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Tijuana Straits de Kem Nunn (Sonatine)

Il m’aura fallu neuf mois avant d’ouvrir ce roman. Ce roman est sélectionné pour le trophée 813 du roman étranger, donc je me devais de le lire avant la fin octobre. C’est fait ! Quel bouquin !

Sam Fahey est un ancien champion de surf, qui a touché à tout, de l’alcool à la drogue et qui, après être passé par la case prison, s’est établi en Californie, juste à coté de la frontière avec le Mexique. Il a créé un petit commerce de vermicultture et a même créé un site internet. En parallèle, il cherche à protéger les pluviers d’occident, espèce en voie de disparition. Alors qu’il est à la chasse de chiens sauvages qui détruisent les nids des pluviers, il va faire une rencontre qui va changer sa vie.

Elle s’appelle Magdalena, elle est mexicaine, elle a 25 ans. Elle déambule sur la plage, blessée car on a essayé de l’assassiner. Elle se retrouve en face des quatre chiens sauvages, et Fahey va lui sauver la vie en abattant trois des chiens. Fahey, qui est un solitaire, ne sait même pas pourquoi il va la soutenir, pourquoi il va l’inviter chez lui, pourquoi il va la soigner, pourquoi il va la prendre sous son aile.

Magdalena est une jeune avocate qui travaille dans un cabinet chargé de défendre les victimes des industries américaines polluantes. Ces sociétés préfèrent s’installer du bon coté de la frontière pour bénéficier de l’absence de loi sur la pollution ainsi que de la main d’œuvre moins chère. Cette activité militante fait que l’on veut se débarrasser d’elle.

Pour une découverte de Kem Nunn, ce fut pour moi un sacré choc. Car j’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’adore dans les romans noirs. Et forcément, je vais avoir plein de choses à dire sur ce roman que je pourrais qualifier d’exemplaire. Car c’est passionnant à lire, beau et horrible à la fois, maîtrisé de bout en bout, et on en ressort avec un sacré goût amer dans la bouche.

Ce qui m’a choqué, dans le bon sens du terme, c’est la tranquillité du style, le rythme lent de l’intrigue, la sérénité qui se dégage de l’écriture qui est en complète contradiction avec le contexte. Car Kem Nunn nous montre, nous démontre la destruction de l’homme par l’homme, la course aux profits où les industries américaines préfèrent s’installer au Mexique pour polluer tranquillement et avoir accès à de la main d’œuvre moins chère, refrain connu, mais décrit de manière éclatante.

Et puis, il y a cette nature si belle, mise à mal par les industries, avec des descriptions tellement poétiques que c’en est un pur plaisir de lecture. Il y a ces deux personnages écorchés par la vie, à la rencontre improbable, qui traînent leurs cicatrices avec insouciance, pour la jouissance du moment présent : Fahey, ce grand solitaire, qui préfère se recroqueviller sur lui-même pour se sauver, Magdalena, cette idéaliste à la fois naïve et réaliste.

L’issue de ce roman ne peut qu’être dramatique, et elle l’est. Après avoir tourné la dernière page, j’ai été envahi par une tristesse que j’ai rarement ressentie, car ces personnages sont tellement vivants, que l’on aurait aimé vivre un peu plus longtemps avec eux.

La seule mise en garde que je donnerai pour les amateurs de romans noirs, car c’en est un, c’est que le style de l’auteur est fait de longues phrases, de grands paragraphes avec très peu de dialogues. Ceux qui cherchent des lectures rapides risquent d’être rebutés. Ils passeraient alors à coté d’un roman noir profond, au style poétique et envoûtant, tout simplement magnifique.

Un père idéal de Paul Cleave (Sonatine)

un père idéal

Après Un employé modèle, premier thriller de Paul Cleave, il fallait absolument que je lise le deuxième tant l’originalité et le cynisme du premier m’avait plu. Eh bien, celui-ci est totalement différent, avec des ressemblances.

Edward n’a pas eu une vie facile. Ayant passé une enfance heureuse, son père Jack se fait arrêter devant sa famille. Edward, qui a 9 ans, restera marqué par cet événement. Son père est condamné à perpétuité pour avoir assassiné 11 prostituées, et tout le monde va faire le parallèle entre Jack et Edward. Un an plus tard, sa mère mourra par suicide et sa sœur deviendra prostituée droguée et mourra d’overdose. Elevé par ses grands parents, il va se reconstruire.

Vingt ans plus tard, Edward vit heureux entouré de sa femme Jodie et de sa fille Sam. Il est devenu comptable, comme sa femme mais ils ne travaillent pas dans la même entreprise. Au moment de Noel, qui est très chaud en nouvelle Zélande, ils envisagent de changer de maison, acheter quelque chose de plus grand avec au moins une pièce supplémentaire.

Ils prennent rendez vous à la banque pour se renseigner sur leur futur emprunt. A ce moment là, six truands entrent pour braquer la banque. Ils assomment le vigile, et descendent le responsable de la banque. Pour ressortir, ils envisagent de prendre en otage une caissière. Edward, n’écoutant que son courage, leur demande de partir puisqu’ils ont ce qu’ils veulent. Ils décident alors de prendre Jodie en otage et lui tire dans le dos devant la banque. Fou de douleur, il doit gérer sa nouvelle vie sans Jodie. La police n’avançant pas assez vite, il se demande s’il ne doit pas les chercher lui-même, jusqu’à ce que son père lui téléphone pour la première fois depuis vingt ans.

