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Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

Editeur : Editions du Caïman

Parfois, quand je choisis des romans à lire, j’en laisse de coté sans aucune raison. Et puis, arrive alors le conseil d’un ami, en l’occurrence Richard le concierge masqué, qui insiste pour que je le lise. A tel point que ce cher monsieur amateur devant l’éternel de polar stylé l’a ajouté sur la présélection pour le Prix du Balai d’Or 2018. Ne ratez pas ce roman qui démontre une nouvelle fois la pertinence du choix des éditions du Caïman.

Alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite amie après une année de vie commune, Grégorio Valmy, détective privé poitevin, décide d’accepter l’invitation de son ami Jean-Paul Sitruc à passer une semaine à Périgueux. D’autant plus que la ville va être en fait pour accueillir le Festival International du Mime. Logé chaleureusement par Gaëlle Sitruc, la femme de Jean-Paul, et les deux enfants bruyants Jacques et Rodolphe, il s’apprête à se changer les idées au calme.

Le lendemain, Valmy accompagne son ami journaliste au centre culturel de la visitation, pour un cocktail inaugural. A cette occasion, Valmy rencontre une superbe jeune femme, et lui fait un numéro de charme, avant d’apprendre qu’il s’agit du capitaine Saint-Martin, qui est arrivée à Périgueux un mois plus tôt. Puis Sitruc emmène son ami chez Laval Palindrome, un ami qui lui expliquera mieux que personne l’histoire de leur ville. Puis en fin de journée, ce fut le vernissage des photographies de Marc Sbolth à la terrasse du café du théâtre.

Le lendemain, Valmy eut droit à un réveil en fanfare. Les deux terreurs viennent lui apprendre la mort violente d’Axel Blancart, le conseiller artistique du Festival. Le corps a été trouvé dans le jardin du Thouin, et présente des traces de violence, des coups de couteau et des marques de strangulation. Valmy n’a pas du tout l’intention de s’en mêler, mais il finit par apprendre que Blancart est le frère du candidat socialiste aux prochaines élections, et qu’il était le petit fils d’un célèbre résistant local de la dernière guerre.

Si ce polar commence de façon tout à fait classique, il devient très rapidement attachant par la suite. Car Valmy va mettre une bonne centaine de pages à plonger dans cette enquête, plus intéressé dans un premier temps par l’histoire du Périgord, et en particulier le passé de ses habitants. Puis en divaguant sur ces interrogations et les noyaux de la résistance, Valmy va faire la connaissance de Palindrome, de Turlan et Wlad. Et comme ce sont de joyeux drilles, ils vont se lancer dans des répliques toutes plus droles les unes que les autres, jouer avec la langue française, cherchant des palindromes ou des anagrammes avec les noms de résistants, et nous donner des moments savoureux et hilarants à lire.

Et ce roman va aller au-delà du simple amusement en nous parlant des exactions avant, pendant et après la guerre, des groupes armés licites ou non, sanguinaires ou non, armés jusqu’aux dents. L’auteur va insérer dans son intrigue des chapitres écrits comme des biographies, dotés d’une véracité faisant penser des extraits de romans d’époque. Et là, on se rend compte de la qualité de la documentation.

Alors, vrai ou pas vrai ? Je répondrai comme les Normands : Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. L’auteur se permet de nous offrir un roman mélangeant les personnages véridiques au milieu d’autres inventés, créant une histoire qui veut montrer voire dénoncer comment sous le prétexte de combat anti-communiste, certains se sont permis toutes les exactions, pendant la dernière guerre mais aussi après.

On avait l’habitude de lire et apprécier des romans de ce type, qui appuient là où ça fait mal, qui font le travail de mémoire, juste pour rappeler à certains que cela a existé. C’est une partie de l’histoire périgourdine qui nous est dévoilée, et au-delà, l’histoire de la terrible BNA (Brigade Nord Africaine) qui a participé à des répressions sanglantes. On peut dire que cela faisait partie des dommages collatéraux de la guerre, mais que dire quand cela a continué bien après ?

