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La chronique de Suzie : Lola, Cheffe de gang de Melissa Scrivner Love

Editeur : Seuil

Traducteur : Karine Lalechère

Suzie est de retour pour vous parler polar. C’est plutôt une bonne idée avec les fêtes de fin d’année qui approchent … Je lui laisse la parole :

Bonjour amis lecteurs. Me voici de retour à la surface pour vous parler d’un premier roman intitulé « Lola », cheffe de gang.

En lisant la quatrième de couverture, on apprend que l’auteur est aussi scénariste pour des séries policières tels que « CSI Miami » ou « Person of Interest ». J’ai trouvé cela prometteur et je me suis donc lancée dans cette lecture.
Le synopsis est assez simple. Une jeune femme faisant partie d’un gang de latinos de Los Angeles, ne semble pas être autre chose que la compagne du chef. Mais, les apparences sont trompeuses car c’est elle la tête pensante et la personne qui donne les ordres. Lors d’une descente qui aurait pu augmenter la notoriété de son gang, tout foire et Lola va devoir s’investir encore plus pour éviter de perdre sa tête.
L’histoire est racontée du point de vue de Lola, de ses problèmes, de son vécu. On est immergé dans la vie quotidienne d’un « petit » gang de quartier mais aussi des différents codes dans ces quartiers où chacun essaie de survivre à sa façon. Ce sont des zones de non droit où le communautarisme est roi, où tout n’est qu’apparence. Chacun a une place bien définie qu’on soit un homme ou une femme. Une bonne partie des problèmes de la Société est représentée dans ce microcosme que ce soient la drogue, la prostitution, la violence familiale, la pédophilie, … Le décor tel qu’il est planté est déprimant car les personnes ne devraient pas vouloir plus que ce à quoi elles peuvent accéder. Mais, pour certains, cela n’est pas suffisamment et ils feront tout pour se battre.
Au niveau des personnages, celui qui prédomine est celui de Lola. Elle est définie comme une personne que les hommes sous-estiment à cause de plusieurs critères mais surtout parce que c’est une femme et donc considérée comme négligeable. Au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, l’auteur va nous apprendre un certain nombre de choses sur son passé et son arrivée à la tête du gang.
C’est une personne réfléchie qui essaie d’avoir un certain code de l’honneur au sein de son activité. Elle assume toutes ses décisions bien que, parfois, elle aimerait pouvoir s’appuyer sur quelqu’un. Elle n’hésite pas à se salir les mains si besoin et elle a un énorme problème vis-à-vis de sa mère. Enfin, comme elle est obligée de cacher son rôle de chef, elle donne une apparence lisse qui la ronge de l’intérieur.
Tout au long de l’histoire, c’est la voix de Lola qu’on écoute et qui nous explique les problèmes dans lesquels elle se trouve, les relations qu’elle peut avoir avec son entourage, … Les autres personnages principaux sont composés des membres de son gang, que des hommes, de sa famille proche avec qui elle a une relation très particulière et conflictuelle ainsi qu’une petite fille qui va lui donner le courage de penser à un avenir différent. Parmi les membres du gang, deux protagonistes masculins vont être mis en avant car ils ont des interactions spécifiques avec Lola. Les autres seront plutôt des stéréotypes venus étoffés l’intrigue.
Enfin, l’intrigue ressemble à celle qu’on peut trouver dans un épisode de série. Ce qui est compréhensible lorsqu’on connait le métier de l’auteur. Les informations qui ont permis d’arriver à la situation initiale, vont être distillées au fur et à mesure de l’avancement de cette dernière pour donner plus de poids à la situation dramatique dans laquelle se trouvent les protagonistes. Comme pour montrer que les apparences jouent un rôle important dans cette histoire, l’auteur va jouer avec des voiles qui vont servir à obscurcir ou dévoiler certains pans de vérité. Comme dans un épisode de série, l’intrigue va se précipiter à la fin et éclaircir la situation pour qu’on puisse la comprendre.
Lorsque j’ai commencé à lire cette histoire, bien que je trouvais que le synopsis était prometteur, j’ai eu beaucoup de mal à m’identifier aux personnages. Je ne comprenais pas où l’auteur voulait en venir. Il a fallu que je m’accroche à l’intrigue pour commencer à trouver cela intéressant. Puis au fur et à mesure des chapitres, la personnalité de Lola se dévoile, les problèmes s’amplifient et se complexifient. On ne sait plus où donner de la tête tellement il y a d’informations contradictoires.
Finalement, c’est un roman qui m’a beaucoup intéressée. Qui n’est pas à mettre entre toutes les mains plus pour son contexte sociétal. J’attends d’avoir un deuxième livre de l’auteure pour avoir un avis définitif. Mais, si vous aimez lire les scénarios de série, ce livre devrait vous intéresser. Sur cela, je vous abandonne à vos lectures. Je pense que je vais rester à la surface un petit moment.Il y a des choses intéressantes qui se profilent. A bientôt
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Dégradation de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Les éditions Seuil, dans leur collection Cadre Noir, nous proposent un nouvel auteur, dont c’est le premier polar mais pas le premier roman. Si le sujet est connu, l’ensemble s’avère noir, glauque et rappelle les meilleures pages du Noir.

