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Pour donner la mort, tapez 1 d’Ahmed Tiab

Editeur : Editions de l’Aube

Après avoir écrit une trilogie mettant en scène le commissaire Kémal Fadil (Le Français de Roseville, Le désert ou la mer, Gymnopédie pour une disparue), Ahmed Tiab nous revient avec ce qui devrait être une nouvelle trilogie centrée sur la ville de Marseille.

Je tiens à remercier tout particulièrement mon ami du Sud La Petite Souris, qui, par ses questions a joué le rôle de catalyseur dans l’alchimie de mon cerveau quand je cherchais à rédiger cet avis.

Si la technologie a fait de grandes avancées, surtout dans le domaine de la communication et des réseaux sociaux, il n’en est pas de même dans les règles de la société ni dans les mises en garde pour nos bambins. Les extrémistes, eux, ont vite compris l’intérêt d’Internet et sa possibilité de toucher les masses par la diffusion de vidéos, montrant des assassinats en direct de mécréants.

C’est le cas des trois adolescents qui ouvrent ce roman, habitant dans les cités Nord de Marseille. Sofiane et Hocine traînent leur misère dans un pays qui ne veut pas d’eux. Quand ils retournent au pays, c’est la joie de participer à de grandes fêtes. Dès qu’ils reviennent en France, la grisaille et le racisme ambiant les plombent. Les vidéos sur Youtube leur donne l’idée de faire respecter la morale, leur morale. Ils vont donc réfléchir à faire aboutir leur idée avec leur copain de cité Benji.

Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans un hangar désaffecté. Franck Massonnier est chargé de l’enquête. Son parcours personnel est particulier, puisqu’il est divorcé de Catherine et est tombé amoureux de Lotfi Benattar, un jeune enquêteur qui travaille dans son équipe. Pour couronner le tout, Maï la fille de Franck en en pleine adolescence difficile et s’adonne plus à fumer des pétards qu’à ses cours. La jeune femme assassinée a subi de graves coups à la tête, portés par un ou des objets contondants. Il semblerait qu’on l’ait couverte d’une cagoule avant de jouer à la pétanque avec sa tête en guise de cochonnet. Après enquête, des rumeurs qui circulent dans la cité la décrivent comme volage. Mais un sigle tagué sur un mur du hangar laisse envisager d’autres pistes.

Ahmed Tiab continue son exploration de la société française, ou plutôt la vision qu’il en a. Si la forme s’apparente à du polar, ce sont en premier lieu des romans sociétaux dont il ressort un malaise flagrant des maghrébins, par le fait que la nouvelle génération ne croit plus à une intégration dans une société conservatrice. A ce titre, ses trois premiers romans, ou du moins les deux que j’ai lus, étaient des livres précieux pour mieux comprendre et se comprendre. Ils mettaient en scène un commissaire Kamel Fedil dans trois situations qui parlaient de trois sujets différents liés à l’Algérie. Ce que j’avais adoré, c’est aussi cette façon de raconter une histoire de façon non linéaire et d’y insérer des personnages forts.

Dans ce dernier roman, on se sépare de notre commissaire pour trouver un autre personnage de poids : Marseille. Il semblerait en effet qu’Ahmed Tiab commence avec ce nouveau roman une nouvelle trilogie mettant en scène la cité Phocéenne. Nous avons donc à faire avec deux nouveaux flics Franck et Lotfi. S’ils sont (comme d’habitude) bien décrits, ils sont surtout là pour être au cœur de l’action et pour faire le contrepoids avec les trafiquants de drogue. Je m’explique :

Ce roman commence avec des jeunes des cités qui vont pencher du coté du djihadisme. Si la morale qu’ils veulent perpétrer est stricte, elle l’est moins vis-à-vis des trafiquants de drogue. Franck et Lotfi étant amants, donc homosexuels, ils s’attirent les foudres des croyants musulmans, ces derniers étant plus permissifs vis-à-vis des distributeurs de mort. C’est essentiellement cette contradiction qu’Ahmed Tiab veut mettre en avant, nous appelant tous à un peu plus de mesure, de recul et de lucidité.

Je dis essentiellement car les personnages secondaires vont apporter beaucoup d’autres thèmes, qui sont abordés et pas forcément creusés comme ils auraient dus l’être. Du danger des réseaux sociaux au racisme ambiant, des adolescents abandonnés à eux-mêmes à la vie de famille qui part en vrille, du djihadisme aux jeunes chômeurs désœuvrés, tous ces thèmes ont au moins en commun une analyse froide et factuelle de notre société, où la mesure et la morale ont depuis bien longtemps été laminées.

