sans être obligé de sonner à l’interphone. C’est malin ! Le livreur pourrait reconnaitre son visage, la honte !

Quand Rocco se réveille ce matin-là, il n’est pas harcelé par la musique abrutissante de son jeune voisin Gabriele. Il le rencontre dans l’escalier, ce qui est étonnant à cette heure matinale, partir pour son examen de latin. Comme sa mère est absente, comme souvent, Gabriel demande à Rocco de le faire réviser. Il accepte mais cela se fera au commissariat, où l’attend une surprise de taille.

Quand il ouvre la porte de son bureau, tout le mobilier a disparu. Tout a été déménagé dans un placard pour laisser la place au cabinet provincial de la police scientifique. Avant d’aller pousser sa gueulante chez son chef, Rocco se rend compte que Gabriele ne connait pas son cours de latin. Le cas est désespéré. Soudain, on les appelle pour signaler la présence d’un corps découvert par un jogger. La victime serait un transsexuel. Les emmerdements Niveau 10 s’accumulent.

Depuis quelques tomes, Rocco Schiavone est confronté à des enquêtes complexes et embringué dans son passé qui ressurgit et l’oblige à en assumer ses conséquences. Les romans d’Antonio Manzini fonctionnent donc à deux niveaux sur deux lieux différents (Aoste et Rome) et permettent d’insuffler un rythme élevé aux romans. Il est inutile de vous préciser donc de lire cette série urgemment en commençant bien entendu par le premier.

Sans surprise, on retrouve Rocco obsédé par sa femme, qu’il entend encore dans ses songes (voire éveillé) mais qui se fait ici de plus en plus absente. Il va retrouver ses amis romains dans le cadre de la recherche de l’un des leurs et de la chasse de Baiocchi, le meurtrier d’une jeune fille … et je ne vous en dis pas plus pour l’intrigue récurrente qui devient de plus en plus dramatique et triste. Quant à l’enquête principale, elle est d’une complexité grandissante et confronte notre enquêteur aux services secrets qui s’octroient tous les droits.

Enfin, on est bigrement surpris par la réaction de Rocco face à son voisin, laissé à l’abandon en plein dans ses études. Gabriele se montre fainéant et ne veut pas changer pour autant. Rocco va le prendre sous son aile, lui octroyer du temps dans son agenda surchargé, comme son fils qu’il n’a jamais eu. Enfin, la fin est d’une tristesse infinie et cela m’inspire une réflexion à ce propos : quand on écrit une série avec un personnage récurrent, faut-il forcément le malmener, le maltraiter, le torturer et lui faire connaitre une descente aux enfers ? Celle de Rocco est loin d’être terminée, mais elle ressemble beaucoup à celle de Jack Taylor (en moins autodestructeur pour le moment).

La capture de Nicolas Lebel

Editeur : Editions du Masque

Autant vous le dire d’emblée, si vous n’avez pas lu le précédent roman de Nicolas Lebel, Le gibier, vous avez tort, d’une part, parce que c’est un excellent polar, et vous allez vous sentir embarqués dans une aventure avec des personnages que vous ne connaissez pas. En effet, on retrouve ici Yvonne Chen, flic sans peur et sans pitié.

Samedi 9 octobre, 32 heures et 4 minutes avant le grand final. Sur l’île de Morguélen, le Père Andras Petrovacz propose à Maé l’Adagio d’Albinoni pour l’enterrement de l’oncle de la jeune femme. On enterre Jules Meunier, qui a été retrouvé noyé avec un fort taux d’alcool dans le sang. Il tenait un entrepôt de vieilleries, qu’il récupérait dans la mer ou sur la plage, quand les touristes oubliaient leurs affaires.

En face de l’église, deux hommes faisant partie de l’OCLCH, surveillent la procession. Le capitaine Raphaël Romero et le vieux major Christian Mortier, bientôt à la retraite, sont chargés de démontrer que le curé ne serait autre que le prêtre croate Andro Dragovic, criminel de guerre qu’ils doivent ramener au tribunal de La Haye. Mortier voudrait faire un coup d’éclat avant son départ, alors que Romero sera nommé à sa place.

Yvonne Chen attend avec impatience de passer le pont vers Morguélen. Toujours à la poursuite des Furies (Voir Le Gibier), elle s’est rendue compte que ce groupe de mercenaires assassins passaient des annonces sur un site en ligne réservé aux chasseurs, Grand-Gibier. Le capitaine Mazza, son seul collègue de la police qui l’aide, s’est rendu compte que le chef des Furies, un dénommé Alecto, se connectait toujours à heure fixe depuis la presqu’île de Morguélen. La chasse continue …

Je ne vais pas revenir sur mon conseil de l’introduction ; vous pouvez très bien lire ce roman indépendamment du précédent, mais il serait dommage de ne pas avoir l’explication psychologique de l’attitude d’Yvonne Chen. Car Nicolas Lebel a construit un sacré personnage féminin, jusqu’au boutiste, se moquant des règles, des méthodes, pourvu qu’elle arrive à ses fins.

