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Le tueur en ciré de Samuel Sutra

Editeur : Alter Real

Samuel Sutra est un auteur que je défends depuis ses premiers romans, car c’est un auteur bourré … de talent, capable de nous offrir des comédies hilarantes et de nous écrire des romans policiers bercés par la musique jazzy de son style, comme Kind of Black. C’est du coté du roman humoristique qu’il faut ranger Le tueur en ciré, de l’humour qui vous fait éclater de rire.

Concarneau, juillet 1982. La saison touristique va bientôt démarrer. Au bar du port, ça discute ferme autour du journal local, Le Phare. Monique Dugommier a été retrouvée étranglée avec la ceinture de son peignoir, dans sa chambre de la résidence pour personnages âgées aisées, Les Mimosas. Pour clore la discussion, rien de tel que lever le coude et boire un coup à sa mémoire … C’est le troisième meurtre en quelques jours qui secoue la petite ville balnéaire.

En effet, deux semaines plutôt, le 3 juillet, Nathalie Laroche, une haltérophile belge, débarque pour s’inscrire au concours culinaire. Appelé le Chili Concarneau, le but est de revisiter la blanquette de veau. Non, je déconne, c’est le Chili con Carne. Ah ! vous n’aviez pas compris ? Bref, Nathalie Laroche, 200 kilos au compteur, cordon noir au sens où elle rate toutes ses recettes, a été retrouvée flottant (étonnant, non ?) dans le port, étranglée aussi. Le lendemain, c’est le corps de Mireille Kermabon, passante connue (d’aucuns auraient dit péripatéticienne renommée) que l’on retrouve dans les poubelles. A partir de trois meurtres, il faut considérer qu’un tueur en série sévit.

Au dernier étage de l’hôtel de l’Amiral, la duchesse Soizic de la Haute-Karadec décide d’écourter ses vacances, plus par peur des meurtres que par son planning désolément vide. Francis, le directeur de l’hôtel, essaie de la retenir. Elle accepte de rester une journée de plus, et il descend renvoyer le taxi. En bas, en levant la tête, il voit la duchesse pendu au bout du fil : elle vient d’être étranglée par le fil du téléphone.

Au 36 quai des Orfèvres, le commissaire Christian Boiteaulette, que ses hommes surnomment Le Timbré (mais il n’a pas compris pourquoi), reçoit un appel à l’aide du commissaire Leroydec de Concarneau. Boiteaulette n’aurait pas répondu à cet appel si la duchesse n’était pas la tante de son préfet bien-aimé. Par malheur, son adjoint Boileau (nom antinomique avec son occupation) a déjà dépêché sur place Auguste Lambert, le gaffeur de la Police Criminelle Nationale. Pour rattraper le coup, Boiteaulette envoie 10 hommes incognito pour aider Lambert à résoudre cette affaire au plus vite, par souci de travail bien fait, et un peu aussi pour sa carrière.

Délaissant son personnage de Tonton, le roi de la truande, Samuel Sutra passe de l’autre coté de la ligne jaune, en créant un personnage de flic inénarrable de drôlerie. Outre le fait qu’il est un gaffeur de renommée internationale, il a l’immense et envié talent de tirer des conclusions fausses à partir d’indices évidents et de savoir qu’il est d’une classe supérieure par rapport aux autochtones bretons.

Jamais méchant, sur un ton à la fois ironique et moqueur, Samuel Sutra déploie tout son art de la comédie en inventant des scènes incroyables. Je ne vous citerai que celle de l’arrivée de Lambert à la gare, ou celle de Nathalie Laroche si visuelle et burlesque. Tous les modes comiques y sont présents, y compris les quiproquos (la scène où Lambert interroge Francis est énorme) et on se marre, on se marre à en éclater de rire. Et puis, la prose de Samuel Sutra n’est pas de celle que l’on survole : on y savoure tous les mots, toutes phrases au risque de passer sur un jeu de mots, une moquerie ou même un éclat de rire.

Passant du passé au présent, Samuel Sutra se permet d’écrire derrière le coté drôle du livre un vrai roman policier, avec une intrigue, un mystère et une résolution à la Agatha Christie. Les personnages sont tous bien décrits avec toujours un sens décalé de la vérité. Et puis, je ne peux m’empêcher de tirer un coup de chapeau à ce roman qui est un vrai hommage à Peter Sellers et Blake Edwards. Sans hésitation, ce livre est LA comédie de l’été.

Coupable (s) de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Samuel Sutra fait partie des auteurs « chouchous » de Black Novel, depuis que j’ai lu Kind of Black, extraordinaire roman policier se déroulant dans le petit monde du jazz (réédité chez Flamant Noir). Cet auteur, au talent incontestable, est aussi l’auteur des romans loufoques mettant en scène une bande de voleurs ratés, dirigés par Tonton, une légende dans le milieu, dont l’extraordinaire Akhanghetno et sa bande. Il est aussi à l’aise dans le registre comique que dans celui plus sérieux du polar. Ce roman en est encore une fois une preuve éclatante.