Si le ton de ce roman se veut léger et déconneur au début, c’est pour mieux nous faire passer la pilule ensuite. Car les vérités d’un pays sont loin d’être roses, et la France comme beaucoup d’autres a bien des secrets à cacher. La seule différence, c’est qu’on a du mal à se regarder dans un miroir, à avoir le courage d’assumer notre passé. Ce roman comme quelques autres s’avère important à lire. L’auteur en tous cas se range fièrement aux cotés de Maurice Gouiran. Ne le ratez pas !

Je vous joins quelques liens qui vont finir de vous décider :

http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-je-servirai-la-libert-en-silence-de-patrick-amand-1497796256

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2017/07/08/Patrick-Amand-invite-l-histoire-dans-ses-polars-3160885

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Tout le plaisir est pour moi de San-Antonio – Frédéric Dard

Editeur : Fleuve Noir (1959) – Pocket (2015)

J’aime bien cette phrase : Il n’y a pas de mal à se faire du bien. Cela faisait un petit moment que j’avais envie de lire un San-Antonio, l’ayant abandonné depuis les années 90. Le hasard veut que, lors d’une descente dans une grande surface de culture (je ne vous dis pas le nom, l’enseigne est bleue), j’avais rempli mon panier de livres pour ma femme, mes enfants et moi. Par hasard, au moment de payer, je me retourne et vois qu’ils offrent 1 roman de poche pour 2 achetés. Comme j’en avais beaucoup plus que deux, je demande gentiment à la gentille caissière si je peux en prendre un. Elle me répond non moins gentiment, que vu le nombre de livres que j’achète, je peux même en prendre 2 ou 3. Résultat : Je mets la main sur ce roman de San-Antonio et un Babel Noir (L’énigme de Saint Olav de Indrek Hargla ; et d’ailleurs, si vous avez des avis, n’hésitez pas !). Bref, Tout le plaisir est pour moi fut l’occasion de revenir à mes amours de jeunesse.

San-Antonio et Béru viennent de clore une affaire compliquée, se terminant par un interrogatoire musclé d’un suspect, avant de se rendre compte que celui-ci avait deux défauts : celui de ne pas répondre aux questions (forcément, il est muet) et celui d’être le voisin de palier du coupable. San-Antonio espère passer une soirée tranquille avec une donzelle quand la standardiste lui annonce qu’une jeune femme veut lui parler. Mais San-Antonio refuse car il a rendez vous avec une jeune espagnole.

Alors qu’il rejoint sa voiture, la jeune femme le poursuit. Devant une telle beauté, il accepte de l’écouter. Elle s’appelle Geneviève Coras, et son mari Denis Coras fut tué il y a deux ans, en compagnie de son beau père. Denis Coras était négociant en pierres précieuses et le vol est le mobile retenu pour le meurtre. Le coupable fut vite arrêté : Gilbert Messonier, un ami de Coras qui venait lui demander de l’argent. D’ailleurs, Messonier avait avoué.

Gilbert Messonier doit bientôt passer chez le coiffeur pour ratiboiser sa chevelure, avant qu’on lui ratiboise la tête entière. L’exécution doit avoir lieu le lendemain matin. Mais Geneviève Coras annonce à San-Antonio que Messonier est innocent puisqu’au moment du meurtre, ils étaient ensemble au lit. Alors qu’il essuie un refus formel de sa hiérarchie, San-Antonio rend visite au condamné qui confirme qu’il est bien le meurtrier. Il va falloir toute la sagacité de San-Antonio pour résoudre cette affaire.

Ce roman est à classer dans les enquêtes policières par rapport aux 175 volumes que comporte cette célèbre série. Si l’intrigue peut sembler retorse, elle est menée de main de maitre et on ne peut être qu’ébahi devant l’imagination de l’auteur, surtout quand on se rappelle qu’il écrivait un roman par trimestre !

