Archives du mot-clé Serial killer

Un fantôme dans la tête de Alain Gagnol (Le Passeur Editeur)

C’est surtout la curiosité qui m’a poussé à lire ce roman. Je ne connaissais pas l’univers d’Alain Gagnol mais cet auteur n’en est pas à son coup d’essai. La quatrième de couverture faisait état d’un flic déprimé, aux prises avec sa femme divorcée et sa fille en pleine crise d’adolescence. Je me demandais bien comment il allait s’en sortir, avec un sujet aussi classique et déjà largement exploité. Ma foi, c’est un très bon polar.

Un tueur en série sévit à Lyon, en s’attaquant à de jeunes femmes adolescentes. Les scènes de meurtres sont une véritable boucherie, puisque le monstre les dépèce avant de les violer. L’enquête revient à Marco Benjamin, qui a la quarantaine et au moins autant de problèmes personnels. Divorcé de sa femme Caroline, il a bien du mal à maitriser sa fille Chloé, qui sort souvent et qui n’en fait qu’à sa tête.

Le commissaire Massé convoque Marco et lui annonce que la femme du préfet voit un guérisseur voyant qui se dit prêt à aider la police. Alors qu’une jeune Jennifer vient de disparaitre, il se rend dans une ferme pour y rencontrer le diseur de bonne aventure, et se retrouve face à un homme ressemblant à Jésus. Il lui indique sur une carte l’endroit où trouver Jennifer, qui est, selon lui, encore vivante.

Quand il arrive sur place, Jennifer est suspendue et dans un sale état. Marco fera tout pour essayer de la détacher mais il échoue et elle meurt dans ses bras. C’est le début de sa descente aux enfers. Il est mis en congés, doit voir un psychologue et envisage de se suicider. Trop lâche pour ça, il décide de se créer un site relatant les aventures d’un super héros, Suicide Man, dont le drame est de vouloir se suicider sans jamais y arriver puisqu’il ne peut pas mourir.

Etrange, ce roman est étrange. Autant la première partie, bien menée, est d’une facture fort classique, autant par la suite, ça décolle vraiment. En effet, au début, on a notre personnage principal qui nous raconte à la première personne du singulier sa vie et son enquête. Or, les flics déprimés, attirant tous les malheurs du monde sur sa tête, cela court les polars. Et dans le genre, il est bien difficile de faire mieux que Jack Taylor.

J’ai oublié de préciser que le premier chapitre nous décrit une des victimes avec tous les détails qui vont bien, et je dois dire que j’ai passé pas mal de paragraphes car je ne suis pas à l’aise avec ce genre de scènes gore. Pour finir la première partie, on arrive sur cette scène où Marco se retrouve à prendre Jennifer, pendue, dégoulinante de sang, dans ses bras, pour essayer de la sauver.

Puis on entame la deuxième partie (le livre en comporte cinq), et là, il m’a semblé que, avec l’apparition de Suicide Man, l’auteur se libérait. Les scènes sont mieux montées, Marco devient attachant, et surtout, l’humour devient très noir et très cynique. Même les personnages secondaires participent au délire, avec une mention spéciale pour le psychologue, fan de comics et qui passe ses séances à parler BD au lieu de soigner notre lieutenant de police.

Il semblerait que l’auteur ait eu besoin de ce super héros fantoche pour lâcher son intrigue, et se lâcher par la même occasion. Imaginez un instant un homme, affublé d’un T-shirt de Superman et d’un masque noir à la poursuite d’un assassin dans les rues de Lyon ! Dans cette partie là aussi, on se rend compte que les dialogues sont remarquablement faits, et que les scènes se suivent avec une logique et une vitesse telle, que quand on s’en rend compte, on a déjà tourné la dernière page.

C’est donc une excellente surprise que ce roman. Il possède ce petit grain de folie, ce petit quelque chose qui fait que l’on est accroché et qu’une fois pris dans l’engrenage, on a du mal à le refermer. Pour vous illustrer mon propos, j’ai lu d’une traite les 250 dernières pages, et je ne le regrette pas !

Ne ratez pas le coup de cœur de l’ami Claude et l’avis plus mitigé de Bobpolar.

Un père idéal de Paul Cleave (Sonatine)

un père idéal

Après Un employé modèle, premier thriller de Paul Cleave, il fallait absolument que je lise le deuxième tant l’originalité et le cynisme du premier m’avait plu. Eh bien, celui-ci est totalement différent, avec des ressemblances.

Edward n’a pas eu une vie facile. Ayant passé une enfance heureuse, son père Jack se fait arrêter devant sa famille. Edward, qui a 9 ans, restera marqué par cet événement. Son père est condamné à perpétuité pour avoir assassiné 11 prostituées, et tout le monde va faire le parallèle entre Jack et Edward. Un an plus tard, sa mère mourra par suicide et sa sœur deviendra prostituée droguée et mourra d’overdose. Elevé par ses grands parents, il va se reconstruire.