Jean Raphaël Deschanel est un lieutenant à la Sécurité Intérieure, originaire d’Haïti. Il ne se rappelle pas la vie là-bas, ayant été adopté, mais il en garde des cauchemars de bâtiments en ruine et d’églises qui s’écroulent. Jaulain son chef le réveille pour lui annoncer qu’il va être détaché auprès de la brigade criminelle, sous les ordres du commandant Blay. Lui qui en a toujours rêvé, le voilà empli d’espoir mais aussi soumis à une pression de ne pas être ridicule.

Entre la Police Criminelle et les Renseignements, l’entente n’est pas au beau fixe. Mais le Commandant Blay se charge de rassembler et motiver ses troupes. Ils ont affaire à quatre meurtres depuis ce matin, quatre meurtres isolés en deux semaines, perpétrés avec une méthode différente. Quatre morts sans rapports les uns avec les autres : Le premier, Daniel Favre, était flic, connu pour être pourri jusqu’à la moelle. Le deuxième était Jean-Claude Maréchal, propriétaire d’une boite de BTP. Le troisième était dans l’armée, le lieutenant-colonel Hervé Carsini.  Celui de ce matin se nommait Thierry Meursault, égorgé dans un parking de la Défense ; Sur lui, la police a retrouvé une carte de visite, celle de Daniel Favre, ainsi qu’un porte-clés avec une poupée vaudou. C’est ce qui leur a permis de relier les meurtres entre eux. C’est ce qui explique la présence de Jean-Raph. L’enquête s’annonce bien compliquée.

Une nouvelle fois, Samuel Sutra fait mouche avec ce roman policier que l’on pourrait considérer comme classique. La recherche d’un tueur multirécidiviste, on connait. Des victimes sans lien les unes avec les autres, on connait aussi. Mais c’est sans compter avec le talent de ce jeune auteur qui ne cesse de m’étonner par sa maîtrise des codes inhérents au genre.

Les personnages tout d’abord sont criants de vérité. En premier lieu, il y a Jean-Raphaël, lié à cette enquête par ses origines, et qui subit une énorme pression. Il ne veut pas décevoir ni son chef, ni son service, ni son ambition. Il doit faire ses preuves sans pour autant s’imposer, et tenter de se rapprocher du Graal : obtenir un poste au « 36 ». Le hic de l’histoire, c’est l’apparition d’une profileuse, imposée par Blay. Attirance, méfiance, voilà les choix qui s’offrent à ce jeune homme peu habitué à ces choix.

Ensuite, il y a l’équipe de Blay et Blay lui-même, tous présents, mais volontairement en retrait. Ils sont bien là comme des seconds rôles, et participent à l’histoire en fournissant de fausses pistes. Car même si on peut penser avoir compris les tenants et aboutissants, au fur et à mesure qu’on avance, on est saisi de doutes, on imagine des hypothèses, des scenarii impossibles jusqu’au dénouement final du dernier chapitre. C’est du grand art.

Et puis ce roman ne serait qu’un roman policier de plus s’il n’y avait pas cette fluidité de la narration, cette facilité à construire des décors, à placer des dialogues évidents. Samuel Sutra déploie toute sa subtilité et sa finesse pour mener à bien un roman que je qualifierai d’abouti, de maîtrisé de bout en bout.

Enfin, il y a le sujet de fond. Ces quatre personnages vont participer à la reconstruction d’Haïti à divers degrés. Ce roman dénonce comment ces pourris vont profiter des subventions pour bâtir des habitations « en carton », puisqu’ils n’ont aucune chance de se faire prendre, en facturant le maximum. Finalement, le monde ne change pas : les riches gagnent leur argent sur le dos des pauvres. D’où le titre, qui peut paraître énigmatique : Coupable ou coupables ? Coupable et coupables ! Un roman à ne rater sous aucun prétexte !

Luc Mandoline épisode 9 et 10

Editeur : Atelier Mosesu

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les huit titres que j’ai passés en revue sont :

Episode 1 : Harpicide de Michel Vigneron

Episode 2 : Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Episode 3 : Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Episode 4 : Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Episode 5 : Anvers et damnation de Maxime Gillio

Episode 6 : Le label N de Jess Kaan

Episode 7 : Na Zdrowie de Didier Fossey

Episode 8 : Le manchot à peau noire de Philippe Declerck

Voici donc les épisodes 9 et 10 :

Sens interdit (s) de Jacques Saussey

Quatrième de couverture :

Le corps d’un enfant de huit ans est repêché dans un étang isolé au fond des bois. Le cadavre, complètement nu, ne présente aucun signe de lutte ni de violence sexuelle, laissant à penser que le petit garçon a succombé à un accident. Seulement, il s’agit du cinquième enfant qui meurt dans cette petite ville de province en moins de deux mois. Et cette fois, il s’agit du fils du légiste. Alors, on m’a appelé pour que je prenne le relais.

Moi, vous me connaissez, je suis incapable de refuser quand on me demande un coup de main.

Entre autres…

Mon avis :

Ce roman est étonnant pour qui connait l’œuvre de Jacques Saussey. Il nous a habitué à des romans longs de 500 pages en prenant le temps de construire des intrigues tordues avec deux personnages formidables. C’est donc étonnant de le voir se glisser aussi facilement dans le moule pour nous offrir un roman noir, plein d’action, de sexe, de sang et de rebondissements.

