Archives du mot-clé Roman policier

Larmes de fond de Pierre Pouchairet

Editeur : Filature(s)

Au rythme où Pierre Pouchairet publie ses romans, je dois avouer que j’ai du mal à suivre. J’avais le choix entre lire les deux petits derniers de la série Les trois brestoises, achetés lors de mes vacances estivales, ou bien lire celui-ci qui sort dans une toute nouvelle collection. On retrouve dans ce roman toutes les qualités que j’adore chez cet auteur.

Quimper. Yvonnick Oger tient une petite boutique de réparation informatique. Au moment de fermer, une sexagénaire lui apporte, affolée, son ordinateur qui n’a pas apprécié la dernière mise à jour. Rentré chez lui, il retrouve sa compagne Sandrine avec qui il partage son amour de la plongée sous-marine. Un coup de fil va abréger sa soirée : on a besoin de lui pour une mission pour récupérer un conteneur en forme de torpilles sous l’eau, de la part d’un de ses clients qui penche du coté des fachos.

Quimper. Jean de Frécourt a dépassé les soixante-dix ans après avoir magouillé auprès de tous les politiques de tous bords. En rentrant chez lui, un livreur lui amène un paquet, avant de le malmener avec un couteau. Puis on lui met une cagoule sur la tête et il atterrit dans le coffre d’une voiture, puis dans un bateau. Il doit se rendre à l’évidence, il vient de se faire enlever et se demande ce que ses ravisseurs lui veulent.

Brest. En ce dimanche matin, Léanne se réveille difficilement après le bœuf qu’elle a fait la veille au soir avec ses deux amies Sandrine et Elodie. Après un footing, direction le commissariat central où elle est sure de ne trouver personne. Elle en profite pour passer en revue ses écoutes téléphoniques en cours sur un jeune geek potentiellement livreur de drogue et un homme d’affaires douteuses. Les discussions sur le téléphone de de Frécourt montrent sa femme Gisèle affolée : elle est persuadée que l’on a enlevé son mari.

Divisé en trois parties, ce roman va réunir les deux sœurs que les habitués des romans de Pierre Pouchairet connaissent bien. La première est consacrée à Léanne, la deuxième à Johanna et la troisième se nommant Deux flics peut se passer de commentaires. L’intrigue commence donc en Bretagne, fait ensuite un détour à Nice puisque Johanna vient d’y être nommée commandant.

Deux lieux différents, deux enquêtes différentes, mais deux personnages de femme flic qui ont les mêmes qualités : une force humaine hors du commun. Toutes deux ont leurs failles, leurs cicatrices, faute à un passé tumultueux et à des regrets pesants : Léanne a vu son mari mourir et Johanna est affublée d’un boitement suite à une affaire précédente. Toutes deux ont plutôt tendance à être des têtes brulées.

Même si on n’a pas lu les enquêtes précédentes, Pierre Pouchairet nous explique brièvement les affaires précédentes, non pas pour spolier les histoires mais pour justifier la psychologie de ses personnages. Et ces enquêtes-là, qui vont se rejoindre, vont encore une fois malmener nos deux héroïnes et mettre à jour des complots qui démontrent une fois de plus l’étendue de l’imagination de l’auteur. En fait, Pierre Pouchairet donne à son œuvre une cohérence globale avec ce roman qui fait le lien entre le cycle des trois Brestoises, Tuez les tous et La prophétie de Langley.

Comme bien souvent, quand l’auteur a exercé le métier de flic, l’intrigue suit scrupuleusement les étapes d’une enquête, ce qui donne un accent vrai à l’histoire et c’est grandement appréciable. Et encore une fois, on se retrouve avec un super polar, au rythme trépident qui ne vous lâchera pas du début à la fin. Les romans de Pierre Pouchairet sont comme une drogue dure : quand on y a goûté, on ne peut plus s’en passer et on ne rêve que d’une chose, en reprendre un autre.

Terminal 4 de Hervé Jourdain

Editeur : Fleuve noir

Ce roman est déjà le sixième de cet auteur, ancien capitaine de police, et ce sera pour moi le premier, une sorte de découverte. Bien qu’il mette en avant des personnages récurrents, je n’ai ressenti aucune gêne dans ma lecture ; j’ai même plutôt été emporté par le rythme insufflé à l’histoire.

Un incendie se déclare sur le chantier aéroportuaire du nouveau terminal de Roissy. Les pompiers se précipitent pour circonscrire le feu qui a pris dans des voitures. Quelle n’est pas la surprise de trouver un cadavre calciné dans le coffre de l’une d’elle !

Le fameux 36 quai des Orfèvres a déménagé au Bastion. Suite à une précédente affaire, le commissaire divisionnaire Hervé Compostel, le commandant Guillaume Desgranges, la capitaine de police Lola Rivière, et la brigadière Zoé Dechaume ont été placardisés dans le service anti-terroriste. Le service des douanes les appelle pour interpeller un homme qui transporte dans ses bagages des pièces d’or à l’effigie de l’Etat Islamique.

Sauf que sur le chemin, le dégagement de fumée attire l’attention de Lola et Zoé. Arrivées avant la police judiciaire, elles font les premières constatations et devraient passer la main à leur collègue. Mais de retour au Bastion, Zoé insiste pour conserver l’affaire du cadavre brûlé. Hervé Compostel va appeler sa hiérarchie et obtenir un passe-droit, étant donnée la charge de la Police Judiciaire en ce moment.

A partir de ce moment-là, Hervé Jourdain va nous décrire comment fonctionne l’aéroport, tout le microcosme qui tourne autour, toutes les entreprises qui en vivent et surtout tous les enjeux économiques et politiques. Tout en étant rigoureux sur les démarches policières, et les obligations administratives, le roman devient de plus en plus énorme, de plus en plus intéressant, nous dévoilant l’arrière du décor dont on n’a aucune idée quand on prend un avion pour une destination lointaine.

