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Un travail à finir d’Eric Todenne

Editeur : Viviane Hamy

Premier roman certes, mais apparemment pas forcément premier roman, puisque ce roman est annoncé comme un roman écrit à quatre mains par deux auteurs qui ne se dévoilent pas. La seule chose que l’on peut espérer est que ce roman soit le début d’une série …

Philippe Andreani est un vieux e la vieille à la brigade criminelle, avec ses vingt deux années au compteur. Même s’il a un taux de résolution d’affaires enviable, il n’est pas bien vu de sa hiérarchie. Cela est du à sa propension à utiliser des méthodes drastiques et directes pour mettre un point final à ses enquêtes. Seul son collègue Laurent Couturier le supporte, lui apportant un soutien grâce à ses qualités de fouineur informatique.

La dernière affaire en date risque de mettre un point final à sa carrière : Lors d’une planque pour arrêter un dealer de drogue, il est cantonné à une surveillance pendant que la brigade des stupéfiants fait sa descente. Quand il voit le dealer sortir d’une impasse pour se sauver, il n’hésite pas et tire sans sommation dans le dos du dealer, et le touche à la jambe. Andreani est immédiatement suspendu de ses fonctions en attendant l’enquête des bœufs-carottes et est obligé de participer à des entretiens avec une psychologue.

Mais ce soir, ce n’est pas ce qui l’occupe : il doit fêter l’anniversaire de sa fille Lisa, qui travaille dans une maison de retraite. Quand il arrive sur son lieu de travail, elle fond en larmes, lui annonçant qu’un de ses pensionnaires vient de se tuer en tombant sur le coin de sa table de nuit. Pour lui faire oublier ses soucis, il lui prépare un bon petit plat.

Andreani est tout de même embêté pour sa fille. Après avoir fait un détour par son bar « Le Grand Sérieux », tenu par un inénarrable ex-professeur en langues mortes Pierre Tournier, il va voir Legast le légiste. Après avoir analysé le corps du mort, plusieurs choses l’interpellent : La forme du coup derrière la tête du mort n’est pas logique puisqu’elle semble aller vers le haut, donc le corps n’est pas tombé sur la table de nuit. Sur sa nuque apparaît un étrange tatouage « SO. 3-02. AB+ ». Enfin, Lisa lui apprend que le mort n’a pas de numéro de Sécurité Sociale. Il n’en faut pas plus pour Andreani pour se jeter dans cette affaire.

Je ne vais pas vous parler de l’auteur, puisque ce roman a été écrit à quatre mains par deux auteurs qui ne se dévoilent pas. Le sachant avant d’attaquer ma lecture, j’ai effectivement ressenti une façon différente d’aborder les premiers chapitres. Est-ce du au fait que ce soit écrit à quatre mains ? En tous cas, passés les trois premiers chapitres, on est emporté par le rythme de la narration, et cela en devient passionnant.

Je ne connais pas suffisamment la réglementation pour juger si cela est réaliste ou pas, toujours est-il que quelques mystères vont rendre cette affaire douteuse et justifier qu’Andreani s’y plonge, pour aider sa fille d’abord puis par intérêt personnel, l’envie d’Andreani de rendre la justice de découvrir la vérité étant plus forte que tout. Et je dois dire que la psychologie de ce « commissaire » est bluffante.

Je dis « commissaire » car je fais référence au patron du bar « Le Grand Sérieux » qui est un second personnage énorme, qui pratique le latin comme ses clients les ballons de rouge. Ces passages, outre qu’ils sont des moments de calme dans l’enquête, s’avèrent fort drôles. Ce qui m’amène à dire que les personnages qui gravitent autour du « commissaire » sont tous très réussis et rendent le décor passionnant.

Quant à l’affaire elle-même, elle va se montrer au grand jour, après le deuxième meurtre dans la maison de retraite qui concerne un algérien. A partir de ce moment, les auteurs vont nous concocter une intrigue qui va revenir sur des moments peu glorieux de notre histoire contemporaine, voire carrément dégueulasses, nous apprenant sans en dire trop des implications de sociétés embauchant des mercenaires tuant sans foi ni loi, et n’étant jamais inquiétés.