Ce roman est raconté par Luc Mandoline lui-même, qui a affaire à une histoire sordide de soi-disant suicides de jeunes enfants. Et plus on avance dans l’histoire, plus cela devient sordide. Il y aura bien quelques traits d’humour pour relever la gravité du propos mais le ton restera grave, surtout quand il s’agit de montrer la folie et la démesure des hommes.

Quant à la fin, comment peut-on imaginer qu’elle est très bien trouvée et extraordinairement mise en scène. Elle sera cynique, amorale mais vu le propos du livre, on peut bien se demander où est la morale dans tout cela. Une nouvelle fois, cet épisode est un excellent polar, qui dépasse le cadre du simple divertissement, de ces romans qui donne leur lettre de noblesse à un cycle tel que celui de Luc Mandoline.

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La mort dans les veines de Samuel Sutra

Quatrième de couverture :

Franck Morel, chercheur à l’Institut Pasteur, achève ses travaux sur un virus tueur, le plus dangereux qu’il ait été amené à étudier. Puis sans raison apparente, il décide de traverser Paris pour aller se jeter dans le canal Saint-Martin.

On ne retrouvera pas son corps.

Sa fille décide de raconter tout ce qu’elle sait, mais à un seul homme : Luc Mandoline, alias l’Embaumeur.

Dans cette affaire où tout le monde ment, on ne cherche pas la vérité. On court après un secret qui pourrait valoir de l’or, et que le cadavre introuvable de Morel a emporté avec lui…

Mon avis :

L’avantage avec cette série, c’est que l’on a droit à différents auteurs pour chaque enquête. Et quand il s’agit d’un auteur aussi doué que Samuel Sutra, on peut s’attendre à être surpris. Effectivement, c’est le cas ici, puisque c’est un Luc Mandoline sans corps à embaumer auquel on a droit dès le début de ce roman.

De ce démarrage tout en dérision qui fait référence à Alfred Hitchcock bien sur, notre embaumeur se retrouve donc dans la peau d’un enquêteur ce que l’on n’a jamais vu dans la série, qui va chercher le corps de Franck Morel, célèbre scientifique qui soi-disant s’est suicidé mais dont le corps a disparu aussitôt arrivé à la morgue.

En plus de cette histoire légèrement décalée et pleine de dérision, nous avons droit à une belle plume, à une écriture pleine de charme, comme Samuel Sutra sait nous l’offrir. Il nous parle de Paris comme peu d’auteur l’ont fait, nous présente un enquêteur digne des plus grands de la littérature policière. C’est donc un épisode à part, avec moins de sexe et de sang, mais qui s’inscrit bien dans la série, au sens où il respecte les codes mis en place par Sébastien Mousse, et rien que pour cela, c’est un épisode à ne pas rater.

Les deux coups de minuit de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Dire qu’on en est déjà à la sixième aventure de Tonton et sa bande … et que j’en redemande. J’ai la chance de les avoir tous lus, et de les avoir tous adorés. Tonton et sa bande, c’est un peu Dortmunder écrit par Michel Audiard, pour résumer rapidement le genre, bien que je n’aime pas les catégories. Tonton, c’est un voleur de grande classe et de grand âge, entouré par une équipe de bras cassés, qui se retrouve toujours dans des coups de haut vol qui ne finissent pas tout à fait comme il l’avait imaginé au départ.

C’est l’ancien mari de Donatienne, la bonne de Tonton, qui vient leur proposer un coup en or, facile comme pas deux. Le baron de Gayrlasse, qui habite Île-et-Mourut, en région parisienne leur propose, pour une commission raisonnable (forcément, il manque de fraiche !) de dévaliser un gang de Salvadoriens qui doivent échanger des armes lourdes contre des sacs non moins lourds d’argent, en plein palace du Royal Monceau.

Tonton prépare l’affaire, et déguise Bruno en groom. Au moment d’entrer dans l’ascenseur, le groom, le vrai se fait assommer en même temps qu’une vieille dame qui logeait à l’hôtel. Dommage collatéral, diront certains ! Bosses assurées diront les autres. Malgré ce contretemps et ce léger retard, (il fallait bien ramener la pauvre vieille, équipée d’un gros revolver tout de même, à sa chambre), la bande à Tonton braque les Salvadoriens et n’embarquent que les sacs de fric.

Rentré dans la splendide demeure de Tonton, à Saint Maur, les bouteilles se vident. Donatienne en profite même pour sortir la liqueur qu’elle fabrique elle-même. La nuit passe, et tout le monde a mal à la tête. Tonton se réveille dans le lit de Donatienne. Il trouve sa maison sens dessus dessous, sans dessous puisqu’il est nu comme un verre (pardon, un ver). Les sacs ont disparu, et un mort git sur la table du salon. D’ailleurs, Bruno et Donatienne manquent à l’appel. Que s’est-il donc passé ? Pourquoi a-t-on fouillé sa maison ? Qui a pris l’argent ? Et qui est le mort (vite enterré dans le parc attenant) ?