Vingt ans plus tard, Edward vit heureux entouré de sa femme Jodie et de sa fille Sam. Il est devenu comptable, comme sa femme mais ils ne travaillent pas dans la même entreprise. Au moment de Noel, qui est très chaud en nouvelle Zélande, ils envisagent de changer de maison, acheter quelque chose de plus grand avec au moins une pièce supplémentaire.

Ils prennent rendez vous à la banque pour se renseigner sur leur futur emprunt. A ce moment là, six truands entrent pour braquer la banque. Ils assomment le vigile, et descendent le responsable de la banque. Pour ressortir, ils envisagent de prendre en otage une caissière. Edward, n’écoutant que son courage, leur demande de partir puisqu’ils ont ce qu’ils veulent. Ils décident alors de prendre Jodie en otage et lui tire dans le dos devant la banque. Fou de douleur, il doit gérer sa nouvelle vie sans Jodie. La police n’avançant pas assez vite, il se demande s’il ne doit pas les chercher lui-même, jusqu’à ce que son père lui téléphone pour la première fois depuis vingt ans.

Ce n’est pas facile d’avoir un père serial killer. Tout le monde pense alors que vous ètes comme lui, ou que ce n’est qu’une question de temps, que votre destin est de suivre les traces sanglantes de votre généalogie. Le drame qui lui tombe dessus va chambouler sa petite vie et le plonger dans un enfer qu’il a toute sa vie cherché à éviter.

La première partie de ce livre est tout bonnement bien faite, et ce roman est à la fois comparable à son précédent roman, Un employé modèle et très différent. Comparable au sens où c’est un roman qui oscille entre roman noir et thriller, où la qualité de l’intrigue et de l’écriture fait qu’on tourne les pages très rapidement sans avoir envie de s’arrêter. Différent, au sens où il n’y a plus cet humour noir voire ce cynisme que j’avais adoré dans le premier. Et Paul Cleave s’avère aussi doué et à l’aise dans les dialogues, que dans les scènes intimistes ou les scènes d’action.

Si on lit ce roman au premier degré, on se retrouve avec un roman course poursuite où le chasseur devient le chassé, avant de redevenir le chasseur. Au second degré, l’auteur ne tombe pas dans le piège de l’apologie de la vengeance, grâce à des scènes de meurtres quelque peu humoristiques dans le style « je ne l’ai pas fait exprès », et c’est tant mieux à mon goût car moins subversif.

Si ce n’est pas un chef d’œuvre, ce roman est un excellent divertissement, un Page-turner impitoyable, un appel à des nuits blanches. L’intrigue me semble mieux construite, la spirale infernale fort bien construite, et la narration orientée vers la psychologie de Edward. C’est une nouvelle démonstration que Paul Cleave sait partir d’une idée originale pour en faire des romans passionnants. Il est à signaler tout de même quelques scènes sanglantes à ne pas mettre entre toutes les mains.

Une enquête philosophique de Philip Kerr (Editions du Masque)

Bien que je connaisse Philip Kerr pour sa trilogie berlinoise, que j’ai achetée et que je n’ai pas encore lue,  voici une réédition d’un de ses romans qu’il a écrit en 1992, et qui se passe en 2013. Et c’est impressionnant.

Nous sommes donc en 2013, en Grande Bretagne. Un programme appelé Lombroso, mis en place par une société privée, et appuyé par le ministère de l’intérieur, a permis de déterminer un facteur qui prédétermine les gens potentiellement violent, voire appelés à devenir des psychopathes. Sur la base du volontariat, celui-ci permet de tenir un listing de ceux que l’on appelle les NVM-négatifs.

L’inspecteur principal « Jake » Jacowicz est en charge d’une enquête sur le tueur au rouge à lèvre. Alors qu’elle est plutôt cantonnée sur des affaires dont les victimes sont des femmes, elle va être choisie par le ministre pour s’occuper d’un meurtrier qui élimine les NVM-négatifs. Celui-ci les abat de six balles dans la tête, tirées avec un pistolet à gaz.

Jake est une femme qui déteste les hommes. Elle n’est pas non plus lesbienne, mais les trouve trop linéaires, pas assez logiques, comme s’ils étaient revenus des bêtes. Avec sa sensibilité et son opiniâtreté,  elle va rechercher celui qui se fait appeler Wittgenstein, un tueur érudit, qui va justifier ses actes au nom de la philosophie et de son rôle dans la société.

Hallucinant ! C’est le premier terme qui me vient à l’esprit en refermant la dernière page de ce roman. Car, bien qu’il ait été écrit il y a vingt ans, le sujet est d’une actualité confondante. Pas de véhicules volants ici, Philip Kerr nous décrit un monde qui est finalement le nôtre aujourd’hui, et on ne peut que penser qu’il est doué d’une qualité de visionnaire, tant on a l’impression que ce roman pourrait être écrit aujourd’hui.

