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Les somnambules de Chuck Wendig

Editeur : Sonatine

Traducteur : Paul Simon Bouffartigue

Se lancer dans un roman de plus de 1000 pages, ici 1160 exactement, demande du temps, du souffle, et des muscles. Croyez-moi, si ce roman s’était avéré moyen, je ne l’aurais pas fini. Et je l’ai commencé en espérant lui décerner un coup de cœur. Ce n’est pas le cas bien que ce roman soit bien fait.

Quand elle se réveille, sous le soleil de Pennsylvanie, Shana aperçoit le lit de Nessie, sa sœur vide. A tous les coups, elle a encore fugué ! Elle fouille alors la maison, mais chaque pièce est vide. Elle ne va sûrement pas prévenir leur père, qui est à la ferme, sinon, Nessie risque de se faire méchamment gronder. Puis, par la fenêtre, elle aperçoit quelqu’un qui marche. Elle se précipite dehors et rejoins Nessie, qui avance d’un pas mécanique, le regard fixe, les yeux morts. Nessie est la première somnambule recensée.

Shana appelle le père, qui débarque avec sa vieille Chevy. L’idée même d’essayer de bloquer Nessie est effrayante, cette dernière commençant à crier et monter en température, comme si elle bouillait de l’intérieur. Remuer les mains devant les yeux ne change rien. Puis un deuxième somnambule apparut et vient s’aligner sur la trajectoire de Nessie : M.Blamire, son professeur de géométrie.

En provenance de Kailua-Kona, l’avion atterit à Atlanta avec à son bord Benjamin Ray. Il est attendu par Sadie Emeka, qui lui annonce avoir mis au point une intelligence artificielle nommée Black Swan. Black Swan a demandé que Benji participe aux recherches concernant les somnambules.

Alors que la campagne pour les élections présidentielles fait rage, Ed Creel, de la branche extrémiste du parti républicain obtient l’investiture de son parti. Il affrontera donc la présidente Hunt.

Pendant ce temps-là, le nombre de somnambules augmente, les gens qui les accompagnent aussi. On dirait un troupeau, accompagné de bergers.

Il faut avoir une sacrée endurance pour envisager d’entamer ce pavé de plus de 1160 pages. Et ce volume est bien le premier argument qui m’a fait me pencher sur cette histoire, en prévision de mes vacances. Honnêtement, je ne serai pas allé jusqu’au bout si ce roman avait été, ne serait-ce que moyen. Il m’aura fallu huit jours pour avaler ce récit, porté principalement par ses personnages formidablement bien construits.

Chuck Wendig a pris son temps pour les installer, et il a fait preuve d’une remarquable intelligence pour y aller doucement, et présenter différentes facettes de la société américaine. Il aborde évidemment la question de la technologie, de cette science qui rend certaines personnes folles et d’autres méfiantes. Et quand on ne comprend pas quelque chose, souvent, cela se transforme en violence …

Shana et son père vont donc représenter les citoyens moyens qui subissent une situation inextricable et incompréhensible. A côté, Benji est la pierre angulaire de la science, aidé en cela par une intelligence artificielle omnipotente mais communiquant par des lumières verte ou rouge. L’aspect politique est abordé par le duel Creel / Hunt, illustré par les factions que l’on observe aujourd’hui, démocrates contre républicains, hommes contre femmes, modérés contre extrémistes.

Chuck Wendig aborde aussi l’aspect religieux via son formidable personnage de pasteur Matthew Bird et même les réseaux sociaux dont il invente des messages en chaque début de chapitre. S’il dénonce beaucoup de travers, Chuck Wendig ne se fait pas revendicateur mais plutôt témoin de cette société sans en rajouter une miette. Certes, on y trouve des méchants et des gentils mais il les présente naturellement dans le récit.

Chuck Wendig se révèle donc un sacré conteur menant son intrigue comme il le veut, nous surprenant au détour d’un chapitre par un rebondissement totalement inattendu (et certains sont d’une extrême violence), à l’image de cette société abreuvée d’images sanglantes, qui s’en plaint mais qui en demande toujours plus. Il conduit son récit sans un style fluide, que j’ai trouvé parfois plat (et c’est pour cela que je ne lui mats pas un coup de cœur) et abusant de comparaisons commençant par « comme … » qui m’ont agacé.

Malgré cela, ce roman, écrit avant la pandémie, montre tout le talent et l’imagination d’un auteur, capable de partir d’une situation inimaginable pour autopsier les maux de la société moderne. Tout le monde en prend pour son grade et rien que pour cela, il vous faut lire ce roman, maintenant ou pendant vos vacances à venir, car il a l’art de pointer des aspects importants et le mérite de nous rendre un peu moins con.

Un conseil : ne comparez pas Le Fléau de Stephen King avec ce roman.

Deuxième conseil : appréciez à leur juste valeur ces quelques phrases piochées au gré du livre. C’est écrit simplement, mais ça fait du bien de les voir écrites.

