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La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

Fausse route de Pierre Merindol

Editeur : Les éditions de minuit, 1950 – Le Dilettante, 2016

C’est dans la revue 813 de l’association du même nom que j’ai trouvé cette idée de lecture. Si l’histoire se passe après guerre et est donc datée, le style en fait une œuvre moderne, noire, et poétique.

L’auteur :

Pierre Mérindol, pseudonyme de Gaston Didier, est un journaliste et écrivain français né le 13 août 1926. Il a été grand reporter au Progrès de Lyon pour qui il a notamment couvert le procès de Klaus Barbie en 1987. Il est décédé à 86 ans à la suite d’une crise cardiaque le 8 août 2013 à l’hôpital du Tonkin de Villeurbanne (Rhône) à 2 h 53. Il aurait eu 87 ans quelques jours après.

Résumé de l’éditeur :

Mérindol, nom rêvé pour un village, ou pour un couteau de poche, l’un qu’on respire fleuri à souhait, l’autre, fidèle, à la main. En l’occurrence, notre Mérindol à nous, Pierre, né Gaston Didier, c’est un zigue de première, complice de Robert « Bob » Giraud, l’auteur du Vin des rues, l’Homère des rades, et Robert Doisneau, l’Orphée du Rolleiflex. Formé après-guerre, le trio triole à souhait quelques années puis s’explose, chacun prenant sa voie : Robert Doisneau devient Doisneau, Giraud reste Bob, se fondant dans son paysage intime, notant, zinc après zinc, les « choses bues » du Paris populaire. Pierre Mérindol, lui, nous apprend Philibert Humm dans sa goûteuse préface, après avoir bezotté pour le galeriste Pierre Loeb, rôdé à la Contrescarpe et poussé une dernière fois, sur scène, la grande Fréhel, s’exfiltre, gagnant Lyon où il se mue en localier au Progrès.

De lui nous reste, paru en 1950 aux Éditions de Minuit, aujourd’hui réédité par Le Dilettante, Fausse route. L’histoire d’une paire de drôles, le conteur et son pote Édouard, qui se camionnent la France en tous sens. Ils héritent en cours de route de la Françoise, une drôlesse finaudement mélancolique qui devient leur part à deux, à la pause ou sur les cageots de légumes et finit par se mettre avec Édouard, ouvrant un bar de poche rue Mouffetard. Sortie de route prévisible, hélas, quand se joindra au trio le gars Jules, nigaud ardent et brouilleur de cartes. Sans pause pipi, ni arrêt buffet, au fil de ce road-book noirissime, les routiers de Mérindol taillent la route à la diable, bitume et toiles cirées, en tous sens, panneaux publicitaires succédant à de somptueuses apparitions de villes ou éclosions de campagnes. Le Ciel est aux violents, dit-on, l’enfer aux fous du volant, dont acte.

Mon avis :

Dans l’après-guerre, il n’y avait pas encore d’autoroutes. Alors les trajets se faisaient par des « Routes Nationales », qui bien souvent faisaient des tours et des détours et traversaient tous les villages sur le chemin. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes une société qui va vite. A l’époque, il devait aussi y avoir moins de circulation. Toujours est-il que les transports de marchandises circulaient tous les jours, du lundi au samedi.

Le narrateur (on ne connaitra pas son nom) est conducteur de camions de marchandises et il transporte les fruits et légumes vers la capitale, vers les Halles de Paris, qui étaient à l’époque en plein centre de Paris. Que ce soit de jour ou de nuit, ce métier lui convient bien, se laissant bercer par les ahanements du camion, et admirant la calme beauté des différents paysages qu’il a l’occasion de traverser.

Quand tout se passe bien, il est agréable de se faire masser par les soubresauts du siège. Il est agréable de fréquenter les bistrots, de prendre son café – rhum, de rencontrer les collègues, même s’il n’aime pas beaucoup parler. Et le fait d’être seul lui permet de toucher plus d’argent. C’est à Paris qu’il rencontre Edouard et cela se passe moyennement à coup de tête et de poings. Puis, à force, Edouard devient le co-pilote.

Quand tout se passe bien, il est agréable de faire la route avec un ami, même s’il ne parle pas beaucoup. Les filles, c’en est presque devenu un sujet de discussion, voire un fantasme. Celles qui acceptent de passer la nuit sont communes. Jusqu’à ce qu’ils croisent Françoise. Elle est à l’un, elle est à l’autre, jusqu’à ce qu’elle devienne celle de l’un mais folâtre avec un troisième. La rancœur et la jalousie noircissent le tableau.