Et que dire du personnage de Jake, cette femme désagréable mais douée, qui déteste les hommes parce que … (je ne peux pas vous le dire, désolé !), mais qui pour autant est parfaitement consciente de ses faiblesses. Philip Kerr sait éviter les poncifs qui auraient fait de ce portrait une démonstration balourde. Tout se justifie par ses pensées mais aussi par son dialogue avec le meurtrier, par chapitres interposés.

Car la construction est alternée entre Jake et le meurtrier, ce qui donne des allers retours entre l’enquête et les pensées les plus intimes du tueur. Cela permet d’aborder de nombreuses pensées philosophiques (d’où le titre) qui vont de la vie à la mort, de la culpabilité à Dieu, mais surtout la faculté d’une société à fabriquer ses propres monstres au travers de ce dispositif permettant de prédéterminer les individus potentiellement dangereux.

Ne venez pas y chercher un roman d’action, mais un roman qui va vous faire réfléchir, au travers de sujets contemporains. Même si certains passages sont un peu longs, ils sont toujours justifiés, l’ensemble est tout bonnement hallucinant, car je n’ai jamais rien lu qui s’en rapproche. Et cela m’a démontré que la philosophie est un domaine passionnant. Peut-être faut-il faire lire ce roman à tous les étudiants qui préparent le BAC ?

Je m’aperçois que je ne l’ai jamais dit : Un grand merci à Anne Blondat pour toutes ces découvertes !

Maelstrom de Stéphane Marchand (Flammarion)

Alors que j’avais fait un petit clin d’œil à mon ami Bruno et son blog Passion Polar à propos d’un jeu pour gagner Maelstrom de Stéphane Marchand, l’auteur m’a gentiment offert son roman dédicacé. Voici donc ce thriller prenant.

Tout commence avec le meurtre de Robert Galway. Adepte des plus incroyables sports à haute sensation, il a été jeté du 52ème étage pour un dernier saut à l’élastique avec un lest de 30 kilogrammes, et s’écrase sur le trottoir. Dexter Borden du FBI se retrouve sur le coup et trouve un indice lui demandant de contacter un écrivain en manque d’inspiration : Harold Irving. Il l’appelle au téléphone mais celui-ci a toutes les difficultés à répondre : il est menotté à son lit.

En effet, Harold vient de passer une nuit de folie avec une prostituée du nom de Katsumi. Celle-ci l’a attaché au lit et lui a fait l’amour dans toutes les positions, tout en le filmant avec un caméscope. Quand Dexter débarque chez Harold, il est écrit au mur en lettres de sang : « Je suis venu vous dire que vous allez mourir », et c’est signé Le Maestro. Puis tout leur est expliqué dans un message : Ils doivent lui obéir sinon il fera exploser des bombes. D’autres cadavres vont suivre avec des indices. A eux de trouver la clé de l’énigme s’ils veulent le rencontrer.

Le Maestro connaît tout d’eux et a tout prévu. Il leur annonce qu’il sait que Dexter est homosexuel et que personne au FBI ne le sait. Il sait que Harold a abusé de drogues et d’alcool et qu’il a oublié son passé et qu’il faudra qu’il fouille sa mémoire. Il a embauché une experte légiste, Franny Chopman, qui fera les autopsies pour eux. Ils n’ont qu’à se laisser mener et obéir. Le jeu de pistes ne fait que commencer. Et Harold va être obligé de retourner vers un passé cauchemardesque.

Ce roman a tous les ingrédients du page turner (comme ils disent de l’autre coté de l’Atlantique) : Un tueur machiavélique bigrement calculateur, un mystère lié au passé, un héros (?) amnésique au cœur du massacre, un flic impliqué malgré lui dans l’affaire, des belles jeunes femmes, et une action qui se situe aux Etats-Unis. Le mot d’ordre est l’action, la rapidité, alors l’auteur écrit des phrases courtes, de courts dialogues, des chapitres courts, et ça se lit bigrement (trop ?) vite.

Contrairement à ce qui est écrit sur la couverture, où il est marqué Thriller, j’ai plutôt eu l’impression de suivre une enquête, mouvementée certes, plus qu’un bouquin sous haute tension. Cela est peut-être du au fait que je l’ai lu pendant le week-end de la Pentecôte et que j’étais détendu ! Le style de l’auteur vise le rythme, avec peu de place à des descriptions, des chapitres courts passant d’un personnage à l’autre. Ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment bien dessinés pour qu’on ne soit pas perdus. Je m’attendais aussi à des scènes sanglantes, mais je dois dire que c’est très acceptable, je ne me suis jamais caché les yeux, je n’ai pas sauté de passages.

Au global, ce fut une lecture très distrayante sur une affaire bien mystérieuse et il m’a manqué quelques petits trucs pour être complètement emporté : tout d’abord, les lieux sont peu décrits et d’ailleurs je me demande pourquoi l’auteur a situé le roman aux Etats-Unis. Ensuite, j’aurais aimé plus de présence et d’épaisseur pour les personnages féminins, Franny et Katsumi. Enfin, l’indice final pour trouver le Maestro m’a semblé tomber comme un cheveu sur la soupe. Par contre, la fin est génialement bien trouvée. Bref, lisez ce roman, c’est un bon thriller à apprécier avec un jus de tomate bien rouge.

