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Des poches pleines de poches

Pour ce nouvel épisode consacré aux livres de poche, j’ai choisi d’être éclectique, de mélanger un livre ancien et un livre récent.

Noyade en eau douce de Ross MacDonald

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Une jeune femme se présente au bureau de Lew Archer. Maude Slocum apparaît choquée, arguant que quelqu’un cherche à détruire sa famille. Elle a, en effet, surpris une lettre dans le courrier de son mari annonçant qu’il était cocu. La lettre a été posté juste à côté de là où ils habitent. James son mari travaille dans le théâtre en tant qu’acteur et n’est pas riche, au contraire de sa mère, qui est très riche. Mais quand Lew Archer débarque lors d’une réception donnée par la “reine” mère, un meurtre va très vite changer la donne.

Dès le début, Ross MacDonald nous prend à froid, nous mettant de suite dans le feu de l’action, avec son humour cinglant qui accroche immédiatement. Et après ce premier chapitre, on s’attend à un roman d’enquête standard, avec un détective privé qui plonge ses yeux dans ceux d’une femme fatale, mais qui va trouver la solution après maintes péripéties, cascades et tutti quanti.

Que Nenni ! on retrouve le thème favori de l’auteur, à savoir la famille et ses différentes ramifications, et surtout les traîtrises. L’intrigue se révèle particulièrement nébuleuse et malgré cela, terriblement simple à suivre. C’en est impressionnant. Les dialogues sont d’une intelligence rare, alternant entre humour et indice caché, quand ce n’est pas l’évocation d’un trait psychologique.

Et puis, il y a ce dénouement que je n’avais pas vu venir, qui montre qu’encore une fois, Lew Archer arrive à s’en sortir dans un monde d’apparences et de menteurs. De ci de là, j’ai lu que ce roman était le meilleur de l’auteur. Je confirme : c’est un excellent polar, un classique du genre, à lire, relire ou découvrir.

Mauvais genre d’Isabelle Villain

Editeur : Taurnada

1993. Hugo Nicollini est un jeune garçon de 12 ans qui n’est bien qu’en présence de sa mère. Il subit les railleries de ses camarades de classe et il n’est pas rare qu’il rentre à la maison en pleurant. Quand son père revient du travail saoul, une dispute éclate entre ses parents et son père frappe sa mère … comme d’habitude. Mais cette fois-ci, les coups seront mortels.

2016. Rebecca de Lost est commandant à la police judiciaire. Elle a perdu son mari, assassiné par un psychopathe et s’est jurée de ne plus tomber amoureuse. Mais Tom, capitaine dans un autre service l’a fait craquer. Ce matin là, ils sont appelés sur le lieu d’un meurtre : une jeune femme a été poignardée chez elle. Tout semble orienter les recherches vers son entourage proche jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la jeune fille est en fait une transexuelle. Angélique Lesueur, la victime, se nomme en réalité Hugo Nicollini.

A la lecture de ce roman, on sent bien que l’auteure a assimilé et appliqué les codes du polar. C’est donc un roman policier de facture classique auquel on a droit, bien écrit avec des chapitres ne dépassant pas les 10 pages, ce qui donne une lecture agréable. Dans la première partie, on y parle des transsexuels et de leur difficulté à vivre avec un sexe qui n’est pas en adéquation avec ce qu’ils ressentent. Cette partie là est remarquablement bien faite et peu traitée dans le polar.

A la moitié du roman, apparaît une deuxième affaire, liée à une enquête précédente. Le déroulement du scénario devient plus classique, avec une accélération du rythme. Mais l’intrigue est redoutablement bien déroulée. C’est un vrai plaisir à lire, Et là où on pense que tout se terminerait bien, l’auteure se permet une fin noire et bien énigmatique.

C’est donc une belle découverte pour moi. Malgré le fait que je n’ai pas lu les précédentes enquêtes du groupe de Lost, je ne me suis jamais senti perdu et ce roman policier, même s’il n’innove pas dans la forme, s’avère intéressant dans le fond tout en réservant quelques heures de bon divertissement.

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Oldies : Cible mouvante de Ross MacDonald (Gallmeistrer)

Dans la rubrique Oldies de ce mois-ci, voici le premier roman de Ross MacDonald. Quand on lit des polars, beaucoup de polars, la curiosité est toujours grande de retourner aux sources. Quand Gallmeister a réédité dans une nouvelle traduction les deux premiers romans de Ross MacDonald, il fallait que je les lise.

Kenneth Millar, dit Ross Macdonald, est un écrivain canadien et américain de roman policier, né le 13 décembre 1915 à Los Gatos, Californie et mort le 11 juillet 1983 à Santa Barbara, Californie. Il est célèbre pour ses romans dans lesquels figure le détective privé Lew Archer (Source Wikipedia).

Dans son livre suivant, Il est passé par ici (The moving target, 1949), il crée le détective privé Lew Archer … Dans une vingtaine de romans et plusieurs nouvelles, Lew Archer va opérer à Santa Teresa (le Santa Barbara où vivaient les époux Millar), en Californie du Sud. L’influence de Chandler est évidente dans ses premières enquêtes ; Archer rappelle Philip Marlowe par certains cotés, avec moins d’humour mais plus d’humanité et de compassion. (Source Dictionnaire des littératures policières)

Avec cette réédition et cette nouvelle traduction, on peut gouter à l’importance de l’œuvre de Ross MacDonald. Dès le départ, Lew Archer débarque chez les Sampson, une riche famille qui a fait fortune dans le pétrole. Il s’agit de retrouver Ralph, qui a disparu depuis quelques jours, à la sortie d’un casino. Vous n’y trouverez pas de longue scènes d’introduction, le lecteur est immédiatement plongé dans l’enquête, et vous ne trouverez pas le moindre défaut dans le déroulement de l’intrigue.

Car Ross MacDonald va disséquer les liens familiaux, l’attitude étrange de sa femme Elaine Sampson, qui n’est pas plus inquiète que cela, car elle en a vu d’autres. Elle souligne juste le chagrin de son mari devant la perte de son fils à la guerre. Et puis, il y a Miranda, à la recherche de l’image du père idéal, Alan le pilote privé d’avion qui joue sur la fibre sentimental de Ralph en jouant le role du fils, et puis il y a la pègre, de petits malfrats, tout un petit monde qui tire la langue devant l’argent omniprésent.

On va y trouver dans ce roman, tout ce qui va faire le succès du hard-boiled américain : une enquête impeccable, un personnage intelligent presque froid mais en tous cas mystérieux, des femmes fatales, des bagarres, des voitures, de l’argent … Ce qui est hallucinant dans ce roman, c’est sa modernité. Jamais on n’a l’impression de lire un roman vieux de plus de soixante ans.

Et puis, le point fort de Ross MacDonald est clairement la psychologie de ses personnages. Alors que Lew Archer semble un observateur, un témoin des différentes scènes, les autres personnages sont décrits au travers des dialogues et des attitudes. Quelle modernité ! Par contre, on n’y trouvera pas de description détaillée de Lew Archer, et d’ailleurs, on a l’impression de vivre dans le film La dame du lac de Robert Montgomery, de suivre l’histoire par le biais d’une caméra subjective.

Bref, voilà une riche idée que de ressortir cette œuvre, que pour ma part, je ne connaissais pas du tout, et qui m’a donné envie de poursuivre la découverte. Comme j’avais acheté Cible Mouvante et Noyade en eau douce, nul doute que vous allez entendre parler du deuxième. N’hésitez plus, c’est du pur joyau.