Archives du mot-clé Suicide

Les gens comme Monsieur Faux de Philippe Setbon

Editeur : Editions du Caïman

Après la trilogie des Trois visages de la vengeance, comprenant trois formidables polars (Cécile et le monsieur d’à côté, T’es pas Dieu, petit bonhomme, Un avant-goût des anges), Philippe Setbon nous revient avec un polar qui s’inscrit dans la même lignée que ses précédents. Que du bonheur !

Wilfried est au fond du trou. Sa femme Marcie l’a quitté pour son (ex-) meilleur ami Mica, il a été obligé de laisser son appartement pour retourner vivre chez ses parents, et il vient de se faire virer de la boite qu’il a lui-même créé. Il n’est donc pas étonnant qu’on le retrouve sur un pont surplombant la Seine, voulant mettre fin à sa vie sans avenir.

Au moment de sauter, un homme l’interpelle. Il a la soixantaine, semble avenant, dit s’appeler Monsieur Faux. Il lui demande un coup de main pour transporter un paquet. Se laissant convaincre, Wilfried se dirige vers la voiture de Monsieur faux pour transporter un paquet emballé qui ressemble à un corps.

Après avoir balancé le corps dans la Seine, Monsieur Faux lui propose de boire un coup. Wilfried lui raconte alors ses malheurs et Monsieur lui propose de se débarrasser de ses problèmes, c’est-à-dire de sa femme. Un coup de rasoir et c’est fini. Wilfried n’y croit pas et rentre chez lui bien éméché.

Le lendemain matin, ce sont à la fois un mal de tête et la lieutenante Naomie qui l’attendent dans la salle à manger. Naomie lui apprend que sa femme a été assassinée, égorgée chez elle. Heureusement, Wilfried a un alibi, puisque sa mère l’a entendu rentrer à trois heures du matin alors que le meurtre à eu lieu plus tard. Pour Wilfried, le doute n’est pas permis, c’est Monsieur Faux le coupable. Et quand Naomie laisse entendre que Mica est peut-être en danger, Wilfried est entrainé dans un dramatique engrenage …

On retrouve dans ce roman tout le plaisir d’une narration à la fois simple et efficace, n’alourdissant pas le propos de psychologie inutile. Il y a une évidence dans le style de Philippe Setbon, un excellent équilibre entre narration et dialogues, et une créativité dans chaque scène pour faire avancer l’intrigue avec une fluidité remarquable. On se retrouve en terrain connu. D’ailleurs, on retrouvera Linda Fragonard pour ceux qui ont lu la trilogie Les trois visages de la vengeance.

Je me suis d’ailleurs demandé si l’auteur faisait un plan de son histoire avant de l’écrire, tant on a l’impression qu’il se laisse aller à une improvisation, laissant les mains libres à ses personnages de vivre leur vie. C’est la marque des grands auteurs de prendre la main du lecteur et de les conduire au fil de l’histoire sans que l’on se rende d’un quelconque subterfuge.

Avec une situation de départ tout en humour décalé, on pense avoir droit à une histoire nous démontrant que Monsieur Faux veut faire de Wilfried son acolyte, créer de toutes pièces un assassin. Mais c’est bien mal connaitre Philippe Setbon qui fera rebondir l’intrigue dans une autre direction. Et quand, vers le milieu de l’histoire, on rencontre des personnages issus de sa précédente trilogie, le plaisir n’en est que plus grand de les retrouver et de se passionner pour cet histoire dans un environnement connu et aimé. Une nouvelle fois, on ne peut que passer un excellent moment avec Philippe Setbon.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

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L’opossum rose de Federico Axat

Editeur : Calmann-Lévy

Collection : Robert Pépin présente …

Traducteur : Isabelle Gugnon

Je ne dirai qu’une chose : lisez la quatrième de couverture (que je vous joins juste après), et vous aurez envie de lire ce livre ! C’est ce qui m’est arrivé. Et si cette présentation ne vous suffit pas, dites-vous que vous allez aller, page après page, de surprise en surprise … A cela, vous ajoutez le billet de l’ami Yvan, et vous plongez tête baissée …

Quatrième de couverture :

Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : « Ouvre. C’est ta dernière chance. » Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot.

Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?

Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.

Mon avis :

Oubliez tout ce que vous avez lu jusqu’à présent ! Oubliez les scenarii, les rebondissements, les retournements de situation, les livres fous, les styles énigmatiques. Ce roman là, c’est une histoire dont vous n’avez même pas idée qui va vous montrer qu’à partir d’un sujet maintes fois traité, on peut faire du neuf qui vous éclate !

