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Zippo de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

Attention, coup de cœur !

Après Par les rafales, son précédent et premier roman, qui démontrait une plume rare de poésie, Valentine Imhof se lance dans le thriller. Pour autant, il est bien plus que cela tant ce roman est brillant.

Clic ! Clic ! Clic ! Le bruit de son briquet Zippo est entêtant mais le calme, dans ce bar au nom étrange : Le Y-Not II. Il l’attend, Elle, Eva, celle qui l’a fait chavirer et qu’il cherche sans relâche. Il l’aperçoit, ou croit l’apercevoir et il chancelle. Il s’approche, lui offre un verre, puis sortent marcher dans le parc. Elle s’assoit (Clic !) et est surprise par le bruit. Elle tourne sa tête vers lui et son regard lui montre qu’il s’est encore trompé. Il sort sa flasque d’essence, l’asperge, surtout sur le visage et Clic ! Prometheus.

Eva l’a connu alors qu’elle était adolescente. Elle lui trouvait une laideur fascinante, une tristesse irrésistible ; son visage marqué l’a tout de suite attirée. Ils ont dansé, comme s’ils étaient seuls au monde sur un rock des années 50. Elle l’a suivi jusqu’à un perron puis un premier baiser les a réunis. C’était leur première rencontre. Leur dernière a commencé de la même façon, et s’est terminée par la mort de sa sœur, calcinée dans une voiture.

La lieutenant Mia Larström vient de débarquer au poste de police de Milwaukee avec un dossier en béton. Elle est convoquée sur le lieu d’un crime : une jeune femme à moitié brûlée sur un banc. Ce n’est pas une première pour elle. Son binôme, le lieutenant Peter « Casanova » McNamara est en retard, comme d’habitude. Il va encore la seriner avec ses aventures sexuelles, lui raconter comment il a fait hurler toute la nuit sa conquête d’un soir. Leur équipe ressemble à un mélange de feu et de glace.

Le début de ce roman ressemble à s’y méprendre à un thriller, et l’enquête, bien complexe, se révèle ardue pour nos deux enquêteurs. Les chapitres, très courts, vont s’enchaîner en passant d’un personnage à l’autre. Il n’y a aucun repère en tête de chapitre pour indiquer lequel est au centre du chapitre et pourtant, on n’est jamais perdu. La magie du talent de Valentine Imhof commence …

Parce que, petit à petit, l’auteure va lever le voile, non pas sur l’intrigue, puisque l’on va rapidement comprendre de quoi il retourne, mais sur les personnages. Petit à petit, Valentine Imhof va gratter le vernis qui cache la psychologie de chacun d’eux, et révéler leur passé et les cicatrices qui en découlent, leurs blessures comme des tatouages indélébiles, ineffaçables, ces moments qui marquent une vie à jamais.

De ces personnages que l’on aura bien du mal à oublier, on se rendra compte que rien n’est aussi simple, qu’aucun d’entre eux n’est ni blanc, ni noir, ni gris. Ils sont un mélange de toutes les couleurs, pour donner un résultat indéfini, poussés par leur motivation propre. Et plus on s’enfonce dans le roman, plus le nombre de personnages augmente, et ils sont tous décrits avec la même acuité, la même justesse.

Valentine Imhof va donc nous plonger dans les abîmes de l’âme, et nous plonger dans un décor de douleur. Rapidement, on se retrouve dans un monde BDSM, et le décor est à l’image des personnages, une descente aux enfers comme une recherche du plaisir, la douleur comme un cri d’extase, non pas pour oublier le passé, mais pour se rechercher soi, sa vraie personnalité.

Valentine Imhof met aussi son style au service de son histoire, poétique et noir, agrémenté par une bande-son sans fautes (merci d’avoir cité Joy Division et d’avoir déterré My Bloody Valentine !). Il y a une vraie rage dans son écriture, de sa plume coule une lave incandescente qu’elle déverse sur chaque ligne. Ses phrases sont éclairées, lumineuses, éblouissantes et emplie de tant de noirceur, jusqu’au dénouement final extraordinaire, sans rédemption, sans espoir, noir opaque. Énorme ! Un brûlant roman à classer juste à côté de Versus d’Antoine Chainas.

