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Le chouchou du mois de mai 2018

Une fois n’est pas coutume, nous avons démarré ce mois de mai par un hommage à Daniel Chavarria, qui nous a quitté le 6 avril. J’ai eu l’occasion de découvrir l’humour caustique et noir de cet auteur avec Adios Muchachos (Rivages). Et j’ai eu l’énorme chance que Claude Mesplède réponde à mon appel en me proposant anecdotes, interview et son avis sur Le Rouge sur la Plume du Perroquet (Rivages).

Une nouvelle fois, la littérature française aura été largement représentée en ce mois de mai, et dans les différents genres que l’on peut trouver dans le polar. La seule exception à cette règle aura été le super roman d’action qu’est Missing : Germany de Don Winslow (Seuil), qui constitue la deuxième enquête de Franck Decker, ce détective privé spécialisé dans les recherches de personnes disparues. En voulant rendre service à un ami de l’armée, il va découvrir de sacrés trafics et être obligé de se remettre en cause, quant à ses valeurs.

Kisanga d’Emmanuel Grand (Liana Levi) est un roman qui m’a impressionné. Une entreprise chinoise et une entreprise française veulent créer une Joint Venture pour exploiter les minerais de la République Démocratique du Congo. Un groupe de jeunes embauchés a 3 mois pour démarrer l’exploitation. Entre thriller et roman d’aventures, entre géopolitique et magouilles politiciennes, Emmanuel Grand prend quelques personnages et déroule son intrigue de façon passionnante et impressionnante. Comme je le disais dans mon billet : « Et ce n’est que son troisième roman ! ». Époustouflant !

On connait Gilles Vidal et ses intrigues retorses. Une nouvelle fois, avec Ciel de Traine (Zinedi), il nous offre une histoire pas comme les autres. Chaque chapitre (ou presque) raconte un événement d’un personnage et chaque personnage n’a rien à voir avec les autres. C’est un peu comme si on additionnait des nouvelles, dont certaines sont fascinante dans leur mise en situation. Sauf que le lien entre toutes ces gens ne vous sera livré qu’au dernier chapitre.

Avec Les retournants de Michel Moatti (HC éditions), j’aurais eu un avis plus mitigé. J’avais adoré son précédent roman, et j’ai été surpris par le roman, à la fois son cadre (la guerre de 14-18) et son traitement. Il m’aura fallu attendre les remerciements de l’auteur en fin de chapitre pour comprendre où il voulait en venir.

Au rayon Roman Policier, je ne peux que vous conseiller Sœurs de Bernard Minier (XO éditions), où l’auteur remonte dans le passé et nous parle de la jeunesse de Martin Servaz. Mais il y a aussi une enquête (ou plutôt deux) qui aborde les rapports que peut entretenir un auteur de thrillers avec ses lecteurs. Une nouvelle fois, Bernard Minier nous concocte une intrigue qui repose à la fois sur des sujets forts et sur des ambiances étouffantes. Et, cerise sur le gâteau, le dénouement est génialement trouvé.

Au rayon Roman Policier, toujours, deux romans auront pris comme contexte la guerre d’Algérie mais avec deux façons distinctes de traiteur leur intrigue. Toutes ces nuits d’absence d’Alain Bron (Les chemins du hasard), nous retrouvons un écrivain qui, parce qu’il retrouve de vieilles photographies, décide de reprendre l’enquête sur l’assassinat de son amour de jeunesse. Alain Bron met sa plume magique au service d’un sujet fort.

Un travail à finir de Eric Todenne (Viviane Hamy) est le premier roman policier de ce couple d’auteurs et le premier d’une série (on l’espère !). Une mort suspecte d’un résident d’une maison de retraite va entraîner le capitaine Andréani vers des événements liés à la guerre d’Algérie et les exactions des troupes françaises. C’est un roman passionnant qui donne bigrement envie de lire une suite.

J’ai continué mon exploration de l’univers de la Compagnie des glaces avec mes billets sur les tomes 5 et 6 (French Pulp), appelés L’enfant des glaces et Les otages des glaces. Si le tome 5 ne m’a pas passionné, le tome 6 m’a semblé relancer l’intérêt. Je vous donne rendez vous donc pour la suite très prochainement.

Le titre de chouchou du mois revient donc à Par les rafales de Valentine Imhof (Rouergue), un premier roman impressionnant par sa construction et son style, qui emporte tout comme un ouragan, un tsunami littéraire à ne pas rater.