La seule chose que j’ajouterai, c’est qu’à aborder trop de thèmes, on perd la force du discours. Trop de thèmes tuent le discours. Ce qui fait que ce roman, bien qu’il soit passionnant, m’a paru touffu et s’égarer entre tous les sujets abordés. J’aurais probablement préféré une histoire moins complexe afin que le ou les messages soient plus martelés.

Ceci dit, les adeptes de romans policiers avec un fond sociétal seront enchantés, car cela reste du très bon polar, avec une fin bien noire, comme pour renvoyer tout le monde dos à dos. Car ce roman ne donne pas de leçon ou de solution, il semble juste nous dire que nous sommes différents et que nous devons vivre ensemble. En cela, c’est un bel exemple d’humanisme comme je les aime.

Ne ratez pas l’avis de Claude

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L’année du Lion de Deon Meyer

Editeur : Seuil

Traducteur : Catherine Du Toit & Marie-Caroline Aubert

Deon Meyer est bien connu des amateurs de polar, ayant écrit ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme des classiques se déroulant dans son pays, l’Afrique du Sud. J’avais laissé de coté ses dernières productions et c’est bien le changement de Cap (Hi Hi) qui m’a poussé à lire ce dernier roman en date. Deon Meyer se lance dans le genre Post-Apocalyptique. Et c’est bien parce qu’il a des choses à dire. Ce roman est énorme, aussi bien par sa taille (626 pages) que par son traitement.

Nico Storm raconte sa vie, dans ses mémoires qui serviront de référence pour raconter l’Histoire d’Amanzi. Nico a 13 ans quand un coronavirus a dévasté la Terre. 90% a succombé à cette maladie, dont la légende dit que le virus est une mutation d’un gène de chauve-souris. Nico se retrouve donc avec son père Willem, et ils arpentent tous deux l’Afrique du Sud à la recherche d’un abri sûr.

Nico et Willem roulent dans leur camion, rempli de victuailles et de médicaments, quand ils arrivent à Koffiefontein. Ils se dirigent vers une station-service, pour faire le plein. Soudain, les insectes se taisent. Un danger menace. Une meute de chiens sauvages entoure Willem rapidement. Nico prend son courage à bras le corps, empoigne le fusil, et tire comme son père le lui a appris. Bien que blessé, Willem arrive à rejoindre le camion.

Plus loin, ils s’arrêtent pour se soigner et manger. Ils doivent faire attention aux animaux, mais aussi aux humains devenus des animaux bien plus violents et plus agressifs que les animaux. Malgré cela, Willem rêve de créer une ville, une sorte d’oasis où il construirait une société parfaite, en repartant de zéro. Enfin, Willem trouve le lieu parfait pour construire sa ville, qu’il appellera Amanzi, qui signifie Eau, puisqu’elle est située à coté d’un barrage. Bientôt, ils vont être rejoints par de nombreuses personnes.

Je dois dire que je ne suis pas spécialement fan de romans post-apocalyptique et que je n’ai pas lu La Route de Cormac McCarthy. Sans forcément m’avoir converti à ce genre, ce roman de Deon Meyer m’a enchanté, voire envoûté. Et je me suis rendu compte combien cet auteur sud-africain était un conteur hors pair, un créateur d’ambiances rare. Car ce roman nous invite à visiter un nouveau monde, et le dépaysement y est total.

A travers ces plus de 600 pages, nous allons voir Nico grandir, passer par une adolescence de doux rebelle, pour devenir un adulte responsable. C’est lui, le personnage principal, et il prendre en charge l’écriture de l’Histoire d’Amanzi, cette communauté crée par son père. Nous allons avoir son opinion, avoir son témoignage en tant que témoin privilégié, et c’est bien ce parti-pris de l’auteur qui fait de ce roman un grand moment. Parsemé ça et là de témoignages des habitants d’Amanzi, ce roman donne une impression de lire un document officiel, un manuscrit historique qui va balayer quatre années, comme autant de parties.