Je vous le dis, coup de cœur !

Le chouchou du mois de juin 2019

Avant de préparer vos valises pour les vacances estivales, je vous propose quelques avis qui vont peut-être vous faire ajouter quelques romans parmi les shorts et autres T-shirts. Et dans tout les avis que j’ai publiés, il y a forcément un livre qui correspond à vos goûts :

Commençons par un coup de cœur, d’un auteur que j’adore, Robin Cook, le Britannique. Comment vivent les morts de Robin Cook (Gallimard Série Noire) se situe juste avant j’étais Dora Soarès et s’avère un roman policier, à la fois cynique et méchant, que romantique et  horrible par son sujet. Dans un milieu corrompu jusqu’à la moelle, l’histoire de ce couple va nous décontenancer, nous émouvoir par tant d’injustice. Énorme, formidable, c’est un roman à ne pas rater.

J’ai continué mon défi Bob Morane avec la quatrième confrontation avec l’Ombre Jaune : Le châtiment de l’ombre jaune d’Henri Vernes (Marabout). Cette aventure va mettre en vedette Bill Balantine dans une sorte de jeu de piste où les rebondissements sont nombreux et les scènes d’action innombrables. C’est un excellent numéro.

Comme tous les ans, j’aurais jeté un coup d’œil di coté des nouveautés de chez Ska. Ce sont des nouvelles noires (ils proposent aussi des nouvelles érotiques) électroniques de bon voire de très bon niveau. La cuvée 2019 vaut largement le détour avec des auteurs tels que Mouloud Akkouche, Luis Alfredo, Gaëtan Brixtel, Mathilde Bensa, Louisa Kern, ou Stéphane Kirchaker. Ne ratez pas Le fils de Gaëtan Brixtel, entre autres.

Vous le savez, mes choix de lecture reposent beaucoup sur les autres blogs. Mon ami du Sud, Petite Souris, m’avait vanté les qualités de deux romans mettant en scène des femmes. Ce fut donc pour moi l’occasion de faire un billet ayant cette thématique. Avec Oyana d’Eric Plamondon (Quidam éditeur), j’ai découvert un auteur au style aussi minimaliste qu’il est expressif. Son histoire de femme qui revient vers ses racines sur fond d’ETA est juste éblouissant. Changement de thématique mais aussi de style avec Les mafieuses de Pascale Dietrich (Liana Levi) où on est plongé dans un intrigue plus polar, où j’ai été surpris par la maîtrise et l’assurance de cette auteure dont ce n’est que le deuxième roman. C’est une vraie belle découverte.

Restons du coté des polars, justement. Si vous cherchez du divertissement venu d’ailleurs, Ma sœur, serial killer de Oyikan Braithwaite (Delcourt) est fait pour vous. Débarquant du Nigeria, ce roman est juste et humoristique, décalé et passionnant ; bref, en un mot, il est impossible d’arrêter sa lecture. Outre son sujet original, l’auteure publie ici un premier roman passionnant sur la loyauté familiale, où elle pousse ce thème aux extrêmes, pour notre plus grand plaisir.

J’ai pris l’habitude de mettre en avant certains auteurs … quand l’occasion se présente. C’est le cas ce mois-ci avec Jean-Pierre Ferrière, puisque ses romans sont réédités de temps en temps. En fin d’année dernière, c’était La Seine est pleine de revolvers (French Pulp), l’histoire de deux couples dont les femmes veulent se débarrasser de leurs maris par des meurtres parfaits. Cette année, c’est Le dernier sursaut (Campanile éditions) avec un portrait parfait de femme qui se révèle et s’ouvre après un drame personnel ? Dans les deux cas, le scénario est impeccable et les psychologies féminines formidablement faites.

Au niveau divertissement toujours, dans le genre fantastique, Le maître des limbes d’Olivier Bal (De Saxus) nous propose de visiter un autre monde, celui des rêves. Bâtissant son roman avec tous les codes du thriller, Olivier Bal dont ce n’est que le deuxième roman s’avère un auteur plein de talent et prometteur pour l’avenir. C’est prenant, oppressant, inquiétant, et rythmé.

Le polar, c’est aussi le message, l’ouverture au monde, voire la dénonciation. Faisant suite à son excellent Tu n’auras pas peur, Et tout sera silence de Michel Moatti (HC éditions) reprend les mêmes personnages pour parler ouvertement du trafic des femmes à destination de la prostitution. D’un contenu parfois cru, excellemment documenté et profondément humain dans sa volonté de montrer l’horreur, l’auteur crie haut et fort ce scandale dont personne ne parle.

Les médias en parlent de temps en temps, puis c’est le grand silence et on pense que le drame du harcèlement au travail n’existe plus … jusqu’au prochain procès ou scandale. Elle le gibier d’Elisa Vix (Rouergue) nous place dans ce cadre dans un roman choral dont seule Elisa Vix a le secret. Un roman génial, tout petit qui pourtant en dit tant. Et c’est psychologiquement très fort.

Je l’attends tous les ans, le dernier roman d’Ahmed Tiab. Le dernier en date s’appelle Adieu Oran d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) et il nous montre un pays en perdition, qui oublie ses valeurs, pour plonger dans le chaos. Au menu, là aussi, l’exploitation des migrants mais surtout un roman témoin qui nous rend impatient de lire la suite. A mon avis c’est le meilleur roman de cet auteur à ce jour.

Le chouchou du mois a dont été bien difficile à choisir. Car j’aurais pu en choisir trois ou quatre. Allez, je me lance ! Le titre du chouchou du mois revient donc à Elle le gibier d’Elisa Vix (Rouergue). J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances estivales, et rassurez vous : le blog reste ouvert tout l’été ! Profitez en bien et surtout n’oubliez pas le principal : lisez !

Elle le gibier d’Elisa Vix

Editeur : Rouergue

Elisa Vix et moi, cela a commencé chez Krakoen avant de lire ses romans au Rouergue, chez qui elle est éditée depuis. Ses romans se divisent en deux catégories : les enquêtes de Thierry Sauvage et des romans sociaux. Elle le gibier est à ranger dans la deuxième et c’est une bombe, criante de vérité.

Il est arrivé quelque chose à Chrystal …

Mattéo F. est un homme marié qui travaille au Crédit R. Lors de la mort d’un de ses collègues, Christian, il aperçoit sa fille, Chrystal. Marié à Camille, n’arrivant pas à avoir un bébé, il se laisse aller à une aventure avec la jeune fille après une rencontre dans une librairie, lors d’une discussion sur La bête qui meurt de Philip Roth, œuvre prémonitoire.

Cendrine O. est une jeune étudiante qui termine sa thèse sur le ribosome du zebrafish. Les crédits des universités diminuant comme peau de chagrin, elle n’a pas été embauchée et a fini à Pôle-emploi, chômeuse pendant 15 longs mois. Quand elle est contactée par Medecines, cela ressemble pour elle à un sauvetage. Elle devra faire de l’assistance téléphonique pour les médecins ou les laboratoires pharmaceutiques.

Quand Cendrine O. arrive pour son premier jour de travail, ils sont trois à être embauchés en même temps : Erwan, Chrystal et elle. Tous les trois sont sur-diplômés pour faire de l’assistance téléphonique. Tous les trois vont signer un contrat de travail dont le salaire est inférieur à ce qu’on leur a promis lors de l’entretien d’embauche. Tous les trois vont subir les appels incessants et les tableaux de synthèse (appelez cela les tableaux de reporting) à faire après le travail. Tous les trois vont plier sous l’omniprésence de leur responsable et du CEO, qui leur reprochent sans arrêt des choses.