Quand tout se passe mal, le paysage devient noir et rouge sang. Le rythme du camion devient lancinant, sa vitesse trop lente, énervante. D’un drame annoncé et subtilement amené, cela sera dépeint comme un tableau de maitre, comme un vulgaire fait divers, alors que ce roman est bien plus que cela : un si beau et si doux moment de vie au ton désenchanté et noircissime.

Ne sautez pas ! de Frédéric Ernotte

Editeur : Editions Lajouanie

Son premier roman C’est dans la boite était d’une originalité indéniable, son intrigue était d’une maitrise impressionnante et son style … trompeur puisque lié à l’intrigue. Ces qualités lui ont permis de remporter le Balai de la Découverte. Voici donc le deuxième roman de Frédéric Ernotte … et il est très différent du premier, mais aussi surprenant. Comme l’indique la couverture du livre, ce n’est pas un roman policier, quoique …

Mathias Von Rosten est laveur de vitres. Son père lui avait dit, quand il était jeune, que tout un chacun avait un talent. Celui de Mathias est de ne pas souffrir de vertige mais aussi une certaine insouciance. C’est un personnage ordinaire qui vit avec Elisa, qui est entouré d’amis et qui est d’une nature plutôt positive, évitant de polluer sa bonne humeur par les journaux télévisés et autres événements extérieurs à sa petite vie.

A la suite d’un excès de vitesse pour lequel il est passé devant le tribunal, il fut condamné à des heures de Travaux d’Intérêt Général et proposa de passer ces heures à aider des organismes humanitaires. Il doit donc faire du porte à porte pour vendre des petits personnages, sortes de poupées miniatures qui ne servent à rien, si ce n’est de ramener de l’argent à de bonnes œuvres. Et Mathias ne manque pas d’idées, ni d’arguments pour vendre ses gadgets.

Ce jour-là, il est assis en haut d’un immeuble de Bruxelles, les jambes pendant dans le vide. Un homme habillé en costume le supplie de ne pas sauter dans le vide. C’est probablement le responsable de la sécurité de l’immeuble qui a peur de perdre son boulot ! Alors, Mathias, qui n’a aucune envie de sauter, joue le jeu et lui demande un chèque de 5000 euros à adresser à l’ordre d’une association caritative. Cet événement va changer la vie de Mathias et lui donner une idée … mais rien n’est aussi simple qu’il l’imagine.

D’un roman policier à énigme, Frédéric Ernotte nous écrit un roman plutôt introspectif, raconté à la première personne, avec un personnage jeune et irresponsable. Quoique … En fait, le premier tiers du livre consiste à entrer dans la philosophie de ce personnage, qui a une vie centrée sur lui-même et qui se découvre des possibilités d’améliorer celle des autres. C’est une belle philosophie qui remet un certain nombre d’idées en place, car on peut vivre sa vie et penser aux autres.

En cela, le personnage est plus complexe qu’il n’y parait, puisque Mathias nous montre ses propres contradictions. Pour autant, il n’est pas désagréable, toujours de bonne humeur, et nous assène quelques vérités bien senties sur des travers de notre société mais sans aucune revendication, puisque c’est son avis à lui. Aussi, ce n’est pas un roman qui dégouline de bons sentiments, une sorte de roman à l’eau de rose moderne, mais juste une bonne histoire qui n’a d’autre but que de se laisser suivre avec un contexte qui doit nous mettre en face de nos responsabilités en tant que citoyen.

Est-ce forcément mal de ne pas faire le bien ? C’est bien le sujet de ce livre, dont le deuxième tiers va montrer comment Mathias va développer son idée, qui oscille d’un coté à l’autre de la ligne jaune de la légalité, avant d’arriver au troisième tiers plus stressant, plus dramatique, par un brusque retour à la dure réalité. C’est donc un roman intéressant à lire, passionnant à lire, important à lire, qui, grâce à son style humoristique, cynique et sautillant, vous fera passer un excellent moment de lecture et qui vous fera réfléchir aussi.

Le chant de la Tamassee de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traduction : Isabelle Reinharez

J’adore Ron Rash, depuis son premier roman (sorti aux Editions du Masque, si je ne m’abuse). Donc, tout naturellement, vous trouverez mes avis sur ses romans :

            Un pied au paradis

            Le Monde à l’endroit

            Serena

            Une terre d’ombre

Le chant de la Tamassee est le deuxième roman de Ron Rash.