Les entreprises visibles sont bien évidemment celles ayant trait à la construction, que ce soit des bâtiments ou les nouveaux moyens de transport qui doivent être prêts pour les Jeux Olympiques de 2024. Mais il y a aussi les ouvriers qui dégèlent les avions, les transporteurs de bagages, les taxis, les vrais et les faux, (il faut savoir qu’il y a la guerre entre les taxis français et les taxis chinois), les SDF, les sans-papiers et enfin, je ne crois pas en oublier, les ZADistes, manifestant contre ce nouveau terminal, qui va ajouter de la pollution à une région qui n’en a pas besoin.

Outre qu’Hervé Jourdain va les faire intervenir dans le roman, il va les insérer dans l’intrigue, ajoutant ainsi autant de pistes potentielles pour les enquêteurs et autant de fausses pistes pour le lecteur qui cherche aussi à dénouer les liens. Malgré la multiplicité des suspects potentiels, le lecteur, justement, n’est jamais perdu, car l’auteur prend le temps de bien leur donner des caractéristiques reconnaissables. Un sacré tour de force !

Mais ce qui m’a énormément emballé, c’est le rythme qui est insufflé dans ce roman. Les chapitres sont courts, découpés eux-mêmes en scènes, et les enquêtes avancent en parallèle. L’auteur fait preuve d’une imagination et d’une construction implacable pour ne jamais baisser le rythme. Et c’est tout bonnement passionnant, à tel point que j’ai avalé les 315 pages en deux jours. Ce roman est impossible à lâcher, nous entraînant dans sa course folle, à la résolution d’une énigme remarquablement retorse.

Enfin, l’auteur en profite pour nous alerter sur la pollution des transports aériens, que tout le monde croit moins polluants. Il nous donne des chiffres, s’amuse même à nous proposer en fin de livre, des problèmes mathématiques. D’ailleurs, on se demande pourquoi nos énarques n’ont pas encore mis en œuvre des mesures pour lutter contre la pollution. A moins qu’ils y trouvent leur intérêt … mais c’est un sujet que je n’aborderai pas ici.

Pour moi, cette découverte d’un nouvel auteur est une bonne pioche et je vous encourage à vous jeter sur ce roman passionnant, rythmé et intelligent.

Des poches pleines de poches – Spécial 813

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Cette fois, nous allons passer en revue des titres finalistes pour le trophée 813, l’association des amis des littératures policières. Je vous rappelle les finalistes de cette année, dont la liste est disponible sur le blog de l’association ici : http://www.blog813.com/2020/05/les-813-ont-vote.html.

Rejoignez-nous vite à 813 qui regroupe autant de passionnés que d’auteurs.

Nuits Appalaches de Chris Offutt

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Tucker revient de la guerre de Corée et rentre chez lui, dans le Kentucky. Sur la route, il tombe sur une bagarre entre un homme d’une cinquantaine d’années et une jeune femme. Apparemment, il veut la violer. Tucker intervient et sauve Rhonda. Elle vient de perdre son père et c’est son oncle que Tucker a neutralisé. Cette rencontre fortuite va les rapprocher. Ils vont se marier et dix ans après, se retrouveront avec 5 enfants, dont quatre avec des malformations. Alors que Tucker fait du transport d’alcool de contrebande, les services sociaux de l’état envisagent de leur enlever leurs enfants.

Chris Offutt revient à la littérature après une longue absence, pour nous conter la vie de ce jeune couple sur une période d’une quinzaine d’années. On suit avec plaisir cette plume magnifique, à la fois sèche et tendre, directe et lyrique, en fonction de ce qu’elle raconte. L’auteur choisit une écriture factuelle, béhavioriste quand il parle des actions humaines et se permet des envolées magiques quand il évoque la nature. Il place d’emblée une antinomie entre le calme de la végétation et l’excitation humaine.

C’est aussi l’évocation d’une famille pauvre, cherchant à créer une famille et à élever leurs enfants, et dont les événements malheureux qui leur arrivent viennent systématiquement de l’extérieur. Tucker apparaît alors comme un père de famille responsable, prêt à flirter avec la délinquance pour défendre sa famille et Rhonda une mère aimante de son mari et de ses enfants. Si la psychologie est simplissime, le ton n’est pas au jugement, l’histoire se révèle belle, formidablement bien racontée et rappelle de grands auteurs tels Steinbeck ou Hemingway (parmi ceux que je connais).

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audric

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de Poche (Format Poche)

A Pripiat, en Ukraine, non loin de Tchernobyl, le cadavre d’un homme est découvert par un groupe de touristes, suspendu à la façade d’un immeuble. L’identité du mort, Leonid Sokolov, fait apparaître qu’il est le fils d’un ancien ministre soviétique. Le capitaine de police Joseph Melnyk va être chargé de l’enquête, aidé par sa subordonnée Galina Nowak, tout juste sortie de l’école de police. En parallèle, Alexandre Rybalko est contacté par le père et, moyennant finances, il accepte de trouver le coupable et de le tuer. Les deux policiers, Melnyk et Rybalko vont arriver à la même déduction séparément : ce meurtre est lié à celui de sa mère, Olga Sokolov, survenu en 1986, le jour de l’explosion de la centrale nucléaire.

Étiqueté (à mon avis à tort) thriller, ce polar / roman policier vaut plus que le détour tant la façon de plonger le lecteur dans un monde inconnu est fascinante. Pour le côté thriller, il y a peu de scènes sanguinolentes, à part la découverte du corps et son autopsie. Par contre, du côté de la vie des Ukrainiens, ce roman est une mine d’informations et à ce titre, on apprend plein de choses et cela en devient passionnant.

On pardonnera bien volontiers la présentation des deux personnages principaux, pleine de clichés, Melnyk étant un flic droit, cinquantenaire, débonnaire, lourdaud mais efficace, doté d’un sens de l’observation aigu et d’une loyauté sans faille envers son travail, Rybalko étant condamné par un cancer, alcoolique, divorcé, déprimé, mais redoutablement efficace.

