Archives du mot-clé Sculpture

Un zéro avant la virgule de James Holin

Editeur : Ravet-Anceau

J’avais beaucoup aimé son premier roman, Sacré temps de chien, qui nous emmenait en pleine Picardie. James Holin nous propose de changer de décor pour son deuxième roman, qui est un roman policier dans la plus pure tradition, et c’est un coup de maitre : ce roman est une vraie réussite !

Pierre de Vos, le président de la chambre régionale des comptes de Normandie demande à son premier conseiller Jean-François Lacroix de contrôler les comptes du musée de la sculpture contemporaine de Deauville. Il devra mener cette tâche avec Eglantine de Tournevire, sa collègue. Il lui faudra faire preuve de tact, puisque la directrice du musée, Isabelle Bokor est sur la liste du maire de Deauville, Henri Koutousov, pour les élections régionales, en deuxième place.

Ils débarquent à Deauville alors que l’on annonce l’inauguration d’une nouvelle statue, celle du Jockey, réalisée par le père du maire de la ville. A leur arrivée, Mme Bokor les met entre les mains Jean-Guy Bougival, l’agent comptable. Et la directrice est trop heureuse de leur faire une fleur en les invitant à l’inauguration prochaine.

Le lendemain, deux cents invités se pressent dans les jardins du musée pour l’inauguration. Tout ce qui compte à Deauville se doit d’être présent. On ne parle que du Festival du film qui commence dans quelques jours avec la présence de la star John Baltimore. Soudain, lors du discours du maire, Jean-Guy Bougival s’effondre. Il semble qu’il ait été empoisonné. Le capitaine Arnaud Serano va enquêter et être obligé de le faire avec Eglantine …

Toutes les qualités de son premier roman se retrouvent ici, et en particulier cete facilité de peindre des personnages dont ressort Eglantine, jeune femme espiègle, n’ayant peur de rien. dApoureuse de chevaux, elle a aussi le défaut de tomber facilement amoureuse, et de se plonger dans l’aventure, sans compter. C’est bien pour cela qu’on la retrouve en train d’enquêter avec le capitaine Arnaud Serano.

Je suis vraiment impressionné par la maitrise de l’intrigue, menée non pas tambour battant, puisque c’est un roman policier sans effet superflu, mais avec une logique qui force le respect. On sent que l’auteur a mis beaucoup d’application pour construire son histoire et qu’il y a pris du plaisir, ce que l’on retrouve sans peine dans la lecture.

C’est aussi le style très littéraire qui m’a énormément plu. Alternant les descriptions de Deauville avec des dialogues parfaitement faits, le roman se lit vite et surtout, on se dit qu’il y a une vraie maitrise à dire juste ce qu’il faut quand il le faut. Pour tout vous dire, j’ai pris mon pied à lire ce roman, car pour un deuxième roman, c’est tenu à bout de bras, solidement, avec un style à la fois sautillant, espiègle comme son héroïne, mais aussi avec sérieux et application. Pour autant, le roman n’est pas dénué d’humour et je ne peux que vous conseiller le moment où débarque une baleine sur les plages de Deauville, c’est hilarant !

Ce roman n’est pas à proprement parler un « Whodunit », au sens où on sait plus ou moins qui est impliqué dans ce meurtre, et qui est potentiellement coupable. Mais le mystère est plutôt à chercher du coté des motivations et c’est là que l’on sera surpris car la résolution se révèle encore pire que ce que l’on pouvait imaginer.

James Holin passe donc haut la main l’épreuve du deuxième roman, et je dois dire que le personnage d’Eglantine restera longtemps dans ma mémoire tant j’ai aimé son humour et son inconscience, en même temps que son sérieux et son courage. Je vous encourage fortement à la découvrir dans cette enquête au milieu des stars de Deauville.

Art brut de Elena Piacentini (Ravet Anceau)

Ce roman là, vous aurez du mal à le trouver, car, sauf erreur de ma part, il est épuisé et ne sera pas réédité … pour le moment. Voici donc la deuxième enquête du commandant Pierre-Arsène Leoni, flic d’origine corse en poste à Lille.

D’ailleurs, Ce roman commence avec un Pierre-Arsène en demi-teinte. Il vit avec Marie, rencontrée dans le précédent roman, Un Corse à Lille, et donc, Mémé Angèle, sa grand-mère qui l’a élevé, a décidé de faire ses bagages pour retourner dans son île natale. Ensuite, Marie a décidé de laisser libre cours à son esprit humaniste et s’est envolée pour le Sri Lanka, où elle a ouvert un orphelinat. Heureusement, le travail est là pour occuper son esprit chafouin.

Une statue est déposée devant le Musée des Beaux Arts de Lille. Cette œuvre en trois dimensions est la reproduction du tableau de Francis Bacon, Le pape qui hurle. Sauf, qu’en y regardant de plus près, on s’aperçoit que cette sculpture est faite à partir d’un corps. Voilà une énigme bien étrange, et une étrange façon de montrer un cadavre.

Les pistes sont nombreuses : Est-ce un collectif d’artistes en mal de reconnaissance ? A-t-on voulu faire pression sur le directeur du musée Denis Hennaut, dont le père s’est suicidé après une vente de tableaux de maîtres ? Ou bien la personne visée était-elle tout simplement le corps retrouvé, celui d’une SDF nommé Félix Renan, qui avait des antécédents de pédophile ? Voilà une enquête bien complexe à résoudre.

Pour cette deuxième enquête de Pierre-Arsène Leoni, la part belle est faite à l’intrigue. D’un simple meurtre, l’auteure complique les choses en multipliant les pistes et les personnages de façon à embrouiller le lecteur. Il est à noter que les membres de l’équipe de Leoni prennent de l’importance, leur personnalité prend de l’ampleur. On a vraiment l’impression de vivre au milieu de ce commissariat avec leurs soucis, leurs problèmes et surtout, on a l’impression de les avoir côtoyés depuis toujours.

Si l’enquête parait étrange, le meurtre bizarre, on se dit que la partition qui parait simple est en fait bien compliquée. Le sujet avance surtout grâce à des dialogues très bien faits, qui servent aussi à positionner les psychologies des personnages, et c’est très bien fait ; je dirai même que cette justesse dans la peinture des psychologies humaines est la marque de fabrique de Elena Piacentini.

Et puis, il y a cette incursion dans le monde des arts. Personnellement, je suis une bille en peinture ou en sculpture, mais certains passages décrivant des œuvres d’art sont d’une beauté époustouflante. De même que le personnage de Leoni est d’une humanité attachante. Avec ce deuxième roman, Elena Piacentini signe une enquête policière empreinte d’humanité et de beautés qui lance cette série sur de bons rails.