J’ai retrouvé toutes les (bonnes) raisons qui font que j’aime San-Antonio. Il est drôle, on y trouve des bons mots, des jeux de mots, des calembours et quelques digressions. Surtout, on a un grand plaisir à le suivre à la fois dans son enquête et dans ses délires. San-Antonio va mener cette enquête seul ou presque en une nuit ou presque, et résoudre cette intrigue contre l’avis de son chef. Béru est toujours aussi dégueulasse, mais apparait à la fois loyal et un peu moins bête.

C’est donc un épisode classique, pas le meilleur certes, mais quel plaisir on prend à lire ces romans dits de gare, qui nous font passer un bon moment. Moi qui aime ses enfants naturels (Nadine Monfils, Samuel Sutra, Stanislas Petroski), j’ai fait un petit voyage avec leur père.

Il est à noter que l’on trouve en début de livre, la liste exhaustive des livres écrits par Frédéric Dard, et en fin de livre un guide de lecture inédit élaboré par Raymond Milesi qui nous informe et classe les aventures de San-Antonio par genre. C’est très intéressant.

La nuit des corbeaux de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand Format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa onzième enquête. Il semblerait que nous rentrions dans une série d’enquêtes plus classiques, ce qui est le cas pour ce roman. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Dans les profondes forêts du Maine, les corbeaux attendent, comme toujours, dans le sillage des prédateurs…

À Pastor’s Bay, Randall Haight tente de refaire sa vie. Enfant, il a assassiné une fillette, mais dix-huit ans de prison n’ont pas effacé sa faute. Les lettres anonymes s’amoncellent depuis son retour. Engagé pour en trouver l’auteur, le privé Charlie Parker découvre un client trouble et une ville livrée à ses démons. Une jeune fille vient en effet de disparaître. Et le coupable semble tout trouvé…

Mon avis :

Pour cette 11ème enquête, John Connoly abandonne l’aspect fantastique qui est présent dans les précédentes, pour nous offrir une enquête policière classique. Enfin, classique, c’est vite dit. Parce que si le roman s’ouvre avec la disparition d’Anna Kore dans un centre commercial de Pastor’s Bay, le nombre de fils conducteurs du roman va rapidement se multiplier. Puis c’est Aimée Price qui propose de trouver qui envoie des lettres de menace à son client Randall Haight, un homme qui a passé plusieurs années sous les barreaux pour avoir tué une jeune fille noire de 14 ans quand il était adolescent. Puis vient l’apparition de deux tueurs avec qui il vaut mieux ne pas discuter …

On a droit au début du roman à un repas entre Rachel et Charlie, et je dois dire que John Connoly est très fort pour écrire des scènes intimistes poignantes, surtout quand il fait parler Samantha, leur fille. Une fois passée cette scène, nous attaquons l’enquête avec tout le coté inquiétant de cette disparition. Mais ce qui permet de relacher la tension, ce sont ces dialogues à l’humour hilarant, en particulier entre Louis et Angel. Et je donnerai une mention particulière à ceux entre Martin Dempsey et Francis Ryan, deux tueurs inquiétants et impitoyables à l’humour noir comme il faut.

John Connoly n’est jamais aussi fort que quand il invente l’histoire d’une ville, construit des personnages de zéro, comme s’il prenait une feuille blanche pour y poser quelques traits. Il est aussi passer maitre dans l’art de faire monter la tension à travers des scènes incroyablement visuelles. Si ce roman n’est pas pour moi le meilleur de la série, il est tout de même un excellent roman policier mené avec brio jusqu’à un dénouement qui va relier tous les fils épars qu’il aura semé au début.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel sont :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit

L’empreinte des amants

Les murmures

Comme de longs échos d’Elena Piacentini

Editeur : Fleuve Noir

Elena Piacentini démarre une nouvelle aventure dans une nouvelle maison d’édition avec un nouveau personnage. Un personnage ? Que nenni ! C’est tout un commissariat qui va vivre dans les pages de ce roman, dans une intrigue totalement dingue. En fin de billet, vous aurez droit à une petite interview qui va compléter celle de l’ami Yvan.