Par contre, lors des méandres des deux enquêtes, l’auteur va aborder la vie quotidienne des Russes et des Ukrainiens, la corruption, la peur ancestrale et datant du communisme de l’échec, le règne de l’argent, l’impunité des politiques véreux, les rapports de force entre les habitants, et aussi la vie disparue des environs de la centrale, la folie et la curiosité malsaine des touristes, la nature qui revit dans un environnement létal, les luttes des écologistes pour faire entendre leur voix, la désorganisation sur le terrain d’une société qui veut se montrer irréprochable, les violences conjugales qui sont « normales » chez eux, …

Ce roman est une véritable réussite, que l’on n’a pas envie de lâcher tant chaque page nous apporte une nouveauté, aussi bien sur la vie dans cette zone aujourd’hui, que ce qu’il se passait à l’époque du KGB, où on pouvait torturer quelqu’un tant qu’il n’avait pas avoué, car l’aveu est la seule chose qui comptait. Je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman tant l’immersion est totale et le dépaysement garanti. Un excellent polar.

Surface d’Olivier Norek

Editeur : Michel Lafon (Grand Format) ; Pocket (Format poche)

La capitaine Noémie Chastain reçoit de la chevrotine en pleine tête lors d’une intervention visant à arrêter un trafiquant de drogue. Défigurée, elle va subir de nombreuses opérations chirurgicales ainsi qu’un suivi psychologique du docteur Melchior. Quand elle sort de l’hôpital, personne ne veut d’elle, ni sa hiérarchie, ni son compagnon Adriel. Le compromis se trouve dans une mission au fin fond de l’Aveyron, à Avalone, où elle doit observer l’activité du commissariat en vue de diminution de budget. Bientôt, un fût dans lequel dort le corps d’un jeune garçon remonte à la surface d’un lac. Noémie apprend alors que l’ancien village a été noyé pour créer un barrage. C’était en 1994, 25 ans auparavant.

Les premières pages de ce roman, les 70 premières pour être précis, sont totalement prenante et fascinante, à la fois d’un point de vue psychologique, que d’émotion retenue. La descente pour enfermer Sohan, trafiquant de drogue sans scrupules, tient en un chapitre. Et le retour de Noémie Chastain à la vraie vie est d’une justesse qui m’a fait réaliser le drame qu’elle a subi. Justesse que l’on retrouve quand elle change de prénom, passant de Noémie à No. Justesse encore quand le fût rempli par un cadavre fait surface, créant un parallèle entre le visage à moitié défiguré et le village englouti, entre la part visible de Noémie et sa par d’ombre qui ne s’accepte pas.

Et puis, il y a cette enquête, cold case vieux de 20 ans, qui est bien menée, qui possède un scénario fort bien trouvé, mais qui perd à mon gout, sa justesse, son efficacité du début. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est un très roman policier, les pistes ne sont pas nombreuses, l’intrigue avance avec difficulté, les suspects ne sont pas nombreux mais tous potentiellement coupables. Tout y est bien fait. J’ai juste eu l’impression qu’Olivier Norek en rajoutait alors que cela n’était pas utile. Du coup, ce roman sera pour moi un très bon roman policier au lieu d’être un coup de cœur.

Harry Bosch 2 : La glace noire de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann Levy (Grand Format) / Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Je poursuis ma (re) découverte des enquêtes de Harry Bosch avec cette deuxième enquête qui va nous faire découvrir une nouvelle facette de Los Angeles, en prise avec le trafic de drogue.

Lors de cette veille de Noël, Harry Bosch est seul dans son appartement et est de garde à la brigade de Hollywood. Il aperçoit de la fumée du coté de Cahuenga Pass, puis intercepte un message sur la fréquence du LAPD : un corps vient d’être découvert dans la chambre 7 du minable motel Hideaway. Il aurait du être prévenu en premier et la brigade criminelle a pris l’affaire en charge. Bosch décide de se rendre sur les lieux.

Le cadavre repose dans la chambre depuis plusieurs jours, dans la salle de bains. Calexico Moore, membre de la brigade des stupéfiants, selon les papiers retrouvés sur la table de nuit, s’est tiré une balle de fusil en pleine tête. Il y retrouve le chef adjoint Irvin Irving, qui ne tient pas à ce qu’il s’occupe de cette affaire, d’autant plus que Moore est soupçonné par les Affaires Internes pour corruption. On trouve un mot énigmatique expliquant le suicide : « J’ai découvert qui j’étais ».

Irvin Irving autorise Bosch à aller annoncer la mort de Moore à sa femme, dont il est séparé. Il se retrouve en compagnie de Sylvia, au charme indéniable. Mais elle ne lui apprend rien, à part le fait que Moore était originaire de Mexicali, de l’autre coté de la frontière. De toute évidence, Irving veut conclure cette affaire en démontrant que Moore était un flic pourri. Cela expliquerait pourquoi il n’a pas été prévenu.

De retour au bureau, le chef Pounds le convoque dans son bureau. Il lui rappelle que la fin de l’année approche, et que les statistiques de résolution des crimes ne sont pas bonnes, en dessous de 50%. Comme Lucius Porter, un des enquêteurs, s’est fait déclarer pâle, Pounds demande à Bosch de reprendre ses dossiers pour en résoudre quelques uns rapidement, avant la fin de l’année. Dans un de ces dossiers, il y a la découverte du corps d’un mexicain derrière un bar. En fouillant un peu, Bosch s’aperçoit que le corps a été découvert par Moore. Le suicide de Moore et la mort du mexicain sont peut-être liés dans une affaire de drogue, la Black Ice par exemple qui vient de débarquer et qui fait des ravages.

Rares sont les auteurs capables de vous plonger au cœur d’une intrigue et de ne plus vous lâcher jusqu’à la fin. Cette deuxième enquête est moins complexe que la première mais plus recentrée sur le problème de la drogue. On y retrouve tout le talent de l’auteur pour mener cette intrigue de façon passionnante et avec une logique formidable. Cela amènera même Bosch à faire la chasse aux trafiquants de drogue jusqu’au Mexique dans des scènes d’actions très prenantes. Connelly nous offrira même un ultime retournement de situation comme une cerise sur la gâteau.

Quant au personnage de Harry Bosch, on le retrouve plus solitaire que jamais, aussi bien dans sa vie privée qu’auprès de ses collègues. Seuls ceux qui sont irréprochables ont foi à ses yeux. Détestant l’incompétence et la corruption, il ne se fait pas d’amis. Et on le retrouve aussi de plus en plus miné par son passé, la mort de sa mère, sa jeunesse, et le fait qu’il soit le fils naturel du vieil avocat Haller, dont le fils Mickey Haller fera l’objet de romans par la suite.