Ce roman est construit comme une partie d’échecs et d’ailleurs, tout est clairement indiqué dans les têtes de chapitre. Nous retrouvons donc les pièces plus ou moins importante, les mouvements stratégiques, et surtout des jeux d’attaque / défense où on n’arrive pas à déterminer qui mène l’offensive et qui est la victime. Cela s’ajoute à un scénario construit aux petits oignons, remarquable à la fois dans son intrigue que dans sa construction. Clairement, Nicolas Lebel ne déçoit jamais, et démontre son vrai talent de conteur.

On retrouve dans ce roman la patte de l’auteur, cette faculté à écrire simplement tout en étant passionnant à chaque page. Malgré le fait que ce roman s’appuie sur plusieurs personnages, on n’est jamais perdu, et on se laisse mener par cette intrigue, sans jamais vouloir arrêter sa lecture. On y trouve même quelques quiproquos, quelques dialogues drolatiques, des moments franchement comiques (comment imaginer un Romero sensible au point de pleurer ?) et des clins d’œil à sa série consacrée à Mehrlicht quand le motard baraqué écoute sans cesse des chansons de Johnny Halliday.

Après avoir refermé ce roman, on se retrouve pleinement satisfait. On a eu notre dose de mystères, d’action, de rires et un final rythmé qui nous donne rendez-vous pour un prochain opus. En tous cas, la fin est suffisamment ouverte pour de prochaines aventures. Cette Capture est donc un très bon divertissement.

Lieutenant Versiga de Raphaël Malkin

Editeur : Marchialy

Je n’aurais probablement pas lu ce roman sans le billet de BMR & MAM et leur coup de cœur bigrement tentant. Ils avaient raison de conseiller ce portrait attachant d’un flic loin des clichés, avec un vrai pas dans la réalité.

Le 27 décembre 1977, les chasseurs s’enfoncent dans les bois. L’air étouffant et les odeurs de moisissure leur confirment qu’ils s’approchent du bayou. Au détour d’un bosquet, ils ne peuvent que constater qu’on a abandonné là un corps humain. L’inspecteur en chef Jackie Walker Jr se rend sur place et récupère les ossements qu’il va envoyer à un illustre médecin légiste, Clyde Snow. Ce dernier va lui détailler ses analyses : la jeune femme a été étranglée et elle portait une perruque. Elle avait une dent en or. Grâce à une reconstitution faciale en plâtre, il peut donner vie à ce cadavre abandonné. Après plusieurs mois de recherche, l’enquête est stoppée.

Quand Darren Versiga s’engage dans un défi, il y va généralement pour gagner. C’est ainsi qu’il est devenu l’un des meilleurs tireurs du comté. Il a bourlingué, a fait des conneries étant jeune, est entré dans la police, puis a ouvert une agence de détective privé avant de revenir à la police de Pascagoula après la crise financière de 2008. Il arbore le meilleur taux d’élucidation et s’ennuie entre les bagarres de pochetrons à la sortie des bars et les maris jaloux.

Sur la demande du Biloxi Sun Herald, il décide donc de se pencher sur les cold cases, ces affaires jamais résolues, qui laissent des familles dans la peine et l’incertitude. Il tombe sur le cas de Melinda LaPree, une prostituée dont on a retrouvé le corps dans un fossé en septembre 1982. En cherchant les cas similaires, il tombe sur le dossier d’ossements trouvés en 1977, que l’on a nommé Jane Doe. Cette affaire va l’occuper pendant plus de douze années.

Faisant suite à un long reportage pour le magazine Society sur la vie d’un flic dans le Mississippi, l’auteur s’est rendu compte qu’il avait beaucoup d’autres choses à dire. Alors il a construit ce livre comme un roman policier, l’histoire de la chasse d’un serial killer, par un lieutenant de police qui a connu tous les honneurs mais aussi tous les déboires.

Construisant sa vie comme une compétition permanente, Darren Versiga a pour philosophie que tout ce qu’il engage doit être fait et bien fait, et en toutes circonstances il doit être le meilleur. On s’éloigne des personnages de polar brisés, Darren Versiga est méticuleux, persévérant, méthodique et doué d’un certain sens de la déduction. L’auteur nous montre que dans la vraie vie, tous les flics ne sont pas tous alcooliques et / ou drogués. Et au-delà de l’identité du meurtrier, c’est le nom de la victime qui va l’obséder.

Malgré cela, il a tendance à manquer d’humilité face aux événements qu’il ne peut contrôler. On trouve des passages passionnants, psychologiquement parlant, quand il est obligé de fermer son agence de détective privés ou quand il va subir de plein fouet l’ouragan Katrina, mettant en danger toute sa famille. Il échappe ainsi à la caricature du bon flic bien gentil, bien sous tous rapports.

Mi reportage, mi biographie, mi roman policier, ce roman écrit sobrement joue avec les genres avec une réussite surprenante. Bien que l’on n’y trouve aucun dialogue, on se prend à suivre ce lieutenant, on se passionne pour son enquête, pour sa vie et on se retrouve curieux de connaitre la fin. Voilà un roman qui m’a surpris et qui m’a changé de mes lectures habituelles.