« Personne dans le monde ne fabrique un vaccin universel contre la grippe parce que derrière, il n’y a pas d’argent. Personne ne fabrique de nouveaux antibiotiques parce que … on ne se fait pas d’argent avec un comprimé bon marché qu’on ne prescrit pas longtemps. »

« Il y a des gens qui ne sont que des déchets, alors ils rencontrent d’autres déchets et commencent à constituer une décharge. Et c’est encore plus facile avec Internet. »

« Je pense que ce que nous regardons en ce moment même doit être notre pré carré et que c’est à nous de régler le problème. C’est pas des mecs avec des flingues qui vont le régler. Les mecs avec des flingues, ça ne règle jamais rien. »

« Reste qu’il existait quantité d’armes dont l’utilisation n’exigeait pas des facultés mentales particulièrement développées. Presser une détente ne nécessitait qu’une minuscule impulsion électrique née des profondeurs du cerveau reptilien. »

« Les humains étaient une maladie.

La Terre était le corps.

Le changement climatique était la fièvre. »

Les aveux de John Wainwright

Editeur : Sonatine

Traductrice : Laurence Romance

On m’a chaudement recommandé ce roman et je n’ai pas hésité quand j’ai vu que ce roman par l’auteur de A table !, roman qui a inspiré le film Garde à vue de Claude Miller avec Lino Ventura, Michel Serrault et Charlotte Rampling. Quel roman !

Années 80, Rogate-on-Sands. Herbert Grantley a suivi la tradition familiale, reprenant la pharmacie familiale que son grand-père puis son père ont monté et développé. Face à l’inspecteur-chef Lyle, il vient s’accuser d’avoir empoisonné sa femme Norah, décédée un an plus tôt. Herbert va devoir être persuasif pour démontrer sa culpabilité face à Lyle, plus que dubitatif, puisqu’officiellement la mort de Norah est naturelle.

A sa sortie des études universitaires, Herbert a travaillé dans la pharmacie paternelle, comme un passage de témoin progressif. Quand il rencontre Norah, Herbert est persuadé qu’elle est la femme de sa vie. Lors de leurs fiançailles, son père lui demande s’il est persuadé de prendre la bonne décision, arguant que Norah est trop semblable à lui et que des différences sont l’assurance d’un mariage réussi.

Malgré cette mise en garde, Herbert et Norah se marie. Lui va prendre la gérance de la pharmacie et elle devenir femme au foyer. Bientôt, Norah va prendre l’ascendant, par des petites remarques désagréables, créant en Herbert un ressentiment grandissant contre elle. Deux événements vont bouleverser sa vision du couple : la mort de son père et son incinération au lieu d’un enterrement et la naissance de leur fille Jenny.

A la lecture de ce bref résumé, on pourrait penser à un duel entre Herbert et Lyle, alors qu’il s’agit plutôt d’une confession entrecoupée de chapitres présentant les dialogues entre les deux personnages. Raconté à la première personne, le récit totalement subjectif de Herbert va détailler sa vie de couple, quasiment exclusivement, et l’évolution de ses sentiments envers sa femme et sa famille, pour justifier le meurtre dont il s’accuse.

La façon de raconter cette histoire ressemble à s’y méprendre à Garde à vue, en inversant les rôles. Ce pied de nez envers les codes du genre policier, envers les huis clos que l’on a l’habitude de lire s’avère d’une originalité rare mais surtout d’une acuité impressionnante quand il s’agit de montrer un homme qui passe lentement, au fil des années, du ressentiment à la colère, de la rancune à la haine, jusqu’à envisager le pire.

Puis, en pleine milieu du roman, l’auteur introduit un événement, comme un rebondissement, qui va totalement modifier l’intrigue et surtout nous rappeler que nous lisons un témoignage donc un récit empreint de subjectivité. Effectivement, à partir de ce moment, le lecteur doute et débouche sur la conclusion de l’inspecteur-chef Lyle qui, à la façon d’une Agatha Christie, reprend tous les indices parsemés ça et là, pour afficher la Vérité, la terrible vérité d’une affaire de famille peinte en noir.

Les aveux de John Wainwright s’avère bien plus qu’un simple huis-clos, bien plus qu’une redite à la recette connue et éprouvée. Il détaille et autopsie les liens familiaux du couple, les petits gestes marquants, les petites phrases blessantes et la subjectivité des réactions. Il montre aussi la difficulté de communiquer, d’accepter les autres et la psychologie butée et unilatérale de Herbert. Un excellent roman policier, surprenant.

Le chouchou du mois de novembre 2020

Le mois de novembre avait mal commencé avec ce confinement à demi-confiné. La conséquence se voit dans mes choix de lecture, à savoir des lectures plus légères, humoristiques ou bien des romans courts.

Commençons par l’humour, car nous en avons bien besoin en ce moment. J’avais beaucoup aimé Du rififi à Bucarest, Arthur Weber est de retour dans Micmac à Bucarest de Sylvain Audet-Gainar (Editions Ex-Aequo). Alors qu’il était embringué dans des histoires compliquées suite à un héritage de son oncle en Roumanie, le voici accusé (à tort rassurez vous) de nombreux meurtres et futur papa de jumeaux. De quoi bouleverser ce jeune homme sensible. On louera le ton léger, décalé et les scènes inventives et drôles.

Tonton est de retour dans le passé. Dans Un truand peut en cacher un autre de Samuel Sutra (Flamand Noir), on le retrouve un certain 10 mai 1981 et il imagine un casse que lui seul peut monter. Le style devient flamboyant, volontairement désuet et littéraire comme l’époque le fut, et le rire est au rendez-vous plusieurs fois par page. Un Samuel Sutra au summum de sa forme.

Parmi les Romans courts, pourquoi ne pas en prendre 6 pour le prix d’un. Le prix de la vengeance de Don Winslow (Harper & Collins) nous propose 6 novellas toutes dans des genres différents et toutes sont d’un très haut niveau polardesque. Il est étonnant de trouver Don Winslow aussi à l’aise pour raconter des histoires courtes.

Noir côté cour de Jacques Bablon (Jigal) est le cinquième roman de cet auteur et on retrouve son style rapide et direct que l’on aime tant. Tout part de quelques habitants d’un immeuble parisien et Jacques Bablon les lâche dans la nature. Pour notre plus grand plaisir de lecteur de polar, bien sur !

Depuis que j’ai donné un coup de cœur à Nous avons les mains rouges, j’ai décidé de lire les romans de Jean Meckert parus dans la collection Arcanes. La marche au canon de Jean Meckert (Joëlle Losfeld) montre un soldat subissant la débâcle de 1940, de son engagement à la fuite. Augustin va passer par tous les sentiments pour clamer enfin son message antimilitariste. Un grand roman.

Amateurs de thrillers, vous vous pencherez forcément sur Face Mort de Stéphane Marchand (Fleuve Noir) qui flirte avec le roman d’anticipation. Avec sa trame de terrorisme chimique, l’auteur monte une intrigue tendue, nous faisant voyager de la Lybie jusqu’aux plus hautes sphères de l’état français. De la belle ouvrage.

L’ange rouge de François Médéline (Manufacture de livres) est à classer dans les thriller mais c’est un roman décidément pas comme les autres. La poursuite d’un serial killer mystique se fait à travers un commandant de police miné par son passé et l’auteur nous fait voyager entre rêve et cauchemar, entre réalité et fantasme.

Je ne sais pas pour vous, mais je pense qu’il est bon de savoir d’où l’on vient. C’est pour cela que j’aime bien des romans qui visitent le passé contemporain. Pimp de Iceberg Slim (Points) nous replonge dans les années 60, dans le monde de la prostitution, et nous conte dans cette biographie romancée la vie d’un souteneur. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman très bien écrit et éclatant dans la vérité qu’il montre.

Les jardins d’hiver de Michel Moatti (HC éditions) va nous emmener dans l’Argentine de la dictature menée par la junte militaire. Mais Michel Moatti ne fait rien comme les autres. Il choisit de donner la parole à un jeune professeur français qui va croiser la route d’un auteur argentin qui va disparaitre. L’auteur y creuse de nombreux thèmes et se permet même de nous réserver une fin que je ne peux que qualifier de géniale.

Le titre de chouchou du mois revient donc à Ce lien entre nous de David Joy (Sonatine) pour toutes les qualités littéraires qui viennent soutenir une histoire terrible, lovée au creux d’un petit village des Appalaches. De la succession des scènes qui font monter la tension, jusqu’au style fantastique d’évocation, David Joy se place parmi les auteurs américains contemporains les plus intéressants pour décrire l’état de son pays.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un bilan annuel, et j’en profite pour vous souhaiter de bien terminer cette année terrible. En attendant, n’oubliez pas le principal, protégez-vous, protégez les autres et lisez !

Ce lien entre nous de David Joy

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il s’agit déjà du troisième roman de David Joy, après Là où les lumières se perdent et Le poids du monde et on peut y déceler une courbe ascendante dans son œuvre qui a pour but de montrer la vie des délaissés du rêve américain, au travers des habitants des campagnes éloignées des grandes villes qui monopolisent le devant de la scène.

Darl Moody a toujours vu le cerf passer de la propriété des Buchanan aux bois de Coon Coward. Et bien que la chasse ne soit pas ouverte, il part à la chasse à la nuit tombée. Quand il ressent un mouvement à la limite de sa vision, il épaule son fusil et tire. Le calme revient et Darl va voir sa proie. Il est plus que surpris de voir un corps étendu dans la terre boueuse. En le retournant, il découvre Carol Brewer, le frère de Dwayne, que tout le monde surnomme Sissy.

Dwayne Brewer visite le Walmart de Franklin, intéressé par le rayon des bières. Il remarque un jeune garçon en train d’essayer une paire de chaussures, maladif, craintif comme son frère le fut. Deux jeunes hommes se présentent et le harcèlent, le traitant probablement de Minable ! Il ne voit qu’une seule façon de régler le conflit : il coince le plus grand et lui pointe son flingue sur le front, en l’obligeant à tremper ses chaussures dans les toilettes sales. Tout le monde a besoin d’être dompté. Dwayne se hâte de rentrer pour retrouver son frère, qui est parti voler du ginseng chez Coon Coward.

Calvin Hooper finit sa bière, alors que sa petite amie Angie vient d’aller se coucher. Quand le téléphone sonne, il se demande qui peut bien l’appeler au milieu de la nuit. Au bout du fil, Darl lui demande de lui prêter sa pelleteuse, et ça ne peut pas attendre le lendemain. Unis comme les doigts de la main, Calvin ne peut rien refuser à Darl et se rend près du champ de Coon Coward. Il découvre le drame, et se mettent au travail pour enfouir le corps de Carol.

Ce roman dramatique va se dérouler une nouvelle fois dans un village des Appalaches, loin des grandes villes de lumière, et nous montrer la vie de ces petites gens, au milieu de la nature dont ils ont conservé les lois. La loi de la nature, c’est celle du plus fort, celle de régler simplement le plus complexe des problèmes. Quand on a tué par accident un homme, on ne va pas appeler la police, on va l’enterrer en espérant que l’affaire n’aille pas plus loin. Quand on tue un membre de votre famille, la règle s’énonce clairement : Œil pour œil, dent pour dent.

Les personnages placés, le décor planté, David Joy va donc dérouler son histoire comme une tragédie shakespearienne sur des bases simples : trois personnages auxquels vont s’ajouter Angie et le policier Stillwell. Entre eux n’existera aucune notion de bien ou de mal, juste des liens de sang, qui va couler jusqu’à une dernière scène au suspense insoutenable et à la conclusion mystérieuse.

Dans ce drame, on ne parle pas de loi, mais de règles de vie, celles de la famille que l’on doit protéger à tout prix ; de loyauté envers les amis que l’on doit sauver quel qu’en soit le prix. La loi du plus fort fait régner une ambiance lourde tout au long de ces pages en même temps qu’on se rend compte que l’on ne respecte pas son voisin, on le craint car il risque de sortir un flingue et de presser la détente.

Brutal et violent, sans être démonstratif, ce roman dégage une force de narration peu commune, tant la plume de David Joy est juste, simple et toujours expressive. Chaque mot, chaque phrase dit quelque chose, parle à notre oreille et s’avère d’une efficacité redoutable tant dans les scènes intimes que dans les scènes de menace. Il en ressort une tension palpable, une puissance créant un suspense menaçant. Avec ce roman, David Joy montre une trajectoire ascendante dans son style et sa façon de raconter sa région et ses habitants, et dans le cas de celui-ci, il est difficile de trouver mieux : Un écrin noir éblouissant.

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J.Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Le dernier roman en date de Roger Jon Ellory ne fait pas exception à la règle : il nous parle des Etats-Unis. Et pourtant, il s’avère être un roman surprenant à bien des égards, et en particulier vis-à-vis de l’histoire puisqu’il s’agit d’une uchronie. Et si John Fitzgerald Kennedy n’était pas mort le 22 novembre 1963 ?

23 novembre 1963. Ed Dempster et Larry Furness fouillent un immeuble au coin de Houston et Elm Street. Ils découvrirent des cartons empilés de façon à faire un mur entre les escaliers et la fenêtre. Et derrière le mur de cartons, juste a coté de la fenêtre, une balle de 6mm toute neuve, inutilisée. Malheureusement, elle tombe entre deux lames de parquet. Impossible d’en faire plus.

Mitch Newman est journaliste photographe. Il a connu Jean Boyd le samedi 19 avril 1947, lors de l’anniversaire de celle-ci et est tombé immédiatement amoureux d’elle. Ils ont fait tous les deux les mêmes études, ne se sont plus quittés, jusqu’en juillet 1950 où il s’engagea comme photographe de guerre en Corée. C’était comme un appel pour lui, une déchirure pour elle. Mitch a passé 4 mois d’horreurs en Corée avant de revenir à jamais marqué et Jean a refusé de le voir, et même de répondre à ses lettres.

Chacun a fait son chemin, lui devenant photographe très porté sur la boisson, elle reporter au Washington Tribune jusqu’à ce que le 5 juillet 1964, Mitch apprenne que Jean s’était suicidée, en avalant des somnifères. Ne comprenant pas son geste, Mitch se rend dans sa maison, récupère son chat et va voir la mère de Jean, Alice. Elle non plus ne comprend pas ce geste. Mitch, pour rendre hommage à l’amour de sa vie, va reprendre l’enquête sur laquelle elle était et qui lui a occasionné d’être virée du Tribune. Mais plusieurs événements lui montrent que quelque chose de louche se trame.

Roger Jon Ellory avait déjà abordé la famille Kennedy dans une nouvelle, sortie hors commerce Le Texas en automne, dans laquelle il se mettait dans la tête du président assassiné. Il revient sur cet événement, en bon passionné des Etats-Unis pour une uchronie, ce qui lui donne une originalité par rapport à tout ce qui a pu être fait, écrit, édité sur cet événement incroyable du vingtième siècle.

Roger Jon Ellory est un écrivain doué pour raconter des histoires, et ce roman le démontre une nouvelle fois. Il a cette art de créer des personnages plus vrais que nature, de les positionner dans des situations réelles ou imaginées, mais en tous cas de nous immerger dans une histoire forte. C’est ici le personnage de Mitch qui va porter le scénario, un personnage attachant cherchant à réparer ses erreurs du passé, et qui va, à la fin du roman, se prendre une belle claque en apprenant qui il est réellement.

Entre les chapitres consacrés à l’enquête, qui avance comme dans un brouillard, nous allons naviguer en eaux troubles dans les services secrets, l’intimité du président et de sa famille et toutes les magouilles mises en place pour faire réélire Kennedy. L’auteur insiste beaucoup sur les trucages des votes pour placer JFK à la tête du pays, sur les financements de sa campagne par la mafia.

Pour autant, on ne trouvera pas de révélations sur la mort du président ; j’ai même trouvé qu’il y allait avec des pincettes, préférant mettre l’accent sur son personnage principal, se croyant investi d’une mission en mémoire de son amour perdu. Mais le roman est moins fort émotionnellement. Le déroulement de l’intrigue est remarquablement bien fait, prenant, passionnant, jouant avec les personnages réels comme avec des pions. Et c’est ce que je retiendrai de ce roman, un excellent polar jouissif en forme de jeu de piste.

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Szczeciner

Si on ne me l’avait pas conseillé, notamment par les billets de Yan, Jean-Marc, Velda ou LauLo, mais aussi par mon dealer de livres Coco, je n’aurais pas dépassé le premier chapitre. Car c’est à partir du deuxième (chapitre), que j’ai été pris dans la tornade.

Pour Fernando, tout a commencé à déraper dans une boite de Mexico, El Colmillo. Quand il reçoit un appel d’Isabel, sa sœur, qu’elle lui raconte qu’un type l’a pelotée, il répond à sa loi de protéger sa famille plus que tout. Il embarque aux toilettes le type avec ses deux complices, Javi et Luis. Sauf que trois autres gars armés arrivent et c’est la fusillade. Luis reste sur le carreau, et Javi emmène Fernando parmi les petites ruelles de Mexico. Quelques jours après, Javi est assassiné dans les mêmes toilettes à coups de tesson de bouteille dans le cou. Fernando apprend qu’il a descendu un mec du cartel de Sinaloa. A force de prier Santa Muerte, il a réussi à sauver sa peau, mais maintenant il doit fuir aux Etats Désunis.

A Austin, Julio lui trouve un boulot dans de plongeur dans une pizzeria. En vidant les poubelles, il voit Collin, le gérant essayer de violer une serveuse. Il s’interpose et le tabasse. Là aussi, il est grillé. On lui propose de travailler pour Guillermo et de devenir dealer avec Nestor. Cinq ans plus tard, il est kidnappé et se retrouve dans un hangar. Nestor est attaché, vivant, pour le moment. Le gang fait partie de la Salvatrucha et exige l’exclusivité du commerce en centre-ville, entre l’I35 et l’autoroute 1. En guise de bonne foi, ils coupent les doigts de Nestor et finissent par le décapiter, avant de le laisser partir. Fernando va devoir prier longtemps la Santa Muerte pour s’en sortir.

Après un premier chapitre violent, très violent, l’auteur entre dans son sujet : montrer à travers la vie de Fernando, le quotidien des immigrés aux Etats Unis. Il sort donc du lot des romans noirs démonstratifs par sa faculté à nous plonger dans la psychologie du personnage, et surtout, il a un vrai talent de conteur qui nous donne l’impression que l’on écoute une histoire, la vie d’un jeune homme lâche.

Lâche, il l’est et ne se le cache pas. Quand on n’a pas de diplômes, qu’on n’a pas d’éducation, on cherche à survivre. On est prêt à accepter des studios sales pour avoir la chance de voir se lever le soleil le lendemain. Et quand il se retrouve face à un gang ultra-violent qui veut reprendre le commerce de la drogue, il cherche une main protectrice. Fernando, c’est le bébé qui cherche la protection de ses parents, un bébé qui n’a pas grandi. Et il ne lui reste plus que la croyance en cette sainte, Santa Muerte,

Il faut dire que la situation aux Etats-Unis ne fait rien pour aider les immigrés. C’est même grâce à cela qu’ils ont des salaires bas. Le chapitre 6 est à cet égard remarquable, car il nous interpelle dans notre culture française sociale. D’ailleurs, l’auteur nous prend à témoin, il nous tutoie, nous montre son quotidien qui devient le nôtre. C’est un chapitre remarquable qui participe à notre immersion dans cet environnement.

Avec toutes ces qualités, il serait bien dommage de passer au travers de ce roman, de cette nouvelle voix du polar, qu’il va falloir suivre à l’avenir. Il y a une vraie personnalité, un vrai ton, une vraie originalité en même temps qu’une véracité dans ce qu’il raconte, sans en rajouter. Et dans la description de l’environnement, les personnages secondaires y sont pour beaucoup et ils sont tous très réussis. D’ailleurs, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est la longueur du roman. En tournant la dernière page, on regrette aussitôt que ce soit déjà fini. C’est un très bon signe.

L’accident de l’A35 de Graeme Macray Burnet

Editeur : Sonatine

Traducteur : Julie Sibony

J’avais découvert Graeme Macray Burnet avec son roman précédent, La disparition d’Adèle Bedeau, et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ceux qui ont aimé ce roman vont adorer celui-ci puisqu’il use des mêmes qualités.

C’est un accident tragiquement banal qui a amené l’inspecteur Georges Gorski sur l’Autoroute A35, entre Strasbourg et Saint Louis. A quelques kilomètres près, ce sont les officiers de la police de Strasbourg qui se serait occupée de cette affaire. A priori, le conducteur s’est endormi au volant, et a quitté la route, venant s’encastrer dans un arbre. Gorski remarque tout juste des rayures sur le coté droit qui ne semblent pas liées à l’accident.

C’est lui qui se retrouve avec la mission d’annoncer la mauvaise nouvelle à la femme de Bertrand Barthelme, Lucette. Il est accueilli froidement par Thérèse la bonne puis annonce l’accident le plus calmement possible. Étonnamment, Lucette reste froide, ne montrant aucune émotion, comme si cet événement ne la touchait pas, ou ne la concernait pas. Puis, il annonce la nouvelle à son fils, Raymond, qui lisait Sartre dans sa chambre ou du moins semblait le lire.

L’identification du corps doit avoir lieu quelques jours plus tard. Lucette et Raymond se présentent à la morgue et reconnaissent bien le corps du défunt. Lucette, toujours aussi belle dans son malheur, éblouit Gorski. Avant de partir, elle fait part à l’inspecteur de son étonnement : son mari devait dîner avec des collègues de travail et des amis. Que faisait-il donc sur l’autoroute de Strasbourg ?

Ceux qui pensent avoir affaire à une enquête trépidante ont totalement tort. Car la grande qualité des romans de Graeme Macray Burnet est de créer des romans psychologiques. N’allez donc pas y cherche de l’action à tout va, ni de scènes emplies d’hémoglobine ! Par contre, si vous êtes adeptes de personnages complexes, de déroulements réfléchis, et de scènes extrêmement détaillées et dévoilant un aspect important de la solution.

Deux personnages vont donc dérouler l’intrigue par chapitre alterné, Gorski et Raymond. Gorski est toujours séparé de sa femme, et cela lui pèse. D’un naturel timide, taciturne, il est aussi redoutablement rigoureux dans son cheminement intellectuel, ne privilégiant aucune hypothèse mais gardant toujours à l’esprit toutes les possibilités. Etant aussi effacé, il va découvrir la solution de cette énigme (de ces énigmes car il va y avoir un assassinat à Strasbourg) mais ne va pas pour autant se battre pour faire jaillir la vérité. C’est un peu une victoire personnelle contre la vérité, un challenge contre les faits étrangers.

De l’autre coté, nous avons un jeune adolescent qui découvre la vie et l’amour. Il n’est pas plus choqué que sa mère par la mort de son père mais il veut découvrir ses mystères. Il va donc suivre son enquête à partir d’un morceau de papier trouvé dans son bureau et découvrir bien plus qu’il ne le voudrait. Ces chapitres sont remarquables de justesse, très émouvants, malgré le style froid et distant. Et jamais ce personnage de Raymond ne semble plus faible que Gorski, bien au contraire. Raymond est l’enquêteur factuel, Gorski est son pendant intuitif.

Si l’intrigue est bien différente de son précédent roman, on y trouve les mêmes qualités quant à la psychologie des personnages. C’est surtout son style très détaillé, à l’extrême parfois, sa méticulosité dans la peinture des décors, mais aussi tous les raisonnements des enquêteurs qui en font un roman psychologique passionnant. Et puis, l’auteur ne s’en cache pas, c’est un gigantesque hommage à Georges Simenon et Claude Chabrol, dans sa volonté de montrer par le détail la vie des gens normaux. D’ailleurs, la rue Saint Fiacre y joue un rôle très important (clin d’œil à Simenon, bien sur) et la légende que l’auteur créé autour de ce roman est autant un trait humoristique que des cris d’amour à ces grands auteurs.

Le chant de l’assassin de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Depuis sa première parution avec Seul le silence, je dois dire que je prends un plaisir à lire les histoires que cet auteur nous invente, avec toujours comme décor les Etats Unis, pas celui clinquant tout beau tout propre mais celui des campagnes.

Henry Quinn a été élevé seul par sa mère, secrétaire dans une bibliothèque, et n’a donc jamais connu son père. Juste avant sa majorité, ayant bu trop d’alcool, il s’amuse à tirer avec une arme à feu sur un tonneau. Pour son malheur, une balle rebondit et va parcourir plusieurs centaines de mètres avant de tuer une jeune femme, en train de préparer son petit déjeuner dans sa cuisine.

Accusé puis condamné juste après ses 18 ans, il en prend pour 5 ans au pénitencier de Reeves, sort au bout de 3 ans pour bonne conduite. S’il s’en sort en un morceau, c’est grâce à Evan Riggs, son compagnon de cellule. Condamné à la prison à vie, Evan lui demande de retrouver sa fille qu’il n’a jamais connue, pour lui donner une lettre. Henri ne peut qu’accepter ce service envers celui qui l’a sauvé et qu’il considère comme un père naturel.

Après une visite éclair auprès de sa mère, toujours aussi alcoolique, Henri prend la route de Calvary, où il devrait pouvoir retrouver la trace du frère d’Evan, Carson, qui en est le shérif. Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil est froid, aussi bien de la part du shérif que des habitants de Calvary. Il semblerait même que tout le monde veuille oublier Evan et sa fille. Mais quel est le secret qui est enfermé dans cette petite ville ?

Je ne vais pas vous redire tout le bien que je pense du style hypnotique de Roger Jon Ellory, ce talent à créer des personnages forts, cette faculté à nous plonger dans un autre lieu et un autre espace-temps. Pour ce roman-là, il va mener en parallèle deux histoires : l’une contemporaine sur la recherche de la fille d’Evan, l’autre concernant la vie d’Evan, son crime et comment il en est arrivé là.

Pour la première fois, Roger Jon Ellory lier ses deux passions dans un seul roman : écrire une histoire simple et la musique. Evan est en effet un musicien maudit, créateur des Whiskey Poets (comme par hasard le nom du groupe réel de Ellory) et Henry un musicien doué. En entourant le tout de plusieurs questionnements et mystères bien épais, vous avez les ingrédients de ce roman une nouvelle fois réussi.

Les deux histoires vont alternativement se dérouler, tranquillement, pour nous amener à lever le voile sur la vérité, les vérités. D’un côté, l’enquête d’Henry qui montre une ville renfermée sur elle-même et qui veut éviter les étrangers. De l’autre, la vie d’Evan faite d’erreurs, de mauvais choix, d’hésitations, de moments de joie mais aussi de moments dramatiques. Ellory nous raconte une vie plongée dans l’Histoire américaine.

Comme à chaque fois, n se retrouve emporté dans un roman plein, complet, dans lequel on a beaucoup de plaisir à plonger parce qu’on a l’impression de côtoyer des personnages ordinaires au destin ordinaire qu’Ellory nous transforme en extraordinaire. Si on ressent beaucoup de maitrise et de retenue, dans les scènes émouvantes par exemple, c’est probablement parce qu’il a écrit là son roman le plus personnel, qui le touche le plus dans ses passions. Et avec ce roman-là, il n’a jamais été aussi proche de la littérature blanche. C’est encore un grand roman très réussi de la part de cet auteur dont je ne me lasse pas.

Le pays des oubliés de Michael Farris Smith

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Nulle part sur la Terre, donc je me devais de lire celui-ci. Il nous emmène une nouvelle fois aux Etats-Unis parmi les gens qui n’ont rien, les oubliés du rêve américain.

Jack Boucher n’a pas eu de chance : abandonné dès sa naissance, il est passé de famille d’accueil en famille d’accueil, jusqu’à arriver chez Maryann, une jeune femme célibataire. Il s’aperçoit que sa force tient dans ses mains gigantesques, et se découvre l’âme d’un combattant. Il part donc à 17 ans, vivre sa vie, gagner son argent lors de combats extrêmes. Pour améliorer ses gains, il parie aussi sur ses victoires.

Aujourd’hui, il a dépassé la quarantaine, et est la proie à de terribles maux de tête. Il essaie de se soigner avec l’alcool et des drogues. Il doit impérativement trouver de l’argent pour rembourser Big Momma Sweet mais aussi payer les dettes que Maryann a auprès de l’état avant que sa maison soit saisie. Et comme Maryann est atteinte de la maladie d’Alzheimer, Jack va se lancer dans sa croisade personnelle.

Le personnage de Jack est clairement la pierre centrale de ce roman, au milieu d’un décor de désolation. Michael Farris Smith ne nous présente pas son pays comme un monde de gentils Bisounours décorés de paillettes. Nous sommes ici en plein dans l’Amérique profonde, faite de misère et de violence, entre bars crasseux et fêtes foraines désolées. Le décor est d’une laideur à pleurer.