Mais qu’est-il arrivé à Chrystal ?

Elisa Vix nous a habitué à des romans choraux traitant de sujets sociaux (Tiens, ça rime !), et en général, ça fait mal. C’est le cas ici, avec ce roman qui frise la perfection dans le genre, alliant la forme à un message, qui frappe justement parce que cette histoire est racontée par des gens qui ont rencontré Chrystal. Il n’y a donc pas de sentiments éplorés mais juste une distanciation factuelle dans tout ce qui s’y passe.

Dès le début, on pense à des témoignages pour un journaliste. Plus loin, on apprendra qu’il s’agit d’un romancier (ou d’une romancière) qui raconte à travers les avis de certaines personnages ce qui s’est passé avec Chrystal. La seule chose dont on est sur, c’est que l’issue est dramatique. Cela commence doucement avec un adultère comme il en existe tant, et le bon mari qui ne veut pas être impliqué.

Puis le roman change, avec le témoignage de Cendrine : on plonge dans le véritable sujet du roman et le fait qu’elle soit bavarde et lucide par rapport à sa situation rend le sujet terriblement juste. C’est le portrait d’une étudiante qui va s’enfoncer dans les affres du chômage avec tout le désespoir qui y est lié. L’offre d’emploi de Medecines apparaît alors comme une bouée de sauvetage. C’est bien le portrait d’une génération sacrifiée que l’on nous montre, de jeunes gens passionnés par leur sujet de thèse (ou par leurs études) qui sont obligés de prendre n’importe quel travail pour vivre.

Et en termes de bouée de sauvetage, Medecines applique des méthodes de gestion du personnel (appelons cela management) qui ressemblent plutôt à des tortures, une « belle » façon de plonger la tête de ses employés sous l’eau, sans les laisser respirer. Tous les petits tableaux pour justifier d’une activité, toutes les petites actions (comme rester dans le dos de quelqu’un), toutes les remarques font peser une ambiance de menace et de douleur qui vont transformer le monde du travail en monde de l’horreur.

On a beaucoup parlé des suicides au travail, en se demandant comment cela pouvait arriver. Ce roman, par sa justesse et la vérité de ton, apporte des réponses sans pour autant que cela ne soit exagéré. Et quand une entreprise maîtrise ce qu’elle fait subir, pour rester à la limite de  la loi, il n’y a rien à d’autre à faire que plier, jusqu’à se rompre. Chrystal a décidé de résister mais la société est plus forte qu’elle.

Ce roman montre ce que l’on ne voit pas ou rarement et il le fait avec une justesse et une lucidité remarquable. Il n’y a bien que le roman noir pour regarder la société en face comme cela. Le dernier roman sur ce sujet que j’ai lu et qui m’avait frappé était Les visages écrasés de Marin Ledun ; Celui-ci est aussi fort. Tout le monde devrait le lire. Tout le monde doit le lire. C’est un livre important.

La fin, c’est Elisa Vix elle-même qui va l’écrire dans ses remerciements :

« A tous mes employeurs, sans qui ce livre n’aurait pas été possible …On l’aura compris, ce roman est inspiré de ma désastreuse carrière professionnelle. Mais que le lecteur se rassure, je n’ai jamais été tenté par les extrémités dont Chrystal se rend coupable. Face à l’adversité managériale, je me contentais de jubiler intérieurement en pensant : « Le p… de bouquin que je vais écrire ! ». Viva la literatura ! »

Le chouchou du mois de mai 2018

Une fois n’est pas coutume, nous avons démarré ce mois de mai par un hommage à Daniel Chavarria, qui nous a quitté le 6 avril. J’ai eu l’occasion de découvrir l’humour caustique et noir de cet auteur avec Adios Muchachos (Rivages). Et j’ai eu l’énorme chance que Claude Mesplède réponde à mon appel en me proposant anecdotes, interview et son avis sur Le Rouge sur la Plume du Perroquet (Rivages).