J’espère que ces suggestions vous seront utiles pour vos choix de lecture. Je vous donne rendez vo30us le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Par les rafales de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

C’est indéniablement le billet de mon ami La Petite Souris qui m’a poussé vers ce roman. Quand il dit que ce roman fera partie de ses meilleures lectures de 2018, je ne peux qu’être attiré. Ce roman est incroyable à bien des égards.

4 novembre 2006, Nancy. Dans une chambre d’hôtel, ils sont nus. Elle s’appelle Alex, lui est soi-disant journaliste. Après une brève discussion dans un bar, ils finissent dans une chambre d’hôtel et jouent au jeu de la Vérité : celui qui ment enlève un vêtement. Quand elle ôte son T-shirt, il est ébahi par les innombrables runes tatouées sur son corps. Dans le lit, il veut qu’Alex serre sa cravate pour augmenter son plaisir. Alors elle serre, emplie de haine, comme pour oublier ce qu’elle a vécu dans cette petite cabane. Le cou du type craque, elle est soulagée, elle est sure qu’il était venu la buter.

4 novembre 2006, Metz. Anton entre dans le bar, demande après Alex au patron. Il lui annonce qu’elle est passée ce matin, s’est installée au fond, et a écrit son article sur le concert de Coco Robicheaux. Bien qu’il soit inquiet, il doit se faire une raison, Alex est libre de faire ce qu’elle veut, même si cela fait quelques semaines qu’ils vivent ensemble. Alex est comme sa chatte Pandora : elle disparait pendant un jour, une semaine, mais revient toujours en faisant les yeux doux. Et là, Anton ne peut résister.

4 novembre 2006, Nancy. Alex se réveille ou du moins émerge de son cauchemar couleur THC. Elle vient de tuer un homme, son troisième, lui a fracassé le visage. Elle s’habille à la hâte, descend les marches comme elle peut et attend le bus. Une bande de jeunes tentent de l’aborder, mais elle monte dans le bus en direction de la gare. Elle y débarque à 21H37, quatre minutes avant le dernier train pour Metz. Quand elle arrive, elle prend la direction du bar, se forge un regard de princesse et pousse la porte, qui souffle un air de libération pour Anton.

Pour un premier roman, Par les rafales porte bien son nom, tant il emporte tout sur son passage à la façon d’un ouragan. En prenant comme personnage central une jeune femme maltraitée et devenue paranoïaque, Valentine Imhof joue gros, au risque de lasser ses lecteurs tout au long de ses 280 pages. Et il n’en est rien. On a l’impression de lire de la grande prose, entre description de décors en perdition jusqu’aux situations stressantes, tout cela servi par une bande son de chaque instant flairant le bon, le tout bon dans tous les styles.

Tout tient dans le pari de l’auteure. Elle tente sa chance, joue son va-tout, et dévide son histoire avec passion, d’une façon tout à fait personnelle. Avec ses références culturelles, qu’elles littéraires, musicales, picturales ou cinématographiques, elle nous plonge dans son univers sans regarder en arrière. Et cette course poursuite à travers le temps, après le temps, à travers l’espace, après l’espace, s’avère un pari remarquablement réussi, tant l’écriture est addictive.

Ce roman sent la passion de partager, la rage d’écrire, la volonté de créer et Valentine Imhof nous offre là un sacré moment de roman noir, inimitable car tellement particulier et personnel, que l’on a beaucoup de mal à abandonner tant tout y est bluffant. On en vient même à regretter une fin de roman un peu trop rapide, car on aurait voulu prolonger le plaisir, qu’il ne se termine jamais.

Je pourrais citer beaucoup d’auteurs ayant essayé cet exercice de style, certains réussis, d’autres moins. Je préfère juste vous conseiller de vous jeter sur cet OVLNI (Objet Volant à Lire Non Identifié). Enorme, juste énorme ! Vous n’avez jamais lu un livre pareil !16

En plus de l’avis de la Petite Souris que j’ai inséré en début de billet, ne ratez pas les avis de Nyctalopes et Lectrice en Campagne, ainsi que l’excellente interview de mon ami le Concierge Masqué.

Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin

Editeur : Rouergue

Depuis que les éditions Ska m’ont permis de découvrir Jérémy Bouquin, j’essaie de suivre ses publications, ce qui n’est pas forcément évident puisque le bonhomme est prolifique. Ce que j’aime chez Jérémy Bouquin, c’est son style rentre-dedans et ses intrigues originales.

