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Un caddie nommé désir de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

Le dernier roman en date de Roland Sadaune fait une nouvelle fois la part belle à des personnages comme vous et moi et démarre de façon classique pour se terminer dans le noir … le plus complet.

Tout commence avec une pièce de 1 euro. C’est bête, ça ne vaut pas grand-chose, et pourtant cela va changer le destin de Raphaël Darmont. Ancien lieutenant de police, Darmont a fait les frais d’une affaire mal embarquée, et a fait office de bouc émissaire. Tout juste a-t-il pu récupérer un poste chez Sécuritex, une entreprise de vigiles privés qui lui permet à la fois de contrôler les clients chez Mamouth, à la fois de s’occuper du recrutement de ses futurs collègues.

1 euro, c’est ce qui manque à la superbe brune pour prendre un caddie et faire ses courses. Ebloui par sa beauté, Darmont lui propose une pièce et, à force de discussions, ils proposent de se revoir. Malgré sa petite cinquantaine, Darmont a un coté rassurant et Malika a le charme des beautés orientales. Le premier rendez-vous se fera dans un restaurant, puis il ira chez elle, puis ils coucheront ensemble. Ce ne sera pas une réussite, mais il y aura une suite … comme des cailloux parsemés sur le chemin de l’enfer.

On peut diviser ce roman en deux parties. Le premier présente les personnages, sur la base de chapitres courts, avec des allers retours entre le moment présent et le passé, passant des uns aux autres avec une facilité enivrante pour le lecteur. Petit à petit, les pièces du jeu d’échecs se mettent en place et le drame peut avoir lieu : alors que Darmont ne voit plus Malika depuis quelques jours, il va chez elle, crochète sa serrure et la trouve morte dans sa douche.

La deuxième partie est plus linéaire, plus classique aussi au sens où elle déroule l’enquête de Darmont, mais plus noire, où il est impliqué de près dans cette histoire de meurtre, où son attitude est suspecte pour les autres mais aussi pour ses collègues policiers, où il se retrouve forcé et contraint de trouver la vérité car il sait plus de choses que les autres. Même sa femme, qui occupait déjà un rôle secondaire dans savie n’est plus considérée comme un canot de sauvetage.

Avec un style remarquable d’efficacité et de brutalité, ne prenant pas de gant envers ses personnages, Roland Sadaune nous concocte un roman noir avec une histoire qui s’avère bien plus surprenante que l’on aurait pu croire au tout départ. Si vous aimez les polars aux scenarii implacables, alors ce roman là est pour vous.

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et l’Oncle Paul.

L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond)

Barbara Abel a l’habitude de créer des suspenses psychologiques passionnants, basés sur des situations de tous les jours. Ce roman ne fait pas exception à la règle puisque nous nous retrouvons dans une supérette … du moins au début …

Joachim Fallet, dit Jo, est un jeune homme, en situation de manque. S’il ne trouve pas de drogue rapidement, il va craquer. Il a bien essayé d’appeler sa copine mais ça ne répond pas. Poussé à bout par son envie, son besoin, il prend son arme et descend à la supérette de la rue des Termes.

Aline Verdoux a décidé d’aller voir son père qui est dans une maison de retraite. Son fils, adolescent de 15 ans joue à la console et ne veut pas venir. Aline craque et casse la manette. Ils partent tous les deux et s’arrêtent à la supérette avant de prendre la route.

Michelle Bourdieux est une dame à domicile qui s’occupe de Germaine Dethy, une vielle dame de 83 ans, désagréable au possible. Germaine ne peut se déplacer seule. Après avoir nettoyé les vitres, elles vont faire des courses.

Léa Fronsac est une jeune mère séparée. Son fils regarde les dessins animés. Elle a juste le temps de faire un aller retour éclair pour aller chercher des couches.

Guillaume Vanderkeren est caissier à la supérette. Il a son après-midi, avant que Camille, sa collègue lui annonce qu’elle a un rendez vous chez le gynécologue. Il ne manquerait plus que son égarement le conduise à devenir père ! Il va donc la remplacer.

Géraldine Marbeau et son fils Felix de 8 ans doivent préparer le repas du soir. Au programme, un fantastique Tiramisu. Mais il lui manque du café. Felix est d’accord pour aller chez la voisine Mme Bertille avant d’aller chercher un paquet de café pour sa mère.

Thomas Piscina est comptable. Il vient de tromper sa femme avec la réceptionniste. Après avoir passé du bon temps, il est temps de retourner travailler. En passant, ils s’arrêtent à la supérette pour quelques achats.

C’est alors que Jo débarque en hurlant : « Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute ! ».

Une nouvelle fois, Barbara Abel va nous surprendre, mais il y a au moins une constance avec ce roman, c’est l’acuité dans l’analyse psychologique des personnages qui est au premier plan. Certes, on commence avec un huis clos, et cette situation est plutôt classique. J’ai apprécié la façon de présenter la petite dizaine de personnages qui vont errer dans ce roman comme des âmes en peine.