Trafic de reliques d’Ellis Peters

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; 10/18 (Format poche

Traducteur : Nicolas Gille

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

En replongeant dans les bibliothèques de mon sous-sol, j’ai ressorti la première enquête de Frère Cadfael. En route pour le Moyen-âge.

L’auteure :

Edith Pargeter, OBE, British Empire Medal, née le 28 septembre 1913 à Horsehay (en) et morte le 14 octobre 1995 à Shrewsbury, est une romancière anglaise surtout connue pour avoir publié, sous le pseudonyme d’Ellis Peters, les aventures du Frère Cadfael, une série de romans policiers historiques se déroulant au Moyen Âge.

Elle devient préparatrice en pharmacie avant de s’engager, pendant la Seconde Guerre mondiale, au département des communications des Women’s Royal Voluntary Service. Cette expérience nourrit des œuvres satiriques parues à cette époque. Après la guerre, elle reçoit néanmoins la British Empire Medal, remise par le roi George VI, en remerciements de son engagement.

Spécialiste de la langue et de la littérature tchèques, Edith Pargeter en traduit, entre 1957 et 1970, plusieurs œuvres en anglais, dont celles de Bohumil Hrabal.

Dans les années 1960, elle donne une trilogie historique, intitulée Heaven Tree, qui se passe en Angleterre au début du xiiie siècle, au temps des bâtisseurs de cathédrales et des guerres entre Anglais et Gallois. Les héros de cette trilogie sont Harry Talvace et ses proches, tailleurs de pierres au service d’Isambard, terrible seigneur de Parfois. Au milieu des batailles qui ensanglantent l’Angleterre, des adolescents grandissent et deviennent des hommes en prise avec les contradictions de leurs sentiments et de leurs devoirs. Edith Pargeter prend plaisir à décrire ces liens étonnants qui unissent ses personnages entre eux, et sa trilogie obtient d’emblée un grand succès populaire et critique.

Dans le domaine de la littérature populaire, elle s’intéresse au roman policier dès 1938 avec Murder in the Dispensary, signé du pseudonyme de Joylon Carr, et The Victim Needs a Nurse (1940), sous celui de John Redfern. En 1951, dans Pris au piège (Fallen Into the Pit) apparaît pour la première fois l’inspecteur Felse. Pourtant, ce n’est qu’avec la deuxième enquête de ce héros, dans une série qui comptera une douzaine de titres, que l’auteur atteint la notoriété, puisque Une mort joyeuse (Death and the Joyful Woman) décroche le Prix Edgar Poe du meilleur roman décerné par les Mystery Writers of America en 1963.

Ce n’est que tardivement, en 1977, à l’âge de 64 ans, qu’elle amorce la série des aventures du Frère Cadfael, un moine bénédictin, né en 1080, et vivant à la frontière du Pays de Galles au XIIème siècle. Avant qu’une vocation tardive n’appelle Cadfael à la vie monastique à l’Abbaye des Saint-Pierre et Saint-Paul, sise à Shrewsbury, celui-ci a été marin et croisé. Devenu herboriste, et en quelque sorte médecin, il est régulièrement amené à sortir du couvent pour dispenser des soins et porter des remèdes « dans le siècle ». Il est également consulté en cas de décès quant à leur nature et leurs causes. Ayant lié une amitié et une complicité solides avec le jeune shérif Hugh Beringar, ce dernier ne manque jamais de solliciter les conseils et l’aide du moine gallois qui, malgré la profondeur de sa vocation, se languit encore parfois d’aventure et de chevauchées par monts et par vaux.

Personnage haut en couleur, atypique, parfois cocasse et ne manquant ni d’humour ni de caractère, Cadfael offre aussi une facette de fin psychologue. Il présente surtout un visage humain d’une étonnante authenticité. Au cours de sa première enquête, il est impliqué dans un Trafic de reliques (A Morbid Taste of Bones) entre l’abbaye et le village dépositaire des restes d’une sainte décapitée par un prince païen. L’intrigue de ce premier titre se situe en 1138, alors que Cadfael est un quinquagénaire, entré à l’abbaye depuis déjà dix-huit ans. Le dernier volume du cycle, Frère Cadfael fait pénitence (Brother Cadfael’s Penance), publié en 1994, s’achève en 1145. En outre, quelques nouvelles éclairent le passé de cet homme qui fut autrefois soldat et qui a même eu un enfant d’une femme qu’il a beaucoup aimé. La série mêle d’ailleurs adroitement intrigues policières et sentimentales, tout en ménageant des liens entre les sphères des pouvoirs politique et spirituel de l’époque.

L’acteur britannique Derek Jacobi incarne le Frère Cadfael dans la série télévisée britannique Cadfael (1994-1998), en 13 épisodes.

Edith Pargeter a été élevée au rang d’officier de l’ordre de l’Empire britannique.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Frère Cadfael fait partie d’une délégation religieuse qui se rend au Pays de Galles pour ramener à l’abbaye bénédictine de Shrewsbury les reliques de Sainte Winifred. Les tractations avec les Gallois sont difficiles.