Tout tient dans le démarrage du roman, puisqu’il faut accrocher le lecteur. Ted veut se suicider, et pour éviter de meurtrir sa famille, un homme énigmatique va lui confier une mission : tuer un meurtrier puis tuer un homme comme lui qui veut se suicider. Le meurtre parfait puisque sans lien et sans mobile. Ensuite, Ted devra attendre son assassin … Alors Ted va tuer Blaine, le meurtrier infâme, puis il va tuer Wendell qui pêche dans son lac entre deux visites chez sa psychologue puisqu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Sauf que Blaine n’est pas un assassin et Wendell n’est pas suicidaire.

De chapitre en chapitre, les scènes vont s’enchainer en mettant en cause les certitudes que le lecteur a pu se faire au fur et à mesure, et c’est la présence d’un mystérieux opossum rose qui va semer la graine dans notre cerveau. On se demande bien ce que veut dire ce symbole, qui apparait puis disparait sans prévenir et en général en plein milieu d’une scène normale. C’est totalement dingue !

En fait la mécanique va dérailler, et tout le talent de l’auteur est bien de nous accrocher avec son style fait de mots simples mais qui pris ensemble rendent une scène énigmatique, mystérieuse. Il nous place en face de notre perception du réel, et nous met à mal dans ce que l’on croit voir. Et je peux vous dire que c’est diablement bon, pourvu que l’on accroche sur les premiers chapitres. Car ce jeu là, c’est un peu le jeu du Qui perd perd (Référence au regretté Coluche), puisque l’on ne connait pas les règles. Mais y en a-t-il seulement ?

Diablement original, c’est un livre fou de fous écrit par un fou pour des fous ! Car faites bien attention ! ce livre de dingue peut vous rendre totalement cinglé. Vous êtes prévenus, ce roman totalement génial est l’antichambre de la folie, la porte d’entrée de votre cellule psychiatrique. N’hésitez pas, franchissez le pas, entrez, les murs capitonnés sont bien confortables …

Froid comme la mort d’Antonio Manzini

Editeur : Denoel – Sueurs froides

Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

Voici la deuxième enquête de Rocco Schiavone, vice-préfet à Aoste après l’excellent Piste Noire. Pour résumer mon avis, dans ce deuxième roman, on prend les mêmes recettes que le premier et on enfonce le clou. Je vous offre le tout début du roman qui donne le ton et montre l’humour cynique que j’adore :

« C’était le mois de mars, où les journées offrent des instants de soleil et la promesse du printemps à venir. Des rayons encore tièdes, souvent fugaces, qui colorent le monde et ouvrent à l’espoir.

Mais pas à Aoste. »

Irina, originaire de Biélorussie, vit de ménages qu’elle fait chez les gens soit âgés, soit fortunés. Elle est amoureuse d’Ahmed, originaire d’Egypte, et espère bien qu’il l’épousera. Ahmed a un fils, Helmi, de 18 ans, qu’elle accepte volontiers. Arrivée chez les Baudo, la porte de l’appartement est ouverte. Inquiète, elle entre et voit le désordre qui y règne. Elle comprend qu’il vient d’y avoir un vol. Puis, elle imagine que les voleurs sont peut-être encore là ! Alors, elle ferme la porte d’entrée à clé et se jette dans la rue en hurlant comme une damnée … Jusqu’à ce qu’elle rencontre un adjudant de l’armée en retraite qui promène son chien aveugle.

Rocco Schiavone a un gros problème : la femme avec qui il passe quelques nuits, Nora, va bientôt fêter son anniversaire. Il doit donc trouver un cadeau qui ne l’engage pas trop, mais qui lui fera plaisir. Quand ils reçoivent l’appel téléphonique, Rocco et son adjoint Italo foncent Via Brocherel. L’appartement est en effet en grand désordre. Un téléphone portable est en miettes dans la cuisine. La porte de la chambre est fermée mais pas à clé, et plongée dans la pénombre. Rocco actionne l’interrupteur quand les plombs sautent : il y a eu un court-circuit. Quand Italo propose d’ouvrir les volets, ils découvrent Ester Baudo pendue. Si on peut penser à un suicide, Rocco se demande comment une personne peut, après son suicide, fermer les volets et éteindre la lumière. Assurément, Rocco a devant lui un emmerdement puissance 10.

Il suffti de lire le premier paragraphe pour être conquis par le personnage de Rocco Schiavone, ce vice-préfet (équivalent de commissaire chez nous), doué d’une déduction et d’une intuition hors norme et qui traite ses contemporains comme des moins que rien. Cela donne des remarques méchantes, des situations drôles et des dialogues parfois décalés parfois cyniques. Le roman comporte une intrigue construite avec toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : un meurtre, une énigme difficile à résoudre, des indices semés au long des 250 pages du livre et une résolution toute en logique.

A cela, on ajoute ce formidable personnage à la fois méchant et attachant. On en apprend un peu plus sur son passé, ou du moins sur la raison pour laquelle il a été muté à Aoste, au milieu des montagnes, les pieds enfoncés dans la neige qu’il déteste. On a aussi droit à un personnage dont on creuse un peu plus la psychologie, sa soif de justice et la tentation de la vengeance à tout prix, ainsi que la loyauté envers ses amis. Bref, cela peut sembler classique, mais quand c’est aussi bien fait et bien écrit, cela donne du pur plaisir. Je tiens aussi à signaler l’excellent travail de la traductrice qui arrive à rendre aussi bien tout l’humour des situations et du personnage. Bravo !

Oldies : Fausse piste de James Crumley

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Attention, coup de cœur !

J’en avais parlé il y a quelques mois avec mon ami Petite Souris, de James Crumley. Et donc, j’avais ressorti d’une de mes bibliothèques Fausse piste, édité à l’origine chez Gallimard dans la série noire tout d’abord puis chez Folio Policier. Le fait que Gallmeister réédite toute l’œuvre de James Crumley dans de nouvelles traductions est une excellente nouvelle. Car nous allons avoir droit à la crème de la crème du Noir.

L’auteur :

James Crumley est né au Texas en 1939. Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l’armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas. Attiré par le poète Richard Hugo, comme d’autres écrivains de sa génération (James Welch, Bob Reid, Neil McMahon, Jon A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 1960.

Il s’essaye à la poésie et l’écriture de nouvelles, et anime des ateliers d’écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d’autres… En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n’est publié qu’en 1969. Sur fond de guerre du Viêt Nam, ce roman raconte une histoire d’amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite (…)

James Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l’alcool coule à flot et où les écrivains sont une denrée incroyablement fréquente. À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, James Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s’en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.

En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l’enseignement. Il n’est pas fait pour ça. En revanche, il a l’écriture dans le sang. Il en parle d’ailleurs comme d’une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.

James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 17 septembre 2008.

Quatrième de couverture :

Dans la petite ville de Meriwether, dans le Montana, le privé Milo Milodragovitch est sur le point de se retrouver au chômage technique. Les divorces se font maintenant à l’amiable. Plus besoin de retrouver l’époux volage ou la femme adultère en position compromettante. Ne lui reste qu’à s’adonner à son activité favorite, boire. S’imbiber méthodiquement, copieusement, pour éloigner le souvenir cuisant de ses propres mariages ratés, de la décadence de sa famille, de son héritage qui restera bloqué sur son compte jusqu’à ses cinquante-trois ans – ainsi en a décidé sa mère. C’est alors que la jeune et très belle Helen Duffy pousse sa porte : son petit frère, un jeune homme bien sous tous rapports, n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Milo s’engage alors sur une piste très glissante.

Dès son premier polar, James Crumley s’impose en grand maître du noir. Avec lyrisme, humanisme et humour, il dépoussière le mythe du privé et réinvente le genre.

Mon avis :

Quelle idée géniale de reprendre l’édition de l’œuvre noire de James Crumley ! Car nous avons là le top du top de la crème de la crème du Noir.

Ce roman constitue le premier tome des enquêtes de Milton Milodragovitch, dit Milo, dont la spécialité est de réaliser des enquêtes et filatures de maris ou femmes adultères. Comme l’état du Montana vient de voter une loi autorisant le divorce à l’amiable, Milo se retrouve sans travail. Il va avoir la possibilité de se recycler quand Helen, une superbe jeune femme, lui demande d’éclaircir le soi-disant suicide de son jeune frère Raymond.

Ce roman se situe chronologiquement dans l’œuvre de James Crumley, juste avant Le dernier baiser, ce pur chef d’œuvre noir (du moins c’est mon avis). Ce roman est impressionnant parce que le personnage de Milo qui nous narre cette histoire est d’une évidence rare dès la première page. Le style lui-même fait partie du personnage. En fait, dès le premier chapitre, James Crumley réinvente le rôle du détective privé, ou du moins ajoute une nouvelle pierre à l’édifice, en imposant son style.

