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Zippo de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

Attention, coup de cœur !

Après Par les rafales, son précédent et premier roman, qui démontrait une plume rare de poésie, Valentine Imhof se lance dans le thriller. Pour autant, il est bien plus que cela tant ce roman est brillant.

Clic ! Clic ! Clic ! Le bruit de son briquet Zippo est entêtant mais le calme, dans ce bar au nom étrange : Le Y-Not II. Il l’attend, Elle, Eva, celle qui l’a fait chavirer et qu’il cherche sans relâche. Il l’aperçoit, ou croit l’apercevoir et il chancelle. Il s’approche, lui offre un verre, puis sortent marcher dans le parc. Elle s’assoit (Clic !) et est surprise par le bruit. Elle tourne sa tête vers lui et son regard lui montre qu’il s’est encore trompé. Il sort sa flasque d’essence, l’asperge, surtout sur le visage et Clic ! Prometheus.

Eva l’a connu alors qu’elle était adolescente. Elle lui trouvait une laideur fascinante, une tristesse irrésistible ; son visage marqué l’a tout de suite attirée. Ils ont dansé, comme s’ils étaient seuls au monde sur un rock des années 50. Elle l’a suivi jusqu’à un perron puis un premier baiser les a réunis. C’était leur première rencontre. Leur dernière a commencé de la même façon, et s’est terminée par la mort de sa sœur, calcinée dans une voiture.

La lieutenant Mia Larström vient de débarquer au poste de police de Milwaukee avec un dossier en béton. Elle est convoquée sur le lieu d’un crime : une jeune femme à moitié brûlée sur un banc. Ce n’est pas une première pour elle. Son binôme, le lieutenant Peter « Casanova » McNamara est en retard, comme d’habitude. Il va encore la seriner avec ses aventures sexuelles, lui raconter comment il a fait hurler toute la nuit sa conquête d’un soir. Leur équipe ressemble à un mélange de feu et de glace.

Le début de ce roman ressemble à s’y méprendre à un thriller, et l’enquête, bien complexe, se révèle ardue pour nos deux enquêteurs. Les chapitres, très courts, vont s’enchaîner en passant d’un personnage à l’autre. Il n’y a aucun repère en tête de chapitre pour indiquer lequel est au centre du chapitre et pourtant, on n’est jamais perdu. La magie du talent de Valentine Imhof commence …

Parce que, petit à petit, l’auteure va lever le voile, non pas sur l’intrigue, puisque l’on va rapidement comprendre de quoi il retourne, mais sur les personnages. Petit à petit, Valentine Imhof va gratter le vernis qui cache la psychologie de chacun d’eux, et révéler leur passé et les cicatrices qui en découlent, leurs blessures comme des tatouages indélébiles, ineffaçables, ces moments qui marquent une vie à jamais.

De ces personnages que l’on aura bien du mal à oublier, on se rendra compte que rien n’est aussi simple, qu’aucun d’entre eux n’est ni blanc, ni noir, ni gris. Ils sont un mélange de toutes les couleurs, pour donner un résultat indéfini, poussés par leur motivation propre. Et plus on s’enfonce dans le roman, plus le nombre de personnages augmente, et ils sont tous décrits avec la même acuité, la même justesse.

Valentine Imhof va donc nous plonger dans les abîmes de l’âme, et nous plonger dans un décor de douleur. Rapidement, on se retrouve dans un monde BDSM, et le décor est à l’image des personnages, une descente aux enfers comme une recherche du plaisir, la douleur comme un cri d’extase, non pas pour oublier le passé, mais pour se rechercher soi, sa vraie personnalité.

Valentine Imhof met aussi son style au service de son histoire, poétique et noir, agrémenté par une bande-son sans fautes (merci d’avoir cité Joy Division et d’avoir déterré My Bloody Valentine !). Il y a une vraie rage dans son écriture, de sa plume coule une lave incandescente qu’elle déverse sur chaque ligne. Ses phrases sont éclairées, lumineuses, éblouissantes et emplie de tant de noirceur, jusqu’au dénouement final extraordinaire, sans rédemption, sans espoir, noir opaque. Énorme ! Un brûlant roman à classer juste à côté de Versus d’Antoine Chainas.

