Archives du mot-clé Seuil

Duel de faussaires de Bradford Morrow

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Rien qu’à lire la quatrième de couverture, j’avais envie de lire ce livre : Plonger dans le monde des faussaires, qui plus est dans le monde des flasificateurs de dédicaces, c’est pour tous les amoureux de livres un vrai régal. Ce fut le cas.

« On ne retrouva jamais ses mains. »

C’est ainsi que démarre ce roman et tout tient en une phrase.

Le narrateur nous situe le contexte, celui des collectionneurs de livres. Adam Diehl en était un célèbre. Il fut retrouvé assassiné chez lui et son corps atrocement mutilé. Le narrateur le connaissait bien, puisqu’il était son ami et beau frère. Tous les deux aimaient les livres, les originaux de grands auteurs tels que Conan Doyle, Faulkner, Yeats et bien d’autres. Dans leur domaine, ils sont peu nombreux, et finissent par tous se connaitre. Mais la brutalité de ce meurtre a ébranlé la communauté des collectionneurs.

Le père du narrateur était un collectionneur émérite. Sa passion avait pour objectif de sauver ces œuvres originales pour sauvegarder la culture. Sa mère lui a appris à écrire et lui faisait faire des boucles et des boucles, tant et si bien qu’il avait acquis une grande habileté de ses mains. La tentation était bien grande de passer à la falsification des œuvres anciennes, ce que le narrateur fit bien vite, jusqu’à en faire son « métier ».

Le narrateur connaissait Adam Diehl et devint amoureux de sa sœur Meghan dès qu’il la vit. Entre méfiance et soupçons, les deux hommes ne se sont jamais vraiment aimés. Et le narrateur réussit malgré tout à se marier, tout en soupçonnant son tout nouveau beau-frère d’être un concurrent dans le domaine de la falsification. Entre la douleur de la perte d’un être cher et le métier de faussaire, les rebondissements vont vite survenir et compliquer la vie du jeune couple.

Après la première phrase remarquablement bien trouvée et qui jette un froid, l’auteur revient à plus de calme. Nous ne sommes pas dans un roman d’action, encore moins dans un livre gore. Nous allons plutôt avancer dans une ambiance feutrée, celle des bibliothèques et des boutiques poussiéreuses des collectionneurs. Certes, l’arrivée d’Internet et des boutiques en ligne évite de se déplacer dans ces boutiques. Et on se rend compte que cela facilite grandement le commerce illicite d’œuvres falsifiées.

Avec son style posé, calme, explicite, l’auteur nous invite à entrer dans ce microcosme obscur, qui ne s’affiche jamais au grand jour. Il nous montre aussi que c’est un petit monde où tout le monde se connait et où tout un chacun se méfie de son prochain. Cela ressemble beaucoup au monde des acheteurs de bijoux, au monde des receleurs, bref au monde des truands.

Après cette présentation qui va prendre un tiers du livre, on peut s’attendre à ce que le narrateur cherche le coupable de l’agression de son beau-frère. Le mystère ne sera jamais levé, ou du moins pas complètement, même si on a des pistes vers la fin du livre. En tous cas, le roman se transforme rapidement vers un harcèlement du narrateur qui va vite devenir une obsession, pour sauver sa vie et celle de son couple.

Si je dois vous donner une dernière argumentation qui vous décidera à plonger sur ce livre, c’est que le style de l’auteur reste toujours énigmatique, n’en disant que le minimum, nous plongeant dans la psychologie du personnage principal avec ce que cela comporte de zones d’ombre. Et si je vous dis que ce roman est le premier de l’auteur traduit en France, et qu’il en a écrit six autres, alors on est en droit d’espérer d’autres excellents romans à venir. Et ça, c’est rudement chouette.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et de Bobpolar

 

Le chouchou du mois de septembre 2016

Oyez, oyez, braves gens ! Regardez mon étal de polars, il y en a pour tous les goûts ! Il vous suffit de choisir en fonction de ce que vous avez envie de lire !

Il me parait normal de mettre en avant mon coup de cœur du moment, mon coup de cœur de l’année 2016, même si celle-ci n’est pas terminée. Cartel de Don Winslow (Seuil) n’est pas un roman extraordinaire, il est exceptionnel. Faisant suite à La griffe du chien, roman devenu culte, cet auteur arrive à nous offrir un voyage en enfer, passionnant de la première à la dernière page. Et à nous montrer le dessous des cartes concernant le trafic de drogues et les luttes de pouvoir au niveau mondial.