Une nouvelle fois, la littérature française aura été largement représentée en ce mois de mai, et dans les différents genres que l’on peut trouver dans le polar. La seule exception à cette règle aura été le super roman d’action qu’est Missing : Germany de Don Winslow (Seuil), qui constitue la deuxième enquête de Franck Decker, ce détective privé spécialisé dans les recherches de personnes disparues. En voulant rendre service à un ami de l’armée, il va découvrir de sacrés trafics et être obligé de se remettre en cause, quant à ses valeurs.

Kisanga d’Emmanuel Grand (Liana Levi) est un roman qui m’a impressionné. Une entreprise chinoise et une entreprise française veulent créer une Joint Venture pour exploiter les minerais de la République Démocratique du Congo. Un groupe de jeunes embauchés a 3 mois pour démarrer l’exploitation. Entre thriller et roman d’aventures, entre géopolitique et magouilles politiciennes, Emmanuel Grand prend quelques personnages et déroule son intrigue de façon passionnante et impressionnante. Comme je le disais dans mon billet : « Et ce n’est que son troisième roman ! ». Époustouflant !

On connait Gilles Vidal et ses intrigues retorses. Une nouvelle fois, avec Ciel de Traine (Zinedi), il nous offre une histoire pas comme les autres. Chaque chapitre (ou presque) raconte un événement d’un personnage et chaque personnage n’a rien à voir avec les autres. C’est un peu comme si on additionnait des nouvelles, dont certaines sont fascinante dans leur mise en situation. Sauf que le lien entre toutes ces gens ne vous sera livré qu’au dernier chapitre.

Avec Les retournants de Michel Moatti (HC éditions), j’aurais eu un avis plus mitigé. J’avais adoré son précédent roman, et j’ai été surpris par le roman, à la fois son cadre (la guerre de 14-18) et son traitement. Il m’aura fallu attendre les remerciements de l’auteur en fin de chapitre pour comprendre où il voulait en venir.

Au rayon Roman Policier, je ne peux que vous conseiller Sœurs de Bernard Minier (XO éditions), où l’auteur remonte dans le passé et nous parle de la jeunesse de Martin Servaz. Mais il y a aussi une enquête (ou plutôt deux) qui aborde les rapports que peut entretenir un auteur de thrillers avec ses lecteurs. Une nouvelle fois, Bernard Minier nous concocte une intrigue qui repose à la fois sur des sujets forts et sur des ambiances étouffantes. Et, cerise sur le gâteau, le dénouement est génialement trouvé.

Au rayon Roman Policier, toujours, deux romans auront pris comme contexte la guerre d’Algérie mais avec deux façons distinctes de traiteur leur intrigue. Toutes ces nuits d’absence d’Alain Bron (Les chemins du hasard), nous retrouvons un écrivain qui, parce qu’il retrouve de vieilles photographies, décide de reprendre l’enquête sur l’assassinat de son amour de jeunesse. Alain Bron met sa plume magique au service d’un sujet fort.

Un travail à finir de Eric Todenne (Viviane Hamy) est le premier roman policier de ce couple d’auteurs et le premier d’une série (on l’espère !). Une mort suspecte d’un résident d’une maison de retraite va entraîner le capitaine Andréani vers des événements liés à la guerre d’Algérie et les exactions des troupes françaises. C’est un roman passionnant qui donne bigrement envie de lire une suite.

J’ai continué mon exploration de l’univers de la Compagnie des glaces avec mes billets sur les tomes 5 et 6 (French Pulp), appelés L’enfant des glaces et Les otages des glaces. Si le tome 5 ne m’a pas passionné, le tome 6 m’a semblé relancer l’intérêt. Je vous donne rendez vous donc pour la suite très prochainement.

Le titre de chouchou du mois revient donc à Par les rafales de Valentine Imhof (Rouergue), un premier roman impressionnant par sa construction et son style, qui emporte tout comme un ouragan, un tsunami littéraire à ne pas rater.

