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24 heures hero de Saphir Essiaf & Philippe Dylewski

Editeur : Nouveau Monde

Tenir un blog permet de découvrir des romans que je n’aurais pas ouverts. En lisant la quatrième de couverture, le sujet ne me tentait pas et le bandeau se réclamant de Brett Easton Ellis m’apparait comme une comparaison inappropriée. Je m’explique : Brett Easton Ellis a certes mis en place des personnages drogués mais c’était pour mieux mettre en évidence les maux de la société américaine. Ici, nous allons suivre un couple de drogués dans ce qui se rapproche d’un livre document.

Le roman se déroule à Charleroi mais il pourrait prendre place n’importe où. Nadia et Arnaud sont un couple, liés à la vie à la mort par l’Héroïne. Arnaud reconnait qu’elle lui a sauvé la vie un nombre incalculable de fois, Nadia le trouve beau et il est la seule personne à savoir la piquer sans qu’elle n’ait ni peur, ni mal. On les voit donc arpenter les rues de cette petite ville à la recherche de leur survie.

Ce roman nous propose de suivre une de leur journée, qui commence à 6H47 et va se terminer à 23H15. Elle commence tôt, quand Arnaud est pris de convulsions, de vomissements et de diarrhées. Le manque se fait sentir et il doit rapidement prendre quelque chose pour stopper la souffrance. Puis, quand Nadia s’éveille, il s’occupe d’elle en lui faisant sa première piqure. La journée commence …

Le reste de la journée va consister à récupérer de l’argent pour se payer suffisamment de doses pour passer la journée, voire en avoir un peu d’avance pour le lendemain. De la manche au vol à la tire, tout nous est montré dans le détail tout en nous détaillant la psychologie des personnages. Cette journée qui aurait pu être la même que les précédentes va pourtant être primordiale pour ce couple pas comme les autres.

La construction de ce roman constitue une des forces de ce roman. De façon alternative, chacun va prendre la parole et cela permet aux auteurs de montrer les pensées de Nadia et Arnaud mais aussi leurs motivations, leurs réactions ainsi que leur passé. Alors qu’Arnaud a fait de hautes études et un travail bien payé, Nadia vient d’une famille modeste et a connu des traumatismes lors de son adolescence.

Les deux personnages se retrouvent donc liés par le lien de la drogue, s’engueulant souvent, se tapant dessus parfois, mais se raccrochant toujours l’un à l’autre. On ne va pas parler de fierté ou de futur, Arnaud et Nadia ont dépassé le stade d’envisager de vivre. Leur seul objectif est de trouver une dose pour aujourd’hui et une pour le réveil du matin. D’ailleurs, se droguer ne leur procure que rarement un bien-être ; cela devient plutôt un besoin vital, comme une nourriture ou une boisson.

Je ne me suis pas attaché à ces personnages, mais je dois reconnaitre que cette plongée dans un monde que je connais mal est remarquable dans sa forme et dans son fond. Cette lecture me confirme qu’on n’a pas le droit de juger ces jeunes gens mais qu’on a un devoir de les aider. D’ailleurs, le roman nous montre une scène dans un local d’une association qui donne un semblant de solution.

Avec cette immersion, ce roman marquant nous emmène dans un monde qu’on ne veut pas voir, mais qu’il faut bien combattre, surtout quand on apprend qu’on peut acheter une dose d’héroïne pour moins de dix euros. Je dois tout de même signaler que cette lecture est à réserver à des personnes averties pour la violence de certaines scènes et pour les descriptions explicites. Un roman document à lire !