Deux avis complémentaires sont disponibles sur le net chez Oncle Paul et Dup.

Psychose de Robert Bloch (Moisson rouge)

Coup de coeur ! Les éditions Moisson Rouge ont la très judicieuse idée de rééditer cet excellent polar qu’est psychose, dont le film est unanimement reconnu comme un chef d’œuvre. Courez acheter ce roman, sans aucune hésitation.

Est-il vraiment besoin de rappeler l’histoire, que tout le monde a vu au cinéma ou à la télévision ? Pour faire simple, Mary travaille dans un cabinet d’avocat et vole une enveloppe contenant 40 000 dollars qu’elle devait emmener à la banque. Elle part rejoindre son amoureux, Sam, qu’elle voudrait épouser mais qui est endetté avec la quincaillerie familiale. Sur la route, elle s’arrête dans un motel tenu par un jeune homme solitaire de quarante ans, qui vit avec sa mère. Norman Bates subit les attaques incessantes de sa mère qui est acariâtre, autoritaire et folle à lier. Dans la nuit, la mère tue Mary et Norman se retrouve obligé de faire disparaître le corps. Sam va chercher à comprendre où est passée Mary, aidé par Lila, la sœur de Mary.

Comme je le disais, vous avez sûrement vu le film, mais moins sûrement lu le livre. Quelle erreur ! Si la trame du film suit l’intrigue du livre, de nombreuses scènes ou dialogues viennent compléter l’œuvre de Sir Alfred Hitchcock. Le maître du suspense a su mettre en évidence toutes les qualités du livre, en apportant sa touche personnelle sur les scènes chocs. En lisant ce livre, je ne peux m’empêcher de penser qu’il était aisé de faire un chef d’œuvre cinématographique, car le roman est exceptionnel.

Car le roman est réellement fantastique. D’un fait divers réel, Robert Bloch a crée un roman à suspense, à haute tension, ménageant de façon extraordinaire une fin très inattendue. Il parsème les indices de façon à la fois minutieuse et pleine d’humour (noir bien entendu), qui donne envie de relire le livre une fois tournée la dernière page. Les scènes s’enchaînent, faisant monter et le mystère, et le stress, jusqu’à la dernière phrase …

La psychologie est minutieusement détaillée, surtout sur la base de réactions ou d’actes, sans oublier les dialogues, qui sont écrits avec une précision et une véracité diabolique. Chaque chapitre propose la vision d’un personnage influent de l’histoire, ce qui fait que l’intrigue avance sans heurts, et que l’on est littéralement projeté dans les personnages. C’est impressionnant de maîtrise, c’est aussi une expérience de lecture inédite.

C’est donc une riche idée d’avoir réédité ce roman, et il me reste à ajouter que la préface de Stéphane Bourgoin nous présente le cas de Ed Gein, le boucher de Plainfield qui a inspiré Robert Bloch et que c’est tout bonnement hallucinant. Enfin, il y a une interview inédite de l’auteur qui vaut le détour surtout pour les anecdotes concernant Sir Alfred. Ce roman n’est pas seulement un livre culte, c’est un roman fantastique.

Totally killer de Greg Olear (Gallmeister-Americana)

Après le billet de Richard, il fallait bien que je lise ce roman, qualifié de politiquement incorrect. Avec un sujet dont l’idée, déjà vue, se révèle intéressante, cela faisait suffisamment de raisons pour découvrir Greg Olear.

Todd Lander se souvient. Il lui aura fallu 18 années pour oser coucher sur papier la vie qu’il a connue en 1991. A l’époque, il venait de finir ses études, rêvait de travailler dans le show business comme acteur ou comme scénariste. 1991, c’est aussi la guerre du Golfe, le père Bush aux commandes du pays et la crise économique qui laisse sur le carreau toute une génération de jeunes gens diplômés, ce qui créé chez eux une haine des baby-boomers.

En 1991, Todd vit de petits boulots, et partage son appartement avec Taylor Schmitt, une jeune femme belle et excitante, bourrée d’ambition. Taylor veut travailler dans le monde de l’édition et fait tous les bureaux de placement. Mais la réponse est toujours la même : « laissez nous votre adresse et on vous écrira ». Un matin, elle trouve une invitation d’une nouvelle agence Quid pro quo, dont le slogan est : « Un job pour lequel vous seriez prêt à tuer ».

Chez Quid pro Quo, elle rencontre Asher Krug, un cadre très élégant dont elle s’éprend. Du jour au lendemain, Taylor est placée chez un éditeur, pour un salaire beaucoup plus élevé que ce qu’on lui propose ailleurs. Elle est immédiatement en charge de la promotion d’un nouveau roman. Quid pro quo lui demande en contrepartie de ce travail, 20% de son salaire et une tâche et une seule : le licenciement d’une personne, c’est-à-dire l’assassinat de celle-ci.

