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Moins que zéro de Brett Easton Ellis

Editeur : 10/18 (Format Poche)

Traducteur : Brice Matthieussent

Afin de fêter leurs 60 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux 10/18.

Et nous commençons en fanfare avec un auteur dérangeant, le trublion Brett Easton Ellis.

L’auteur :

Né à Los Angeles, Bret Easton Ellis passe son enfance à Sherman Oaks, dans la vallée de San Fernando. Il est le fils de Robert Martin Ellis, promoteur immobilier, et de Dale Ellis, femme au foyer, qui divorcent en 1982.

Après des études secondaires dans une école privée, The Buckley School, il suit un cursus musical au Bennington College (l’université qui inspire le « Camden Arts College » dans Les Lois de l’attraction).

Parallèlement à ses études, il joue dans divers groupes musicaux, dont The Parents. Il est toujours étudiant à la sortie de son premier livre, Moins que zéro. Bien reçu par la critique, il s’en vend 50 000 exemplaires dès la première année.

En 1987, Bret Easton Ellis s’installe à New York pour sortir son deuxième roman Les Lois de l’attraction. Le roman est adapté au cinéma en 2001 par Roger Avary et interprété par James Van Der Beek et Jessica Biel. C’est dans ce livre que l’on voit apparaître un personnage nommé Patrick Bateman, que l’on retrouvera dans son roman suivant.

Son ouvrage le plus controversé est sans doute American Psycho (1991). Son éditeur Simon & Schuster lui avait versé une avance de 300 000 dollars pour qu’il écrive une histoire à propos d’un serial killer. À la suite de nombreuses protestations, l’éditeur refuse de publier le roman. En effet, celui-ci est considéré comme dangereusement misogyne. Il sort finalement en 1991, édité par Vintage Books. Certains voient dans ce livre, dont le protagoniste Patrick Bateman est une caricature de yuppie matérialiste et un tueur en série, un exemple d’art transgressif. American Psycho est porté à l’écran en 2000 par Mary Harron, le personnage principal étant interprété par Christian Bale.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

La révélation des années quatre-vingt assurément. Le premier livre du sulfureux Ellis, qui n’a alors que vingt ans, est un choc. À sa sortie pourtant, « Moins que zéro » est modérément accueilli par les critiques américains. Il connaît en revanche un énorme succès en France.

L’histoire, un puzzle dont on ne cesse de replacer les morceaux, est celle de personnages interchangeables, jeunes gens dorés sur tranche, désœuvrés et la tête enfarinée. L’un s’ennuie à mourir dans son loft de deux cents mètres carrés, l’autre cherche désespérément un endroit ou passer la soirée et tout ce joli monde de dix-huit ans à peine se téléphone et se retrouve dans les lieux les plus chics de Los Angeles. Pour méditer, bien entendu, sur les dernières fringues à la mode ou le meilleur plan dope de la ville. Et les parents dans tout ça? Ils sont trop occupés et stressés par leurs boulots, leurs maîtresses ou leurs psychiatres pour voir ce que devient leur charmante progéniture.

Au bout du compte, on a l’impression d’un immense vide, d’une vie qui n’a plus aucun sens. Et là où l’on était d’abord agacé, on finit par être ému, puis révolté. Car, c’est toute la force d’Ellis de nous faire comprendre que ce monde roule un peu trop souvent sur la jante. Stellio Paris.

Mon avis :

Pour un fan de cet auteur comme moi, la curiosité aiguisait mes appétits et j’attendais une occasion de lire ce roman. Ecrit à l’âge de 21 ans, il apparait comme une œuvre impressionnante de maturité. Déjà, il impose son style, très détaillé, à tel point que chaque geste évoqué nous donne l’impression de voir un film se dérouler devant nos yeux. Quant au sujet, il s’agit toujours d’une autopsie de la société américaine, en même qu’une charge féroce contre son anti-culture.

Clay revient à Los Angeles pour les vacances de Noël et retrouve ses amis et sa petite amie. Pendant deux semaines, il va arpenter les soirées, boire, fumer, sniffer, tout en observant ses contemporains. Fils d’un couple divorcé ultra-riche, il ne fait rien car ne trouve aucun intérêt à sa vie, et joue le rôle de suiveur, de témoin d’une génération en mal de repères et se laissant berner par les plaisirs faciles.

Mais derrière ces atours ensorcelants, Brett Easton Ellis nous peint une société propre sur elle, mais qui derrière le décor, se révèle la plus horrible possible. Entre son voisin fan de nazisme, une de ses connaissances qui utilise une jeune fille comme esclave sexuelle, ses amis qui se laissent aller aux pires vices, Clay nous montre les racines de cette société sans réel fondement que celui du fric qui cherche toujours plus de frissons au mépris des lois.