Pendant le séjour, Rhisiard, leader de l’opposition au transfert, est assassiné. Immédiatement son pauvre serviteur, anglais et amoureux transi de sa fille, est désigné coupable.

Ce n’est pas l’avis de Frère Cadfael qui va apporter son aide à cet homme malheureux que le destin accable. Inspiré par un fait divers contemporain de transfert de relique, ce subtil roman d’Ellis Peters a réussi à faire fonctionner une intrigue policière dans un cadre de l’Angleterre du XIIe siècle parfaitement décrit et mis en valeur.

Cette conteuse hors pair, surnommée la Schéhérazade anglaise, poursuit ici la saga de son moine enquêteur dont le succès grandissant lui a valu l’adaptation sur le petit écran. Christophe Dupuis

Mon avis :

Frère Cadfael est appelé en urgence alors que Frère Columbanus est pris d’une crise de convulsion. Frère Jérôme, chargé de veiller le malade pendant la nuit, dévoile à tout le monastère qu’il a eu une vision : Dans une lumière évanescente, une jeune vierge se nommant Winifred a recommandé de baigner le malade dans une source sacrée du pays de Galles. Cette vision les pousse à rapatrier les restes de cette jeune femme décapitée par un prince Cradoc. Une congrégation va donc se diriger vers Shrewsbury pour négocier le transport des ossements de la vierge chez eux. Arrivés là-bas, ils vont rencontrer une forte réticence avant d’être confrontés à un meurtre.

Ellis Peters n’est pas une novice quand elle commence la série des enquêtes de Frère Cadfael. Elle montre dans cette première enquête son talent de conteuse en prenant son temps, adoptant le rythme de la vie au Moyen-âge. Dans ce roman, nous allons apprendre beaucoup de choses, et le meurtre en question n’arrivera qu’au bout d’une centaine de pages, après avoir détaillé la psychologie des intervenants.

Frère Cadfael va déployer toutes ses connaissances et sa logique pour exploiter les indices à sa disposition. Il ne va pas intervenir lui-même à la façon d’un Hercule Poirot, préférant donner des instructions à la fille du mort pour que le coupable se dévoile. L’intrigue en elle-même se révèle suffisamment complexe pour nous attirer notre attention et notre curiosité. Cette première enquête est un classique de la littérature policière historique et elle vaut largement le détour.

Arsène Lupin contre Herlock Sholmes de Maurice Leblanc

Editeur : Archipoche

Je continue mes lectures ou relectures des aventures du gentleman cambrioleur avec un roman que je n’avais jamais ouvert. Et c’est l’occasion de trouver une autre facette de cet auteur fantastique qu’est Maurice Leblanc

Le 8 décembre, Monsieur Gerbois déniche chez un brocanteur un secrétaire en acajou qu’il pourrait offrir en cadeau d’anniversaire à sa fille Suzanne. Alors que l’affaire est entendue, un jeune insiste pour le racheter, le double du prix s’il le faut. Quelque jours plus tard, le secrétaire avait disparu, envolé, volé. A l’intérieur de ce secrétaire, un billet de loterie gagnant était caché. Arsène Lupin prend donc contact avec Monsieur Gerbois pour se partager la somme. Mais ce dernier refuse.

Le 27 mars, le général baron d’Hautrec est retrouvé mort dans la chambre de son hôtel particulier de l’avenue Henri-Martin. Alors que la maison est fermée à clé, seule la bague du baron manque à l’appel. Celle-ci était ornée d’un diamant bleu, qui faisait partie de la couronne royale de France. Le point commun avec l’affaire précédente réside dans la présence d’une mystérieuse Dame Blonde qui a disparu.

Il n’en faut pas plus à Ganimard pour soupçonner Arsène Lupin, qui aurait comme complice cette jeune femme blonde. Mais devant l’impuissance de l’inspecteur, Monsieur Gerbois et la famille du baron décident de faire appel au plus grand détective du monde : Herlock Sholmes. Lui seul a la carrure et la capacité d’arrêter Arsène Lupin.

Maurice Leblanc nous propose un duel franco-anglais dans ce deuxième tome des aventures d’Arsène Lupin. Herlock Sholmes, renommé ainsi suite à une plainte des héritiers de Sir Arthur Conan Doyle, va donc débarquer sur nos terres tricolores dans une parodie de roman policier où tout le monde se révèle bien abruti, sauf bien entendu nos deux personnages principaux.

Dans ce roman, Maurice Leblanc doit construire une intrigue à la hauteur du talent de déduction du détective anglais. Il complique donc à souhait les mystères, tout en restant particulièrement clair, ce qui est une gageure quand il s’agit de décrire des passages secrets. Il nous donne même droit à des scènes d’action et de poursuites que j’ai trouvées particulièrement modernes.

Maurice Leblanc s’amuse à se moquer du plus grand détective mais surtout de son acolyte Wilson (entendez Watson) qui apparait comme le clown de l’histoire, toujours au mauvais en droit, au mauvais moment. Et de ce match au sommet, de ce crunch pour reprendre un équivalent rugbalistique, il en ressortira une égalité presque parfaite. Comme quoi, au niveau génie, les deux pays se retrouvent dos à dos. Ce n’est pas forcément le meilleur roman de Maurice Leblanc mais il est très agréable, très drôle.