Outre les relations familiales avec ses petits secrets et ses gros mensonges, Willem est le personnage qui m’aura marqué. Convaincu qu’il est capable de construire une nouvelle société meilleure que celle qui vient de mourir, il va être à l’origine d’Amanzi, faire vivre son rêve et être confronté à de nombreux problèmes dont le principal n’est pas le plus simple : l’Homme n’est rien d’autre qu’un animal. Car loin d’être naïf dans son propos, Deon Meyer nous décrit des dizaines de personnes qui vont soit construire la communauté, soit tenter de la détruire, pour survivre ou juste assouvir un besoin de pouvoir. Une bonne partie de ce livre va en effet montrer la dualité de l’Homme, et ses combats pour un idéal.

Ce sont aussi les qualités de conteur de Deon Meyer qui sont à l’honneur dans ce roman : il nous peint un paysage de désolation, d’où les humains ont disparu. Le premier indice est l’absence de bruit. Ce qui permet de revenir à l’homme de revenir à un sens de prédilection pour sa protection : l’ouïe. Puis ce sont les paysages fantastiques qu’il nous décrit, sans être lourdingue, d’une façon toute naturelle et fluide. Avec les différents personnages, il termine son tableau sous nos yeux ébahis. Et on ne peut qu’être ébahis par le savoir faire mais aussi le talent pour faire passer autant d’émotions.

Enfin, il y a, au travers du personnage de Willem, cette utopie de reconstruire une société idéale. Deon Meyer met dans ce roman toute sa passion, toute sa vision sur la société actuelle, sur ses dérives et imagine comment reconstruire tout de zéro, en prenant en compte les avancements technologiques à conserver. Willem va donc bâtir une communauté en recréant l’école, la gestion de la ville, l’agriculture, la médecine, puis enfin la politique. Deon Meyer arrive à nous faire partager sa passion pour l’humanité et donne au passage son avis. C’en est passionnant.

Ne croyez pas que c’est un roman de grands discours. Il y aura du stress, des menaces, des scènes d’action incroyables, des moments intimes, des personnages vivants et incroyables. Quelque soit ce qu’il nous raconte, la plongée dans ce Nouveau Monde est réaliste, A chaque fois que j’ai repris sa lecture, j’ai été immédiatement plongé dans cet univers fascinant. Ce roman est une vraie drogue, un voyage dans l’imaginaire tout en gardant les pieds sur Terre. C’est une lecture indispensable, le meilleur roman de Deon Meyer, tout simplement.

Ne ratez pas les avis de Yan et Jean-Marc. L’année du Lion est aussi la 2ème meilleure lecture de Yvan pour 2017.

Oldies : Raid sur la ville de Bill James

Editeur : Rivages

Traducteur : Danièle et Pierre Bondil

Je ne vous cache pas que les billets de Yan sont pour beaucoup dans le choix de cette lecture. Mais il y a aussi mon ami du Sud Petite Souris qui doit être cité ici pour une bonne raison : il m’a offert ce roman de Bill James. A la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à tout autre chose. C’est donc une excellente surprise …

L’auteur :

Allan James Tucker, né le 15 août 1929 à Cardiff au Pays de Galles, est un écrivain britannique. Il écrit des romans policiers. Bill James est le principal pseudonyme littéraire de Allan James Tucker. Celui-ci a également publié sous le nom de David Craig et de Judith Jones.

Il obtient une maîtrise de lettres à l’Université du pays de Galles. Il devient journaliste et travaille pour le Western Mail, le South Wales Echo, le Daily Mirror ou le Sunday Times.

Il débute comme écrivain avec des romans d’histoires et de fictions publiés sous le nom de James Tucker et sous le pseudonyme de David Craig. C’est sous ce pseudonyme qu’il produit la quasi-intégralité de ses écrits jusqu’en 1985, date à laquelle il publie la première histoire du super intendant Collin Harpur et de son patron Desmond Iles sous le nouveau pseudonyme de Bill James. Il met en sommeil pendant dix années le pseudonyme de David Craig et signe douze romans de cette nouvelle série avant de publier régulièrement des romans sous les deux pseudonymes. En 1998, il utilise le nouveau pseudonyme de Judith Jones et écrit deux romans consacrés à Kerry Lake dont la troisième aventure est publiée sous le nom de Bill James.

En France, les ouvrages de Bill James sont publiés par François Guérif dans la collection Rivages/Noir. La série mettant en scène ses deux personnages récurrents, le super intendant Collin Harpur et son patron Desmond Iles, est publié en France à partir de 1998 et commence avec Retour après la nuit (Roses, Roses) qui n’est que le dixième livre de la série. La publication de cette série ne respecte en aucune manière la chronologie de la publication originale. À ce jour, la série Harpur & Iles compte trente-trois romans, dont treize traduits en France.