J’espère que ces suggestions vous seront utiles pour vos choix de lecture. Je vous donne rendez vo30us le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Par les rafales de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

C’est indéniablement le billet de mon ami La Petite Souris qui m’a poussé vers ce roman. Quand il dit que ce roman fera partie de ses meilleures lectures de 2018, je ne peux qu’être attiré. Ce roman est incroyable à bien des égards.

4 novembre 2006, Nancy. Dans une chambre d’hôtel, ils sont nus. Elle s’appelle Alex, lui est soi-disant journaliste. Après une brève discussion dans un bar, ils finissent dans une chambre d’hôtel et jouent au jeu de la Vérité : celui qui ment enlève un vêtement. Quand elle ôte son T-shirt, il est ébahi par les innombrables runes tatouées sur son corps. Dans le lit, il veut qu’Alex serre sa cravate pour augmenter son plaisir. Alors elle serre, emplie de haine, comme pour oublier ce qu’elle a vécu dans cette petite cabane. Le cou du type craque, elle est soulagée, elle est sure qu’il était venu la buter.

4 novembre 2006, Metz. Anton entre dans le bar, demande après Alex au patron. Il lui annonce qu’elle est passée ce matin, s’est installée au fond, et a écrit son article sur le concert de Coco Robicheaux. Bien qu’il soit inquiet, il doit se faire une raison, Alex est libre de faire ce qu’elle veut, même si cela fait quelques semaines qu’ils vivent ensemble. Alex est comme sa chatte Pandora : elle disparait pendant un jour, une semaine, mais revient toujours en faisant les yeux doux. Et là, Anton ne peut résister.

4 novembre 2006, Nancy. Alex se réveille ou du moins émerge de son cauchemar couleur THC. Elle vient de tuer un homme, son troisième, lui a fracassé le visage. Elle s’habille à la hâte, descend les marches comme elle peut et attend le bus. Une bande de jeunes tentent de l’aborder, mais elle monte dans le bus en direction de la gare. Elle y débarque à 21H37, quatre minutes avant le dernier train pour Metz. Quand elle arrive, elle prend la direction du bar, se forge un regard de princesse et pousse la porte, qui souffle un air de libération pour Anton.

Pour un premier roman, Par les rafales porte bien son nom, tant il emporte tout sur son passage à la façon d’un ouragan. En prenant comme personnage central une jeune femme maltraitée et devenue paranoïaque, Valentine Imhof joue gros, au risque de lasser ses lecteurs tout au long de ses 280 pages. Et il n’en est rien. On a l’impression de lire de la grande prose, entre description de décors en perdition jusqu’aux situations stressantes, tout cela servi par une bande son de chaque instant flairant le bon, le tout bon dans tous les styles.

Tout tient dans le pari de l’auteure. Elle tente sa chance, joue son va-tout, et dévide son histoire avec passion, d’une façon tout à fait personnelle. Avec ses références culturelles, qu’elles littéraires, musicales, picturales ou cinématographiques, elle nous plonge dans son univers sans regarder en arrière. Et cette course poursuite à travers le temps, après le temps, à travers l’espace, après l’espace, s’avère un pari remarquablement réussi, tant l’écriture est addictive.

Ce roman sent la passion de partager, la rage d’écrire, la volonté de créer et Valentine Imhof nous offre là un sacré moment de roman noir, inimitable car tellement particulier et personnel, que l’on a beaucoup de mal à abandonner tant tout y est bluffant. On en vient même à regretter une fin de roman un peu trop rapide, car on aurait voulu prolonger le plaisir, qu’il ne se termine jamais.

Je pourrais citer beaucoup d’auteurs ayant essayé cet exercice de style, certains réussis, d’autres moins. Je préfère juste vous conseiller de vous jeter sur cet OVLNI (Objet Volant à Lire Non Identifié). Enorme, juste énorme ! Vous n’avez jamais lu un livre pareil !16

En plus de l’avis de la Petite Souris que j’ai inséré en début de billet, ne ratez pas les avis de Nyctalopes et Lectrice en Campagne, ainsi que l’excellente interview de mon ami le Concierge Masqué.