La ville de Los Angeles partage la vedette avec Harry Bosch. Alors qu’il l’observe du haut de sa maison perchée sur les collines, Bosch (et donc Connelly) va nous faire visiter les quartiers pauvres, les rues parsemées de drogués, et les bars sombres et glauques où les informations circulent. En ce sens, la fin, qui se déroule au Mexique, ne m’a pas fait oublier ces rues paumées et la criminalité qui augmente à Los Angeles.

La précédente enquête et première de la série s’appelle Les égouts de Los Angeles et est chroniquée ici. 

Oldies : Cinq femmes et demie de Francisco Gonzales Ledesma

Editeur : L’Atalante (2006) ; Points (2011)

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Cela faisait un bon bout de temps que je voulais découvrir Francisco Gonzales Ledesma et son personnage d’inspecteur récurrent Ricardo Méndez. Il aura fallu un cadeau de mon ami Jean le Belge pour que je me lance. Je peux vous dire qu’après cette lecture, je lirai toutes ses enquêtes.

L’auteur :

Francisco González Ledesma, né le 17 mars 1927 à Barcelone et mort le 2 mars 2015 à Barcelone, est un écrivain espagnol, auteur de nombreux romans policiers. Son personnage le plus célèbre, l’inspecteur Ricardo Méndez, apparaît pour la première fois dans Le Dossier Barcelone. La qualité et la force de ses romans lui ont valu les faveurs du public, la reconnaissance de ses pairs et de nombreux prix littéraires.

Né le 17 mars 1927 dans le quartier populaire de Poble Sec à Barcelone, c’est grâce à l’aide d’une tante qu’il étudie au collège, puis entreprend des études de droit qu’il finance avec des « petits boulots » et en écrivant des « pulps ». De 1951 à 1981, sous le pseudonyme de Silver Kane, Francisco González Ledesma écrit plus de mille westerns et romans d’aventures qu’il livre parfois au rythme de trois par mois. En parallèle, entre 1957 et 1965, il a recours au pseudonyme Rosa Alcázar pour faire paraître une vingtaine de romans d’amour. En 1948, son premier roman signé de son patronyme, Sombras viejas, est couronné par le Prix international du roman. Cependant, interdit trois fois, il ne sera jamais publié en Espagne.

Déçu par la profession d’avocat, il cherche une autre voie. L’assouplissement de la loi sur la presse lui permet de devenir journaliste en 1963, ce qui lui permet de « réaliser un vieux rêve d’enfance ». Il entre à La Vanguardia, dont il deviendra rédacteur en chef. Il y fonde un syndicat de journalistes clandestin auquel adhère un autre futur auteur de romans policiers, Manuel Vázquez Montalbán. Refusant d’écrire le moindre papier sur Franco pour ne pas trahir ses opinions, il devient un orfèvre dans l’art de rédiger les informations de façon défavorable au régime sans encourir les foudres de la censure.

La transition démocratique qui suit la mort du caudillo lui permet de faire publier un premier roman sous sa véritable identité : Los Napoleones. Cet ouvrage, écrit en 1967, n’avait jamais été présenté à la censure par l’éditeur, de peur de le voir interdit. Les années 1980 sont fécondes pour Francisco González Ledesma qui crée le personnage de l’inspecteur Ricardo Méndez dans Le Dossier Barcelone (Expediente Barcelona, 1983), suivi par sept titres dans le même cycle. Il publie également dix autres romans noirs. Il utilise à deux reprises le pseudonyme Enrique Moriel pour faire paraître des romans noirs.

Il reçoit la Creu de Sant Jordi en 2010.

Quatrième de couverture :

Palmira Canadell est morte violée puis assassinée par trois voyous. Et Méndez n’a reçu pour mission que d’assister à son enterrement. Il fera davantage en partant explorer les petits cafés, les rues étroites, les appartements et les cours intérieures où se cachent les secrets de Barcelone. Le sang coule dans la cité catalane, et des ombres y planent aussi.

Méndez observe que cinq femmes se réunissent dans un bar en vue d’un tournage publicitaire : certains trembleraient s’ils savaient la vérité. Tandis que, depuis la fenêtre de sa chambre, une autre femme découvre en son nouveau voisin un tueur chargé de l’assassiner.

« Voici l’histoire la plus intime de Méndez, de ses vieilles solitudes et de ses rues qui n’ont l’air de conduire nulle part. C’est aussi l’histoire secrète de six femmes (peut-être cinq et demie seulement) que leur naissance destinait à n’être que des victimes, dévorées l’une après l’autre par les hommes riches de la ville. »

Mon avis :

Quelle personnage que ce Ricardo Méndez ! Relativement âgé mais refusant de prendre sa retraite, son chef le charge d’activités sans importance. Mais il s’intéresse aux affaires envers et contre tous, de façon non officielle. Il n’arrête pas non plus les truands ou assassins, s’arrangeant pour leur passer l’envie de franchir la ligne jaune. Mais c’est surtout un personnage à l’image de son pays, regrettant le passé illustre de l’Espagne, celle avant la dictature, regrettant la décrépitude de Barcelone, regrettant la modernité qui transforme les humains en machines sans sentiments.

Pour cela, il vit dans son quartier pauvreux et sale, et se retrouve avec une affaire dont il ne doit pas s’occuper : Une femme a été enlevée, violée et tabassée à mort. Son corps a été retrouvé dans un terrain vague. Pourtant, elle était du genre à ne pas se laisser faire. En parallèle, il se croit suivi par un tueur à gages, Reglan et se tient prêt à toute agression. Et puis, il y a cette femme qui raconte sa vie, poussée à la prostitution par sa mère … et puis il y a ces cinq femmes qui se préparent à un tournage publicitaire …

Roman foisonnant, roman déstructuré, roman baroque, le ton y est des plus originaux mais aussi parfaitement cohérent, à la fois par le sujet, le décor et le personnage de Ricardo Méndez. On n’y est jamais perdu, et même, on s’attache à tous ces personnages rencontrés, tous ces lieux visités. Le Barcelone que l’on parcourt est loin du faste de Las Remblas, les trottoirs sont sales, les nuits glauques, et Ledesma nous partage son amour de ces immeubles populaires, de ces quartiers humains.