Autour de Jack vont graviter de beaux personnages secondaires, au fur et à mesure de l’itinéraire de Jack, comme autant de balises vers son destin funeste. On ne peut qu’être ébahi par la justesse de ces scènes, même si on peut se dire pour certaines d’entre elles, qu’elles auraient leur place dans un recueil de nouvelles, car elles sont peu liées à la trame du livre. Jack est, d’ailleurs, le seul personnage humain de cette histoire, voulant réparer ou essayer de réparer les erreurs de son passé.

Enfin, par son style imagé, Michael Farris Smith dresse un constat de l’Amérique d’aujourd’hui, celle des pauvres, des oubliés, de ceux qui luttent pour survivre dans le pays le plus riche du monde. Sans jamais juger, sans jamais imposer son avis, l’auteur nous balade de coin sale en sous-sol crasseux pour suivre Jack et son issue que l’on imagine dramatique. Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la fin, qui, je vous l’assure, se déroule dans un décor grandiose et est très réussie.

La mort selon Turner de Tim Willocks

Editeur : Sonatine

Traducteur : Benjamin Legrand

Tim Willocks délaisse son cycle qui se déroule au Moyen Age (Ne ratez pas La Religion !) pour nous offrir un polar pur et dur, dont l’action se situe en Afrique du Sud. Et comme on pouvait s’y attendre, ce roman est d’une violence inouïe et d’une originalité dans sa façon de mener l’intrigue.

Ils sont six, six jeunes gars qui sont venus s’amuser au Cap, en Afrique du Sud. Ils sont venus passer leur soirée à boire, jusqu’à en oublier leur nom. Jason, Mark, Chris, Hennie, Simon et Dirk sortent du bar, pleins comme des barriques de l’alcool local. En sortant, Dirk tient à prendre le volant. Il tourne la clé de la voiture et cale. Il réessaie et ne s’aperçoit pas que la marche arrière est enclenchée. Le gros 4×4 entre dans un container de poubelles. Mais entre la voiture et le container, il y avait une pauvre fille, noire, affamée, qui voulait récupérer le Hamburger qu’ils avaient jeté. Quasiment coupée en deux, elle va agoniser sous le regard rigolard des jeunes.

Turner est un flic noir de la brigade criminelle. Il déteste la police car il a vu sa sœur tuée par des policiers mais il croit fermement en la justice. Et quand on lui donne un os à manger, il ne lâche rien. Écœuré par ce crime, il va se lancer dans cette course poursuite, et le téléphone portable qu’il retrouve près du corps va l’aider à identifier les coupables. C’est utile, les selfies ! Sur une des photos, il découvre le visage de Dirk Le Roux, le fils de Margot Le Roux, l’impitoyable reine du manganèse. Tout le monde la respecte pour avoir sauvé cette région de la misère et sa fortune est gigantesque. Mais rien ne peut arrêter la marche de la justice, la croisade que Turner va entamer, envers et contre tous.

Il ne faut pas s’attendre à un roman de gamins avec Tim Willocks. Cet auteur écrit avec une machette entre les dents, il coupe, tranche, dans de grands gestes … et peu importent les tâches de sang qui pourraient maculer les pages de ce livre. Si le début du roman sert à présenter les forces en présence, la suite va inexorablement faire monter la tension, vers un duel en forme d’apocalypse. C’est typiquement le genre de roman où on a les mains qui se crispent, s’accrochent aux pages, qui s’agrippent à en faire mal.

Il ne faut pas croire que Turner va occuper le centre du livre à lui tout seul. Tim Willocks construit son roman en nous balançant d’une scène à l’autre, sans relation apparente si ce n’est celle de construire une intrigue que l’on pourrait comparer à des montagnes russes. L’auteur veut nous secouer et il va nous secouer très fort. Et Tim Willocks ne se refuse rien, se moque des règles, des codes pour nous offrir une fresque sanglante où la valeur des vies humaines frise le zéro absolu.

Ce roman ultra violent, ultra prenant, ultra stressant n’est pas dénué de message, et nous fait entrer dans cette croisade de fou, à travers le personnage de Turner. Nul n’est au dessus des lois pour lui, même si la pauvre jeune fille était atteinte du sida et devait mourir trois mois plus tard. Il y a eu faute, il y a eu meurtre et le coupable doit payer. C’est une lutte de l’argent contre la justice, du pouvoir contre la loi. Et ce roman est déroulé comme un western, un duel à distance avant de se terminer par une scène finale explosive, dure, énorme de démesure, gigantesque comme une bataille perdue d’avance où on jette ses dernières forces. Attention aux âmes sensibles ! Ce roman va vous remuer, vous dégoutter mais la morale humaniste est une notion tangible, réelle et crue pour Turner. Impressionnant !

Ne ratez pas l’avis de Mr.K