Vincent Dussart vient voir sa femme Chloé et son fils Quentin. Elle a décidé de prendre du recul, de faire un break et de déménager dans une petite maison. Il n’a rien dit, a juste fait un simple geste, une caresse amoureuse en l’apprenant. Quand il arrive, des billets pour un week-end à Londres en poche, le chat vient le surprendre. Ce week-end, c’est sa chance de reprendre leur vie commune. Puis c’est une scène horrible qui l’attend … Sa femme a été assassinée d’une balle dans la tête et son fils a disparu.

Mathilde Sénéchal a accepté une mutation dans le groupe du commandant Albert Lazaret de la police judiciaire de Lille. L’accueil a été froid, en particulier de la part de Sylvie Muller. Toutes les équipes de police envahissent la cité Franchomme. Il faut retrouver le petit, seulement âgé de trois mois, et le temps presse. Vincent Dussart, lui, est en état de choc traumatique. La course contre le temps commence, chaque seconde compte. Le commandant Lazaret demande une perquisition chez Vincent Dussart.

C’est le lieutenant Damien Delage qui s’en occupe. Il fait tous les prélèvements possibles, récupère les papiers, les pièces d’identité, interroge les voisins, la gardienne. A 51 ans, il sait que la situation est critique. Lui qui se retrouve seul après le départ de sa femme, il plaint les jeunes comme son collègue Sqalli, car ils ne savent pas ce qui les attend. Après sa perquisition, Delage ne sait quoi penser de Dussart.

C’est un roman de course poursuite que nous offre Elena Piacentini avec ce nouveau roman, et du rythme, il va y en avoir. D’ailleurs, le nouveau style de cette auteure convient bien à des intrigues au rythme élevé, puisque depuis son passage chez la maison Au-delà du raisonnable, son écriture est devenue plus efficace, plus sèche aussi. Avec ses chapitres ultra-courts n’excédant que rarement 6 pages, cela donne une forme du roman qui convient parfaitement à son sujet.

Tout va donc très vite dans ce roman, et l’intrigue va rapidement se centrer sur le personnage de Vincent Dussart, qui a semble-t-il des choses à cacher. Comme chaque seconde compte et comme le coupable le plus probable dans ce genre d’affaires se situe dans l’entourage proche des victimes, la Police Judiciaire va donc concentrer ses efforts sur lui. Le trouble autour de ce personnage va être remarquablement fait, créant un certain malaise chez le lecteur, qui tantôt va vouloir ressentir de la sympathie pour lui, tantôt le détester pour ce qu’il pourrait avoir fait, sans en connaitre ses mobiles.

Le rythme des chapitres ne va pas oublier la psychologie des personnages. Sur le devant de la scène, on trouve évidemment Mathilde Sénéchal, formidable inspectrice dont on ne connaitra pas les cicatrices. Mais il y a aussi tous les autres, Sqalli, Sylvie Muller ou même Lazaret qui vont prendre la vedette dans certains chapitres, qui vont être aussi présents dans l’esprit du lecteur. C’est incroyable comment Elena Piacentini arrive à faire vivre autant de personnages en même temps, comment elle arrive à créer tout un commissariat, avec des policiers plus vrais que nature. Il ne faut pas oublier Pierre Orsalhièr, un flic à la retraite qui va aider à faire avancer cette enquête et même fournir les pistes pour résoudre cette affaire. Après avoir lu ce roman, on n’a plus qu’une seule envie : les retrouver tous pour découvrir ce qui n’a pas été dévoilé ici, quant à leur passé.

