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Par les rafales de Valentine Imhof

Editeur : Rouergue Noir

C’est indéniablement le billet de mon ami La Petite Souris qui m’a poussé vers ce roman. Quand il dit que ce roman fera partie de ses meilleures lectures de 2018, je ne peux qu’être attiré. Ce roman est incroyable à bien des égards.

4 novembre 2006, Nancy. Dans une chambre d’hôtel, ils sont nus. Elle s’appelle Alex, lui est soi-disant journaliste. Après une brève discussion dans un bar, ils finissent dans une chambre d’hôtel et jouent au jeu de la Vérité : celui qui ment enlève un vêtement. Quand elle ôte son T-shirt, il est ébahi par les innombrables runes tatouées sur son corps. Dans le lit, il veut qu’Alex serre sa cravate pour augmenter son plaisir. Alors elle serre, emplie de haine, comme pour oublier ce qu’elle a vécu dans cette petite cabane. Le cou du type craque, elle est soulagée, elle est sure qu’il était venu la buter.

4 novembre 2006, Metz. Anton entre dans le bar, demande après Alex au patron. Il lui annonce qu’elle est passée ce matin, s’est installée au fond, et a écrit son article sur le concert de Coco Robicheaux. Bien qu’il soit inquiet, il doit se faire une raison, Alex est libre de faire ce qu’elle veut, même si cela fait quelques semaines qu’ils vivent ensemble. Alex est comme sa chatte Pandora : elle disparait pendant un jour, une semaine, mais revient toujours en faisant les yeux doux. Et là, Anton ne peut résister.

4 novembre 2006, Nancy. Alex se réveille ou du moins émerge de son cauchemar couleur THC. Elle vient de tuer un homme, son troisième, lui a fracassé le visage. Elle s’habille à la hâte, descend les marches comme elle peut et attend le bus. Une bande de jeunes tentent de l’aborder, mais elle monte dans le bus en direction de la gare. Elle y débarque à 21H37, quatre minutes avant le dernier train pour Metz. Quand elle arrive, elle prend la direction du bar, se forge un regard de princesse et pousse la porte, qui souffle un air de libération pour Anton.

Pour un premier roman, Par les rafales porte bien son nom, tant il emporte tout sur son passage à la façon d’un ouragan. En prenant comme personnage central une jeune femme maltraitée et devenue paranoïaque, Valentine Imhof joue gros, au risque de lasser ses lecteurs tout au long de ses 280 pages. Et il n’en est rien. On a l’impression de lire de la grande prose, entre description de décors en perdition jusqu’aux situations stressantes, tout cela servi par une bande son de chaque instant flairant le bon, le tout bon dans tous les styles.

Tout tient dans le pari de l’auteure. Elle tente sa chance, joue son va-tout, et dévide son histoire avec passion, d’une façon tout à fait personnelle. Avec ses références culturelles, qu’elles littéraires, musicales, picturales ou cinématographiques, elle nous plonge dans son univers sans regarder en arrière. Et cette course poursuite à travers le temps, après le temps, à travers l’espace, après l’espace, s’avère un pari remarquablement réussi, tant l’écriture est addictive.

Ce roman sent la passion de partager, la rage d’écrire, la volonté de créer et Valentine Imhof nous offre là un sacré moment de roman noir, inimitable car tellement particulier et personnel, que l’on a beaucoup de mal à abandonner tant tout y est bluffant. On en vient même à regretter une fin de roman un peu trop rapide, car on aurait voulu prolonger le plaisir, qu’il ne se termine jamais.

Je pourrais citer beaucoup d’auteurs ayant essayé cet exercice de style, certains réussis, d’autres moins. Je préfère juste vous conseiller de vous jeter sur cet OVLNI (Objet Volant à Lire Non Identifié). Enorme, juste énorme ! Vous n’avez jamais lu un livre pareil !16

En plus de l’avis de la Petite Souris que j’ai inséré en début de billet, ne ratez pas les avis de Nyctalopes et Lectrice en Campagne, ainsi que l’excellente interview de mon ami le Concierge Masqué.

Oldies : Irezumi de Akimitsu Takagi

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Traductrice : Mathilde Tamae-Bouhon

Voici une lecture que je dois à mon ami Le Concierge Masqué. Irezumi désigne une forme particulière de tatouage traditionnel au Japon, qui couvre de larges parties du corps, voire son intégralité, et qui est considérée comme une œuvre d’art.