Une fois de plus Samuel Sutra fait mouche. J’ai l’impression que chaque roman qu’il écrit est meilleur que le précédent. Sa plume est pleine d’une verve humoristique que beaucoup n’ont pas (d’ailleurs je ne connais pas d’auteur aussi doué dans l’humour décalé à la Audiard). Plus la série des Tonton avance, et plus j’ai envie d’en lire. On est déjà au sixième épisode et j’ai l’impression de lire à chaque une nouvelle aventure, sans répétition aucune.

Donc je vous garantis que vous allez rire, sourire, vous esclaffer même (et cela m’arrive souvent en plein transport en commun, ce qui occasionne des regards étonnés des autres transportés. En fait, la plume humoristique de Samuel Sutra vous oblige à lire chaque mot, chaque phrase, car on y trouve dans chacune une expression ou une façon de décrire qui pousse au rire.

Mais ce roman ne se résume pas à un amoncellement de bons mots, d’excellents mots. Le scenario, une fois de plus, puisque j’avais été enchanté du précédent, est construit avec minutie, minuté de façon stricte, si bien qu’il est formidablement bien trouvé, et formidablement bien amené. L’auteur fait preuve d’une imagination sans borne, et il en fallait pour créer cette histoire. C’est tout simplement génial !

Si vous connaissez Tonton, vous devez déjà l’avoir lu. Si vous ne connaissez pas, jetez vous dessus, c’est du divertissement haut de gamme, un scenario diabolique, construit de telle façon que vous allez comprendre à la fin de quoi il en retourne, et vous allez passer un excellent moment.

Ne ratez pas l’avis de Yv et Unwalkers

 

La bonne, la brute et la truande de Samuel Sutra (Flamant noir)

C’est déjà la cinquième aventure de Tonton et sa bande de bras cassés et je ne m’en lasse pas. Cette série fait son chemin, et devient pour moi une référence, une assurance de bonne humeur. Ce roman est une nouvelle fois excellent, et même le meilleur de la série avec Akhanguetno. N’hésitez plus, jetez vous sur les (més) aventures de Tonton !

Au manoir de Tonton, à Saint Maur, le téléphone sonne. Tonton hurle, ordonne à Donatienne, sa bonne d’aller répondre. Car un homme tel que lui, la référence nationale, mondiale et universelle de la truande ne peut se résoudre à s’abaisser à aller répondre. Donatienne, qui est aux toilettes et qui est déjà bien attaquée par son petit déjeuner à la Suze, va décrocher.

Le mystérieux interlocuteur vient de proposer à Tonton le célèbre, magnifique diamant, le Waïen-Bicôze, dont tout le monde parle depuis plus d’un an. Ce diamant devait être mis en vente à Drouot un an auparavant et avait disparu juste avant la mise aux enchères. Les voleurs étaient passés par les toilettes des femmes, dont le mur était adjacent avec la cave d’une vieille dame. Aucun voleur n’avait été arrêté. Mais Tonton savait tout cela, puisque le Waïen-Bicôze, c’est lui qui l’a volé.

Il y a un an, Tonton et son équipe au complet (Gérard, Pierre, Bruno, Mamour, et Kiki son Teckel) ont donc dérobé ce diamant, et ont décidé de le planquer le temps que l’affaire se tasse. Ils l’ont donc enfoui dans le jardin de Tonton en comptant 10 pas à partir de la dernière marche du perron. Mais comment se rappeler un an après dans quelle direction partait les 10 pas en question, quand toute l’équipe était murgée comme une estafette de gendarmerie après le petit déjeuner ?

Le contexte est bien lancé, délirant à souhait et c’est alors que Samuel Sutra se déchaine. Le parc est retourné, le diamant n’est plus là, et l’auteur va nous concocter un scenario diabolique où le lecteur va devoir deviner qui a le diamant en sa possession. Le roman va donc alterner, mettre en avant chacun des personnages, pour montrer ce qui s’est passé pour chacun d’eux avant, pendant et après le vol du Waïen-Bicôze.

Car n’ayant pas été payé et étant embringué dans des affaires compliquées, chacun se voit obligé de voler le diamant pour sauver sa peau … ou celle du voisin … Le scenario est diabolique, une sorte de mécanique parfaitement huilée, un pur plaisir pendant lequel on se demande réellement qui a bien pu faire la nique à Tonton. Et on tourne les pages en se marrant comme une baleine car toutes les ficelles du comique sont utilisées ici avec perfection : du comique de situation aux présentations des personnages, de leur nom (Le Russe Vladlezbrouf par exemple) aux quiproquos, des dialogues hilarants au style enlevé et plein de dérision, ce roman s’avère un livre indispensable pour détendre ses zygomatiques.

Alors, évidemment, par son coté humoristique, par ses personnages d’une connerie inimaginable, et surtout avec son scenario en béton, on pense à Donald Westlake et en particulier à Pierre qui roule. Car si le scenario est différent ici, on retrouve bien tous les ingrédients qui font la force d’un roman comique. On ne peut qu’être époustouflé devant le talent de cet auteur. Avec ce roman, le cycle des Tonton vient de franchir un nouveau pas et ce tome-là est le meilleur avec Akhanguetno et sa bande.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Par ailleurs, je vous signale que Akhanguetno et sa bande, le troisième tome des aventures de Tonton vient d’être réédité par les éditions du Flamant Noir. Ce roman a par ailleurs reçu un Coup de Cœur Black Novel ici.