Si ces policiers sont tous plongés au cœur de cette affaire hallucinante, la note de l’auteure en fin de roman est aussi remarquable que le livre lui-même. Partant d’un fait divers réel, Elena Piacentini a construit son intrigue en allant plus loin, juste par le pouvoir de l’imagination. Il n’en reste pas moins que le fait divers réel est proprement incroyable, et qu’on retrouve là une constante dans l’œuvre de cette auteure : le monde devient fou, les limites entre le bien et le mal deviennent floues et on ne peut qu’être inquiet face à un avenir de plus en plus noir.

Ce deuxième cycle, en parallèle des enquêtes du commandant Leoni, démarre en fanfare avec les mêmes qualités, aussi bien dans les intrigues, les psychologies des personnages ou le style efficace. Des romans comme ça, j’en redemande tous les jours. En ce qui me concerne, c’est un des romans à ne pas rater en cette rentrée littéraire 2017.

Il est à noter que la première enquête du commandant Pierre-Arsène Leoni vient de ressortir aux éditions Au-delà du raisonnable après avoir été remaniée par l’auteure, avec la même intrigue, mais en resserrant le style et en enlevant les longueurs superflues. Tous les adjectifs que je viens de citer sur Comme de longs échos s’appliquent à ce roman.

Enfin, car je suis un peu long, je vous encourage à nouveau à lire l’interview de l’ami Yvan. Et comme je suis verni, j’ai la chance d’avoir pu poser quelques questions supplémentaires à Elena Piacentini dont je vous livre ici les réponses :

Black Novel : Bonjour Elena et merci de te prêter à ce petit jeu des Questions / Réponses.Cette histoire aurait pu convenir à Leoni. Pourquoi avoir créé un nouveau personnage ?

Elena : Le défi était précisément dans le fait de créer un nouveau personnage, une femme qui plus est. Et de faire naître, dans le sillage de Mathilde Sénéchal, une atmosphère et une galerie de caractères différents. Il nous arrive ce qui nous ressemble… C’est l’enquête menée par le capitaine Mathilde Sénéchal, avec ses spécificités propres, que je voulais écrire. Un roman olfactif et rempli de correspondances.

Black Novel : J’ai cru comprendre que tu resterais fidèle à Au delà du raisonnable avec Leoni. Est-ce à dire qu’il y aura 2 cycles en parallèle ?

Elena : Oui ! Leoni continuera d’exister dans une dimension Au-delà du raisonnable et nous avons toujours le projet, avec Véronique de l’emmener plus loin. Quant à Mathilde Sénéchal, elle reviendra pour éclaircir son mystère personnel. Pour la suite, nous verrons. L’idée d’une collaboration en parallèle, c’est d’aller explorer d’autres pistes littéraires et de bénéficier d’une visibilité élargie. Tout reste ouvert.

Black Novel : J’ai été très impressionné par tes personnages. Mais au delà de cela, tu arrives à les rendre tous crédibles. Est-ce une volonté de les mettre tous sur un pied d’égalité ?

Elena : Ils ne sont pas tous sur un pied d’égalité sur le plan de la narration. Il y a les héros et ceux qui gravitent autour d’eux. Ceci étant, quand mes personnages viennent à la vie, ils sont égaux en termes de consistance. Pour qu’ils puissent exister dans mon imaginaire et y jouer leur partition sans fausse note, j’ai besoin qu’ils soient crédibles et animés. Tu as donc raison, j’accorde le même soin à la construction psychologique de mes personnages qu’ils soient « grands » ou « petits ». Tous les personnages naissent libres et égaux… On en rêve dans la vraie vie.

Black Novel : Le personnage de Mathilde Sénéchal est attiré par des figures paternelles. Comment t’est venue cette idée qui sert de fondation à sa psychologie ?

Elena : J’ai adoré tisser la relation entre Mathilde et Albert. Un vieux flic usé et en bout de course, une femme sèche et dure au mal qui veut conserver la maîtrise. L’amour que Mathilde porte à Lazaret est teinté de respect et d’admiration, mais il est plus un mentor qu’un père. Celui de Lazaret a le goût d’un rendez-vous manqué. Sous leurs dehors austères, ils prennent soin l’un de l’autre avec beaucoup de générosité et de tendresse réciproques car tous les deux ont peur d’aimer.