Et puis, il y a ce sujet terrible, ces scènes d’une dureté et d’une ignominie infâme : ces femmes tour à tour insultées, maltraitées, battues, violées, voire tuées par des hommes riches, dont l’impunité fait monter la rage, la colère et l’envie de tout balayer d’un coup de balayette. La plume de Francisco Gonzales Ledesma a cette puissance unique pour faire passer ce message et il montre que malgré les années qui passent, rien ne change jamais, la société s’enfonce de plus en plus dans l’ignominie. Et ces femmes représentent une belle allégorie de la ville de Barcelone, qui s’est laissée séduire par l’argent et a laissé son peuple perdre son espoir au profit du capitalisme, quand la corruption et l’impunité sont élevées au rang de nouvelle religion. Un roman toujours d’actualité, hélas.

7 milliards de jurés ? de Frédéric Bertin-Denis

Editeur : Lajouanie

Il est des romans dont on se rappelle même longtemps après les avoir lus et des auteurs dont on se dit qu’on suivra leurs prochaines productions. Force est de constater que Viva la muerte a laissé des traces dans ma mémoire (qui commence à être défaillante) et que c’est avec beaucoup de joie que j’ai retrouvé Frédéric Bertin-Denis et son personnage de Manolo El Gordete (El Gordo pour les intimes) pour une affaire qui sort de l’ordinaire.

Paris, France, 9 juin 2022, 15H20. Pierre-Henri de la Marjolie, PDG de la première entreprise énergétique européenne, a été enlevé par un commando de 6 hommes armés. Aucune revendication ou demande de rançon n’a été publiée.

Sapporo, Japon, 9 juin 2022, 22H25. Hiro Katajima, directeur général de la compagnie d’électricité Hokuden, a été enlevé par 3 ninjas. Aucune revendication ou demande de rançon n’a été publiée.

Lagos, Nigeria, 9 juin 2022, 14H30. Ayedeke Obayama, l’homme noir le plus riche du monde, a été enlevé par un groupe armé portant l’uniforme de la DOCIA (Death Of Capitalism In Africa). Aucune revendication ou demande de rançon n’a été publiée.

New-York, Etats-Unis, 9 juin 2022, 10H22. Debra Spellman, directrice pour les affaires africaines à la banque Goldsad Bros a disparue alors qu’elle avait un rendez-vous à 9H00. Aucune revendication ou demande de rançon n’a été publiée.

Belém, Brésil, 9 juin 2022, 10H45. Gustavo Almeida de Abreu, gouverneur de l’état de Para a été grièvement blessé lors d’une tentative d’enlèvement.

Sydney, Australie, 9 juin 2022, 23H30. Graham Matlock, le magnat des médias anglo-saxons, a été enlevé à sa sortie de l’opéra. Aucune revendication ou demande de rançon n’a été publiée.

Cordoue, Espagne, 9 juin 2022, 15H00. Pedro Belmonte de la Isla, grand patron de Desmantex, reçoit Maria Del Pilar, une jeune femme intelligente qu’il prend sous son aile. Elle se fait accompagner de deux amis. Leur discussion tourne autour des délocalisations dont Pedro est fier. Les deux hommes enlèvent Pedro pour l’emmener, disent-ils, à son procès pour crime économique et écologique contre l’humanité.

Manolo El Gordete va être chargé de la disparition de Pedro Belmonte de la Isla.

Voilà un polar qui, malgré un sujet hautement polémique et grandement casse-gueule, s’en tire avec les honneurs, voire même avec la palme du jury … d’où le titre du roman. Enfin, le jury, en l’occurrence, c’est moi. Ce fut avec un réel plaisir de retrouver Manolo, ce flic affublé d’une panse rondelette, défenseur de la justice mais aussi ardent héraut des pauvres. Alors, forcément, cette enquête va le confronter à ses propres valeurs. C’est aussi la force de ce roman, de ne pas s’être dispersé dans les différents endroits du monde où ont eu lieu les enlèvements et de s’être concentré sur la partie espagnole de l’enquête, avec Manolo en guest star.

D’une lecture facile et parfaitement maîtrisée, ce roman se lit rapidement et il s’avère être un véritable plaisir, de l’enquête remarquablement menée aux interviews des grands de ce monde. Même si ce roman est une fiction, il montre quelques faits par l’intermédiaire de scènes filmées par ce groupuscule rebelle, qui sont parfaitement lucides et donc totalement intéressants. Lors d’une de ces scènes, l’auteur pointe même le désir du peuple de vouloir toujours tout payer moins cher et dénonce donc la propre responsabilité de ceux qui se révoltent contre le capitalisme.

Aussi bien dans la forme que dans le fond, ce polar qui flirte avec le roman social est une grande et belle surprise et est bigrement intéressant dans sa démonstration, sans pour autant prendre ouvertement position. Il eut été maladroit de se placer d’un coté ou de l’autre trop ouvertement. Sa forme de discours lucide et simple en fait un polar à message populaire qui mérite très largement que l’on s’y intéresse. Alors, n’hésitez pas, que vous compreniez les enjeux de l’économie ou pas, vous allez vibrer et rager en lisant ce roman, qui est de plus un excellent divertissement. 

Ne ratez pas l’avis de mon ami Jean le Belge

Terres brûlées d’Eric Todenne

Editeur : Viviane Hamy

Après Un travail à finir, que j’avais beaucoup aimé, je me devais de lire le deuxième opus de ces deux auteurs qui écrivent à quatre mains les enquêtes policières de Philippe Andréani et Laurent Couturier. Ce roman maîtrisé de bout en bout utilise une structure connue pour un résultat franchement emballant dans lequel on apprend plein de choses.

Alors qu’il est suspendu, le lieutenant Philippe Andreani s’encroute chez lui, et il faut bien sa fille Lisa pour le secouer un peu. Quand il retourne au boulot, c’est pour trouver une situation de panique : le commissaire Berthaud a fait muter le lieutenant Moret, un incapable notoire, et attend la visite d’un inspecteur de l’IGPN, un dénommé Detravers, connu pour son esprit pointilleux suite au suicide du chef de la section des stups Bardel.

