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Le chouchou du mois de janvier 2017

On repart pour une nouvelle année. Alors permettez-moi de commencer par vous présenter mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année, que je vous souhaite remplie de lectures réjouissantes et passionnantes.

J’ai commencé l’année, en ce qui me concerne, avec une nouveauté pour le blog, à savoir un week-end consacré à une auteure que j’adore et qui écrit de formidables romans policiers, Elena Piacentini. J’aurais ainsi publié mes avis sur Carrières noires et son dernier en date Aux vents mauvais, et un petit billet sur les raisons pour lesquelles j’aime ce qu’écrit Elena Piacentini.

Pour continuer du coté des romans français, je ne peux que vous conseiller La maison de Nicolas Jaillet (Bragelonne Milady), un court roman à l’écriture subtile, sur une femme qui décide de tourner le dos à sa vie quotidienne emplie d’humiliations et de violences. Un roman magnifique.

Grace, entre autres à Jean-Marc d’Actudunoir, je serais parti à la découverte de Tueurs de flics de Frédéric Fajardie (La table ronde), un roman noir et social intemporel. Il faut profiter de cette réédition pour rendre hommage à ce grand auteur. Du coté des découvertes, Cabossé de Benoit Philippon (Gallimard), comme son nom l’indique va vous atteindre droit au cœur avec ses uppercuts et ses directs. Il n’est pas sur que vous finissiez dans un meilleur état que son personnage principal.

Toujours en France, dans le genre fantastique, je ne peux que vous conseiller Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris (Editions du Riez), d’un auteur trop injustement méconnu. Et pour ceux qui préfèrent l’humour féroce et politiquement incorrect, jetez vous sur Je m’appelle Requiem et je t’… de Stanislas Petrosky (Lajouanie) qui vous fera rire aux éclats.

Pour les plus jeunes, L’île du crâne d’Anthony Horowitz (Livre de poche) est un très bon roman d’aventures qui fera passer vos piou-pious par toutes les émotions du rire à l’angoisse, du mystère à l’action.

Avec L’affaire de la belle évaporée de JJ.Murphy (Baker Street), vous irez faire un voyage dans les années 20 aux Etats Unis, avec un roman policier à la fois drôle et énigmatique à souhait. Et si vous préférez les destinations plus lointaines, partez donc à la découverte de La mauvaise pente de Chris Womersley (J’ai Lu), d’un auteur qui pourrait bien être le petit génie de la littérature mondiale, aux cotés d’un Donald Ray Pollock par exemple.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Seules les bêtes de Colin Niel (Rouergue), pour ce roman choral à mi chemin entre roman social et intrigue en béton. C’est une allégorie sur la solitude dans notre société, quelque soit l’endroit du monde où on habite. C’est aussi un roman impressionnant de maîtrise qui mérite largement le titre de chouchou.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. Et d’ici-là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Seules les bêtes de Colin Niel

Editeur : Rouergue

Après avoir lu et grandement apprécié Les hamacs de carton, et Ce qui reste en forêt, et être passé à coté d’Obia (que j’ai mais pas encore ouvert), le quatrième roman de Colin Niel se passe chez nous, en France, alors que les précédents nous montraient un visage de la Guyane que nous n’avions pas l’habitude de voir. Pari risqué, pari réussi, ce roman est tout simplement fantastique.

Alice vit dans le causse, zone aride du Massif Central. Elle est mariée avec Michel et exerce le métier d’assistante sociale. Il faut dire qu’il y a de quoi faire, puisqu’elles sont cinq pour deux mille éleveurs, principalement de brebis. Tous les jours, elle arpente les routes pour visiter ces fermiers qui vivent isolés au milieu de leurs terres. Cela lui permet de leur prodiguer des conseils de tous ordres et surtout de leur apporter une présence humaine à ces hommes qui bien souvent habitent seuls.

Serait-ce l’habitude d’être seule toute la journée ? Ou bien, le fait que son mari s’éloigne d’elle ? Ou bien, est-ce la chaleur ? Alors qu’elle rend visite à Joseph, elle se jette sur lui et ils font l’amour. Petit à petit ils deviennent amants à tel point qu’Alice se retrouve comme inéluctablement attirée par ces étreintes aux odeurs animales.

