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Cet été là de Lee Martin

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

Il était clair pour moi que je devais lire ce roman, à partir du moment où il était indiqué sur la quatrième de couverture qu’il avait été finaliste pour le prix Pulitzer du meilleur roman. Je n’ai pas été déçu : ce roman est remarquablement écrit.

Dans une petite ville de l’Indiana. M.Dees nous raconte une histoire qui a eu lieu 30 ans auparavant : « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter ».

Au mois de juillet, la petite Katie McKey, âgée de 9 ans, se fait réprimander par son père parce qu’elle pas rendu les livres qu’elle a empruntés à la bibliothèque. Elle les met dans le panier de son vélo, et part en direction de la ville. On ne l’a jamais revue. On a juste retrouvé son vélo, sur lequel la chaine avait déraillé.

Cette histoire va être contée par trois familles. Il y a bien entendu la famille McKey qui comprend les parents, le frère ainé Gilley et Katie. Il y a M.Dees, qui est un homme taciturne et solitaire, professeur de mathématiques, dont la vie est éminemment logique. M.Dees donne des cours de rattrapage en mathématiques à la petite Katie. Il y a Raymond R. Wright qui vit de petits boulots, comme installer un patio devant la maison de M.Dees. Il vit avec Clare, qui est une jeune veuve.

La vie de cette petite ville repose sur ces trois familles, qui vont avoir des liens les unes avec les autres. Tous sans exception vont être impactés par la disparition de la petite Katie. Et petit à petit, les souvenirs vont reconstruire ce qu’il s’est réellement passé, les secrets vont surgir, les psychologies des personnages vont s’affiner, s’affirmer, jusqu’à une conclusion qui va laisser le lecteur imaginer ce qui n’est pas écrit.

Ce roman nous propose plusieurs voix, comme un roman choral, faisant témoigner chacun des personnages avant d’alterner avec une narration plus classique à la troisième personne du singulier. Pour autant, on n’est pas perdu, puisque les titres des chapitres sont explicites, mais on a l’impression de voir un documentaire qui donne la parole aux différents témoins. Evidemment, chacun ne dit que ce qu’il a envie de dire, et garde bien au chaud ses propres avis ou vérités. Cela donne un roman où le lecteur est pleinement impliqué dans l’histoire cherchant à savoir ce qui s’est passé.

Surtout, cette forme de narration, alternant passé et présent, se rapproche d’un auteur comme Thomas H.Cook tout en s’en différentiant par la forme dont j’ai parlé juste au dessus. C’est aussi une excellente méthode pour décrire la vie tranquille des petites villes américaines, avec ce rythme calme et tranquille, et cette envie de bien paraitre vis-à-vis des voisins. Car qui connait vraiment ceux qui vivent juste à coté ?

Et c’est avec ce style calme et posé que nous nous est racontée cette histoire, qui va s’avérer terrible. On suit cette histoire en suivant le rythme imposé par ces phrases si poétiques, si empreintes du silence des forêts avoisinantes. Ce style remarquable a quelque chose d’hypnotique qui détourne l’attention du lecteur de ce qui est réellement important.

Quant à la conclusion, elle est terrible ! Posant ouvertement la responsabilité des gens dans ce genre d’affaires, cette volonté de se renfermer sur soi et d’ignorer les voisins, même quand ils ont besoin de vous. Tout au long du livre, j’avais la sensation de lire un très bon livre, le dernier chapitre m’a démontré que je venais de lire un grand livre.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Yvan.

Oldies : Zig Zag de Ross Thomas

Editeur : Sonatine

Collection : Sonatine +

Traducteur : Patrick Raynal

J’aurais tendance à dire que dès que vous voyez un roman de cette collection Sonatine +, il faut que vous vous jetiez dessus. Encore une fois, ils nous proposent de lire un roman qui est un pur régal de lecture, à mi-chemin entre roman d’aventures et roman politique.

L’auteur :

Ross Thomas (né le 19 février 1926 à Oklahoma City – décédé le 18 décembre 1995 à Santa Monica) est un auteur américain de romans policiers, qui publie aussi sous le pseudonyme de Oliver Bleeck.

Avant de publier des romans, Ross Thomas est journaliste au Daily Oklahoman, puis combat durant la Seconde Guerre mondiale aux Philippines. Démobilisé, il travaille dans les relations publiques (pour un syndicat agricole américain puis pour un chef nigérian), le journalisme (correspondant à Bonn) et la politique : il est même conseiller pour la présidence des États-Unis de 1964 à 1966.

