Archives du mot-clé Roman policier

Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué

Editeur : Editions du Caïman

Nous avions laissé la lieutenante Pénélope Cissé en pleine affaire politicienne lors des Belges reconnaissants, et j’étais très curieux de lire son deuxième roman, ayant pour personnage principal la même Pénélope. Ce deuxième roman confirme tout le bien que j’ai pu ressentir à la lecture de son premier roman.

Armand Rouquette et Jocelyn Cabrol se réveillent enchainés dans une cave. Ils sont là depuis au moins vingt quatre heures, et leurs chaines les empêchent d’aller ne serait-ce qu’au fond de cet endroit sombre. Entre Armand et son bistrot qui fait aussi maison close, et Jocelyn qui possède la plus grosse exploitation d’ostréiculture à force de harceler ses concurrents, on ne peut pas dire que ces deux oiseaux-là soient innocents comme l’agneau qui vient de naitre. Ce que les deux gus ne comprennent pas, c’est pourquoi Jojo, le benêt du village, les a drogués puis enfermés là. Il y a forcément quelqu’un derrière ses actes ! Puis, le soir venu, c’est un troisième homme que Jojo amène, le fameux Louis Guidoni, le petit caïd local.

Pénélope Cissé débarque de Dakar avec sa fille, Lisa-Fatouh, 11 ans. Elles débarquent chez Luigi, un homme débonnaire et bouquiniste qui a une librairie dans le centre de Sète. Luigi a accepté de s’occupé de la petite fille pendant que Pénélope retourne au travail. Elle a la « joie » d’y trouver un couple de consultants, experts en management, qui doit améliorer l’efficacité du commissariat. Pour commencer cette affaire des trois disparus, Pénélope décide d’aller voir la mamie du coin, Marceline Dangelo, 80 ans bien tapés.

Même si Pénélope tient un peu plus le devant de la scène que dans le premier, Martine Nougué nous sert la même méthode que pour son premier roman, à savoir mettre les gens au centre de l’intrigue. Je peux donc dire sans trop me tromper que c’est là sa marque de fabrique. Et je peux vous dire que c’est avec un énorme plaisir que l’on parcourt les alentours de l’étang de Thau, et en particulier le quartier de la Pointe, que l’on s’installe à la terrasse d’un café pour écouter les gens du cru deviser des événements. L’immersion en est impressionnante et la façon de faire impeccable. Pour vous en rendre compte, j’ai lu ce roman en une journée (240 pages tout de même !).

Concernant Pénélope, que tout lecteur va très vite adorer, on en sait guère plus sur son passé, et on peut penser que ce mystère se lèvera tout doucement en temps voulu. Reste que le couple (façon de parler) formé par Luigi et Lisa-Fatouh a tout pour faire craquer même les plus durs et que l’intrigue, même si elle est simple, s’avère tout de même à la fois fort bien pensée et fort bien amenée.

Voilà donc un deuxième roman, en forme de confirmation d’un nouveau talent pour le roman policier français. Car tout tient dans les personnages, et pour entendre de belles histoires, il suffit d’écouter les gens. C’est ce que propose Martine Nougué, et de bien belle façon. Et comme cela se passe en été, on a hâte que les températures remontent pour aller visiter ce coin si chaleureux.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Genevieve

Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métaillié

Traducteur : Eric Boury

Si vous suivez ce blog, vous savez que je suis un fan d’Arnaldur Indridason, et en particulier des enquêtes ayant pour personnage récurrent Erlendur, un personnage attachant et profondément humain. On sentait depuis quelque temps qu’Indridason voulait écrire autre chose, sortir des intrigues mettant en scène son inspecteur fétiche. Et je dois dire que j’ai été moins passionné par ces romans où Erlendur n’apparaissait pas, sauf Betty, un bel exercice de style et un hommage aux polars de la grande époque.

