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Le chouchou du mois de janvier 2021

C’est reparti pour une nouvelle année de polars ! je ne sais pas si toute l’année va continuer sur cette lancée, mais quand je regarde les avis que j’ai publiés, j’ai noté la présence de beaucoup de romans français et beaucoup de premiers romans.

Cette année, la rubrique Oldies sera consacrée aux 15 années d’existence des éditions Gallmeister. Nous avons commencé par L‘insigne rouge du courage de Stephen Crane (Gallmeister), un classique du 19ème siècle de la littérature américaine qui nous plonge dans la guerre de Sécession. Le style flamboyant nous emporte par son évocation du front, faisant appel à tous nos sens.

Autre roman américain, Ohio de Stephen Markley (Albin Michel) fut très remarqué l’année dernière et je dois dire qu’il m’a impressionné par l’image qu’il donne de la société. L’auteur nous montre, de façon subtile, que toute personne non politiquement correcte se retrouve confrontée au Système institutionnel qui se charge de le laminer. Bien qu’un peu bavard, ce premier roman, roman choral qui plus est, étonne et détonne.

A part ces deux romans américains, tous les autres romans chroniqués sont français. Et signe des temps (Sign’ o’ Times), j’aurais chroniqué deux romans humoristiques, Tantum Ergo de Maurice Daccord (L’Harmattan) qui inaugure une série par une enquête originale, fort bien construite et fort drôle, et La route coupée de Guillaume Desmurs (Glénat), deuxième enquête se déroulant dans la station de ski fictive de Pierres-Fortes, meilleure à mon avis que la première. Les deux racontent une recherche d’un tueur en série, mais pas comme les thrillers américains, avec classe. Si vous cherchez à vous changer les idées, à faire des provisions de bons mots, de jeux de mots et de phrases incontournables, tournez-vous vers ces deux romans là.

En termes de premiers romans, les curieux vont être comblés avec Les Abattus de Noëlle Renaude (Rivages), un roman social d’un homme né dans une famille pauvre qui voit des morts apparaitre dans son entourage. Ce roman possède un vrai ton original et mérite qu’on se penche dessus. Avec Nos corps étrangers de Carine Joaquim (Manufacture de livres), l’auteure réalise une très belle autopsie d’un couple en crise, avec une plume simple mais bigrement expressive.

Depuis quelque temps, je me penche de plus en plus souvent sur des nouvelles. Dans Il y a un ange dans le garage de Daniel Pasquereau (Zinedi), l’auteur, au lieu de nous présenter des scènes, nous peint des pans de vie qu’une décision fait basculer. Ce recueil possède quelques pépites autant dans le polar que dans le genre fantastique.

Parmi les auteurs que je suis, par pur plaisir, Solitudes de Niko Tackian (Calmann-Lévy) est un roman qui apparait très personnel. Ecrit pendant le premier confinement, l’auteur choisit de jouer sur une opposition entre enfermement (intérieur) et grands espaces (l’action est située dans le Vercors dans des paysages neigeux grandioses). Les âmes sous les néons de Jérémie Guez (La Tengo) est paru après sept années d’absence depuis Le dernier tigre rouge. Roman noir mais aussi poésie brillante, cette histoire simple est constituée de paragraphes ne comportant qu’une phrase et nous emporte dans un monde sans pitié au détriment de la loyauté et l’amitié.

Le titre de chouchou du mois revient donc Rosine une criminelle ordinaire de Sandrine Cohen (Editions du Caïman), un premier roman que j’ai adoré. En démarrant par un fait divers horrible, l’auteure met au-devant de la scène Clélia, enquêtrice de personnalité, dont le travail consiste à comprendre les raisons et les causes de ce drame. Sandrine Cohen choisit de nous faire vivre une femme forte et sans concession, en utilisant une écriture vive et rapide, qui donne à ce roman une originalité et le rend impossible à lâcher.

J’espère que ces avis vous aideront à choisir vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Rosine une criminelle ordinaire de Sandrine Cohen

Editeur : Editions du Caïman

Ce roman a commencé pour moi par une rencontre virtuelle. Sandrine Cohen m’a envoyé un message avec son premier roman en pièce jointe, pour que je lui donne mon avis. Après 50 pages, je lui ai répondu que j’allais l’acheter quand il sortirait. Car ce roman m’a fait rencontrer Clelia et c’est le genre de rencontre qu’on n’est pas prêt d’oublier.

