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Les lieux sombres de Gillian Flynn (Sonatine)

Comme je suis en retard dans la rédaction de mes articles, retrour sur une de mes lectures estivales. Dès sa sortie, les internautes ont salué cette histoire et l’art de l’auteur de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Je l’ai donc acheté dès sa sortie, et je l’ai lu cet été. Et si je ne l’ai pas lu avant, c’est surtout parce que c’est un sacré pavé et que je préfère prendre le temps d’avaler de gros morceaux quand je suis en vacances. En voici un bref résumé :

Libby Day a connu un drame familial alors qu’elle avait sept ans. Sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur ferme. Elle est la seule rescapée, arrivant à se sauver par la fenêtre de la chambre de sa mère. Elle a ensuite été élevée par sa tante, puis a vécu sans jamais travailler. En effet, ce massacre a fait grand bruit et de nombreux dons lui ont permis de vivre avec le strict minimum.

C’est son frère Ben qui a été accusé et condamné pour ce massacre. Et malgré les incohérences de l’accusation, c’est le témoignage de la petite Libby qui a fait pencher la balance. A son age, elle était forcément influençable et Ben a été condamné à la perpétuité. Libby a coupé les ponts avec son passé, avec sa famille, que ce soit sa tante ou son frère Ben ou son père Runner, un homme fauché, alcoolique et violent.

Deux événements vont faire pencher la balance et semer le doute dans sa petite vie bien rangée. Vingt cinq ans plus tard, le banquier de Libby lui signifie que son compte diminue à vue d’œil. C’est alors qu’un frôle d’individu, Lyle Wirth la contacte au d’un Kill Club. C’est un club qui réunit des passionnés de crimes mystérieux. Ils cherchent à éclaircir des meurtres lors de réunions qui se tiennent dans une cave de Kansas City.

Comme Lyle lui propose de la rémunérer, Libby accepte une première réunion. Là, de nombreuses personnes soulèvent des questions qui montrent que Libby ne pouvait pas avoir vu le massacre car elle était dans la chambre de sa mère, qu’il y a eu au moins deux armes utilisées (une hache et un fusil) et qu’il y avait une trace de pas adulte ensanglantée qui ne pouvait correspondre à celle de Ben. Petit à petit, Libby sent naître le doute et les remords d’avoir fait condamner son frère pour rien.

Après avoir lu ce livre, je comprends mieux les éloges couronnant ce roman. Ca r sous couvert d’une enquête, il y a un vrai roman complexe sur le monde rural des Etats-Unis, avec de vrais personnages forts et un vrai problème philosophique et psychologique.

Avec sa construction qui alterne entre passé et présent, Gillian Flynn nous montre l’envers du décor du rêve américain, celui qui a mené tant d’agriculteurs à la ruine dans les années 80 à cause de l’ouverture des frontières aux pays d’Amérique du Sud, puis avec ce que sont devenus leurs enfants. Ces gens là ne demandaient rien d’autre que de vivre de leurs terres et ils ont fini dans la drogue, la prostitution ou la prison. Quel savoir faire admirable !

Et puis, il y a la psychologie des personnages avec une problématique que Ben résume parfaitement à Libby : « Si je suis innocent, alors c’est toi qui deviens coupable. » C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit la trajectoire de Libby, avec ce passé qu’elle veut oublier. Elle est comme tous les protagonistes de cette histoire, il règne un fatalisme ambiant qui donne l’impression de ne pouvoir changer le cours des choses.

C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laisée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie.

C’est un bien beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et que je vous conseille fortement pour ce voyage au fin fond des Etats-Unis, avec une fin que vous ne devinerez pas (d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre), une fin dessinée comme un pied de nez au destin des petites gens.

Barbara Garlaschelli : Deux sœurs (Rivages Noir)

C’est l’histoire de deux sœurs quarantenaires et célibataires qui vivent dans une maison légèrement à l’écart d’un village italien. Il y a Amelia, brune, institutrice, forte et qui est celle qui dirige la famille. Il y a Virginia blonde, légèrement attardée, qui tient la maison et est passionnée par la télévision. Elles sont deux inséparables sœurs, mais aussi totalement différentes. Elles sont inséparables comme deux branches de menottes. Et puis arrive Dario, un bel homme qui va bousculer leur paisible petite vie.

Le rythme de ce court roman est le même que celui de la vie des deux sœurs. C’est lent, très bien écrit, avec une profondeur psychologique très intéressante, passant en revue tous les protagonistes un par un. Et les souvenirs sont distillés savamment pour faire avancer ce « drôle » de petit drame, pas drole du tout.

La construction est très bien maîtrisée et jamais on n’a l’impression de deviner une quelconque trame que l’auteur aurait prévue d’avance. On avance dans ce livre comme dans la vie, on s’attend au pire, on ne devine pas ce qui va arriver, et puis, on les aime bien ces personnages.

Mais surtout, il y a le style. Il y a une violence toute contenue, une agressivité constante dans ce livre. Par moments, on ressent la haine d’Amelia envers tout ce qui peut bousculer sa vie réglée d’avance, décidée par elle. Amelia, c’est la constance, la tranquillité, mais aussi l’agressivité et la jalousie. Virginia, c’est l’inconscience mesurée, prête pour l’aventure sans pouvoir aller au-delà de ses limites. Dario, c’est la victime qui comprend tout un peu trop tard. On est plus proche de Massimo Carlotto, tant le style est dépouillé et direct.

En conclusion, un bon petit thriller psychologique qui prend toujours par surprise, même la fin (que je ne vous dirai pas bien sur !). Un court roman qui prouve qu’il n’est pas besoin de faire un roman de 500 ou 600 pages pour passionner ses lecteurs.