Ray Muncy est un homme qui a de l’argent, beaucoup par rapport aux autres gens de cette petite ville du Nord de l’Angleterre. Avec sa femme June, il est heureux de recevoir sa fille Mélanie, qui est parmi eux pour les fêtes de Noël. Mais Mélanie n’en peut plus de cette ville, de ses parents, des sourires faux, de l’hypocrisie ambiante. La seule excuse qu’elle trouve est d’aller promener le chien Mungo. Elle se couvre bien et sort dans ce paysage envahi de neige. Elle décide de monter sur la colline pour aller fumer un pétard. Le soir venu, Mélanie n’est toujours pas rentrée.

Steven Rutter est un solitaire qui habite une maison délabrée à la sortie de la ville. Il est parti chasser et se réjouit de cette occupation, son fusil à la main. Quand il aperçoit au loin une jeune fille, il s’approche. Le chien l’a senti, l’attaque, alors il le frappe et le tue. La jeune fille s’apprête à crier, il se jette dessus, la gifle, la tape, la frappe. Quand il s’aperçoit qu’il a du sang sur les mains, c’est trop tard.

James Brindle est un inspecteur de la « Chambre froide », service de la police dédié aux cas les plus difficiles. Il sort d’une enquête qui s’est terminée en fiasco et a du mal à faire face. Son travail, ce sont les enquêtes atroces. Son chef débarque avec un nom, un lieu, une disparition : Mélanie Muncy, Acre Dale. Brindle ne va pas être seul pour découvrir l’horreur de cette affaire, Roddy Mace, journaliste opiniâtre, débarque aussi en ville.

Il faudra quelques dizaines de pages pour vous habituer au style de l’auteur, fait de phrases sèches, avec des dialogues non marqués de tirets et sans virgules. De même, les personnages ne sont pas mis en place dès le début du roman, mais complétés au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Toutes ces remarques préliminaires sont données pour que vous ne soyez pas déçus. Car il est marqué sur le bandeau : « Âmes sensibles, vous auriez tort de vous abstenir … ». Effectivement c’est le cas.

Car une fois que l’on a pénétré le paysage de l’auteur, sa façon de le peindre, on se retrouve avec un roman noir sans aucune lumière ni espoir. Certes, l’histoire a déjà été lue et relue, et c’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à démarrer cette lecture. Mais je dois reconnaître que l’univers de l’auteur est d’une noirceur sans commune mesure, nous décrivant une société de l’Angleterre du Nord faite de petits arrangements et d’utilisation des êtres humains pour servir les plus bas instincts.

On a effectivement déjà lu ce genre d’histoire, mais l’évocation des plaines vides et du temps désolants plonge le lecteur dans une sorte de torpeur fascinante, malgré quelques scènes particulièrement dures (et vous savez que je n’aime pas ça). Et puis, il y a le coupable désigné, dont on va suivre la vie par des chapitres insérés, qui donnent envie de l’excuser, ou du moins de le comprendre. Car on se rend compte que si c’est un être ignoble qui se laisse littéralement pourrir, les habitants de cette ville s’avèrent encore pires que lui.

Je ne suis pas sur que l’auteur ait voulu insérer un message dans ce roman, ou du moins il est soit évident soit confus. S’il a voulu montrer la « Dégradation » de la société et de ses valeurs morales, il aurait du être un peu plus explicite. Ce roman est donc pour moi une très belle découverte qui aurait pu devenir un coup de cœur pour sa force d’évocation, et que je ne peux que vous conseiller. D’autant que la fin est géniale ! Un nouvel auteur du Noir débarque !