L’auteur :

Akimitsu Takagi (25 septembre 1920 – 9 septembre 1995), était le pseudonyme d’un écrivain japonais populaire de fiction de crime actif pendant la période de Showa du Japon. Son vrai nom était Takagi Seiichi.

Takagi est né dans la ville d’Aomori, dans la préfecture d’Aomori, dans le nord du Japon. Il est diplômé de l’école secondaire Daiichi et de l’Université impériale de Kyoto où il a étudié la métallurgie. Il a été employé par la Nakajima Aircraft Company, mais a perdu son emploi avec l’interdiction pour le Japon d’avoir des industries militaires après la Seconde Guerre mondiale.

Sur la recommandation d’un diseur de bonne aventure, il décida de devenir écrivain. Il a envoyé la deuxième ébauche de sa première histoire de détective, The Tattoo Murder Case, au grand écrivain mystère Edogawa Ranpo, qui a reconnu son talent et qui l’a recommandé à un éditeur. Il a été publié en 1948. Il a reçu le prix sho de Tantei (prix de club d’écrivains de mystère) pour son deuxième roman, le cas de meurtre de Noh Mask en 1950.

Takagi était un expert juridique autodidacte et les héros dans la plupart de ses livres étaient habituellement des procureurs ou des détectives de police, bien que le protagoniste dans ses premières histoires ait été Kyosuke Kamizu, professeur adjoint à l’université de Tokyo.

Takagi a exploré les variations sur le roman policier dans les années 1960, y compris les mystères historiques, les romans picaresques, les mystères juridiques, les histoires économiques de crime, et l’histoire alternative de la science-fiction.

Il est décédé en 1995.

(Source Wikipedia Anglais adapté et traduit par mes soins)

Quatrième de couverture :

Tokyo, été 1947. Dans une salle de bains fermée à clef, on retrouve les membres d’une femme assassinée. Son buste – lequel était recouvert d’un magnifique irezumi, ce célèbre tatouage intégral pratiqué par les yakuzas qui transforme tout corps en œuvre d’art vivante – a disparu.

Le cadavre est découvert par deux admirateurs de la victime : un professeur collectionneur de peaux tatouées et le naïf et amoureux Kenzô Matsushita. La police a deux autres meurtres sur les bras : le frère de la première victime, dont le corps était lui aussi recouvert d’un irezumi, retrouvé mort et écorché, et l’amant jaloux de la jeune femme, tué d’une balle dans la tête.

Frustré par leur incapacité à résoudre ces affaires, Matsushita appelle à la rescousse Kyôsuke Kamisu, dit «le Génie». Seul ce surdoué charismatique et élégant peut démasquer le psychopathe arracheur de tatouages.

Paru en 1948 au Japon, vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, Irezumi, véritable classique du polar nippon, est enfin publié en France.

Mon avis :

Ce roman, datant de 1948 est clairement à classer dans la catégorie des Whodunit, comme disent les Anglo-Saxons, que l’on peut traduire par Qui l’a fait. Après nous avoir présenté le contexte pendant les 80 premières pages, où on nous présente une jeune femme ayant un tatouage magnifique sur le dos, nous entrons dans le vif du sujet (si je puis dire).

Le corps de cette jeune femme est découvert dans sa salle de bains. Enfin, le corps, j’exagère un peu, puisqu’on ne retrouve que ses membres, l’assassin ayant taillé dans le vif pour emporter le tronc de la belle jeune femme. Pour autant, l’auteur nous évite les descriptions macabres et sanguinolentes, ce qui est un plus pour moi. Par contre, il nous donne à résoudre un sacré mystère : L’eau de la baignoire coule et il y a deux accès à la salle de bains qui sont la porte et la fenêtre, et les deux sont fermés de l’intérieur.

Vous l’aurez compris, il va falloir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de logique pour comprendre ce qui s’est passé et qui a perpétré le crime. A la façon d’un Sherlock Holmes, l’auteur va nous livrer un roman policier que l’on peut considérer comme un classique. L’intrigue est retorse au possible, et la façon de trouver la solution bigrement originale à moins qu’elle ne soit tout simplement asiatique dans son mode de réflexion.

J’ajouterai deux choses à propos de ce roman, qui est remarquablement bien traduit car me semblant fluide et très compréhensible. L’auteur s’est contenté d’un roman policier classique où il détaille plus la psychologie des personnages que le contexte. Ensuite, il vous faudra faire un effort quant aux noms des protagonistes car les noms et prénoms des Japonais ne sont pas évidents pour nous européens. Amateurs de romans policiers aux énigmes particulièrement retorses, vous êtes prévenus !