Deux ouvrages écrits sous le pseudonyme de David Craig ont été publiés dans les années 1970 par la Série noire. Deux de ses ouvrages ont été adaptés au cinéma. En 1977, Michael Apted réalise le film Le Piège infernal d’après le roman Protection et en 2013, Serge Bozon réalise Tip Top d’après le roman Tip Top (Mal à la tête en français).

Allan James Tucker se consacre aujourd’hui à l’écriture, il réside au pays de Galles et travaille également comme intervenant pour les cours de création littéraire à l’Université du pays de Galles.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Colin Harpur et ses hommes sont en planque devant une succursale de la Lloyd’s que des truands doivent mettre à sac. L’indic Jack Lamb a été formel. Mais il ne se passe rien. L’attaque a été reportée. En attendant, Harpur ronge son frein, d’autant plus qu’il semble y avoir une « opération de nettoyage » en ville, comme pour préparer le terrain. Lorsque le hold-up a finalement lieu, la police est au rendez-vous ; pourtant les choses ne se déroulent pas comme prévu. Le cerveau de l’opération réussit à prendre la fuite. Et Harpur compte ses pertes…

Ce premier volume de la série qui met en scène Colin Harpur introduit les personnages que l’on avait découverts dans Retour après la nuit. Bill James nous étonne par sa liberté de ton, le côté retors de son intrigue et de ses personnages. Comme l’a écrit Christian Lehmann à propos de ce livre, « les chapitres ne vont jamais où on les attendait ».

Mon avis :

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de roman. Je pensais lire un roman introduisant deux nouveaux personnages, avec une intrigue mettant en valeur leur relation. Eh bien, pas du tout. Tout d’abord, cette enquête démarre par une planque puisque Harpur a eu une info par son indic d’un futur casse de la Lloyd’s. Mais il ne se passe rien, puisque les truands ont été prévenus. Y aurait-il une taupe dans la police ? De ce jour, Harpur ne va faire confiance à personne … sauf à ses indics. Puis, de nombreux assassinats vont suivre, comme si les truands voulaient faire le ménage avant de débarquer en ville.

C’est donc Harpur qui est au centre de l’intrigue, Iles étant son supérieur. Et c’est bien l’intrigue qui intrigue … Comme il est dit en quatrième de couverture, Bill James a le don de nous surprendre puisque son histoire tourne et retourne, va et vient, mais ne va jamais là où on peut l’imaginer. Même la fin est surprenante.

On trouve dans ce roman une société qui change. Les voleurs n’ont aucun respect ni aucune pitié pour les flics, c’est le royaume du chacun pour soi, du No Limit (sans limite pour les non anglophones), à l’image du libéralisme de l’ère Thatcher. Iles qui apparaît dans quelques chapitres est l’image de la hiérarchie certes, mais c’est aussi celui qui représente les instances et qui montre la malfaisance des média. Et puis, dans cette ville sans nom, banlieue de Londres, on y sent le complexe d’infériorité face à la capitale, et la revanche des ploucs sur les citadins.

C’est aussi le style qui retient l’attention, que dis-je, qui frappe droit à l’estomac. Je m’attendais à des traits d’humour, et j’ai trouvé une écriture brutale, ne s’attardant pas sur les émotions des uns ou des autres, mais assénant des coups qui font mal avec des phrases qui font mouche. S’il faut aborder ce roman comme le début d’une série, il est un tout, une histoire à part entière, qui m’a fait découvrir un auteur original par sa plume autant que sa façon de raconter une histoire noire et brutale.

Le club des pendus de Tony Parsons

Editeur : La Martinière

Traducteur : Anne Renon

Quand j’ai découvert Tony Parsons au travers de son roman précédent, Les anges sans visages, je savais que j’allais suivre ses futures publications, car le personnage principal, Max Wolfe est un personnage qui me parle. Voici mon avis sur le petit dernier, Le club des pendus.

Mahmud est chauffeur de taxi. L’homme qu’il prend à bord veut aller à Newgate Street. Puis l’homme sort une lame de rasoir et le menace de lui couper l’œil. Ils arrivent dans un quartier glauque, se retrouve dans une cave, où l’attendent 3 personnes cagoulées. Il aperçoit une caméra. On le fait monter sur un escabeau, lui glisse une corde autour du cou. Et on lui pose une question : « Savez pourquoi vous êtes sur ce lieu d’exécution ? ». Des portraits de jeunes filles sont projetés sur le mur en face de lui. Il sait maintenant pourquoi il est là, ne regrette rien. Puis, l’escabeau bascule et Mahmud se retrouve pendu.

Max Wolfe est assis dans la première chambre d’Old Bailey, aux cotés d’Alice Goddard et ses deux enfants adolescents. Il attend le verdict dans un procès qui concerne 3 jeunes gens ayant battu à mort le mari d’Alice, Steve, qui ne demandait rien d’autre que de nourrir et protéger sa famille. Ils ont même poussé le vice jusqu’à filmer la scène avec leur téléphone portable et la poster sur Youtube. Bien qu’ils soient jugés coupables, ils ne sont condamnés qu’à 12 mois de prison. Max est fou de rage et est stoppé de justesse par l’huissier.

De retour au commissariat, Max assiste sur grand écran à la pendaison de Mahmud Irani. Le nom du compte qui a posté la vidéo est Albert Pierrepoint, le plus célèbre bourreau d’Angleterre. Mahmud a fait un séjour de 6 ans en prison pour avoir fait partie du gang des violeurs de Hackney, qui s’en prenait à des jeunes filles de 11 ans. Vengeance ou crime raciste ? Quand, le lendemain, la pendaison suivante se déroule en direct sur Youtube, il n’y a plus de doutes : un groupe a décidé de rendre sa propre justice.

Dérangeant nous dit le bandeau présent sur le livre. C’est bien le cas ici. Car on connait le sujet traité ici, parlant de groupes de gens voulant rendre eux-mêmes leur propre justice, que ce soit dans des polars ou bien dans des films. Je me rappelle en particulier d’un film mettant en scène l’inspecteur Harry (le deuxième ou le troisième, je ne sais plus) qui m’avait marqué. Et on peut trouver différentes façons de traiter ce sujet.

Sauf que le personnage principal de cette série se nomme Max Wolfe. Tony Parsons a créé un personnage qui essaie de séparer sa vie professionnelle de sa vie personnelle. Il essaie de protéger sa fille de 5 ans, Scout des violences dans laquelle la vie londonienne s’enfonce irrémédiablement. Max Wolfe est indéniablement un personnage fort, droit, honnête, qui doit faire son boulot en laissant de coté ses sentiments personnels. Et pourtant, il a toutes les raisons de craquer, quand par exemple les jeunes gens qui ont tué un père de famille ne s’en sorte qu’avec quelques mois de prison.

Si l’intrigue n’est pas basée sur des indices disséminés de ci de là, comme dans un roman policier, elle est plus proche d’un roman social où l’auteur construit un personnage à fleur de peau arrivant à garder son calme. Il n’en reste pas moins que ses nerfs vont être mis à rude épreuve, surtout quand l’un de ses proches va subir un passage à tabac aux conséquences dramatiques. De même, Max aux prises avec les journalistes lors des conférences de presse va laisser passer quelques mots qui, détournés de leur contexte vont faire scandale.

Indéniablement, Tony Parsons va une nouvelle fois se faire le témoin de notre société, en abordant plusieurs sujets sans pour autant n’en creuser qu’un seul. On y trouvera beaucoup de rebondissements, un style direct que j’ai déjà comparé aux meilleurs auteurs irlandais, et il évitera de prendre position pour laisser le lecteur face à ses propres convictions, sachant que sur la question de la justice, personne n’a raison, personne n’a tort, et chacun fait son boulot du mieux qu’il peut. En cela, ce roman est dérangeant, diablement bien fait, et je ne peux que vous encourager à le lire, car il est excellent.

Révolution de Sébastien Gendron

Editeur : Albin Michel

Le dernier Sébastien Gendron est une véritable bombe, comme son nom l’indique. Si le titre peut inquiéter, le début du livre nous transporte dans un univers loufoque, fort rassurant avant de basculer intelligemment dans un questionnement de tout un chacun sur sa position dans la société. Un conseil : ce roman est à ne manquer sous aucun prétexte !

Le Torpedo est un bar où travaillent des sosies de gens célèbres. Le Torpedo est dirigé par M.Katzemberg, qui a un garde du corps qui se nomme Voyelle, car il ne s’exprime que par des voyelles. Franck est emmerdé car il a enlevé une jeune fille pour se faire un peu de liquide, mais la famille ne se manifeste pas. Alors il vient demander du boulot à M.Katzemberg. Dans la salle d’attente, il se pense en concurrence avec un type au mégot.

L’homme au mégot s’appelle Georges mais M.Katzemberg veut l’appeler Oli. Le seul souci, c’est que M.Katzemberg a fait deux rails de coke sur son bureau et qu’il en manque un. Il leur demande qui des deux a sniffé la coke. Ni une, ni deux, M.Katzemberg sort un flingue et abat Franck. Pour fêter ça, il propose à George, pardon Oli, de faire une séance de tir au sous-sol. Il lui balance une mitraillette, mais Georges la réceptionne mal et appuie sur la détente. Résultat : Georges Berchanko, qui était envoyé par l’agence Vadim Interim se retrouve avec deux cadavres sur les bras et un garde du corps cinglé.

Marjovent est un petit village dont le seul ornement est un calvaire de 1823 représentant Jésus, avec à ses pieds une vierge Marie éplorée. Alors que l’on doit construire un ensemble immobilier, personne ne veut démolir la statue. Raymond Ventura, le conducteur de travaux, fait appel à Vadim Interim qui leur envoie Pandora Guaperal, une femme musclée de 43 ans. Ni une ni deux, elle démolit le calvaire. Mais la populace la poursuit pour la punir du sacrilège. Elle arrive à s’enfuir, bien décidée à se venger de Vadim Interim.

Rien de tel que l’humour pour se moquer de tout un chacun. Ce roman commence comme une grosse farce, une histoire loufoque où les personnages et les situations sont tous plus drôles et ridicules les uns que les autres. Sébastien Gendron démarre donc son roman comme une caricature, en grossissant le trait, justement pour transporter le lecteur ailleurs. Et si ce roman n’était en fait qu’une vision de notre société d’aujourd’hui ?

Georges Berchanko et Pandora Guarupal vont se rencontrer (dans une scène extraordinaire qui se déroule dans un bar crade) et entamer leur croisade. Ils en ont marre et vont faire leur révolution. Mais elle est particulière dans le sens où ils vont demander aux gens de faire leur propre révolution. Et c’est là où c’est fort, car avec ces deux personnages qui agissent comme des catalyseurs, l’auteur va nous montrer des gens normaux, qui vont réagir par rapport à cette situation.

Des moutons qui regardent et ne font rien aux parvenus qui ne veulent pas remettre en cause une situation qui leur profite, des gendarmes qui ne veulent pas faire de bourdes aux journalistes qui veulent profiter du scoop, c’est toute une galerie Je ne vous en cite que  quelques uns car tout le talent de Sébastien Gendron fait le reste, comme une autopsie de notre société où tout le monde veut que ça s’améliore mais sans que rien ne change.

Le fait d’avoir choisi la comédie pour illustrer son propos est le meilleur moyen de montrer une situation actuelle sans froisser personne, mais en plaçant tout le monde devant ses propres responsabilités. Et en cela, ce roman, outre qu’il est un divertissement remarquablement bien fait et bien écrit, est important, ne serait-ce que pour, le temps de 390 pages se remettre en cause et se poser la question : Comment améliorer le présent de tout un chacun ? Ce roman humoristique, cynique et lucide, l’air de rien, est une bombe, un livre à ne pas manquer !

Il ne nous reste que la violence d’Eric Lange

Editeur : Editions de la Martinière

Voilà le genre de roman que j’ai lu par hasard. Je ne connaissais pas du tout l’auteur (c’est son deuxième roman après Le sauveteur de touristes), et je dois dire que c’est un polar coup de poing bien noir comme je les aime. Une bien belle surprise !

Le narrateur est animateur de radio. Pendant son émission, il donne la parole aux auditeurs, et ceux-ci se lâchent, disent ce qu’ils ont sur le cœur. Des peines de cœur aux ras-le-bol dans le travail, les sujets sont divers et variés, un défouloir pour adultes frustrés. Un soir, c’est un gréviste qui appelle : son usine va être fermée, délocalisée, alors il est prêt à mettre le feu à la mèche et tout faire exploser. Et l’auditeur de conclure : « De toute façon, c’est comme ça aujourd’hui. Il ne nous reste que la violence. »

Ce matin-là, le personnel de la radio est convoqué au grand complet. Un nouvel actionnaire vient d’entrer au capital de la radio, O-Space. Le but affiché est de lui assurer un meilleur développement. Pour cela, Bertrand Lemarc a été nommé directeur de la radio ; son surnom : Le Liquidateur, car sa spécialité était la réduction de couts. Le narrateur peut se faire du mouron : son émission vient tout juste de démarrer et elle coute cher : pas moins de quatre salaires.

Déambulant au hasard des stations de métro, il en choisit une au hasard et descend, entre dans un bar et se finit à coups de bière et de rhum. Un homme le reconnait : il s’agit de Felix, qu’il a rencontré entant que guide de guerre pendant la guerre des Balkans. Depuis, Felix s’est requalifié dans le trafic de cocaïne. Le narrateur lui raconte ses déboires et lui dit que son émission a besoin d’un peu de temps pour s’installer. Alors Felix lui propose d’écarter Lemarc du paysage audiovisuel pendant quelques mois … et si, par exemple, il lui arrivait un accident … comme un car-jacking ?

Quelle excellente surprise avec ce roman, non pas dans son sujet mais plutôt dans son traitement, son style et son scenario. En effet, le sujet, étant basé sur le fait d’éliminer les gens qui nous gênent, n’est pas nouveau. Et on y trouve d’ailleurs bien des façons différentes de le raconter. Je citerai juste pour mémoire les deux qui me viennent à l’esprit et qui sont pour moi incontournables : Le contrat de Donald Westlake (définitivement noir et social puisque le personnage principal élimine ceux qui sont en compétition avec lui pour obtenir un travail) et Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron (où le personnage principal créé une entreprise de nettoyage discount donc ouverte à tous).

Malgré ces grandes références, le roman d’Eric Lange est loin d’être ridicule, il est même brillant par certains cotés. J’en veux ce style, direct, minimaliste qui exprime en si peu de mots tout ce qu’il faut pour à la fois poser son personnage et pour faire dérouler son intrigue avec une facilité déconcertante, et qui force le respect.

L’intrigue, justement, se déroule sur une année, entre 2000 et 2001 et notre animateur radio va être entrainé dans un premier meurtre puis se rendre compte que cela peut être bien pratique dans certains cas. Les premiers chapitres sont clairement très sociaux, montrant des auditeurs pris à la gorge par la machine capitaliste, ne trouvant aucune autre solution que faire exploser leur usine pour qu’elle ne soit pas délocalisée. Puis, c’est la radio qui est menacée de subir le même sort. Mais après ce début noir social, on penche plutôt vers un polar centré sur l’animateur radio, très égocentrique. La fin du roman nous amènera d’ailleurs vers un retournement de situation qui m’a impressionné, mais qui, du coup, abandonne la veine noir social.

Il ne nous reste que la violence s’avère donc un excellent polar, une sorte de variante de ses illustres prédécesseurs qui n’a pas à pâlir de la comparaison, mais qui vient ajouter sa pierre à l’édifice. En ce qui me concerne, il ne fait aucun doute que je vais suivre cet auteur, car il m’a promis tant de belles choses à venir avec son roman, que je suis curieux de voir la suite de son œuvre.

Hong Kong Noir de Chan Ho-Kei

Editeur : Denoel

Traducteur : Alexis Brossolet

Le titre de ce roman peut faire penser aux recueils de nouvelles publiés par les éditions Asphalte, qui étaient centrés sur une ville. Et on peut voir ce roman comme une somme de nouvelles écrites par un seul auteur sur Hong Kong. Mais ce serait bien réducteur car ces 6 enquêtes ou affaires policières forment un ensemble qui permet de voir l’évolution de cette ville et de sa criminalité.

Les deux personnages principaux sont Kwan Chun-Ok et Lok Siu-Ming. Kwan est un enquêteur hors pair, le seul à avoir connu un taux de résolution d’affaires de 100%, grâce à son esprit d’observation, de déduction, de psychologie et de ruse. Lok est un jeune inspecteur que Kwan a pris sous son aile, et qu’il forme. D’ailleurs il n’est pas rare que Lok l’appelle Maître.

Au travers de ces 6 affaires, on voit évoluer la ville et sa vie, mais aussi comment la criminalité a pris son essor et le pouvoir. La première affaire nous montre Kwan sur son lit de mort, atteint d’un cancer du foie, plongé dans le coma et capable de ne répondre aux questions que par des bips (1 bip pour oui, 2 bips pour non), grâce à des électrodes branchées sur son cerveau. Puis, avec les affaires suivantes, nous allons remonter le temps et participer aux enquêtes importantes résolues par Kwan et Lok.

