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Luc Mandoline, épisodes 5 et 6

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les quatre titres passés en revue sont :

Harpicide de Michel Vigneron

Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Voici donc les épisodes 5 et 6 :

 Anvers et damnation

Anvers et damnation de Maxime Gillio :

Quatrième de couverture :

Et si DSK avait été tué dans une chambre d’hôtel ? Et si cet hôtel se trouvait en Belgique et non à New York ? Et si ce n’était pas le FBI qui enquêtait, mais Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, le thanatopracteur préféré de ces dames ? Et si les pages de ce roman dégoulinaient de sueur, de sang et d’humour noir, vous le liriez, vous ? Oui ? Alors qu’est-ce que vous attendez ?

« En Belgique, il n’y a pas que les canaux que l’on retrouve pendus »

Mon avis :

Alors que cela démarre sur des chapeaux de roue, avec beaucoup d’humour à la clé, cette enquête qui prend comme prétexte l’assassinat d’un candidat aux présidentielles, se transforme rapidement en excellent polar musclé. Mandoline et son compère Sullivan vont se retrouver en Belgique aux prises avec un mystère bien sombre, et faire une incursion dans le monde de la prostitution.

Avec un mélange savamment dosé d’action, de sexe et de violence, Maxime Gillio que je découvre pour l’occasion s’avère être un auteur de grand talent, sachant poser ses mines pour mieux nous surprendre à la fin. Avec ce polar formidablement bien mené, Maxime Gillio a écrit un des meilleurs numéros de cette série avec Ainsi fut-il d’Hervé Sard. En tous cas, c’est un polar immanquable, du divertissement haut de gamme.

Label N

Le label N de Jess Kaan :

Quatrième de couverture :

Quand Luc Mandoline est appelé pour un remplacement dans le Pas-de-Calais, il ne se doute pas que ce qui l’attend est encore plus noir que le charbon des houillères d’Auchel.

Ce n’est pas au fond de la mine qu’il va descendre, mais dans les arcanes d’une organisation secrète aux vieux relents de race supérieure.

Manipulation génétique, lavage de cerveau, sexe et trahisons… Pour sa première incursion dans le milieu du polar, Jess Kaan réunit tous les ingrédients d’un vrai tour de force.

« Terril en la demeure »

Mon avis :

Pourtant, Luc Mandoline, en débarquant dans le Nord, avait décidé de rester calme. Pourtant, il n’y avait rien, dans cet accident de voiture, qui augurerait qu’il allait être confronté à des hommes plus ignobles les uns que les autres. Et pourtant, nous voici aux commandes d’un livre qui mêle action et suspense et qui se lit comme on monte les œufs en neige : ça démarre doucement, les personnages se mettent en place ; puis le blanc commence à apparaitre et Luc et Sullivan entrent en scène ; Puis ça commence à avoir de la consistance et Arlock arrive. Enfin, feu d’artifice final, les œufs sont bien durs et ils s’en sortent … comme d’habitude.

Plongé dans le monde du Sadisme, Luc va avoir à faire avec un personnage terrible, probablement le plus terrible qu’il ait eu à rencontrer à ce jour. On va trouver dans ce roman de l’action et du sexe cru, violent. Et si la place est donnée au suspense plus qu’à la psychologie, cela donne un polar sympathique à ne pas mettre entre toutes les mains tout de même. Un polar pour adultes quoi !

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Chronique virtuelle : Corps défendant de Baptiste Madamour (Ska)

J’en avais parlé dans un de mes billets d’information du mardi. Eh bien voici mon avis sur ce roman qui laisse augurer le meilleur pour cet auteur, qui, au travers de ses cinq chapitres, me fait penser aux grands auteurs français contemporains.

L’argument :

« UNE BLONDE AVEC une longue mèche et un débardeur lâche tend la main vers moi, je lui donne les bouteilles, elle marmonne un merci et retourne à sa conversation. Sa nuque est fine, sa peau doit être douce. Je me sens triste. Je ne devrais pas rester ici. Je devrais rentrer chez moi. Je ne rentre pas. Je regarde une pile de cd, je fais semblant de m’y intéresser, l’important est de ne pas montrer que personne ne me parle et que je ne parle à personne. Ne jamais faire pitié. »

Dans ce court roman, l’auteur dresse le portrait d’une génération à la dérive, prisonnière de la mort des utopies et empêtrée dans le consumérisme à tout crin. Quand on rajoute les MST et le boulot décérébrant, ça craint ! Demeurent les rapports entre filles et garçons et la pérennité de ses aléas : amour, tromperie, jalousie… qui peuvent vous embringuer malgré vous dans des situations extrêmes.

Mon avis :

Si l’histoire est simple, tout l’intérêt de ce roman tient dans le style de l’auteur et de la peinture des jeunes gens d’aujourd’hui. Nous avons à faire avec un jeune homme, qui a un travail qui ne le passionne pas, mais qui lui permet de se payer ses loisirs. Et ses loisirs, justement, ce sont essentiellement des sorties avec les copains, des soirées arrosées, des repas agrémentés de drogue et du sexe, beaucoup de sexe.

