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Moi, président de Mathieu Janin

Editeur : Le serpent à plumes

Collection : Serpent noir

Oyez, braves gens ! Le serpent à plumes est de retour ! Cette collection qui nous a fait découvrir Mons Kallentoft (entre autres) revient et sort un polar, pur roman politique sur un candidat aux élections présidentielles. Avec ce premier roman, Mathieu Janin réalise un coup de force.

Mai 2017. Nous sommes dans l’entre-deux tours des élections présidentielles. Après avoir remporté les primaires de la Droite face aux ténors de la politique, Jean Jacques Vautier, Député-maire de la petite ville de la région parisienne Bezous-sur-Seine se retrouve face au président sortant, un certain François Hollande. Il faut dire que son discours ultra sécuritaire et ses méthodes musclées de gérer sa ville ont séduit les Français.

Joachim Marx est lieutenant de police et travaillait au 36 Quai des Orfèvres. Etant obsédé par deux choses dans la vie, le sexe et son travail, il a malheureusement baisé la fille d’un important personnage de la république et s’est retrouvé muté à Bezous-sur-Seine. Lors d’un interrogatoire d’un petit voleur soupçonné d’avoir participé à un vol d’un camion de cigarettes, Ben Kader se met à table contre sa libération et dénonce Vautier qui aurait commandité des agressions et des incendies de véhicules pour justifier sa politique musclée la création d’une milice de sécurité.

Il s’appelle Nikos Aliagas et pour lui, c’est plutôt une malédiction. Il n’a aucune parenté avec la vedette de la télé, et son homonymie ne l’a pas aidé à devenir un grand reporter. Il travaille d’ailleurs au Francilien et écrit des articles locaux. Forcément, il va couvrir ces élections présidentielles et son art d’interroger les gens va l’aider à mettre à jour ces magouilles.

Pour un premier roman, c’est une franche réussite. Car avec ces trois personnages principaux, on a l’occasion de fouiller et comprendre comment fonctionne le domaine de la politique, du journalisme et de la police et surtout leurs interactions. Certes, leur psychologie est décrite dans le détail dès leur apparition dans l’histoire, et on pourrait le regretter. Mais en réalité on est vite plongé dans une intrigue locale aux répercussions nationales. En parlant de personnages, de nombreux autres gravitent autour de Vautier, Marx et Aliagas, et il faut un peu s’accrocher au début. Par contre, tous sont très bien dessinés et ont leur propre vie et leur propre raison d’apparaitre dans le livre.

En ce qui concerne l’intrigue, même s’il ne se passe pas grand’ chose, il y a suffisamment de rebondissement, savamment distillés pour que l’on ait envie de plonger un peu plus avant dans la fange. Le roman est rythmé par les jours qui nous séparent de l’élection du deuxième tour, et les scènes sont courtes, quelques pages, ce qui donne un certain rythme à la lecture.

Enfin, en ce qui concerne le style, je dois dire qu’il alterne entre la dérision, le cynisme et le sérieux. Certaines remarques acerbes vont vous amener un petit sourire vicieux au bord des lèvres. Mais l’ensemble est plutôt sérieux et bien écrit, bien décrit. Personnellement, j’aurais aimé plus de mordant. Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et surtout, je note le nom de l’auteur pour son prochain roman, car il doit y en avoir un autre ! Tous les ingrédients du polar politique sont là, bien présents, bien faits, et cela mérite un autre roman, pas une suite, mais un autre sujet traité avec autant de sérieux et de respect envers les grands anciens du genre.

Installation de Steinar Bragi (Métailié noir)

Peut-on réellement résister à une telle quatrième de couverture ? Un roman qui parle d’ultra sécurité, de la transformation de la société, de la déshumanisation. Voilà les raisons qui m’ont poussé vers Installation.

Eva Einarsdóttir se sépare de son fiancé et rentre chez elle en Islande après avoir vécu à New York. Elle a connu un drame trois ans auparavant, ayant perdu son bébé de deux mois. De retour dans son pays natal, elle emménage dans un appartement ultra sophistiqué, avec toutes les nouveautés en terme de sécurité et de technologie. Mais son pays a bien changé, les pêcheurs ont disparu et cadres de banques et traders ont envahi la ville.

En contrepartie de cet appartement, elle doit s’occuper des plantes et du chat. Sauf qu’il n’y a ni plantes, ni chat dans le logement. Dans la chambre, au plafond, une moulure en plâtre en forme de masque semble la regarder. Difficile de dormir avec cette menace en face d’elle. Dans cette tour, seuls quelques habitants résident là. A commencer par une voisine qui devient très vite envahissante. Sans compter le gardien, qu’elle peut regarder à l’aide d’une caméra et qui se masturbe la nuit. Ainsi que des voisins, un couple, dont les conversations sont bien étranges.

Petit à petit, Eva va se renfermer sur elle-même, ne vivant que par les informations qu’elle regarde sur Internet, la télévision ou le programme qui retransmet les caméras de surveillance de la résidence. Les cauchemars apparaissent, la solitude s’installe comme quelque chose de rassurant, et elle se retrouve enfermée dans une tour qui ressemble à elle-même.

De la vie de Eva, on découvre petit à petit les événements, ceux d’une jeune artiste fainéante superficielle. Ce qu’elle reproche aux autres, c’est aussi ce qu’elle est elle-même. Puis le mystère s’installe, les voisins font connaissance, disent des choses qui sont en contradiction de ce qu’elle apprend le lendemain. Même l’amie de son ami, celui qui la loge, s’avère morte, suicidée.

L’ambiance devient bizarre, glauque, jusqu’à la deuxième partie où on navigue entre rêve et réalité, entre délires alcooliques et actes idiots voire dangereux. Les pièces changent de couleur, changent de forme, Eva subit des violences ou bien ce ne sont que des punitions. Est-elle victime de ses rêves, de ses désirs ou de séquestration. On nage en plein surnaturel jusqu’à un final surprenant.

Ce programme parait bien alléchant. Mais c’est sans compter l’écriture, bourrée de fautes de grammaire, de mots mal utilisés, ou de mots utilisés à la place d’autres. Est-ce de la faute de l’auteur ou bien du traducteur ? Je ne sais pas, mais certains passages sont agaçants, certaines expression involontairement amusantes et m’ont sorti de cette histoire. C’est en tous cas une histoire pas comme les autres, bigrement originale à mi chemin entre un huis clos et du David Lynch, dont je ne suis pas sur d’avoir compris la fin. Je n’ai pas trop aimé celui là, mais je relirai probablement son prochain roman.