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Les anneaux de la honte de François Thomazeau (L’Archipel)

C’est une nouvelle collection qui démarre aux éditions L’Archipel, qui s’appelle Cœur noir, dirigée par Noël Simsolo. Le principe est de créer une intrigue de roman noir autour d’une date historique. Voici le premier de la série, les anneaux de la honte de François Thomazeau.

1936. Les jeux olympiques vont s’ouvrir dans 15 jours à Berlin. En protestation au déroulement de ces jeux en pays fasciste, sont organisés les Olympiades Populaires à Barcelone. C’est à ce moment là que se déclenche la guerre civile d’Espagne. Le pays, qui regorge de journalistes, assiste à des scènes qui vont ensanglanter les rues de la capitale catalane. Tous les pays (Italie, Russie, Allemagne, Angleterre, France…) sont, en sous main, impliqués, cherchant à avoir une influence sur l’issue des combats.

Albert Grosjean, ancien héros de la première guerre mondiale, est journaliste sportif pour un hebdomadaire français proche du parti communiste. Suite aux violences et à l’annulation des jeux populaires, Albert rentre à Paris avec une mission : Un de ses amis journalistes Ernst Sorman lui a confié une bague qu’il doit remettre en main propre à Anna Meyer, une athlète juive qui va concourir pour l’Allemagne à Berlin.

Le seul problème, c’est que son patron n’a pas du tout l’intention de l’envoyer à Berlin pour faire de la publicité à des jeux fascistes. Finalement, c’est un ex-préfet du nom de Jean Moulin qui va le débaucher et l’envoyer en Allemagne sous un faux nom. Sa mission : mieux comprendre le rôle des nazis dans le conflit espagnol, et ramener des informations sur les politiques des autres pays.

De ce roman, je garderai le souvenir d’un gigantesque bordel, excusez le mot ! Chaque pays place ses pions, dans le noir, en cherchant à savoir où sont les pions des autres pays. Il n’y a pas de pays ami, ou de pays ennemi. On n’a pas l’impression de voir des pays liés par une alliance, tous se battent, s’espionnent pour leur propre compte, quitte parfois à faire du chantage envers une nation voisine. Il faut savoir que les espions de cette époque étaient surtout des journalistes car ils avaient accès à tous les lieux où les grandes décisions se prennent.

C’est aussi la puissance de l’évocation des jeux de Berlin, la force des mots, où, en quelques mots, l’image est créée, l’évocation évidente derrière les yeux du lecteur (lisez donc l’entrée des athlètes dans l’arène de Berlin, ou le concours de saut de Anna). Cela renforce le dégout qui m’est venu envers certains personnages, sachant ce qui allait se passer quelques années plus tard, et lisant des dialogues où tout le monde savait, je dis bien savait et non pas se doutait.

Alors devant une documentation impressionnante mais jamais rébarbative, portée essentiellement par des personnages hauts en couleurs et véridiques, je ne peux que vous conseiller cette lecture. Je précise tout de même que le début du roman regorge de personnages, et que le lexique en fin de roman est bien utile pour les situer. C’est un roman noir en forme de course poursuite pour sauver sa peau dans un monde lancé à cent à l’heure et dont on a oublié où se trouvait le frein.

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