Et le lecteur est invité à participer à ces enquêtes. Car l’auteur décrit ce que les deux enquêteurs voient, et démontre dans le dernier chapitre comment on peut arriver à la solution en ne faisant preuve que de logique et d’observation, avec une bonne dose de ruse pour piéger le coupable. Outre l’aspect ludique, c’est une véritable démonstration et on en peut rester insensible devant tant d’ingéniosité à la fois dans la construction de l’intrigue mais aussi dans la précision de l’écriture (et de la traduction).

Il y a aussi dans ces enquêtes la volonté de montrer comment les gens et leur vie a évolué. Si le propos n’est pas politique ou revendicateur, les faits relatés sont suffisamment explicites pour nous faire vivre cette ville et son évolution tout au long des 50 années que balais ce roman. Alors, roman ou recueil ? Peu importe, c’est un livre passionnant à lire dont je vous propose un résumé des 6 affaires.

  • La vérité entre le noir et le blanc

En 2012, M.Yuen, le propriétaire d’une puissante entreprise familiale a été assassiné chez lui à l’aide d’un fusil de chasse sous-marine. Si on peut penser à un cambriolage, tant le bureau a été retourné, rien n’a été dérobé à part quelques centaine de milliers de dollars. L’inspecteur Lok a réuni la famille et la domestique dans la chambre d’hôpital de Kwan Chun-Ok, le divin détective afin de découvrir le coupable.

  • L’honneur du prisonnier

Au début des années 2000, deux triades se partagent le marché de la criminalité à Hong-Kong, la Société de l’Infinie Justice et la Tige de la Florissante Loyauté, dirigée par Chor. Chor est aussi le propriétaire d’une société de show business dont la principale vedette est Tong Wing, une fantastique chanteuse. Au commissariat, on vient de recevoir une vidéo amateur montrant l’agression de Tong Wing et on la voit s’enfuir poursuivie par quatre malfrats. L’inspecteur Lok va devoir trouver les coupables de ce meurtre, alors qu’on n’a pas retrouvé le corps de la chanteuse.

  • Le jour le plus long

Kwan Chun-Dok est dans son dernier jour de travail, en cette année 1997, pour une retraite bien méritée. Il tient à boucler une dernière affaire, retrouver Shek, un dangereux truand qui vient de s’évader de l’hôpital où on l’avait amené. Alors que Hong Kong passe sous gouvernance chinoise, les émeutes font rage. Sur un marché, un attentat vient d’avoir lieu : des forcenés ont jeté des bombes de soude, brulant des passants. La police étant débordée, elle fait appel au département des crimes sérieux et Kwan, aidé de Lok vont aller sur place pour trouver les coupables.

  • La balance de Themis

Shek, le truand de l’épisode précédent, avait un frère. C’est Kwan qui les avait arrêtés huit ans plus tôt. Cet épisode revient sur la descente dans un immeuble de Hong Kong, qui fut un véritable fiasco d’un point de vue pertes humaines. Les frères Shek, Shek Boon-Tim et Shek Boon-Sing ont été repérés dans une planque et l’assaut des forces de police est donné avant que les équipes de renfort n’arrivent. De nombreuses victimes civiles vont y rester et Kwan va essayer de comprendre ce qui s’est passé.

  • Terre d’emprunt

Graham et Stella Hill ont déménagé après avoir subi un revers financier suite au crash pétrolier de 1973. Graham a accepté un poste dans le service qui lutte contre la corruption et Hong Kong a vu la naissance de leur fils Alfred. Un matin, Stella reçoit un coup de téléphone : Alfred a été enlevé et ne sera libéré qu’en échange d’une rançon. Effectivement, le jeune garçon et sa nounou ont disparu dès la sortie de l’école. C’est dans cette épisode que l’on voit l’importance de la corruption et des connivences entre entre les autorités chinoises et britanniques.

6- En sursis

En 1967 ont lieu à Hong Kong de nombreux attentats de la part de groupuscules communistes, visant à démontrer l’incapacité des Britanniques à faire régner l’ordre. Les attentats, basés sur de vraies et fausses bombes ont fait de nombreuses victimes. Un jeune homme essaie de survivre avec un ami qu’il nomme Grand Frère. Il habite en colocation chez la famille Ho et vit de petits boulots pour se payer un bol de riz. Un jour, il assiste à une conversation dans l’arrière boutique de M .Chow qui fait penser à une série d’attentats. Il va s’en ouvrir à un policier qu’il appelle Ah Sept.

L’ami Claude a donné un coup de cœur mérité à ce roman ici.