Je vous le dis, coup de cœur !

Janvier noir d’Alan Parks

Editeur : Rivages

Traducteur : Olivier Deparis

J’étais passé au travers de ce roman, qui était pourtant un premier roman fortement conseillé par Velda et Claude. Mon ami Richard m’a rattrapé au bond en le qualifiant pour les finalistes du Grand Prix Du Balai de la Découverte.

Harry McCoy est demandé à la prison de Glasgow à la demande d’un prisonnier, qu’il connait pour avoir participé à son arrestation. Il n’a aucune idée de la raison pour laquelle il lui a demandé de venir. Et il est très surpris d’apprendre de la bouche d’un prisonnier qu’une jeune fille va être assassinée. Il ne connait que son prénom, Lorna et sait qu’elle travaille dans un restaurant de luxe. McCoy ne prend pas cela bien au sérieux et va passer la soirée avec une jeune prostituée Janey.

Le lendemain, il décide tout de même de chercher cette Lorna, et découvre rapidement où elle travaille, où elle habite, mais ne la trouve pas. C’est devant la gare routière qu’il la trouve, menacée par un jeune homme, qui sans hésiter, la tue avant de retourner l’arme contre lui. Pour Murray, le chef de McCoy, l’affaire est claire : une femme s’est fait tuer par un homme qui s’est suicidé. Mais pourquoi ?

McCoy, réputé pour sa persévérance, va mener son enquête et découvrir que Lorna Skirving était bien serveuse au Malmaison, mais elle profitait de ce poste pour se prostituer auprès de la clientèle riche, afin d’arrondir ses fins de mois. L’autopsie démontre même qu’elle avait subi des coups, ce qui fait penser à des relations sado-maso. Quand l’indic en prison se fait égorger dans les douches, la langue coupée, McCoy part en croisade …

Dès les premières pages, on sait que l’on est dans un roman anglo-saxon. Dès les premières pages on sait que l’on est dans un très bon roman. Dès les premières pages, on sait que l’on va en prendre plein la tête. Car on est jeté dans le bain dès les premières pages et le bain n’est pas vraiment chaud ni accueillant. Si le début est surprenant, bien vite, le décor est bien glauque et les événements bien crades.

Le personnage central McCoy est imposant, charismatique et c’est le genre de personnage que l’on vet absolument retrouver. Son passé va au fil des pages nous être révélé : sa mère est morte tôt, son père est violent, il a connu une enfance dans des centres sociaux, maltraité mais toujours protégé par Stevie Cooper, son meilleur ami. Aujourd’hui, avec 30 années au compteur, il est le mentor du tout jeune inspecteur Watson, dit Wattie, et marine sa haine envers le clan Dunlop, les ultra-riches de Glasgow qui se croient tout permis.

Tout y est bien fait dans ce roman, à tel point que l’on a des difficultés à croire que ce n’est qu’un premier roman. Tout y est aussi un peu classique, entre l’inspecteur cassé par la vie, son penchant et ses liens avec le côté obscur, le combat des pauvres contre les riches, la corruption de la police et des flics. Mais cela est bigrement bien fait, avec cette sensation que l’auteur improvise, se contente de suivre son personnage principal partout où il l’emmène.

Alors, on se passionne pour ce roman, pour cet univers infernal, ce Glasgow noir et sanglant, avec au milieu un personnage humain, avec ses qualités et ses faiblesses. Car ce McCoy est terriblement attachant et l’on n’a qu’une envie : le retrouver dans une prochaine aventure. Ça tombe bien : February’s son est sorti en Angleterre cette année. Nul doute qu’on le retrouve chez nous l’année prochaine. Et je serai au rendez-vous.