Si le roman est relativement court, il a suffisamment posé de jalons pour nous inviter à suivre de futures enquêtes d’Andreani. Ce premier roman (puisqu’il faut le rappeler) est un pur plaisir à lire, et j’ai personnellement avalé les deux cent dernières pages en une journée, incapable que j’étais de m’arrêter dans ma lecture. Maintenant, Andreani fait partie des personnages que je vais suivre avec attention.

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Toutes ces nuits d’absence d’Alain Bron

Editeur : Editions Les chemins du hasard

Son précédent roman, Le monde d’en bas, m’avait impressionné, à tel point que j’avais regretté de l’avoir laissé dormir sur mes étagères trop longtemps. Toutes ces nuits d’absence confirme qu’Alain Bron est un auteur à la plume rare qui parle de sujets graves.

Jacques Perrot est écrivain et était en train de déguster son thé, quand son chat Iago fit des siennes : perché sur une étagère, il fait tomber une boite métallique. Quand celle-ci tombe par terre, elle s’ouvre et répand son contenu : de vieilles photos datant de la jeunesse de l’auteur. Parmi elles, Jacques Perrot trouve une vieille photographie de classe, quand il était au lycée de Troyes. Il se rappelle aussitôt Brigitte, son amour de jeunesse, retrouvée assassinée.

Ce meurtre lui a laissé un gout amer dans la bouche. C’est Brigitte qui l’a initié aux joies de l’amour, en 1966. Elle avait son appartement et il la retrouvait après avoir traversé la ville sur son vélo de course jaune. Si elle avait une réputation de fille facile, il s’en moquait bien, puisque la seule chose qui comptait pour lui était son amour pour elle. Tout cela s’est terminé par un corps abandonné, après avoir été violé et étranglé.

Jacques Perrot s’arrange donc avec son éditeur pour organiser une séance de dédicace dans une librairie troyenne. Cela lui permettra de rendre visite aux bureaux du journal local, et ainsi de revenir sur ce qui s’est passé à cette époque. Il en profite pour y passer un week-end entier, et il fait la connaissance de Ninon, stagiaire au journal, qui accepte de l’aider à fouiller les archives. Il se rappelle, grâce aux articles, qu’un coupable avait été arrêté et que ce dernier s’était pendu dans sa cellule, scellant ainsi la fin de affaire. Mais il ne fait pas bon remuer la boue du passé.

Une nouvelle fois, Alain Bron nous emporte dans la passé, avec sa plume magique, qui nous fait visiter la France du début des années 60, avant les événements de mai 1968. Il y a dans sa façon de raconter une histoire, une sorte d’évidence et de naturel qui fait que l’on est prêt à suivre l’auteur dans tout ce qu’il raconte. C’est l’une des grandes qualités de ce roman qui m’a transporté ailleurs dans un passé que je connais mal.

Car le sujet de ce roman est bien cette période peu connue et trouble des années 60 qui a été occultée par ce qui s’est passé ensuite. Il nous montre la vie en ce temps-là dans une petite ville de province, avec ses notables qui dominaient les affaires, et les ouvriers qui vivaient dans un monde séparé. Dans une période de plein emploi, tout ne pouvait que bien se passer. L’affaire du meurtre de Brigitte aurait finalement pu remettre en cause cette joie de vivre de l’époque.

Sauf que la communication ne passait que par les journaux ou la radio et qu’elle était contrôlée par des gens qui avaient beaucoup d’argent. Et que ces gens là avaient des origines politiques extrémistes, issus des mouvements armés luttant contre l’indépendance de l’Algérie et que … Bref, je ne vais pas tout vous raconter, mais Alain Bron va dérouler son intrigue comme on déroule une pelote de laine … bien sale.

Contrairement à beaucoup de romans historico-contemporains, Alain Bron ne choisit pas de faire des Allers–Retours Présent – Passé mais bien de suivre l’enquête personnelle de Jacques Perrot et s’avère une belle dénonciation de la création de certains mouvements d’extrême droite et leurs financements actuels. De simple roman policier, il nous offre un roman fort intelligent dans la forme et dans le fond, en même temps qu’il est un pur plaisir à lire. Si après ce que je viens de vous dire, vous avez encore des doutes, alors je ne comprends plus rien !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Sœurs de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Pour ceux qui ont lu Glacé et Le Cercle, Bernard Minier est devenu une figure du polar français. Il a introduit dans le paysage français des ambiances qui, rein qu’avec quelques mots bien trouvés, créent une ambiance angoissante. Mais il n’y a pas que ça : les intrigues sont redoutablement bien montées. Bref, c’est du divertissement Haut de Gamme. Et c’est encore le cas avec son dernier opus en date.