Dans la catégorie Oldies but excellent goodies, je ne peux que vous conseiller La bête qui sommeille de Don Tracy (Folio). Outre la dénonciation du racisme, ce roman d’une modernité époustouflante est capable de vous faire ressentir la haine d’une foule en colère. C’est une expérience qui vous le détour, voire plus.

Et si vous cherchez des frissons, mâtinés d’humour, ne cherchez plus ! La proie des ombres de John Connoly (Pocket) est fait pour vous. Cette septième enquête de Charlie Parker est une grande réussite.

Les amateurs de romans policiers pourront tester un nouvel auteur et un nouveau personnage de juge récurrent avec La revanche du petit juge de Mimmo Gangemi (Points). Ce roman fait preuve d’une grande originalité dans la forme et nous présente l’omniprésence de la mafia dans le fond. Très très intéressant !

Et si vous essayiez le dernier roman de Megan Abbott ? Avant que tout se brise (Editions du Masque) est un régal de suspense familial, nous décrivant avec beaucoup de justesse et de subtilité la psychologie d’une mère de famille, aveuglée par les talents de sa fille ainée. Ou bien, vous pouvez lire Mauvaise compagnie de Laura Lippman (Toucan), roman psychologique aussi qui aborde avec beaucoup de talent l’aspect de la présomption d’innocence.

Pour ceux qui veulent du thriller, essayez donc En douce de Marin Ledun (Ombres Noires) et je vous garantis que vous serez surpris. Car le roman se révélera au bout du compte un vrai roman social, dont je ne suis pas prêt d’oublier la dernière phrase.

On peut aussi carrément changer d’univers. Je vous propose donc un un roman de science fiction, basé sur le voyage dans le temps. Dans L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu (Le Belial), on y aborde une vraie réflexion sur la façon d’aborder l’Histoire, au travers d’un rappel des horreurs perpétrées dans l’Unité 731.

Et pourquoi pas faire le grand saut ? Dans Ne sautez pas ! De Frédéric Ernotte (Lajouanie), cette histoire qui repose sur la personnalité de Mathias, un homme comme vous qui se découvre une responsabilité dans la société en aidant les associations humanitaires. Un roman attachant.

Le titre de chouchou du mois revient à Sur les hauteurs du mont Crève-Cœur de Thomas H.Cook (Seuil), pour sa faculté à nous faire revivre la vie dans un petit village du sud des Etats Unis en 1962, et pour cette conclusion surprenante, sans oublier le style subtil et inimitable de ce grand auteur que j’adore.

Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Cartel de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traduction : Jean Esch

Attention, coup de cœur, gros coup de cœur, énorme coup de cœur !

J’ai bien peur que ce billet s’adresse à ceux qui ont lu La griffe du chien. Pour les autres, dépêchez vous de rattraper votre retard, car Cartel en est la suite, et c’est un MONUMENT ! La griffe du chien fait partie de mon Top 10 de tous les livres que j’ai pu lire, et c’est forcément avec un peu d’appréhension, de crainte, que j’ai commencé cette lecture. Je dois dire qu’il y avait aussi un peu de peur, celle de trouver ce roman bien, mais sans plus, de ternir ce fantastique livre qu’est La griffe du chien.

Il n’en est rien. Cartel se révèle au niveau de son prédécesseur, sans se répéter ou paraphraser l’épopée précédente. Alors que La griffe du chien racontait l’ascension inéluctable du trafic de drogue, approuvé par les Etats Unis, à travers un duel devenu personnel entre Art Keller et la famille Barrera, entre 1975 et 2000, Cartel raconte la guerre civile (ou presque parce que non reconnue comme telle) qui a ravagé le Mexique. Il balaie donc la période qui va de 2004 à 2012.

Le livre s’ouvre sur une liste plus de 200 personnes, 200 journalistes qui sont morts pour avoir enquêté ou parlé des événements qui se sont passés au Mexique pendant son écriture. Comme entrée en matière, ça plombe l’ambiance et après avoir lu Cartel, on comprend que Don Winslow a voulu rendre hommage à tous ces gens qui luttent pour informer, qui veulent faire éclater la vérité, en relatant les faits.