Ce n’est pas facile d’avoir un père serial killer. Tout le monde pense alors que vous ètes comme lui, ou que ce n’est qu’une question de temps, que votre destin est de suivre les traces sanglantes de votre généalogie. Le drame qui lui tombe dessus va chambouler sa petite vie et le plonger dans un enfer qu’il a toute sa vie cherché à éviter.

La première partie de ce livre est tout bonnement bien faite, et ce roman est à la fois comparable à son précédent roman, Un employé modèle et très différent. Comparable au sens où c’est un roman qui oscille entre roman noir et thriller, où la qualité de l’intrigue et de l’écriture fait qu’on tourne les pages très rapidement sans avoir envie de s’arrêter. Différent, au sens où il n’y a plus cet humour noir voire ce cynisme que j’avais adoré dans le premier. Et Paul Cleave s’avère aussi doué et à l’aise dans les dialogues, que dans les scènes intimistes ou les scènes d’action.

Si on lit ce roman au premier degré, on se retrouve avec un roman course poursuite où le chasseur devient le chassé, avant de redevenir le chasseur. Au second degré, l’auteur ne tombe pas dans le piège de l’apologie de la vengeance, grâce à des scènes de meurtres quelque peu humoristiques dans le style « je ne l’ai pas fait exprès », et c’est tant mieux à mon goût car moins subversif.

Si ce n’est pas un chef d’œuvre, ce roman est un excellent divertissement, un Page-turner impitoyable, un appel à des nuits blanches. L’intrigue me semble mieux construite, la spirale infernale fort bien construite, et la narration orientée vers la psychologie de Edward. C’est une nouvelle démonstration que Paul Cleave sait partir d’une idée originale pour en faire des romans passionnants. Il est à signaler tout de même quelques scènes sanglantes à ne pas mettre entre toutes les mains.

Les anonymes de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après Seul le silence et Vendetta, il m’était difficile de ne pas lire le dernier opus de Roger Jon Ellory. Car c’est l’assurance de lire une bonne histoire, bien écrite avec des personnages vrais et une réflexion sous-jacente.

A Washington, une femme d’une cinquantaine d’années est retrouvée assassinée chez elle. Son corps est positionné à quatre pattes sur son lit ; elle a été battue à mort et étranglée. Autour du cou, on lui a mis un ruban blanc avec une étiquette vierge, de celles que l’on attache autour des cadavres dans les morgues. Dans sa maison, un parfum de lavande a été répandu. Aucune trace ne permet de remonter à l’assassin, ni poil ou cheveu, ni empreinte digitale, ni trace d’ADN. Un film, La vie est belle, passe sur son lecteur de DVD.

L’inspecteur Robert Miller est chargé de l’enquête, accompagné de l’inspecteur Albert Roth, tous deux du commissariat n°2. Dès qu’ils entrent dans la chambre, ils sont surs que cette femme est la quatrième victime d’un tueur que les média appellent le tueur au ruban. Toutes les victimes ont été tuées à Washington sur une période de 8 mois avec le même mode opératoire. L’autopsie montre tout de même des différences : Catherine a été étranglée avant d’être battue. Et son numéro de sécurité sociale donne un nom différent : Isabella Cordillera.

Robert Miller sort d’une enquête difficile où ses compétences et sa neutralité ont été mises à mal par les médias et les spéculations de ses collègues. Albert Roth est un jeune inspecteur marié heureux en ménage. Ce couple atypique va rencontrer Natasha Joyce, une jeune mère paumée qui a eu une enfant Chloé avec un drogué Darryl King qui connaissait Catherine sous un autre nom. Celui-ci est mort cinq ans auparavant dans une descente de police dans un entrepôt. Toutes les pistes montrent que les gens impliqués de près ou de loin n’ont aucune existence. Miller et Roth se retrouvent dans une impasse à chaque fois qu’ils ont une idée.

En parallèle, il y a les souvenirs d’un homme John Robey qui raconte: sa vie, son apprentissage, les rencontres qui ont changé sa vie. De son apprentissage avec un père autoritaire à l’université où il est enrôlé par la CIA, on découvre tout un pan de l’histoire de la politique étrangère des Etats-Unis. Les deux récits vont se rencontrer pour aboutir à un final inattendu.

Une nouvelle fois, Roger Jon Ellory est éblouissant. Et j’aime ce qu’il écrit pour une bonne raison : Les personnages sont vrais, vivants et passionnants. Comme dans les deux précédents livres publiés en France, Ellory s’appuie sur une psychologie sans faille avec une intrigue qui permet de passionner le lecteur jusqu’à la dernière page. Dire que cet auteur est doué est une évidence. Car au-delà d’un savoir faire qui n’est plus à démontrer, son art de raconter une histoire est tout bonnement impressionnant.