C’est par un événement dramatique que commence ce roman. Les Kowalsky, une famille aisée, sont venus pique-niquer sur les bords de la Tamassee, une rivière large restée sauvage, avec beaucoup de courant. Ruth Kowalsky, agée de 12 ans, se dit que ce serait bien de mettre le pied sur 2 états différents, et décide de traverser à pied la Tamassee. Entrainée par le courant, elle se noir et son corps se retrouve coincé juste avant une chute d’eau.

Maggie Glenn, qui raconte cette histoire, est journaliste photographe pour un journal de Caroline du Sud. Elle a quitté son village pour rejoindre la ville comme tant de jeunes filles. Quand son journal veut couvrir la dramatique noyade, c’est naturellement à elle que l’on pense, puisque c’est une enfant du cru. Elle couvrira donc cet événement avec son collègue journaliste et star Allen Hemphill.

Maggie retrouve donc des gens qu’elle connait, qu’ils soient de la famille ou de simples connaissances, dont Luke Miller, son amour de jeunesse. Ce dernier, d’ailleurs, s’est battu pour faire protéger la Tamassee par le Wild & Scenic River Act. Rien ne peut être fait pour récupérer le corps de Ruth Kowalsky. Mais le père de celle-ci, espère bien obtenir une autorisation des habitants du coin, au nom de la pitié et du repos de l’âme de sa fille, pour faire installer un barrage provisoire, le temps d’une journée.

Ron Rash va donc nous montrer cette bataille entre deux clans : les Kowalsky voulant faire enterrer leur fille, et les habitants du coin qui veulent protéger ce petit coin de paradis, cette rivière incroyable qui leur permet de profiter des bienfaits du tourisme. En tant que tel, c’est déjà un sujet de roman à lui tout seul et il n’y a qu’à voir (enfin, lire) la scène où Kowalsky défend sa cause, accompagné du technicien qui construit ce type de barrage. Il n’y a qu’à ressentir les inimitiés entre les habitants du village, qui ne roulent pas sur l’or et Kowalsky, désespéré, mais qui peut se payer à lui tout seul le cout de ce barrage. On y retrouve, montré de la façon la plus intelligente qui soit, l’éternelle lutte des classes.

Et puis, viennent ensuite les vautours … car dans tout malheur, juste derrière le décor, on retrouve les profiteurs. Ils eussent pu être les fossoyeurs, ou même le constructeur de barrage amovible. On les retrouvera finalement sous les traits de promoteurs immobiliers, qui pensent que si l’on enfreint la loi une fois pour détourner le cours de la Tamassee, alors on pourra par la suite autoriser la construction d’immeubles à destination des touristes.

Ensuite, s’il n’y avait pas un personnage fort, cela pourrait paraitre un roman commun, classique. Vers le milieu du livre, on découvre l’histoire familiale de Maggie, alors que l’on ne s’y attendait pas du tout. Et je dois vous dire que cette histoire dévole un deuxième drame humain, sans effets, mais avec toute l’horreur que peut nous réserver la vie de tous les jours. C’est tout simplement du grand art.

Enfin, il y a le style de Ron Rash, si simple et si beau. Il a une capacité à vous montrer les choses, à nous faire voir la nature, les arbres, à nous faire entendre le bruit assourdissant de la chute d’eau. Et puis, la thématique prend toute son ampleur à la fin du roman : L’Homme est finalement opposé à la Nature. La Nature est si forte, l’Homme si faible. La Nature est si belle, l’Homme si laid. La Nature est si calme, l’Homme est si fou. Remarquable !

Effroyables jardins de Michel Quint

Editeur : Editions Joëlle Losfeld réédité par Folio

Terrible roman de Michel Quint, que je n’aurais jamais lu si l’ami Claude ne m’y avait pas incité dans son excellent billet ici.

Quatrième de couverture :

« Certains témoins mentionnent qu’aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown de rentrer dans la salle d’audience. Il semble que ce même jour, il ait attendu la sortie de l’accusé et l’ait simplement considéré à distance sans chercher à lui adresser la parole. L’ancien secrétaire général de la préfecture a peut-être remarqué ce clown mais rien n’est moins sûr. Par la suite l’homme est revenu régulièrement sans son déguisement à la fin des audiences et aux plaidoiries. A chaque fois il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. »

Ce court récit de Michel Quint évoque  l’histoire de Lucien, le narrateur du livre. Adolescent, il ne supportait pas les clowns : «Plus que tout, j’ai détesté les augustes. Plus que l’huile de foie de morue, les bises aux vieilles parentes moustachues et le calcul mental, plus que n’importe quelle torture d’enfance ».