Akhanguetno flamant

La quatrième de couverture dit ceci :

Il y a deux-mille cinq-cents ans, la vallée d’Uroch a vu s’éteindre l’un des plus puissants pharaons de la quatrième dynastie : Akhänguetno. Bien au chaud dans son tombeau, couché sur un colossal matelas d’or, le grand homme était prêt pour son voyage dans l’au-delà, bien décidé à n’emmerder personne. Mais si un égyptologue nous lit, qu’il lève le doigt : Tonton voudrait bien savoir comment ce pharaon a fait pour se retrouver enterré dans son parc, près de son plan d’eau.

Le bazar et la nécessité de Samuel Sutra (Flamant noir)

Quatrième aventure de Tonton, ce roman humoristique est aussi un événement, puisque notre gentleman cambrioleur, au bord de la retraite, va se trouver affublé d’un fils. Et pas n’importe quel fils …

Alors qu’il était en train de travailler dans sa gigantesque propriété sise sur les bords de la Marne, c’est-à-dire qu’il était allongé dans le jardin en train de se faire faire les pieds par sa domestique Donatienne, une lettre est arrivée à le faire taire, que dis-je, est arrivée à le laisser ébahi. A tel point qu’il est en resté bouche bée, laissant s’écouler quelques larmes de bave dans sa cuvette.

A ce moment là, Gérard déboule dans sa Mercedes et un superbe dérapage non contrôlé, pour faire part à Tonton qui est aussi son oncle, de son prochain coup. Il trouve Tonton dans un état catatonique inquiétant, et le contenu de sa lettre est sans équivoque : Tonton a un fils. Une larme point au coin de l’œil de l’illustre dérobeur de biens.

Ils s’en vont voir Marylou Bresson, la mère du fils prodigue, qui lui apprend que ce dernier est flic et qu’il rêve de serrer son père. Les rêves de Tonton s’écroulent comme un château de cartes mal monté, et le coup proposé par Gérard va lui donner l’occasion de donner une leçon à son fils. On n’arrête pas aussi facilement un virtuose du vol de haut vol. Ils vont donc monter un coup pour dérober les joyaux du Maharadja Janaydjamarh.

Sur Black Novel, je vais continuer à chanter (même si je chante faux) les louanges de Samuel Sutra. Car je considère cet auteur comme étant à ce jour l’un des auteurs les plus doués de sa génération. Il est, en effet, capable de se fendre d’une série comique à mi-chemin entre Dortmunder et Les tontons flingueurs et en même temps écrire de merveilleux romans noirs subtils comme Kind of Black. Bref, je vais continuer à parler de Samuel Sutra, car c’est un auteur rare et trop injustement inconnu.

Dans ce nouvel épisode de Tonton, Tonton a affaire avec un fils, qu’il a eu lors d’un épisode oublié, presque une erreur. Et comble de malchance, ce fils est flic. Évidemment, tout ceci n’est pas sérieux, et ce n’est pas le principe de cette série. Prenez un génie de la cambriole, un de ceux qui sont capables de dérober un joyau sans effusion de sang ; Affublez le d’une bande de tarés mous du bulbe et vous aurez la base de la série. D’ailleurs, le moins débile de la bande est aveugle, c’est vous dire …

Si le scenario de ce nouvel épisode est toujours aussi bien construit, tout en restant assez simple (car il ne faut pas non plus se prendre la tête, c’est de la grande littérature de divertissement), j’ai ressenti à sa lecture une sorte de retenue de la part de l’auteur. On n’y retrouve pas l’humour déjanté de l’épisode précédent mais plutôt de l’humour drolatique basé sur des phrases longues issues d’un autre temps. Et cela me fait toujours aussi rire.

On y retrouve aussi des maximes en début de chaque chapitre, qui sont autant de vérités hilarantes, que l’on devrait lire et relire chaque matin. Telle celle là : « Je ne remets jamais à demain ce que je peux me permettre de ne pas faire du tout. » ou bien celle-ci : « L’abus d’alcool est dangereux. Surtout pour la santé de ceux qui me parlent mal quand je suis bourrée. ». Ou bien : « Un conseil, Gérard. Les femmes, n’essaie jamais de les convaincre. Attends juste qu’elles changent d’avis ».

Et puis il y a ces descriptions géniales qui, au passage, vous donneront une idée du style de ce livre. J’en veux de celle-ci qui montre l’arrivée de Tonton chez son amour de jeunesse et où on découvre la propriétaire des lieux :

« La porte se déverrouilla de deux coups de clefs retentissants et, à hauteur de regard … rien. Rien, car à son ancienne conquête, Tonton n’avais pas du faire chavirer que le cœur. Il avait du lui mettre la tête en bas une paire de fois, car la souris voyait le monde en contre-plongée et plafonnait à un timide mètre cinquante du sol. Taillée dans un bâton de sucette, elle devait chausser du 30, se fringuer au rayon layette de luxe et être passée reine dans l’art des nœuds marins à force de s’arrimer le sous-tif en lui faisant faire deux tours de poitrine. »

Génial, je vous dis.

Kind of black de Samuel Sutra (Terriciaë)

Attention, coup de cœur !