C’est donc le couple Andreani / Couturier qui hérite des dossiers de Moret dans l’état qu’ils sont, c’est-à-dire en vrai bordel : les rapports quand ils sont faits ne sont pas rangés, les dossiers traînent partout. Comment choisir, dans un tel capharnaüm, une affaire plutôt qu’une autre ? En plus, le cinquantenaire Couturier a reçu une convocation du service médical pur vérifier sa forme, loin d’être olympique.

En prenant un dossier au hasard, ils trouvent une affaire d’incendie ayant entraîné la mort. Le corps de Rémi Fournier a été retrouvé dans sa maison carbonisée dans un petit village de Moselle, Laxou. Les deux lieutenants rendent visite à l’expert d’assurance qui leur annonce un incident domestique, une poêle qui a trop chauffé, l’homme qui est tombé inanimé. Il suffit d’un doute sur cent pour qu’Andreani fouille dans les méandres du passé. Et l’identité de la victime pose problème …

Si cette enquête fait directement suite à la précédente, elle peut être lue indépendamment, grâce aux rappels présents au début du roman, intégrés à l’histoire. Mais il serait dommage de se passer d’un tel plaisir. Je me rappelle que j’avais regretté le début de Un travail à finir. Ce ne sera pas le cas ici. Les auteurs ont choisi de hausser le rythme, de mettre en avant les psychologies des deux enquêteurs et c’est tant mieux. Si on accroche dès le début de l’histoire, alors on ne peut plus lâcher ce livre.

Car l’enquête va avancer doucement, faisant des allers-retours entre passé et présent et remonter jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’occupation allemande en Lorraine. On y découvre en effet une population qui a subi deux changements de nationalité en moins de 50 ans (suite aux guerres de 1870 puis 1914-1918) et qui se retrouvent à nouveau avec l’occupant allemand en 1940. Ajoutez à cela un village coupé en deux par l’occupation, et la chasse aux juifs et vous avez le contexte sans pour autant comprendre comment tout cela va s’agencer ni les drames qui vont survenir.

Le rythme va être lent, au contraire de Philippe Andreani, sur des charbons ardents, tout le temps stressé, cherchant à démontrer qu’il est utile à son service. L’écart est grand avec son partenaire Laurent Couturier qui envisage plutôt une préretraite tranquille sans se faire emmerder par qui que ce soit et qui doit gérer le fait que sa femme soit à l’hôpital. Cela va occasionner des frictions mémorables qui vont involontairement faire avancer l’enquête.

Il ne faut pas oublier non plus les personnages secondaires dont le légiste Legast doté d’un humour noir hilarant, ni le patron du bar Au Grand Sérieux, Pierre qui parsème ses joutes verbales de citations latines fort à propos et qui allègent le propos. On se retrouve avec un roman complet, passionnant, instructif et psychologiquement abouti qui me fait beaucoup pensé aux romans d’Arnaldur Indridason par sa structure et qui possède deux personnages en or que l’on a envie de suivre plus avant. Voilà un formidable polar pour tous ceux qui aiment que les situations s’installent gentiment et que les histoires dramatiques soient présentées placidement. J’adore !

Hier est un autre jour … de Muriel Mourgue

Editeur : Ex-æquo éditions

Je retrouve avec plaisir le personnage d’Angie Werther, que j’avais rencontré dans Le jeu des apparences. J’avais apprécié passer quelques heures de lecture en sa compagnie. Avec cette nouvelle aventure, il y a plus de tension, plus de mystère mais le plaisir de retrouver ce personnage est toujours aussi grand.

Nous sommes en 2027. Angie Werther, qui a connu une enquête traumatisante pendant laquelle elle a failli se faire violer, décide de retourner chez son père qui habite Buenos Aires. Elle a toujours aimé ce pays, ses librairies et ce rythme de vie nonchalant. Malheureusement, elle va être bouleversée par deux nouvelles : elle apprend qu’elle est la petite fille d’un nazi ayant fui l’Allemagne en 1945, et la présidente française Rose Leprince lui demande de revenir au pays, par l’intermédiaire de son ancien chef Luc Malherbe, conseiller personnel de la première dame du pays.

L’Europe est en train de se reconstruire avec la gigantesque cyber-attaque qui a mis sur les genoux tous les pays en 2019. Revendiquée par un groupuscule extrémiste L’Etoile Noire, elle a avortée et les membres terroriste morts, en fuite ou arrêtés. Malgré cela, des mouvements d’opposition semblent renaître et la présidente demande à Angie d’enquêter sur la mort de trois anciens repentis de l’Etoile Noire.

Angie sera accompagnée d’Alex Darkness, un ancien amant et ils passeront pour un couple venant de Londres intéressé par les arts nouveaux. Leur première cible est de nouer contact avec un tatoueur Kendo qui organise une exposition. Du coté de Luc Malherbe, la situation est inquiétante : il doit suivre l’enquête mais aussi gérer des lettres anonymes menaçantes que reçoit la présidente. Et la fréquence de ces lettres augmente …

Ce que j’apprécie chez Muriel Mourgue, c’est cette apparence tranquille pour mener son intrigue. C’est écrit simplement, d’une fluidité remarquable, détaillant ici un décor, là une expression ou un personnage, avec des dialogues réduits au plus strict minimum et avec des événements qui ne nous éclairent pas sur la solution mais multiplie les pistes potentielles. Pour un amateur de romans policiers, c’est du bonheur simple et bien fait.

Mais il ne faut pas réduire ce roman à ce genre là. Muriel Mourgue va alterner les points de vue, passant de la Présidente à Angie et Alex, de Luc Malherbe aux deux ministres frondeurs. Ce roman va donc se situer à mi chemin en roman d’infiltration, roman politique, roman policier, roman d’espionnage et j’en passe … On y voit aussi une société sous-jacente, rebelle, axée sur le bien-être personnel, refusant l’aliénation du gouvernement en place, aussi bien que la façon de mener les communications politiques auprès du peuple, qu’une augmentation du stress au fur et à mesure que les lettres anonymes arrivent.