Plus calme que ses deux romans suivants, moins gores, mais tout aussi marquants, ce roman est sans pitié sur ces jeunes gens riches qui ne savent rien faire d’autre que profiter, de leur argent et des autres. D’ailleurs, Clay le dit plusieurs fois : « On peut disparaitre ici sans même s’en apercevoir ». Je vous rajoute aussi une phrase qui fait froid dans le dos de la part de Rip, un copain de Clay : « Quand on veut quelque chose, on a le droit de le prendre. Quand on veut faire quelque chose, on a le droit de le faire. » (Page 228). J’ajouterai sans aucune limite, le No Limit des années Carter puis Reagan.

Je tiens à signaler la traduction exceptionnelle de Brice Matthieussent, et ne peux que vous conseiller de plonger dans ce roman puis d’enchainer avec Les lois de l’attraction et American Psycho tout en vous mettant en garde sur des scènes ultra-violentes dans ces deux derniers, pour mieux enfoncer le clou.

La ville de plomb de Jean Meckert

Editeur : Joëlle Losfeld éditions

Je continue ma découverte de l’œuvre de Jean Meckert avec un roman datant de 1949 et devenu depuis introuvable. Ce roman doit être considéré comme un questionnement de l’auteur sur son propre avenir.

Au premier niveau, l’auteur nous raconte la vie des ouvriers et surtout en dehors du travail, cherchant à oublier la monotonie et la répétition des journées sans but. Etienne Ménart et Martin Duhaut sont amis dans la vie et aussi éloignés que peuvent l’être le feu et la glace. Etienne est un impulsif qui cherche le plaisir immédiat alors que Martin est plus posé, plus timide et écrit son Grand Libre, La ville de Plomb.

Les deux jeunes hommes courent après la jeune et belle Gilberte Laurent, pour son physique en ce qui concerne Etienne, pour fonder une vie familiale en ce qui concerne Martin. Mais Etienne ne peut envisager de conquérir Gilberte s’il est puceau. Il décide donc de séduire Marguerite Pillot, la magasinière de 40 ans qui a encore de beaux restes.

La soirée entre Etienne et Marguerite qui ouvre le roman est typique des problèmes de communication mais aussi de la psychologie des personnages, ainsi que de la recherche du plaisir facile. Alors qu’Etienne a obtenu ce pour quoi il était venu, il n’accepte pas qu’elle insiste et cherche à le retenir. Lorsqu’il la frappe, elle tombe malencontreusement la tête contre le carrelage et en meurt.

Quels que soient les personnages masculins de ce roman, on découvre des jeunes gens à la recherche de leur identité, obligés de concilier avec leur nature. Au-delà de l’intrigue pseudo-policière, il s’agit bien de décrire la classe ouvrière et son mal-être, obligée de tomber dans la routine. Gilberte, quant à elle, représente la part féminine de ce roman. Hésitant entre passion et assurance, elle va se trouver un parti sûr, mais toujours hésiter entre la folie dévastatrice d’Etienne et le mariage promis par Robert Failloux, qui fait office de celui qui tient la chandelle.

Empli de tristesse et de désœuvrement, ce roman désarçonne par ses sujets et on se demande ce que l’auteur veut nous dire cette société qui lamine ses jeunes gens. Puis, apparaissent des chapitres de La Ville de Plomb, ainsi que des extraits du journal intime de Martin. Et on ressent derrière ces passages, à la fois les questionnements d’un jeune homme sur son quotidien de sa vie et le sens de la vie, mais aussi sur la valeur et le pouvoir de la création. De ces chapitres, on voit combien ce roman devait revêtir une importance capitale pour quelqu’un qui a décidé de vivre de sa plume sans succès.

Roman témoin de son époque, mais creusant des thèmes toujours contemporains, La Ville de Plomb prend sa place parmi les œuvres littéraires importantes sur le but des livres et sur le rôle que doivent avoir les grands auteurs, ceux qui nous font réfléchir. Déstabilisant par sa forme, ce roman n’en démontre pas moins la grandeur de l’auteur et sa faculté à écrire de la grande littérature avec un style précis et de formidables dialogues.

Oldies : Dans la forêt de Jean Hegland

Editeur :Gallmeister

Traducteur : Josette Chicheportiche

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir un premier roman qui a conquis beaucoup de lecteurs exigeants.

L’auteure :

Jean Hegland, née en novembre 1956 à Pullman dans l’État de Washington, est une écrivaine américaine.

Jean Hegland grandit dans sa ville natale de Pullman, près de la frontière entre l’État de Washington et l’Idaho. Sa mère enseigne l’anglais aux niveaux secondaire et universitaire et est bibliothécaire à Pullman pendant de nombreuses années. Son père est professeur d’anglais à l’université d’État de Washington.

Hegland commence ses études au FairhavenCollege de Bellingham (État de Washington), puis obtient un BA en arts libéraux de l’université d’État de Washington en 1979.