Un mort de trop de Alexandra Appers (Ring)

Un mort de trop est un premier roman, mais ne vous y trompez pas, c’est un premier roman extraordinaire. Il nous plonge dans le monde des tatoueurs, ou du moins nous montre un garçon qui, un jour, se rêve tatoueur dans un petit village français paumé sur la carte.

A Saint Amand La Givray, il n’y a rien à faire. On se fait chier. Otis est un jeune garçon, flanqué de son ami de toujours Marvin, un peu demeuré. Il vit chez sa mère, Nina depuis que son père est parti. D’ailleurs, il ne l’a jamais connu. Sa mère tient un bar, L’Indiana, où tous les paumés du coin viennent noyer leur ennui dans l’alcool. Otis a une sœur aussi, Patti, enceinte jusqu’au cou d’un loubard du coin, et si elle veut garder le bébé, il n’est pas sur que le père reste …

Otis a un rêve de grandeur dans ce paysage si petit qu’il tiendrait dans une bouteille. Il veut devenir tatoueur. Il est doué pour faire des dessins, et à l’idée de reproduire cela sur une peau humaine devient son obsession. Alors il décide avec son pote Marvin de s’entrainer … sur les animaux du voisinage. Que ce soient des chats ou des chiens, il les endort puis les rase et enfin leur fait des tatouages magnifiques. Jusqu’au jour où un des propriétaires s’en aperçoit alors que son chien devait concourir pour un concours de beauté.

Alors, Marvin accepte de se faire tatouer, puis en fait de la publicité. Et tout le monde du coin débarque chez la mère d’Otis pour se faire tatouer. Si sa réputation ne dépasse pas le département, il a quand même droit à un sujet sur la télé locale. Un soir de beuverie, un homme ivre l’énerve, et dans un geste brusque, il bouscule sa petite amie, l’amour de toujours, Ella, qui part à la renverse et se fracasse la tête. Quand il se réveille, il ne se souvient plus des détails mais doit vivre avec un corps enterré dans la cave par sa mère.

Pour un premier roman, pour un coup d’essai, c’est un sacré coup. Alexandra Appers doit être le genre de femme à avoir des couilles (excusez moi l’expression). Car quoi de plus ennuyeux que la vie dans un petit village paumé dans lequel il ne se passe rien. Eh bien, croyez-moi, ce roman psychologique est passionnant. D’ailleurs, ne vous arrêtez pas à ce qui est écrit sur la couverture, ce n’est absolument un thriller mais un vrai roman psychologique.

Le principe du roman, c’est de faire la narration à la place de Otis, un jeune sans grand avenir et qui vit avec une certaine rage. De l’extérieur, c’est un jeune qui ne montre aucune émotion, mais qui laisse transparaitre une rage froide. C’est peut-être la seule mise en garde que je peux faire à ce roman : il faut rentrer dedans, se mettre à la place d’Otis, se laisser entrainer par ses mots froids, ses phrases froides, son style chirurgical qui ne laisse rien transparaitre.

Otis est un jeune qui rêve, qui se rêve le meilleur tatoueur que la Terre ait portée. De ces dessins sur des bouts de peau, malgré qu’ils soient l’image de la personnalité de ses clients, il arrive à sortir de son cauchemar quotidien, de son enfermement. Et c’est redoutablement bien vu de montrer ce jeune homme qui a peur à chaque fois qu’il doit tatouer quelqu’un. Et puis survint ce drame, cette mort involontaire de la seule personne qui aurait pu le sortir de lui-même, de sa prison.

Dès la deuxième partie, le ton change. Si Otis ne se rappelle que difficilement ce qui s’est passé, sa mère prend une place prépondérante dans l’histoire. On voit apparaitre son vrai visage de dominatrice, de mère castratrice. Des pans du passé viennent faire leur apparition, on se demande pourquoi elle a élevé seule ses enfants. La personnalité de Otis évolue aussi avec plus de rage, plus de frustration, et même si le style est toujours aussi froid, la tension monte, monte …

La troisième partie voit apparaitre la grand-mère, ce qui ne peut que dégrader la situation, jusqu’au bouquet final qui est plus subtil qu’il n’y parait. Si on ajoute à cela des titres de chapitres qui font appel à ce qui se fait de mieux en terme de rock ou de blues, je peux vous dire que ce roman là, il vous faut le lire absolument, pour peu que vous appréciiez les romans stylisés.