Tokyo revisitée de David Peace

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Nous les fans de David Peace, nous avons attendu dix ans, dix longues années avant de pouvoir enfin ouvrir le troisième tome de la trilogie consacrée à Tokyo, après Tokyo année zéro, et Tokyo ville occupée. David Peace clôt ainsi cette période d’occupation du Japon après la seconde guerre mondiale. Pour cela, il se penche sur une affaire encore inexpliquée de nos jours, la mort de Sadanori Shimoyama, le président des chemins de fer japonais,

1949. En ce 5 juillet, la température caniculaire rend l’atmosphère étouffante, irrespirable. L’inspecteur Harry Sweeney un coup de téléphone à son bureau, dans lequel un homme, japonais par son accent lui annonce : « Trop tard ». Retrouvant la trace de l’appel, il se dirige vers le café Hong Kong avec son chauffeur du jour Shintarõ, en vain. De retour au bureau, on lui apprend que Shimoyama a disparu.

L’entretien avec la femme du président lui apprend qu’il est parti tôt ce matin, accompagné de son chauffeur. Ce dernier lui dit qu’il l’a conduit dans une galerie commerciale et qu’il l’a attendu toute la journée, conformément aux ordres. A l’intérieur du centre, Sweeney ne trouve aucune trace du passage de Shimoyama. Tout le monde pense qu’il a passé la journée avec une amante.

Le lendemain, Harry Sweeney, Bill Betz, Toda son coéquipier et Ishirõ son chauffeur foncent en direction de la gare d’Ayaze. On a découvert un corps sur les rails. La police américaine et la police japonaise ne peuvent que reconnaitre le corps de Sadanori Shimoyama, découpé par le train qui lui est passé dessus. Deux théories vont alors s’affronter : un assassinat ou bien un suicide.

David Peace nous éclaire à la fin du roman sur les raisons qui l’ont poussé à aborder cette histoire véridique. A l’époque, Sadanori Shimoyama a réellement été retrouvé mort sur les rails de la gare d’Ayaze et le meurtre n’est aujourd’hui toujours pas expliqué. Dans le climat de tension de la fin de la guerre, cette affaire a fait autant de bruit au Japon que l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy aux Etats Unis. Cet homme était reconnu comme étant un homme bon, faisant son possible pour reconstruire et développer le trafic ferroviaire. Mais il se retrouvait harcelé entre l’obligation imposée par les politiques de licencier plusieurs milliers de personnes et la lutte anti-communiste menée par les Etats-Unis sur le terrain même des japonais.

David Peace va diviser son roman en trois parties et, non pas nous donner clé en main, la solution de cette énigme, mais plutôt nous plonger dans cette époque trouble, entre magouilles politiques, syndicats rouges violents, militaires américains arrogants et manipulateurs, agents secrets, agents doubles, agents triples … pour cela il a choisi trois personnages à trois époques différentes, exilés dans une contrée qui n’est pas la leur, marqués aussi par leur passé et se trouvant dans une impasse quant à leur futur.

Harry Sweeney, inspecteur doué, va ouvrir le bal et mettre à jour pour nous lecteurs les différents fils qui tirent le pays du Soleil Levant dans tous les sens. Puis, un détective privé, Murota Hideki, doit retrouver un auteur de polars, Kurota Roman, qui a disparu après avoir touché une avance confortable pour son prochain opus qui devait dévoiler les dessous de l’affaire Shimoyama. Enfin, nous finirons ce voyage en eaux troubles avec le retour au Japon de Daniel Reichenbach.

David Peace n’a pas son pareil pour construire des personnages complexes placés dans des situations complexes, pour nous faire vivre dans un pays étranger. Autant par les décors que les situations, il nous montre la situation du Japon sous l’occupation, où chacun gardait une part de l’information pour lui. Il nous montre aussi dans la première partie, la différence de culture ne serait-ce que dans des dialogues entre la police japonaise et la police américaine toute en tension, en menaces mais à travers des phrases douces et sibyllines.

David Peace n’a pas son pareil pour nous peindre une situation politique, presque géopolitique, sans être trop explicite, nous donnant les clés pour comprendre la situation de guerre froide, et comment elle avait lieu sur le terrain. Le nom du coupable a peu d’importance, car on comprend vite que, quel que soit le camp, un homme a été manipulé, tué uniquement pour des considérations idéologiques de gens de grand pouvoir.

David Peace n’a pas son pareil pour nous plonger dans des personnages extraordinaires, cassés, brisés par leur passé, cherchant des exutoires à leurs souffrances. On trouve dans ce roman des scènes hallucinées, hallucinantes, formées de longs paragraphes qui nous plongent dans les délires du personnage et qui rajoutent au mystère de ce pays. Nous nous retrouvons dans un pays, une culture qui nous est étrangère, que nous ne comprenons et nous plongeons dans une paranoïa profonde.