Après avoir occupé divers petits boulots, dont des ménages dans une maison de retraite, elle décroche en 1984 une maîtrise en rhétorique et enseignement de la composition de l’université de Washington. Elle devient alors enseignante.

En 1991, alors qu’elle a donné naissance à son deuxième enfant, elle publie un premier ouvrage non fictionnel sur le thème de la grossesse, The Life Within: Celebration of a Pregnancy, dans lequel elle croise sa propre expérience, des données scientifiques et diverses recherches sur les croyances et coutumes de différentes cultures sur le sujet. Le livre, d’abord rejeté par une cinquantaine d’éditeurs, est finalement accepté par HumanaPress.

En 1996, elle termine l’écriture de son premier roman, Into the Forest, qui raconte la relation entre deux sœurs qui doivent apprendre à survivre seules dans une forêt de séquoia près de Redwood City, dans le nord de la Californie, alors que la société technologiquement dépendante s’effondre. Elle essuie environ vingt-cinq refus d’éditeurs avant que son manuscrit ne soit accepté par Calyx, un petit éditeur féministe à but non lucratif basé à Corvallis, dans l’Oregon. En 1998, Calyx cède les droits de publication du roman à Bantam Books pour les États-Unis, conservant les droits pour les publications à l’étranger. Le roman obtient alors un succès national puis international. Il est ensuite adapté au cinéma par Patricia Rozema sous le titre Into the Forest, sorti en 2015. La traduction française, Dans la forêt, ne paraît qu’en 2017, suivie en 2019 d’une adaptation en bande dessinée par le dessinateur français Lomig.

Elle a publié deux autres romans : Windfalls en 2004 (traduit en français en 2021) et Still Time en 2015 (inédit en français).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Mon avis :

Ce roman n’a rien à voir avec du polar. Il raconte comment deux jeunes adolescentes de 17 et 18 ans vont survivre dans la maison familiale après la mort de leurs parents. Le contexte se présente comme une maison isolée à plus de 10 kilomètres des premiers voisins et 50 kilomètres de la ville. On se retrouve donc avec un roman centré sur les deux personnages, sachant que le monde se serait écroulé …

L’aspect intéressant de ce roman est clairement la vie de ces jeunes filles, et leur passion. L’une décide de lire l’encyclopédie et l’autre danse toute la journée, parfois même sans musique quand l’électricité se coupe. Oscillant entre roman de survie et roman intimiste, ce roman surprenant est remarquablement bien écrit (et traduit) et raconte une belle histoire attachante avec quelques événements dont certains sont stressants, d’autres ignobles.

J’aurais donc passé un bon moment et apprécié cette parenthèse en pleine forêt au milieu de mes polars. Ce roman a connu beaucoup de succès et ma foi, je le comprends parfaitement tant on ne s’ennuie pas dans ce huis-clos en pleine nature, avec de beaux moments émouvants. La fin est particulièrement bien trouvée.

Un jour viendra de Giulia Caminito

Editeur Gallmeister

Traductrice : Laura Brignon

Les éditions Gallmeister quittent le continent américain pour publier des romans issus d’autres endroits du monde. Ils débutent cette nouvelle aventure par l’Italie avec deux romans, Un jour viendra de Giulia Caminito à classer plutôt en littérature et L’Île des âmes de Piergiorgio Pulixi dont nous parlerons bientôt.

Le roman commence par un prologue terrible et donne le ton pour le reste de cette histoire. Nicola est présenté comme un garçon fragile, cherchant à se faire oublier des autres, préférant rester dans les ombres plutôt que d’affronter la lumière du jour. Lupo est tout son contraire, fort, imposant ; par sa stature, il se considère comme responsable de son petit frère, si frêle, et s’est donné comme mission de le protéger. Sur les bords du Misa, Nicola fait face à Lupo, armé d’un fusil et lui tire dessus.

Il faut dire que la famille Ceresa traine une mauvaise réputation, comme si elle attirait le mauvais sort. Luigi est le boulanger du village, sa femme Violante est aveugle, et sa famille a vu plusieurs de ses enfants mourir. Leur vie est rude, et laisse peu de place à l’amour familial. Les troubles qui secouent l’Italie en ce début du vingtième siècle vont être exacerbés par l’arrivée de la première guerre mondiale.

Par chapitres alternés, l’auteure nous plonge dans la vie d’un couvent dirigé par Sœur Adélaïde qui vient de se suicider par pendaison. Par tirage au sort, Sœur Clara va être désignée pour prendre sa place et dévoiler aux autres sœurs son caractère dur, lié à ses origines. Ce monde de silence et de foi cache en réalité un terrible secret qui va toucher le village et la famille Ceresa.

Il est surprenant de lire que ce roman n’est que le deuxième de cette jeune auteure italienne, tant l’intrigue est complexe et maitrisée. Situé dans un pays que je connais peu, parlant d’une période trouble de l’histoire italienne, il vaut mieux lire les notes de l’auteur et de l’éditeur situées à la fin du roman. Cela permet de nous éclairer sur le contexte et les positions prises par tous les personnages.