Ne ratez pas les avis de Wollanup, Polarmaniaque et Jean-Marc

Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt

Editeur : Seuil (Grand format); Seuil (Format poche)

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas lu de roman de Franz Bartelt. Comme ce roman est parmi les finalistes du trophée 813, voilà une bonne occasion de renouer avec de l’humour bien cynique.

Reugny est un charmant petit village à la frontière franco-belge, qui mériterait d’être plus connu. La seul fait remarquable dans l’histoire du coin fut le tournage d’un film Le village oublié, 50 ans plus tôt dans la région, où apparaissait la star romantique Rosa Gulingen. Ce fut d’ailleurs son dernier film, puisqu’elle mourut dans la baignoire de l’Hôtel du Grand-Cerf. C’est cet anniversaire qui donne l’idée au producteur de seconde zone Charles Raviotini de réaliser un documentaire sur la star et sa mort mystérieuse. Pour préparer le terrain, il demande à son homme à tout faire Nicolas Tèque d’aller enquêter.

L’Hôtel du Grand Cerf, justement, est un honorable établissement tenu de grand-mère en mère en fille. Léontine Londroit, la grand-mère règne en reine mère depuis son fauteuil roulant, capable de savoir, rien qu’avec son ouïe, combien on sert de bière en bas. Thérèse, sa fille, est aux petits soins pour sa mère et fait tourner l’hôtel presque toute seule. Sophie enfin, rêve de partir ailleurs et attend que la grand-mère passe l’arme à gauche pour hériter d’un peu d’argent et se faire la malle.

A coté de Reugny, se trouve un établissement particulier : le centre de motivation de l’entreprise Bating, dont le siège social est situé à Antwerpen. Dirigé par Richard Lépine, ce centre s’occupe de réunir les cadres de ce conglomérat belge pour leur offrir des jeux de rôles ou des activités sensées leur redonner un coup de piston au moral. Surtout qu’en ce moment, certaines usines du groupe s’ont en grève …

Anne-Sophie, ce matin-là s’en va en direction du centre bourg, sur sa mobylette, et salue Brice Meyer, l’idiot du village, qui lui donne un message énigmatique. Puis, elle rencontre Jeff Rousselet, douanier à la retraite qui a la particularité de détester tout le monde. Sa disparition fera partie d’un des événements qui vont secouer Reugny, avec l’incendie et le meurtre du douanier et celui de l’idiot. Vertigo Kulbertus, humble inspecteur à deux semaines de la retraite va être dépêché sur place.

Nous allons suivre tous ces personnages pendant sept chapitres, comme autant de jours que va durer cette enquête, ou plutôt devrais-je dire ces enquêtes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ni Vertigo Kulbertus ni Nicolas Tèque ne vont être les personnages principaux de ce roman. Ils vont apparaître, disparaître, et leurs enquêtes vont se croiser, se décroiser, s’entrecroiser avant de se rejoindre … quoique.

J’ai retrouvé avec grand plaisir toute la verve de la plume de Franz Bartelt. Le ton y est volontairement et ouvertement sarcastique, autant envers les situations que les personnages. On est très proches de la caricature, et quand elle atteint ce niveau, c’est forcément drôle, excellemment drôle. Franz Bartelt nous montre surtout qu’on peut être caustique, cynique sans pour autant être méchant. On obtient un petit bijou d’humour noir, qui se lit comme du petit lait.

Que ce soient les personnages, hauts en couleurs, ou l’intrigue, tout y est gros (et je ne parle pas de Vertigo Kulbertus qui ressemble à un mammouth). Mais tout le monde en prend pour son grade, des aubergistes qui comptent leurs sous aux producteurs de documentaires prêts à inventer n’importe quoi, des douaniers hargneux d’avoir perdu leur travail et par là même leur pouvoir aux syndicats prônant une grève dure pour … euh … on ne sait pas, de l’idiot du village, vraiment idiot mais pas longtemps au directeur du centre de motivation dictatorial, et tous prêtent à rire. L’intrigue aussi est drôle, surtout dans la façon qu’a Vertigo Kulbertus de mener son enquête et surtout, surtout de la conclure. Je vous le dis : ce roman est un vrai bijou noir, hilarant, à ne pas rater.

Missing : Germany de Don Winslow

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Delranc

On avait rencontré Fanck Decker dans sa première enquête Missing : New York, un polar musclé introduisant un personnage humain qui recherche des personnes disparues. Le voici de retour dans une deuxième enquête tout aussi musclée.

Franck Decker a connu Charlie Spraghe en Irak, où ils ont combattu ensemble. En tant que Marines, ils se sont promis de s’entraider toute leur vie. Quand Decker reçoit un coup de fil de Spraghe, disant : « Kim a disparu », il accourt à Miami. Charlie Spraghe a fait fortune dans l’immobilier, sa fortune se compte en milliards de dollars. Kim était partie au centre commercial de Merrick Park Village, et elle n’est pas revenue.

Decker et Spraghe se donnent rendez-vous là-bas. Ils trouvent la voiture de Kim mais il n’y a rien dedans, ni papiers, ni téléphone portable. Pas de trace de lutte à l’extérieur. Le centre commercial étant fermé, ils font le tour des bars mais personne ne se rappelle d’une superbe jeune femme blonde. Même sa meilleure amie Sloane ne sait pas où elle est. Une seule solution : contacter les flics. Ils tombent sur le sergent Dolores Delgado.

Decker déroule donc ses recettes : Vérifier les débits sur ses cartes de crédit, le contenu de son ordinateur, mais il fait chou blanc. Spraghe demande alors à Decker de la chercher. Il fouille la chambre de Kim mais ne trouve rien. Dans la salle de bain, il voit quelques traces de sang sur le carrelage. Après s’être assuré que Spraghe n’a pas frappé sa femme, Decker appelle Delgado. Direction le poste de police pour un interrogatoire en règle. Quelques heures plus tard, un corps est signalé.

Je ne peux que vous donner deux conseils qui n’en fait qu’un : courez chez votre libraire préféré pour acheter ce roman et surtout, surtout, ne lisez pas la quatrième de couverture ! Car je trouve qu’elle en dévoile beaucoup trop, et qu’elle dessert la qualité de narration de cette enquête. Car le mot d’ordre est clairement : Vitesse et action. Le maigre résumé que je viens de faire couvre à peine les cinquante premières pages. C’est vous dire si vous allez trouver de nombreux événements tout au long de ces 310 pages.

Vitesse disais-je. Les chapitres dépassent rarement 5 à 6 pages, le style est rapide fait de phrases courtes. Et tout se tient : chaque phrase en appelle une autre, les dialogues claquent. Nous sommes en présence d’un auteur qui clairement maîtrise son genre, et qui ne se prive pas de raconter une histoire contemporaine avec tous les ingrédients qui ont fait le succès des enquêtes de détective privé.

Et puis, on ne peut rester insensible devant Decker et ses cicatrices, ses souvenirs de la guerre, ses regrets d’avoir raté sa vie privée, et sa loyauté envers ses amis mais aussi envers ses propres promesses. On va y trouver ses scènes d’action, extraordinaires cela va sans dire, mais aussi des scènes plus poignantes. On y trouve aussi certaines remarques par moments telles que « les riches n’ont pas de problèmes aux Etats Unis » ainsi que d’autres sur les maltraitances des femmes dans les campagnes.

On peut voir Decker comme un justicier moderne, n’hésitant pas à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins. Avec cette enquête, c’est aussi un témoin lucide qui n’est pas étonnant de voir que tout se vend, même l’impensable. Alors, accrochez vous, le cru 2018 de Don Winslow est très bon, impossible à lâcher. Ce n’est pas au niveau de La griffe du chien ou Cartel, mais c’est un roman d’action que l’on peut placer sans rougir au dessus du panier.

Ne ratez pas les avis de Jean-Marc et Black Cat

 

L’année du Lion de Deon Meyer

Editeur : Seuil

Traducteur : Catherine Du Toit & Marie-Caroline Aubert

Deon Meyer est bien connu des amateurs de polar, ayant écrit ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme des classiques se déroulant dans son pays, l’Afrique du Sud. J’avais laissé de coté ses dernières productions et c’est bien le changement de Cap (Hi Hi) qui m’a poussé à lire ce dernier roman en date. Deon Meyer se lance dans le genre Post-Apocalyptique. Et c’est bien parce qu’il a des choses à dire. Ce roman est énorme, aussi bien par sa taille (626 pages) que par son traitement.

Nico Storm raconte sa vie, dans ses mémoires qui serviront de référence pour raconter l’Histoire d’Amanzi. Nico a 13 ans quand un coronavirus a dévasté la Terre. 90% a succombé à cette maladie, dont la légende dit que le virus est une mutation d’un gène de chauve-souris. Nico se retrouve donc avec son père Willem, et ils arpentent tous deux l’Afrique du Sud à la recherche d’un abri sûr.