Cette fois ci, Arnaldur Indridason se penche sur la période de la deuxième guerre mondiale, période où l’Islande a été occupée par les armées britanniques avant d’être remplacées par les armées américaines. C’est ce que les Islandais ont appelé « La Situation ». Avant cette période, l’Islande était un pays d’agriculteurs et de pêcheurs. Cette période est vue par les habitants comme un passage brutal à l’ère moderne avec ce que cela comporte de violence et de criminalité.

Reykjavik, 1941. Un représentant de commerce rentre chez lui d’un voyage d’affaires et ne trouve pas sa compagne à la maison. Il est vrai que, quand il est parti, ils se sont engueulés avec Véra, et qu’il a préféré faire la sourde oreille et s’en aller. Il décide de sortir la chercher.

Un homme a été retrouvé assassiné chez lui d’une balle dans la tête, tirée par derrière. Cela ressemble à une exécution, genre de crime dont la police islandaise n’a pas l’habitude de voir. Flovent, un jeune inspecteur de la police criminelle et qui a fait un stage à Scotland Yard va être chargée de l’affaire. En observant la scène du crime, il trouve une balle, que l’on utilise avec des revolvers américains.

Quand il remonte cette information à son chef, celui-ci en fait part aux occupants qui vont lui adjoindre Thorson, un inspecteur de la police militaire. Ce dernier a l’avantage d’être issu d’une famille islandaise qui a migré au Canada. Les deux hommes vont travailler ensemble et vont être bien surpris quand le bailleur de la victime ne reconnait pas le corps. Mais qui peut bien être ce mort ?

On va en parler de l’abandon de Erlendur ! Et on a l’impression qu’Indridason a voulu ses nouveaux personnages complètement différents de son inspecteur fétiche. Là où Erlendur est humain, à l’écoute, peu bavard et renfermé sur lui-même, Flovent et Thorson ont la fougue de la jeunesse. Ils sont énergiques, n’hésitent pas à bousculer les témoins, à insister sur des questions et sont ouverts aux autres. Ils travaillent aussi très bien ensemble, ne se cachant rien des progrès de l’enquête. Ces deux-là s’avèrent être l’exact opposé d’Erlendur, quitte à ce que le trait soit parfois un peu gros.

Comme dans Le Lagon Noir, Arnaldur Indridason revient sur la transformation de la société islandaise due à la présence des Anglais puis des Américains. Si cela ressemble à une invasion, tel que c’est présenté ici, il n’en est pas moins qu’Indridason confirme et appuie son propos en montrant comment s’est développée la violence, la circulation des armes ou bien l’apparition de la prostitution. A croire l’auteur, l’Islande était auparavant un paradis terrestre avant que les soldats ne débarquent.

Mais je ne veux pas caricaturer le propos de l’auteur, et juste évoquer mon opinion. Car le sujet (ou l’un des sujets) est bien le nazisme et la recherche par les nazis des origines de la race parfaite, la race aryenne. Ici, on aura droit à un chercheur docteur qui fera des recherches sur l’origine de la criminalité, partant du principe que le Mal est inscrit dans les gênes des personnes déviantes. Et comme d’habitude, avec Arnaldur Indridason, on apprend beaucoup de choses sans en avoir l’air.

L’aspect historique ne fera pas d’ombre à la force des personnages, aussi bien les perosnnages principaux dont j’ai déjà parlé que les personnages secondaires, avec des figures d’une force (et en particulier une relation homme/fils que j’ai beaucoup apprécié). On peut penser que cela fait beaucoup de thèmes abordés dans un roman de 330 pages. C’est sans compter avec le talent de l’auteur et la fluidité de son style qui fait que, malgré certains noms islandais, on n’est jamais perdus. Et du déroulement de l’intrigue à la présence des personnages, ce premier tome de la trilogie s’avère un vrai beau boulot de professionnel d’auteur de romans policiers. Il ne reste plus qu’à attendre le mois d’octobre pour lire la suite.

Gymnopédie pour une disparue de Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Découvert avec Le Français de Roseville, je dois dire que cet auteur m’interpelle par sa façon de construire ses intrigues et par son style très personnel. Avec ce roman, il confirme qu’il est un auteur à part et surtout un auteur à ne pas rater.

Boualem est un jeune homme qui veut faire business man pour s’en sortir. Sa première affaire, c’était la vente d’une paire de basket qu’il avait trouvée dans le hall d’un immeuble. Alors que l’Algérie s’enfonce dans les émeutes, le quartier d’Oran où il habite reste encore calme. Mais il se rend bien compte qu’il va devoir rejoindre la France pour pourquivre sa carrière.

Boris habite un petit appartement à Paris qu’il a hérité de Tante Rose, une amie de sa mère. Laure Sieger, sa mère, l’a abandonné alors qu’il avait 8 ans, et aujourd’hui en 2013, il s’en sort grâce à son emploi à la mairie. Il n’a pas de contacts avec les autres, si ce n’est une liaison avec Gino, le fils de la gardienne. Par hasard, il rencontre Oussama, qui lui montre une photographie de jeunes gens djihadistes, partis s’entrainer en Syrie. Sur la Photo, l’un des jeunes semble être le sosie de Boris. Serait-il son frère caché ?

Aujourd’hui, Kemal Fadil est chef de la police d’un quartier d’Oran. Son affaire en cours porte sur une série de meurtres dont les corps sont étrangement disposés. Quand on découvre le cadavre d’une femme supposée d’adonner à la sorcellerie, il suit la piste de rituels ancestraux, depuis longtemps abandonnés dans cette société qui s’est donnée toute entière à la modernité.

Indéniablement, Ahmed Tiab fait partie de ces tous nouveaux auteurs dont il faut suivre la trace. Car tout, dans ses romans, est fait avec originalité. Il y apporte sa propre touche aussi bien dans la construction que dans le style. Et il nous permet aussi d’approcher les difficultés de l’Algérie balancée entre modernité et histoire, entre politique et terrorisme. Mais tout cela n’est pas fait avec de gros sabots, et n’a pas pour but d’écrire des brulots. Ahmed Tiab préfère prendre les faits et exposer une situation comme le ferait le meilleur des journalistes. S’il aborde le sujet du Djihadisme, ce n’est pas le sujet principal du livre, qui nous parle plutôt de la recherche de ses racines et des questions que tout un chacun se pose sur ses origines.

Ce que j’aime c’est Ahmed Tiab, c’est cette façon, l’air de rien, de construire ses personnages, et de ne jamais les juger. Il les présente dans leurs faits de tous les jours et avec une telle tendresse que l’on finit par non seulement adhérer, mais aussi s’attacher à eux. Ces trois personnages vont former une histoire qui va se culminer vers une fin non pas dramatique mais qui va répondre à bien des questions.

D’ailleurs, la construction aussi est originale. D’autres auteurs auraient alterné les chapitres passant de l’un à l’autre. Ici, Boualem aura droit à une première partie, Boris à deux parties puis nous finirons par Kemal avant d’aboutir à la conclusion. On peut avoir l’impression de lire trois histoires différentes, trois nouvelles accolées. Mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur qui réunit le tout dans un ensemble parfaitement cohérent.

Quand je vous dis que cet auteur, vraiment à part, est à suivre, c’est aussi avec ce rythme de la narration, qui pourrait laisser penser à de la nonchalance. Mais après quelques pages, cela en devient hypnotique et on devient accroché à cette plume réellement unique et d’une simplicité que beaucoup peuvent lui envier. Je suis sur qu’après ce roman, Ahmed Tiab va nous sortir un grand livre et qu’il sera enfin reconnu. Je ne suis pas pressé, je suis patient !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude.

Oldies : Irezumi de Akimitsu Takagi

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Traductrice : Mathilde Tamae-Bouhon

Voici une lecture que je dois à mon ami Le Concierge Masqué. Irezumi désigne une forme particulière de tatouage traditionnel au Japon, qui couvre de larges parties du corps, voire son intégralité, et qui est considérée comme une œuvre d’art.

L’auteur :

Akimitsu Takagi (25 septembre 1920 – 9 septembre 1995), était le pseudonyme d’un écrivain japonais populaire de fiction de crime actif pendant la période de Showa du Japon. Son vrai nom était Takagi Seiichi.

Takagi est né dans la ville d’Aomori, dans la préfecture d’Aomori, dans le nord du Japon. Il est diplômé de l’école secondaire Daiichi et de l’Université impériale de Kyoto où il a étudié la métallurgie. Il a été employé par la Nakajima Aircraft Company, mais a perdu son emploi avec l’interdiction pour le Japon d’avoir des industries militaires après la Seconde Guerre mondiale.

Sur la recommandation d’un diseur de bonne aventure, il décida de devenir écrivain. Il a envoyé la deuxième ébauche de sa première histoire de détective, The Tattoo Murder Case, au grand écrivain mystère Edogawa Ranpo, qui a reconnu son talent et qui l’a recommandé à un éditeur. Il a été publié en 1948. Il a reçu le prix sho de Tantei (prix de club d’écrivains de mystère) pour son deuxième roman, le cas de meurtre de Noh Mask en 1950.

Takagi était un expert juridique autodidacte et les héros dans la plupart de ses livres étaient habituellement des procureurs ou des détectives de police, bien que le protagoniste dans ses premières histoires ait été Kyosuke Kamizu, professeur adjoint à l’université de Tokyo.

Takagi a exploré les variations sur le roman policier dans les années 1960, y compris les mystères historiques, les romans picaresques, les mystères juridiques, les histoires économiques de crime, et l’histoire alternative de la science-fiction.

Il est décédé en 1995.

(Source Wikipedia Anglais adapté et traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

Tokyo, été 1947. Dans une salle de bains fermée à clef, on retrouve les membres d’une femme assassinée. Son buste – lequel était recouvert d’un magnifique irezumi, ce célèbre tatouage intégral pratiqué par les yakuzas qui transforme tout corps en œuvre d’art vivante – a disparu.

Le cadavre est découvert par deux admirateurs de la victime : un professeur collectionneur de peaux tatouées et le naïf et amoureux Kenzô Matsushita. La police a deux autres meurtres sur les bras : le frère de la première victime, dont le corps était lui aussi recouvert d’un irezumi, retrouvé mort et écorché, et l’amant jaloux de la jeune femme, tué d’une balle dans la tête.

Frustré par leur incapacité à résoudre ces affaires, Matsushita appelle à la rescousse Kyôsuke Kamisu, dit «le Génie». Seul ce surdoué charismatique et élégant peut démasquer le psychopathe arracheur de tatouages.

Paru en 1948 au Japon, vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, Irezumi, véritable classique du polar nippon, est enfin publié en France.

Mon avis :

Ce roman, datant de 1948 est clairement à classer dans la catégorie des Whodunit, comme disent les Anglo-Saxons, que l’on peut traduire par Qui l’a fait. Après nous avoir présenté le contexte pendant les 80 premières pages, où on nous présente une jeune femme ayant un tatouage magnifique sur le dos, nous entrons dans le vif du sujet (si je puis dire).

Le corps de cette jeune femme est découvert dans sa salle de bains. Enfin, le corps, j’exagère un peu, puisqu’on ne retrouve que ses membres, l’assassin ayant taillé dans le vif pour emporter le tronc de la belle jeune femme. Pour autant, l’auteur nous évite les descriptions macabres et sanguinolentes, ce qui est un plus pour moi. Par contre, il nous donne à résoudre un sacré mystère : L’eau de la baignoire coule et il y a deux accès à la salle de bains qui sont la porte et la fenêtre, et les deux sont fermés de l’intérieur.

Vous l’aurez compris, il va falloir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de logique pour comprendre ce qui s’est passé et qui a perpétré le crime. A la façon d’un Sherlock Holmes, l’auteur va nous livrer un roman policier que l’on peut considérer comme un classique. L’intrigue est retorse au possible, et la façon de trouver la solution bigrement originale à moins qu’elle ne soit tout simplement asiatique dans son mode de réflexion.

J’ajouterai deux choses à propos de ce roman, qui est remarquablement bien traduit car me semblant fluide et très compréhensible. L’auteur s’est contenté d’un roman policier classique où il détaille plus la psychologie des personnages que le contexte. Ensuite, il vous faudra faire un effort quant aux noms des protagonistes car les noms et prénoms des Japonais ne sont pas évidents pour nous européens. Amateurs de romans policiers aux énigmes particulièrement retorses, vous êtes prévenus !

Aux vents mauvais d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable

Afin de clore en beauté ce week-end Elena Piacentini, voici donc le petit dernier en date, Aux vents mauvais, septième enquête du commissaire Pierre-Arsène Léoni. Les précédentes, qui sont toutes chroniquées ici, sont dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes

Aux alentours de Roubaix. Sur une chantier de démolition, Pierre-Arsène Leoni débarque sur le lieu du crime. Alors que les officiers de police délimitent l’endroit, le commandant se dirige vers deux hommes qui en viennent aux mains. Parmi eux, il y a le lieutenant Thierry Muissen, le cadet de son équipe. Il veut en découdre avec M.Renaud, le directeur des opérations du chantier. Ce dernier ne voit pas l’intérêt d’arrêter le chantier pour une pute ou une camée, et ces mots ont suffi pour faire exploser Thierry Muissen. Alors que Pierre-Arsène Leoni s’interpose, Muissen s’enfuit en moto.

Le lieutenant Grégoire Parsky interroge l’homme qui a découvert le corps, un dénommé Boudraa. Après quelques questions, il admet venir tôt sur les chantiers pour voir s’il ne peut pas récupérer quelque chose avant la démolition, surtout des métaux qui se revendent bien. Sur place, Eliane Ducatel, médecin légiste, est déjà au travail. Elle accueille Pierre-Arsène devant le corps d’une jeune femme d’origine africaine, scalpée.

Colette Chabroux est une ancienne professeur de mathématiques. Sa vie est gérée comme les maths, sans imprévus, puisque tout peut se mettre en équations. Elle élève son petit fils Rémy, qui zone avec d’autres jeunes. Elle observe qu’un de ses voisins a une attitude étrange.

1966, La Réunion. Jean Toussaint est un jeune orphelin. Bientôt, il aura l’occasion de venir en France, découvrir ce beau pays qu’on lui a vendu. Il pourra aussi acheter plein de cadeaux pour sa chérie.

Comme à son habitude, Elena Piacentini va nous inviter à vivre avec beaucoup de personnages dans ce roman. Et c’est avec cette belle subtilité, et avec grand talent qu’elle réussit à ne pas nous perdre en route. Au travers de ces personnages, Elena Piacentini nous montre la vie dans le Nord de la France, cette région ravagée par le chômage et la montée des idées fascistes, et surtout le fait que plus personne ne se cache, plus personne n’a honte d’afficher ses opinions nauséabondes.

Elle aborde aussi la déportation des  Réunionnais en Creuse avec le personnage de Jean Toussaint. On peut penser que cela fait beaucoup pour un seul livre. Pas du tout ! C’est là la magie de cette conteuse sans pareille. Avec quelques ingrédients, elle nous sort encore une fois un grand roman policier, droit, honnête, direct, et surtout d’une lucidité rare sur les gens et leur façon de vivre au jour le jour. On pourrait presque dire qu’Elena Piacentini est le témoin de notre époque. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je dis presque.

Pour avoir lu tous les autres romans de cette auteure, j’ajouterai qu’on y voit dans ce roman une nouvelle efficacité. Les chapitres sont courts, resserrés sur eux-mêmes, les phrases tranchent, font mal souvent. On a l’impression qu’elle n’a pas voulu prendre de gants, elle y va franco, comme dans un match de boxe avec le lecteur. J’y ai trouvé aussi un ton noir, pas pessimiste, mais lucide devant tant de problèmes et bien peu de solutions en face. Cela en fait un roman qui nous parle, qui nous remet en question aussi.

Enfin, comme à son habitude, Elena Piacentini termine par sa Note aux lecteurs. C’est probablement une façon pour elle de continuer le lien imperceptible et indicible qui se créée entre elle et ceux qui lisent ses livres. Ce sont surtout quelques pages qui sont aussi importantes que le roman lui-même car elles montrent le travail de l’auteure, et les thèmes abordés, et on a l’impression de l’avoir en face de nous, nous expliquant les tenants et les aboutissants de ce que l’on vient de lire.

Vous l’aurez compris, Elena Piacentini a encore une fois écrit un grand roman policier. Si vous ne connaissez pas l’auteure, jetez vous sur ses livres. Quant à moi, j’espère que seront réédités ses trois premiers romans …

Ne ratez pas l’avis de Garoupe

Week-end Piacentini : Carrières noires d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable ; Pocket (Format poche)

Ça y est, je suis à jour à propos des enquêtes de Pierre Arsène Leoni ! Vous les trouverez donc toutes chroniquées et je vous les rappelle dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel

Aux vents mauvais (Paru le 5 janvier 2017)

Joséphine Flament, que tout le monde appelle Josy, est une soixantenaire bonne enfant. Elle n’est pas le genre à se prendre la tête, ni avec le quotidien, ni avec des hommes. C’est pour cela qu’elle vit avec ses amies d’enfance Chantal et Marie-Claude, dans sa petite maison. Alors qu’elle faisait le ménage chez la sénatrice Justine Maes, Josy découvre une forte somme d’argent qu’elle rend à sa propriétaire.

Mais elle a l’occasion de découvrir où se situe le coffre fort. Elle imagine alors un plan, qui consisterait à vider le coffre pour offrir à ses amies une maison à La Panne. Comme elle connait Angelo, un petit braqueur, elle lui demande de l’aide. Celui-ci lui apprend comment ouvrir le coffre et Josy arrive à mettre la main sur son contenu : de l’argent, des bijoux et des documents.

Pierre-Arsène Leoni s’est mis en disponibilité de la police suite à la mort de Marie, sa femme et mère de sa fille. Il envisage de retourner dans son île natale, la Corse, avec sa grand-mère Mémé Angèle. Alors qu’il attend le début d’un concert avec Eliane Ducatel, son amie médecin légiste, la sénatrice qui doit faire un discours se fait attendre. Quand ils se rendent chez elle, juste à coté, ils s’aperçoivent qu’elle est morte. Et quand le téléphone sonne, Eliane prend le combiné et tombe sur un maître chanteur qui demande de l’argent contre les documents. Il semblerait bien que ce soit un meurtre …

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Je trouve qu’avec ce roman, Elena Piacentini a franchi un cap. Elle garde ce talent de peindre des personnages à la psychologie si fouillée, mais je trouve qu’elle a acquis une sorte d’efficacité qui fait que ce roman policier est impossible à laisser tomber. Car si l’intrigue peut sembler simple au premier abord, il nous réserve bien des surprises tout au long de ces pages si bien écrites.

La première partie est consacrée à Josy et à la sénatrice Justine Maes. On y plonge dans le monde des petites gens d’une part, puis dans le monde des magouilles politiques d’autre part. Et ce n’est qu’après un peu moins de 100 pages que Pierre-Arsène Leoni fait son entrée avec une Eliane plus dégourdie et craquante que jamais. Et c’est tout l’art des dialogues d’Elena Piacentini qui apparait, car Eliane et Pierre-Arsène forment un couple à la fois excitant et drôle ! La dernière partie va se dérouler dans les carrières de craie de Lezennes, qui forment un véritable labyrinthe, dans lequel les policiers vont chercher des enfants disparus. Mais c’est aussi un endroit montré sombre et stressant par l’auteure, et ces pages m’ont crispé au livre !

Ce roman tient à la fois sur l’intrigue et sur la façon dont Pierre-Arsène et Eliane vont démêler la pelote, mais aussi sur ces formidables personnages dont on est toujours triste de quitter à la fin. Avec ce roman, Elena Piacentini nous démontre de belle façon qu’elle est une grande du roman policier et qu’avec ce roman, elle semble entamer un deuxième cycle, chez un nouvel éditeur (Au-delà du raisonnable) après avoir sorti trois tomes chez Ravet-Anceau.