Black Novel : Ton roman est très découpé en courtes scènes ce qui donne un rythme élevé à l’intrigue. En quoi l’écriture de scénario (pour la télévision) a influencé ton écriture ?

Elena :En réalité, Comme de longs échos a préexisté à l’écriture de Tensions sur le Cap Corse. Mais le roman n’était pas finalisé et je souhaitais le retravailler en profondeur. J’en profite pour souligner ici la qualité de l’accompagnement éditorial dont j’ai bénéficié de la part de Valérie Miguel-Kraak. Comme de longs échos, c’est aussi le résultat d’une étroite collaboration avec une amoureuse des textes. Le magazine Transfuge, en décernant à ce roman le prix du meilleur polar français, a reconnu ce travail comme l’exigence qui nous a guidées et j’en suis très heureuse. Ceci étant, c’est vrai que, dans la phase de finalisation, ce que j’ai appris de l’écriture scénaristique a enrichi mon regard. Ah ! Les correspondances…

Merci de t’être prêtée à ce petit jeu et continue à nous écrire des polars comme ça !

L’innocence pervertie de Thomas H.Cook

Editeur : Points

Traducteur : Hubert Tezenas

Il faut être clair : la mention INEDIT affichée sur la quatrième de couverture est un mensonge. Ce roman, qui est le cinquième de l’auteur (Voir Wikipedia ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_H._Cook) a été écrit en 1988, et publié dans la Série Noire sous le titre Qu’est-ce que tu t’imagines? en 1989 et traduit à l’époque par Daniel Lemoine. Nous voici donc avec une réédition dans une nouvelle traduction avec un roman de jeunesse, à l’époque où Thomas H. Cook écrivait des polars.

Frank Clemons est en train de se remplir la panse à grosses doses de bourbon, pour oublier le suicide de sa fille de 16 ans, parvenu 3 ans plus tôt. Alors que le barman l’aide à se remettre debout, il est pris à partie par quelques gars, qui le tabassent. Son frère Alvin, policier comme lui, est réveillé en pleine nuit par l’hôpital : Il doit venir chercher Frank. Alvin essaie bien de lui faire la morale, de trouver les arguments pour le remettre en selle. Mais Alvin ne peut rien contre un home qui veut rester au fond du trou.

C’est alors que les deux frangins reçoivent un appel : un corps vient d’être retrouvé près de Glenwood. En effet, ils arrivent près du lac après la cavalerie et voient le corps d’une adolescente. Sur le lieu du crime, aucune trace d’empreintes, ni de sang. Elle semble être venue d’elle-même pour mourir là.

Grace à l’emblème du lycée cousu sur le vêtement, les flics obtiennent une identification. La jeune fille s’appelle Angelica Devereaux. Elle est très riche depuis qu’elle a eu l’âge de toucher à l’héritage de ses parents. Sa sœur, Karen, qui a 10 ans de plus qu’elle l’a élevée quand elles sont devenues orphelines. Angelica était une jeune fille secrète sans aucuns problèmes. Frank va être chargé de l’enquête avec Caleb Stone, Le vétéran du service.

C’est un polar classique aussi bien dans le fond que dans la forme auquel nous avons droit ici. On peut même dire qu’il est un peu daté par sa façon d’aborder l’intrigue, mais au moins, il évite le coté glauque que l’on peut trouver dans les romans contemporains. Il n’en reste pas moins que chaque chapitre comporte une scène, dont le décor nous est présenté avant d’avoir une discussion, ce qui rappelle la façon dont les grands anciens du noir construisaient leurs romans.

Le sujet, s’il peut paraitre déjà lu, nous montre une jeune fille bien sous tous rapports, avant de s’apercevoir qu’elle n’était pas aussi pure que tout le monde le pense. La fçon d’amener la chose se fait en douceur, et avec beaucoup de finesse. C’est sans doute là le plaisir que l’on a à lire les romans de Thomas H.Cook : Cette façon d’amener les secrets petit à petit par petites remarques. On sent d’ailleurs par certaines phrases toute la sensibilité et la subtilité dont il fera preuve par la suite.