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi j’aimais tant ce qu’il écrit. Les seules réponses que j’ai trouvées en deux points : Ellory aime, ou plutot adore ses personnages. Qu’ils soient bons ou méchants, et ils ne sont jamais totalement l’un ou l’autre, il leur accorde la même attention, le même soin, et la même adoration. Ensuite, c’est un conteur hors pair. Par ses descriptions toujours simples et justes, par ses dialogues toujours bien placés et bien construits, l’ensemble se lit super bien et je me suis dit qu’il pourrait raconter n’importe quoi, ça deviendrait passionnant.

Par rapport aux deux précédents où une réflexion était évidente, j’ai l’impression qu’ici, Ellory a plus axé son livre sur la dénonciation des actes de la CIA, avec une documentation, certes connue pour la plupart, mais qu’il est toujours bon de rappeler. En gros, ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressé. J’ai préféré me laisser bercer par le rythme, par le style, par l’histoire, par les personnages. J’ai même été obligé de me limiter dans ma lecture pour ne pas le lire trop vite et pour me laisser un peu d’heures de sommeil. Franchement, que demander de mieux à un livre ?

Les lieux sombres de Gillian Flynn (Sonatine)

Comme je suis en retard dans la rédaction de mes articles, retrour sur une de mes lectures estivales. Dès sa sortie, les internautes ont salué cette histoire et l’art de l’auteur de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Je l’ai donc acheté dès sa sortie, et je l’ai lu cet été. Et si je ne l’ai pas lu avant, c’est surtout parce que c’est un sacré pavé et que je préfère prendre le temps d’avaler de gros morceaux quand je suis en vacances. En voici un bref résumé :

Libby Day a connu un drame familial alors qu’elle avait sept ans. Sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur ferme. Elle est la seule rescapée, arrivant à se sauver par la fenêtre de la chambre de sa mère. Elle a ensuite été élevée par sa tante, puis a vécu sans jamais travailler. En effet, ce massacre a fait grand bruit et de nombreux dons lui ont permis de vivre avec le strict minimum.

C’est son frère Ben qui a été accusé et condamné pour ce massacre. Et malgré les incohérences de l’accusation, c’est le témoignage de la petite Libby qui a fait pencher la balance. A son age, elle était forcément influençable et Ben a été condamné à la perpétuité. Libby a coupé les ponts avec son passé, avec sa famille, que ce soit sa tante ou son frère Ben ou son père Runner, un homme fauché, alcoolique et violent.

Deux événements vont faire pencher la balance et semer le doute dans sa petite vie bien rangée. Vingt cinq ans plus tard, le banquier de Libby lui signifie que son compte diminue à vue d’œil. C’est alors qu’un frôle d’individu, Lyle Wirth la contacte au d’un Kill Club. C’est un club qui réunit des passionnés de crimes mystérieux. Ils cherchent à éclaircir des meurtres lors de réunions qui se tiennent dans une cave de Kansas City.

Comme Lyle lui propose de la rémunérer, Libby accepte une première réunion. Là, de nombreuses personnes soulèvent des questions qui montrent que Libby ne pouvait pas avoir vu le massacre car elle était dans la chambre de sa mère, qu’il y a eu au moins deux armes utilisées (une hache et un fusil) et qu’il y avait une trace de pas adulte ensanglantée qui ne pouvait correspondre à celle de Ben. Petit à petit, Libby sent naître le doute et les remords d’avoir fait condamner son frère pour rien.

Après avoir lu ce livre, je comprends mieux les éloges couronnant ce roman. Ca r sous couvert d’une enquête, il y a un vrai roman complexe sur le monde rural des Etats-Unis, avec de vrais personnages forts et un vrai problème philosophique et psychologique.

Avec sa construction qui alterne entre passé et présent, Gillian Flynn nous montre l’envers du décor du rêve américain, celui qui a mené tant d’agriculteurs à la ruine dans les années 80 à cause de l’ouverture des frontières aux pays d’Amérique du Sud, puis avec ce que sont devenus leurs enfants. Ces gens là ne demandaient rien d’autre que de vivre de leurs terres et ils ont fini dans la drogue, la prostitution ou la prison. Quel savoir faire admirable !

Et puis, il y a la psychologie des personnages avec une problématique que Ben résume parfaitement à Libby : « Si je suis innocent, alors c’est toi qui deviens coupable. » C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit la trajectoire de Libby, avec ce passé qu’elle veut oublier. Elle est comme tous les protagonistes de cette histoire, il règne un fatalisme ambiant qui donne l’impression de ne pouvoir changer le cours des choses.

C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laisée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie.

C’est un bien beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et que je vous conseille fortement pour ce voyage au fin fond des Etats-Unis, avec une fin que vous ne devinerez pas (d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre), une fin dessinée comme un pied de nez au destin des petites gens.

Le retour de Robert Goddard (Sonatine)

Le retour

Attention, coup de cœur ! Cela faisait un certain temps que je voulais lire un roman de Robert Goddard, depuis Heather Mallender a disparu, qui avait obtenu le prix des lecteurs du Livre de Poche. Finalement, c’est sa dernière parution française qui est passé entre mes mains. Ce roman, publié en Grande Bretagne en 1997, ne sort dans l’hexagone que maintenant. Et le seul adjectif qui me vient à l’esprit pour parler de ce roman est MAGNIFIQUE.

