Archives du mot-clé Rouge-Sang éditions

L’échiquier d’Howard Gray de Florent Marotta (Rouge Sang)

Que voilà un premier roman alléchant, que voilà un polar attrayant. Même si on peut y trouver quelques défauts, L’échiquier d’Howard Gray est un roman dans lequel on prend plaisir à suivre les aventures de Gino Paradio.

Gino Paradio est un ancien flic, qui a vu ses parents exécutés et qui a été viré de la police peu de temps après. Il s’est donc reconverti en détective privé, ou du moins comme il aime se faire appeler : agent de recherche privé. Alors, il passe ses journées à contenter les maris cocus en suivant les femmes infidèles, mais il garde toujours au fond de lui cette rage : celle de retrouver les assassins de ses parents et de les faire payer, et en particulier de retrouver et de tuer Sentino.

C’est là que débarque Arthy, son ancien pote pour lui proposer une affaire. Depuis l’attentat à la bombe dans le métro à la station Bastille, Racheed Al’Wesan, Iranien de nationalité, fait office d’ennemi public numéro Un. Pour ce faire, Arthy lui fournit les dossiers et les photos disponibles. Gino commence par les taches rébarbatives, mais arrive vite dans une impasse … jusqu’à ce qu’il accepte un diner chez sa concierge.

Fabienne lui fait un menu dont elle a le secret et ils en viennent à parler de l’affaire Al’Wesan. En regardant les photos, elle note au second plan de l’une d’elles, un panneau indiquant l’A10. En suivant cette piste, Gino débarque à coté de Rambouillet, et il apprend que l’homme de la photo ressemble comme deux gouttes d’eau à Mourad Alhami. Aidé par son ami Wired, un craker informatique, il va se lancer dans une aventure qui va très vite le dépasser.

Et vous allez me dire : « Et Howard Gray, dans tout ça ? ». Eh bien, il va vous falloir attendre la moitié du bouquin pour savoir qui il est. Et pour comprendre tout le pourquoi de cette machination infernale, il vous faudra patienter jusqu’à la fin … encore que le dernier chapitre vous réservera un retournement de situation fort bien trouvé. Car l’une des grandes qualités de ce roman est bien la maitrise de l’intrigue.

Mais commençons par les personnages : j’étais au début dubitatif comme à chaque fois que je suis confronté à quelqu’un qui veut se faire justice lui-même. Et si on prend plaisir à suivre Gino, on n’est pas là pour éprouver de la sympathie pour lui. Si sa soif de vengeance le motive, l’auteur a plutôt tendance à en rajouter un peu trop, à mon gout. Par contre, les deux autres personnages sont plus convaincants et ne sont pas laissés de coté, faisant partie intégrante des événements.

En fait, le début du roman, où seul Gino est au centre de la scène, m’a paru longuet, bavard mais dès que les deux autres personnages entrent en scène, le rythme s’élève et le plaisir de suivre les événements est au rendez vous. Cela se voit d’ailleurs par la taille des chapitres qui passent de 40 à 20 pages. Bref, outre ce petit défaut, je dois dire que j’ai été épaté par le scenario, et surtout par la façon que Florent Marotta a de nous amener à la scène finale.

Et je peux vous dire que la scène à l’assemblée nationale vaut le coup, et rien que pour elle, ce roman vaut le coup d’être acheté. Quand on ajoute à cela, un dernier chapitre tout simplement renversant et bigrement bien trouvé, ce roman s’avère un bon divertissement voire plus. Cet auteur s’avère un très bon inventeur d’histoire, sachant à la fois maitriser ses personnages, sa narration, son intrigue et ses dialogues. Je vous le dis : on va en entendre parler de ce nouvel auteur. Retenez bien son nom : Florent Marotta.

In fine de Stéphane Nolhart (Rouge Sang éditions)

Quatrième de couverture :

La Mort est dans notre imaginaire la seule inconnue dont nous ne pouvons refuser l’étreinte quand elle le désire. Mais que savons‑nous d’elle ? Rien ou presque.

Cette confession exclusive révèle au monde ce qu’aucun historien, ni chercheur, ni médecin n’a jamais pu dévoiler : la Mort a un nom ! Catule, de sexe masculin et fan des Beatles.

Catule la Mort déprime. Il se sent mal‑aimé par l’humanité, supplanté dans le cœur des hommes par la médecine et ses rêves grotesques de vie éternelle. Alors, la Mort décide de se mettre en grève et d’organiser une sensationnelle opération de communication planétaire pour instaurer un monde où il sera enfin reconnu d’utilité publique, adulé comme une Star.

« C’est la gloire, les lauriers et les applaudissements ou je débraye. »

Citation

Catule la Mort (Officiel) : « Mourir est la dernière chose à faire. Lol. »

Mon avis :

On démarre cette lecture sans trop savoir à quoi on a affaire. Et on se retrouve en face de Catule La Mort, une entité finalement très humaine qui en a marre d’être si mal considéré. Qu’on l’imagine homme ou femme, il (ou elle) demande une certaine forme de reconnaissance. Alors, pour faire entendre sa voix, elle décide de faire grève, un sport très national, qui va poser vite de nombreux problèmes.

Imaginez qu’à partir de 80 ans, plus personne ne puisse mourir. Cela créé ce que les media, qui adorent mettre des étiquettes idiotes sur tout ce qui bouge, une catégorie de gens que l’on va surnommer Les Immourables. Et quand les vieux ne meurent plus, cela créé une crise économique … entre autres.

Si le sujet et le début de ce roman peuvent étonner, je dois dire que, pour peu que l’on apprécie l’humour noir, ce roman est un régal, ne serait-ce que parce qu’il avance avec une logique incontournable. A partir d’un sujet original, l’auteur regarde tous les aspects de l’autre coté de la lorgnette. Et c’est un livre que ne renierait pas un Pierre Desproges, par exemple. Car le cynisme y côtoie joyeusement le burlesque voire l’absurde.

Et tous les pays y passent, des Etats Unis avec la faillite des fonds de pension ou l’extrême orient, toutes les religions passent au crible. Cela permet au roman de toucher tous les travers de notre société, gentiment mais avec un ton acerbe fort jouissif … pour peu que l’on aime l’humour noir. Ça tombe bien, j’aime ! Je vous garantis que quand Catule fait appel à Maître Vergès pour gérer sa communication, cela vaut son pesant de cacahuètes !

Pour obtenir ce morceau d’humour noir, c’est ici, sur le site de Rouge Sang

Voilà l’aurore de Damien Ruzé (Rouge Sang éditions)

J’avais énormément aimé son premier roman Fin d’Amérique pour son écriture et la maitrise de son intrigue. Changement de registre et de ton avec ce roman, portrait d’un voleur de voiture, trajectoire et chute d’un raté.

4ème de couverture :

Après dix-huit mois derrière les barreaux, Stan retrouve simultanément la liberté et la capacité de lâcher la bride à son ambition démesurée. Objectif : prendre du galon, tracer son chemin dans le cercle très fermé des truands patentés, grimper dans la hiérarchie de l’illégalité. Seulement gaffe, hors de question de retomber. Fini l’amateurisme et les comparses branquignollés. Terminé. Durant son séjour au frais, Stan a accouché d’une pure idée, lumineuse, imparable, un truc à breveter. Il va l’appliquer. Seul contre tous. Déterminé. Et tandis qu’au plus profond des bois de la Sologne se déploient les joutes de la folie et de la cruauté, le destin – cet insatiable joueur de dés – va exaucer le fraîchement relaxé, plaçant sur son chemin un cartel d’individus à l’abyssale dangerosité.

Mon avis :

Stan est un jeune qui vient de faire dix huit mois de prison. Il ne veut plus y retourner, mais pour cela, il lui faut réaliser LE gros coup. Voleur de voiture, il a un truc infaillible. Cibler la boite ou le restaurant de luxe qui a un parking plein ou pas de parking. Le voiturier est alors obligé de garer la voiture dans la rue, à trois ou quatre minutes de là. C’est amplement suffisant pour prendre sa place et s’approprier une voiture comme il en a toujours rêvé ! Ce jour là, c’est une BMW qu’il emprunte. Même le bébé sur le siège arrière ne le désarçonne pas, il le laisse à l’abribus suivant. Son fourgue va alors le mettre sur le coup dont il rêvait.

Ecrit à la troisième personne du singulier, avec des bouts de phrases, ce roman dopé à l’adrénaline … voire plus, nous fait galoper de Paris à la Sologne pour suivre le parcours d’un jeune délinquant dont la destinée est déjà écrite. On n’a pas le temps de respirer, on suit ces morceaux de mots au rythme de sa course effrénée vers son rêve, qui pourrait bien devenir un cauchemar.

A peine a-t-on le temps de respirer quand apparait au milieu du livre le commissaire Bohr, obsédé de films pornographiques en tous genres, ou Sawn, le boss qui va leur dégotter une bagnole à quatre cent mille euros à sortir d’un garage protégé par une combinaison, le lecteur cout, de rues en rues, à en perdre haleine.

Et même si parfois Damien Ruzé prend de l’avance, pas beaucoup, juste quelques dizaines de mètres, avec son style haché dans des paragraphes un peu trop long, il nous rattrape, nous prend par le col de la veste pour nous pousser à poursuivre l’aventure. Vous avez intérêt à avoir du souffle avant d’entamer cette course poursuite après nulle part, ce bon roman sait où il vous emmène et ça va vite !

Vous pouvez trouver tous les renseignements concernant le livre et son achat sur le site des éditions Rouge-sang : http://www.rouge-sang-editions.com/livres/voila-laurore/

Haut le chœur de Gaëlle Perrin-Guillet (Rouge Sang)

Ce thriller se situe un peu en marge de mes lectures, au sens où je lis rarement de romans sur les serial-killers. Mais cela faisait longtemps que j’espérais un roman où on poursuivrait un tueur sur le territoire français. Gaëlle Perrin-Guillet prend toutes les recettes que les Anglo-saxons maitrisent sur le bout des doigts mais y apporte sa petite touche. Au final, ce roman est une franche réussite, puisqu’il m’aura suffi de deux petits jours pour avaler ses 275 pages.

Chambéry, de nos jours. Alix Flament n’arrive décidément pas à mettre la dernière touche à son article, sur un homme politique embringué dans une affaire de mœurs. Jusqu’au moment où le téléphone retentit. Au bout du fil, Eloane Frezet … qui vient de s’échapper de sa prison en simulant un malaise.

Elle fut une grande journaliste des affaires criminelles retentissantes jusqu’à ce qu’il y a six ans, sa vie bascule dans l’horreur avec le cas Eloane Frezet, la pire serial killer que la France ait connu. Elle avait à l’époque interviewé la tueuse, en avait tiré un livre d’entretiens qui était sorti juste au moment où Eloane demandait sa libération pour bonne conduite. Celle-ci fut refusée et Eloane jura de se venger.

L’ambulance sensée emmener Eloane à l’hôpital est retrouvée sur le bord de la route. A son bord, tous les passagers sont morts égorgés, et Eloane manque à l’appel. Le lieutenant de police Ruiz, aidé de la journaliste et d’une profileuse vont entamer une course poursuite pour éviter que le carnage ne recommence.

Ce roman est conçu comme une course poursuite, donc le mot d’ordre est la célérité de l’intrigue. On n’a effectivement pas le temps de prendre son souffle, ça va à une rapidité folle, surtout grâce au style franc et direct de l’auteure. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé sa façon d’écrire qui allie l’efficacité à des dialogues qui vont au plus juste, qui sonnent vrais. J’ai été aussi très surpris de sa facilité à faire agir plusieurs personnages, entre Alix, Eloane, Ruiz et Camille, même si les personnages qui sont au premier plan sont Alix et Ruiz.

L’autre chose que j’ai adoré, ce sont les extraits du roman que Alix a écrit sur ses entretiens avec Eloane, qui sont d’une justesse folle, à tel point que l’on a réellement l’impression d’assister à cette joute entre deux personnages se livrant un duel. J’ai pris un énorme plaisir à lire ce roman, qui vient titiller les anglo-saxons sur leur terrain tout en ayant sa propre identité. A noter aussi qu’il n’y a aucune scène sanguinolente !

Je me permettrai juste de faire deux ou trois remarques : la première, c’est que le roman est court car ça se lit vite, et du coup, on regrette qu’il n’y ait pas quelques dizaines de pages de plus. Ensuite, les personnages mériteraient un peu plus de profondeur, surtout les seconds rôles. Enfin, l’intrigue est simple, et cela ne peut laisser augurer que du meilleur pour le futur. Vivement le prochain !

Ce livre existe en format papier et numérique. Toutes les informations sont à aller chercher sur le site de Rouge Sang éditions

Métier de chien de Marc Louboutin (Rouge Sang éditions)

Habituellement, je ne chronique que des romans. Et pourtant, ce livre, qui est un témoignage, vaut le détour voire plus, par son aspect direct et sa volonté de montrer la vérité du métier de policier.

L’auteur :

L’auteur se présente ainsi sur le site des éditions Rouge Sang : Quinquagénaire résolument misanthrope.

CV express 1976/2013 : commis de cuisine, animateur de centres de vacances, sous-lieutenant d’infanterie, inspecteur puis lieutenant de police (1984-2001), compétiteur d’épreuves extrêmes d’endurance, reporter-photographe, directeur de rédactions, gérant de société de presse, sdf, barman-videur de nuit, chef d’équipe dans le bâtiment, consultant en sécurité publique, auteur.

Quatrième de couverture :

Depuis des années, la sécurité publique est sur toutes les lèvres, notamment celles des responsables politiques, de droite comme de gauche. Pourtant, pour chaque policier de terrain une évidence s’impose : les discours, les articles de presse, et leurs commentateurs ignorent volontairement la réalité de leur métier.

Marc Louboutin a été inspecteur puis lieutenant de police durant dix-sept ans. À Paris, Chambéry et Quimper, il a fait partie, ou a encadré, de nombreux types d’unités de police. En 2001, constatant que l’administration lui demandait explicitement de ne plus se focaliser sur l’interpellation de délinquants, fussent-ils criminels, il a claqué la porte.

Ce récit, parfois très cru, est celui de sa carrière, sans concession envers les faits ni envers lui-même. C’est l’expérience vécue d’une partie de l’histoire des Inspecteurs de police, aujourd’hui disparus, au-delà des fictions de cinéma.

L’histoire d’une vocation devenue un dégoût avec l’arrivée de la police « moderne » au début des années 2000, celle dans laquelle, aujourd’hui, des « flics de terrain » tentent toujours de surnager.

Mon avis :

Ce livre a été publié une première fois en 2007. A la suite d’une émission télévisée, le livre a été censuré, sous prétexte qu’il pourrait attenter à la fonction de la police. On peut bien se demander pourquoi, puisque ce livre ne m’a pas semblé être un brûlot ou une dénonciation. Il s’agit plutôt d’un témoignage d’un homme, qui fut passionné par son travail, qui était de rendre service à la population, et de ses désillusions.

Dès le début du roman, l’auteur nous prend par la main voire nous prend par la peau du cou pour nous montrer sans état d’âme et sans tabou de la réalité du terrain, et de la façon dont il l’a vécu et ressenti. Et Marc Louboutin va nous détailler ses dix sept années de vie dans la Grande Maison par le menu, en commençant par la formation à l’école de police de Montereau jusqu’aux différents postes qu’il va occuper.

L’auteur va donc nous détailler de nombreuses affaires, qu’il a prises en charge ou auxquelles il a participé, pour démontrer son propos, mais surtout pour nous immerger dans un monde qui nous est finalement très étranger. Entre chaque affaire, il s’adresse au lecteur, le tutoie, le prend à partie, sans forcément prendre de gants. Ces passages, imprimés en italique, peuvent faire penser à des redites alors qu’en réalité, elles constituent un lien pour tout ce qui du propos général du livre.

Car ce qui retient l’attention, et ce qui finit par être passionnant, c’est cette façon de rendre l’ensemble d’une grande cohérence. Le fait que tout soit remarquablement écrit, formidablement bien introduit, fait que l’on suit ce livre, on tourne les pages, et qu’on le reprend avec plaisir, car on a l’impression de côtoyer quelqu’un qui a beaucoup de choses à nous apprendre.

Alors, tout ne va pas être rose, loin de là. Des scènes vont être crues, des passages détaillés de façon très sale et réaliste, on va passer en revue tous les types d’affaires possibles et imaginables, des petites affaires de braquage aux simples vols de mobylettes, des putes aux consommateurs de drogue, des affaires de meurtres aux suicides. Mais ce qui ressort de tout cela, ce sont les exigences liées à ce métier qui sont énormes …

Car on est flic 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Il n’y a pas de juste milieu, pas de temps mort, pas de week-end, pas de jours fériés. De même, on ne peut envisager de vie privé, ou bien cela se termine rapidement par un divorce. Et quand on travaille dans un milieu sale, on rencontre forcément des gens sales. Il ressort de ce livre que les policiers doivent avoir un mental blindé pour faire ce métier, alors qu’ils ne sont peut-être pas formés ou recrutés avec ce profil.

Ce livre est avant tout un témoignage mais c’est aussi et surtout l’histoire d’un homme passionné par son métier qui s’est trouvé désavoué, trahi par ses hiérarchies. La course des hommes politiques aux chiffres font que Marc Louboutin a vu un changement dans les objectifs fixés par ses chefs. Il devenait plus important que faire du chiffre que de résoudre des affaires importantes qui auraient permis de remplir la fonction réelle de la police. En ce sens, ce livre prend son importance et permet au lecteur de se rendre compte que personne n’est tout blanc ou tout noir et que la réalité du terrain, la sécurité des gens, n’est peut-être pas la priorité de tout le monde. Lisez ce livre, car sa lecture est importante et fort passionnante.

Vous pouvez commander ce livre sur le site des éditions Rouge-Sang ici : http://www.rouge-sang-editions.com/livres/metier-de-chien/