Mon avis :

Voici un petit roman, qui va vous prendre aux tripes. Lucien est un jeune adolescent qui trouve son père ridicule, grimé derrière son déguisement de clown. Jusqu’à ce que son oncle Gaston lui raconte l’histoire de son père, et l’Histoire. Retour en pleine deuxième guerre mondiale, quand les deux jeunes ont fait exploser un hangar et se sont faits arrêter par les nazis.

Toute cette partie va se dérouler sans aucun sentiment, comme on se rappelle des souvenirs, douloureux mais inéluctables. Puis, vers la fin de roman, les pièces du puzzle s’emboitent, et on découvre deux jeunes inconscients qui vont découvrir le monde des grands. Lucien va découvrir la vérité et avec elle la douleur, l’erreur, la cruauté du hasard, la culpabilité, l’héroïsme aussi, celui des petites gens qui resteront anonymes.

Ce qui est extraordinaire, impressionnant, dans ce roman de 70 pages, c’est sa pureté, sa simplicité, sa perfection dans chaque mot choisi, dans chaque phrase posée là comme un pétale de fleur au milieu d’un champ perdu. Michel Quint a dédié ce livre à son grand-père, mineur et combattant à Verdun, et à son père, instituteur et résistant. C’est un bel hommage et un livre à ne pas rater.

Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes (Gallimard)

Je dois ce livre et cette découverte à mon ami Petite Souris, qui a l’art de trouver des lectures pas comme les autres, de celles qui passent inaperçues. Ce roman, qui date de 1958, n’est pas à proprement parler un polar. Quoique …

L’auteur :

Né à Londres, à Whitechapel, Alfred Hayes arrive aux États-Unis avec ses parents à l’âge de 3 ans. Il fait ses études à New York au City College (depuis intégré dans l’Université de la Ville de New York). Il devient ensuite journaliste pour le New York Journal-American et le New York Daily Mirror, en même temps il commence à publier ses poésies, dès les années 30, dont Joe Hill, dont la version chantée a été rendue célèbre par Joan Baez.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est affecté dans les Special Services. En 1945 à Rome, il rencontre Roberto Rossellini pour qui il travaillera au scénario de Païsa. Il sera nominé aux Oscars en tant que coscénariste. Il reçoit une autre nomination pour Teresa (1951). C’est à cette époque qu’il commence à écrire son premier roman All Thy Conquests. Il adapte son propre roman The Girl on the Via Flaminia en pièce de théâtre, qui sera adaptée en film sous le titre Un acte d’amour.

Parmi les scenarii pour lesquels il est crédité, on note The Lusty Men (1952, réalisé par Nicholas Ray) and l’adaptation de la comédie musicale de Maxwell Anderson et Kurt Weill Lost in the Stars (1974). Il a aussi écrit de nombreux scenario pour des series américaines parmi lesquelles Alfred Hitchcock Presents, The Twilight Zone, Nero Wolfe et Mannix.

(Source Wikipedia français & Anglais traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

Alors qu’il s’échappe de la villa où une fête hollywoodienne bat son plein, un scénariste en vogue aperçoit une jeune femme se jeter dans l’océan en contrebas. L’ayant sauvée d’une noyade assurée, lui qui regarde avec dédain les artifices et la vanité de son milieu ne tardera pourtant pas à vendre son âme, ou plutôt sa liberté, faute de savoir résister à la tentation.

S’agit-il pour lui de jouer les héros? ou d’oublier l’ennui et le naufrage de son mariage en se laissant aller à une énième liaison? Et qui est-elle vraiment, cette jolie fille à la carrière d’actrice mal engagée et dont les fêlures, notamment amoureuses, prennent une tournure menaçante?

Toutes ces questions n’empêchent pas les deux êtres de plonger dans une relation venimeuse, qui réveille les démons de chacun.

Le lecteur ne connaîtra jamais le nom des deux protagonistes de ce court roman, mais la langue de Hayes, d’une précision clinique, redoutable, les fait exister d’emblée, dans tous leurs travers, leurs faiblesses, leurs contradictions. Animé d’un désespoir existentiel évident, Hayes livre un portrait féroce de nos ambitions et de nos illusions, au sein duquel il réussit à distiller une ironie salvatrice.

Mon avis :

On entre dans ce roman, comme on entre dans un brouillard. En fait, tout se passe dans le milieu du cinéma, dans le domaine des illusions. Et finalement, quand le narrateur voit une jeune femme sauter dans la mer, il la sauve. Ou peut-être se sauve-t-il lui-même ? Il est scénariste, en panne d’inspiration et tient peut-être là un sujet … mais il ne s’en rendra qu’à la fin, après le drame.