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Assassins d’avant d’Elisa Vix

Editeur : Rouergue

En lisant le dernier roman en date d’Elisa Vix, et après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que j’étais incontestablement fan de cette auteure quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Son dernier roman est incontestablement une grande réussite, génial jusqu’à la dernière ligne. A ne pas rater.

Alors qu’elle vient de passer la trentaine, Adèle Lemeur doit impérativement tourner la page sur un drame familial qui la marque encore aujourd’hui : Quand elle avait 5 ans, elle a perdu sa mère, institutrice, qui a été abattue d’une balle de pistolet en classe. Pour ce faire, elle décide de prendre contact avec un flic, Manuel Ferreira qui était dans la classe ce jour-là. Peut-être se rappelle-t-il de quelque chose ?

Adèle se fait passer pour une journaliste qui enquête sur les manques d’effectifs dans la police. Très vite, le sujet est éventé et Manuel va deviner qu’elle est venue pour autre chose. Adèle joue la carte de la franchise et manuel lui raconte ce dont il se rappelle : Il était assis à la même table que Ladji, et la maitresse se mit à écrire quelque chose au tableau. Ladji a alors sorti un pistolet et a tiré sur la maitresse. Arrêté par la police, il leur a échappé à la sortie de l’école et s’est enfui en traversant la rue. Malheureusement, une voiture l’a fauché et il est mort de ses blessures pendant son transfert à l’hôpital.

Adèle veut absolument savoir ce qui s’est passé et elle demande l’aide de Manuel. Manuel quant à lui sent bien que cette quête est importante pour la jeune femme. Il veut aussi la protéger contre des conclusions qui pourraient être violentes pour cette jeune femme fragile. Alors il accepte de l’aider à enquêter et lui donner des informations. Ou pas.

Comment rêver une situation de départ plus simple ? Comment peut-on partir d’une telle situation et arriver à inventer des événements qui vont faire avancer puis rebondir l’intrigue, en nous laissant tout simplement ébahi jusqu’à la dernière ligne. Et je pèse mes mots, dans ce roman, court puisqu’il ne fait que 180 pages, les scènes vont s’ajouter les unes aux autres, amenant à chaque fois un petit quelque chose, et on se retrouve surpris jusqu’à la dernière ligne !

Elisa Vix n’est jamais aussi forte que quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Certes, il y a le cycle Thierry Sauvage, mais on n’est plus dans un registre cynique. Dans ce roman, les deux voix qui vont raconter cette histoire vont être celle d’Adèle et celle de Manuel. J’ai rarement été époustouflé par tant de maitrise, devant tant de simplicité pour montrer toute la subjectivité d’un témoignage. A chaque chapitre, à chaque phrase, à chaque dialogue, le lecteur a le droit de savoir ce que l’autre pense, ou ce qu’il veut nous laisser croire. C’est comme si deux personnes écrivaient leur journal intime, en reprenant parfois les mêmes scènes. C’en est bluffant.

Et puis, petit à petit, cette femme qui veut se reconstruire, tourner la page sur son passé, va découvrir de nouveaux secrets, qui la touchent elle, mais qui touchent aussi les autres, ceux qui l’entourent. Et cette narration va nous les faire découvrir en même temps qu’elle. Ensuite, tout le talent, l’inventivité et la magie de cette auteure va faire le reste. C’est simple, une fois ouvert, il est impossible de lâcher le livre, que j’ai lu en une journée. Je ne peux que vous encourager à courir chez votre dealer de livres pour lire ce roman ou même découvrir cette auteure. Car je trouve qu’on n’en parle pas assez et je trouve cela foncièrement injuste. D’ailleurs vous pouvez aussi rattraper votre retard et vous dépêcher de lire 04L’hexamètre de Quintilien, La nuit de l’accident ou Ubac qui sont tout aussi excellents.

Ne ratez pas l’avis de Lireaulit qui pense comme moi !