Ce roman est certes un roman futuriste, d’un futur proche qui ressemble comme une goutte d’eau à la situation actuelle. Avec un peuple à bout de nerfs, la moindre décision politique (ici l’interdiction de fumer dans les endroits publics en plein air) déclenche des manifestations et la situation se tend. Et les relations et luttes de pouvoir au sommet de l’état ne vont pas simplifier la résolution de l’énigme, surtout quand la présidente tait un pan de son passé.

Je ne vous en dis pas plus, car vous vous rendez compte que l’intrigue est foisonnante de possibilités, qu’il y a du rythme, de l’imagination dans les situations et que tout ceci est écrit avec un calme et une assurance qui en font un très bon moment de divertissement. Et même si j’aurais aimé sentir un peu plus le peuple manifester, un peu plus de bruit et de fureur, je dois dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, un des meilleurs de cette auteure.

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J.Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Le dernier roman en date de Roger Jon Ellory ne fait pas exception à la règle : il nous parle des Etats-Unis. Et pourtant, il s’avère être un roman surprenant à bien des égards, et en particulier vis-à-vis de l’histoire puisqu’il s’agit d’une uchronie. Et si John Fitzgerald Kennedy n’était pas mort le 22 novembre 1963 ?

23 novembre 1963. Ed Dempster et Larry Furness fouillent un immeuble au coin de Houston et Elm Street. Ils découvrirent des cartons empilés de façon à faire un mur entre les escaliers et la fenêtre. Et derrière le mur de cartons, juste a coté de la fenêtre, une balle de 6mm toute neuve, inutilisée. Malheureusement, elle tombe entre deux lames de parquet. Impossible d’en faire plus.

Mitch Newman est journaliste photographe. Il a connu Jean Boyd le samedi 19 avril 1947, lors de l’anniversaire de celle-ci et est tombé immédiatement amoureux d’elle. Ils ont fait tous les deux les mêmes études, ne se sont plus quittés, jusqu’en juillet 1950 où il s’engagea comme photographe de guerre en Corée. C’était comme un appel pour lui, une déchirure pour elle. Mitch a passé 4 mois d’horreurs en Corée avant de revenir à jamais marqué et Jean a refusé de le voir, et même de répondre à ses lettres.

Chacun a fait son chemin, lui devenant photographe très porté sur la boisson, elle reporter au Washington Tribune jusqu’à ce que le 5 juillet 1964, Mitch apprenne que Jean s’était suicidée, en avalant des somnifères. Ne comprenant pas son geste, Mitch se rend dans sa maison, récupère son chat et va voir la mère de Jean, Alice. Elle non plus ne comprend pas ce geste. Mitch, pour rendre hommage à l’amour de sa vie, va reprendre l’enquête sur laquelle elle était et qui lui a occasionné d’être virée du Tribune. Mais plusieurs événements lui montrent que quelque chose de louche se trame.

Roger Jon Ellory avait déjà abordé la famille Kennedy dans une nouvelle, sortie hors commerce Le Texas en automne, dans laquelle il se mettait dans la tête du président assassiné. Il revient sur cet événement, en bon passionné des Etats-Unis pour une uchronie, ce qui lui donne une originalité par rapport à tout ce qui a pu être fait, écrit, édité sur cet événement incroyable du vingtième siècle.

Roger Jon Ellory est un écrivain doué pour raconter des histoires, et ce roman le démontre une nouvelle fois. Il a cette art de créer des personnages plus vrais que nature, de les positionner dans des situations réelles ou imaginées, mais en tous cas de nous immerger dans une histoire forte. C’est ici le personnage de Mitch qui va porter le scénario, un personnage attachant cherchant à réparer ses erreurs du passé, et qui va, à la fin du roman, se prendre une belle claque en apprenant qui il est réellement.

Entre les chapitres consacrés à l’enquête, qui avance comme dans un brouillard, nous allons naviguer en eaux troubles dans les services secrets, l’intimité du président et de sa famille et toutes les magouilles mises en place pour faire réélire Kennedy. L’auteur insiste beaucoup sur les trucages des votes pour placer JFK à la tête du pays, sur les financements de sa campagne par la mafia.

Pour autant, on ne trouvera pas de révélations sur la mort du président ; j’ai même trouvé qu’il y allait avec des pincettes, préférant mettre l’accent sur son personnage principal, se croyant investi d’une mission en mémoire de son amour perdu. Mais le roman est moins fort émotionnellement. Le déroulement de l’intrigue est remarquablement bien fait, prenant, passionnant, jouant avec les personnages réels comme avec des pions. Et c’est ce que je retiendrai de ce roman, un excellent polar jouissif en forme de jeu de piste.

Chronique virtuelle : Itinéraire d’un flic de Luis Alfredo

Editeur : Ska (Livre numérique)

Les enquêtes du commandant René-Charles de Villemur sont maintenant regroupées dans un seul et unique recueil numérique, chez Ska. Ce personnage hors-norme hors temps va donc trimbaler sa silhouette mitterrandienne à travers cinq affaires. Cette compilation inclut un épisode inédit appelé Emasculation. J’ai donc regroupé mes lectures de chacune d’elles dans un seul billet et vous encourage à aller vous procurer ce livre numérique à moins de 4 euros) pour découvrir une personnalité intéressante, attachante et spéciale.

Pendaison de Luis Alfredo :

Premier tome des enquêtes du commandant René-Charles de Villemur, ce mini roman d’une cinquantaine de pages se lit très rapidement et doit se savourer comme un dessert … ou une entrée en matière. J’avais déjà lu Kidnapping qui comportait un style humoristique. Ici, on est dans une intrigue plus sérieuse.

Quand on appelle Villemur ce matin-là, c’est à cause de la découverte du cadavre d’un homme pendu dans son entrée. On aurait pu penser à un suicide, si ce n’est que le pauvre homme a été émasculé après pendaison. Difficile dès lors de songer à un suicide. Quand Villemur visite la chambre du mort, il n’y trouve que des habits d’homme. La victime serait-elle homosexuelle ? Pour Villemur qui vient de se brouiller avec son ami de cœur Christian, la thèse de l’homophobie est à retenir parmi les mobiles possibles.