1981, dans les Cornouailles. Christian Napier revient parmi sa famille après une absence d’une douzaine d’années. Il débarque dans le domaine de Tredower House, situé dans la petite ville de Truro, à l’occasion du mariage de sa nièce Tabitha. Propriétaire d’une entreprise de vente de véhicules de collection qui fonctionne à merveille, il vit avec une certaine assurance financière, malgré son divorce d’avec Melody Farren, une chanteuse à succès. Surtout, ces douze années d’absence lui ont permis de prendre du recul et d’arrêter sa consommation excessive d’alcool.

A la fin du mariage, un homme mal habillé, aux allures de clochard, apostrophe Christian. Il s’agit de son meilleur ami d’enfance, Nicky Lannion. La famille Lannion a toujours été hébergée par le grand oncle de Christian, Joshua, puisque la grand-mère de Nicky était la gouvernante de Tredower House. Nicky, lors de leur brève entrevue, annonce à Christian qu’il a des preuves pour innocenter son père, Mickael, qui a été pendu pour avoir assassiné l’oncle Joshua. Le lendemain matin, on retrouve Nicky pendu à un arbre, devant les fenêtres du domaine de Tredower House.

En effet, en 1947, Mickael Lannion fut accusé avec son complice Edmond Tully d’avoir poignardé Joshua. Si les témoins s’accordent à dire que le tueur est Tully, l’un d’entre eux assure avoir vu Mickael donner une enveloppe brune pleine d’argent pour commanditer le meurtre. Le mobile supposé fut que l’oncle Joshua envisageait de modifier son testament en faveur de la famille Napier. Tully fut condamné à perpétuité, et Mickael Lannion condamné à mort. Si Christian Napier, qui s’est éloigné de sa famille, ne veut pas plonger dans les affres du passé familial, sa rencontre avec la sœur disparue de Nicky va le décider à remuer les sables mouvants du passé.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman avec un tel souffle romanesque. Dès les premières lignes, on est emporté par le style de l’auteur, tant toutes les phrases sont d’une justesse et d’une beauté impressionnantes. Au passage, je tiens à saluer l’excellent travail d’Elodie Leplat, qui a su rendre justice à ce magnifique texte. J’ajoute une précision quant au sujet de ce roman. Ceux qui ne sont attirés que par des thrillers ou des romans rapides ou courts ne seront pas attirés (voire intéressés) par ce roman, car c’est un sacré pavé (certes il fait 430 pages mais l’impression est dense) et l’auteur prend le temps de décrire les paysages, d’installer la psychologie de ses personnages, et petit à petit nous prend dans ses filets grâce à des rebondissements surprenants.

C’est un roman que j’aurais donc mis longtemps à lire (une semaine, c’est exceptionnel pour moi !) mais j’ai adoré me laissé porter par ces phrases si belles, si subtiles, où chaque mot est important. J’ai adoré côtoyer Chris, sa vie, ses failles, ses doutes, ses envies, sa volonté de savoir, ses drames, ses souvenirs. Car l’auteur va sans cesse faire des allers retours entre les recherches de Chris et les passages du passé dont il est capable de se rappeler. Et plus il va en savoir, plus il va se retrouver emprisonné dans une vase qui va le toucher personnellement lui et sa famille.

C’est bien une saga familiale que nous allons suivre, ou plutôt plusieurs sagas où, à aucun moment on a l’impression que l’auteur en fait trop. Tout est parfaitement dosé, logique, jusqu’à son dénouement à la fois dramatique et énigmatique. On n’a jamais envie de poser le livre, on a juste envie d’en savoir plus, comme si on avait en face de soi Christian qui nous raconte tout, comme si nous faisions partie de cette famille. L’immersion dans l’histoire de cette famille tout au long du vingtième siècle est totale.

Enfin, on y trouve des rebondissements qui remettent sans cesse à plat ce que l’on a pu échafauder comme hypothèses. Et à chaque fois, on reconstruit soi-même son scenario, avant que Robert Goddard nous remette tout à plat. Ce roman, c’est du grand art, c’est de la grande littérature, c’est du grand roman à suspense, c’est du grand polar, et ce ne peut être qu’un coup de cœur Black Novel.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Un employé modèle de Paul Cleave (Sonatine)

Encore un thriller prometteur de la part de Sonatine, encore un bouche à oreille qui a commencé avant même que le livre sorte, encore un nouvel auteur à découvrir. Une chose est sure : chez Sonatine, ils ont le nez fin, et ils savent vendre leurs livres. Voici de quoi il en retourne.

Angela est une jeune femme comme beaucoup d’autres. Ce matin là, elle prend sa douche, et en sortant de sa salle de bains, elle découvre un homme assis dans son salon. Cet homme s’appelle Joe Middleton, connu sous le surnom de Boucher de Christchurch. Quand il sort un grand couteau, elle s’enferme dans la salle de bain. Joe menace de tuer son chat, alors elle ouvre la porte. Avec un sang froid effrayant et une application méthodique, Joe assomme Angela, l’attache à son lit, la viole et la tue. Puis il rentre chez lui comme tout un chacun, s’occuper de ses deux poissons rouges, Cornichon et Jéhovah, ses deux seuls amis.

Joe Middleton doit alors aller voir sa mère qui perd un peu la tête, mais pour laquelle il a une empathie et un respect énorme. Puis il va à son travail, au commissariat de Christchurch, où il fait le ménage. Il est connu là bas sous le sobriquet de Joe Le Lent, car il se fait passer pour un attardé mental. C’est aussi grâce à ce subterfuge qu’il a obtenu ce poste, car la police doit avoir un certain quota d’handicapés. Cela lui permet aussi de se donner bonne figure car tout le monde le considère comme une gentille personne. C’est le cas de Sally, une jeune agent de police dont le frère handicapé Martin est mort quelques années auparavant.

Au commissariat central, il a la possibilité de savoir exactement l’avancement de l’enquête. Car tout le monde travaille pour retrouver le Boucher de Christchurch, auteur de sept meurtres. Mais six seulement sont l’œuvre de Joe. Le septième, qui concerne la mort de Daniela Walker, a été perpétré par un copieur. Joe y voit la chance de l’identifier pour lui mettre la totalité de ses assassinats. Lors de la visite de l’appartement de Daniela, un détail le met sur la bonne piste : En comparant les photographies prises par la police et le salon, il voit qu’un stylo qui traîne par terre n’est pas le même. Le copieur est donc un flic. Dans le dossier, que Joe a photocopié, il est mentionné que 94 personnes sont affectées à l’enquête visant à trouver le Boucher de Christchurch. Joe va pouvoir occuper les grands vides de ses journées, et de nombreux rebondissements vont lui occasionner des difficultés.

Ce roman est très bon à plusieurs égards. L’intrigue est parfaitement bien menée, et l’écriture est d’une limpidité que beaucoup pourraient envier. Il y a suffisamment de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur. Et si on ajoute à cela la « légende » qui est que l’auteur a mis douze ans à écrire son livre, il y a une cohérence de l’ensemble qui force l’admiration. Pour un premier roman, c’est une œuvre qui impressionne. Mais ce n’est pas tellement l’intrigue qui m’a intéressé, mais plutôt le portrait psychologique de ce serial killer décidément hors du commun, et la façon de le décrire.

Car Paul Cleave a choisi de narrer son histoire à la première personne, avec non pas un humour noir mais un cynisme comme j’en ai rarement lu. Joe est quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui ne rentre pas dans le moule de la société de consommation et de loisirs. Alors il s’ennuie. Il n’est pas un psychopathe mais un jeune homme qui cherche à s’amuser. Il n’est pas fou, bien au contraire, il ne cherche pas à assouvir de pulsions meurtrières, il n’a pas été maltraité, il ne veut pas se venger d’un quelconque traumatisme. Il veut juste combler ses longues journées où il n’a rien à faire, car nourrir ses deux poissons rouges lui parait bien peu passionnant. Il veut s’occuper.

Le fait qu’il soit intelligent entraîne forcément de sa part un dédain des autres, qu’il juge stupides. Il est aussi très fort dans l’art de jouer la comédie, pour se créer un masque, et il arrive parfaitement bien à berner son entourage. D’ailleurs, Paul Cleave introduit dans son histoire des chapitres consacrés à Sally (qui sont écrits à la troisième personne) pour mieux montrer comment les autres voient le personnage de Joe. Sa décision de faire l’enquête en parallèle de la police n’est pas pour lui de démontrer qu’il est plus fort, cela se transforme petit à petit en une volonté de se montrer qu’il peut vivre sans les autres, le rêve de tout individualiste de ce nom, l’aboutissement du prédateur qui tue pour le fun.

Mais Joe n’est pas un être parfait, sinon il serait Dieu. D’ailleurs, il le croit. Mais il a comme tout le monde ses propres chaînes. La sienne, c’est sa mère. Je peux vous dire que même si les scènes sont répétitives, j’ai pris un énorme plaisir pendant ces scènes. Car Joe ne l’aime pas, ne la déteste pas, mais se soumet aux bonnes volontés de sa mère pour une raison qu’il ignore. C’est sa mère, et alors ? Richard disait dans son billet qu’il était amoral et immoral, mais pas totalement. Cette relation est bien le seul lien qu’il garde avec la moralité, et c’est une relation Amour / Haine qu’il n’analyse pas de peur de se révéler aussi faible que les autres. C’est un individualiste hypocrite, et Paul Cleave pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Au-delà d’un thriller avec tous les ingrédients pour en faire un best seller, et malgré quelques longueurs et répétitions, surtout au début, ce roman s’avère plus profond et psychologiquement plus intéressant qu’il n’y parait. Vous pouvez le lire et l’interpréter à plusieurs niveaux. La lecture de ce roman est fortement recommandée … en espérant que le prochain roman de Paul Cleave, qui devrait paraître l’année prochaine chez Sonatine, soit aussi passionnant.

Le livre sans nom (Sonatine)

L’histoire de ce livre est hallucinante. Il a été mis en ligne sur internet par quelqu’un, dont on ne connaît pas l’identité. Il a connu un énorme succès avant d’être publié en Grande Bretagne puis aux Etats Unis. Nouveau succès. Le voici donc en France, Sonatine ayant décidé d’éditer ce roman culte.

C’est l’histoire d’une pierre bleue, l’Oeil de la lune, qui rend invincible. Cette pierre a été volée et tout le monde pense que c’est un tueur du nom de Bourbon Kid (titre original du livre) qui a fait le coup. Cet homme fait peur à tout le monde car c’est un tueur redoutable, capable de tuer cinquante personnes avec une main ficelée dans le dos.

Cinq ans auparavant, Bourbon Kid est entré dans un bar, le Tapioca. Ce bar est un repère d’êtres malfaisants (c’est un euphémisme) tenu par Sanchez. En cinq minutes, après avoir avalé un bourbon, il a assassiné plus d’une quarantaine de truands. La légende dit qu’il a détenu la pierre bleue, et qu’il tue tous les gens qu’il rencontre. Seule une jeune femme s’en est sortie, c’est Jessica, et elle est dans le coma depuis.

Revenons à aujourd’hui : La pierre bleue était conservée dans un monastère par des moines spécialistes de karaté et autres arts martiaux. Elle vient d’être dérobée et une grande partie des moines décimés. Père Taos, le gardien de temple, décide d’envoyer deux jeunes moines à sa recherche, Kyle et Peto.

Avec tout cela, j’ajouterai que cette histoire se déroule à Santa Mondega, une ville reconnue pour son taux de criminalité record, que Jessica va sortir de son coma, que l’on y rencontre des personnes aussi sympathiques que Marcus la Fouine ou Elvis, des tueurs à gages, Jefe un chasseur de primes ou des flics Jensen et Somers, qui ne sont pas très nets non plus ! Et le livre sans nom, me direz vous ? C’est un livre qui, quand on le lit, vous assure une mort prochaine.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est effectivement ce que je me suis dit au début de ce roman. Parce que, avec la pléthore de personnages, les lieux délirants, les personnages hauts en couleurs, les situations toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres, j’ai été un peu surpris (et le terme un peu est faible).

Ce livre est en fait une gigantesque encyclopédie synthétique de tout ce qui a connu du succès populaire ces vingt dernières années, en terme de musique et cinéma. Et tout est passé en revue, de Seven à Kayser Sözé (Usual suspects) sans oublier La Guerre des Etoiles pour le cinéma, de Elvis Presley aux Fine Young Cannibals pour la musique. Ce livre est un gigantesque hommage délirant envers tout ce que nous avons aimé.

Le meilleur résumé que je pourrais trouver pour ce roman, c’est que c’est une oeuvre de fou, un scénario de film qui aurait pu être écrit par Tarantino, (Tendance Boulevard de la mortou Kill Bill)dans une ville dessinée par Frank Miller (Sin City), réalisé par Robert Rodriguez  ou Guillermo Del Toro sur une bande son de … B52’s. Pas le temps de respirer, les scènes d’action se suivent au rythme d’une Ferrari lancée à fond sur l’autoroute sans frein, le sang coule à flot comme aux chutes du Niagara.

Le style permet d’aller vite, les dialogues sont uniquement là pour se mettre au service de l’action. La question est : Est-ce que ça marche jusqu’au bout ? Car le livre fait quand même 460 pages. Eh bien oui ! Ça ne ralentit jamais, ça n’est même pas répétitif. C’est fou, débile, déjanté, délirant mais ça fait du bien parfois. Les scènes s’enchaînent et l’ensemble est très bien construit, avec logique. C’est un comble. C’est résolument un livre à réserver à ceux qui ont gardé une âme d’adolescent nostalgique, fan de cinéma, musique pop et bande dessinée. Une bonne définition de livre culte.

Alors si vous êtes prêt à faire un voyage sous amphétamines, en oubliant tout sens des réalités, montez dans ce TGV sanglant, en ayant pris votre dose de café, vous passerez un bon moment de lecture; et je vous garantis que vous oublierez vos problèmes présents.

22 novembre 1963 de Adam Braver (Sonatine)

Encore un nouvel auteur, chouette ! Il faut dire que Sonatine ne m’a jamais déçu dans ses choix d’édition, avec écrivains ayant des styles dans des styles très différents. Alors voici le sujet de ce 22 novembre 1963 et ce que j’en pense.
La date du 22 novembre 1963 restera à jamais marqué dans les esprits comme étant le passage des Etats unis à l’age adulte. Avant, il y avait comme une insouciance, une assurance chez les Américains. Après, ce fut comme un coup de poing, comme un mauvais réveil. Ce jour-là, John Fitzgerald Kennedy était assassiné à Dallas. Et comme tout a été dit sur le sujet, ou presque, puisqu’on ne sait toujours pas (et on ne saura jamais) qui a perpétré ce crime, Adam Braver choisit de regarder à la loupe ces quelques jours à travers Jackie kennedy et quelques personnages qui ont entouré la première dame, pendant et après le drame.

On passera donc en revue Bobby Hagis, le fic motard membre de l’escorte à Dallas, Vernon O’Neal et Al Rike des pompes funèbres, Kenny O’Donnell conseiller du président défunt, Abe Zapruder un américain moyen qui a filmé la scène du crime ou bien le personnel de la Maison Blanche et en particulier Mlle Shaw qui s’occupe des enfants du couple Kennedy.

Dans ce roman apparemment basé sur beaucoup de petits faits réels, c’est le derrière du décor que Adam Braver nous fait visiter. Le personnage principal reste  Jackie Kennedy déjà fortement marquée par la perte de son enfant quelques mois après sa naissance. Elle a du mal à s’en remettre et c’est une femme abattue mais qui n’a pas le droit de le laisser transparaitre. Et on nous montre bien toute cette mécanique, car malgré tout ce qui se passe, the show must go on. Rien ne doit arrêter le gouvernement du pays.

Ensuite, d’une façon chronologique, Adam Braver choisit des personnages qui ont côtoyé de près ou de loin Jackie Kennedy. Les personnages sont très bien décrits, et l’auteur sait bien montrer les sentiments de tout un chacun envers le couple Kennedy avant et après le drame. Tous les personnages ont leur place dans le déroulement de ce drame, et la construction est très logique. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de surprises, tout s’enchaine comme dans un film américain, les scènes se succédant les unes aux autres.

Ce qui m’a surpris, c’est surtout l’impression qui ressort de ce livre. Je pense que cela vient du style mais je n’ai pas réussi à y trouver d’artifices particuliers. Le livre n’est pas déprimant, ne nous plonge pas dans l’horreur, ne fait pas de démonstration de personnes bien ou mal. En fait, ce livre est triste. Certes, les événements ne sont pas gais, mais il en ressort une impression globale de tristesse immense, pas de deuil. Ce n’est pas un défaut du livre, c’est même plutôt une qualité d’avoir ce ton uniformément pesant (sur mon moral, je veux dire).

Au-delà de ces qualités, on peut se demander quelle est la finalité de ce roman. C’est la question qui m’a taraudé l’esprit après l’avoir fini. Car, en dehors d’un bel exercice de style pour les Américains nostalgiques ou pour les historiens spécialisés dans les années 60, l’intérêt d’un tel livre sauf la peinture de quelques personnages face à un événement international qui les dépasse. De plus, à parcourir ces différents personnages, il n’y en a pas un qui n’aime pas Kennedy. C’est un peu difficile à croire, et cela dessert le roman au global : ce qui devait être un roman historique pointilleux se révèle un hymne à la gloire de Jackie Kennedy.

Alors, avec le plaisir de parcourir ce livre, avec tous ces beaux portraits, si vous ètes un passionné des Kennedy et des années 60, n’hésitez plus, jetez vous sur ce livre.

Les visages de Jesse Kellerman (Sonatine)

Alors, mais que vaut LE bouquin dont tout le monde parle en ce moment ? Il est partout, dans toutes les vitrines, et il faut dire que la couverture est esthétiquement superbe. Donc voilà ce que j’en pense.

Ethan Muller est galériste, et cela lui permet de vivre aisément. Un matin, Tony Wexler, le meilleur ami de son père, l’appelle sur son portable. Il lui demande de venir voir une oeuvre hors du commun, des dessins sur feuilles A4, dans un appartement situé dans un ensemble immobilier construit par son père. Arrivé là-bas, il découvre des dessins, tous numérottés, qui mis ensemble forment la plus incroyable des fresques. L’artiste, Victor Cracke, a disparu sans laisser de traces et le voisinage est incapable de décrire ce personnage si discret et retiré. Ethan tombe amoureux de cette oeuvre et décide de l’exposer et de la vendre par morceaux les quelques 135 000 dessins, qui représentent plus de 8 000 m². Le succès est au rendez-vous, jusqu’à ce qu’un ancien flic à la retraite, Lee McGrath lui dise que la partie centrale de l’oeuvre représente cinq visages d’enfants violés et tués vers la fin des années soixante. Le bruit finit par se répoandre et Ethan reçoit une lettre de format A4 où est écrit ARRETE sur toute la feuille. Il ne fait aucun doute que cela vient de Victor Cracke et Ethan décide de retrouver Victor avec l’aide de McGrath et sa fille Samantha qui est procureur.

Pour être complètement honnête, je n’étais pas très emballé par la lecture de ce roman. Il a fallu le conseil d’Aurore (link) et ceux de Samira, une amie pour que je me décide. La première raison est : Je n’aime pas trop les fils de fils de fils de … Or Jesse Kellerman est le fils de Jonathan et Faye Kellerman, deux grands auteurs américains. La deuxième raison est dans les citations du style « le meilleur thriller de l’année selon le New York Times ». La troisième raison est le résumé et l’accroche de la quatrième de couverture. Sur ce coup-là, ils en ont fait un peu trop. A les lire, on croit avoir entre les mains le chef d’œuvre du siècle.

Finalement, ce roman est ce que l’on appellerait un best seller thriller grand public. Si le sujet ne casse pas des briques, la façon que Kellerman a de mener son intrigue fait que cela se lit vite et avec intérêt. On a rapidement envie de savoir le dénouement et au final, j’aurais passé un bon moment.

Si l’on ajoute à cela que c’est un premier roman, je deviens plus indulgent sur les petits défauts (par moments, c’est bavard quand même), et au global, cette histoire de poursuite d’un serial killer qui est entrecoupée d’interludes sur la vie d’une famille sur plus de cent ans se révèle tout de même assez impressionnant. Kellerman a un talent pour relancer l’intérêt par des événements qui sont savamment placés en cours du récit. Parfois, ça se voit un peu trop (toutes les 50 – 60 pages environ) , mais ça se tient bien. Et surtout, on n’a plus envie de lâcher le livre. L’ensemble n’est pas génial mais agréable.