Le monde que le narrateur dépeint est fait de désolation, de désillusion, de faux-semblants, de faux sentiments. Ce sont des gens qui doivent faire des films, créer des illusions mais ils sont incapables de ressentir quoi que ce soit. Il se contente de l’observer, elle, elle qui est en plein désespoir de devenir actrice. Même quand ils vont sortir ensemble, il la regarde comme un enfant regarde un jouet. Elle se jette à corps perdu dans cette relation, comme un noyé voit une île déserte au loin.

C’est un roman sur l’être et le paraitre, sur la futilité du moment présent, sur les espoirs perdus. Et c’est écrit avec une plume d’une rare justesse, d’une subtilité cotonneuse. Cela se délecte comme on admire les pages de Scott Fitzgerald. Et on se demande bien pourquoi ce roman n’a pas été traduit, encensé, adulé plus tôt. Ceux qui le liront en feront un roman culte, et ils auront bien raison.

Léo tout faux de Claude Charles (Editions Territoires Témoins)

Ce roman qui flirte avec les codes du polar est un roman fort plaisant. Outre l’occasion d’ajouter un auteur supplémentaire à ma liste des découvertes, on découvre une autre façon d’appréhender une intrigue d’arnaque.

Uniphone est une entreprise leader dans le domaine des abonnements de téléphonie mobile. Chaque mois, elle reçoit de ses clients plus d’une trentaine de millions d’abonnements, ce qui correspond à un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Cette entreprise est dirigée par Pierre Mahon, un patron tyrannique qui dirige d’une main de fer. Le 14 aout 2013, un homme appelle au téléphone et se présente en tant que membre du cabinet du premier ministre. Quand cet homme a Mahon au téléphone, il lui annonce avoir détourné 200 millions d’euros des comptes de la société.

10 Janvier 2013. Sandrine est l’assistante de direction de Mahon. Elle est épuisée quand elle sort du travail. A un feu rouge, une voiture lui entre dedans. Le cinquantenaire en faute s’excuse et lui propose de l’argent en liquide en guise de dédommagement. Il s’appelle Christian Maillard et est vendeur d’œuvres d’art. Ils vont fricoter … Une histoire d’amour vient de commencer …

9 avril 2013. Caro vient de recevoir un SMS. Léo, un ancien amant, lui propose un rendez-vous. Quand ils se rencontrent, il y a Damien dit DD et Rémy, deux retraités. Cette petite équipe a été réunie pour réaliser un casse : détourner les prélèvements destinés à Uniphone durant le mois d’aout. Le butin est estimé à 200 millions d’euros et Léo s’arrangera pour que Mahon n’ait aucun recours. Chaque membre de l’équipe a une expertise qui permettra de mener à bien ce vol informatique, mais c’est sans compter la personnalité de chacun.

Ce roman est un sacré défi : nous montrer avec cette intrigue comment on peut détourner de l’argent … virtuel … et le blanchir sans que personne ne s’aperçoive de rien. Si cela parait un peu rocambolesque, le déroulement de l’intrigue apparait tout à fait réaliste et surtout en devient passionnant. On y trouve juste ce qu’il faut de rebondissements pour que l’on reste accroché à cette lecture.

On a donc droit à un mélange de Ocean 11 pour le casse, sans les élucubrations acrobatiques que l’on trouve dans le film, et de Mission Impossible quant à la réunion d’une équipe d’expert. En effet, chacun est expert qui en sécurité informatique, qui en liaisons telecoms, qui en blanchiment d’argent. Quant à Léo, c’est une sorte de chef de projet qui mène à bien son affaire pour atteindre son objectif.

Là où c’est original, c’est dans la psychologie des personnages. Chacun se retrouve affublé de petits travers qui vont de la colère à l’envie d’aller voir des prostituées qui viennent enrichir l’intrigue. Car c’est bien parce que Léo a en face de lui des gens et non des machines qu’il va avoir des sueurs froides, voire même des imprévus dangereux. Je ne vous dirai rien quant au dénouement qui est assez inattendu ou en tout cas surprenant.

Le seul petit reproche que l’on peut faire à ce roman concerne les dialogues qui, s’ils sont bien faits et très réalistes, s’avèrent nombreux, longs ce qui nuit un peu à l’efficacité du roman. Certes, ils font avancer l’intrigue mais ils auraient bien eu besoin d’un peu de coupe. Ceci dit, on finit par penser que ce roman, pour très intéressant et passionnant qu’il soit, s’avère être un scenario qui mériterait d’être adapté au cinéma. Car il y a de sacrés numéros d’acteurs à en attendre.

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul.