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Déstockage : L’écorché vif de Pierre Latour

Editeur : Fleuve Noir – Spécial Police N°976

Voici l’ouverture d’une nouvelle rubrique sur Black Novel qui s’appelle Déstockage. Comme beaucoup de blogueurs, je suis atteint d’une maladie qui consiste à acheter ou récupérer les polars. Comme j’achète plus de romans que je ne peux en lire, il se pose rapidement le problème de stockage. J’ai donc décidé de créer cette rubrique qui passera en revue des polars qui ne sont pas des nouveautés. Contrairement à la rubrique Oldies, cette rubrique pourra parler de romans sortis quelques années auparavant comme d’anciens polars, mais toujours dans une optique de découvrir de nouveaux auteurs. Commençons donc par L’écorché vif de Pierre Latour qui date de 1972.

Barney Logan a passé sa jeunesse dans la ferme familiale de Natchez, au Mississippi. Le premier événement dont il se rappelle a eu lieu dans les années 50, quand il avait 14 ans et sa sœur Belle 16 ans. Leur père leur interdisait de fréquenter les noirs, qui y travaillaient comme des esclaves. Lors d’une soirée, Où un vieux noir jouait de la guitare, Belle s’approche trop d’un jeune homme et le père Logan décide de donner une leçon à ces noirs qui ne savent pas garder leur place : Il en tue deux et répudie sa fille.

Barney a développé et conservé ce sentiment de justice et d’égalité entre les hommes. 15 ans plus tard, il écrit un roman à succès, basé sur son expérience. Il a rompu les relations avec son père, et a migré plus au Nord. Alors qu’il s’intéresse aux aspects juridiques pour un futur roman, il rencontre la fille du juge local, Viola et en tombe amoureux. Mais un dramatique accident de la route va défigurer Viola et elle va préférer se suicider plutôt que de vivre comme un monstre. Barney enquête et retrouve le coupable de l’accident. Il va lui tendre un piège mortel dans les forêts environnantes et sombrer dans une folie meurtrière, se croyant investi d’un rôle de justicier envers les démunis.

Cette collection Spécial Police proposait des polars dans un format court. Il était donc nécessaire d’aller vite pour dérouler une intrigue. C’est le cas ici puisque l’on va balayer la bagatelle d’une vingtaine d’années de la vie de Barney Logan. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénario de Pierre Latour est complet et qu’il a dû inspirer bon nombre de thrillers qui ont vu le jour dans les années 2000 : la vie d’un homme qui bascule dans une folie meurtrière suite à quelques traumatismes.

On y trouve la dénonciation des inégalités, à commencer par le racisme durant la jeunesse de Barney Logan, puis l’impunité des plus riches, qui se permettent de commettre des crimes sans être inquiétés par la police. Outre le style fluide, on se rend compte que les sujets abordés ici restent très actuels. Le roman n’a pas pris une ride et pourrait, encore aujourd’hui, en épater plus d’un.

La construction de ce roman pourra tout de même surprendre quelques lecteurs. Il démarre à la première personne du singulier, laissant la parole à Barney Logan. Puis, on passe à une narration plus classique, en y introduisant les personnages du shérif et du reporter qui vont prendre de l’importance pour arriver à une conclusion finalement très morale et consensuelle. Cela fait de ce roman un bon polar intemporel, auquel on pourra reprocher une fin un peu rapide (format de l’éditeur imposé oblige). Pierre Latour est indéniablement un auteur trop vite oublié.

Oldies : Monsieur Lucien de Paul Sala (Fleuve noir – Spécial Police 1463)

Né en 1921, Paul Sala fut policier jusqu’à sa retraite, en 1976. Dès 1970, il publia des romans dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. Il créa entre autres le personnage du Savoyard, héros de cinq romans.(Article de Claude Le Nocher)

S’il s’est servi du nom de son épouse pour signer ses romans, c’est par pudeur, pudeur qui englobe sa carrière de fonctionnaire de l’état dont il ne parle quasiment jamais dans les entretiens qu’il a accordés. Il est nettement plus prolixe lorsqu’il parle de sa passion, l’écriture. (Article de Paul Maugendre)

Quatrième de couverture :

TITRE

Monsieur Lucien

SUJET

Magouille politicarde

VEDETTES

Drajevic Servo, M. Lucien

ACTEURS

Le commissaire Grant, Thomas Bernard, Birgit et Baby, les Scandinaves, Antony, des call-girl, le général, des proxénètes, Gus les mains blanches, Vladi, l’ombre du pouvoir.

ACCESSOIRES

Un browning 9mm, une bagheera, essence et allumettes

DECORS

Un commissariat, un clandé, le Club 104, un hôtel de passes, l’administration, et la forêt de Senlis

MISE EN SCENE

Paul Sala

PRODUCTION

Fleuve Noir

Mon avis :

Ça commence avec un meurtre dans la forêt de Senlis, une jeune femme abattue puis brulée dans un taillis. Puis une prostituée de luxe d’origine suédoise s’inquiète du fait que sa sœur ne donne plus signe de vie depuis trois jours. Cela suffit pour que jusqu’au plus haut niveau de l’état, et dans les ambassades étrangères, on se mette en branle pour comprendre ce qui se passe.

A une époque où les hommes politiques organisent des parties fines, et s’en tirent en versant quelques millions de dollars, ce roman, à l’intrigue impeccablement menée fait office de précurseur. J’exagère bien sur, mais il ressort de ce roman que Paul Sala sait mener son histoire, pour amuser et distraire le lecteur.

D’ailleurs, c’est quelque chose que l’auteur revendiquait, faire de la littérature du divertissement. Et avec son inspecteur d’origine basque, un peu bourru, rentre dedans, il a bigrement réussi son coup. A noter aussi que le roman fait de nombreux rappels à de précédentes enquêtes, et que jamais le lecteur n’est perdu. Un bien bel exemple pour un roman qui remplit son rôle, nous divertir.