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Oldies : Comment vivent les morts de Robin Cook

Editeur : Gallimard – Série Noire

Traducteur : Jean-Bernard Piat

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

Attention coup de cœur !

Quand j’ai publié mon avis sur Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook (Rivages), Claude Mesplède et moi avons beaucoup correspondu par mail et par téléphone sur cet auteur que j’adore. Nous avons, entre autres, discuté des romans de cet auteur formidable (à mon avis) et Claude m’a demandé par curiosité le titre du roman que je préférais. Evidemment, je lui ai dit J’étais Dora Suarez, tant sa lecture m’a marqué. J’ai été surpris d’apprendre que Claude n’avait pas pu finir cette lecture, car le roman était trop dur et sombre pour lui.

Curieux comme je suis, je lui ai évidemment demandé quel était le sien ! Il m’a alors dit : « Comment vivent les morts. Le destin de la jeune femme est juste magnifique et dramatique. » Je n’avais jamais entendu parler de ce roman, honte à moi ! Il était évident pour moi qu’il fallait que je le lise. Cela m’a donc donné l’idée de consacrer ma rubrique Oldies à la collection Série Noire de Gallimard pour cette année 2019. Quand j’ai décidé cela, je ne pouvais imaginer le drame qui allait nous frapper, nous amoureux du polar à la fin de l’année 2018.

En dehors des discussions téléphoniques, Claude Mesplède, qui adorait partager son expérience, m’avait confié quelques anecdotes, par téléphone et quelques-unes par mail. J’en ai retrouvé une que je vous partage in-extenso, comme il nous parlait encore aujourd’hui. Je n’ai pas touché un mot de ce message.

L’anecdote de Claude Mesplède:

Je connais pas mal d’anecdotes sur lui et ce soir je t’en confie une que tu peux reproduire.

La scène se déroule à Londres, au début des années 1950. Une salle de bal. Robin doit avoir vingt ans et il est très beau.

Sa cavalière évoque sa solitude, son ennui et lorsqu’ils se quittent, elle lui confie l’adresse de son hôtel en l’engageant à passer la voir. C’est une Américaine.

Lorsqu’il quitte le bal un peu plus tard, il tient à la main la carte avec l’adresse de l’hôtel de sa cavalière d’un soir. Il s’y rend, passe une fois devant, puis deux fois, puis plusieurs fois encore avant finalement de détaler et quand il te raconte il te dit tu sais qui c’était cette Américaine ?

C’était Ava Gardner.

Quatrième de couverture :

Où donc est-elle allée, la belle Marianne qui réjouissait par ses chansons la bonne société de ce patelin de la campagne anglaise ? Et pourquoi reste-t-il invisible, ce chef de la police locale ? Et quel jeu joue-t-il, ce chef d’entreprise de pompes funèbres ? Serait-ce que dans les petites villes, les malfrats valent largement ceux des grandes métropoles ?

Mon avis :

La série de l’Usine comporte 5 romans qui sont On ne meurt que deux fois, Les mois d’avril sont meurtriers, Comment vivent les morts, J’étais Dora Suarez et Le mort à vif. La particularité de ces romans, c’est d’avoir un personnage principal anonyme. Ce qui est remarquable, c’est la noirceur dévoilée dans ces romans, la route que prend la société vers plus de violences et moins d’humanité. Le point de non-retour est de mon point de vue atteint avec J’étais Dora Suarez, comme un feu d’artifice de la démonstration qu’a voulu nous faire Robin Cook.

Comment vivent les morts reste dans la veine romantico-noire, au sens où il est moins glauque que les romans qui le suivent. Dès le premier chapitre, on est dans le bain, avec la présentation d’un expert psychologue sur les tueurs en série au Service des Décès Non Eclaircis de l’Usine. On y sent le décalage entre la théorie et la pratique, entre le psychologue et les flics de terrain. On y sent surtout une tension qui s’installe, comme pour nous montrer que dehors, c’est la jungle, l’horreur, la négation de la loi.

Le personnage principal, anonyme, va être envoyé à Thornhill, une petite bourgade de bouseux, suite à une pétition qui demande que l’on éclaircisse la disparition de Marianne Mardy, la femme du docteur local et célèbre cantatrice. Depuis quelque temps, elle avait arrêté de donner des concerts dans son salon et on ne la voyait traîner qu’affublée d’un foulard cachant son visage. Puis elle s’évanouit tel un nuage de brouillard, alors qu’elle était fort appréciée du village.

Notre sergent anonyme se doute bien qu’il va mettre les pieds dans un panier de crabes, sinon les habitants se seraient adressés à la police locale. Dès son arrivée, il se dirige vers le poste de police et demande après l’inspecteur Kedward. Mais celui-ci est absent et ne daigne pas se déplacer. Plus désagréable que jamais, notre sergent anonyme va se mettre mal avec le réceptionniste de son hôtel, la police et le gérant du bar local. Et il va mettre à jour une des affaires les plus incroyables et malhonnêtes que l’on puisse imaginer.

On ne peut pas dire que notre sergent anonyme aime se faire des amis. Quand il arrive dans un panier de crabe, la première chose qu’il fait est de mettre un grand coup de pied dedans. Il baisse la tête et fonce tout droit, à coup de dialogues cyniquement drôles mais surtout rudement bien adressés dans leur agressivité. Il n’est pas là pour faire plaisir et le fait savoir. Par ce biais, il va se faire des ennemis … en fait, tout le village.

Quand il n’est pas en activité, il repense à son passé, douloureux, terrible. Il nous raconte sa première petite amie qu’il a rencontrée au lycée, comment cela s’est terminé. Il nous raconte sa femme et sa fille mortes toutes les deux de façon horribles. Ces passages sont d’une noirceur insoutenable mais surtout, ils sont racontés avec une sincérité telle que l’on pourrait croire que cela est arrivé à Robin Cook.

Et petit à petit, les briques s’amoncellent non pas pour trouver un coupable mais pour découvrir une histoire, celle du docteur Mardy et de sa femme. Et on entre là dans les plus beaux passages du livre, probablement les plus beaux passages qu’il m’ait été donné de lire. Sans y mettre de pathos ou d’émotion, il y a dans cette histoire tant de romantisme perdu, tant de désespoir et tant d’injustice que l’on ne peut qu’être effaré, horrifié et ébloui devant leur sort mais aussi le talent de cet auteur unique.

C’est toute la magie de la littérature, la raison cruciale qui nous pousse, nous lecteurs, à parcourir des pages, dévorer des livres. C’est la quintessence même de force de la langue qui quand elle est maniée comme cela nous fait plonger dans un autre univers, et nous fait ressentir des émotions que l’on ne pourrait jamais connaitre autrement. Ce roman-là est un roman dur, noir, mais aussi romantique, dramatique et surtout inoubliable. C’est un grand roman d’un grand auteur, le Britannique Robin Cook, qui est plus que jamais mon auteur favori avec James Ellroy dans un autre genre.

Coup de cœur, je vous dis !

A la folie de Pascal Marmet (France Empire)

Ce roman, je l’avais noté du coin de l’œil chez ma copine Marine, entre autres. (http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-a-la-folie-pascal-marmet-101032447.html) L’auteur m’a ensuite contacté et forcément, il fallait que je le lise. Je dois dire que Pascal Marmet s’avère un auteur très prometteur.

Dix ans qu’il l’a perdue ! Ludmilla, l’amour de sa vie ! Depuis ce drame, la vie est bien terne, bien triste. Pascal Langle, propriétaire d’un théâtre à Nice et metteur en scène n’en finit pas de ressasser cette perte. Jusqu’à ce qu’un notaire le contacte. Le psychiatre de Ludmilla vient de mourir. Elle lui avait confié ses cahiers intimes et demandé à ce qu’ils reviennent à ceux qui ont compté dans sa vie. Pascal va hériter du cahier numéro onze. La tentation est grande de découvrir à qui vont revenir les dix autres cahiers.

Joanna Marcus est une jeune fille alerte, pleine de vie, sans gêne aussi. Elle est blogueuse, et arrive à s’introduire dans les locaux d’un grand journal féminin. Elle a un défi : décrire les avantages et inconvénients d’un sac besace. Alors qu’elle revient chez elle, enfin, chez sa colocataire, le notaire l’appelle pour lui remettre le cahier numéro trois.

Ces deux personnes vont se rencontrer alors que rien ne pouvait les rapprocher, et se retrouver au milieu d’un mystère qui recèle de bien ignobles révélations.

De toute évidence, ce roman, aux allures de romantisme, change par rapport à ce qu’on a l’habitude de lire. Dans un monde tous les jours plus impitoyable et inhumain, le ton et l’intrigue font du bien, c’est un petit plaisir à lire, comme un morceau de chocolat avec un café bien noir, un petit moment de douceur fort bien construit.

Car cela pourrait tourner au ridicule, mais ce n’est pas du tout le cas. L’une des grosses qualités de Pascal Marmet, c’est de rentrer dans la psychologie des personnages, de décrire à la première personne les sensations et les sentiments des deux protagonistes principaux, avec un ton triste, mélancolique et désenchanté pour Pascal, un rythme et une énergie débordante pleine d’humour et de désinvolture pour Joanna.

Toute la première partie du livre fonctionne à merveille, alternant les chapitres de Pascal à Joanna, avec beaucoup de rythme, et sans que l’on s’y perde. La suite du livre m’a semblé moins réussie. J’ai moyennement aimé les autres jeunes filles, bien que les chapitres soient écrits à la première personne aussi. Mais j’étais tellement bien assis confortablement, à écouter Pascal et Joanna, que cela m’a déconcerté.

Enfin, la fin est bien trouvée, originale, bien que dévoilée un peu tôt, à mon goût. Il me restera ces deux personnages, tellement vivants, si agréables à côtoyer, que j’aurais aimé les rencontrer en vrai. A la folie se révèle un roman au ton original, qu’il serait dommage de ne pas découvrir.