A lire tous les billets qui fleurissent sur le net à propos de ce livre, on finit par se faire une idée préconçue de l’intrigue. Je dois dire que j’ai été un peu surpris, je m’attendais à un roman à l’humour débridé, très cynique et inconvenant. J’y ai plutôt trouvé un premier prometteur, une belle analyse de société et un auteur qui sait faire vivre ses personnages et qui sait sacrément bien écrire.

Car si le sujet est annoncé en quatrième de couverture, à savoir pourquoi ne pas tuer nos aînés pour que les jeunes aient du travail, j’ai trouvé un intérêt ailleurs dans cette intrigue : un très beau portrait de jeunes gens perdus face à leur entrée dans le monde du travail. Que ce soient Todd ou Taylor, nous avons deux personnages vivants, confrontés à leurs incertitudes, leurs doutes, leurs difficultés de tous les jours. Les Américains sont très forts quand il s’agit de parler d’eux-mêmes, mais quand c’est un premier roman, ça force le respect.

Et puis il y a le contexte. Sans être lourd ou répétitif, Greg Olear nous montre comment la vie était il y a vingt ans, seulement vingt ans ! Les gens sont les mêmes, les crises économiques sont les mêmes, les gens qui cherchent du travail sont les mêmes, mais la société a évolué d’une façon incroyable. Il sait nous plonger dans le passé de façon remarquable, avec ce détachement et parfois cette petite dose de cynisme qui fait sourire.

C’est aussi une belle démonstration de la guerre des générations, qui existait avant, qui existe aujourd’hui et qui existera demain. Place aux jeunes ! Et les personnages nous font des démonstrations tellement logiques que cela dépasse le simple coup de force littéraire, et il faut une bonne dose d’humour noir pour accepter certaines phrases qui vont du pur racisme à la logique de meurtres des gens haut placés. Ce n’est pas désagréable, mais surprenant de lire cela alors que l’on sort de vingt pages « sérieuses ». C’est un livre vraiment particulier qui donne à réfléchir. Et malgré quelques longueurs et un égocentrisme appuyé, c’est un bon premier roman qui laisse augurer une oeuvre à venir intéressante de Greg Olear.

Alors, n’y cherchez pas un thriller, mais une belle plongée dans les années 90, un roman à ne pas prendre au sérieux mais avec quelques belles réflexions. Et puis, cela vous donnera sûrement envie de lire Le couperet de Donald Westlake (qui est un chef d’oeuvre, plus que le film) dans le genre cynique, Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron dans le genre délirant ou Mort aux cons de Carl Aderhold pour rire et réfléchir.

De nombreux avis sont disponibles sur la toile, et parmi eux ceux des collègues Jean Marc et Jeanne. A vous de vous faire un avis.

Leviatemps de Maxime Chattam (Albin Michel)

Je ne suis pas un fan de Maxime Chattam, ayant essayé plusieurs fois ses romans sans avoir été convaincu. C’est sur la recommandation de Dup de Book en stock que je me suis attaqué au dernier en date : Léviatemps.

Nous sommes en plein Paris, en 1900, alors que l’exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes. Guy de Timée est un journaliste reconnu, devenu romancier à succès, qui connaît le drame de la page blanche. Son inspiration s’est tarie, et pourtant sa volonté est de pouvoir écrire un livre à l’égal de Arthur Conan Doyle, qui représente tout ce vers quoi il veut tendre.

Pour retrouver son inspiration, il va falloir qu’il se plonge dans les bas-fonds de Paris, pour se mettre en danger, mais aussi pour rencontrer la matière même de sa future œuvre. Du jour au lendemain, il abandonne sa femme et sa famille et loge dans le grenier d’une maison close, chez Julie de Sailly. C’est une maison de bonne réputation où une partie des bourgeois viennent pour assouvir leurs besoins sexuels, ou pour faire bonne figure en société en bonne compagnie.

Un soir, l’une des jeunes prostituées Milaine est retrouvée assassinée. Son corps est tendu en arc de cercle, sa peau sue du sang et ses yeux sont complètement noirs. Quand la police débarque, l’interrogatoire montre que les deux policiers n’en ont rien à faire de cette affaire. Par contre, le sens de leurs questions montre qu’ils ont connu un ou des cas similaires vers la rue Monjol, dans un quartier situé derrière Ménilmontant où tous les pauvres habitent dans des conditions déplorables.

Guy va alors prendre en charge l’enquête, aidé par Faustine, l’une des pensionnaires de la maison close et de l’inspecteur Perroti secrètement amoureux de Milaine. Ils vont se rendre compte que le cas de Milaine n’est pas le seul, qu’il y a au moins trois meurtres horribles qui sont survenus dans les deux derniers mois. La traque du mal peut donc commencer dans le Paris du début du siècle dernier.