Car Un jour viendra est un roman qui nécessite des efforts pour se resituer dans le temps et dans l’espace. Ne précisant jamais quand les chapitres si situent dans le temps, il est parfois difficile de se raccrocher à l’intrigue. La façon de mener cette histoire est aussi originale puisque les secrets se dévoilent au hasard des scènes, sans qu’il n’y ait de logique dans la construction. Les lecteurs cartésiens, comme moi, se retrouveront désarçonnés.

Reste que la plume de Giulia Caminito se révèle à la fois originale et magnifique. L’écriture se montre descriptive et poétique, noire quand il le faut, quand il s’agit de décrire un décor ou la nature environnante. Elle se met en retrait et devient factuelle quand elle montre les actions des personnages, ne donnant aucune information sur les émotions. Enfin, les dialogues sont insérés dans la narration sans indication, et peut surprendre.

Malgré la beauté du texte, la noirceur du contexte, mon impression est tout de même en dents de scie. J’ai été ébahi par certains passages et regretté que le roman se révèle si difficile à suivre, par manque de visibilité. Il aurait été intéressant d’indiquer quand les scènes se déroulent et donner un peu plus de détail sur le contexte historique. Le roman creuse tout de même beaucoup de thèmes, de la loyauté fraternelle à la destinée, la religion, l’anarchie, les décisions politiques et on en ressort avec l’impression que cette période du début du vingtième siècle a été déterminante pour l’histoire de l’Italie et que le peuple, qui avait les cartes de son avenir entre les mains, s’est trompé.

Oldies : Lucy in the sky de Pete Fromm

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman qui bénéficie d’une aura impressionnante !

L’auteur :

Pete Fromm est un écrivain américain né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Romancier et nouvelliste, il a connu un important succès public et critique grâce à Indian Creek, roman autobiographique dans lequel il raconte son expérience de la solitude au cœur des montagnes Rocheuses lorsqu’il était adolescent.

Après des études secondaires à Milwaukee, Pete Fromm étudie la biologie animale à l’université de Montana. D’octobre 1978 à juin 1979, il est embauché par l’office de réglementation de la chasse et de la pêche de l’Idaho pour rester seul dans les montagnes, en plein cœur de l’aire naturelle protégée de Selway-Bitterroot, à surveiller l’éclosion d’œufs de saumon.

C’est sur les conseils de Bill Kittredge, dont il a suivi un cours d’écriture créative à la seule fin de décrocher son diplôme universitaire, puis de Rick DeMarini, qui anime un atelier d’écriture auquel Pete Fromm assiste clandestinement, qu’il envisage d’écrire en profitant de son expérience des grands espaces et de la vie au grand air.

Il cumule plusieurs petits boulots, dont celui de maître-nageur à Lake Mead (Nevada), puis de Ranger dans le parc national de Grand Teton, au Wyoming avant de rencontrer un modeste succès avec son recueil de nouvelles The Tall Uncut (1992). La reconnaissance médiatique vient avec ses chroniques d’Un hiver au cœur des Rocheuses (1993), où il relate son expérience de l’hiver 1978-79.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Mon avis :

Quand on a 14 ans, un nouveau monde s’ouvre avec ce qu’il comporte de découvertes, de joies et de déceptions. Parce qu’ils habitent proches l’un de l’autre, Kenny et Lucy sont les meilleurs amis. Heureux dans leur vie de famille, ils vont vivre leur passage à l’âge adulte et découvrir ce que leurs parents cachent derrière leur insouciance de façade.

Pour ce faire, l’auteur a créé une famille d’Américains moyens, Chuck le père étant bucheron et donc souvent absent pour de longues périodes de la maison, Lainee la mère venant de trouver un travail. Lucy se distingue par son physique, ses airs de garçon manqué avec son crâne rasé ; cela lui permet de mieux se distinguer des autres au lycée. L’ambiance à la maison est à la fête, surtout quand le père est de retour et les blagues fusent ; il y règne une insouciance qui laisse flotter des passages fort drôles.

Puis lors d’une après-midi, Lucy découvre son premier baiser et ses relations avec Kenny vont s’infléchir vers un horizon qu’elle ne comprend pas, dont elle ne veut pas, préférant garder la douceur de l’enfance. En parallèle, elle s’aperçoit que ses parents qui étaient son modèle de bonne humeur, cachent des secrets qu’elle met à jour petit à petit. Elle se rend compte que le monde des adultes est tortueux et rempli de mensonges.

Rares sont les romans capables de nous emporter dans l’intimité d’une famille avec autant de facilité ! Les personnages ainsi que le ton, volontairement légers et sensibles, y sont pour beaucoup dans l’adoption de cette histoire et de son contexte. Le rythme et les événements vont au fur et à mesure montrer l’évolution de Lucy et placent ce roman sur le haut de la pile en termes de roman d’apprentissage. J’ai trouvé en particulier remarquable les descriptions des relations familiales et leur évolution.

Il serait dommage de réduire ce roman à une bluette d’adolescente qui découvre l’amour. Le personnage de Lucy occupe le devant de la scène, et ce personnage féminin est si fort, si franc, si réaliste qu’il en devient obsédant, inoubliable. Elle a un humour décalé, hérité de ses parents, qui se transforme rapidement en réparties cyniques puis en répliques cinglantes. Le caractère de Lucy se révèle suffisamment complexe pour qu’on s’y attache, tout en contradiction, entre sa volonté de grandir et celle de rester une enfant.

Si par moments, on sent poindre une certaine réflexion puritaine, l’auteur s’efforce tout de même de rester neutre, dans la peau de Lucy. Il n’en reste pas moins que l’on voit poindre un exemple de lutte pour la liberté, pour l’émancipation de la femme et pour le droit à vivre sa vie comme on l’entend, sans juger les autres. D’autant plus, que l’espoir renait grâce à certains autres personnages qui sortent du lot des moutons. Un roman formidable.

Dernier tour lancé d’Antonin Varenne

Editeur : Manufacture de livres.

Antonin Varenne est et restera un auteur spécial pour moi, puisqu’il été mon premier coup de cœur depuis la création de Black Novel. Depuis, il ne m’a jamais déçu, m’emportant à chaque fois dans des contrées, dans des personnages qui, a priori, étaient loin de mes centres d’intérêt. Seulement voilà, le talent du conteur fait toute la différence, la méticulosité de l’écrivain sait faire voir ses décors, ses intrigues, ses messages. Avec Dernier tour lancé, le pari n’était pas gagné d’avance, loin de là. Voir plus que regarder des pilotes, qu’ils soient de Formule 1 ou de moto, tourner en rond pour quelques dixièmes de seconde ne m’a jamais passionné. Avec ce roman, je me suis posé la question : mais qui sont réellement ces fous du volant ? Pour quoi ou pour qui courent-ils ?

A la Clinique des Chênes, François Buczek, interné pour des délires dus à la drogue, se glisse toutes les nuits hors de sa chambre pour en rejoindre une autre, celle de Julien Perrault. Julien connut une carrière fulgurante en Grand Prix GT avant de commettre un accident mortel que personne, du public aux écuries officielles en passant par les sponsors ne lui a pardonné.

Alors qu’il devenait une menace pour le tenant du titre Marco Simonelli, le drame devait se dérouler lors des qualifications du Mans. Alors qu’il entamait son dernier tour lancé, et que tous les autres pilotes avaient fini, Julien arriva dans la ligne à plus de 350 km/h. Mais sur la piste, deux pilotes discutaient tranquillement à vitesse réduite. Le choc effroyable entraina la mort de Franco Simonelli et la condamnation au fauteuil roulant d’Edward Spies.

A peine remis de ses blessures, quelques mois plus tard, Julien rentre chez son père Alain, avec qui il a une relation taiseuse. Julien ne dit rien mais sa décision est prise : il va s’entrainer, retrouver la forme, en commençant par du vélo. Quand un sponsor douteux veut l’embaucher, il forme son équipe personnelle, composée de François Buczek, de son père Alain Perrault et du docteur Emmanuelle Terracher, la psychologue qui l’a suivi à la Clinique des Chênes.

Que ce soient les courses (il n’y en a pas beaucoup) ou bien la psychologie de Julien Perrault, une nouvelle fois, le talent d’Antonin Varenne fait fureur dans ce roman fait de hargne, de bruits et de silences. Bien que j’aie trouvé le début un peu poussif, une fois les personnages installés, on entre dans cette histoire qui ressemble à s’y méprendre à une biographie. Et les thèmes abordés sont accompagnés par un style qui oscille entre phrases hachées et descriptions justes et magnifiques.

Evidemment, nous allons retrouver au premier plan Julien Perrault et son instinct de tueur, de compétiteur, ce qui induit une solitude mais un besoin d’être entouré ; comme si la victoire allait lui permettre d’être aimé. On y trouve un égoïsme, à la limite de l’inhumanité, où on le voit sans âme, sans émotions, à l’instar d’un robot. Autour de lui, Buczek, Alain et Terracher remplissent leur rôle, le soutenir sans jamais lui pardonner. Ces relations sont illustrées de façon très réaliste, montrant leur incompréhension devant ce champion.

Buczek, Alain et Terracher se retrouvent à ce titre au premier plan de ce roman : Buczek le rêveur, mais aussi le soutien sans faille, que Julien traite comme un chien fidèle ; Alain, le père taiseux qui fait tout pour son fils, qui lui donne tout mais qui est incapable de lui dire qu’il l’aime ; Terracher, la psychologue qui ne se satisfait plus du cadre trop étroit de la clinique et qui cherche autre chose du coté obscur, qui veut aussi se prouver qu’elle peut trouver une part d’humanité en Julien.

Et puis, on y trouve un autre sujet, bien plus grave, bien plus important, celui du fric dans le sport et l’hypocrisie que cela entraine. Julien, l’ange maudit, que tout le monde déteste, va signer un pacte avec le Diable pour assouvir sa passion. Et le Circus, organisateur de ces compétitions, va tout faire pour l’empêcher d’entacher sa réputation, au nom du fric, de l’image de pureté que le Circus doit conserver devant les fans. Antonin Varenne nous montre intelligemment les dessous du sport, pourri par le fric. Car derrière les compétiteurs de haut niveau, de sombres magnats brassent et se font beaucoup d’argent sur leur dos. Que vous soyez fans de sport de haut niveau ou pas, il vous faut lire ce roman remarquable, parfait de bout en bout, un grand moment de la part d’un grand auteur.

L’art de la fuite est un secret de Gilles Vidal

Editeur : La Déviation

Après le fantastique Loin du réconfort, Gilles Vidal nous revient avec un nouveau roman qui nous parle d’un homme sur la route, en errance. Une nouvelle fois, cette histoire pas comme les autres nous convie à observer le monde.

« La toile était restée sur le chevalet, inachevée, et je ne cessais de penser à elle tandis que, à pied, je me dirigeais d’un pas vif vers la gare en jetant de temps à autre quelques regards furtifs autour de moi comme si j’avais eu le feu aux trousses. Mais sans doute était-ce le cas?

Je pris au distributeur automatique le premier billet pour n’importe où. J’entends par là que, étant pressé, je choisis celui dont le départ était le plus imminent tout en ayant malgré tout choisi dans un éclair de lucidité de me diriger vers le sud. Tant qu’à faire. »

A la vue de sa toile, installée sur le chevalet, Victor est pris d’une angoisse et ne trouve qu’une issue, celle de la fuite. Il se rue à la gare et prend le premier train pour une destination inconnue. Dans le compartiment, tous les voyageurs lui semblent suspects jusqu’à ce qu’il rencontre Agnès qui lui demande de l’aide. Bizarrement, il accepte de la suivre …

Il m’est bien difficile de ne pas relier Loin du réconfort avec L’art de la fuite est un secret. J’ai tellement aimé le premier et j’ai adoré marcher aux cotés de ce peintre ici. Sur un thème proche, celui d’une itinérance, Gilles Vidal nous convie à un voyage en forme de fuite pour éviter une angoisse, sorte de paranoïa bien mystérieuse. Est-ce la peinture qui menace Victor, ou le résultat de son imagination ou talent ?

Ce voyage vers l’inconnu, écrit en un seul tenant, nous propose non pas de multiples rencontres, mais une multitude de scènes plantées comme des décors. Ou plutôt devrais-je dire comme des peintures. Victor décrit sa vie comme une multitude de toiles qu’il aurait pu peindre pour raconter sa fuite vers ailleurs, sans but ultime si ce n’est celui de se retrouver ou de trouver l’autre.

Belle réflexion sur l’art et sur la capacité de voir le monde qui nous entoure, Gilles Vidal utilise un rythme nonchalant pour prendre le temps de décrire devant nos yeux des peintures que Victor aurait pu créer. Et plus qu’un roman angoissant, il nous offre des morceaux d’une rare beauté grâce à une formidable maitrise des couleurs et des détails judicieux qu’il incorpore à ses phrases.

Finalement, si au lieu de se chercher soi-même, on trouvait l’autre ? L’homme ne doit-il pas avoir pour but de chercher et trouver le contact humain ? L’art de la fuite est un secret s’avère finalement un roman plus profond qu’il n’y parait.

Ces montagnes à jamais de Joe Wilkins

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laura Derajinski

« Le Beau est toujours triste », disait Charles Baudelaire. Cette phrase m’a hanté quand j’ai tourné la dernière page de ce premier roman de Joe Wilkins qui a su toucher la situation actuelle des Etats-Unis, ses contradictions et ses difficultés. Si ce roman est sensé se situer lors de la présidence de Barack Obama, il n’en reste pas moins qu’il est bigrement d’actualité, et pas seulement pour les Etats-Unis.

Ce roman possède une force d’évocation peu commune et prend le pari de ne dévoiler le fond de l’intrigue que vers le milieu, soit après 150 pages. De nombreux auteurs se seraient cassés les dents, et ce pari osé est totalement réussi par la justesse montrée dans la description de la vie des riverains des Bull Mountains du Montana, des éleveurs que les banques ont expulsés pour non-paiement de leurs emprunts qui sont devenus mineurs puis virés au gré des crises économiques.