Nico et Willem roulent dans leur camion, rempli de victuailles et de médicaments, quand ils arrivent à Koffiefontein. Ils se dirigent vers une station-service, pour faire le plein. Soudain, les insectes se taisent. Un danger menace. Une meute de chiens sauvages entoure Willem rapidement. Nico prend son courage à bras le corps, empoigne le fusil, et tire comme son père le lui a appris. Bien que blessé, Willem arrive à rejoindre le camion.

Plus loin, ils s’arrêtent pour se soigner et manger. Ils doivent faire attention aux animaux, mais aussi aux humains devenus des animaux bien plus violents et plus agressifs que les animaux. Malgré cela, Willem rêve de créer une ville, une sorte d’oasis où il construirait une société parfaite, en repartant de zéro. Enfin, Willem trouve le lieu parfait pour construire sa ville, qu’il appellera Amanzi, qui signifie Eau, puisqu’elle est située à coté d’un barrage. Bientôt, ils vont être rejoints par de nombreuses personnes.

Je dois dire que je ne suis pas spécialement fan de romans post-apocalyptique et que je n’ai pas lu La Route de Cormac McCarthy. Sans forcément m’avoir converti à ce genre, ce roman de Deon Meyer m’a enchanté, voire envoûté. Et je me suis rendu compte combien cet auteur sud-africain était un conteur hors pair, un créateur d’ambiances rare. Car ce roman nous invite à visiter un nouveau monde, et le dépaysement y est total.

A travers ces plus de 600 pages, nous allons voir Nico grandir, passer par une adolescence de doux rebelle, pour devenir un adulte responsable. C’est lui, le personnage principal, et il prendre en charge l’écriture de l’Histoire d’Amanzi, cette communauté crée par son père. Nous allons avoir son opinion, avoir son témoignage en tant que témoin privilégié, et c’est bien ce parti-pris de l’auteur qui fait de ce roman un grand moment. Parsemé ça et là de témoignages des habitants d’Amanzi, ce roman donne une impression de lire un document officiel, un manuscrit historique qui va balayer quatre années, comme autant de parties.

Outre les relations familiales avec ses petits secrets et ses gros mensonges, Willem est le personnage qui m’aura marqué. Convaincu qu’il est capable de construire une nouvelle société meilleure que celle qui vient de mourir, il va être à l’origine d’Amanzi, faire vivre son rêve et être confronté à de nombreux problèmes dont le principal n’est pas le plus simple : l’Homme n’est rien d’autre qu’un animal. Car loin d’être naïf dans son propos, Deon Meyer nous décrit des dizaines de personnes qui vont soit construire la communauté, soit tenter de la détruire, pour survivre ou juste assouvir un besoin de pouvoir. Une bonne partie de ce livre va en effet montrer la dualité de l’Homme, et ses combats pour un idéal.

Ce sont aussi les qualités de conteur de Deon Meyer qui sont à l’honneur dans ce roman : il nous peint un paysage de désolation, d’où les humains ont disparu. Le premier indice est l’absence de bruit. Ce qui permet de revenir à l’homme de revenir à un sens de prédilection pour sa protection : l’ouïe. Puis ce sont les paysages fantastiques qu’il nous décrit, sans être lourdingue, d’une façon toute naturelle et fluide. Avec les différents personnages, il termine son tableau sous nos yeux ébahis. Et on ne peut qu’être ébahis par le savoir faire mais aussi le talent pour faire passer autant d’émotions.

Enfin, il y a, au travers du personnage de Willem, cette utopie de reconstruire une société idéale. Deon Meyer met dans ce roman toute sa passion, toute sa vision sur la société actuelle, sur ses dérives et imagine comment reconstruire tout de zéro, en prenant en compte les avancements technologiques à conserver. Willem va donc bâtir une communauté en recréant l’école, la gestion de la ville, l’agriculture, la médecine, puis enfin la politique. Deon Meyer arrive à nous faire partager sa passion pour l’humanité et donne au passage son avis. C’en est passionnant.