Nous avons aussi droit aux scènes d’amour, aux scènes de bagarres, aux femmes fatales (ou pas, je ne vais pas tout vous dire). Il m’a manqué un petit quelque chose pour ressentir que Frank était au bout du rouleau. Par contre la fin m’a surpris par son retournement et sa violence qui change du ton gentillet du reste du roman. Il faut donc lire ce roman comme un roman de jeunesse, intéressant pour les fans de ce grand auteur !

Maudit printemps d’Antonio Manzini

Editeur : Denoel

Traducteur : Samuel Sfez

Après Piste noire et Froid comme la mort, voici la troisième enquête de ce commissaire (Appelez le Sous-préfet) si particulier qu’est Rocco Schiavone. Je vous rassure, il est toujours aussi désagréable avec tout le monde !

Neuf mois. Cela fait neuf mois que Rocco Schiavone a été muté de Rome à Aoste. Cela fait neuf mois et onze paires de Clarks qu’il use. Il faut dire que ces paires de chaussures en peau de daim ne supportent pas le climat humide. Il semble que depuis qu’il a débarqué à Aoste, le temps s’acharne sur lui. A moins qu’il ne pleuve 12 mois sur 12 ! Toujours est-il qu’en ce mois de juin, le temps est encore et toujours pluvieux.

Normalement, on n’aurait pas du contacter Rocco Schiavone pour un accident de la route. Il ne s’agit que d’une camionnette qui est sortie de la route, suite à l’explosion de deux de ses pneus. Le seul souci, c’est que les plaques ne correspondent pas au véhicule. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Mais comme le temps n’est pas au beau fixe, il y a vraiment de quoi ajouter à la mauvaise humeur du sous-préfet.

Giovanna demande à parler au sous-préfet. Ce week-end, elle est sortie en boite avec son amie Chiarra Breguet. Depuis, on n’a plus de nouvelles d’elle. Or ils ont une interrogation aujourd’hui. Quand Rocco se rend chez les Breguet, il sent que quelque chose ne va pas. Il est persuadé que la jeune fille a été enlevée. Il lui reste donc à enquêter en sous-main et retrouver la jeune fille vivante.

Ceux qui connaissent Rocco Schiavone ne seront pas surpris. Au premier abord, c’est un personnage désagréable, de mauvaise humeur, hautain, et qui prend les autres pour des cons. Il faut dire qu’il vient de la ville, et que par voie de conséquence, il est plus intelligent que les gens de la province, surtout quand il s’agit d’une ville comme Aoste. Bref, Rocco Schiavone a été muté dans cette ville de malheur pour raisons disciplinaires, et pour le coup, il passe ses nerfs sur ses subordonnés.

Derrière ce personnage de façade, on découvre, dès le premier épisode, un homme profondément meurtri, qui arrive même à nous émouvoir. C’est aussi un flic professionnel, très intelligent, doté d’un esprit de déduction hors du commun. Alors il joue sur ses qualités pour parler à demi-mots et justifier son attitude détestable vis-à-vis de ses collègues, voire même des juges.

Si les deux premiers épisodes étaient des enquêtes policières classiques, on a affaire ici à un roman sous stress, où pour la première fois, Schiavone doit résoudre en temps limité un problème qui met en jeu la vie d’une jeune fille. Alors que dans les deux premiers épisodes, on passait notre temps avec Schiavone, ici, on va courir avec lui tout en ayant des passages avec Giovanna qui vont faire monter le stress du lecteur. Si le procédé est classique, il est remarquablement fait.