Les deux personnages principaux incarnent ces deux facettes de la société qui s’opposent avec virulence voire violence. Wendell Newman vit dans un mobile-home de petits boulots quand débarque chez lui une femme des services sociaux. Elle est accompagnée d’un petit garçon, Rowdy qui est le fils de sa cousine qui vient d’être condamnée à quelques années de prison. Wendell va devenir le tuteur de ce garçon mutique et stressé, probablement autiste.

Gillian est enseignante et doit faire face à l’éducation de sa fille Maddy, adolescente. Elle voue une vraie passion à son métier, et porte sur ses épaules un drame familial qui l’a exclue de la vie de cette petite ville. Elle effectue donc des missions dans différentes écoles pour que les enfants poursuivent leur éducation et aient une chance de partir de cette région maudite, les Bull Mountains.

Indirectement, Wendell et Gillian sont liés pour le pire, et c’est ce que nous apprendrons au milieu du roman. Le père de Wendell, Vern, a abattu un loup alors que sa chasse en était interdite par l’état. Quand le garde-chasse Kevin, le mari de Gillian, est venu l’arrêter, Vern l’a tué de deux balles avant de prendre la fuite dans les montagnes. Depuis, Vern est devenu le symbole de la lutte des habitants de la campagne contre les représentants urbains de l’état. Le drame va se mettre en place quand une chasse au loup officielle est organisée et que Gillian va rencontrer Rowdy.

Avec un rythme lent, Joe Wilkins va dérouler son intrigue en donnant sa priorité aux personnages, à leur vie, leurs actions, leur passé, leurs joies et leurs erreurs. Il les place dans un décor idyllique, celui d’une nature indifférente aux exactions des Hommes, et évite d’en faire trop, d’en rajouter avec une belle subtilité. Les scènes vont ainsi se succéder, détaillant un quotidien morne dont la fluidité va se suffire à elle-même pour en faire un roman passionnant que l’on n’a pas envie de lâcher.

Partant d’un événement dramatique, plaçant consciencieusement son décor et ses personnages, Joe Wilkins peut progresser dans son histoire et aboutir à un final comme le reste sans esbroufe, mais avec un contenu hautement dramatique et d’une tristesse sans limites. Et derrière cette histoire, Joe Wilkins parle de cette Amérique oubliée, élevée dans l’espoir de construire une vie sur la base du travail, et qui ne comprend pas que des bureaucrates viennent leur prendre leur argent, leurs terres, leur vie.

Joe Wilkins écrit là un roman intelligent et bigrement lucide, un des plus subtils que j’aie lus depuis longtemps. Il parle du poids du passé, et de la difficulté d’endosser un héritage dont on n’a pas voulu. Il parle aussi des contradictions qui divisent les Etats-Unis, fédération de plusieurs états qui ne reconnaissent pas un gouvernement et qui se déchirent entre liberté de propriété et devoir d’état, une équation tout bonnement insoluble.

Que c’est intelligent, que c’est beau, que c’est triste … et c’est un premier roman !

Le silence des carpes de Jérôme Bonnetto

Editeur : Inculte

Après La certitude des pierres, la curiosité m’a poussé à acheter le deuxième roman de Jérôme Bonnetto, juste pour voir jusqu’où pouvait aller cet auteur pas comme les autres. Eh bien, le silence des carpes est un roman pas comme les autres.

En plein cœur de la Moravie, une province de la République Tchèque, deux hommes se donnent rendez-vous tous les dimanches au bord d’un étang. Ota et Pavel viennent pêcher la carpe. Un jour, ils aperçoivent à la surface une carpe-amour. Cela justifie qu’ils continuent à venir ici pour l’attraper. Mais quelque soit leur stratagème, rien n’y fait ; aucun poisson ne mord.

Le robinet de la cuisine fuit et cela empêche Paul Solveig de dormir. Ce bruit incessant de la goutte qui tombe dans l’évier (ploc) avec la régularité d’un métronome (ploc, ploc, parfois plac, plac) lui porte sur les nerfs. Le lendemain, il appelle des plombiers inscrits dans l’annuaire mais aucun n’est libre. Au moment où le plombier à l’accent guttural débarque, pauline sa femme lui annonce qu’elle veut faire un break. Après le robinet, c’est sa femme qui fuit.

Le lendemain, réveillé par le soleil qui vient réchauffer sa peau, Paul Solveig se rend compte de l’absence de sa femme et se dirige vers la cuisine pour son petit déjeuner. Sous la table, une photo repose tranquillement. Paul étudie cette image en noir et blanc d’une femme assise sur un banc et se rend compte qu’elle doit appartenir au plombier. Que va-t-il en faire ? En lançant le dé, le chiffre est impair. Il ira donc rechercher cette femme.