Il roule à bord de son AUDI intérieur cuir sans regarder en arrière. Il s’appelle Garry Lazare. Avec, lui, sur le siège arrière, il y a un enfant Yannis, âgé de 8 ans. Il s’arrête sur une aire d’autoroute, pour une pause pipi, et pour faire un petit ravitaillement. C’est alors que Yannis demande où est son papa. C’est vrai que c’est l’excuse qu’il lui a donnée : on va rejoindre ton papa.

Quand ils arrivent dans le Jura, la route commence à serpenter. Garry n’a pas trouvé mieux que d’emmener le petit chez son propre grand-père, que Garry a toujours détesté. Son frère et lui y passaient leurs vacances d’été et ils avaient du mal à supporter les humeurs de ce vieil alcoolique raciste. Mais il n’y a pas mieux comme planque que la baraque de ce vieux con, perdue dans les bois jurassiens.

Dans les virages boueux menant à la baraque du vieux, le petit vomit sur les sièges intérieur cuir. Garry arrive à garder son calme. Quand il arrive, le grand-père pose des questions auxquelles Garry ne répond pas. Il est officiellement venu passer quelques jours avec Yannis qui n’est pas son fils. Yannis est en effet le fils de Joe, son ami de cœur, son frère de sang. Joe est en prison, et doit bientôt s’en évader. Mais tout ne va pas se passer comme il était prévu.

Malgré sa forme relativement courte, il va se passer beaucoup de choses dans ce roman, qui montre une nouvelle tout l’art de Jérémy Bouquin de partir d’une situation simple et d’en faire un excellent polar uniquement grâce à sa créativité et son style. L’histoire tout d’abord se résume en un duel, même si cela commence comme un enlèvement d’enfant. Car le roman est construit en deux parties, une consacrée à Garry et une à son poursuivant. Vous comprendrez bien que je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de vous révéler la chute du roman qui est génialement trouvée.

Le style est direct, il claque comme un coup de feu dans les bois jurassiens. Jérémy Bouquin démontre une nouvelle fois qu’il est inutile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire, histoire qui va se révéler plein de surprises : c’est indubitablement noir et sans remords. L’univers y est dur et on est en face de gens sans pitié. Mais l’auteur arrive par la magie de certaines scènes à nous insuffler de belles émotions de tendresse, en particulier les passages où le grand-père part avec Yannis dans la forêt.

Ne me demandez pas si cela va se terminer bien, ni si la morale est respectée. Le fond de cette histoire se passe dans le milieu de la drogue et donc la trame se révèle violente, même si elle n’est pas explicite et étalée sur les pages blanches. Il en ressort une sensation de stress insufflé uniquement par les actions des personnages.

Enfin, ne ratez pas la fin, qui a lieu après le duel (tant attendu et liquidé en deux phrases). Non, la surprise a lieu juste après, avec un retournement de situation qui fait montre d’un bel humour noir et qui surtout nous reconstruit toute l’histoire, comme quand on vient mettre les quelques dernières pièces d’un puzzle bien agencé. Avec ce roman, Jérémy a construit un polar efficace dans la plus pure tradition du noir.

Ne ratez pas l’avis de Claude entre autres …

Assassins d’avant d’Elisa Vix

Editeur : Rouergue

En lisant le dernier roman en date d’Elisa Vix, et après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que j’étais incontestablement fan de cette auteure quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Son dernier roman est incontestablement une grande réussite, génial jusqu’à la dernière ligne. A ne pas rater.

Alors qu’elle vient de passer la trentaine, Adèle Lemeur doit impérativement tourner la page sur un drame familial qui la marque encore aujourd’hui : Quand elle avait 5 ans, elle a perdu sa mère, institutrice, qui a été abattue d’une balle de pistolet en classe. Pour ce faire, elle décide de prendre contact avec un flic, Manuel Ferreira qui était dans la classe ce jour-là. Peut-être se rappelle-t-il de quelque chose ?

Adèle se fait passer pour une journaliste qui enquête sur les manques d’effectifs dans la police. Très vite, le sujet est éventé et Manuel va deviner qu’elle est venue pour autre chose. Adèle joue la carte de la franchise et manuel lui raconte ce dont il se rappelle : Il était assis à la même table que Ladji, et la maitresse se mit à écrire quelque chose au tableau. Ladji a alors sorti un pistolet et a tiré sur la maitresse. Arrêté par la police, il leur a échappé à la sortie de l’école et s’est enfui en traversant la rue. Malheureusement, une voiture l’a fauché et il est mort de ses blessures pendant son transfert à l’hôpital.