Les romans de Ross Thomas ont un style aussi énergique que lapidaire, des dialogues pleins de punch, des intrigues solides et des personnages hauts en couleur. Spécialiste du thriller politique à ses débuts, son style s’affirme sur le tard. Ses personnages se font alors grinçants, ses intrigues se concentrent sur l’arnaque, ce qui emporte notamment l’adhésion de Jean-Patrick Manchette, qui traduira en français plusieurs de ses dernières œuvres.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Artie Wu et Quincy Durant se sont rencontrés enfants dans un orphelinat. Depuis, Artie le rusé et Quincy le colérique forment un duo de choc, passé maître dans les jeux de dupes, auquel le gouvernement américain fait parfois appel pour des missions loin d’être officielles.

Installés dans une luxueuse maison sur la côte californienne, nos deux hommes auraient peut-être pu prétendre à une existence tranquille si Artie ne s’était pas vautré un beau matin sur un pélican mort. Secouru par leur voisin, « l’homme aux six lévriers », un richissime homme d’affaires, Artie en profite pour lui faire une étonnante proposition qui pourrait leur permettre à tous de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, avec Artie et Quincy, le hasard n’en est jamais vraiment un. Et ce qui commençait comme une escroquerie savamment élaborée va bientôt prendre un tournant totalement inattendu et devenir une enquête entêtante sur le meurtre d’un sénateur américain.

Zigzag est un pur plaisir de lecture : des dialogues désopilants, une intrigue palpitante et aussi tordue que ses protagonistes, des héros férocement attachants et une ambiance délicieusement 70’s. Auteur culte du roman noir au même titre que Donald Westlake ou Elmore Leonard, la signature de Ross Thomas reste reconnaissable entre toutes.

Mon avis :

Si cette rubrique existe, c’est bien pour me permettre de découvrir des auteurs d’antan … bien qu’antan ne veuille pas dire d’une autre époque. Car cette lecture s’avère toute aussi géniale et intemporelle que les romans de Donald Westlake, Elmore Leonard ou James Ellroy. Si la structure de ce roman est classique, c’est-à-dire que chaque chapitre décrit une scène qui, en général, se déroule dans un lieu, on ne peut qu’être charmé devant les dialogues, qui sont tout le temps percutants et pleins d’humour.

De même, chaque personnage qui apparait dans l’histoire aura droit à sa biographie plus ou moins longue, de quelques paragraphes à quelques pages selon l’importance qu’il aura dans la suite de l’intrigue. C’est dans ces moments là que je me dis que les grands auteurs se reconnaissent à leur faculté à laisser aller leur imagination et leur créativité pour inventer des personnages virtuels à l’aide de scènes tantôt amusantes tantôt abracadabrantes, mais qui nous paraissent à nous lecteurs vraies.

Si on peut par moments trouver le roman un peu bavard, il n’en reste pas moins que l’intrigue est bien tortueuse et qu’elle aboutit à une fin surprenante et malgré tout fort bien trouvée. Et puis, on aura eu lieu à notre lot d’arnaqueurs, de beaux pourris, de politiques véreux, de mafieux manipulateurs, et Wu et Durant sauront tirer leur épingle du jeu comme des grands princes, sans être ni tous blancs ni tous noirs, le monde étant un gigantesque plateau de jeu où seuls les tricheurs et les arnaqueurs s’en sortent. Et on referme le roman en se disant qu’on vient de terminer un polar costaud, un putain de bon roman que l’on aura eu plaisir à lire.

Nous allons mourir ce soir de Gillian Flynn

Editeur : Sonatine

Traducteur : Héloïse Esquié

Après avoir enchanté nombre de lecteurs avec des romans psychologiques de haute qualité comme Les lieux sombres ou Les apparences, Gillian Flynn nous offre une nouvelle d’une cinquantaine de pages parfaite.

Quatrième de couverture :

Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

Si une bonne nouvelle se reconnaît à la puissance de sa chute, Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie. En quelques pages, elle dessine des personnages inoubliables, construit une histoire haletante, qu’elle mène à une conclusion proprement sidérante. Mordant, noir, machiavélique et ironique : tout l’univers de l’auteur, experte incomparable en manipulation et rebondissements, se trouve concentré ici.

Mon avis :

En une cinquantaine de pages, Gillian Flynn, qui a remporté le Prix Edgar Allan Poe en 2015 pour cette nouvelle, démontre tout son talent en à peine 60 pages ! A un tel point que j’en suis resté baba devant tout ce talent.

On peut décomposer cette nouvelle en trois parties : La première est la présentation de la narratrice dont le travail est de masturber les hommes en manque de sexe dans une maison close. Dans cette partie, on sourit et on rit tant c’est écrit avec beaucoup d’humour et de dérision.

Puis dans la deuxième partie, elle change de sujet pour nous montrer les talents psychologiques de la narratrice et son arnaque en s’inventant « Intuitive psychologique », capable de ressentir les mauvaises vibrations. A partir de là, on entre dans un nouveau domaine, celui de l’angoisse. Gillian Flynn nous décrit cette famille et sa famille d’une façon tellement claire et efficace que Stephen King n’aurait pu renier certaines scènes. C’en est tout simplement impressionnant.

Puis arrive le dénouement, et ce final fantastique qui fait osciller le lecteur d’un coté, puis de l’autre, pour le secouer à nouveau. Et la fin se révèle mystérieuse juste comme il faut. Bref, c’est du grand art, et pour une fois, je ne peux qu’être d’accord avec les éditeurs quand ils disent que « Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie ».

A 7 euros, avec une jolie couverture cartonnée, cette nouvelle ressemble à un joli cadeau de Noel que Sonatine fait à ses lecteurs car je peux vous dire qu’une fois lue, vous ne serez pas prêts de l’oublier. C’est du pur plaisir, de très haut de gamme. Fantastique !

Là où les lumières se perdent de David Joy

Editeur : Sonatine

Traduction : Fabrice Pointeau

On pourrait être tenté de comparer Le verger de marbre d’Alex Taylor avec Là où les lumières se perdent de David Joy, surtout si on survole la quatrième de couverture. Certes, ce sont deux romans à classer dans la case « roman rural américain ». Certes, ce sont deux premiers romans. Certes ce sont deux romans sortis au mois d’aout 2016 en France. Mais la comparaison s’arrête là, du moins c’est mon avis. Au départ, c’est la quatrième de couverture qui m’a fait acheter ce livre. Si elle est juste sur l’intrigue du roman, elle en dit beaucoup et m’a quelque peu induit en erreur. Car ce roman parle avant tout d’émancipation.

En Caroline du Nord, tout le monde connait le nom de McNeely. Tout le monde craint le nom de Mc Neely. Car à The Creek, un petit village, vit Charly McNeely, le caïd du trafic de drogue local et sa réputation d’être ultra-violent et intransigeant fait que tout le monde est soit à sa botte, soit a peur de lui.

Jacob McNeely va rendre visite à sa mère, Laura qui est séparée de Charly. En effet, celui-ci l’a virée car elle se droguait trop et devenait paranoïaque. Alors il lui a offert une maison au fond des bois, de façon à ne plus la voir. Jacob fait ça en douce de son père, sinon il pourrait bien recevoir une sacrée correction. Sa mère cherche son ampoule et accuse son fils de l’avoir cachée. Avant que cela ne dégénère, Jacob préfère s’en aller

Arrivé chez son père, celui-ci lui confie une mission, celle de surveiller l’interrogatoire de Robbie Douglas, car il aurait bavé sur les activités de Charly. Le passage à tabac, réalisé en bonne et due forme dans un hangar isolé par les frères Cabe, se termine mal, très mal. Jacob est obligé de nettoyer tout cela et d’emmener Robbie Douglas dans les bois. Nerveusement à bout, Jacob s’incruste dans une fête d’anniversaire et voit Maggie, son amie d’enfance se faire draguer. C’en est trop, il craque et passe à tabac le jeune dragueur. Jacob ferait bien de changer d’air … s’il le peut.

Ce roman est une surprise car, honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à cette intrigue. Je m’attendais à une écriture noire et poétique et je me retrouve avec des images sombres et des scènes ultra-violentes. Je m’attendais à une histoire de course poursuite, de survie, et je trouve finalement un thème proche de l’émancipation d’une jeune adulte. Avec une question qui revient sans cesse au long de cette lecture : Pour s’émanciper, faut-il tuer le père ?

Si le sujet a déjà été lu et traité maintes et maintes fois dans le polar, je dois dire que David Joy a bien son style à lui, à défaut d’être original dans les décors ou le sujet. Il ressort de ses phrases une violence, exprimée ou non, qui en fait un livre choc. J’ai même parfois eu l’impression de recevoir des claques, tant j’étais pris dans la lecture aux mots imagés et explicites. Pour autant, ce n’est pas gore (à part quelques scènes, quand même).

Le narrateur, Jacob, est donc un jeune homme de 18 ans, qui est à un tournant de sa vie, puisqu’il est devant un choix crucial : partir ou rester. Rester, c’est vivre en enfer mais dans la facilité. Partir, c’est vivre honnêtement avec Maggie, le paradis quoi ! Enfer ou paradis ? Et tout le livre tient dans la réaction de Jacob à cette situation, sachant ce qu’est la meilleure solution mais se retrouvant plongé dans l’univers de son père. Il m’a fait penser à un chien dont on donne un peu de mou à la laisse pour lui faire croire qu’il est libre, avant de tirer dessus. Ou bien à Al Pacino dans le Parrain 3 qui dit : « Just when I think I’m out, they put me back in ».

C’est en tous cas un premier roman intéressant, qui montre tout le talent d’écriture de ce nouvel auteur, dont il va falloir suivre les prochains sujets. Car je n’ai rien à reprocher à ce livre, ses personnages sont passionnants et l’ambiance bigrement prenante. Une bien belle découverte.

 

Oldies : Le condor de Stig Holmas

Editeur : Sonatine

Traduction : Alain Gnaedig

Attention, coup de cœur, gors coup de cœur, énorme coup de cœur !

L’auteur :

Stig Holmås, né le 25 février 1946 à Bergen, en Norvège, est un poète et romancier norvégien, auteur de quelques romans policiers et d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Il est bibliothécaire avant d’être librettiste, scénariste et anthologiste. Il publie tout d’abord des recueils de poèmes puis des ouvrages pour la jeunesse. En 1982, il reçoit le prix Kulturdepartementets pour la littérature enfantine.

En 1991, il fait paraître son premier roman O.K. Corral. En 1994, il publie Le Condor (Kondoren), dont la « construction formelle sophistiquée et très habilement agencée permet au lecteur d’oublier les situations très conventionnelles décrites dans ce roman, curieuse incursion d’une écriture lyrique et métaphorique dans le monde du roman noir », selon Catherine Chauchard.

À partir de 2003, il signe des scénarios pour la série télévisée norvégienne Taxi, Taxi.

Il est le père de l’homme politique Heikki Holmås.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

William Malcolm Openshaw, poète, intellectuel et amoureux des oiseaux, a eu plusieurs vies. Depuis des années, il erre aux quatre coins du globe, de Mexico à Tanger, en passant par Bogotá et Le Caire, ne fréquentant que les quartiers les plus pauvres. « Je me contente de traverser les villes, de les quitter en marchant lentement. » William est un homme hanté par de mystérieuses tragédies, par des secrets dont il ne parle pas. Au Portugal, à la suite d’une agression, il fait la connaissance de Henry Richardson, attaché à l’ambassade britannique de Lisbonne. Ce dernier semble en savoir beaucoup sur le passé de William, beaucoup trop même. Sur les disparitions, les morts violentes, les ombres et les trahisons qui ont jalonné son parcours. Richardson a peut-être même les réponses aux questions que se pose William sur sa vie d’avant, sur la tragédie qui a brisé son existence. Une véritable partie d’échecs à base de manipulations s’engage alors entre les deux hommes, dont l’issue ne peut être que tragique.

Stig Holmås, tout en nous proposant une intrigue d’une efficacité absolue, s’interroge sur la condition humaine avec une lucidité déchirante. La beauté et la puissance de l’écriture ne font qu’ajouter à l’éclat de cette perle noire, publiée en 1991, et considérée par beaucoup d’amateurs comme un chef-d’œuvre absolu du genre.

Stig Holmås est né en 1946 à Bergen. Publié précédemment en France dans la «Série noire», en 2001, Le Condor est son premier roman.

Mon avis :

Je ne vais pas tourner autour du pot : cette lecture est une des plus impressionnantes que j’aie jamais lu. Et cela m’a tellement impressionné que j’ai bien du mal à dire autre chose que « Jetez vous dessus ! ». Si on y regarde d’un peu plus près, nous avons à faire avec l’histoire d’une vie, d’un jeune homme qui vit dans les bas-fonds de Lisbonne, et se fait offrir un verre par un homme qui l’interroge et semble connaitre sa vie mieux que lui-même.

Au lieu d’avoir un duel, nous avons droit au déroulement d’une vie, d’abord par bribes, comme des pièces de puzzle éparpillées, puis le tableau d’ensemble se met en place. De sa jeunesse à la mort de son père, de l’alcoolisme à la maladie de sa mère, de ses études aux influences communistes de ses camarades, de ses braquages à la prison puis sa fuite vers … nulle part.

Ce roman, c’est à la fois l’histoire d’une fuite du réel, mais aussi l’histoire d’un échec, l’histoire d’un homme qui s’est bercé d’illusions, l’histoire d’un homme qui a raté ses rencontres, qui a perdu ses femmes, l’histoire d’un homme qui s’est fourvoyé dans un monde trop grand pour lui. Et quand il cherche à se raccrocher à quelque chose, c’est pour s’apercevoir que les autres lui ont menti, ou peut-être est-ce lui qui s’est menti lui-même.

Et puis, il y a ce style si simple, si expressif, si beau, si poétique, que l’on n’a pas envie de poser le livre, que l’on n’a pas envie de le quitter. En fait, je crois bien que j’ai trouvé le livre parfait, celui qui me parle car il est tellement bien écrit, qui me parle et qui va parler à beaucoup d’entre nous. C’est un livre magnifique, extraordinaire. Coup de cœur !

Nratez pas les avis du boss de Unwalkers ou de Jeanne Desaubry qui sont unanimes !

La chronique de Suzie : Un prisonnier modèle de Paul Cleave (Sonatine)

Suzie est de retour !Et elle nous parle du dernier Paul Cleave.Parmi les sorties de ce début d’année, l’un des thrillers attendus est bien le dernier roman de Paul Cleave. Il reprend pour l’occasion son personnage du Boucher de Christchurch. Je laisse la parole à Suzie :

Bonjour chers lecteurs.

Nous nous rencontrons de nouveau pour pouvoir discuter du dernier roman de Paul Cleave, qui a été publié aux éditions Sonatine, le 11 février 2016 et dont le titre est « Un prisonnier modèle » ou « Joe Victim » en anglais.

Après avoir écrit cinq livres dans l’univers de Christchurch, petite ville de Nouvelle-Zélande où les tueurs en série trouvent qu’il y fait bon vivre, l’auteur va nous conter la suite de l’histoire de son premier héros, Joe Middleton, surnommé le Boucher de Christchurch. Joe est le personnage principal du premier roman de Paul Cleave  » Un employé modèle » ou « The Cleaner » en anglais. Ce dernier s’est lancé dans l’éclaircissement d’un meurtre qu’on veut lui attribuer.

Dans ce deuxième volet, on va retrouver Joe, dont l’identité de Boucher de Christchurch a été découverte et on assiste à son arrestation. En lisant la quatrième de couverture, on apprend qu’une année se passe et Joe va enfin être jugé. Mais, une course s’engage entre différents protagonistes pour envoyer Joe « ad patres » le plus rapidement possible de peur qu’il ne dévoile certaines choses.

Cette histoire, comme vous pouvez vous en douter, va concerner principalement Joe Middleton mais pas uniquement. Elle va se décomposer en plusieurs voix : celle de Joe, celle de Mélissa, personnage qu’on a déjà rencontré dans une précédente histoire, celle de Carl Schroder et, enfin, celle de Raphael. Chacun de ces protagonistes va donner son point de vue ainsi que ses motivations sur le procès et la possibilité de la mort de Joe. Joe le fera également mais sur un autre mode qui est plus centré sur la vie en prison et comment il ressent sa captivité.

L’autre particularité de cette histoire est le mode de narration. L’auteur alterne la narration à la première personne et celle à la troisième personne. En fait, un seul personnage a le droit de s’exprimer à la première personne et c’est Joe. Ce qui peut déconcerter le lecteur. De plus, les chapitres sont assez courts, environ une dizaine de pages, voire même moins dans certains cas. Cela permet de donner un rythme rapide à l’histoire et plus percutant avec le changement de personnages.

La voix de Joe est assez sarcastique que ce soit envers lui-même, les personnes avec qui il interagit ou dans sa description de la vie carcérale. Ce sarcasme va être mis en avant par l’utilisation des différentes facettes de la personnalité de Joe. Ce qui permet de mieux appréhender le caractère de ce personnage. Les personnages secondaires sont particulièrement stéréotypés. L’exemple en est donné avec les gardiens de prison ou les compagnons de Joe. Celui qui est réussi, est la mère de Joe pour laquelle on ne sait que penser. Est elle consciente de ce qu’a fait son fils ou vit-elle dans son propre monde?