Ce roman possède un ton qui, dès le début du roman, apparait attachant. Après le coté bizarre des deux amis qui vont à la pêche aux carpes, qui va revenir de façon récurrente, Paul Solveig nous raconte sa vie. A subir plutôt qu’agir, il a trouvé la solution à ses problèmes de prise de décision : il lance un dé ; en fonction du résultat, pair ou impair, il prend une direction qu’il n’aurait pas choisi s’il avait réfléchi.

Ainsi, sa femme partie, il part pour la République Tchèque pour retrouver une femme à la beauté intemporelle, aperçue sur une photographie. Il découvre un pays dont il ne connait même pas la langue, rencontre des gens simples à l’humour décalé et apprend leur art de vivre. Il croise ainsi Mila, jeune femme active et bouillonnante, fan de cinéma et en particulier de Milos Forman.

A la fois roman initiatique et roman d’amour, roman de découverte et roman d’émancipation, ce roman au ton gentiment humoristique, possède une belle plume imagée, drôle, sentimentale et respectueuse, nostalgique et introspective, où un homme se découvre en découvrant un pays. Avec un fond d’enquête qui débouche sur un secret terrible, le ton doucereux en fait un livre bigrement humain et attendrissant. C’est un roman vraiment original, dans sa forme et dans son fond, que je vous enjoins de découvrir.

Origine Paradis de Thierry Brun

Editeur : Hors d’Atteinte

Le rythme de parution des romans de Thierry Brun s’accélère, puisqu’un an seulement nous sépare de Ce qui reste de candeur, sorti chez Jigal. Et comme à chaque fois, on trouve dans Origine Paradis plusieurs niveaux de lecture.

A dix ans, Thomas ne peut pas comprendre ce qui lui arrive, quand il se lève ce matin-là. Il surprend des gens dans leur appartement, alors que ses parents viennent de mourir. A dix ans, on ne peut pas comprendre que ses parents se sont défenestrés. Ce jour-là, Thomas a perdu plus que ses parents, ses sentiments, ses émotions envers le monde, envers les gens se sont envolés.

Sa tante va donc l’élever, même si elle ne l’a pas voulu ni demandé et Thomas va se construire sa vie tout seul, dans un internat où il va passer ses années de collège. Tout le pousse à mener sa vie tout seul, à se construire son avenir, en toute méfiance vis-à-vis des autres. Il se construit un cercle très restreint de copains, pas d’amis, Laurent et Mounir. Et Thomas décide de sortir du système, d’arrêter sa scolarité à 16 ans.

De petits boulots en travail au noir, il arrive tant bien que mal à payer son loyer, n’ayant pas de besoins particuliers en termes d’argent. S’il ne ressent aucune empathie envers les autres, les gens le trouvent sympathiques et travailleur. Son oncle lui trouve alors un poste de rédacteur dactylo chez France Réelle, une association dirigée par un homme froid et paranoïaque Damien Saint-Clair.

Fait de chapitres courts, ce roman, qui présente la vie d’un jeune homme marqué par son passé, est écrit dans un style froid et distant, ce qui colle parfaitement avec le personnage principal. On sent aussi que Thierry Brun a volontairement voulu se positionner en retrait de son histoire, préférant laisser le devant de la scène à ses personnages. Pour autant, on va suivre la vie de Thomas, et le voir évoluer sous nos yeux.

Le thème, enfin, devrais-je dire, le premier thème de ce roman est donc la nécessité de se rattacher à ses racines, mais aussi l’impact de ses origines sur notre vie. Entre les environnements familiaux ou professionnels, Thomas qui souffre d’amnésie dissociative selon les médecins, subit des accès de colère ou de violence sans pouvoir rien y faire ; sa seule défense étant de s’éloigner des autres. Peut-on décemment envisager l’avenir en effaçant, négligeant, oubliant le passé ?

Le deuxième thème plus matériel et évident, concerne les associations qui orientent les sources d’argent vers les partis politiques, comment dans un cadre légal, elles arrivent, en créant des micro-partis pour noyauter le système politique. Sans rentrer dans les détails, ce qui aurait pu faire de ce roman un document intéressant, ce thème sert de trame pour justifier la fin du roman. Moins engagé que les romans de Jérôme Leroy, il est suffisamment explicite pour démonter cette mécanique.

Enfin, l’auteur revient sur un thème qui lui est cher, celui de la lucidité par les autres et par les femmes. Thomas va rencontrer Audrey Lourre, journaliste d’investigation, avec laquelle il va vivre une histoire d’amour. Elle va aussi lui ouvrir les yeux sur la réalité du monde et par là-même, sur son passé. Thierry Brun nous montre comment nous devons tenir et assumer le passé, comment nous devons vivre avec les autres, combien les femmes peuvent sauver le monde (même si ce n’est que celui de Thomas). Les femmes et l’amour sont-ils les seuls espoirs qu’il nous reste ? Même si le ton est clinique, ce roman est un plaidoyer pour l’amour, l’amour des autres et l’amour de soi.