Le narrateur est en couple avec Yasmina, ou du moins, ils passent du temps ensemble. Car ils ont chacun leur appartement. En parallèle, il entretient une relation avec Hélène, la petite amie de Franck. Entre eux, c’est le sexe fusionnel. Un jour, Franck débarque chez lui, et lui demande de l’emmener à une fête. Il refuse, le ton monte et le drame arrive : le narrateur tue Franck. Il va devoir se débarrasser du corps …

C’est un étrange portrait que nous brosse Baptiste Madamour, celui d’une génération où la seule chose qui compte, c’est le plaisir, c’est de ne pas se prendre la tête, vivre au jour le jour, vite, très vite, sans regarder en arrière, sans avoir de regrets, sans notions de responsabilités, de bien ou de mal. En cela, on est proche de ce que montrait Brett Easton Ellis dans ses premiers romans. La vie maintenant avant tout !

Ce qui est aussi marquant dans ce roman, c’est le style haché, à base de phrases courtes, détaillant en détail chaque petite action. Cela donne une impression de vitesse, probablement alimentée par les drogues, et surtout, par la justesse des phrases et de leur succession, cela fait bigrement penser à du Philippe Djian (ce qui est un énorme compliment pour moi).

Alors retenez bien ce nom, Baptiste Madamour, car s’il continue comme cela, il pourrait être un futur talent français qu’il va falloir suivre de très près. En tous cas, je note son nom car je suis bien curieux de le voir aborder d’autres sujets, avec des intrigues plus touffues. Ce roman est une excellente découverte que vous pouvez acquérir pour moins de 3 euros sur la librairie de Ska. Avouez que c’est donné !

La velue de Nadine Monfils (Frangrances)

Nadine Monfils a commencé sa carrière d’écrivain en 1984. Et son premier roman s’appelait La velue. Evidemment, ce roman est depuis très longtemps épuisé. Les éditions Fragrances ont la bonne idée de rééditer ce roman …

Ophélie est une professeure, et elle rêve d’emmener en classe son oiseau Ymir, enfermé dans une cage. Comme ce serait plus gai ! Petite en taille, on la comparait à ses élèves. Vivant avec sa tante depuis qu’elle est orpheline, elle a suivi une éducation religieuse stricte. Cet été là, elle part en vacances à la plage, dans la mer du Nord. Et elle rencontre Raphaël. Ces deux là s’aiment d’amour fou, et il lui demande de venir vivre avec lui … dans son château … où il habite avec sa mère … qui a 217 ans.

A partir de ce moment, le roman déraille et devient une sorte d’éducation sexuelle, en même temps qu’une initiation à la vie, au milieu de gens qui tantôt sont des monstres, tantôt sont des animaux. Bienvenue le monde extraordinaire de Nadine Monfils, où les vraies gens sont des êtres bizarres et où les êtres étranges sont les plus humains.

Avec ce premier roman, attendez-vous à être surpris car le début de chaque chapitre n’a rien à voir avec ce qui va suivre. De cet amoncellement de petites scènes, il en ressortira toujours une surprise, des images fortes, grâce aux expressions très imagées de l’auteure, et à son imagination sans borne. Si ce n’est pas un polar, ce roman fait une incursion dans le fantastique, avec des aspects qui rappellent fortement La métamorphose de Franz Kafka, ou bien Histoire d’Ô de Pauline Réage. C’est dire le grand écart que se permet Nadine Monfils.

Malgré cela, on retrouve son art de démonter toute logique, de donner l’impression d’un grand bordel, de faire croire qu’il n’y a aucune construction, alors que le tout forme un ensemble parfaitement cohérent. Et on retrouvera à la fois des thèmes forts pour les habitués de l’univers Monfils, de l’omniprésence de la famille aux étrangers bizarres, de l’horreur des hôpitaux aux policiers frappés ou même des nains lubriques.

Dire que c’est un conte pour adultes est un euphémisme : il y a des scènes érotiques où l’on ne s’autorise aucune limite et tout cela est fait pour amuser la galerie avec des scènes d’une drôlerie irrésistible. Pour vous donner un exemple : A l’hôpital, on soigne les gens en les jetant par la fenêtre ; si l’un d’eux meurt, alors le corbillard les ramasse comme s’il les mangeait, et quand il est trop plein, il les vomit en plein milieu de la rue.

Si ce roman est incontestablement original, s’il est construit avec la cruauté d’un conte, il devra être ouvert à la fois avec l’indulgence d’un premier roman et avec la curiosité de découvrir l’univers de Nadine Monfils qui est déjà bien présent et donnera par la suite à la fois ses romans érotiques et ses polars tels que le Commissaire Léon ou Mémé Cornemuse. C’est une riche idée d’avoir dépoussiéré ce roman et il va en surprendre plus d’un.