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre, j’ai été choquée par le prologue. Je ne m’attendais pas à une telle violence qui est symbolisée par cette paupière. L’auteur semble avoir voulu me montrer que cette histoire n’allait pas me laisser intacte et me le démontrer dès le début. Ensuite, l’alternance des points de vue de personnages permet de poser l’intrigue.

J’ai un peu subi cette histoire jusqu’à la moitié du roman … pour ensuite me faire retourner comme une crêpe par l’auteur et arriver sur une situation que je n’attendais pas et qui m’a surprise, bien que certains cailloux fussent là pour me donner des indices que j’ai mal interprétés.

J’ai énormément apprécié le dernier tiers de l’intrigue. Et je me suis rendue compte que tout pointait dans cette direction. Mais le comportement des protagonistes est là pour nous induire en erreur. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on n’a pas fini d’entendre parler de notre Boucher atypique et que la vengeance est un plat qui se mange froid ou tiède.

Le prochain roman dans notre ville préférée se nomme « Five minutes alone » et on devrait en apprendre plus sur le devenir de deux protagonistes : Carl Schroder et Théodore Tate. Vivement qu’il soit traduit et publié en français. Je me demande bien ce que l’auteur va pouvoir nous inventer.

Viens avec moi de Castle Freeman Jr. (Sonatine)

Outre le sujet indiqué sur la quatrième de couverture, qui m’a interpelé, le fait que ce soit le premier roman publié en France de Castle Freeman Jr. a beaucoup joué dans mon choix de lecture. En fait, Go With Me est le troisième roman de l’auteur. Ce roman, très court, est effectivement un roman noir rapide comme un coup de poing. Et comme la quatrième de couverture est très bien faite, j’ai joué au fainéant en la copiant. De toute façon, je n’aurais pas fait mieux pour résumer le sujet du livre.

Quatrième de couverture :

Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester. Bien résolue à affronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle. Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières. Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé. Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui. De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible.

Castle Freeman Jr. manie la langue et la narration avec une virtuosité rare, faisant de ce récit intense, qui se déroule sur quelques heures, une lecture inoubliable, aussi terrifiante que drôle. Le portrait qu’il dresse d’un Vermont sauvage et désolé, de la réalité violente et criminelle des régions les plus reculées de l’Amérique, marquera à coup sûr les esprits.

Castle Freeman Jr. est né au Texas. Écrivain, journaliste, essayiste, il habite dans le Vermont. Unanimement loué par la critique anglo-saxonne, Viens avec moi est son premier roman publié en France.

Mon avis :

La quatrième de couverture ne fait pas que résumer le sujet du livre, il donne un aperçu complet de son contenu. C’est donc un roman court, qui nous montre une sorte de chasse à l’homme, même si ce n’est pas une course poursuite. Nos trois compères Lester, Nate et Lilian vont donc arpenter les bas fonds du Vermont à la recherche d’un ancien adjoint du sheriff qui fait peur à tout le monde. Et il faut bien être trois pour en venir à bout.

On a donc droit à une sacrée galerie de personnages totalement frappés, que l’auteur va nous présenter succinctement de façon à ce que nous les imaginions physiquement. Car, tout le livre avance grâce aux dialogues, avec très peu de descriptions. En ce sens, c’est presque une pièce de Théâtre que Castle Freeman Jr. a écrit. Donc, cela se lit vite et il y a suffisamment de traits humoristiques pour que l’on prenne son pied. Il y a en fait dans ces dialogues le décalage que l’on peut trouver dans les films de Tarantino.

Intercalés entre chaque rencontre que font nos trois compères, on y trouve des scènes avec Whizzer qui commente ce qui vient de leur arriver, comme s’il était omniscient, ou comme s’il avait prévu ce qu’il allait leur arriver. Et je me pose la question si Castle Freeman Jr. n’a pas voulu dire que Whizzer se positionnait comme un Dieu qui voit tout, qui sait tout. Cela m’a aussi fait penser à En attendant Godot de Samuel Beckett.

Mais ne nous y trompons pas. Si ce roman n’est pas un chef d’œuvre à la hauteur de Godot, il n’en reste pas moins que c’est une lecture recommandable au sens où on passe du bon temps à le lire, et où on s’amuse beaucoup. En tous, cela vaut le coup d’être curieux pour découvrir ce qu’il y a derrière une couverture mystérieuse et très belle.

Ne ratez pas les avis de Claude , Yan et Unwalkers