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De mort lente de Michaël Mention

Editeur : Stéphane Marsan

Après le fracassant et extraordinaire Power, Michaël Mention, auteur que j’adore, revient avec un sujet d’actualité, contemporain, les substances chimiques qui nous empoisonnent. Dit comme ça, ce n’est pas bien tentant. Vous auriez tort de passer au travers tant ce roman est une véritable enquête à charge contre l’industrie chimique.

Avril 2009. Nabil et Marie habitent un petit village, à proximité d’un site de recyclage ChimTek. Il est caissier dans un supermarché, et doit abandonner le foyer familial pour aller travailler, non sans avoir donné le biberon du matin à Léonard, qui vient d’avoir deux ans et demi. D’ailleurs, Leonard semble perturbé depuis peu. Il faut dire que qu’abandonner les couches et bientôt entrer en maternelle, ça doit travailler. Alors qu’ils font des courses, Marie a un vertige. Des examens vont démontrer qu’elle souffre d’hypothyroïdie. Les réactions de Léonard deviennent impulsives et dictatoriales. Il faudra attendre l’école primaire pour qu’on lui diagnostique qu’il est autiste.

Janvier 2010. Philippe Fournier, directeur de recherche au CNRS, sort de la station Hôtel de Ville. Après son cours à Paris-6, il va déjeuner avec des collègues. C’est en sortant qu’il aperçoit une silhouette qu’il connait bien : Richard Delaubry, endocrinologue, chef de service des hôpitaux universitaires de Genève, son mentor. Richard lui de mande de rejoindre une commission européenne visant à créer une réglementation concernant les perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques présentes dans notre quotidien et qui, combinées peuvent occasionner de lourdes conséquences pour notre santé.

Mais les grands groupes chimiques, et au premier plan Meyer, qui engendrent des milliards de chiffre d’affaire et autant de bénéfice ne l’entendent pas de cette oreille. Car leur credo est de demander des preuves, des études certifiées qui peuvent démontrer factuellement l’impact de ces substances. Cela leur permettra de gagner du temps, des dizaines d’années, et de continuer à vendre leurs produits toxiques. Et ils ont la possibilité de faire pencher les résultats dans leur sens s’ils peuvent soudoyer quelques scientifiques …

Comme souvent avec Michaël Mention, ce roman raconte la lutte du pot de terre contre le pot de fer, avec une passion, une rage et une fureur que je ne trouve nulle part ailleurs dans la littérature policière. Et pour le coup, ce roman est un des meilleurs que l’auteur ait écrit en termes d’engagement pour plus de santé, plus d’humanité, bref pour une vie meilleure. Car l’intrigue va vous dévoiler les dessous d’une industrie prête à tout pour protéger son business, à n’importe quel prix.

La lutte du pot de terre contre le pot de fer, c’est ici un couple qui n’a rien demandé à personne. Nabil et Marie ne demandaient qu’une chose, vivre heureux. Ils vont tout faire pour comprendre, pour que le dommage soit non pas résolu, juste compensé. Ils vont faire appel à un journaliste du Monde, Franck Boyer, 34 ans, célibataire et passionné par son métier. Avec lui, Nabil, Marie et Philippe vont se lancer dans une lutte perdue d’avance contre une chimère aux ramifications internationales.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : Ces grandes entreprises qui empoisonnent sciemment notre vie sont divisées en petites entreprises ce qui permet de noyer le poisson. Elles sont impliquées dans des associations et ONG pour mieux dorer leur blason, mais aussi mieux maîtriser les actions envisagées contre elle. Elles distribuent de l’argent à d’innombrables dirigeants d’études scientifiques pour mieux noyauter les résultats. Ces entreprises sont décrites comme des pieuvres, de véritables mafias parfaitement conscientes de ce qu’elles font, du mal qu’elles font.

Mais, comme le dit Michaël Mention en début de roman : « Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait purement fortuite ». Ce roman nous présente des personnes simples st sympathiques qui luttent contre le grand méchant loup. Simple comme la vie. Ils vont subir un harcèlement incroyable, comme dans tout bon thriller. La conclusion sera amère, comme tout bon thriller.

Mais quand même ! On ne peut nier toute la documentation fournie dans le roman qui rappelle que l’on est au-delà de la simple fiction, que ce roman démontre les moyens gigantesques et les ramifications construites de telle façon qu’ils en deviennent inattaquables. Michaël Mention y met toute sa rage, toute sa foi, toute sa passion pour nous montrer cette situation. Car c’est en éveillant les consciences qu’on pourra un jour faire changer les choses, faire évoluer le monde vers un monde meilleur. Merci Monsieur Mention d’avoir écrit ce roman si important !

Power de Mickaël Mention

Editeur : Stéphane Marsan

Attention, coup de cœur !

Le nouveau roman de Mickaël Mention est une bombe, une véritable bombe. En choisissant d’évoquer le Black Panther Party, il a choisi de parler de ses thèmes favoris, et tout dans ce roman ne peut interpeller le lecteur. Mickaël Mention veut passer un message ; avec ce roman, il le clame haut et fort. Très fort.

Le roman s’ouvre sur l’assassinat de Malcolm X le 21 février 1965.