Déliquescence de Deborah Kay Davies (Editions du Masque)

Bizarrement, quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’ai tout de suite été attiré par le sujet, bien qu’il ne soit pas forcément original. Pourquoi ? Peut-être par sa façon de raconter brièvement une situation pas forcément facile à aborder. Ce roman s’avère, au bout du compte un bon premier roman.

La narratrice travaille dans un centre social, où elle reçoit des hommes pour les aider à remplir leur dossier. Débarque alors un jeune homme blond. Par son magnétisme et ses sous-entendus, elle va être attirée, et accepter de le suivre. Ils vont descendre dans un parking et faire l’amour …

Commence alors pour la narratrice une longue période qui va durer plus d’un an où elle va l’attendre, espérer qu’il arrive, passer quelques soirées en sa compagnie, délaisser ses amis et en particulier Alison sa collègue de travail, s’éloigner de ses parents. La descente aux enfers peut commencer …

Ce premier roman est assez particulier à aborder. Il faut savoir que tout le livre est écrit à la première personne du singulier, dans un style très pauvre, très plat. On n’y trouve aucune description, juste des états d’ame, des pensées, des sentiments. Si la démarche est louable, au sens qu’elle donne l’impression de lire un témoignage, elle parait parfois maladroite, voire lassante.

En effet, j’aurais aimé un peu plus de passion dans les passages où elle retrouve le jeune homme blond, un peu plus de lassitude dans les moments passés au travail, un peu plus d’impatience à force d’attendre un désir qui ne vient pas. Mais non ! rien ! Et si c’est quelque chose qui m’a gêné, je comprends parfaitement la démarche artistique de l’auteure.

Pour en revenir à l’intrigue, comme il y a peu de descriptions, c’est un livre abordable, pas trop trash mais assez cru, où on voit une femme se transformer en esclave, acceptant de s’abaisser jusqu’à l’état d’animal. C’est donc un livre assez dur à lire, surtout si on s’identifie au personnage. En tout état de cause, Deborah Kay Davies signe là un premier roman suffisamment insolite et jusqu’au-boutiste pour suivre son prochain roman.

Gonzo à gogo de Ange Rebelli et Jack Maisonneuve (Editions Tabou)

Ce roman est arrivé dans ma boite aux lettres, par hasard, enfin presque, et je recevais le lendemain un mail me présentant le livre. Bizarre qu’ avec un sujet sur la pornographie, il soit arrivé là. En fait, il s’agit d’un roman noir, plutôt bon, mais à réserver à un public adulte.

Angie Rebellini mit du temps à trouver sa voie. Il fit un petit passage dans la banque, avant de créer son groupe de rock underground puis sexreporter, écrivant des articles sur les films pornographiques en tournage, ou interviewant les stars du domaine. Pas facile de faire son trou, dans ce milieu. Le phénomène qu’il voit venir, c’est le Gonzo. Des amateurs ou des professionnels improvisent des scènes hard qui sont filmées et postées sur Internet. C’est selon lui la nouvelle révolution du sexe.

Ses deux comparses Lola Joy et Isidore Violette-Gastinger (IVG) sont deux hardeurs qui font du Gonzo. Angie en profite pour les suivre et faire des photographies pour son magazine. C’est alors que son employeur, Fez, le pape du porno, va lui proposer de suivre le tournage de Douglas Pean, un pur obsédé, qui va se dérouler dans le sud de la France.

La situation va rapidement dégénérer, alors qu’entrent en scène des actrices venues de l’est, des serbes, des gendarmes et des gitans. Ce gigantesque quiproquo presque vaudevillesque va se terminer dans une scène apocalyptique avec des dégâts à la clé, dont peu en sortiront indemnes.

Je dois dire que j’ai été agréablement surpris de suivre ces aventures de Angie, par son style agréable et humoristique quand il faut, et par ces personnages haut en couleurs. Le contexte, très porté sur le sexe, confirme ce dont on se doute : sex, drug & rock n’roll. Cela permet aux auteurs de montrer comment ces films se font, les pauvres filles de l’est qui font cela pour gagner plus d’argent que dans leur pays, et les producteurs qui s’en mettent plein les bourses, en se les vidant.

Si ce roman ne va pas révolutionner le genre du polar, car c’en est un, il ressemble à un road movie, avant de s’engager dans une veine plus amusante où tout le monde va se retrouver dans une villa pour un final sanglant. Evidemment, les scènes sont crues, explicites, mais il n’y a pas de quoi lire tout ça de la main droite, tant le but est de montrer des gens au travail (sic). D’ailleurs, l’auteur le dit : « Le tournage d’un film pornographique est barbant ».

Bref, voilà une lecture surprenante, plaisante, qui nous montre une facette bien peu ragoutante, pour satisfaire un certain nombre de personnes, dans un format polar dont je retiendrai surtout une fin à la fois amusante et son coté gentiment anarchique, à la façon d’un western déjanté. A noter une préface de Jean Pierre Mocky en forme d’interview où il apparait tel qu’on le connait, et une bonne postface de AH.Benotman.