« Immense, énorme, la forêt s’étendait devant elles … ».

1988. Ainsi comme le roman, deux sœurs s’enfoncent dans une forêt. Au départ, on croit qu’elles veulent se faire peur, ce qui est normal pour des jeunes filles de 15 et 16 ans. En fait, Ambre et Alice ont rendez-vous avec un personnage sombre, et ont amené des robes ressemblant aux habits de communiantes. Elles sont venues rencontrer Erik Lang, auteur de thrillers à succès, dont elles sont les plus grandes fans.

1989. A l’heure où les gens dorment encore, François-Régis Bercot file sur l’eau de la Garonne, pour s’octroyer quelques heures de sport intense, tendu sur son aviron. Quand il passe devant l’île du Grand Ramier, il aperçoit deux taches blanches. Il décide d’approcher et aperçoit deux corps ligotés à deux arbres, face à face, deux jeunes filles habillées en robe de communiantes.

1989. Martin Servaz essaie d’oublier le suicide de son père, quatre ans auparavant. Mais même sa femme Alexandra ou sa fille Margot n’arrivent pas à lui enlever ce poids. Il vient de débarquer tout frais émoulu de l’école de Cannes-Écluse dans le service de Kovalski. Tout le service apprécie peu ce jeune qui sait tout, ne dit rien, et plein d’illusions dans le métier de flic. Ce double meurtre va être sa première enquête … et va avoir des répercutions inattendues 25 années plus tard.

Dans mon sobre et court résumé, j’ai volontairement omis les détails de l’enquête car cela va donc vous obliger à acheter ce roman. Et surtout, cela va m’éviter d’en dire trop, ou de placer un détail qui pourrait vous mettre sur la trace …

Bernard Minier a donc décidé dans le premier tiers du roman de présenter Martin Servaz jeune, aux prises avec plusieurs problèmes, qu’ils soient personnels, affectueux ou professionnels. Dans ce démarrage, on trouve un Servaz bien différent de ce qu’il deviendra par la suite, pensant faire respecter l’ordre et suivant le règlement à la lettre. C’est un beau clin d’œil que Bernard Minier fait à ses fans. A mon avis, il lui restera à nous montrer par la suite comment il est devenu solitaire et jusqu’au-boutiste comme un loup enragé.

Le deuxième personnage fort de ce roman est incontestablement Erik Lang, auteur de thrillers horrifiques à succès, personnage adulé par ses fans, mais désagréable, distant et mystérieux. Doit-on confondre un auteur avec ses écrits ? Les fans ont-ils un quelconque droit sur un auteur, quitte à dépasser ses écrits ? Tous les auteurs se sont penchés sur la relation qu’ils peuvent avoir avec leurs lecteurs, mais aussi avec le fait de créer. Ici, Bernard Minier ne spolie pas Stephen King et son génial Misery, mais penche plutôt vers un personnage désagréable et malgré cela adulé.

Dans le deuxième tiers, retour au présent et un nouveau duel entre Servaz et Erik Lang. Servaz apparaît plus expérimenté, ne se laissant pas aller à un quelconque ressentiment, et Erik Lang, qui a atteint la soixantaine, devient la victime. Changement d’époque, changement de décor et changement de scénario. Mais toujours avec autant de passion, de réussite et de surprises. Dans le troisième tiers, nous avons droit à une apothéose comme j’en ai rarement lue : Une scène d’interrogatoire de plus de 100 pages, tout simplement géniale. A nouveau, Bernard Minier nous dévoile ses cartes, et s’amuse à détruire le château que nous avions patiemment construit. Quel talent dans ce retournement de situation final, pour nous démontrer que lz solution n’est pas celle que nous avions imaginée !

Enfin, ne croyez pas que Bernard Minier a abandonné son art de créer l’angoisse par les ambiances. Il a l’art de créer une scène et nous y plonger en nous faisant passer des frissons fort désagréables. Et c’est tellement bon ! Sur quelques unes d’entre elles, on comprend comment il construit ses scènes, prenant un soin particulier pour créer l’ambiance, les lieux, les bruits, avant de lancer son personnage. Mais cela n’altère en rien le pur plaisir de lecture qu’il nous offre une nouvelle fois avec ce nouveau roman. Bernard Minier est décidément trop fort.

Ne ratez pas l’avis de Yvan

Léo et Maya détectives tomes 5 et 6 de Martin Widmark et Helen Willis

Editeur : Pocket Jeunesse

Traducteur : Fréderic FOURREAU

Depuis que j’ai découvert Léo et Maya, je dois dire que je fais en sorte de ne rater aucune de leurs enquêtes. Et comme mon fils est fan de ces enquêtes, cela me permet de lui faire un cadeau tout en profitant de cet achat de façon tout à fait égoïste.

Nos deux compères sont des enfants de 8-10 ans qui habitent la ville de Valleby. Ils aident le commissaire à résoudre des affaires compliquées. Cette série est, je peux vous le dire, aussi divertissante pour les parents que prenante pour les enfants.

 

 

Le mystère des lingots d’or :

Catastrophe ! 250 kg d’or ont disparu de la banque de Valleby !

Tout ce que les voleurs ont laissé derrière eux, c’est une lettre dans laquelle ils déclarent avoir pris les employés en otage. L’enregistrement de vidéosurveillance montre pourtant que la chambre forte est restée fermée à double tour toute la nuit… Comment est-ce possible ? Heureusement, Léo et Maya mènent l’enquête.

Le mystère du salon de thé :

Le sympathique salon de thé de Valleby vient de subir son troisième braquage en peu de temps.

À chaque fois, le malfaiteur opère pile au moment où la caisse est pleine d’argent. À croire qu’il sait exactement quand il doit frapper ! Aurait-il un complice parmi les employés ? Il devrait être plus prudent, Léo et Maya sont sur ses traces…

Mon avis :

Comme les autres tomes de la série, la lecture de ces romans est suffisamment simple pour intéresser les jeunes enfants et les intrigues suffisamment bien menées pour passionner leurs parents. Le vocabulaire est remarquablement bien choisi pour présenter les scènes de façon visuelles. Et comme je le disais précédemment, c’est une lecture à réserver à des enfants de 8 ans ou plus, par le fait qu’il y ait plusieurs personnages.

Par contre, les intrigues sont remarquablement bien faites et les résolutions font appel à chaque fois à des méthodes différentes. C’est simple : chacune des six enquêtes que j’ai lues est différente. C’est aussi l’un des attraits de cette série : on ne se lasse pas à les lire. Et pour moi, même si je lis une enquête en un peu moins d’une heure, je dois dire que j’y prends beaucoup de plaisir.

Dans le mystère des lingots d’or, Martin Widmark nous décrit un casse de banque, comme dans Ocean 11, mais tout cela est fait de façon simple, efficace et imagée, s’aidant des dessins d’Helen Willis, qui permettent de faire participer le lecteur. La façon de mener cette enquête somme toute compliquée est bluffante.

Dans Le mystère du salon de thé, nos deux détectives vont utiliser leur esprit de déduction, leur appareil photo et résoudre un rébus fort bien trouvé. Encore une fois, la simplicité et la créativité des auteurs est remarquable.

Au global, vous l’aurez compris, je m’amuse beaucoup à lire cette série, et mon fils les adore aussi, lui qui est (pour le moment) un petit lecteur. Je ne peux que vous encourager à essayer ces romans et à les faire découvrir à vos chères têtes blondes.

Le festin de l’aube de Janis Otsiemi

Editeur : Jigal

Après un passage chez Plon avec Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi nous propose son petit dernier chez son éditeur historique, et poursuit sa description de la société gabonaise avec ses personnages récurrents, que l’on a rencontré précédemment.

Libreville, Gabon, de nos jours. Le gendarme Louis Boukinda rentre tard en voiture avec sa compagne Jacqueline. Quand une jeune femme débouche de la forêt, Boukinda ne peut l’éviter et le choc est terrible. Boukinda décide d’amener la jeune femme aux urgences car il lui semble qu’elle est encore en vie.