Adèle veut absolument savoir ce qui s’est passé et elle demande l’aide de Manuel. Manuel quant à lui sent bien que cette quête est importante pour la jeune femme. Il veut aussi la protéger contre des conclusions qui pourraient être violentes pour cette jeune femme fragile. Alors il accepte de l’aider à enquêter et lui donner des informations. Ou pas.

Comment rêver une situation de départ plus simple ? Comment peut-on partir d’une telle situation et arriver à inventer des événements qui vont faire avancer puis rebondir l’intrigue, en nous laissant tout simplement ébahi jusqu’à la dernière ligne. Et je pèse mes mots, dans ce roman, court puisqu’il ne fait que 180 pages, les scènes vont s’ajouter les unes aux autres, amenant à chaque fois un petit quelque chose, et on se retrouve surpris jusqu’à la dernière ligne !

Elisa Vix n’est jamais aussi forte que quand elle écrit des romans à plusieurs voix. Certes, il y a le cycle Thierry Sauvage, mais on n’est plus dans un registre cynique. Dans ce roman, les deux voix qui vont raconter cette histoire vont être celle d’Adèle et celle de Manuel. J’ai rarement été époustouflé par tant de maitrise, devant tant de simplicité pour montrer toute la subjectivité d’un témoignage. A chaque chapitre, à chaque phrase, à chaque dialogue, le lecteur a le droit de savoir ce que l’autre pense, ou ce qu’il veut nous laisser croire. C’est comme si deux personnes écrivaient leur journal intime, en reprenant parfois les mêmes scènes. C’en est bluffant.

Et puis, petit à petit, cette femme qui veut se reconstruire, tourner la page sur son passé, va découvrir de nouveaux secrets, qui la touchent elle, mais qui touchent aussi les autres, ceux qui l’entourent. Et cette narration va nous les faire découvrir en même temps qu’elle. Ensuite, tout le talent, l’inventivité et la magie de cette auteure va faire le reste. C’est simple, une fois ouvert, il est impossible de lâcher le livre, que j’ai lu en une journée. Je ne peux que vous encourager à courir chez votre dealer de livres pour lire ce roman ou même découvrir cette auteure. Car je trouve qu’on n’en parle pas assez et je trouve cela foncièrement injuste. D’ailleurs vous pouvez aussi rattraper votre retard et vous dépêcher de lire 04L’hexamètre de Quintilien, La nuit de l’accident ou Ubac qui sont tout aussi excellents.

Ne ratez pas l’avis de Lireaulit qui pense comme moi !

Les disparus du phare de Peter May

Editeur : Rouergue

Traducteur : Jean-René Dastugue

Nous commençons une semaine consacrée au prix des Balais d’Or, avec trois chroniques de romans qui faisaient partie de la sélection initiale. Et on débute par Peter May.

Je n’arrête pas de me dire que je ne lis pas assez de romans de Peter May. Les avis sur la toile sont unanimes, et ce qui a fait pencher la balance, c’est l’insistance de mon ami Le Concierge Masqué. En plus, il a sélectionné ce roman pour les Balais d’Or. Et je peux vous dire que ce roman est un modèle du genre.

Il se réveille sur une plage, complètement trempé. Il ne sait pas où il est, qui il est. Il a tout oublié de son passé. En rencontrant sa voisine, et avec des bribes de souvenirs, il se dirige vers sa maison, le cottage des dunes. La vieille dame l’appelle Neal McLean, et crie après son chien Bran. En se changeant, il voit une cicatrice sur son bras et des piqures sur les mains. Au moins a-t-il un nom pour commencer ses recherches sur son identité.

Il apprend en fouillant des papiers qu’il loue cette maison depuis dix-huit mois … L’ordinateur est en veille mais il ne lui apprend rien : il est vide. Les livres racontent l’histoire des Hébrides, ces îles du nord de l’Ecosse. L’un d’eux l’attire particulièrement : Le mystère des îles Flannan : En 1900, trois gardiens de phare ont mystérieusement disparu.

Ses voisins débarquent chez lui. Sally et Jon sont deux jeunes qui habitent la maison à coté. Alors que Neal se dirige pour aller chercher quelque chose à boire, Sally se jette sur lui et l’embrasse goulument. Apparemment, ils sont amants. En discutant, ils lui apprennent qu’il est écrivain et qu’il enquête sur la disparition des trois gardiens de phare. Mais alors, pourquoi le micro-ordinateur est-il vierge  de tout manuscrit ? Puis Neal va découvrir avec Sally une plaine cachée au milieu des bois qui abrite plus d’une dizaine de ruches. De quoi expliquer les piqures sur ses mains mais aussi épaissir le mystère à propos de son passé.