Ne croyez pas que c’est un roman de grands discours. Il y aura du stress, des menaces, des scènes d’action incroyables, des moments intimes, des personnages vivants et incroyables. Quelque soit ce qu’il nous raconte, la plongée dans ce Nouveau Monde est réaliste, A chaque fois que j’ai repris sa lecture, j’ai été immédiatement plongé dans cet univers fascinant. Ce roman est une vraie drogue, un voyage dans l’imaginaire tout en gardant les pieds sur Terre. C’est une lecture indispensable, le meilleur roman de Deon Meyer, tout simplement.

Ne ratez pas les avis de Yan et Jean-Marc. L’année du Lion est aussi la 2ème meilleure lecture de Yvan pour 2017.

Danser dans la poussière de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Defranc

Franchement, vous pensiez peut-être que j’allais laisser passer le dernier roman de Thomas H.Cook, cet auteur qui arrive à me surprendre à chacun de ses livres, et que je vénère depuis Les feuilles mortes ? Eh bien vous vous trompez. Voici donc mon avis sur son dernier roman en date, qui change de ses précédents, tout en gardant le même style de narration. Ça ne vous aide pas ? Lisez donc la suite …

De nos jours, Ray Campbell atterrit à Rupala, capitale du Lubanda, alors qu’il n’y a plus mis les pieds depuis une dizaine d’années. Au poste des douanes, on le fait passer par une porte où est affiché Passage Diplomatique. Puis, une Mercedes de luxe le conduit dans les rues envahies d’orphelins. Ray se rappelle qu’il est venu ici il y a plus de 30 ans, et qu’il y a rencontré et connu une jeune femme blonde, Martine Aubert. Elle était de naissance belge mais avait tenu à acquérir la nationalité lubandaise et travailler dans la ferme que son père tenait là-bas, à Tamusi, perdue en plein milieu de la savane.

Trois mois plus tôt, Ray n’aurait jamais imaginé qu’il reprendrait contact avec ce pays qu’il a tant aimé et tant défendu. Trahi aussi ? Il reçoit un coup de fil de Bill Hammond, un ancien ami qu’il a connu là-bas, à Rupala. Bill lui apprend que son ancien guide, Seso Alaya, s’est fait tuer à New York. Ray le considérait comme son ami. Seso s’est fait torturer comme on l’a fait dans la période sombre du Lubanda. Le numéro de téléphone de Bill a été retrouvé dans la chambre d’hôtel de Seso.

Bill demande à Ray de trouver pourquoi Seso a été assassiné. Bill étant à la tête de la banque Mansfield Trust, il voudrait s’assurer qu’il peut encourager des investissements en faveur de ce petit pays sans risques. Comme le travail de Ray est justement d’évaluer les risques financiers, il n’hésite pas longtemps à aider son ami. Mais il le fait aussi en mémoire de Martine Aubert …

La marque de fabrique de Thomas H.Cook est de démarrer une intrigue de nos jours, et de construire son histoire à l’aide de flash-backs dans le passé, ce qui permet de positionner des retournements de situation au moment où il le juge opportun. Et comme Thomas H.Cook est un grand, un immense auteur, ses romans sont tout simplement irrésistibles, géniaux. Celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et on retrouve aussi ce formidable talent pour créer des personnages, qui par leur action ou leur vie, sont hors du commun. Ici, il s’agit évidemment de Martine Aubert, qui a décidé de vivre au Lusamba, qui a adopté leur nationalité et qui malgré tout, sera rejetée par ses habitants. Thomas H.Cook nous présente cela comme une histoire d’amour déçue, à sens unique, avec beaucoup de romantisme, mais cela lui permet aussi de creuser le thème central de son roman.

Car au travers de ce roman, Thomas H.Cook évoque un thème original : le rôle des ONG et l’influence des pays industrialisés sur les pays en voie de développement. Comme il le dit, souvent, on fait le mal en voulant faire le bien. Thomas H.Cook ne se positionne pas en juge, mais présente grace à son intrigue une situation qui permet de montrer comment les « grands » pays influent sur la destinée des petits. D’une grande lucidité, il montre comment on donne de la nourriture à ces pays uniquement s’ils acceptent certaines conditions, qui évidemment vont à l’avantage de leurs donateurs. Si personne n’est pointé du doigt, le lecteur est bien amené à réfléchir plus loin que le chèque qu’il rédige chaque fin d’année.

Et puis, Si ces arguments ne vous suffisent pas, sachez que, en seulement 350 pages, Thomas H.Cook invente tout un pays, son histoire, sa vie et ses coutumes, sa politique et son rôle dans la géopolitique, ses soubresauts, ses révolutions, son peuple. Tout cela au travers de l’itinéraire de quelques personnages rencontrés au fil de ces pages. Je vous le dis, Thomas H.Cook est décidément trop fort.