Jusqu’au 18 janvier de cette année là. Ce jour là, Evelyne Ducat disparait. Elle est la femme d’un grand propriétaire terrien qui a tâté de la politique. A partir de ce jour, Joseph lui a refusé l’accès à sa ferme. Entre sa culpabilité de tromper son mari et sa certitude que Joseph a tué Evelyne, elle va s’enfermer dans ces certitudes tout en sachant à en savoir plus, pour aider Joseph mais aussi pour retrouver son amant.

C’est à un roman choral que nous convie Colin Niel, et Dieu sait que c’est un exercice difficile. Il va donc y avoir cinq personnages qui vont nous raconter leur quotidien et pas forcément celui que l’on croit. Car la force d’un roman choral, c’est bien de nous montrer toute la subjectivité dont peuvent faire preuve les narrateurs, et cela marche à fond. Parce que le lecteur que je suis s’est fait embarquer comme un amateur dans cette histoire bien surprenante, jusqu’à la dernière ligne !

Si la première partie, racontée par Alice, se révèle la plus imprégnée de social, car Colin Niel nous montre comment les éleveurs vivent au jour le jour, c’est aussi l’une des parties les plus sensibles de ce roman. Car c’est dans cette partie que l’auteur va nous raconter toute l’histoire dramatique qui se déroule dans le causse, et nous allons avoir affaire à un formidable portrait de femme délaissée, abandonnée, seule et recherchant une étreinte, une raison de penser qu’elle est encore en vie.

Puis vient la partie de Joseph et toutes les certitudes que nous pouvions avoir auparavant tombent en miettes. La description du travail des éleveurs est minutieuse, rigoureuse et pour ce que j’en connais, réaliste. Le style s’adapte aussi au personnage, ce qui m’a permis de rentrer littéralement dans le personnage … mais c’est après que cela devient remarquablement vicieux.

Car on ne peut faire pendant plus de 220 pages un roman tournant autour de la disparition d’une jeune femme. Et c’est là que le talent de l’auteur déploie toute sa créativité pour nous balancer d’un autre coté qui n’a rien à voir avec les paysages désolés que nous avions arpentés auparavant. C’est la partie de Maribé, jeune femme citadine esseulée elle aussi. Puis re-changement de décor et nous partons pour l’Afrique avec Armand avant de clore de belle façon, de géniale façon avec Michel.

Entre polar social et polar psychologique, Colin Niel nous a concocté une intrigue à la fois surprenante et humaine, où chaque personnage souffre de solitude dans un monde qui se déshumanise et qui se virtualise, où chacun ne cherche finalement que l’amour, ou le regard de son prochain. Et en y ayant ajouté une intrigue tortueuse et surprenante, en ayant utilisé le format du roman choral pour mieux manipuler le lecteur, Colin Niel a fait de sa démonstration un grand moment, une grande réussite. On n’est pas près d’oublier ces personnages, ce qui est la preuve d’un grand roman.

Ne ratez pas ce billet publié chez Unwalkers et chez Jean Marc

Ubac de Elisa Vix (Rouergue)

Depuis La nuit de l’accident et L’hexamètre du Quintilien, je dois dire que j’adore les petits polars de Elisa Vix, par sa façon de créer des intrigues simples, et pour autant stressantes au possible. Ubac est un excellent cru !

Estelle n’aime pas trop parler de son passé. C’est un peu pour cela qu’elle est venue se perdre dans une petite station des Alpes, Val Plaisir, située au pied du mont Ubac. Il faut dire qu’elle ne tient pas trop à évoquer sa jeunesse à la DDASS, abandonnée qu’elle fût par des parents alcooliques. Préparatrice de pharmacie, elle aurait pu passer inaperçue, jusqu’à ce que Jérémy, un jeune lyonnais, ne débarque pour reprendre le bowling du village.

Jérémy est le genre à plaire à tout le monde, toujours souriant, charmeur. Estelle qui n’a rien d’extraordinaire, va pourtant le séduire par sa retenue. Ils vont se plaire, s’aimer, se marier et avoir un enfant, une petite Lilas. Jérémy non plus ne parle pas de son passé, et Estelle, tout à son amour, ne lui pose pas de questions. Jusqu’à ce qu’il lui apprenne qu’il a une sœur jumelle nommée Nadia, et qu’elle va venir les voir après quatre années d’exil aux Etats Unis.

Nadia s’avère une jeune femme méfiante, timide, très proche de son frère. Au début, Estelle va faire des efforts, mais petit à petit, des faits étranges vont l’amener à se méfier de la nouvelle venue. Tout d’abord, alors qu’elle laisse Nadia donner le bain à Lilas, Estelle entend sa fille pleurer ; elle se précipite et trouve sa fille avec les cheveux mouillés et Nadia nie tout problème. Puis, ce sont tous les moments que Jérémy passe avec sa sœur plutôt qu’avec sa femme, allant même lui offrir une améthyste superbe. L’angoisse est à son summum quand lors du repas de Noel, Estelle voit sa fille jouer avec un coureau alors qu’elle était sure de l’avoir éloigné de sa main.

Quelle réussite que ce roman où Elisa Vix s’approprie le trio amoureux, en y mettant sa propre patte, celle d’une tension, d’une angoisse croissante. Et quoi de plus efficace que de prendre pour victime une petite fille de quelques mois, innocente, entre les mains d’une femme qui vient d’arriver et que l’on ne connait finalement pas si bien que cela ? Racontée à la première personne du singulier par Estelle elle-même, Elisa Vix se permet de faire monter le suspense doucement mais surement.

Malgré le fait que la scène soit occupée par les trois personnes du couple, les personnages secondaires, Claudine la pharmacienne et Fabien, l’ami et voisin, sont là pour à la fois faire relâcher un peu la pression mais aussi pour rajouter une pincée de suspense. Car une fois planté le décor, Elisa Vix passe à une guerre ouverte entre les deux femmes, Estelle et Nadia, mais elle insuffle aussi une once d’incertitude. Car à chaque chapitre, on se demande ce que cette auteure de grand talent va bien pouvoir nous inventer. Et on finit par douter de tout le monde. Car tout est moins simple qu’il n’y parait !

Avec son format court, 180 pages, le style est évidemment très efficace, mais pour autant il n’est pas dénué de sensibilité, d’émotion. On finit par vibrer avec Estelle, serrer les dents, sursauter lors des tempêtes, puis devenir froide comme la glace. Car, évidemment, cela se passe en hiver, dans un décor de neige immaculé, où seules se trouvent des traces de pas de loups. Car c’est bien une histoire de loups, de louves que nous offre Elisa Vix, acérées comme des canines.

Tout cela peut paraitre simple, facile à faire, mais c’est bien là tout le talent de cette auteure : savoir s’effacer derrière la force de son histoire, la véracité de ses personnages, la puissance des émotions véhiculées. Elisa Vix a écrit avec ce roman un roman fort, très fort, dont certaines scènes sont inoubliables, un excellent suspense.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude, de Smallthings, et Quatresansquatre

Sauve toi ! de Kelly Braffet (Rouergue noir)

S’il n’y avait pas eu le billet de l’ami Claude, je n’aurais probablement pas ouvert ce roman. Il y avait quelque chose dans la quatrième de couverture qui me laissait entrevoir un énième roman psychologique américain sans grand intérêt. Et j’ai bien fait de suivre le conseil de l’ami Claude. Car Sauve toi ! n’est pas un bon livre, ce n’est pas un très bon roman, c’est un excellent polar psychologique, qui flirte avec le roman noir, ou du moins l’analyse sociétale de l’Amérique profonde.

Dit comme ça, ça ne fait pas trop envie. Et pourtant, rien que le titre, qui est meilleur en français qu’en Anglais, le doute est jeté. Car on peut donner plusieurs sens à ce titre, on peut penser que les personnages veulent sauver leur peau de leur vie de tous les jours. Mais on peut aussi l’interpréter comme une volonté de sortir de ce quotidien miséreux, fait de routines. En Anglais, Save yourself manque de deuxième sens, du moins c’est mon avis.

Si je devais classer Sauve toi ! dans une catégorie, je le mettrai dans les romans noirs psychologiques. L’histoire tourne en effet autour de deux familles qui habitent Ratchetsburgh, une petite ville proche de Pittsburgh. Cette histoire ne comporte pas de super-héros, ni d’antihéros. Il met en valeur la vie quotidienne de gens normaux, qui doivent supporter leur routine.

La première famille est composée de Patrick et Mike Cusimano. Ces deux trentenaires vivent ensemble dans la maison familiale depuis que leur père John a été arrêté. En effet, après une soirée arrosée, John a écrasé un enfant en voiture, dans un état d’ébriété avancé. C’est Patrick qui a appelé la police à la suite de cet accident et il en porte toute la culpabilité dans son sang. Patrick n’aime pas la compagnie des gens ; c’est pourquoi il a accepté de travailler de nuit dans une station essence. Quant à Mike, depuis qu’il a amené Caro à la maison et qu’il vit avec elle, cela a calmé les ressentiments qu’il nourrit à l’égard de son frère.

La deuxième famille est celle du pasteur Jeff Elshere, qui prêche la bonne parole pour que les gens trouvent par eux-mêmes la voie du Bien. La fille ainée Layla est une adolescente en pleine rébellion contre cette bonne parole unilatérale et s’habille en gothique, en soulignant ses yeux de mascara noir. La cadette Verna est l’inverse de sa sœur ; elle ne veut pas se montrer outre mesure et est exemplaire dans son travail au lycée qu’elle vient d’intégrer. C’est la petite fille idéale et, comme un contre-coup, elle subit les harcèlements de ses camarades de classe.

Cette histoire commence avec la rencontre de Patrick et Layla. Tout le roman se base sur les oppositions, le Bien et le Mal, le Blanc et le Noir. Les deux familles sont chacune dos à dos, la famille maudite et la famille idéale. Mais à l’intérieur de ces familles, un élément fait tache d’huile. Patrick est l’homme bon et Layla le petit mouton noir. Et chacun, à leur façon sont tentés d’aller voir de l’autre coté de la ligne jaune. Patrick va succomber à la tentation et coucher avec Caro. Layla est irrésistiblement attirée par Patrick, si attachant, et est tentée de s’éloigner de son groupe gothique, qui prône la douleur comme préparation à la vie adulte qui les attend.

Il vaut mieux savoir qu’il n’y a aucune action dans ce roman, l’auteure basant tout sur l’analyse scrupuleuse de la vie quotidienne. Mais son style incroyablement précis et passionnant, hypnotique et subtil fait qu’elle arrive à rendre son roman irrésistible et surtout d’une tension incroyable. Car le stress va monter au fur et à mesure dans une scène finale d’anthologie. J’ai rarement lu un roman qui était aussi proche de ses personnages, comme si, avec une caméra sur l’épaule, l’auteure observait chaque grimace, chaque expression d’un visage, chaque respiration, chaque rire, chaque pleur.

Je pourrais vous dire de vous jeter sur ce livre et de vous laisser emporter par ces moments de vie incroyablement vivant. Et Dennis Lehane le dit bien mieux que moi sur le bandeau du livre : « Avec kelly Braffet, on est dans la vraie vie. Dévastateur comme un missile longue portée, Sauve toi ! est un thriller qui tire sa force de l’authenticité de ses personnage. Un électrochoc ». D’ailleurs, l’ami Claude lui a mis un coup de cœur ici. N’hésitez plus !

La nuit de l’accident de Elisa Vix (Rouergue noir)

Changement de décor dans l’œuvre de Elisa Vix, que j’avais découvert avec Rosa Mortalis, et son formidable personnage de flic Thierry Sauvage. Dans ce roman, l’auteure va fouiller les psychologies de personnages ruraux, du coté d’Aurillac. Epatant !

Dans un petit village du Cantal, Pierre est un agriculteur éleveur de vaches et autres animaux de basse cour. Son caractère taciturne et renfermé va tout de même plaire à Nat, une jeune stagiaire vétérinaire qui va l’aider à faire naitre un jeune veau. Le coté force tranquille et gentleman taiseux fait qu’ils vont rapidement faire l’amour et Nat va s’installer dans la ferme d’élevage de Pierre.

Quelque temps auparavant, un accident de voiture a bousculé la tranquillité de Pierre. La voiture s’est encastrée en bas, dans la Cèle une petite rivière qui basse en bas. Mais c’est une nuit dont il ne parle jamais. Pourtant des événements vont chambouler le rythme routinier de ce couple. Un étrange motard fonce sur les passants, le vétérinaire fait un chantage auprès de Nat pour obtenir ses faveurs en échange d’un contrat à durée indéterminée, et un mystérieux campeur fait son irruption dans un champ proche.

Alors que leur couple part à vau l’eau, Nat désirant un peu plus d’attention et Pierre étant obligé de suivre le rythme de ses vaches tout en restant toujours aussi mutique, la vie de la ferme va subir de nombreuses pressions en lien avec cet accident de voiture.

Ce roman est épatant, tant la forme et le fond s’allient parfaitement pour créer un roman noir qui est passionnant et qu’il est impossible de lâcher. Le scenario est indubitablement fort bien pensé et avance au rythme des pensées et des réactions des deux protagonistes principaux que sont Pierre et Nat. En effet, la narration avance au rythme des chapitres alternant la vision de Pierre puis celle de Nat. Cela permet de faire avancer doucement l’intrigue, de semer des pistes au long de l’histoire et surtout de cacher au lecteur le principal, c’est-à-dire le dénouement.

On a donc le droit à un chapitre de Pierre puis un chapitre de Nat en alternance comme si ils vivaient l’un à coté de l’autre sans vivre ensemble. Si le style est simple, c’est aussi parce que ces gens parlent peu et sont plutôt dans l’action, et c’est donc un bon point encore pour l’auteure. Et puis, il y a toute cette analyse psychologique, fouillée mais présentée de façon tellement subtile que l’on accroche et l’on a envie de savoir comment cela va se terminer.

Indéniablement Elisa Vix s’est fait plaisir à écrire cette histoire, mettant bout à bout ses petites briques, lentement, patiemment pour arriver à un résultat épatant, passionnant. On s’attachera forcément aux personnages, aux habitants de ce petits village, aux petites fêtes avec le bal du samedi soir, aux petits déjeuners taiseux, aux diners dans la petite cuisine alors que les yeux se ferment après une journée difficile à la ferme. Sans donner de détails sur les décors, c’est fou ce que Elisa Vix arrive à nous faire voir cette petite ferme.

Je vous le dis, un roman noir épatant, avec un sujet original, un décor original et de formidables personnages, ça ne se rate pas ! En prime, je vous donne quelques avis glanés sur la toile :

http://www.un-polar.com/article-la-nuit-de-l-accident-d-elisa-vix-104989212.html

http://www.polardeuse.com/article-la-nuit-de-l-accident-113199572.html

L’hexamètre de Quintilien de Elisa Vix (Rouergue Noir)

De Elisa Vix, j’ai lu La nuit de l’accident, un roman que j’ai bien aimé (et que je devrais chroniquer un de ces jours), et Rosa Mortalis qui m’a permis de faire connaissance avec son policier récurrent Thierry Sauvage. Ce roman est, comme La nuit de l’accident, un roman orphelin, un roman qui fait passer de fortes émotions. Le lieu unique de ce roman est un immeuble, et nous allons suivre l’intrigue à travers les témoignages des différents habitants. C’est donc un roman choral FORMIDABLE !

Dans un petit immeuble haut de quatre étages …

Lucie est journaliste free-lance, parce que free-lance, ça fait mieux que pigiste …

Pierre est médecin de nuit. Depuis la perte de sa femme, morte d’un cancer, il a des problèmes de conflits avec son fils adolescent Kevin …

Marco est gérant d’un Apple Store, c’est le playboy du coin …

Leila est une jeune mère qui doit élever ses deux enfants en bas âge, qu’elle a eu de deux pères différents …

Yanis, c’est le nom de l’enfant de Leila que les éboueurs retrouvent dans un sac poubelle, un sale matin. Il a reçu de violents coups à la tête.

Le commissaire Beethoven va enquêter sur ce meurtre.

Elisa Vix va tenter de répondre à cette question en utilisant l’hexamètre de Quintilien, qui est une série de questions qui doivent permettre à tout journaliste (et donc à nous même) de comprendre ce qui s’est passé. Les questions, au nombre de six sont : Qui ? Où ? Quoi ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

Ce roman est très fort, émotionnellement parlant. Parce qu’il touche une corde des plus sensibles (la mort d’un nourrisson), parce que le fait divers dont il est question est sordide (le corps est emballé dans un sac poubelle), parce que les personnages sont comme vous et moi. De Lucie qui cherche un sujet de reportage pour boucler ses fins de mois, de Pierre qui a du mal à concilier sa vie professionnelle et personnelle, de Kevin un adolescent qui a du mal à faire face à ses drames personnels, de Marco le dragueur sans vergogne, tous sonnent juste. Et même si Elisa Vix ne fait pas varier son style d’une personne à l’autre, elle écrit avec la simplicité des gens simples, communs. Et les faits qu’elle relate sont d’autant plus frappants.

Car le roman est fait de trois parties. La première relate à travers les yeux de chacun des protagonistes l’enquête relative à la découverte du petit corps. La commissaire Beethoven intervient peu, ponctuellement, mais malgré cela, cette partie se termine par une conclusion aberrante. La deuxième est plus calme, je dirai même que c’est le calme avant la tempête, puisque l’on y voit la vie des habitants de ce petit immeuble, les uns interagissant avec les autres, et on ne voit pas bien où l’auteure veut en venir. Mais c’était sans compter sur la conclusion et cette troisième partie terrible (et je pèse mes mots) qui vont en émouvoir et en horrifier plus d’un.

Vous l’avez compris, ce roman, bien qu’il possède une trame policière, un contexte de roman noir, s’avère un formidable roman choral dramatique, qui nous fait nous poser bien des questions après avoir tourné la dernière page dont celle-ci : Et nous, à leur place, qu’aurions nous fait ?

Ce qui reste en forêt de Colin Niel (Rouergue noir)

J’avais beaucoup apprécié le premier roman de Colin Niel, Les hamacs de carton, qui malgré une intrigue simple, nous faisait découvrir un nouveau personnage attachant, en la personne du capitaine Anato. Voici donc sa deuxième enquête.

En Guyane, à la station scientifique de Japigny, tout le monde est en émoi : le célèbre chercheur et responsable de la station Serge Heuerstein a disparu. Il est parti dans la jungle, probablement à la recherche d’une espèce animale ou végétale rare et n’est pas revenu. Or, dans ce milieu hostile, la survie d’un être humain ne dépasse pas la journée. Tous les scientifiques sont réquisitionnés, et la gendarmerie est prévenue.

Bizarrement, des coups contre un tronc d’arbre mettent les sauveteurs sur la piste du corps de l’éminent scientifique. Il est mort, retrouvé au fond d’une grotte. Le corps porte de nombreuses traces, et les questions fusent : est-il tombé ? A-t-il été torturé ? Peut-être s’est-il trop approché d’un camp d’orpailleurs ? En effet, dans les forêts guyanaises vivent plusieurs milliers de personnes, en situation clandestines, recherchant l’or jaune, des pépites d’or.

Le capitaine Anato va mener l’enquête, aidé en cela par les lieutenants Vacaresse et Girbal. Et la situation ne va pas être facile pour le capitaine car bien vite, de nombreuses pistes s’offrent à lui : Les orpailleurs, jalousie scientifique ou juste drame conjugal. La résolution de l’enquête va être bien difficile et totalement inattendue.

Nous retrouvons avec grand plaisir le capitaine Anato, que nous avions rencontré lors d’une première enquête et qui constituait le premier roman de Colin Niel. Ce personnage, fort prometteur, droit et honnête, est en fait quelqu’un qui a été élevé en métropole et qui est revenu dans sa contrée natale à la suite de la mort de ses parents dans un accident de voiture. S’il est rare de voir un homme de couleur à la tête de la gendarmerie, s’était porté sur lui aussi bien pour ses compétences que pour des raisons politiques. Dans cette enquête, le voile sur le passé de ses parents ne se lève pas, il semble même s’épaissir alors qu’il apprend (par oui dire) qu’il aurait peut-être un demi-frère. Voilà donc de quoi perturber notre capitaine si professionnel et distant vis-à-vis de ses hommes.

Dans ce roman, on retrouve tout ce qui faisait le charme du premier tome, à savoir cette Guyane, et alors que nous avions découvert la ville, nous voici en partie plongé dans la forêt amazonienne, en partie seulement puisque c’est le lieutenant Vacaresse qui est envoyé sur place. Et ceux qui regrettaient que l’intrigue soit légère dans Les hamacs de carton vont en avoir pour leur grade. Colin Niel a soigné son intrigue, ses fausses pistes, ses tiroirs vides, ses pistes potentielles. Sans pour autant perdre son lecteur, car Colin Niel est bigrement doué pour raconter une histoire, il écrit avec Ce qui reste en forêt un très bon roman policier.

Excellent quand il s’agit de parler des terres vierges, excellent quand il s’agit de décrire au plus prêt ses personnages, excellent aussi dans ses dialogues, ce roman policier est un excellent cru à propos duquel on se dit qu’il va encore mieux faire dans le prochain. Bref, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce roman et je serai au rendez vous du prochain. Et n’oubliez pas : Ce qui se passe dans la forêt, reste en forêt.