Alors, non, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un bon roman qui vous fera passer de bon temps. En ce qui me concerne, je l’ai lu très vite (ce qui est déjà un signe) car l’intrigue est très bien ficelée.Et oui je vous le conseille pour peu que vous soyez fan de littérature prenante sans autre prétention que de dérouler une enquête de serial killer pas sanguinolente.

Oldies : Get up ! Stand Up ! de Perry Henzell (Sonatine)

Ce roman vient tout juste de paraitre chez Sonatine, alors qu’il date de 1982. D’ailleurs, si j’ai choisi de le lire, c’est parce qu’il est mentionné que c’est Patrick Raynal qui l’a conseillé. Et de fait, pour ceux qui sont adeptes de polars politiques, ce roman est très bon dans le genre.

L’auteur :

Perry Henzell est né le 7 mars 1936 à Port Maria en Jamaïque. Il suit des études cinématographiques au Canada puis rentre en Jamaïque dans les années 1950 où il tournera plusieurs documentaires et des spots publicitaires.

Dans l’idée de créer un film retraçant la vie d’Ivanhoe Martin, mieux connu sous le nom de Rhygin, rude boy (caïd) très populaire de Trenchtown, le principal ghetto de Kingston, il demande au chanteur Jimmy Cliff d’écrire une bande-son reggae appropriée. Ne trouvant pas d’acteur, il décide de recruter Jimmy Cliff pour le rôle de Rhygin.

Ce film sort en 1972, dont la bande-son est composée de chansons de Jimmy Cliff, Desmond Dekker, Toots and the Maytals etc., peut être considéré comme le seul grand classique jamaïcain.

Perry Henzell est mort des suites d’un cancer la veille de la projection de No Place Like Home au Flashpoint Film Festival, un film tourné dans les années 1970, qu’il n’avait jamais pu finir à cause de problèmes financiers. Perry Henzell envisageait également de réaliser l’adaptation de son roman Power Game (1982), qui devait clôturer sa trilogie jamaïcaine, mais le cancer aura eu raison de cette ambition.

Quatrième de couverture :

Un pays des Caraïbes, qui fait fortement penser à la Jamaïque. D’un côté, une caste privilégiée qui tient le gouvernement, l’armée, les médias, la justice et toutes les richesses locales, une élite corrompue, qui oscille entre volonté d’indépendance et soumission aux riches investisseurs étrangers. De l’autre, le ghetto, les gangs, le trafic de ganja, une misère de plus en plus noire. Un mélange explosif qu’une seule étincelle suffirait à faire exploser. Et si celle-ci venait de Zack Clay, une star du reggae de retour au pays après un triomphe international ? Lui seul a en effet le pouvoir de rassembler les gangs et la rue pour venir à bout de l’oppression, des injustices et des inégalités. Mais entre un message prophétique de paix et le passage à la lutte armée, le fossé est grand. Zack devra ainsi faire un choix dont pourrait dépendre le sort de l’île tout entière.

Mêlant musique et politique, Perry Henzell nous offre un portrait sans concession d’une société dévorée par les inégalités et la corruption. On reconnaîtra à travers la figure de Zack l’ombre de Bob Marley.

Mon avis :

Dans le genre polar politique, ce roman est un bon exemple du genre. Prendre une ile des Caraïbes, sans la citer, créer des personnages crédibles représentant chacun un pouvoir en place, ajouter une étincelle qui va mettre le feu aux poudres et vous aurez la recette de ce polar paru injustement si tard chez nous.

Du coté des personnages, Percy est le premier ministre de cette ile, qui ne comporte aucune richesse, si ce n’est la culture de la marijuana. La hausse du prix du pétrole met cette ile en grand danger. Le gouvernement repose sur les deux frères Bernard : Winston est le ministre des finances et Mark est le ministre de la sécurité. Ils représentent les riches politiques de l’Ile. La femme de Winston se nomme Michèle et détient les rênes de la radio locale. A eux trois, ils représentent le pouvoir.

Du coté des particuliers, Eddie, le frère de Michèle est riche grâce à ses trafics de drogue essentiellement, mais aussi avec ses clubs. Enfin, il y a le ghetto, pauvre, désœuvré et ne survivant que grâce à de petits boulots ou au trafic de drogue. Ils sont représentés par deux personnages Yzion et Wire, appartenant à 2 ghettos différents. Le fragile équilibre de l’ile va être mis à mal le jour où l’armée va abattre une vingtaine de jeunes issus des ghettos.

Ce roman est une excellente surprise, au sens où je ne connaissais rien de cet auteur, et où il sait mettre en place de nombreux personnages représentant leur milieu. Nous avons affaire là à un polar politique, au centre duquel l’auteur place Michèle, parce qu’elle détient les medias mais aussi parce qu’elle croit au pouvoir de la musique. Elle va faire éclore un nouveau talent, Zack Clay, et compte sur lui pour clamer la population.

Il est réellement difficile de lâcher ce roman, tant c’est à la fois bien écrit et bien mené. Et même si cela peut paraitre parfois naïf, parfois simpliste (parce que daté de 1982), si on n’est pas au niveau de ce qu’a fait James Ellroy, ce roman peut aisément assouvir les besoins des fans du maitre ou plus simplement les amateurs de polars politiques.