1966, Oakland. Les actions meurtrières de la police envers la population noire n’ont jamais été aussi nombreuses. Bobby Seale et Huey P. Newton décident d’appliquer le deuxième amendement de la constitution des Etats Unis qui autorisent tout citoyen à posséder une arme. Sans être agressif, il s’agit de montrer aux policiers que les Noirs peuvent se défendre, en affichant leurs armes. Puis ils décident de créer un mouvement pour la défense des Noirs, pour faire respecter leurs droits. Petit à petit, leur mouvement distribue de la nourriture et en viendra à construire un hôpital.

1967, Philadelphie. Charlene est une adolescente de 16 ans, qui prend conscience de la société dans laquelle elle vit. Tous les jours, elle lit dans les journaux, elle voit dans la rue, des Noirs qui se font tuer par la police. Elle voit dans une boutique une affiche de Bobby Stills et Huey Norton, fusils à la main. Elle veut s’engager dans les rangs du Black Panthers Party et Roy, le propriétaire lui donne 3 livres à lire avant qu’elle ne s’engage : l’autobiographie de Malcolm X, Les damnés de la Terre de Frantz Fanon, et Le petit livre rouge de Mao.

1967, Los Angeles. Neil est flic et se retrouve face à son quotidien de haine. Tous les jours, il doit partir sur le terrain, en intervention, essayant de faire régner l’ordre, parmi des gens qui détestent la police. Lors d’une opération, son collègue est tué et Neil s’enfonce dans une croisade sans but.

1967, Chicago. Cela fait un an que Tyrone purge sa peine de prison pour avoir tué Big Joe qui a essayé de « l’entuber » à Cook County. Un avocat demande à le voir, son nouvel avocat. Il s’agit en fait de l’agent spécial Clark du FBI. Clark lui propose de le libérer en échange d’un boulot : Intégrer le BPP en tant que taupe pour le FBI. Le nom de code de cette opération de grande envergure est COINTELPRO.

Naissance, grandeur et décadence du groupe activiste et politique Black Panther Party : voilà le nouveau défi relevé haut la main par Mickaël Mention, cet auteur décidément prêt à tout et capable de tout. Après une première partie où on retrouve les origines du BPP, on entre dans le vif du sujet au travers de trois personnages tous aussi différents les uns que les autres. Ce qui permet d’apporter une vision différente de tous les événements sans pour autant avoir la prétention de détenir la vérité.

Et chacun de ces personnages, que ce soit Charlene, Tyrone ou Neil sont remarquablement bien faits, mais aussi attachants dans leurs choix. Entendons nous : je ne défends pas Charlene quand elle plonge dans la drogue, mais je la comprends quand du haut de ses 16 ans, elle veut que les exactions contre les noirs cessent. Je ne défends pas Tyrone qui trahit les siens, mais sa situation (réaliste) est bigrement prenante. Je ne défends pas Neil et son racisme, mais j’y vois un peuple américain perdu, assommé par a manipulation, prenant de mauvaises décisions parce qu’il a les mauvaises cartes en main. C’est probablement le personnage que je trouve le plus fascinant dans sa recherche de solutions et dans ses choix dramatiques et meurtriers.

Ce roman parle de révolution, de révoltes, d’injustices, de pauvres et de riches, de luttes pour le pouvoir, de luttes pour la survie, de racisme, de journalisme, de manipulation, de couleur de peau, d’éducation, de possession d’armes, de l’impossibilité à communiquer, de la difficulté de vivre ensemble. Il parle d’humanisme assassiné, de valeurs bafouées, de droit de vivre et de droit de survivre. Il parle surtout d’une société américaine incapable de faire face à sa plus lourde défaite, d’une société qui se veut représenter le bien dans le monde, perdre la face dans une guerre du Vietnam meurtrière face à un courant politique qui représente le mal, Il parle de pourris (au FBI entre autres) qui perdent tout contrôle et se lancent dans une guerre voire une guérilla contre son propre peuple … au nom de l’ordre … mais n’est-ce pas pour se venger du Vietnam ? Pour ne pas perdre l’image qu’il se fait de lui-même ? Par pur ressentiment ?

Mickaël Mention utilise une forme chère à James Ellroy, pour se l’approprier et conter cette histoire de haine et de sang qui a déferlé sur les Etats Unis. Il fait comme James Ellroy, mais écrit son livre, plein de rage, en mettant son propre sang sur ces pages, en n’ayant pas honte d’étaler ses tripes sur ces mots. Et j’ai bien l’impression que c’est paradoxalement le livre le plus personnel de cet auteur sur un sujet très éloigné (en distance) de la France. Du moins, c’est ce qu’il m’a semblé.

Car c’est bien de haine entre êtres humains dont on parle, c’est bien de sang humain dont on parle ; ce sont des hommes, des femmes, des enfants sacrifiés dont on parle. C’est le message que je retire de ce roman : Derrière tout acte, bon ou mauvais, il y a des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes qui tuent. Des hommes et des femmes qui essaient de survivre. Et il ne reste finalement que bien peu de choses à sauver de l’Homme. Ces Noirs se sont battus pour leurs droits ; ils ont perdu ; même aujourd’hui encore. Mais ce n’est pas une raison d’arrêter.

Coup de cœur !