Par le vent pleuré de Ron Rash

Editeur : Seuil

Traducteur : Isabelle Reinharez

C’est un fait, depuis Un pied au paradis, je n’arrête pas d’être surpris et enchanté par la plume de Ron Rash, par ses sujets, bref, par ses romans. Avec Par le vent pleuré, dont le titre est un extrait d’un romans de Thomas Wolfe (Rassurez vous, je n’ai pas la science infuse, c’est expliqué dans la roman !), Ron Rash m’a une nouvelle fois ébahi.

Eugène, aujourd’hui âgé de soixante ans, a passé toute sa vie à Sylva, en Caroline du Nord. Un corps vient d’être déterré par les eaux de la rivière. Il semble qu’il soit resté très longtemps enfoui. Alors, Eugène se rappelle sa jeunesse, et en particulier cette année 1969, où il a rencontré cette jeune fille venue de la grande ville, et au nom à la fois étrange et envoutant : Ligeia.

Eugène avait 16 ans, son frère Bill, 21 ans. Après le repas dominical chez le grand-père, qui était le médecin de Sylva. Cet après-midi là, Eugène et Bill étaient partis pêcher à Panther Creek. Dans un lac situé en contrebas, ils aperçurent une jeune fille nue qui se baignait. Eugène crut voir une sirène aux cheveux roux. Le temps de se remettre de leurs émotions, elle avait disparu.

Le dimanche suivant, ils revinrent et c’est elle qui fit le premier pas. Elle s’appelait Ligeia Mosely, et habitait chez son oncle Hiram, car elle avait fugué pour rejoindre des hippies à Daytona. Eugène et Bill n’avaient pas entendu parler de la Flower Power, ni des drogues, ni du sexe. Ils découvrirent cette année là de nouveaux horizons, qui se termina par une disparition inexpliquée encore aujourd’hui. Apparemment, on allait bientôt savoir où Ligeia avait fini sa vie.

On peut dire que Ron Rash aime la diversité dans les sujets qu’il traite. Je ne vais pas vous citer tout ce qu’il a écrit, il vous suffira de cliquer sur les liens en fin de billet pour cela. Ceci dit, on avait plutôt l’habitude de le voir dans un registre lié à la nature, à une exception près, et on se retrouve ici avec une histoire familiale. Ne me faites pas dire que ce changement radical est raté, c’est tout l’inverse. Psychologiquement c’est fort, très fort.

Eugène et Bill sont deux jeunes gens en 1969. Ils ont très tôt perdu leur père, et ont donc été élevés par leur mère, bien aidée financièrement par leur grand-père. Eugène étant le petit dernier, voit son frère comme un modèle, mais il est à l’âge où il veut faire sa place. Si le personnage de la mère est en retrait, c’est bien parce que le grand-père dirige tout, de façon autoritaire voire tyrannique. Les deux jeunes gens grandissent donc avec une éducation religieuse et morale, et l’arrivée de Ligeia va tout bouleverser.

Ligeia est une fugueuse, qui a été élevée à la ville. Elle a connu les hippies, et cette vague qui leur laisse croire qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Le fait qu’elle vienne de la ville lui octroie une incontestable aura de nouveauté, de liberté, d’exemple pour les deux jeunes qui veulent s’émanciper. Le roman va donc se construire sur deux axes, qui sont les secrets familiaux et le mystère de la disparition de Ligeia.

Incontestablement, ce roman est à classer aux cotés des meilleurs Thomas H.Cook. Et ce n’en est pas une pâle copie mais une déclinaison avec le style propre à l’auteur. Dire que ce roman est un pur plaisir de lecture est une évidence, tant la subtilité du style de Thomas H.Cook est remplacée par l’efficacité et l’âpreté de celui de Ron Rash. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il va nous montrer la fascination des deux jeunes gens pour cette génération hippie, mais aussi l’importance de l’éducation et de l’ouverture vers d’autres horizons. Ce roman est tout simplement magnifique.

Ne ratez pas les avis de Yan, Jean Marc et Claude Le Nocher

Les romans chroniqués sur Black Novel sont :

Un pied au paradis ;

Serena ;

Le monde à l’endroit ;

Une terre d’ombre ;

Le chant de la Tamassee ;