2004, au Nouveau Mexique. Art Keller a quitté la DEA et s’est reconverti en apiculteur dans un monastère. Pour tenter d’oublier son passé, sa vie, mais aussi pour fuir.

2004, San Diego. Adan Barrera, l’ancien roi de la drogue, passe 23 heures par jour dans sa cellule. Son avocat vient lui annoncer la mort de sa fille Gloria, atteinte de Lymphangiome kystique qui engendre une malformation de la tête. Adan veut assister aux obsèques à tout prix. Il demande à son avocat de négocier sa présence contre des informations sur les cartels mexicains. Au retour de l’enterrement, Adan Barrera promet la tête d’Hugo Garza, le leader du cartel du Golfe, à la condition d’être extradé dans une prison au Mexique.

Dans la prison de Puente Grande, Adan organise sa cellule avec un coin bureau et a même droit à une cuisine individuelle avec cuisinier. Il reprend le métier, organisant les transports et recevant toutes les informations sur ses ordinateurs personnels. Il met la tête d’Art Keller à prix, pour deux millions de dollars, car il veut avant tout éliminer son pire ennemi. Dans la nuit de réveillon, il organise une rébellion et en profite pour s’échapper.

Art Keller a été prévenu par deux agents de la DEA. Sa tête est mise à prix. Alors, il reprend la fuite, changeant tous les jours d’hôtel, abattant de jeunes drogués qui lui courent après. Mais la fuite n’a qu’un temps. Il se résigne à retourner voir Taylor, son ancien chef à la DEA, et lui propose ses services pour arrêter Adan Barrera. Car c’est avant tout une question d’honneur et de survie.

Après quelques dizaines de pages pour introduire l’histoire, Don Winslow entre dans le vif du sujet, ou plutôt il nous plonge brutalement dans le Mexique des années 2000, un pays livré aux cartels de la drogue, qui se font la guerre entre eux, engendrant un massacre (et je pèse mes mots !) qui s’apparente plus à un génocide qu’à une guerre civile. Chaque région étant détenue par un cartel, les combats deviennent une guerre de territoire, chaque camp se construisant une véritable armée de milliers de tueurs sanguinaires, chaque camp étant soutenu soit par la police municipale, soit la police fédérale, soit par l’armée. Bref, chaque événement est l’occasion d’engendrer une vague de crimes dont les innocents sont plus nombreux au sol que les coupables eux-mêmes.

Cartel, c’est un livre de fou, qui réussit à nous faire vivre de l’intérieur cette situation inédite d’un pays qui a perdu le pouvoir face au crime organisé comme des armées de mercenaires, des soldats sans aucune humanité.

Cartel, c’est un livre qui vous montre que derrière les horreurs, derrière les compromissions, derrière les corruptions, derrière les hypocrisies des grands pays industrialisés, il y a des hommes et des femmes qui se battent pour vivre, car ils veulent vivre honnêtement.

Cartel, c’est un livre qui démonte tous les mécanismes, toutes les décisions prises si haut au sommet de tous les états (de la Maison Blanche à l’Europe) qui soit disant font tout pour lutter contre la drogue, mais qui en sous-main facilitent le trafic par l’ouverture des frontières pour laisser passer des camions ou des bateaux remplis de cocaïne.

Cartel, c’est un gigantesque roman de guerre politique et économique, comme un énorme jeu de plateau où chacun avance ses pions, fait des alliances avec ses ennemis d’hier pour mieux récupérer une région ou mieux trahir un ami d’hier, tout cela au nom du pouvoir et non de l’argent, puisqu’ils sont immensément riches et ont placé leur argent dans les entreprises industrielles mondiales.

Cartel, c’est un livre qui prend votre tête pour la plonger dans le sable du désert, où sont enterrés des milliers de personnes ; pour vous emmener dans un trajet de bus quand une bande armée débarque et tire dans le tas, qui vous montre que l’on peut élever des enfants de 11 ans et en faire des machines à tuer.

Cartel, au-delà du souffle épique et de son incroyable densité, c’est aussi des personnages, tous plus sublimes les uns que les autres ; qu’ils soient du bon coté ou du mauvais, ils sont tous à vos cotés, ils vous montreront leur vie, leur logique. Au premier rang d’eux, il y aura des femmes, formidables de courage (Marisol en particulier) qui vont reconstruire un village ; il y aura des journalistes grandis par leur courage et à l’espérance de vie si courte ; il y aura des policiers corrompus, des paysans, des barmen, des caïds, des mercenaires, des enfants, et tant de morts.

Cartel, c’est avant tout un grand, un énorme roman, qui se base sur une documentation impressionnante, qui arrange les faits pour faire avancer son intrigue et qui débouche sur une scène finale de feu d’artifice. D’ailleurs, je remercie Damien Ruzé pour m’avoir signalé ce site qui lui relate la situation du Mexique : http://www.borderlandbeat.com/. Parce que, ne croyez pas que c’est fini. La guerre de la drogue est d’ors et déjà perdue. Et les responsables de la situation mexicaine sont aussi à chercher de l’autre coté de la frontière.

Cartel, c’est tout simplement ma meilleure lecture de 2016.

Coup de cœur !

Ne ratez pas les avis des amis Jean-Marc et Yan.

 

Sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

Le dernier roman en date de Thomas H.Cook, que j’adore pour son talent et sa subtilité à faire revivre des époques passées est une merveille de roman social et s’intéresse aux années 60, dans le Sud des Etats Unis. Suspense et surprises au rendez vous !

« Voici le récit le plus tragique qu’il m’ait été donné d’entendre. Toute ma vie, je me suis évertué à le garder pour moi. » Ainsi commence ce roman, ainsi parle Ben Wade …

Cette histoire dramatique nous est contée par Ben Wade, médecin à Choctaw, une petite ville d’Alabama où il a passé toute son enfance. Quand il était jeune, il aidait son père à remplir les rayons de l’épicerie. Puis, il a fait ses études au lycée de Choctaw avant de poursuivre ses études de médecine ailleurs. Ben se rappelle l’année scolaire 1961-1962, celle qui a tout décidé de son avenir.

Ben a toujours été un très bon élève. C’est pourquoi le directeur a pensé à lui pour devenir le rédacteur en chef du journal du lycée, le Wildcat. Ben accepte cette charge et quand il en parle à Luke Duchamp, son meilleur ami, celui-ci lui dit qu’on lui a forcé la main. Ben s’en défend, arguant que cela allègera la charge de Mlle Carver qui s’en occupait jusqu’à maintenant. En tous cas, Ben espère rehausser le niveau intellectuel du journal.

Cette année là, une nouvelle élève est arrivée du Nord, de Baltimore Kelli Troy. Bien qu’elle fût de nature discrète, tout le monde la remarquait grâce à ses cheveux blonds, ses yeux bleus. Tout la différenciait car elle venait du Nord, d’une grande ville et était élevée seulement par sa mère. Tout cela alimentait les on-dit, mais personne n’aurait pu imaginer ce qui allait se passer en cette année 1962.

A la fin de l’année 1962, on a retrouvé le corps de Kelli en haut du mont Crève-Cœur. C’est Lyle Gates qui a été arrêté et accusé pour ce méfait, un jeune à la réputation de violent. Ben avait remarqué Kelli, il ressentait de l’attirance pour elle, surtout parce qu’elle venait d’ailleurs. Quand elle vint lui proposer un poème pour le Wildcat, ils devinrent amis et collaborateurs pour le journal …

A chaque roman de Thomas H.Cook, je me laisse embarquer par cette façon de poser un personnage, une situation, un événement dramatique et de dérouler son intrigue en insérant intelligemment des scènes du passé qui vont donner de l’épaisseur à l’ensemble. Ben Wade est un personnage foncièrement bon, reconnu et apprécié dans sa petite ville de Choctaw. Et pourtant un événement le mine. A partir de ce début si simple, Thomas H.Cook nous décrit un homme « adulé » mais si triste à l’intérieur. Et, au début, on croit à une bluette sur un amour de jeunesse …

Mais c’est mal connaitre cet auteur, ce grand auteur, manipulateur né. Ce début d’histoire lui donne l’occasion de revenir en 1962, dans le sud des Etats Unis, où finalement, l’égalité entre blancs et noirs n’est qu’un mirage. Certes, vu de loin, tout se passe bien, mais en réalité, certaines petites remarques, certaines attitudes, ou même la présence de si peu de noirs au lycée viennent montrer subtilement au lecteur que la réalité est plus moche que ce que l’on imagine.

Thomas H.Cook navigue avec une telle facilité dans la description de ce petit microcosme, qu’on a l’impression de faire un voyage dans le temps. L’apparition de Kelli, jeune fille passionnée pour l’égalité des chances vient certes mettre de l’huile sur le feu, et on en vient à regretter que l’auteur situe ses origines dans le Nord, car je trouve qu’il n’était pas utile de grossir le trait dans ce roman là. Vous avouerez que c’est un bien petit reproche !

Ami lecteur, que tu connaisses ou pas Thomas H.Cook, sache que ce n’est pas un roman revendicateur, ni même un roman témoignage, même s’il en a tous les atours, mais avant tout une belle histoire avec de beaux personnages, des mystères opaques et une fin … franchement, je croyais m’attendre à tout sauf à ça ! Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit : « Avec tous les livres que j’ai lus de cet auteur, je me suis encore fait avoir ! ». Excellent, une fois encore c’est excellent. Lisez ce roman, vraiment !

Dodgers de Bill Beverly

Editeur : Seuil

Traduction : Samuel Todd

Voici un premier roman, ce qui a l’art d’attirer mon oeil et de titiller ma curiosité. En plus, on y voit un bel hommage de Donald Ray Pollock. Je me devais donc de voir de quoi il en retourne …

De nos jours, à Los Angeles. Les maisons dans lesquelles les drogués viennent se ravitailler, voire consommer la drogue qu’ils viennent d’acheter s’appellent des Taules. Celles-ci sont gardées par des sortes de gardiens, de guetteurs, qui sont bien souvent des mineurs du quartier que le Big Boss paie pour leurs heures de surveillance. Dans notre histoire, le Boss s’appelle Fin et le personnage principal est un guetteur du nom d’East.

East doit surveiller la Taule, et pour cela, il est à la tête d’une petite bande, qui doivent être aux aguets contre tout ce qui pourrait être anormal. A force d’arpenter le trottoir d’en face, il a déjà remarqué la petite fille qui joue dans le jardin : c’est attendrissant. Un jour, un incendie se déclare un peu plus loin, dans un autre pâté de maisons. Cela suffit à attirer son attention, et à négliger un flot de voitures qui débarquent : Il a affaire à une descente de police.

Il se cache derrière une voiture, alors que les tirs fusent. La petite voisine continue à jouer et East voudrait bien la sauver. Quand elle est touchée par une balle perdue, il ne lui reste plus qu’à fuir. Fin, forcément, demande des comptes. Il lui accorde un sursis s’il lui rend un service : aller tuer un témoin gênant, qui n’est autre qu’un juge, qui passe la semaine dans sa maison de campagne dans le Wisconsin. Pour cela, on lui adjoint trois acolytes : Michael Wilson agé de 20 ans, Walter agé de 17 ans et Ty le frère d’East agé de 13 ans. Le périple peut commencer.

Le roman peut se découper en trois parties : Dans la première, on y voit le voyage de 3000 km qui va durer presque 200 pages. Les jeunes gens vont se connaitre, visiter des lieux, rencontrer des gens, des normaux, des frappés, et chacun va, en fait, faire son nid, se positionner par rapport au groupe. Cette partie, qui ne bouge pas trop, puisque la majeure partie se déroule dans la voiture, est plutôt bien faite, bien écrite, et surtout psychologiquement subtil … même si c’est un long.

Puis, tout cela va s’enchainer sur la deuxième partie, qui va concerner la mission proprement dite puis sur la troisième partie qui va être les conséquences de cette mission et les réactions d’East par rapport à cela. Si la mission est redoutablement efficace, et constitue le meilleur morceau de livre à mon avis, la troisième partie voit la rencontre entre East et des gens normaux … et je dois dire que j’ai moins accroché.

Car en fait, cette sorte de rédemption, après les nombreux événements qui sont survenus avant ressemble à quelque chose de déjà vu, de déjà lu et surtout en décalage avec la mission proprement dite. Alors, je me dis que cette partie, qui devait être l’apogée de ce roman, tombe un peu à plat par rapport à ce qu’on aurait pu attendre. Certes, il y a bien un coté manipulation derrière tout cela, mais cela ne m’a pas enlevé ce gout d’inachevé, de presque trop facile vis à vis de la fin.

Quoiqu’il en soit, pour un premier roman c’est très prometteur et Bill Beverly a réellement un superbe plume et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je lirai son prochain roman. Par contre, en ce qui concerne la phrase d’accroche signée de Donald Ray Pollock, je trouve que c’est un peu exagéré : « Avec son rythme soutenu et son intrigue impeccablement maîtrisée, un des plus grands polars littéraires que vous lirez jamais. ».

Nota : Le titre fait référence aux Tshirts que les 4 jeunes portent tout au long de leur voyage. Ils doivent être habillés comme des fans de l’équipe de Baseball de Los Angeles pour ne pas attirer l’attention.

Ne ratez pas les avis opposés de Claude et Nyctalopes

 

Le chant de la Tamassee de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traduction : Isabelle Reinharez

J’adore Ron Rash, depuis son premier roman (sorti aux Editions du Masque, si je ne m’abuse). Donc, tout naturellement, vous trouverez mes avis sur ses romans :

            Un pied au paradis

            Le Monde à l’endroit

            Serena

            Une terre d’ombre

Le chant de la Tamassee est le deuxième roman de Ron Rash.

C’est par un événement dramatique que commence ce roman. Les Kowalsky, une famille aisée, sont venus pique-niquer sur les bords de la Tamassee, une rivière large restée sauvage, avec beaucoup de courant. Ruth Kowalsky, agée de 12 ans, se dit que ce serait bien de mettre le pied sur 2 états différents, et décide de traverser à pied la Tamassee. Entrainée par le courant, elle se noir et son corps se retrouve coincé juste avant une chute d’eau.

Maggie Glenn, qui raconte cette histoire, est journaliste photographe pour un journal de Caroline du Sud. Elle a quitté son village pour rejoindre la ville comme tant de jeunes filles. Quand son journal veut couvrir la dramatique noyade, c’est naturellement à elle que l’on pense, puisque c’est une enfant du cru. Elle couvrira donc cet événement avec son collègue journaliste et star Allen Hemphill.

Maggie retrouve donc des gens qu’elle connait, qu’ils soient de la famille ou de simples connaissances, dont Luke Miller, son amour de jeunesse. Ce dernier, d’ailleurs, s’est battu pour faire protéger la Tamassee par le Wild & Scenic River Act. Rien ne peut être fait pour récupérer le corps de Ruth Kowalsky. Mais le père de celle-ci, espère bien obtenir une autorisation des habitants du coin, au nom de la pitié et du repos de l’âme de sa fille, pour faire installer un barrage provisoire, le temps d’une journée.

Ron Rash va donc nous montrer cette bataille entre deux clans : les Kowalsky voulant faire enterrer leur fille, et les habitants du coin qui veulent protéger ce petit coin de paradis, cette rivière incroyable qui leur permet de profiter des bienfaits du tourisme. En tant que tel, c’est déjà un sujet de roman à lui tout seul et il n’y a qu’à voir (enfin, lire) la scène où Kowalsky défend sa cause, accompagné du technicien qui construit ce type de barrage. Il n’y a qu’à ressentir les inimitiés entre les habitants du village, qui ne roulent pas sur l’or et Kowalsky, désespéré, mais qui peut se payer à lui tout seul le cout de ce barrage. On y retrouve, montré de la façon la plus intelligente qui soit, l’éternelle lutte des classes.

Et puis, viennent ensuite les vautours … car dans tout malheur, juste derrière le décor, on retrouve les profiteurs. Ils eussent pu être les fossoyeurs, ou même le constructeur de barrage amovible. On les retrouvera finalement sous les traits de promoteurs immobiliers, qui pensent que si l’on enfreint la loi une fois pour détourner le cours de la Tamassee, alors on pourra par la suite autoriser la construction d’immeubles à destination des touristes.

Ensuite, s’il n’y avait pas un personnage fort, cela pourrait paraitre un roman commun, classique. Vers le milieu du livre, on découvre l’histoire familiale de Maggie, alors que l’on ne s’y attendait pas du tout. Et je dois vous dire que cette histoire dévole un deuxième drame humain, sans effets, mais avec toute l’horreur que peut nous réserver la vie de tous les jours. C’est tout simplement du grand art.

Enfin, il y a le style de Ron Rash, si simple et si beau. Il a une capacité à vous montrer les choses, à nous faire voir la nature, les arbres, à nous faire entendre le bruit assourdissant de la chute d’eau. Et puis, la thématique prend toute son ampleur à la fin du roman : L’Homme est finalement opposé à la Nature. La Nature est si forte, l’Homme si faible. La Nature est si belle, l’Homme si laid. La Nature est si calme, l’Homme est si fou. Remarquable !

Un sale hiver de Sam Millar

Editeur : Seuil

Collection : Policier

Traduction : Patrick Raynal

Après Les chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road, voici donc la troisième enquête de Karl Kane, le détective privé à part imaginé par Sam Millar.

Karl Kane sort de chez lui ce matin là, pour aller chercher son journal. Comme il a neigé, le chemin est glissant. Arrivé à la boite aux lettres, il voit un chat grignoter un doigt humain, au bout duquel il voit une main. Ni une, ni deux, il fout un coup de pied au chat pour récupérer la main. Mais ce faisant, il glisse et se retrouve sur le cul … juste au moment où deux jeunes étudiantes passent dans la rue. Malheureusement, la robe de chambre de Karl Kane s’est ouverte et il est nu dessous !

La police débarque immédiatement chez Karl Kane … enfin, trois heures plus tard. C’est la deuxième main que l’on retrouve en peu de temps à Belfast. Delà à penser qu’un tueur en série rôde, il n’y a qu’un pas … enfin qu’une main ! En plus, la police a envoyé un bleu, le jeune Chambers ! Karl Kane n’aurait jamais du s’occuper de cette affaire … Mais la radio annonce qu’un puissant homme d’affaires s’inquiète du préjudice à la ville et une mauvaise image pour les futurs investisseurs. Cet homme d’affaires offre donc une récompense de 20 000 livres pour toute information concernant ce tueur. Cela donne donc 20 000 raisons à Karl Kane pour trouver le coupable.

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous parler de Sam Millar, l’un des auteurs de romans noirs plus grands et les plus personnels à l’heure actuelle. Si vous connaissez Karl Kane, nul doute que vous courrez acheter ce roman. Si vous ne le connaissez pas, ce roman est probablement le plus accessible … même s’il vaut mieux les lire dans l’ordre, puisque, dans ce roman, il est fait mention des épisodes précédents à de nombreuses reprises.

En ce moment, j’aurais lu beaucoup de romans sur des détectives privés, et on retrouve une certaine constance dans ces romans, à savoir une perte d’illusions, une autopsie de la société et des personnages forts. C’est le cas dans mes lectures récentes comme La ville des brumes de Sara Gran, ou Fausse piste de James Crumley dont je vais vous parler bientôt, très bientôt.

Dans ce roman, on retrouve cette écriture visuelle, capable de vous emmener dans des endroits tout droit issus de vos pires cauchemars. On y retrouve aussi cette faculté à écrire des dialogues fantastiques qui, ici, sont beaucoup plus humoristiques, cyniques et sarcastiques. Ce qui est nouveau, c’est cette introduction de scènes à la limite du burlesque, et on se retrouve à savourer ces scènes en même temps que l’on éclate de rire.

Mais le ton d’ensemble reste bien noir, bien désespéré, devant la description de l’Irlande, avec les obsessions chères à l’auteur, telles ces scènes dans l’abattoir, qui est en fait le même que celui de Rouge comme la mort. Si globalement, ce roman est moins gore que le précédent, cet amoncellement de chapitres comme autant de tableaux rouge sang est tenu à bout de bras par son personnage principal, dont la loyauté envers ses clients est sans bornes, et sa volonté de ne pas faire de compromis sans limites.

A noter, enfin, que chaque chapitre comporte un titre de film de polar, ce qui est une belle performance et qu’il y a en tête de chapitre une citation, dont beaucoup font référence à Raymond Chandler qui est LA référence du genre. Enfin, je dois ajouter une mention particulière à la traduction qui a su si bien rendre l’humour inclus dans l’histoire et des dialogues (même si je n’ai pas lu l’original), ce qui donne un peu de légèreté dans cette intrigue au ton désabusé. C’est un très bon troisième épisode, j’adore.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc Actudunoir, Claude Le Nocher, Wollanup Nyctalopes, et du Boss de Unwalkers