Donc nous avons un chapitre par personnage, et la précision de Barbara Abel est telle qu’elle est capable en moins de 10 pages de nous présenter à la fois le passé, le présent et les sentiments de ceux-ci. Cette facilité, ce talent est tout simplement époustouflant. On se dit aussi que l’on va se perdre avec dix personnages à suivre, chacun à son tour. Que nenni ! Ils sont suffisamment marqués, ils sont tellement vivants, qu’on a l’impression de les voir, de les rencontrer.

Puis arrive la scène de braquage. Sans esbroufe particulière, l’auteure nous déroule cette histoire en passant de l’un à l’autre, avec à chaque fois les états d’âme des uns et des autres mais surtout en dégottant dans son imagination débridée des événements qui sont comme autant de retournements de situation. Certes, on reste confiné dans un seul lieu, alors on peut se dire qu’en termes de rebondissements, c’est limité. Si vous avez cette reflexion, c’est que vous ne connaissez pas Barbara Abel.

Et puis, vous aurez remarquez sur la couverture que Bourreaux est au pluriel, alors que Jo est tout seul. C’est bien parce que l’auteure a décidé de s’amuser à redistribuer les cartes, que l’on pensait pourtant bien avoir en main. C’est un gros point fort de ce roman : on ressent le plaisir qu’a eu l’auteure à s’amuser avec ses personnages. Alors elle se laisse aller, elle les laisse vivre leur vie, et quand on connait Barbara Abel, certains d’entre eux vont avoir de petits soucis …

Alors, même si je trouve la fin moins forte que le début du livre, Barbara Abel nous démontre une nouvelle fois qu’elle écrit des romans Psychologiques avec un grand P, et qu’elle sait rendre passionnant la moindre situation quotidienne pour notre plus grand plaisir. Toutes les lectrices et tous les lecteurs ne peuvent qu’aimer ce roman, tant il va évoquer en elles et eux des frissons à l’évocation d’une situation qu’ils ont forcément rencontrée un jour. Du grand art !

Ne ratez pas les avis des amis Claude Le Nocher et L’oncle Paul

Amères Thunes de Zolma (Krakoen)

Voici une des nouvelles parutions des éditions Krakoen. Récemment, je vous parlais du dernier roman de Hervé Sard, Le crépuscule des gueux, voici donc le dernier roman de Zolma, Amères thunes.

Rémy Baugé a la chance de rencontrer Raoul Trille, qui vient de créer un supermarché de proximité. Alors qu’il n’a pas de formation particulière, il est chargé des achats et fait vivre les artisans du coin. Jusqu’au jour où Raoul Trille part en retraite et que débarque le nouveau maître des lieux, Jean-Edgar de Fourchon, un jeune homme surdiplômé, qui va apporter sa nouvelle loi, et instaurer l’amélioration de la rentabilité à tout prix.

Rémy est tout d’abord remis en cause dans ses pratiques d’achats, arguant qu’il doit acheter moins cher, en Chine ou en Inde. Puis, il est chargé des sales besognes et en particulier de débarrasser le supermarché de jeunes voleurs de caddie ou bien, plus grave encore, de diminuer la masse salariale.

Il va donc, au nom de sa propre survie, participer à l’éviction de certains de ses ex-collègues. Puis, la spirale infernale s’enclenche. Le supermarché devient une enseigne de hard-discount, et ce qui devait arriver arriva : Rémy se fait virer comme un malpropre. Il met alors au point sa vengeance : monter un casse pour toucher les actionnaires là où ça fait le plus mal : l’argent.

Epatant ! Si on doit résumer ce polar en un mot, c’est bien celui là. Car ne connaissant pas (encore) l’œuvre de Zolma, j’ai été plus qu’agréablement surpris, j’ai été carrément passionné par cette lecture. Car quand on a une bonne histoire, une excellente intrigue et qu’on sait la raconter, le lecteur prend son pied. C’est mon cas.

Epatant ! Malgré la petite vingtaine de chapitres, on peut découper ce roman en trois actes. Le premier décrit comment, au nom du profit, on dégrade, démolit, détruit une paisible supérette de campagne. La façon de décrire ce passage est tellement logique et implacable que c’en est révoltant. La deuxième concerne la vengeance et là on entre dans un polar plus classique mais fort enlevé par le rythme des rebondissements et l’inventivité des situations. La troisième, c’est l’après vengeance, et là on plonge dans le noir, le roman noir pur et dur, celui qui suit la logique de la vie et pas celle des sentiments, sans aucune pitié.

Epatant ! Les personnages sont formidables, Zolma, outre sa fluidité de style, est très à l’aise dans tous les domaines. Que ce soient les situations, les dialogues, les scènes « animées », les passages intimistes, tout y est efficace. Pas de lourdeurs, pas de chapitres interminables, mais toujours une foultitude de scènes toujours inventives qui relancent et font avancer l’intrigue.

Epatant, je vous dis : un polar à la trame plutôt classique, mais bien ancré dans la réalité d’aujourd’hui, avec des personnages attachants, des rebondissements inattendus, des éclats de rire aussi avec certains retournements de situation; un polar qui sous ses dehors de divertissement, va un peu plus loin, celui de pousser les gens à bout ; un polar qui montre que nul n’est blanc, ni noir, mais quelque part entre gris clair et gris foncé. Un polar à ne pas rater, tout simplement.