Ne ratez pas l’avis de Velda, et Yan

Luc Mandoline, épisodes 5 et 6

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les quatre titres passés en revue sont :

Harpicide de Michel Vigneron

Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Voici donc les épisodes 5 et 6 :

 Anvers et damnation

Anvers et damnation de Maxime Gillio :

Quatrième de couverture :

Et si DSK avait été tué dans une chambre d’hôtel ? Et si cet hôtel se trouvait en Belgique et non à New York ? Et si ce n’était pas le FBI qui enquêtait, mais Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, le thanatopracteur préféré de ces dames ? Et si les pages de ce roman dégoulinaient de sueur, de sang et d’humour noir, vous le liriez, vous ? Oui ? Alors qu’est-ce que vous attendez ?

« En Belgique, il n’y a pas que les canaux que l’on retrouve pendus »

Mon avis :

Alors que cela démarre sur des chapeaux de roue, avec beaucoup d’humour à la clé, cette enquête qui prend comme prétexte l’assassinat d’un candidat aux présidentielles, se transforme rapidement en excellent polar musclé. Mandoline et son compère Sullivan vont se retrouver en Belgique aux prises avec un mystère bien sombre, et faire une incursion dans le monde de la prostitution.

Avec un mélange savamment dosé d’action, de sexe et de violence, Maxime Gillio que je découvre pour l’occasion s’avère être un auteur de grand talent, sachant poser ses mines pour mieux nous surprendre à la fin. Avec ce polar formidablement bien mené, Maxime Gillio a écrit un des meilleurs numéros de cette série avec Ainsi fut-il d’Hervé Sard. En tous cas, c’est un polar immanquable, du divertissement haut de gamme.

Label N

Le label N de Jess Kaan :

Quatrième de couverture :

Quand Luc Mandoline est appelé pour un remplacement dans le Pas-de-Calais, il ne se doute pas que ce qui l’attend est encore plus noir que le charbon des houillères d’Auchel.

Ce n’est pas au fond de la mine qu’il va descendre, mais dans les arcanes d’une organisation secrète aux vieux relents de race supérieure.

Manipulation génétique, lavage de cerveau, sexe et trahisons… Pour sa première incursion dans le milieu du polar, Jess Kaan réunit tous les ingrédients d’un vrai tour de force.

« Terril en la demeure »

Mon avis :

Pourtant, Luc Mandoline, en débarquant dans le Nord, avait décidé de rester calme. Pourtant, il n’y avait rien, dans cet accident de voiture, qui augurerait qu’il allait être confronté à des hommes plus ignobles les uns que les autres. Et pourtant, nous voici aux commandes d’un livre qui mêle action et suspense et qui se lit comme on monte les œufs en neige : ça démarre doucement, les personnages se mettent en place ; puis le blanc commence à apparaitre et Luc et Sullivan entrent en scène ; Puis ça commence à avoir de la consistance et Arlock arrive. Enfin, feu d’artifice final, les œufs sont bien durs et ils s’en sortent … comme d’habitude.

Plongé dans le monde du Sadisme, Luc va avoir à faire avec un personnage terrible, probablement le plus terrible qu’il ait eu à rencontrer à ce jour. On va trouver dans ce roman de l’action et du sexe cru, violent. Et si la place est donnée au suspense plus qu’à la psychologie, cela donne un polar sympathique à ne pas mettre entre toutes les mains tout de même. Un polar pour adultes quoi !

Le maitre des nœuds de Massimo Carlotto (Métaillié)

Je me fais un petit plaisir personnel à vous présenter ce roman, car Massimo Carlotto est un de mes auteurs italiens favoris. Et ce sera aussi votre cas quand vous aurez lu Rien, plus rien au monde ou L’immense obscurité de la mort. Bienvenue dans la noirceur de Carlotto.

L’auteur :

Carlotto a été au centre de l’une des affaires judiciaires les plus controversées de l’histoire contemporaine italienne.

Le 20 janvier 1976, une étudiante de vingt-cinq ans, Margherita Magello, est retrouvée morte à son domicile, assassinée par 59 coups de couteau. Massimo Carlotto, étudiant de dix-neuf ans et militant de Lotta Continua, découvre par hasard la victime, ensanglantée et mourante, et se rend chez les Carabiniers pour les avertir; il est alors arrêté et accusé d’homicide.