Car il faut bien parler de style quand on parle de James Crumley. Il y a cette facilité à nous faire entrer dans le personnage. Il y a ces scènes burlesques mais réalistes (il n’y a qu’à voir le début où un voleur à la tire se fait écraser par une voiture et où Milo dit qu’il ne savait pas que le métier de voleur était un métier si dangereux !). Il y a ces dialogues si brillants et qui démontrent si bien la psychologie des personnages. Il y a cette volonté de donner autant d’importance aux personnages secondaires qu’à Milo. Il y a ce contexte si noir, cette autopsie si juste d’une société plongeant dans la violence avec l’émergence et l’arrivée de l’héroïne. Enfin, il y a ces phrases magiques, qui nous montrent les décors ou les personnages qui sont si poétiques qu’on reprend plusieurs fois la lecture d’une seule phrase, juste pour la laisser résonner dans notre tête.

Il faut ajouter que la traduction est très différente de la première version, faisant plus de place à l’humour et mettant en valeur la poésie (j’ai fait la comparaison sur quelques paragraphes). Mais honnêtement, les deux sont très bien faites. Et puis, on a droit dans la version Gallmeister à des illustrations en noir et blanc de toute beauté, signées Chabouté. Cela donne un roman qui ajoute au plaisir de la lecture, celui des planches de dessin.

Fantastique, ce roman est fantastique. Il comporte tous les ingrédients du roman de détective, avec un personnage fort, une intrigue forte, un contexte fort et un style inimitable, à la fois dur, noir et poétique. Il ne redéfinit par le genre, il apporte sa pierre à l’édifice et a inspiré de nombreux auteurs dont Ken Bruen, Sara Gran, Sam Millar et tant d’autres. Cette lecture est indispensable pour tout amateur de polar noir. Coup de cœur !

Promesse de Jussi Adler Olsen (Albin Michel)

Cela faisait un petit bout de temps que j’avais laissé de côté mes amis du Département V, chargé de résoudre des enquêtes vieilles et délaissées. Il était donc temps pour moi de renouer des liens avec ces personnages sympathiques que sont Carl Morck, Assad et Rose.

Carl Morck est en train de travailler dans son bureau ; comprenez qu’il est en train de faire sa sieste. Le téléphone sonne. Un policier nommé Christian Habersaat se présente à lui et lui demande son aide dans une affaire vieille de 17 ans. Une jeune fille avait été renversée par une voiture, son corps projeté dans un arbre. Carl lui annonce brutalement qu’au département V, ils sont débordés. Puis, le téléphone sonne à nouveau. Sa mère lui apprend que son cousin part en Thaïlande pour récupérer le corps de son autre cousin mort là-bas, suite à un massage. C’est une nouvelle qui met Carl mal à l’aise.

Le lendemain, Rose apprend à Carl que Christian Habersaat s’est suicidé lors de son pot de départ à la retraite. Si Carl est peu affecté par cet événement, Rose de son coté, se sent plus coupable. Elle prend donc des billets d’avion pour toute l’équipe du département V à destination de l’île de Bornholm. Il s’avère que Habersaat a été marqué par l’accident d’Alberte, au point de s’y consacrer jours et nuits. Il y a même perdu sa vie de famille puisqu’il a divorcé. Personne au commissariat ne voit d’inconvénient à leur laisser cette affaire, puisqu’il n’y a pas d’enquête.

Quand ils débarquent chez Habersaat, ils découvrent des tonnes de documents, des murs entiers recouverts de coupures de presse, de photos, d’extraits d’enquêtes. Alors qu’il était simple policier de quartier, il a consacré sa vie à la résolution de ce mystère. Sa femme June ne veut pas entendre parler de lui. Par contre, quand quelques jours plus tard, le fils de Habersaat se suicide en laissant un mot de pardon envers son père, le Département V au complet décide de se consacrer à plain temps sur cette affaire.

On retrouve avec plaisir ces trois personnages bien particuliers et si vous ne les connaissez pas, courez donc acheter le premier tome de la série. Carl est plus fainéant que jamais, et poussé par son équipe. Rose est très impliquée, et se montre finalement la plus humaine des trois. Quant à Assad, il est plus mystérieux que jamais, et ce n’est pas dans cette enquête que l’on va en savoir plus.

Ceci dit, on en apprend un peu plus et en même temps, l’image que l’on s’en faisait de chacun est modifiée, altérée ce qui va surement relancer l’intérêt de cette série. On découvre un Carl un peu plus inhumain, toujours aussi égocentrique mais avec un caractère de lâche qu’on ne lui avait pas forcément vu auparavant. De plus, il s’est passé des choses dans son passé que l’on pourrait bien voir ressurgir. Assad est toujours aussi énigmatique, et alors qu’on le pensait syrien et musulman, on le découvre sous un autre jour, mais on ressort surtout avec encore plus de questions à son sujet. Quant à Rose, toujours aussi volontaire, c’est dans les dernières pages que l’on va s’inquiéter pour elle. Un quatrième personnage va rejoindre le groupe, apparemment apparu lors du précédent opus, mais je dois dire que je n’ai pas été convaincu par le présence de Gordon. A suivre …

Avec un peu de recul, il faut bien s’avouer que ce roman est une belle mécanique, bien huilée, réalisée avec métier, avec tous les arguments qu’il faut pour plaire au plus grand nombre. Avec un démarrage qui comporte bien peu d’indices, l’intrigue va se dérouler sans anicroches, tranquillement, et avec une logique qui force le respect. Alors, certes, le rythme est lent (plus que dans certains épisodes précédents) mais cela se lit bien et c’est passionnant parce que c’est porté de bout en bout par ces formidables personnages.

Je me demande d’ailleurs si cet épisode en forme de roman policier plutôt classique, qui consiste surtout à trouver l’identité d’un gourou de secte, ne sert pas à Jussi Adler Olsen de transition entre les épisodes précédents et ceux à venir. J’ai réellement l’impression qu’après avoir résolu des enquêtes sur le passé, l’auteur va maintenant se pencher sur le passé de ses personnages. En tous cas, cela donne vraiment envie de lire la suite, l’année prochaine puisqu’il sort un épisode par an. Quant à cet épisode-ci, il démontre une nouvelle fois tout le savoir faire de cet auteur de talent, et vous aurez l’assurance d’avoir entre les mains un roman policier nordique certes classique, mais bien fait.

Temps glaciaires de Fred Vargas (Flammarion)

Tout d’abord, un grand merci à Emilie pour le prêt … elle se reconnaitra. Passe de bonnes vacances !

Quand on est fan de polar, on est forcément fan de Fred Vargas. Car l’air de rien, elle s’est imposée dans ce registre avec ses propres personnages, son propre style et un petit coté décalé, aussi bien dans les dialogues que dans les situations qui porte à sourire. Et puis, Fred Vargas a cette faculté, ce talent de vous raconter une histoire que nous n’avons pas envie de finir. La dernière enquête en date de Adamsberg, son personnage récurrent, est un bon cru, pas le meilleur, mais franchement : C’est quand même du divertissement haut de gamme, non ?

Alice Gauthier est une vieille dame qui quitte sa maison pour aller poster une lettre. Elle est si importante, cette lettre, pour elle. Elle a tenu tête à Noémie, sa garde malade, et a voulu aller la poster elle-même. Vingt mètres, dix mètres, finalement, c’est bien plus dur qu’elle se l’imaginait. A proximité de la boite aux lettres, elle chute. Marie France, qui passe par là, la retient et évite que la vieille dame se cogne la tête. Puis, elle trouve la lettre par terre. Elle réfléchit, hésite, puis glisse la lettre dans la fente.

C’était le vendredi. Le mardi suivant, le commissaire Bourlin doit se rendre à l’évidence : ce suicide ne ressemble pas à un suicide. Pourquoi une vieille dame se laverait, se mettrait sur son 31, puis déciderait de se faire couler un bain, pour y entrer habillée et se tailler les veines ? Le voisin se rappelle à peine qu’un homme était venu la voir … Bourlin hésite avant de demander conseil à Adrien Danglard de la criminelle.

Adamsberg débarque chez Alice Gauthier et voit à coté de la baignoire un H majuscule, formé d’une barre oblique et d’une barre courbe. C’est Marie France qui va leur donner le premier indice. Ayant lu la rubrique nécrologique, elle se présente à la brigade criminelle et donne à Danglard l’adresse inscrite sur l’enveloppe qu’elle a retenu. Adamsberg va donc aller à l’adresse indiquée, le Haras de la Madeleine et tomber sur un deuxième « suicide » : Henri Masfauré, le propriétaire s’est suicidé d’une balle dans la tête. Il retrouve gravé sur une plinthe le fameux H.

