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Sauve-la de Sylvain Forge

Editeur : Fayard

Depuis ma découverte des ouvrages de Sylvain Forge, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Depuis, il a été couronné du Prix du Quai des Orfèvres en 2018 et a sorti quelques thrillers penchant sur la haute technologie, domaine qu’il maîtrise parfaitement. C’est aussi le fond de cette histoire, écrite sous forme de roman à suspense flirtant avec la forme d’un thriller.

Alexis Lepage a tout pour être heureux : amoureux de la fille du patron d’une société d’investigations contre les fraudes aux assurances, il doit bientôt épouser Clémence et enfin envisager d’avoir un enfant par la PMA. Un cauchemar va le réveiller en pleine nuit : Clara, son amour de jeunesse, qu’il n’a pas revu depuis 26 ans, lui crie : « Alexis, je t’en supplie. Sauve-la ! ».

Le lendemain, un SMS lui annonce avoir reçu un message de Clara Vasilescu. Pour cela, il doit cliquer sur une application jointe par Anael Technologies, et l’installer. Poussé par son désir de la retrouver, il l’installe et se retrouve en contact avec Clara. Elle lui annonce être atteinte d’un cancer, en phase terminale, et veut qu’il retrouve sa fille Olivia, disparue dans un accident de car en Ariège.

Alexis contacte Anael Technologies qui lui annonce que Clara est morte et qu’il est en contact avec une intelligence artificielle que Clara a conçue. Il recontacte alors Clara et celle-ci lui annonce qu’Olivia est sa fille. Alors que Clémence et Alexis ont prévu de prendre une semaine de vacances à Vichy, elle découvre Clara et Alexis lui explique qu’il se doit de retrouver sa fille. Clémence part, fâchée, et Alexis se lance dans l’aventure.

Ah que les massifs montagneux et boisés d’Ariège sont beaux ! Mais qu’ils sont inquiétants sous la plume de Sylvain Forge. Alexis va se retrouver dans un petit village, Sainte Albane, peuplé de personnages hostiles aux étrangers et au milieu d’une végétation dangereuse. Poussé par sa passion, il va se jeter dans le gueule du loup, ce qui peut être pris au premier degré quand on pense au chien qui garde l’auberge de jeunesse.

Avec tous les ingrédients inhérents au thriller, Sylvain Forge utilise un style coupé à la serpe, et des chapitres ultra-courts pour donner du rythme à son histoire. Cela va vite, il y a beaucoup de suspense, et malgré quelques incohérences, on avale ce roman très rapidement, tant on veut connaitre la fin, qui ne sera pas toute rose. On a entre les mains un vrai roman populaire, idéal pour passer un bon moment estival.

Il n’en reste pas moins que Sylvain Forge nous montre les capacités des intelligences artificielles, que nous connaissons déjà au travers de Siri ou Cortina. Ces machines, capables d’apprendre, répondent à nos besoins quotidiens, et plus inquiétants, finissent par ne plus nous faire réfléchir, prenant notre place. Plus inquiétant encore, leur utilisation en devient une drogue tant leur facilité d’utilisation est accrue.

Et donc j’ai avalé ce roman en un peu plus de deux jours, parce que j’ai trouvé le roman facile à lire, l’histoire bien construite et le message intelligent pour y adhérer. Cela prouve que l’on peut dire des choses, alerter les gens grâce à une intrigue de bon aloi. Je ne peux que vous encourager à lire ce livre, distrayant avec une projection sur notre futur qui est loin d’être rose.

Sous la ville de Sylvain Forge

Editeur : Toucan Noir

J’avais beaucoup apprécié son premier roman, Le Vallon des Parques, puis j’avais laissé passer les deux suivants car c’étaient des romans d’espionnage. Sous la ville est donc l’occasion de renouer avec Sylvain Forge.

4ème de couverture :

Adan Settara est brigadier à l’’unité de police judiciaire de Clermont-Ferrand. Il a déjà plus de trente ans de « boutique » et ses origines algériennes lui ont valu de nombreuses vexations et beaucoup de difficultés professionnelles.

Mais elles lui ont aussi permis de nouer d’’utiles relations avec les caïds des cités HLM de Clermont, où se réalise l’essentiel du trafic de stupéfiants.

Quand de jeunes étudiants arrivent au commissariat, après avoir trouvé une clé USB contenant d’’atroces images de meurtre, Adan comprend vite que l’’affaire est sérieuse et qu’’elle le mènera dans les hautes sphères de la société auvergnate.

Mais il décide aussi qu’’il ira cette fois jusqu’’au bout de son enquête, quitte à bousculer les hiérarchies de la ville.

Il n’’a plus rien à perdre.

Mon avis :

Que de chemin parcouru pour arriver à ce roman, qui respire la sérénité et le savoir faire. Pour autant, ce n’est pas forcément un roman facile d’accès, avec ses nombreux personnages, ses allers-retours dans le temps, ou même les différents lieux que l’on va traverser. Il m’aura fallu quelques chapitres pour m’habituer et surtout m’appuyer sur le personnage de Adan Serrata, qui est d’une puissance intéressante.

En effet, Adan Serrata est d’origine maghrébine, et son père a fait partie des Harkis qui ont fui leur pays, pour échapper à une mort certaine, et sont venus s’installer en France. La famille d’Adan a choisi la région de Clermont Ferrant et le froid de l’hiver à d’ailleurs tué son frère. Adan est entré dans la police et il est bien intégré dans les cités, ce qui lui permet d’avoir des tuyaux intéressants. Malgré cela, il est et restera toujours un simple brigadier. (Vous avez parlé de racisme ?). Ses confrontations avec son père, toujours reconnaissant envers le pays qui l’a accueilli donnent lieu à des scènes mémorables, d’ailleurs.

A coté de cela, Marie, sa collègue, est chargée elle des disparitions de chats. Ce n’est en rien une plaisanterie et cela donne une idée de la façon dont les policiers sont utilisés et traités. J’ai trouvé que ce personnage, psychologiquement parlant ne faisait pas le poids avec Adan, mais ce n’est que mon ressenti. Il y a bien quelques scènes épatantes (dont une dans une tour de HLM, au dixième étage) mais dans l’ensemble, je l’ai trouvée un peu pâle.

Le vrai personnage de ce roman, pour moi, c’est surtout cette ville de Clermont Ferrant, où la séparation entre les villas cossues et les barres des cités est bien présente, où les jeunes de banlieue s’en sortent par de menus larcins ou de plus gros trafics, et où les « riches » se regroupent dans des sociétés secrètes pour ne pas laisser échapper le pouvoir.

Si les chapitres se suivent à un rythme effréné, le déroulement de l’intrigue est plutôt gentillet. On ne peut parler de thriller, mais plutôt de roman policier à connotation sociale, dont le point d’orgue est la façon dont l’état français a traité, ou plutôt parqué les Harkis à leur arrivée dans notre pays. Du moins, c’est vraiment le point que j’en ai retenu dans ce roman très intéressant, et qui, avec ses nombreux personnages, mérite une certaine attention à la lecture.

 

Le vallon des parques de Sylvain Forge (Toucan noir)

Dans les nouveautés de ce début d’année 2013, il va falloir compter avec ce deuxième roman de Sylvain Forge publié aux éditions du Toucan, un roman qui nous plonge dans le Vichy de 1943 au travers d’une enquête policière pour la découverte d’un tueur en série.

1943, c’est une date charnière pour le régime de Vichy, puisque c’est l’année à partir de laquelle Vichy, qui était jusque là située en zone libre, passe sous contrôle allemand. Quatre corps de jeunes filles vont être découverts atrocement mutilées dans les bois environnants, et les Allemands vont demander au préfet français de faire preuve d’efficacité dans la résolution de ce massacre sous peine de perdre son autonomie.

L’enquête va être confiée à André Lange, un ancien mobilard, c’est-à-dire qu’il a fait partie des brigades du tigre et à ce titre jugé compétent mais mis sur la touche car dévoué à Clémenceau. Pour cette mission, il va être nommé directeur de la Sûreté de l’État français, et est chargé de former son équipe. Il va naturellement se tourner vers ses anciens collègues, mobilards comme lui.

Il va réunir Paul Montford, ancien commissaire des brigades du tigre, et trois de ses anciens collègues. Mais l’enquête va se révéler bien difficile et le nom du coupable va entrainer des difficultés plus politiques que policières.

C’est un roman que l’on a envie de défendre, malgré quelques réserves qui ne remettent en rien en cause la lecture passionnante de ce roman. Car au travers cette enquête que je qualifierai de classique, Sylvain Forge montre et démontre la situation politique de Vichy, tous les services en charge de la « sécurité », de la Gestapo à la police allemande, de la police française aux milices, et toutes les pressions pour sauver un peu d’indépendance.

Il y a aussi les personnages, dont aucun n’est ni blanc ni noir, cherchant à sauver leur peau. Il y a ceux qui sont persuadés que les Alliés vont débarquer et qui font partie des résistants (actifs ou passifs). Il y a ceux qui préparent leur avenir, en se faisant bien voir par les Allemands tout en soignant leurs relations avec les Allemands. Il y a des Allemands qui profitent de leur pouvoir, et font des menaces incessantes et des policiers compétents concentrés sur leur travail.

Et puis, il y a les Français moyens, ceux qui vivent tout simplement, qui élèvent des lapins dans les caves, des poules dans leur jardin, qui subissent et se battent pour survivre. C’est au travers d’une multitude de personnages que le roman va avancer pour illustrer avec beaucoup de talent l’ambiance et la situation de ce gouvernement félon pendant cette période si particulière. Je suis resté ébahi devant le talent de l’auteur pour savoir faire vivre autant de personnages différents (une quinzaine, quand même !) et pour les mettre au service de l’ambiance et de la situation politique.

Il y a bien quelques petites choses qui apportent un léger bémol à ce roman, telles que des indices qui ne sont pas triviaux, ou quelques personnages plus accessoires car avec des motivations difficiles à cerner, ou bien une fin que je trouve rapide et compliquée car regroupant tout le monde au même endroit. Mais je défendrai ce roman contre vents et marées car la force des psychologies des personnages et la façon qu’a Sylvain Forge de nous plonger dans cette ambiance des années 40 sans lourdeurs font que ce roman se révèle une excellente lecture. J’ai adoré ce roman, et je souhaite du fond du cœur que vous l’aimiez aussi. Sylvain Forge est un nom a retenir.

Les avis des copains et copines blogueurs :

http://lespolarsdemarine.over-blog.fr/article-le-vallon-des-parques-sylvain-forge-113745191.html

http://leventsombre.cottet.org/service-de-presse/2012/le-vallon-des-parques

http://www.unwalkers.com/le-vallon-des-parques-de-sylvain-forge-editions-du-toucan/

http://blue-moon.fr/spip.php?article7792