Le 6 juin 2018 aurait dû être un jour comme les autres. Comme tous les soirs, Rosine donne le bain à ses deux filles, Manon et Chloé, pendant le journal de 20 heures, avant de les coucher. Divorcée, elle vient de rencontrer Nicolas, de dix ans son cadet. Elle lui a proposé de vivre avec elle, lui ne sait pas trop, hésite, lui a juste dit : « J’ai besoin de réfléchir ». Le regard de Rosine se fait noir quand elle pose les yeux sur ses filles. Elle plonge la tête de Manon sous l’eau, longtemps, trop longtemps. Puis c’est le tour de Chloé. Quand Nicolas, inquiet du silence, monte les voir, il trouve Rosine en train de bercer ses deux petits corps.

Enquêtrice de personnalité, Clélia vient rendre visite à Damien Préjean, un prisonnier de Fleury-Mérogis, mais Didier Coste ne veut pas la laisser entrer sans autorisation. Clélia se fout des règles, des normes, elle doit voir Damien, lui expliquer qu’elle a compris qu’il est une victime. Quand elle court dans les couloirs, elle sait qu’il est trop tard, Damien vient de se pendre en nouant ses draps.

Son patron Isaac la convoque. Pour une énième engueulade. Elle doit suivre les règles, car c’est comme cela qu’elle fera un bon travail. Isaac sait que Clélia a raison, mais son attitude joue contre elle. Il a trouvé un nouveau cas, typiquement pour elle, celui de Rosine. Clélia accepte, veut comprendre pourquoi une mère aimante en arrive à noyer ses deux filles dans leur bain.

Partant d’un fait divers glauque (rassurez-vous, il n’occupe que quatre pages), Sandrine Cohen nous présente un sacré personnage. Clélia, une de ces femmes littéraires qu’on n’oublie pas, ne s’encombre pas de règles, de lois, elle sait faire preuve d’empathie, provoquer, être à l’écoute, tout ça pour comprendre le Pourquoi d’un crime. Speedée et vivant toujours sur un fil tendu prêt à se rompre, elle excelle dans son métier par sa faculté à sentir, (se) poser les bonnes questions et secouer le monde figé et lent d’une bureaucratie noyée sous une paperasserie d’un autre temps.

Le monde en question, ce sont les membres de la famille de Rosine, son entourage, ses amis, mais aussi Rosine aussi. Sandrine Cohen aurait pu noyer son intrigue sous d’incessants dialogues à n’en plus finir, elle a préféré privilégier les phrases courtes, les réflexions, les actions, comme pour mieux entrer dans la psychologie de Clélia. L’auteure joue son jeu à fond, sur un sujet bien difficile ; elle appuie sur l’accélérateur dès le début et ne ralentit pas une seconde et surtout pas dans les virages, jusqu’à la toute fin, les réquisitoires des avocats.

Car on ne se pose pas la question sur la culpabilité de Rosine, on veut juste savoir qui est responsable de ce drame. Et pendant cette course infernale que sont les 250 pages, on ressent de véritables poussées d’adrénaline, et par voie de conséquence, une addiction à la lecture. Ce roman est FAN-TAS-TI-QUE, pas comme les autres et dense. Les scènes s’enchainent sans chapitre avec la célérité d’un roman d’action, alors que c’est un roman d’enquête psychologique. C’en est totalement bluffant.

Le seul petit défaut que j’y ai trouvé, qui est lié à mon goût de lecteur, ce sont des paragraphes un peu trop longs. A part cela, j’ai tout adoré, de l’intrigue à la rigueur apportée aux personnages, le rythme et le personnage de Clélia, et la conclusion ni trop noire ni trop blanche. D’ailleurs, je ne souhaite qu’une chose, celle de rencontrer à nouveau Clélia dans une future enquête, car elle en vaut le coup. Imaginez : ce n’est que son premier roman ! Ne ratez pas le train Clelia !