Il n’en est pas moins préférable d’avoir lu les premiers épisodes pour bien apprécier la personnalité de ce sous-préfet. Et en ayant lu ces deux premières enquêtes, on est d’autant plus touchés par la conclusion du roman et le rebondissement final qui plutôt que de nous donner des pistes pour comprendre son passé, jette un voile d’ombre bien noir et nous laisse espérer le meilleur dans le prochain roman. Vous l’avez compris, ce roman est une pierre angulaire supplémentaire dans une œuvre qui compte dans le polar italien.

Le douzième corps de Janine Teisson

Editeur : Editions Chèvre-feuille

Ce livre m’est arrivé dans les mains totalement par hasard et c’est à nouveau par hasard que je l’ai pioché dans ma PAL. Une belle découverte !

L’auteure :

Janine Teisson est née à Toulon.

Son premier roman La Petite Cinglée, a obtenu en 1994 le prix du premier roman et le prix Antigone. Pour ses lecteurs de 5 à 105 ans elle aborde romans contemporains, historiques, policiers, nouvelles, contes, théâtre, poésie.

Sérieux et humour se mêlent dans ses livres. Certains sont traduits en sept langues. Sa rencontre avec les éditions Chèvre-feuille étoilée a été féconde : Liens de sangs, un roman sur l’Algérie, plein de violence et d’amour, est publié en 2010, suivi de La Salle de bain d’Hortense et de L’Enfant Plume. Chèvre-feuille étoilée a l’audace de rééditer Cher Azad, recueil de contes érotiques orientaux. Thalasso-crime est le premier policier publié dans la collection D’un noir l’autre, qu’elle dirige. La Métamorphose du rossignol suivra en 2015. Le Douzième Corps est son quarante-deuxième titre et le septième titre de la collection.

L’écriture pour Janine Teisson est une rencontre, avec elle, avec le monde, avec les autres de toutes générations.

Quatrième de couverture :

Orléans, 1941

Hans rencontre Marguerite. Ils s’aiment profondément dans le cataclysme de la seconde guerre mondiale mais la dernière lettre que son amante a envoyée à Hans après la Libération n’aura jamais de réponse.

Qu’est devenu Hans ? Soixante ans plus tard, alors que la mémoire de Marguerite est en ruine, sa petite-fille Romane ouvre l’enquête. Elle parcourt le Périgord de village en village selon le trajet sanglant suivi autrefois par la division Das Reich. Elle fait ressurgir des crimes cachés, des secrets mal enterrés, encore assez vifs pour la mettre en danger.

Qui est enterré dans le champ maudit ?

Dans ce roman policier sur la mémoire, le passé ressurgit et se mêle au présent, pour l’empoisonner ou l’illuminer.

Mon avis :

C’est une belle surprise que ce roman, écrit simplement, et qui nous narre la recherche d’une jeune fille sur ses racines. Découpé en trois parties, le roman va nous plonger dans le passé de la deuxième guerre mondiale par courts chapitres, nous faisant voyager d’Orléans à Berlin en passant par la Russie ou l’Ukraine. On va avoir affaire à plusieurs personnages, appartenant à deux familles, l’une française et l’autre allemande. Je dois dire que je me suis laissé emporter par cette première partie, grâce à cette simplicité de l’écriture qui en fait une saga familiale passionnante. Il y avait presque un livre entier à écrire avec un sujet tel que celui là.

Puis la deuxième partie nous transporte aujourd’hui, avec Romane qui reçoit en cadeau de sa tante Elise (que l’on a rencontré dans la première partie) une vieille valise appartenant à sa grand-mère. Elle commence l’enquête alors que sa mère n’est pas intéressée à remuer les douleurs du passé. Une nouvelle fois, c’est bien fait, bien qu’un peu plus bavard, mais toujours de bons sentiments malgré quelques horreurs des nazis, et cette histoire continue à nous intéresser jusqu’au dénouement final.

Si ce roman ne va pas révolutionner le genre, il s’avère une lecture recommandable pour lire sur la plage, le genre de roman populaire (dans le bon sens du terme) qui vous transporte dans un autre lieu, dans un autre temps, et vous fait passer un bon moment.18