Malgré son apparence d’un autre âge, on est tout de suite familier avec ce commandant de police décidément pas comme les autres. Toujours bien habillé, avec son chapeau mitterrandien, il déroule son enquête avec application, recherchant le mobile pour trouver le coupable, pour arriver à une conclusion bien amère. D’une écriture agréable et appliquée, cette enquête est un réel plaisir de lecture que l’on souhaite prolonger de suite.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul 

Sodomie :

Six mois que son amant Christian est parti. René-Charles de Villemur, commandant de police, tombe dans la routine et noie sa solitude dans l’alcool. Quand on lui signale le meurtre d’un boucher, il se rend sur place. La scène du meurtre est étrange : on lui a enfoncé le canon de l’arme dans le cul et tiré à deux reprises. Encore plus étrange, il y a de la vaseline sur les doigts du boucher et sur son anus, ce qui implique qu’on lui a ordonné d’en mettre.

Alors qu’on lui met dans les pattes Patricia Boyer, une journaliste qui veut faire un reportage sur la police, le commandant et son acolyte Octave vont, comme à leur habitude, dérouler leur méthode, faite d’interrogatoire des voisins. Mais quand un deuxième meurtre est signalé le lendemain, exécuté selon la même méthode, la situation devient urgente, et la pression de la hiérarchie plus pressante.

On retrouve ici toutes les qualités de la précédente enquête, un style fluide, des scènes qui s’enchainent vite et des dialogues savoureux. Cette lecture est donc un vrai plaisir de retrouver ce commandant de police bien typé, même si on découvre assez rapidement l’identité du coupable. La conclusion, par contre, vaut le détour à elle-seule.

Ne ratez pas l’avis de L’oncle Paul

Kidnapping :

Le quotidien d’un officier de police est très varié de nos jours. Le commandant René-Charles de Villemur peut passer d’un rassemblement politique à un suicide en passant par la disparition d’une personne. C’est la disparition de Véronique Chérelle qui va l’occuper, rapportée par son adjoint Octave. Celle-ci a organisé un repas avec des amis et elle n’est pas présente, laissant son mari gérer le repas. Parmi les amis, il y a l’influent M. de Saint-Mont. Devant l’inquiétude de l’assistance, Chérelle appelle la police, ce qui va donner à une enquête sous haute tension dès lors que l’on touche aux grands de ce pays.

J’avais déjà lu cette enquête, alors je vous remets mon avis. J’ai découvert à l’envers cette série et je dois dire qu’on peut les lire indépendamment les uns des autres. Il y a un coté suranné dans le style, un coté légèrement décalé et humoristique, voire sarcastique, qui rendent cette lecture passionnante. L’intrigue est simple mais en peu de mots, l’auteur créé des psychologies, une ambiance et c’est du pur plaisir. Pour tout vous dire, j’ai déjà acheté les autres épisodes ! Je pense que j’y reviendrai plus en détail plus tard …

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul

Eventration :

Après être passé par tous les postes du supermarché, Patrice Rousse en est devenu le chef de la sécurité. Avec son copain Lucien, ils prennent en flagrant délit de belles jeunes femmes, les emmènent dans la réserve pour assouvir leurs besoins sexuels. Quand il s’agit des arabes, il faut plutôt jouer des poings ; une bonne correction n’a jamais fait de mal à personne ! Lucien, de son coté, profite aussi des largesses de Geneviève, la femme de Patrice sans qu’il n’en sache rien.

De son coté, le commandant René-Charles de Villemur n’arrive pas à oublier le départ de son ami Christian et s’enfonce dans une dépression fortement alcoolisée. Quand il apprend le suicide de Patricia Boyer, une amie, son horizon s’assombrit. L’affaire de l’assassinat de Lucien devrait lui apporter une motivation, mais ce n’est pas le cas. Heureusement qu’Octave, son adjoint, est là pour le secouer.

Cette nouvelle, trop courte à mon goût, ressemble à s’y méprendre à une enquête de l’inspecteur Columbo, dans sa construction. Pendant plus d’un tiers de cette histoire, l’auteur va nous présenter le contexte sans toutefois nous présenter le coupable. Le ton est définitivement plus noir, plus désespéré et on est loin de la dérision présente dans les autres enquêtes. Cela prouve que Luis Alfredo est doué dans tous les genres.

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul

Emasculation :

Cet épisode n’est disponible que dans la compilation regroupant les quatre autres enquêtes.

Depuis l’affaire relatée dans Pendaison où une victime fut assassinée et émasculée, René-Charles de Villemur discute chez lui avec ses amis Joan Nadal et Patrick Fonvieux d’une série de meurtres visant des homosexuels. Comme ils ont lieu dans une autre juridiction, le commandant n’est pas en charge de l’enquête.

Il est plus de cinq heures du matin quand le téléphone sonne. C’est Octave, son adjoint qui l’informe que le commandant Villote souhaite le joindre. Ce dernier vient de découvrir sur une plage proche de Bordeaux un nouveau cadavre, celui de Christian, son ancien amant que René-Charles a du mal à oublier. Une lettre adressée à René-Charles lui rappelle l’affaire de la mort de Victor Ferran, celle relatée dans Pendaison …

La boucle est bouclée avec cette enquête qui fait référence à la première. On retrouve évidemment avec grand plaisir les personnages qui parcourent ces affaires, et j’ai été étonné de la proximité que j’ai retrouvée avec eux. Ils sont tellement bien dépeints sans en rajouter qu’ils en deviennent des proches.

Le sujet aborde des croisades d’un autre temps, celles d’éliminer ceux qui ne sont pas comme le commun des mortels. Les victimes sont des homosexuels et l’auteur aborde ce sujet avec suffisamment de recul pour laisser le lecteur être horrifié par la connerie humaine. D’ailleurs, quand on lit certains messages sur les réseaux sociaux, on se dit que la réalité pourrait bien dépasser la fiction.

Il n’en reste pas moins que ce premier (que j’espère ne pas être le dernier) est complet et représente une série de très bons romans policiers populaires. D’ailleurs, en parlant de série, je verrai bien ces cinq enquêtes adaptées en série télévisée car tous les ingrédients sont présents pour passionner les masses, des sujets abordés aux personnages passionnants. Avis aux amateurs !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul