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L’ivresse des flammes de Fabio Benoit

Editeur : Favre éditions

Même si ce n’est pas son premier roman, cette Ivresse des flammes constituera pour moi la découverte d’un auteur, commissaire de police à Neuchâtel en Suisse. A en croire la quatrième de couverture, il s’agit du troisième roman de l’auteur et du troisième roman d’un triptyque qui comporte Mauvaise personne et Mauvaise conscience. Et effectivement, ce roman peut se lire indépendamment des autres.

Un homme attend patiemment, puis se dirige vers l’écurie, lesté de ses jerricanes emplis d’essence. Frotter l’allumette contre le grattoir procure des frissons, voir les flammes le réchauffe. Le bruit assourdissant le remplit de puissance, de plaisir.

Marc-Olivier Forel, commissaire à la Police Judiciaire de Neuchâtel, est appelé pour constater la mort d’un jeune homme, accidentelle lors d’une fête nocturne en plein air. Etant de permanence, il doit ensuite se rendre sur les lieux d’un suicide avant d’être appelé pour un incendie.

Nina se réveille dans son appartement, et se remémore son père mort aujourd’hui après lui avoir montré la voie, s’affranchir des règles et toujours avancer. Aux cotés d’Angelo Chiesa, employé municipal à la déchèterie, elle file le parfait amour.

Angel pourrait être assimilé à une cafetière : si on la laisse trop longtemps sur le feu, elle explose. Ce matin-là, une camionnette se fait pressante derrière lui, dans le tunnel de la Vue-des-Alpes. Respirant calmement, Angel est sorti, a retrouvé le chauffard et lui a calmement enfoncé son poing dans le nez. Il a beaucoup progressé en termes de maitrise de ses nerfs, grâce à Nina. Il a beaucoup changé ; avant, il était jeune et innocent, et s’appelait Efisio Piras.

Les amateurs de roman choral vont être ravis, car il possède une construction complexe et fort bien menée. Le fait que l’on n’ait pas besoin de lire les précédents romans est aussi à mettre à son crédit. Certains faits passés sont rappelés brièvement, en indiquant les seuls éléments permettant de suivre cette histoire. Ce roman est donc écrit avec un certain classicisme, respectant les codes du genre.

L’écriture se révèle aussi fort plaisante. Les descriptions laissent la place aux personnages, à leurs impressions, leurs sentiments, faisant avancer l’intrigue relativement doucement. Si par moments, on sent le travail derrière les phrases, nous avons à faire avec un style méticuleux, fort travaillé et littéraire. J’ai trouvé un vrai plaisir à lire un livre bien écrit, bien construit, bien fait, plaisant.

Les chapitres étant relativement courts, moins d’une dizaine de pages, cela se lit vite et l’attrait supplémentaire vient des parties consacrées au passé d’Angelo, qui viennent en alternance avec les enquêtes en cours. L’auteur va y décrire la vie des habitants de la Sardaigne, leur façon de réaliser des enlèvements, mais aussi et surtout l’invasion de la mafia pour y instaurer leur trafic de drogue. D’intéressants, ces passages en deviennent passionnants.

N’apportant pas de révolution dans le polar, ce roman comporte suffisamment d’éléments pour que l’on s’y attache et qu’on n’ait pas envie de le lâcher. Remarquablement bien construit, bien écrit, avec des personnages vivants et réalistes, il est parfois bon de revenir aux fondamentaux avec ce polar de bonne facture.

Coup de foehn de Franck Membribe (Editions Krakoen)

Voici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.