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Sisters de Michelle Adams

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Nicolas Jaillet

Je vous propose un premier roman anglais, pour changer. Sisters est un pur roman psychologique sous haute tension, laissant planer le doute du début à la fin. Voilà donc une excellente lecture estivale.

Elle s’appelle Irène, mais tout le monde l’appelle Rini. Ce matin-là, allongée à coté d’Antonio, son compagnon, elle est réveillée par son téléphone. Elle aurait préféré ne pas décrocher quand elle entend la voix qui lui parle. C’est sa sœur Eléonore, dit El. Cela fait plusieurs années qu’elle cherche à lui échapper, à s’éloigner d’elle. El lui annonce que leur mère est morte.

Irène vit à Londres. Elle est docteur anesthésiste dans un hôpital. Elle a été abandonnée à l’âge de trois ans par ses parents, qui l’ont confiée à leur tante Jemami. Il est peut-être temps de découvrir, à 33 ans, la raison de cet abandon. Elle réserve un billet pour Edimbourg, alors qu’Antonio, toujours prévenant, lui conseille d’aller à l’enterrement, ne serait-ce que pour saluer une dernière fois sa mère.

A l’aéroport, El l’attend. Elle est toujours aussi belle, comparée à elle qui est boulotte et qui boite, la faute à cette grave blessure qui a imprimé deux grandes cicatrices sur l’aine. Alors qu’Irène veut aller à l’hôtel, El lui annonce qu’elle dormira dans leur propriété à Horton. El est joyeuse, volubile, alors que leur père ne lui adresse pas un mot. Dans cette grande demeure, l’ambiance est glaciale. Irène va tout faire pour reconstituer son passé.

Pour un premier roman, c’est une formidable réussite. On entre tout de suite dans le vif du sujet, puisque cela démarre par le coup de fil d’Eleonore et dès le deuxième chapitre, cela m’a accroché avec une simple phrase de Rini : « Je suis sûre que c’est El qui l’a tuée ». On pourrait penser que l’auteure prendrait son temps pour installer la psychologie des personnages. Il n’en est rien : elle décide de rentrer dans le sujet et cette célérité va rapidement nous mettre mal à l’aise.

Car on a vite compris que Rini a été confiée à sa tante pour éviter la folie violente de sa sœur. Pourtant, Rini attend qu’El pète les plombs, et c’est avec une grande appréhension qu’elle va passer quelques jours avec elle. Et en fait, elles vont faire un peu la fête jusqu’à l’enterrement voire après. Et Rini va insister pour découvrir pourquoi elle a été abandonnée. Quant au lecteur, il va se rendre compte que rien n’est aussi simple qu’il n’y parait. Car Rini s’avère aussi un personnage plus trouble qu’on ne peut le laisser paraitre, moins lisse que ce qu’elle montre.

Avoir choisi la première personne du singulier pour raconter cette histoire est une excellente idée, puisqu’elle avait besoin de subjectivité pour cette intrigue, en ne montrant qu’un seul point de vue. En ajoutant quelques souvenirs, sous forme de flash-back, cela ajoute de l’épaisseur à la psychologie des personnages. Michelle Adams a bien intégré les codes du genre jusqu’à une solution que nous n’aurions pas pu deviner. Et il y a ce style, d’une simplicité apparente, fait de courtes phrases, qui ajoute une sorte de tension dans la lecture qui ne mollira tout au long du roman. Ce roman s’avère une belle découverte, qui attise ma curiosité quant à son deuxième roman. A suivre !

Week-end Piacentini : Carrières noires d’Elena Piacentini

Editeur : Au-delà du raisonnable ; Pocket (Format poche)

Ça y est, je suis à jour à propos des enquêtes de Pierre Arsène Leoni ! Vous les trouverez donc toutes chroniquées et je vous les rappelle dans l’ordre :

Un corse à Lille

Art brut

Vendetta chez les Ch’tis

Carrières Noires

Le cimetière des chimères

Des forêts et des âmes – Coup de cœur Black Novel

Aux vents mauvais (Paru le 5 janvier 2017)

Joséphine Flament, que tout le monde appelle Josy, est une soixantenaire bonne enfant. Elle n’est pas le genre à se prendre la tête, ni avec le quotidien, ni avec des hommes. C’est pour cela qu’elle vit avec ses amies d’enfance Chantal et Marie-Claude, dans sa petite maison. Alors qu’elle faisait le ménage chez la sénatrice Justine Maes, Josy découvre une forte somme d’argent qu’elle rend à sa propriétaire.

Mais elle a l’occasion de découvrir où se situe le coffre fort. Elle imagine alors un plan, qui consisterait à vider le coffre pour offrir à ses amies une maison à La Panne. Comme elle connait Angelo, un petit braqueur, elle lui demande de l’aide. Celui-ci lui apprend comment ouvrir le coffre et Josy arrive à mettre la main sur son contenu : de l’argent, des bijoux et des documents.

Pierre-Arsène Leoni s’est mis en disponibilité de la police suite à la mort de Marie, sa femme et mère de sa fille. Il envisage de retourner dans son île natale, la Corse, avec sa grand-mère Mémé Angèle. Alors qu’il attend le début d’un concert avec Eliane Ducatel, son amie médecin légiste, la sénatrice qui doit faire un discours se fait attendre. Quand ils se rendent chez elle, juste à coté, ils s’aperçoivent qu’elle est morte. Et quand le téléphone sonne, Eliane prend le combiné et tombe sur un maître chanteur qui demande de l’argent contre les documents. Il semblerait bien que ce soit un meurtre …

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Je trouve qu’avec ce roman, Elena Piacentini a franchi un cap. Elle garde ce talent de peindre des personnages à la psychologie si fouillée, mais je trouve qu’elle a acquis une sorte d’efficacité qui fait que ce roman policier est impossible à laisser tomber. Car si l’intrigue peut sembler simple au premier abord, il nous réserve bien des surprises tout au long de ces pages si bien écrites.

La première partie est consacrée à Josy et à la sénatrice Justine Maes. On y plonge dans le monde des petites gens d’une part, puis dans le monde des magouilles politiques d’autre part. Et ce n’est qu’après un peu moins de 100 pages que Pierre-Arsène Leoni fait son entrée avec une Eliane plus dégourdie et craquante que jamais. Et c’est tout l’art des dialogues d’Elena Piacentini qui apparait, car Eliane et Pierre-Arsène forment un couple à la fois excitant et drôle ! La dernière partie va se dérouler dans les carrières de craie de Lezennes, qui forment un véritable labyrinthe, dans lequel les policiers vont chercher des enfants disparus. Mais c’est aussi un endroit montré sombre et stressant par l’auteure, et ces pages m’ont crispé au livre !

Ce roman tient à la fois sur l’intrigue et sur la façon dont Pierre-Arsène et Eliane vont démêler la pelote, mais aussi sur ces formidables personnages dont on est toujours triste de quitter à la fin. Avec ce roman, Elena Piacentini nous démontre de belle façon qu’elle est une grande du roman policier et qu’avec ce roman, elle semble entamer un deuxième cycle, chez un nouvel éditeur (Au-delà du raisonnable) après avoir sorti trois tomes chez Ravet-Anceau.

Coup de foehn de Franck Membribe (Editions Krakoen)

Voici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.