La première centaine de pages est tout simplement géniale. Menée avec application, et épaississant le mystère petit à petit, il y a suffisamment de rebondissements pour attirer irrémédiablement l’attention du lecteur et ne plus la lâcher. Ceci d’autant plus que c’est écrit à la première personne du singulier et que l’on est vraiment en plein brouillard. J’ai adoré ce début de roman … et la suite … même si elle est plus classique.

En effet, dans la deuxième partie, nous sommes en présence de deux nouveaux personnages : Karen une jeune adolescente qui a perdu son père, qui a disparu en mer (a priori, il se serait suicidé) et l’inspecteur George Gunn qui va enquêter sur un meurtre qui a eu lieu sur une des îles des Hébrides (C’est terrible d’écrire un billet sans vouloir en dire trop, je vous le dis !). Sans vouloir dire que ces deux nouveaux personnages font retomber l’intérêt du livre, j’ai trouvé que ces deux nouvelles enquêtes en parallèle étaient plus classiques que l’amnésie de Neal McLean.

Enfin, la troisième partie termine en fanfare avec un sujet éminemment grave dont peu de gens ont conscience et qui sont, je pèse mes mots, un pur scandale écologique qui vous fout la rogne pour quelques jours voire plus. Et on se dit que ce polar nous a bien mené et malmené, grâce à tout le talent d’un maitre du genre pour mieux nous faire réagir face à une problématique dont tout le monde devrait parler. Et en tournant la denrière page, je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Chapeau, M.May ! Vous avez écrit là un sacré polar qui mérite qu’on le fasse lire d’urgence. »

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris.

Le chouchou du mois de janvier 2017

On repart pour une nouvelle année. Alors permettez-moi de commencer par vous présenter mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année, que je vous souhaite remplie de lectures réjouissantes et passionnantes.

J’ai commencé l’année, en ce qui me concerne, avec une nouveauté pour le blog, à savoir un week-end consacré à une auteure que j’adore et qui écrit de formidables romans policiers, Elena Piacentini. J’aurais ainsi publié mes avis sur Carrières noires et son dernier en date Aux vents mauvais, et un petit billet sur les raisons pour lesquelles j’aime ce qu’écrit Elena Piacentini.

Pour continuer du coté des romans français, je ne peux que vous conseiller La maison de Nicolas Jaillet (Bragelonne Milady), un court roman à l’écriture subtile, sur une femme qui décide de tourner le dos à sa vie quotidienne emplie d’humiliations et de violences. Un roman magnifique.

Grace, entre autres à Jean-Marc d’Actudunoir, je serais parti à la découverte de Tueurs de flics de Frédéric Fajardie (La table ronde), un roman noir et social intemporel. Il faut profiter de cette réédition pour rendre hommage à ce grand auteur. Du coté des découvertes, Cabossé de Benoit Philippon (Gallimard), comme son nom l’indique va vous atteindre droit au cœur avec ses uppercuts et ses directs. Il n’est pas sur que vous finissiez dans un meilleur état que son personnage principal.

Toujours en France, dans le genre fantastique, je ne peux que vous conseiller Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris (Editions du Riez), d’un auteur trop injustement méconnu. Et pour ceux qui préfèrent l’humour féroce et politiquement incorrect, jetez vous sur Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky (Lajouanie) qui vous fera rire aux éclats.

Pour les plus jeunes, L’île du crâne d’Anthony Horowitz (Livre de poche) est un très bon roman d’aventures qui fera passer vos piou-pious par toutes les émotions du rire à l’angoisse, du mystère à l’action.

Avec L’affaire de la belle évaporée de JJ.Murphy (Baker Street), vous irez faire un voyage dans les années 20 aux Etats Unis, avec un roman policier à la fois drôle et énigmatique à souhait. Et si vous préférez les destinations plus lointaines, partez donc à la découverte de La mauvaise pente de Chris Womersley (J’ai Lu), d’un auteur qui pourrait bien être le petit génie de la littérature mondiale, aux cotés d’un Donald Ray Pollock par exemple.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Seules les bêtes de Colin Niel (Rouergue), pour ce roman choral à mi chemin entre roman social et intrigue en béton. C’est une allégorie sur la solitude dans notre société, quelque soit l’endroit du monde où on habite. C’est aussi un roman impressionnant de maîtrise qui mérite largement le titre de chouchou.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. Et d’ici-là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Seules les bêtes de Colin Niel

Editeur : Rouergue

Après avoir lu et grandement apprécié Les hamacs de carton, et Ce qui reste en forêt, et être passé à coté d’Obia (que j’ai mais pas encore ouvert), le quatrième roman de Colin Niel se passe chez nous, en France, alors que les précédents nous montraient un visage de la Guyane que nous n’avions pas l’habitude de voir. Pari risqué, pari réussi, ce roman est tout simplement fantastique.