Le lendemain, il retourne à l’hôpital avec son collègue Hervé Envame pour apprendre que la jeune femme est morte dans la nuit. Ce n’est pas l’accident de la route qui l’a tuée, mais le nombre impressionnant de piqûres de serpent qu’elle a sur le corps. De plus, elle a des traces montrant qu’elle a été ligotée et martyrisée, brûlée par des cigarettes. Le seul indice que Boukinda et Envame possèdent est un tatouage qu’elle a sur le cou.

De son coté, la Police Judiciaire est sur une affaire délicate. On a découvert un grillage découpé dans un camp militaire. Des armes ont disparu : des fusils d’assaut, des explosifs et des détonateurs. Il est à craindre que le Grand Banditisme soit aux origines de ce vol, mais il reste à déterminer ce qu’ils vont en faire. Car la proximité des élections pour désigner le futur président du pays met tout le monde sur les dents.

Que dire de nouveau qui n’a pas déjà été dit ? Janis Otsiemi nous invite à visiter son pays, mais du point de vue du touriste, plutôt en allant voir du coté de quartiers que personne ne voit. Il agrémente son intrigue d’un langage local, utilisant des expressions qui sont parfaitement compréhensibles mais qui donnent une couleur locale. Et en début de chaque chapitre, on a une citation, qui fait appel au bon sens commun. Tout cela pour dire que lire Janis Otsiemi, c’est un dépaysement garanti en même temps qu’un plaisir de chaque ligne, ajouté à une impression de découvrir une nouvelle langue française.

Personnellement, j’ai l’impression que ce roman est parmi ses meilleurs pour les raisons suivantes. Bien que nous ayons affaire à des personnages récurrents, cette enquête peut être lue indépendamment des autres. J’ai l’impression que Janis Otsiemi a consolidé son intrigue, qu’elle est plus costaude, plus impressionnante. J’ai aussi l’impression qu’il a décidé d’intégrer plus d’expressions gabonaises, ce qu’il avait tendance à abandonner un peu. Enfin, j’ai l’impression que Janis Otsiemi a réussi à intégrer une tension permanente dans son décor, dans la situation politique du pays.

Après avoir lu le roman, que je trouve extraordinaire parce que passionnant de bout en bout, les remerciements montrent que l’auteur a choisi minutieusement les scènes, les situations et la façon de traiter le contexte pour ne pas être soumis à une éventuelle censure. C’est donc aussi un roman à lire entre les lignes dans un pays qui pourrait tomber dans l’instabilité. En cela aussi, la posture de Janis Otsiemi de témoin de son pays et de son temps est importante. Ne ratez pas cet excellent polar.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Oldies : Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Frank Reichert

Je continue l’exploration de ma « collection » de Rivages Noir avec le premier roman de la série consacrée au détective Kinky Friedman.

L’auteur :

Richard S. (Kinky) Friedman, né le 31 octobre 1944 à Chicago, dans l’Illinois, est un chanteur, auteur-compositeur, romancier, chroniqueur au magazine Texas Monthly et homme politique américain. À l’élection de 2006, il est l’un de deux candidats indépendants au poste de gouverneur du Texas. Avec 12,6 % des voix, Friedman s’est classé en quatrième position dans la course à six. Surnommé le « Frank Zappa de la country », il joue dans divers films d’horreur, dont Massacre à la tronçonneuse 2, avant de commencer à écrire en 1986. Il s’impose très vite par son originalité, étant l’un des rares auteurs de roman policier à pratiquer l’auto-fiction avec une telle constance. Il a conquis un public éclectique, de l’ancien président Clinton à la romancière Fred Vargas qui le revendiquent comme l’un de leurs écrivains préférés.

Fils du Dr. S. Thomas Friedman, professeur d’université, et de Minnie Samet Friedman, il naît à Chicago, et sa famille déménage dans un ranch au Texas durant son enfance. Dès son très jeune âge, il développe un grand intérêt pour la musique et les échecs. À l’âge de sept ans, il est choisi pour faire partie d’un groupe de cinquante joueurs d’échecs locaux qui tentent de vaincre le grand maître américain Samuel Reshevsky lors de cinquante matches simultanés à Houston. Reshevsky remporte chacun des cinquante matches, mais Friedman est de loin le plus jeune compétiteur.

Il fait ses études à l’Université du Texas à Austin et obtient son baccalauréat en psychologie en 1966. C’est lors sa première année à l’université qu’il acquiert le surnom de « Kinky » en référence à ses cheveux frisés. Friedman sert alors pendant deux ans dans le Peace Corps à Bornéo.

Après un ralentissement de sa carrière musicale dans les années 1980, Friedman se convertit en auteur de romans policiers. Ses livres partagent certaines ressemblances avec sa musique, mettant en vedette une version fictive de lui-même, nommé Kinkster Friedman, dit Kinky, « un détective privé new-yorkais » qui enquête sur des crimes à New York, offrant blagues, sagesse, charme texan et whisky irlandais en quantités à peu près égales. Cet «ancien chanteur country qui fume toute la journée des cigares jamaïcains et considère l’existence avec une certaine nonchalance, […] joue au détective, assisté de son ami Ratso, une sort de Watson qui lui sert surtout de garde du corps ». Les romans de la série sont écrits dans un style direct inspiré de Raymond Chandler. À ce jour, il a également écrit quelques romans qui ne mettent pas en vedette le personnage de Kinky Friedman. Friedman écrit également une chronique régulière pour le magazine Texas Monthly depuis avril 2001, bien qu’elle ait été suspendue durant sa campagne au poste de gouverneur du Texas ; son dernier essai est paru dans le numéro de mars 2005.

Friedman vit au Echo Hill Ranch, le camp d’été familial près de Kerrville (Texas). Il est également le fondateur de Utopia Animal Rescue Ranch, dont la mission est de soigner les animaux errants, blessés, âgés et qui ont été victimes d’abus ; plus de 1 000 chiens ont été sauvés de l’euthanasie.

(Source Wikipedia adapté par mes soins)

Quatrième de couverture :

Le premier appel de Mc Govern à Kinky est pour lui apprendre qu’il y a un cadavre, avec onze roses dans la main, sur le plancher de l’appartement en face du sien. Le second est pour lui dire que les flics l’ont arrêté parce qu’ils ont trouvé l’arme du crime chez lui. Kinky sait bien que Mc Movern, reporter au Daily News, descend plus volontiers des verres d’alcool que ses semblables. Mais lorsqu’il trouve un reçu pour une douzaine de roses chez le journaliste, il n’est plus sûr de rien. Sauf que tout le monde est fou à Greenwich Village.

Mon avis :

Avec ce roman, me voilà obligé d’ajouter Kinky à la liste des personnages de détective dont il va falloir que je lise les aventures. Ce Meurtre à Greenwich Village a ce quelque chose qui le rend à la fois attachant, drôle et qui donne envie de retrouver Kinky. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Fred Vargas déclare que Kinky Friedman soit son auteur favori, tant on y retrouve des similitudes, surtout dans la façon de raconter une intrigue. On y retrouve une influence de Ken Bruen dans les dialogues à base de comique à répétition. Et je suis sur que les fans de la reine du Rom Pol et / ou ceux du noir vont se jeter sur ces livres.

Ce que j’en retiendrais, c’est une intrigue menée avec nonchalance, et remarquablement construite. On ne voit pas qui peut bien être le coupable, et on commence à comprendre l’affaire avec le dernier meurtre (Eh oui, il y en a plusieurs !). L’auteur va même se permettre un dernier chapitre où il nous raconte comment il a semé des indices dans tout le roman. Et je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de se faire avoir comme cela.

Il y a ces personnages formidables, tous acteurs, scénaristes, drogués, homosexuels, à la mode du jour, passant leurs nuits dans les boites de ce quartier si « Hype » ! Et au milieu, Kinky est imperturbable, tout en cynisme et dérision, affublé de sa veste de chasse où il a remplacé ses cartouches par des cigares, regardant ses semblables avec un recul intéressant, ne se privant pas de critiquer le culte du paraître. Assurément, ce roman est pour moi une belle découverte.

Coupable (s) de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Samuel Sutra fait partie des auteurs « chouchous » de Black Novel, depuis que j’ai lu Kind of Black, extraordinaire roman policier se déroulant dans le petit monde du jazz (réédité chez Flamant Noir). Cet auteur, au talent incontestable, est aussi l’auteur des romans loufoques mettant en scène une bande de voleurs ratés, dirigés par Tonton, une légende dans le milieu, dont l’extraordinaire Akhanghetno et sa bande. Il est aussi à l’aise dans le registre comique que dans celui plus sérieux du polar. Ce roman en est encore une fois une preuve éclatante.

Jean Raphaël Deschanel est un lieutenant à la Sécurité Intérieure, originaire d’Haïti. Il ne se rappelle pas la vie là-bas, ayant été adopté, mais il en garde des cauchemars de bâtiments en ruine et d’églises qui s’écroulent. Jaulain son chef le réveille pour lui annoncer qu’il va être détaché auprès de la brigade criminelle, sous les ordres du commandant Blay. Lui qui en a toujours rêvé, le voilà empli d’espoir mais aussi soumis à une pression de ne pas être ridicule.

Entre la Police Criminelle et les Renseignements, l’entente n’est pas au beau fixe. Mais le Commandant Blay se charge de rassembler et motiver ses troupes. Ils ont affaire à quatre meurtres depuis ce matin, quatre meurtres isolés en deux semaines, perpétrés avec une méthode différente. Quatre morts sans rapports les uns avec les autres : Le premier, Daniel Favre, était flic, connu pour être pourri jusqu’à la moelle. Le deuxième était Jean-Claude Maréchal, propriétaire d’une boite de BTP. Le troisième était dans l’armée, le lieutenant-colonel Hervé Carsini.  Celui de ce matin se nommait Thierry Meursault, égorgé dans un parking de la Défense ; Sur lui, la police a retrouvé une carte de visite, celle de Daniel Favre, ainsi qu’un porte-clés avec une poupée vaudou. C’est ce qui leur a permis de relier les meurtres entre eux. C’est ce qui explique la présence de Jean-Raph. L’enquête s’annonce bien compliquée.

Une nouvelle fois, Samuel Sutra fait mouche avec ce roman policier que l’on pourrait considérer comme classique. La recherche d’un tueur multirécidiviste, on connait. Des victimes sans lien les unes avec les autres, on connait aussi. Mais c’est sans compter avec le talent de ce jeune auteur qui ne cesse de m’étonner par sa maîtrise des codes inhérents au genre.

Les personnages tout d’abord sont criants de vérité. En premier lieu, il y a Jean-Raphaël, lié à cette enquête par ses origines, et qui subit une énorme pression. Il ne veut pas décevoir ni son chef, ni son service, ni son ambition. Il doit faire ses preuves sans pour autant s’imposer, et tenter de se rapprocher du Graal : obtenir un poste au « 36 ». Le hic de l’histoire, c’est l’apparition d’une profileuse, imposée par Blay. Attirance, méfiance, voilà les choix qui s’offrent à ce jeune homme peu habitué à ces choix.

Ensuite, il y a l’équipe de Blay et Blay lui-même, tous présents, mais volontairement en retrait. Ils sont bien là comme des seconds rôles, et participent à l’histoire en fournissant de fausses pistes. Car même si on peut penser avoir compris les tenants et aboutissants, au fur et à mesure qu’on avance, on est saisi de doutes, on imagine des hypothèses, des scenarii impossibles jusqu’au dénouement final du dernier chapitre. C’est du grand art.

Et puis ce roman ne serait qu’un roman policier de plus s’il n’y avait pas cette fluidité de la narration, cette facilité à construire des décors, à placer des dialogues évidents. Samuel Sutra déploie toute sa subtilité et sa finesse pour mener à bien un roman que je qualifierai d’abouti, de maîtrisé de bout en bout.

Enfin, il y a le sujet de fond. Ces quatre personnages vont participer à la reconstruction d’Haïti à divers degrés. Ce roman dénonce comment ces pourris vont profiter des subventions pour bâtir des habitations « en carton », puisqu’ils n’ont aucune chance de se faire prendre, en facturant le maximum. Finalement, le monde ne change pas : les riches gagnent leur argent sur le dos des pauvres. D’où le titre, qui peut paraître énigmatique : Coupable ou coupables ? Coupable et coupables ! Un roman à ne rater sous aucun prétexte !