J’ai beaucoup parlé du meurtre de Sadanori Shimoyama, car c’est ce que j’en ai déduit en refermant ce livre. Pour autant, il se peut qu’il s’agisse d’un suicide. La résolution de l’affaire ne constitue qu’un fil narrateur de ce roman dont le message se révèle plus complexe et aboutit, dans mon cas, à un dégout des idéologies extrémistes, quel que soit le camp d’où elle vienne. Enorme !

Mystère rue des Saints-Pères de Claude Izner

Editeur : 10/18

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

J’aurais préféré écrire cette chronique dans d’autres circonstances. Liliane Korb vient de nous quitter et je voulais donc lui rendre hommage à travers ce modeste billet.

Les auteures :

Claude Izner est le nom de plume commun de Liliane Korb (née à Paris le 6 janvier 1940 et morte le 9 mars 2022) et de sa sœur Laurence Korb (née à Paris le 10 avril 1951, également connue sous le nom de Laurence Lefèvre), romancières françaises, pour signer, depuis 2003, les Enquêtes de Victor Legris, romans policiers historiques situés à Paris la fin du XIXème siècle. Cette série est publiée dans la collection « Grands détectives » aux éditions 10/18.

Avant d’adopter ce pseudonyme, les sœurs Korb avaient déjà signé en commun plusieurs œuvres, allant du roman d’aventures pour les enfants au roman de suspense pour les adultes, en passant par la science-fiction.

L’aînée des deux sœurs, Liliane Korb, est chef monteuse de cinéma, avant de devenir bouquiniste sur la rive droite de la Seine à Paris. La cadette, Laurence Korb, étudie l’archéologie jusqu’à l’obtention d’une licence, puis publie deux romans à la fin des années 1970, avant de devenir à son tour bouquiniste sur les bords de Seine.

Le besoin d’écrire, et de préférence en commun, les prendra (ou reprendra) à partir de la fin des années 1980, leur carrière d’écrivains étant menée de front avec leur activité de bouquinistes et de cinéastes.

Amorcée en 2003, la série des Enquêtes de Victor Legris a pour héros un libraire d’une trentaine d’années, propriétaire de la librairie L’Elzévir, sise au 18 rue des Saints-Pères, dans le Paris des années 1890-1900. Passionné de photographie et d’ouvrages anciens, il se trouve mêlé à des affaires criminelles qui défraient souvent la chronique. Parmi les autres personnages qu’il côtoie, citons Kenji Mori, père adoptif de Legris et son associé, Iris, fille de Mori, Tasha, peintre et épouse de Legris, Joseph, commis de librairie et friand de comptes rendus d’affaires criminelles dans les journaux, et époux d’Iris. La série est en outre l’occasion de croiser des personnages historiques réels, parmi lesquels, au premier rang, Henri de Toulouse-Lautrec, mais aussi Alphonse Bertillon, La Goulue, Ravachol, Paul Verlaine et d’autres célébrités de l’époque.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Comme nombre de visiteurs du monde entier, Victor Legris, libraire rue des Saints-Pères, se rend à l’Exposition Universelle où la Tour Eiffel, qui vient d’être achevée, trône en véritable vedette. En ce début d’été 1889, les Parisiens ont bien du mal à se frayer un chemin dans la foule qui se presse entre les kiosques multicolores, dans les allées envahies de pousse-pousse et d’âniers égyptiens… Au premier étage de la tour, Victor doit retrouver Kenji Mori, son associé et son vieil ami Marius Bonnet qui vient de lancer un nouveau journal, Le Passe-Partout. Mais leur rendez-vous est vite interrompu : une femme vient de s’écrouler sous le coup d’une étrange piqûre. S’ensuit une série de morts inexpliquées qui vont marquer les débuts d’enquêteur de Victor Legris…

Ces nouveaux mystères de Paris nous plongent dans la capitale des impressionnistes, ses  » villages  » et ses quartiers populaires.

Mon avis :

En cette année 1889, Paris va ouvrir ses bras à l’exposition universelle. Alors que débarque la troupe de Buffalo Bill, un homme ressent une pique d’insecte dans le cou et meurt instantanément. Victor Legris, qui travaille dans la librairie de son beau-père Kenji Mori. Il va assister à l’ouverture de la Tour Eiffel et rejoint à cette occasion Marius Bonnet, qui vient de créer Le Passe-Partout, un tout nouveau journal. Il rencontre à cette occasion toute l’équipe de rédaction, dont la belle Tasha dont il tombe immédiatement amoureux. Au même moment, une dame qui accompagne ses neveux meurt après une piqure d’abeille. Contre toute attente, Victor Legris va être impliqué dans cette série de meurtres.

Il faut se rappeler que ce roman consiste à présenter les différents personnages qui vont peupler les autres romans de la série. Ceci explique le début plutôt lent, qui permet aussi aux auteures de nous plonger dans cette période de joie et de fête. Elles nous donnent donc de nombreux détails sur cette époque et sur l’ambiance qui régnait en ce temps-là. En mêlant des personnages connus, en faisant montre d’une grande culture, on adore parcourir les rues de Paris de la fin du XIXème siècle.

Puis l’intrigue change, entrant de plein pied dans l’enquête, menée loin de la police, par un novice. Parce que ses proches semblent des suspects probables, Victor Legris va s’impliquer, ne rejetant aucune hypothèse et nous plongeant, nous lecteurs, dans des hypothèses aussi nombreuses que le sont les fausses pistes, tout en continuant à nous apprendre beaucoup de choses. Un exemple dans le genre !

Moi qui n’aime pas particulièrement les romans historiques, je me suis passionné pour cette époque, pour cette ambiance et pour ces personnages si bien décrits et psychologiquement réalistes. Et si j’en crois les spécialistes du genre, et le Dictionnaire des Littératures Policières du Maître Claude Mesplède, la deuxième enquête, La disparue du Père-Lachaise est une grande réussite. Je sais ce qu’il me reste à faire !

Sois zen et tue-le de Cicéron Angledroit

Editeur : Palémon

Cela faisait un moment que je voulais me lancer dans la série de polars humoristiques de Cicéron Angledroit, dit Claude Picq. J’ai mis un peu de temps à me procurer le premier tome, sans doute épuisé, et ça y est ! A la lecture du nom de l’auteur, on sait à quoi s’attendre : tout ce qui est narré n’est pas sérieux et a un unique objectif : nous divertir.

Cicéron Angledroit, notre détective narrateur, traverse une mauvaise passe financière. La seule affaire qu’on lui propose de résoudre consiste à trouver la cause de la mort du mari de madame Costa, survenu dix ans plus tôt ! On pourrait penser que la vieille débloque à plein tube mais comme elle semble motivée à dépenser de l’argent, Cicéron ne peut laisser échapper cette enquête.

Chaque matin, Cicéron va boire son café au bar de la galerie marchande de l’Interpascher. Juste avant qu’il entre, une déflagration intervient. Momo, le SDF qui squatte le lieu a perdu son bras dans l’explosion, qui allé se figer dans le ventilateur du plafond, distribuant une pluie de sang qu’un Yorkshire déguste comme du petit lait. Cicéron a tout juste le temps d’aller au bar avant que la police ne boucle les lieux.

Au bar, il retrouve René, chargé de ramener et ranger les caddies. Momo est son pote et il ira lui rendre visite à l’hôpital dès qu’il sera sauvé. Quant à Cicéron, il poursuit sa journée en retrouvant sa fille Elvira lors d’un déjeuner chez sa mère. René, Momo et Cicéron vont donc trouver la solution à ces deux énigmes : la mort de Costa et le ou les auteurs des attentats qui vont ensanglanter la paisible ville de banlieue de Vitry.

Ils sont quelques-uns à porter haut l’étendard des héritiers de San Antonio (ou de Michel Audiard pour les bons mots). Parmi eux, je citerai Stanislas Petroski et sa série de Requiem, ou Samuel Sutra et sa série de Tonton, ainsi que Nick Gardel. Il va me falloir rajouter à cette liste Cicéron Angledroit qui nous présente dans ce premier tome les protagonistes que l’on va retrouver par la suite, à savoir Momo, René, Elvira, Brigitte son amante ainsi qu’un certain nombre de personnages secondaires.

Tout ce roman est fait pour passer un bon moment et n’a d’autre ambition que de nous offrir quelques heures de pure comédie. L’intrigue et les enquêtes passent clairement au second plan, l’auteur préférant laisser la place aux réflexions du détective, ainsi que des jeux de mots, des jeux de langues, des citations réutilisables à foison. J’ai particulièrement apprécié sa façon de jouer avec la langue française, pointant ses incohérences et même ses propositions de création de nouveaux mots.

Alors, quand Claude Picq va-t-il entrer à l’Académie Française ? Car grâce à lui et ses confrères, cela permet de faire bouger les règles immuables et immobiles du français. Vous l’aurez compris, Cicéron propose un jeu au lecteur, et s’amuse même de ses propres abus, nous indiquant qu’il fait dans certains chapitres, du remplissage avec des scènes de sexe. Franchement, on se marre. A suivre …

Harry Bosch 5 : Le cadavre dans la Rolls de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann-Levy (Grand Format) ; Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire, La Blonde en béton, et Le dernier coyote, voici la cinquième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va continuer à mettre en place les personnes entourant l’inspecteur.

Après dix-huit mois de dépression, Harry Bosch revient aux affaires et se retrouve propulsé Chef de groupe, au bureau des cambriolages de la police de Hollywood, Suite à la décision de la nouvelle lieutenante Grace Billets, Bosch aura sous ses ordres Jerry Edgar et Kizmin Rider. Bosch est appelé aux alentours du Dodger stadium où se déroule la finale de football américain.

Bosch est accueilli l’agent Powers qui est chargé de surveiller la voiture, à l’intérieur de laquelle on a retrouvé un corps. Le mort s’appelle Anthony Aliso et a été abattu de deux balles dans la tête, ce qui ressemble à une exécution de la mafia. Aliso est connu pour être un producteur de films de série Z. Powers tient à prévenir Bosch et son équipe qu’il a laissé ses empreintes dans la voiture en ouvrant le coffre.

Bosch ne tient pas à prévenir l’OCID, le département chargé de la lutte anti-mafia. Mais sur l’insistance de Jerry, il les appelle et leur communique la découverte du corps. Dom Carbone qui est de permanence lui assure que l’OCID n’est pas intéressé. Bosch fait donc rapatrier la voiture avec le corps dedans pour ne pas affoler la foule. Bizarrement, rien n’a été volé, et Aliso avait loué sa voiture à Las Vegas, où il gérait ses affaires de cinéma.

Avec cet épisode, qui commence comme une banale affaire de meurtre, on sent que Michael Connelly veut faire d’Harry Bosch un personnage récurrent et qu’il veut le faire durer longtemps. Il va ainsi introduire le personnage d’Eleanor Wish, une ancienne compagne de Bosch, ex-agent du FBI qui sort tout juste de prison. Nous avons droit donc à des retrouvailles, liées à cette enquête.

L’intrigue démontre que Michael Connelly a acquis un savoir-faire et qu’il déroule les pistes, vraies ou fausses, avec le naturel du grand auteur qu’il est. Il est toujours aussi précis dans sa description des processus policiers et nous montre ici les liens de la mafia dans l’industrie cinématographique pour blanchir leur argent sale. Il nous montre aussi la main mise de Chicago sur Las Vegas malgré les purges annoncées par les politiques.

Enfin, il n’épargne pas les différents services de police, les guerres internes entre la brigade criminelle, la lutte anti-mafia et la police des polices. Bosch aura fort à faire avec des attaques venant de toutes parts, pour résoudre cette affaire dans les toutes dernières pages et pour se défendre. Il est à noter aussi le personnage de Grace Billets, la nouvelle lieutenante que Bosch apprend à connaitre et qui se place d’emblée dans son camp. Et tout cela est raconté avec un naturel, un allant et une simplicité qui forcent l’admiration, pour donner un excellent polar.

Entendez vous dans les campagnes d’Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Ce roman nous propose une nouvelle enquête de Lotfi Benattar que l’on avait rencontré dans Pour donner la mort, tapez 1. On retrouve dans ce roman toutes les qualités de conteur de Ahmed Tiab.

A la suite de sa précédente enquête, Lotfi Benattar est tombé de plusieurs étages et a frôlé la mort. Après avoir passé plusieurs mois dans le coma, il a refait surface et s’est forcé à une rééducation de forçat pour retrouver un semblant de mobilité. Il en garde des cicatrices sur son beau visage et une allure d’escargot boitant, aidé en cela par son indispensable canne sur laquelle il doit s’appuyer.

Son chef décide de lui offrir une petite enquête qui devrait permettre de le remettre en selle. Du coup, il doit abandonner la cité phocéenne pour le Morvan, où on déplore d’un jeune homme habitant Verniers-en-Morvan. Bientôt, c’est son corps que l’on découvre non loin d’un centre de déradicalisation, où l’on essaie de récupérer de jeunes musulmans sur le point de se radicaliser.

Marie-Aliénor Castel de Fontaube aurait pu se contenter du piston de ses parents pour progresser dans la hiérarchie du journal. Elle préfère grimper les échelons par elle-même en commençant comme stagiaire. On lui demande de préparer le terrain sur cette affaire avant que la journaliste vedette la rejoigne. Elle va donc mener l’enquête de son coté en parallèle, alors que trois jeunes du centre sont portés disparus.

Par son allure de pantin fracassé, Lotfi a du mal à passer inaperçu. Et ce séjour dans la Morvan, sous un ciel constamment gris et noyé dans le brouillard ne va pas être une balade bucolique. Entre les gendarmes attentistes et les piliers de bar, entre un attardé mental et une jeune nymphomane, entre un village taiseux et un centre de « rééducation » de jeunes sur le point de se radicaliser, notre inspecteur a de quoi faire. Je regrette juste que le personnage d’Alison soit si peu présent.

Comme à son habitude, Ahmed Tiab ne place pas ses personnages au premier plan de la scène mais les utilise plutôt comme des liens envers tous les habitants de ce village. Son propos n’est jamais de pointer ou de dénoncer mais plutôt de décrire une situation compliquée et ubuesque comme le ferait un journaliste. Et comme partout en France, on retrouve dans ce microcosme tous les pans de notre société, regroupés dans une petite zone, où tous les ressentiments vont s’exacerber.

Cette zone rurale ressemble à s’y méprendre à une cocotte-minute sur le point d’exploser avec les extrémistes de tous bords, et même un trafic de drogue. Ahmed Tiab met beaucoup d’application dans son écriture pour nous présenter la situation et les psychologies des personnages, montrant au passage le bouleversement dû à la présence des potentiels extrémistes proches d’un village. Finalement, il nous décrit une campagne qui doit faire face aux mêmes problèmes que la grande ville, le manque de tolérance et d’acceptation des autres, ce que l’on voit tous les jours à la télévision.