La dernière page vient de se tourner, les mains de pianiste qui s’immiscent sur la couverture se tendent vers moi. Je prends le roman, l’ouvre au hasard, mais pas tout à fait, attrape un effluve de chapitre et commence (ou plutôt recommence) ma lecture. Je retrouve Jacques, cet inspecteur en vacances, qui plonge dans cette affaire ténébreuse, au fin fond d’une cave enfumée, bercé par une douce musique légèrement nonchalante et infiniment triste.

J’entame à peine les premières phrases du chapitre 21 qu’une musique caresse mes oreilles. D’un accord parfait, d’une introduction musicale d’une douceur inégalée, les phrases débouchent sur une voix, celle de l’auteur, de son amour pour le jazz, de son amour pour les mélodies, pour les histoires de gens. Malgré le fait que je ne sois pas fan de jazz, Samuel Sutra m’a attiré dans ses filets, comme une sorte d’initiation à la vie.

Ce roman, c’est aussi une histoire de personnages. La pierre centrale, c’est Stan Meursault, ce pianiste de génie qui n’est pas reconnu à sa juste valeur, mais que beaucoup admirent dans le milieu. Il est la pierre angulaire du Night Tavern, cette cave au pied de Montmartre où, tous les soirs se déroulent des concerts de jazz. Stan est tiraillé entre sa joie de retrouver Sarah Davis, cette chanteuse partie chercher et trouver la gloire aux Etats Unis et son appréhension de la retrouver après plusieurs années de séparation. Car ces deux là se sont connus, se sont aimés et se sont quittés au nom de la reconnaissance, du succès, de la gloire si éphémère mais si importante.

Sarah Davis a accepté de venir faire un set d’une trentaine de minutes au Night Tavern, en ne chantant que des classiques pour éviter les problèmes de droits d’auteur. Ce sont d’ailleurs les détails que doit régler Baker, l’agent de Sarah Davis et compagnon de la chanteuse. Sarah Davis a aussi permis à Stan d’enregistrer le concert, pour qu’il puisse le vendre à une maison de disque, s’il le veut.

Stan et ses deux acolytes contrebassiste et batteur laisse Sarah Davis dans la loge et montent sur scène. Ils ne voient pas le public, éblouis qu’ils sont par les projecteurs. Stan débute par If you wait too long, la célèbre chanson qui a révélé et consacré Sarah Davis. Il joue comme jamais, ses doigts volant sur les touches du piano, les notes qui sortent du piano semblant rendre hommage à cette chanteuse devenue diva du jazz. L’introduction reste suspendue dans l’air, et plus les secondes passent, plus l’atmosphère devient lourde, pesante. Stan se sent obligé de présenter « La grande, l’immense Sarah Davis … » mais elle n’apparait pas. Le silence tombe, assourdissant cet espace de musique magique ; on entend de l’agitation et la sanction tombe : Sarah Davis a été poignardée.

Je n’oublierai que bien difficilement ces formidables personnages, ni Stan et ses doigts magiques, éternel maudit de la vie, ni Jacques ce policier consciencieux, obligé de travailler en marge de sa passion, la musique ; ni Lisa si belle et si parfaite dans le regard de Jacques ; ni Baker ce personnage si antipathique ; ni les autres collègues de Jacques si bien dessinés, si vivants, si attachants. Je n’oublierai pas cette douce musique portée par le style fluide et entêtant comme une ritournelle, cette histoire racontée comme un morceau de musique, où on prend le temps d’ouvrir le capot du piano, où l’introduction vous prépare au meilleur, où le corps du morceau vous emmène petit à petit, où la fin, la conclusion du morceau vous cloue au poteau, tant c’est beau, noir et imparable. Voilà, je l’ai dit, les dernières pages de ce roman m’ont détruit.

Coup de cœur !

Samuel Sutra décline son talent dans l’humour avec les aventures de Tonton et sa bande : Le pire du milieu, Les particules et les menteurs, et Akhanguetno et sa bande. La quatrième aventure de Tonton vient de sortir aux éditions Flamand Noir et s’appelle Le bazar et la nécessité. Kind of Black vient d’être réédité par les éditions Flamant Noir.

Akhänguetno et sa bande (Tonton, la momie, et Set et Ra) de Samuel Sutra

Attention ! coup de cœur ! Ce roman est un pur joyau de comédie, le troisième de la série après Le pire du milieu et Les particules et les menteurs et il devient pour moi l’un de mes livres de chevets. Un grand roman de comédie à ne pas rater.

Ce matin là, Tonton affublé de sa toge romaine, dominant sa propriété boisée tel le Jules César de la truande, le dinosaure du crime qu’il est, est allongé en cette nuit de canicule quand il entend un bruit. Pas de doute, de curieux malotrus ont osé faire un trou de la taille d’un camion benne dans son jardin, celui là même où il enterre les cadavres d’autres malotrus. Le verdict est sans appel : on lui a volé un mort !

Affublé d’une bonne à tout faire bonne à rien, Donatienne, Tonton de son vrai nom Aimé Duçon tient à faire le jour dans cette affaire, car le vol étant son métier, il est hors de question qu’on lui dérobe quoi que ce soit. Le nombre de cadavre étant trop nombreux pour que les quelques neurones qui lui restent en retienne les emplacements de leur sépulture, d’autant plus que son propre père avait enterré les siens, il va demander des éclaircissements auprès de Guy La Fosse, le creuseur de son père.

Faute d’indices pouvant le mettre sur la piste de ses dérobeurs, Tonton n’a plus qu’à se jeter sur les souvenirs et les vieux papiers cachés au grenier. C’est alors qu’ils mettent la main sur un vieux livre contant l’expédition de Errol Lingston et de sa découverte du caveau de Akhänguetno, l’un des plus célèbres pharaons de la quatrième dynastie. Aidé par son équipe de bras cassés (et encore, je suis gentil !), ils vont chercher à récupérer le fameux tombeau.

J’aurais pu écrire un billet humoristique pour ce troisième volume des aventures de Tonton et sa bande, comme j’ai essayé de la faire pour Les particules et les menteurs. Mais il m’a semblé plus judicieux d’essayer de vous décrire pourquoi ce roman est un grand moment de comédie et d’humour, et pourquoi je pense que Samuel Sutra a écrit un grand moment de littérature comique qui je l’espère rencontrera un grand succès, ou du moins le succès qu’il mérite.

Car ils ne sont pas nombreux, ceux qui osent s’aventurer sur le chemin de croix du rire, et ce roman est une formidable réussite. Car le scenario est parfaitement maitrisé, cachant des moments de rire incroyables. Samuel Sutra joue sur tous les registres, du jeu de mots au comique de situation avec toujours autant de réussite. C’est un vrai régal, et je me suis surpris à avoir des éclats de rire lors de la lecture, ce qui est bien rare. En plus, il n’est pas utile de lire les précédentes aventures pour suivre celle-ci, même si je vous le conseille fortement pour vous dérider les zygomatiques.

Cette troisième aventure de Tonton et sa bande est encore meilleure que les autres, disais-je. Tout y est plus drôle évidemment, mais surtout sans répit, j’y ai trouvé plus de maitrise dans les scènes, les dialogues. Samuel Sutra écrit du Tonton flingueur avec son identité à lui. C’est un roman qu’il faut lire attentivement, pour se délecter de chaque mot, de chaque phrase, car chaque ligne recèle un sourire, voire un rire.

En plus, chaque chapitre commence par une phrase qui devrait entrer au panthéon des meilleures citations, et je vous livre celle que je préfère : « Je dépense moins d’énergie à m’accommoder de mes problèmes qu’à tenter de les résoudre ». Comme le disait l’oncle Paul, les livres de Samuel Sutra devraient être remboursés par la sécurité sociale, et celui-ci est un pur joyau de rigolade, un grand moment de divertissement, un immanquable qui rejoint ma table de chevet. Coup de cœur !

Les particules et les menteurs de Samuel Sutra (Editions Terriciae)

Après Le pire du milieu, voici la deuxième aventure de notre petite équipe de voleurs ratés. Et si la découverte de Tonton et de ses sbires fut une excellente lecture, la suite est du même niveau, une lecture pour rire avec style.

Avec style, allez vous me dire ? Et alors ? En fait, c’est un clin d’œil à l’intrigue, puisque Tonton a un nouveau plan, et qu’il va falloir s’immiscer dans la haute noblesse de notre très cher pays. En effet, il envisage de voler un tableau très moche, d’une valeur inestimable lors du mariage du vicomte De La Taille. Et la chance (et la malchance) de Tonton, c’est que Gérard est justement le sosie du vicomte.

Gérard, le bras droit neuneu de Tonton, va devoir se fondre dans le décor, lui qui a du mal à retenir son nom, et à comprendre ce qu’on lui demande ! Tonton débarque donc chez son amie la baronne Donatienne de Gayrlasse (vous apprécierez le jeu de mots) pour qu’elle l’éduquât (je suis obligé d’utiliser de belles formules) des bonnes manières de la haute société. Et voilà bien là le premier problème. Comment éduquer un bas du front, un mou du bulbe, qui se balade avec l’électroencéphalogramme du têtard ?

La baronne vit dans un manoir qu’elle a vendu à un émir Qatari (Sympas, ces Qataris, déjà qu’ils nous ont débarrassés du PSG ! ) et profite des lieux puisqu’ils lui ont laissé une petite dépendance dans la propriété. Elle renonce à éduquer Gérard, car il y a trop de travail voué à l’échec. Par contre, elle veut bien participer au vol, pour épater son dernier amour en date, qui est actuellement en prison.

Si vous ne connaissez pas Tonton et sa troupe de bras cassés, il faut absolument que vous vous jetassiez dessus ! Car, je vous garantis que vous allez passer un excellent moment, fait de sourires, de rires, et d’éclats de rires. Ce roman est du même acabit que le précédent : une intrigue simple, des scènes montées au cordeau, des descriptions comportant son lot de dérisions, des dialogues hilarants.

Et comme lors du précédent opus, le livre se lit comme un rien, impossible à lâcher avant la conclusion finale, avec pour objectif la distraction du lecteur. Il est bien difficile de faire rire, mais Samuel Sutra semble bien avoir trouvé avec Tonton le personnage qui est un digne héritier des Bernard Blier, Francis Blanche ou Pierre Dac. La petite bande accumule des records en terme de QI au score proche de zéro.

Ceux qui recherchent des thrillers sanguinolents, ceux qui courent après des polars speedés, ceux qui ne vivent qu’au travers du roman noir le plus noir feraient bien d’aller jeter un coup d’œil du coté des aventures de Tonton. C’est de l’excellent divertissement comique, hilarant et délirant. Et je le répète, avis aux réalisateurs en panne d’inspiration : vous avez là une comédie toute faite, un succès cinématographique garanti.

Le pire du milieu de Samuel Sutra (Éditions Terriciaë)

Ma rencontre (virtuelle provisoirement j’espère) avec Samuel Sutra mérite son pesant d’or. Alors que j’organisais mon concours pour les 3 ans du blog, Samuel joua avec deux blagues excellentes qui lui permit de gagner le livre en jeu. En contrepartie, il me proposa de lire son roman pour que je lui dise ce que j’en pensais. Comme je suis un assidu de mes copines blogueuses et copains blogueurs, je savais à quoi je devais m’attendre, à savoir un polar humoristique. Evidemment, je n’ai pas résisté, et comme j’ai bien fait. Car non seulement Samuel sait raconter de très bonnes blagues, mais il écrit de savoureuses histoires.

Cette aventure, qui en appelle d’autres, nous présente l’équipe de Tonton. Tonton, c’est une figure, une légende dans le milieu, à l’image de sa famille, puisqu’ils sont tous truands de grand-père en père en fils. Tonton est répertorié dans toutes les bases de données regroupant les coupables et les suspects pour différents faits ayant trait à la malhonnêteté en général, et au vol en particulier. Ce matin là, il convoque son équipe de choc, pour LE coup qui va changer leur vie.

Quand je dis (ou plutôt j’écris) équipe de choc, c’est un bas mot. Car quand vous allez les rencontrer, ça va vous faire un choc. Il y a Gérard, un con dans les grandes largeurs, doté de deux neurones non connectés, qui se prend pour le bras droit du patron. Il y a Pierre, le jeunot, le neveu du patron, d’une incompétence tellement rare qu’il aurait sa place au musée Grévin. Il y a Mamour, un aveugle qui voit mieux que la troupe entière, un expert dans l’ouverture des coffres. Enfin, Kiki, le chien de Mamour, un teckel nain qui est plus efficace pour pisser que pour guider son maitre.

Le nouveau coup de Tonton est d’une simplicité à pleurer. Un de ses amis, le Zébré, appelé come cela car il a bronzé au travers des barreaux de prison, lui a parlé du magot de son codétenu aurait caché chez sa mère. Le codétenu, c’est le Belge, c’est Emile Von Stroumpf, et sa mère ressemble plus à un bulldozer en action qu’à Betty Boop. Bref voilà un coup d’une simplicité enfantine pour peu que l’on connaisse l’endroit ou le magot est caché.

Que vous dire de plus, si ce n’est que vous devez impérativement lire ce livre ! Car il faut bien dire que depuis la disparition de Maître Westlake, le paysage est resté bien orphelin. Certes, il nous reste Nadine Monfils, en plus cynique, quelques Irlandais. Mais il semble bien que le polar humoristique, sans autre volonté que de faire rire, sans vouloir faire de mal, sans humour noir ou méchant, c’est plutôt rare. Ce roman donc est fait pour rire, et cela marche formidablement bien, du début à la fin.

Tout d’abord, l’équipe aussi improbable que déjantée, alors que leur propos sont parfaitement sérieux, est un morceaux de choix, du vrai Charolais de boucherie. Car rien n’est plus drôle que de montrer des situations absurdes en restant sérieux. De même, rien de plus drôle que d’écrire des dialogues qui sont importants pour les membres de l’équipe mais totalement absurdes pour nous lecteurs. Cette équipe de doux dingues, on la suit avec plaisir, bonté, gentillesse tant elle parait aussi inoffensive que le clown blanc au milieu de la piste du cirque.

Mais là où Samuel Sutra fait mieux que de marquer l’essai, c’est par son style imagé, par le ton hautain de ses dialogues, par le coté burlesque et décalé des situations. Le style fait doucement penser à du San Antonio, les dialogues m’ont rappelé le grand Audiard des tontons flingueurs ou celui de Ne nous fâchons pas ! et les scènes construites par Georges Lautner. Et je n’exagère pas, lisez le deuxième chapitre, celui où Tonton explique à son équipe le fameux coup, et vous me direz que vous voyez clairement Bernard Blier dans le rôle du patriarche, et Jean Lefebvre dans celui de Pierre.

Du début à la fin, le rire est garanti. D’ailleurs ma fille ne comprenait pas qu’un livre puisse faire rire, et elle me regardait d’un drôle d’air ! Je vous garantis de passer un excellent moment. Et d’ailleurs, j’espère bien en lire d’autres, tant cette équipe, en un livre, m’a convaincu qu’elle pouvait être à mes cotés à l’égale de celle de Dortmunder. Un must pour se changer les idées, un passage obligé dans une catégorie trop délaissée, celle de faire rire son prochain. D’ailleurs cela ferait un excellent film, avis aux amateurs. Bravo et merci M.Sutra, pour cet excellent moment de rigolade.