L’affaire de la belle évaporée de J.J.Murphy

Editeur : Baker Street

Traducteur : Yves Sarda

Un petit tour dans les Etats Unis des années 20, ça vous tente ? Et en bonne compagnie, s’il vous plait. J’ai nommé Dorothy Parker, célèbre poète et scénariste américaine, connue pour son humour caustique, ses mots d’esprit et le regard acéré qu’elle porta sur la société urbaine du XXème siècle. (Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

En compagnie de ses fidèles amis, Woollcott et Benchley, Dorothy Parker fête le nouvel an à l’hôtel Algonquin. La grande star de théâtre et de cinéma, Douglas Fairbanks, y organise une réception dans sa luxueuse suite. Alors que la soirée bat son plein, l’un des invités, le Docteur Hurst, annonce qu’un cas de variole vient d’être détecté, et l’hôtel est mis en quarantaine. Le cauchemar ne s’arrête pas là : quelques heures après le début des festivités, Bibi Bibelot, l’extravagante vedette de Broadway, est retrouvée sans vie dans un bain de champagne.

Dans une course contre la montre, Dorothy va mener l’enquête, épaulée par Sir Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes. Une investigation à huis clos, où personnages réels et fictifs se croisent et se recroisent. D’un étage à l’autre, questions, dilemmes et révélations s’enchaînent et s’entrechoquent, alors que le meurtrier, lui, continue à échapper aux membres du Cercle Vicieux.

Mon avis :

Ce roman est le deuxième de la série de la Table Ronde, dont le premier se nomme Le cercle des plumes assassines et vient de sortir en poche chez Folio. Il n’est pas utile de lire le premier tome pour suivre cette enquête, les personnages étant suffisamment décrits et l’auteur nous évitant des rappels qui auraient alourdi le propos. Et, pour ma part, comme cela se passe dans la nuit de la Saint Sylvestre, je l’ai lu à la fin de l’année dernière, pour rester dans une ambiance festive.

Il n’y a pas de volonté, de la part de l’auteur de faire un roman à message, mais uniquement de livrer un divertissement fort drôle. Nous avons affaire à un huis-clos, dans la plus pure tradition du roman policier à énigmes, et si le titre peut sembler mystérieux, sachez que la Belle Evaporée, à savoir Bibi Bibelot, va mourir et son corps va disparaitre … Désolé de vous enlever une partie du mystère …

En guise de huis-clos, l’essentiel de l’intrigue va se dérouler entre la suite de Douglas Fairbanks, une autre suite quelques étages plus bas, l’entrée de l’hôtel Algonquin et ses sous-sols. On aurait pu penser que, l’hôtel étant plein, nous aurions droit à des dizaines de suspects. Nous n’en aurons qu’une bonne dizaine parsemés dans l’hôtel ce qui est déjà pas mal. Il est d’ailleurs amusant de rencontrer Sir Arthur Conan Doyle (qui ne tient pas la place de vedette d’ailleurs) ou Harpo Marx qui nous donne droit à des répliques cinglantes.

A la lecture de ce roman, on pense évidemment à Agatha Christie et la comparaison va en faveur de la Grande Dame. L’intrigue avance avec ses nombreux dialogues souvent drôles, et à des situations humoristiques. Mais la psychologie des personnages qui devrait nous mener au coupable est quelque peu absente et la solution arrive avec des révélations qui m’ont semblé pas toujours justifiées par la déduction. Et puis, j’ai trouvé certains passages un peu longuets même s’ils donnent souvent lieu à des bons mots et des dialogues fort drôles.

Bref, c’est un roman fort divertissant, qui arrive tout de même, et c’est un coup de force, à ne pas nous perdre avec les dizaines de personnages et à nous amuser pendant les 320 pages de cette énigme. Il est à noter qu’en fin de roman, l’auteur nous donne des aspects de ses personnages, rectifiant la part vraie de celle inventée par son esprit créatif. Si vous voulez passer du bon temps, sans vous prendre la tête, ce roman est pour vous.