Au cours du premier procès, il est acquitté pour insuffisance de preuves par la Cour d’assises de Padoue, mais est condamné à 18 ans de réclusion par la Cour d’Appel de Venise, et la peine est confirmée par la Cour de cassation, en 1982. Il s’enfuit alors, d’abord en France puis à Mexico, mais après trois années de fuite il est capturé par la police mexicaine et renvoyé en Italie.

En 1989 la Cour de cassation ordonne la révision du procès, et renvoie les acteurs à la cour d’Appel de Venise, qui le 22 décembre 1990 soulève la question de la légitimité constitutionnelle : la sentence de la Cour Constitutionnelle italienne arrive le 5 juillet 1991, mais entre temps le président du Conseil de remise de peine est parti à la retraite, ce qui nécessite un second procès, au cours duquel Carlotto est condamné à 16 ans de prison.

L’opinion publique prend le parti de Carlotto, et en 1993 le Président de la République italienne Oscar Luigi Scalfaro lui accorde la grâce.

(Source Wikipedia)

Découvert par le critique et écrivain Grazia Cherchi, il a fait son entrée sur la scène littéraire en 1995 avec le roman Il fuggiasco (Le Fugitif, non traduit en français), publié par les éditions E/O, qui a obtenu le prix Giovedì en 1996. Depuis, il a écrit quinze autres romans, des livres pour enfants, des romans graphiques et des nouvelles publiées dans des anthologies.

Ses romans sont traduits dans de nombreux pays; certains ont été adaptés au cinéma. Massimo Carlotto est aussi auteur de pièces de théâtre, scénariste pour le cinéma et la télévision, et il collabore avec des quotidiens, des magazines et des musiciens.

En 2007, il est lauréat du prix Grinzane Cavour – Piémont Noir.

Quatrième de couverture :

Un adepte du sadomasochisme contacte Marco, dit l’Alligator, pour qu’il retrouve son épouse disparue. L’ancien prisonnier et ses acolytes, Beniamino Rossini, vieux truand à l’ancienne, et Max la Mémoire, vieux militant qui recouvre sa passion politique lors du G8 de 2001, vont plonger dans le monde souterrain de la souffrance volontaire, dans le drame des « doubles vies », à la recherche du Maître des nœuds, un tortionnaire qui sait se faire adorer de ses vidimes.

Pour les trois amis, le plus dur ne sera pas de progresser les armes à la main entre bonne société et mafias mais de se retrouver, au bout du monde SM, face à leurs propres souvenirs de prisonniers.

Remarquable comme toujours par sa précision documentaire et son regard implacable sur les plaies sociales, ce roman de Carlotto met une nouvelle fois en scène son enquêteur très particulier, amateur de blues et de calva.

Mon avis :

On retrouve dans ce roman notre groupe de détectives privés particulier, rencontré dans La vérité de l’Alligator. En effet, ce sont trois repris de justice qui ont des méthodes expéditives de mener leurs enquêtes. Je vous donne un exemple : Lors d’un interrogatoire, ils commencent par tirer une balle dans le pied avant de poser la première question. S’il n’y a pas de réponse, une petite balle dans le genou parvient à délier bien des langues. Ils doivent aussi enquêter en sous-marin, en évitant tout contact avec la police … forcément !

Donc, le rythme du bouquin est élevé et le ton politiquement incorrect. Il n’en reste pas moins que le style de l’auteur et sa façon d’aborder son intrigue font que l’équilibre entre action et psychologie des personnages est impeccable, prenant et passionnant.

Derrière son sujet, Massimo Carlotto montre et dénonce les travers de la société italienne. Il y évoque en particulier les tortures faites en prison ou bien les riches hommes d’affaires qui, grâce à leur argent, donnent libre cours à leurs déviances les plus extrêmes, les plus inhumaines, ou bien les exactions que la police se permet pendant les manifestations.

En effet, ce roman se déroule lors du sommet du G8 de Gênes en 2001. C’est une des premières fois où la réaction de la police a ressemblé à une véritable répression digne de la pire des dictatures. Et l’auteur se fait très virulent quand il montre que l’état considère que l’on n’a plus le droit de contester et s’opposer à une de ses décisions unilatérales. C’est en particulier pour cet aspect que ce roman est important, indispensable, remarquable.