Alice vit dans le causse, zone aride du Massif Central. Elle est mariée avec Michel et exerce le métier d’assistante sociale. Il faut dire qu’il y a de quoi faire, puisqu’elles sont cinq pour deux mille éleveurs, principalement de brebis. Tous les jours, elle arpente les routes pour visiter ces fermiers qui vivent isolés au milieu de leurs terres. Cela lui permet de leur prodiguer des conseils de tous ordres et surtout de leur apporter une présence humaine à ces hommes qui bien souvent habitent seuls.

Serait-ce l’habitude d’être seule toute la journée ? Ou bien, le fait que son mari s’éloigne d’elle ? Ou bien, est-ce la chaleur ? Alors qu’elle rend visite à Joseph, elle se jette sur lui et ils font l’amour. Petit à petit ils deviennent amants à tel point qu’Alice se retrouve comme inéluctablement attirée par ces étreintes aux odeurs animales.

Jusqu’au 18 janvier de cette année là. Ce jour là, Evelyne Ducat disparait. Elle est la femme d’un grand propriétaire terrien qui a tâté de la politique. A partir de ce jour, Joseph lui a refusé l’accès à sa ferme. Entre sa culpabilité de tromper son mari et sa certitude que Joseph a tué Evelyne, elle va s’enfermer dans ces certitudes tout en sachant à en savoir plus, pour aider Joseph mais aussi pour retrouver son amant.

C’est à un roman choral que nous convie Colin Niel, et Dieu sait que c’est un exercice difficile. Il va donc y avoir cinq personnages qui vont nous raconter leur quotidien et pas forcément celui que l’on croit. Car la force d’un roman choral, c’est bien de nous montrer toute la subjectivité dont peuvent faire preuve les narrateurs, et cela marche à fond. Parce que le lecteur que je suis s’est fait embarquer comme un amateur dans cette histoire bien surprenante, jusqu’à la dernière ligne !

Si la première partie, racontée par Alice, se révèle la plus imprégnée de social, car Colin Niel nous montre comment les éleveurs vivent au jour le jour, c’est aussi l’une des parties les plus sensibles de ce roman. Car c’est dans cette partie que l’auteur va nous raconter toute l’histoire dramatique qui se déroule dans le causse, et nous allons avoir affaire à un formidable portrait de femme délaissée, abandonnée, seule et recherchant une étreinte, une raison de penser qu’elle est encore en vie.

Puis vient la partie de Joseph et toutes les certitudes que nous pouvions avoir auparavant tombent en miettes. La description du travail des éleveurs est minutieuse, rigoureuse et pour ce que j’en connais, réaliste. Le style s’adapte aussi au personnage, ce qui m’a permis de rentrer littéralement dans le personnage … mais c’est après que cela devient remarquablement vicieux.

Car on ne peut faire pendant plus de 220 pages un roman tournant autour de la disparition d’une jeune femme. Et c’est là que le talent de l’auteur déploie toute sa créativité pour nous balancer d’un autre coté qui n’a rien à voir avec les paysages désolés que nous avions arpentés auparavant. C’est la partie de Maribé, jeune femme citadine esseulée elle aussi. Puis re-changement de décor et nous partons pour l’Afrique avec Armand avant de clore de belle façon, de géniale façon avec Michel.

Entre polar social et polar psychologique, Colin Niel nous a concocté une intrigue à la fois surprenante et humaine, où chaque personnage souffre de solitude dans un monde qui se déshumanise et qui se virtualise, où chacun ne cherche finalement que l’amour, ou le regard de son prochain. Et en y ayant ajouté une intrigue tortueuse et surprenante, en ayant utilisé le format du roman choral pour mieux manipuler le lecteur, Colin Niel a fait de sa démonstration un grand moment, une grande réussite. On n’est pas près d’oublier ces personnages, ce qui est la preuve d’un grand roman.

Ne ratez pas ce billet publié chez Unwalkers et chez Jean Marc