Le problème avec Fred Vargas, c’est que c’est toujours bien. Mais il n’y a pas de mal à se faire du bien, n’est-ce pas ? On retrouve dans ce roman les ingrédients classiques qui font que le grand public aime Fred Vargas. A commencer par les personnages dont les traits de caractère sont brossés de façon fort juste. D’ailleurs, si vous n’avez lu aucun roman de Fred Vargas, vous ne serez pas perdu : elle ne fait aucune référence à ses précédents romans et celui-ci, comme les autres, peut s’apprécier indépendamment des autres.

Ce qui est incroyable, c’est cette façon qu’elle a de démarrer sur un fait divers simple, avec de petits détails qui clochent. Puis elle va compliquer l’intrigue, tout en gardant ce coté un peu décalé, aussi bien dans les scènes que dans les dialogues. Et surtout, elle a une façon d’écrire qui est hypnotique ; elle est capable de nous raconter n’importe quoi et nous, lecteurs, nous sommes prêts à la croire.

Dans cette enquête, nous allons nous apercevoir que les deux morts ont en commun un voyage en Islande il y a plus de dix ans. Puis, cela va partir dans une autre direction, avec une association qui reproduit sous forme de morceaux théâtraux les plus célèbres moments des réunions ayant eu lieu lors de la révolution française … avec les costumes, s’il vous plait. Et ces passages dans l’assemblée révolutionnaire sont tout simplement géniaux : on y croit à fond. C’est du pur génie.

Alors, est-ce le meilleur Fred Vargas ? Non. Mais doit-on pour autant bouder ce roman ? Assurément non ! Car, c’est du pur plaisir, c’est maitrisé, imaginatif, débridé, très bien dialogué, drôle, décalé, divertissant. Bref, ce roman est du bon divertissement, du très bon divertissement.

Le syndrome de Croyde de Marc Welinski (Daphnis et Chloé)

Le syndrome de Croyde est une pathologie psychiatrique rare qui touche des individus dénués de tout antécédent psychiatrique et dont la principale caractéristique est qu’ils ont une attirance particulière pour le vide. Ils sont fascinés par les falaises, les hauteurs. La chute dans le vide les obsède.

Imaginez que vous rentrez du travail, vous prenez les transports en commun, le métro, et vous voyez devant vous quelqu’un qui se jette sous la rame. C’est ce qui va arriver à Agnès Quincey. Elle est directrice d’une boite de cosmétique et est un peu débordée par le lancement d’un nouveau parfum. Cet accident ferroviaire alors qu’elle est au premier rang va la secouer.

Son mari, Dany est au chômage, et ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Le problème, c’est qu’il a tendance à se mettre à boire. Ce soir là, Agnès tarde à rentrer. Dany reçoit un couple d’ami, Franck et Milana. Franck est psychologue et s’est séparé de sa femme Anne, psychologue aussi, pour se mettre en ménage avec cette femme plus jeune que lui d’une vingtaine d’années.

Dans les jours qui suivent, ce sont deux nouveaux accidents qui vont survenir dans des stations de métro différentes, et comme par hasard, Agnès est à chaque fois présente. Ils décident d’aller voir la police, d’autant plus que pour le dernier accident, Agnès a l’impression que quelqu’un a poussé la jeune fille. Meurtre ou accident ?

Si ce roman ne va pas sortir du lot par son style, qui veut rester simple, c’est surtout par la façon dont l’auteur va disséquer minutieusement la vie de couple et les mystères qui l’entourent. En effet, le roman est écrit à la première personne, Dany dans la première partie et Agnès dans la deuxième. Le fait de voir l’intrigue par les yeux des deux protagonistes permet aussi de faire planer des zones d’ombre, comme si le lecteur ne pouvait pas voir plus loin que les quelques mètres qui l’entourent.

Ce n’est pas un roman qui va aller à un rythme effréné, car l’auteur préfère décrire les psychologies des personnages par leurs actes et surtout par les dialogues, nombreux mais jamais inutiles. Et le fait qu’il creuse, qu’il analyse les comportements de chacun, fait que ce roman est tout simplement passionnant d’un point de vue psychologique.

Ce qui est amusant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur ne sait pas où il va, qu’il déambule de page en page. Plus on s’avance, plus on a l’impression que le brouillard s’épaissit. Et on en finit par soupçonner tout le monde. La situation est tellement simple, que toutes les hypothèses sont possibles. Et comme on ne peut lacher le livre, la fin, si elle n’est pas surprenante est fort bien amenée et on se dit que Marc Welinski a fort bien construit son livre en s’appuyant sur ses personnages. Bref, voilà un roman fort intéressant et totalement surprenant, une excellente découverte.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici et de Mimipinson