Maxime Chattam est reconnu pour être un auteur dont l’obsession est le mal et qui sait raconter des histoires avec des personnages à la psychologie complète (à défaut d’être complexe, mais c’est mon avis). J’ai commencé par l’âme du mal, que je n’ai jamais fini car c’était trop sanguinolent pour moi, j’ai lu avec plaisir Les arcanes du chaos même si c’était très loin de l’extraordinaire Le bibliothécaire de Larry Beinhart (sur un sujet similaire) et j’ai détesté Prédateurs que j’ai trouvé trop gratuitement démonstratif. Dup m’avait assuré que celui-ci n’était pas sanguinolent, et son article m’a convaincu de me jeter à l’eau.

Eh bien, ce roman est le meilleur que j’ai lu de lui. Je me suis laissé prendre par l’intrigue, bien menée grâce à un personnage principal dont les qualités d’auteur ont permis à Maxime Chattam de construire son livre. Guy a une façon d’approcher la psychologie du tueur en s’appropriant ses faits. Avec son esprit de déduction, il arrive ainsi à avancer, grâce aussi à son double féminin Faustine. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces aventures, car je dois reconnaître que le style est fluide, facile à lire, avec des dialogues toujours justes.

Ce roman est aussi un hommage aux romans populaires avec un héros qui se cherche, en suivant une ligne qui le mènera au pire. Avec un héros profondément bon attiré par le mal, aidé de deux acolytes qui le soutiennent et le poussent, on retrouve tous les ingrédients pour passionner le lecteur dans un cadre magistral : celui du Paris du début du vingtième siècle et ses innovations qui vont bouleverser le monde moderne tel que nous le connaissons.

Maintenant que j’ai listé les arguments positifs, voici ceux pour lesquels je mets un bémol pour ce roman. Le contexte justement me parait esquissé, j’aurais aimé plus de descriptions de ce Paris de l’exposition universelle, plus que ces quelques touches par ci, par là. On est loin d’un roman comme l’Aliéniste de Caleb Carr par exemple, qui nous plonge dans le monde du début du vingtième siècle. Ensuite, la technique de Maxime Chattam pour faire avancer son intrigue est ce que j’appellerai celle du Petit Poucet. Je trouve une pierre blanche (un indice ou une idée) donc j’avance, puis je m’arrête, je réfléchis, je fais la synthèse de ce que j’ai trouvé, puis je trouve une nouvelle pierre blanche, et ainsi de suite. Je ne vais pas dire que cela m’a gâché ma lecture, mais le principe est parfois trop voyant.

Pour être honnête, j’ai bien aimé ce roman, qui me réconcilie avec Maxime Chattam. J’ai apprécié de suivre les aventures de Guy et Faustine, j’ai aimé être mené vers de nombreuses fausses pistes. Je regrette juste qu’avec un tel sujet, l’auteur n’en ait pas fait un chef d’œuvre. Cela n’empêche pas que ce roman m’aura fait passer un bon moment et j’en remercie encore ma copine Dup.

Scarelife de Max Obione (Editions Krakoen)

Cela faisait un bout de temps que je voulais lire ce roman, un roman bien sec, bien nerveux pour changer. Après avoir appris qu’il faisait partie de la sélection 2010 du trophée 813, je ne pouvais attendre plus longtemps. En voici le début :

Mosley J.Varell a commencé comme scénariste d’un feuilleton comique de quatrième catégorie La Famille Wreegless. Il s’occupait principalement des répliques de l’actrice principale Bess qui jouait le rôle de Tana. La série a duré 3 saisons et Mosley et Bess se sont mis à vivre ensemble. Mais Bess a fini par prendre du poids et par baiser dans son dos. Après dix années de prison à Potern Bay, pendant lesquelles Bess lui rendait visite, Mosley est devenu le scénariste d’un dessin animé Gougou le kangourou.

Un matin, Mosley reçoit une lettre de son père Edwin Varell, pour qui il voue une haine farouche. Il décide de le retrouver à Rochelle, mais comme il déteste les avions, il doit traverser les Etats-Unis du Montana à la Louisiane en bus. Pendant son trajet, il en profite pour travailler sur le scénario d’un film retraçant la vie du romancier David Goodis.

Le bus s’arrête au milieu de nulle part. Une superbe femme monte, c’est Leen. Elle l’invite chez elle à Tykerall, et ils font l’amour, devant son mari, le major Garb Vihanos, revenu à moitié aveugle, à moitié sourd et paraplégique d’Irak. Puis il passe la nuit avec Leen et au petit matin, il étouffe le major avec un sac en plastique en guise de cadeau de remerciement. Sa route se poursuit dans le camion de Sanchez Smith, qui transporte des bibles « pour les nègres d’Afrique », puis dans la Chevrolet de quatre loustics un peu allumés.

Cette cavalcade meurtrière va être suivie par Herbie Erbs. Herbie a l’inconvénient d’être petit avec un air de cocker triste, comme Droopy. C’est lui qui a arrêté Mosley et il a du mal à accepter qu’il soit retourné dans la nature pour bonne conduite. Il va donc le traquer jusqu’en Louisiane, pour assouvir son obsession.

Fantastique, c’est le premier adjectif qui me vient pour ce polar dans la plus pure tradition des romans noirs américains (alors que l’auteur est français et qu’il situe l’action outre-atlantique). Ce roman est un vrai hommage envers les grands auteurs du siècle passé mais aussi envers ceux d’aujourd’hui. Un hommage réussi qui a l’avantage de porter la signature personnelle de Max Obione. Il ne fait pas comme eux, mais prend tous les codes du genre pour en faire son œuvre, et c’est très réussi.

Il y a Mosley le méchant, le tueur qui transforme ses crimes en accidents, sans sentiments, uniquement mené par ses pulsions et poussé par son objectif : retrouver son père. Il y a Herbie le gentil, le flic obsédé, qui délaisse son ménage pour enfermer celui qui incarne le mal absolu, peut être par vengeance envers ceux qui se moquent de son apparence. Il y a le contexte d’une Amérique pauvre, sale, faite de gens laissés sur la bas coté de la grande route. Tout cela est bien noir.

Et puis, il y a le style. Ce roman divisé en deux se lit comme on boit un café, court serré et sans sucre. Les chapitres consacrés à Mosley sont écrits à la première personne, avec un style court, sec, acéré, parfois sans verbe ce qui permet de ressentir le manque d’humanité du bonhomme, ceux consacrés à Herbie à la troisième personne, avec un style plus littéraire. Quel brio d’opposer aussi les deux personnages par ce biais !

Malgré les hommages à une littérature que certains jugeraient dépassés, ce roman est bien rafraîchissant, et vous vous devez de le lire urgemment. Tout de l’intrigue aux personnages, du style à l’ambiance y sont parfaits pour passer un excellent moment de littérature noire, tout ce que j’aime. S’il risque d’être dur à trouver depuis que les éditions Krakoen ont disparu, je ne peux que souhaiter que quelqu’un réédite cet excellent roman.

Un employé modèle de Paul Cleave (Sonatine)

Encore un thriller prometteur de la part de Sonatine, encore un bouche à oreille qui a commencé avant même que le livre sorte, encore un nouvel auteur à découvrir. Une chose est sure : chez Sonatine, ils ont le nez fin, et ils savent vendre leurs livres. Voici de quoi il en retourne.

Angela est une jeune femme comme beaucoup d’autres. Ce matin là, elle prend sa douche, et en sortant de sa salle de bains, elle découvre un homme assis dans son salon. Cet homme s’appelle Joe Middleton, connu sous le surnom de Boucher de Christchurch. Quand il sort un grand couteau, elle s’enferme dans la salle de bain. Joe menace de tuer son chat, alors elle ouvre la porte. Avec un sang froid effrayant et une application méthodique, Joe assomme Angela, l’attache à son lit, la viole et la tue. Puis il rentre chez lui comme tout un chacun, s’occuper de ses deux poissons rouges, Cornichon et Jéhovah, ses deux seuls amis.

Joe Middleton doit alors aller voir sa mère qui perd un peu la tête, mais pour laquelle il a une empathie et un respect énorme. Puis il va à son travail, au commissariat de Christchurch, où il fait le ménage. Il est connu là bas sous le sobriquet de Joe Le Lent, car il se fait passer pour un attardé mental. C’est aussi grâce à ce subterfuge qu’il a obtenu ce poste, car la police doit avoir un certain quota d’handicapés. Cela lui permet aussi de se donner bonne figure car tout le monde le considère comme une gentille personne. C’est le cas de Sally, une jeune agent de police dont le frère handicapé Martin est mort quelques années auparavant.

Au commissariat central, il a la possibilité de savoir exactement l’avancement de l’enquête. Car tout le monde travaille pour retrouver le Boucher de Christchurch, auteur de sept meurtres. Mais six seulement sont l’œuvre de Joe. Le septième, qui concerne la mort de Daniela Walker, a été perpétré par un copieur. Joe y voit la chance de l’identifier pour lui mettre la totalité de ses assassinats. Lors de la visite de l’appartement de Daniela, un détail le met sur la bonne piste : En comparant les photographies prises par la police et le salon, il voit qu’un stylo qui traîne par terre n’est pas le même. Le copieur est donc un flic. Dans le dossier, que Joe a photocopié, il est mentionné que 94 personnes sont affectées à l’enquête visant à trouver le Boucher de Christchurch. Joe va pouvoir occuper les grands vides de ses journées, et de nombreux rebondissements vont lui occasionner des difficultés.

Ce roman est très bon à plusieurs égards. L’intrigue est parfaitement bien menée, et l’écriture est d’une limpidité que beaucoup pourraient envier. Il y a suffisamment de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur. Et si on ajoute à cela la « légende » qui est que l’auteur a mis douze ans à écrire son livre, il y a une cohérence de l’ensemble qui force l’admiration. Pour un premier roman, c’est une œuvre qui impressionne. Mais ce n’est pas tellement l’intrigue qui m’a intéressé, mais plutôt le portrait psychologique de ce serial killer décidément hors du commun, et la façon de le décrire.

Car Paul Cleave a choisi de narrer son histoire à la première personne, avec non pas un humour noir mais un cynisme comme j’en ai rarement lu. Joe est quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui ne rentre pas dans le moule de la société de consommation et de loisirs. Alors il s’ennuie. Il n’est pas un psychopathe mais un jeune homme qui cherche à s’amuser. Il n’est pas fou, bien au contraire, il ne cherche pas à assouvir de pulsions meurtrières, il n’a pas été maltraité, il ne veut pas se venger d’un quelconque traumatisme. Il veut juste combler ses longues journées où il n’a rien à faire, car nourrir ses deux poissons rouges lui parait bien peu passionnant. Il veut s’occuper.

Le fait qu’il soit intelligent entraîne forcément de sa part un dédain des autres, qu’il juge stupides. Il est aussi très fort dans l’art de jouer la comédie, pour se créer un masque, et il arrive parfaitement bien à berner son entourage. D’ailleurs, Paul Cleave introduit dans son histoire des chapitres consacrés à Sally (qui sont écrits à la troisième personne) pour mieux montrer comment les autres voient le personnage de Joe. Sa décision de faire l’enquête en parallèle de la police n’est pas pour lui de démontrer qu’il est plus fort, cela se transforme petit à petit en une volonté de se montrer qu’il peut vivre sans les autres, le rêve de tout individualiste de ce nom, l’aboutissement du prédateur qui tue pour le fun.

Mais Joe n’est pas un être parfait, sinon il serait Dieu. D’ailleurs, il le croit. Mais il a comme tout le monde ses propres chaînes. La sienne, c’est sa mère. Je peux vous dire que même si les scènes sont répétitives, j’ai pris un énorme plaisir pendant ces scènes. Car Joe ne l’aime pas, ne la déteste pas, mais se soumet aux bonnes volontés de sa mère pour une raison qu’il ignore. C’est sa mère, et alors ? Richard disait dans son billet qu’il était amoral et immoral, mais pas totalement. Cette relation est bien le seul lien qu’il garde avec la moralité, et c’est une relation Amour / Haine qu’il n’analyse pas de peur de se révéler aussi faible que les autres. C’est un individualiste hypocrite, et Paul Cleave pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Au-delà d’un thriller avec tous les ingrédients pour en faire un best seller, et malgré quelques longueurs et répétitions, surtout au début, ce roman s’avère plus profond et psychologiquement plus intéressant qu’il n’y parait. Vous pouvez le lire et l’interpréter à plusieurs niveaux. La lecture de ce roman est fortement recommandée … en espérant que le prochain roman de Paul Cleave, qui devrait paraître l’année prochaine chez Sonatine, soit aussi passionnant.

R.J. Ellory : Seul le silence (Livre de poche)

Joseph Vaughan a douze ans quand sa vie dérape : son père meurt et quelque temps plus tard, il découvre une fillette de son age massacrée, qui sera la première d’une effroyable série. Il va rester marqué à vie par cette macabre découverte à un point qu’il n’imagine pas, et cette spirale infernale va même s’étendre à sa vie … pendant trente années, il va traîner les conséquences d’un serial killer jusqu’au dénouement final.

Autant le dire tout de suite : il faut lire ce livre, pardon ce roman. Impressionnant dans sa construction et son style. Cela me rappelle Les Marécages de Joe Lansdale en moins brillant dans le style (Lansdale faisait évoluer son style avec la maturité de son personnage, là où Ellory fait plutôt dans la biographie narratrice) mais en plus impressionnant dans le traitement de l’histoire.

Jamais au cours de cette épopée, on ne s’ennuie. L’écriture est digne des plus grands auteurs américains. On s’attache facilement à ce personnage et aux malheurs qui s’abattent sur lui. On peut faire quelques reproches à ce roman : un sens du dramatique parfois un peu facile, un manque d’émotion dans certaines scènes et donc d’être passé à travers certains passages qui auraient dus nous tirer des larmes. Mais il y a des descriptions qui ne peuvent que vous faire fondre. Le personnage principal est attachant et on vit avec lui. Les dialogues aussi sont d’une pureté et d’une évidence fantastique.

Mais ce qui est remarquable, c’est que c’est un premier roman. Comment un type de 42 ans peut-il écrire un tel monument ? On a du mal à le lâcher, c’est vraiment prenant, les événements se suivent avec une logique, comme dans la vie.

Et puis, on se pose des questions : Est-on vraiment maîtres de notre vie ? Comment les éléments extérieurs influent sur notre vie ?

N’attendez pas de ce livre un thriller haletant : les pages s’écoulent au rythme des secondes et des minutes de la vie de Joseph Vaughan. La fin ne donne pas place à un super héros qui découvre le meurtrier dans la dernière ligne de la dernière page. Non. C’est du grand roman, du beau roman. En bref, de l’indispensable.